Disclaimer : Je ne possède pas Harry Potter.
Warning : Cette fiction est un slash avec scènes de sexe explicites et parfois assez dures alors si vous êtes trop jeunes ou que vous n'aimez pas les relations entre hommes, cette histoire n'est pas pour vous.
On continue avec la suite de la journée qui s'étale sur plusieurs chapitres. Les choses avancent doucement entre Harry et Severus même si leur relation fait souvent les montagnes russes !
Merci à toutes celles et ceux qui m'ont laissée des reviews. A bientôt !
Samedi 6 juin 1998, 12h01
Severus savait à quoi s'attendre, mais quand même, voir les effets en chair et en os était pour le moins surprenant. Le sujet deviendra hyper conscient de son environnement, avaient prévenu ses textes. Un comportement étrange peut survenir lorsque le sujet fixe son attention sur de petits détails sensoriels.
Étrange était un euphémisme, pensa Severus. Harry était-il soudainement devenu capable de sentir le sol du cachot ? Il ne voyait aucune autre raison pour laquelle le jeune homme s'était accroupi comme ça et avait mis son visage si près des pierres. Ou pourquoi il était en train de renifler le canapé que Severus avait métamorphosé à la hâte.
« Asseyez-vous, » dit le maître de potions en prenant place à côté de Harry, mais le jeune homme ne semblait pas l'entendre le moins du monde. Tout comme il ne l'avait pas entendu auparavant, bien qu'il n'y ait aucun doute quant à son ouïe, puisque peu de temps après il avait semblé tomber amoureux du son de sa propre voix. Severus éleva la sienne, puisque ça avait déjà bien fonctionné auparavant. « Harry, asseyez-vous ! »
Harry s'exécuta, puis d'un seul coup sembla tomber en transe, sa respiration devenant basse et lente tandis que ses yeux se fermaient, chaque inspiration d'air étant clairement une sorte d'événement provoquant du plaisir, si l'on en croyait son expression.
C'était comme si le jeune homme ne pouvait se concentrer que sur une seule chose à la fois, et qu'il lui accordait toute son attention jusqu'à ce qu'une autre chose l'attire. Severus se renfrogna, pensant que ses textes auraient pu être beaucoup plus précis sur les effets de la Joie du Dragon. Ce n'était pas comme si l'expert en potions moyen avait l'habitude de l'utiliser ; comme la plupart des ingrédients de la potion hallucinogène, il était plus que rare. Severus ne se sentait absolument pas préparé à faire face aux étranges fixations de Harry, et ce n'était pas un sentiment qu'il appréciait. Il ne savait pas quoi faire d'autre que de s'asseoir avec le jeune homme et s'assurer qu'il ne se mette pas en tête de faire quelque chose de dangereux... comme s'arrêter complètement de respirer juste pour ressentir cette sensation.
Cela ne semblait pas devoir arriver, cependant ; déjà l'attention du jeune homme avait été capturée par quelque chose d'autre. Il avait ouvert les yeux et regardait droit sur Severus, mais pas dans les yeux cette fois. Harry fixait la rangée de boutons qui maintenait la chemise de Severus fermée, ses doigts se tendaient pour en caresser quelques-uns avant d'en choisir un sur lequel il se concentra, ses deux mains le caressant maintenant comme s'il n'avait jamais ressenti quelque chose d'aussi fascinant de sa vie.
Jusqu'à ce que ses doigts effleurent le tissu de la chemise de Severus. Comme son intérêt changeait, Harry commença à faire courir ses paumes de haut en bas sur le tissu noir couvrant la poitrine de Severus. De haut en bas, son contact n'avait rien d'hésitant, il se rapprochait, ses lèvres s'écartaient légèrement, un souffle de plaisir s'échappant de ses lèvres.
En d'autres circonstances, avoir Harry qui le touche comme ça aurait été plutôt... revigorant. En fait, c'était revigorant, à tel point que Severus pouvait sentir la potion d'impuissance mener une bataille perdue d'avance contre la tentation. Il aurait doublé sa dose habituelle s'il avait su qu'il allait devenir un détail sensoriel sur lequel Harry allait se fixer. Severus se racla la gorge, se demandant momentanément de combien de choses Harry allait se souvenir de ce comportement.
Se racler la gorge, cependant, était une erreur majeure. Le son attira l'attention de Harry. Avant même que Severus n'ait terminé, les doigts du jeune homme étaient déjà remontés pour frotter la peau recouvrant les cordes vocales de Severus, ses ongles grattant légèrement alors qu'il explorait toute la gorge de Severus, jusqu'à sa nuque.
Puis, lorsque les jointures de Harry effleurèrent les cheveux raides qui tombaient du dos de Severus jusqu'à ses épaules, le jeune homme gémit tout bas dans sa gorge. Ses doigts commencèrent à se faufiler dans les mèches, Harry se léchant les lèvres en choisissant une section de cheveux et en la faisant rouler entre ses paumes.
La potion d'impuissance échoua complètement.
La magie a ses limites, pensa Severus en se laissant entraîner par Harry. Il semblait que le jeune homme voulait regarder ses cheveux maintenant, mais la position mettait leurs bouches si proches que tout à coup, la seule chose à laquelle Severus pouvait penser était un baiser. Un baiser chaud et torride. Harry se coucha sur le dos sous Severus, sachant pour une fois exactement à quel point il affectait Severus. Et qui sait, peut-être que la dureté contre la cuisse de Harry serait la prochaine chose qui attirerait l'attention du jeune homme, et Harry plongerait ses mains sous le pantalon, voulant sentir cette partie de Severus aussi, voulant faire glisser ses paumes de haut en bas, voulant entourer sa circonférence avec ses doigts...
Heureusement, Severus n'était pas allé jusqu'à jeter le jeune homme sur le dos. Pour autant qu'il le sache, Harry se souviendrait de chaque détail de cette... phase. Il n'apprécierait pas vraiment que Severus profite de cet abandon sensuel.
Et ils n'avaient pas besoin de davantage de rancune entre eux avec l'invocation qui arrivait si vite.
Ses mains tremblantes, Severus les posa légèrement sur les épaules de Harry et repoussa doucement le jeune homme, afin de limiter la tentation. Il s'était attendu à ce que le léger changement de position capte l'attention de Harry et le détourne de ses mains dans les cheveux de Severus, mais Harry semblait entièrement fixé sur les mèches noires. Attiré comme un papillon de nuit par une flamme, il se rapprocha simplement, cette fois-ci en passant négligemment une jambe sur les cuisses de Severus, ses doigts se mêlant toujours aux mèches de cheveux.
Résigné, Severus prit une grande inspiration et commença à énumérer mentalement le contenu de sa réserve de potions.
Par ordre alphabétique.
La discipline mentale n'aidait pas ; son excitation était toujours aussi forte, demandant de l'attention, exigeant d'être libérée...
Serrant les poings, Severus força son esprit à se concentrer sur l'inventaire. La réserve de potions, c'est ça. Jusqu'au "C" maintenant. Les chaudrons, ensuite. En bronze, en cuivre, en fer, trop nombreux pour les compter. Trois en argent, un en or...
Quand Harry s'approcha encore plus près et commença à faire glisser des mèches de cheveux sur ses lèvres, sa gorge émettant un faible ronronnement de plaisir, Severus oublia totalement les chaudrons. Doux Merlin, le jeune homme était pratiquement en train d'embrasser ses cheveux ! Bien sûr, il n'y avait pas de véritable baiser ; Harry savourait simplement la sensation de chaque mèche fine caressant sa bouche, mais c'était suffisamment proche d'un baiser pour ne pas faire de différence pour Severus. Un jeune homme qu'il désirait depuis des semaines était attiré par lui, ou du moins par ses cheveux. Et ça ne durerait pas. Il devait en profiter tant qu'il le pouvait, mais il n'osait pas.
Si ça continuait comme ça, Severus deviendrait fou.
« Harry, » essaya-t-il de dire, surpris de voir à quel point ce nom ressemblait à un halètement.
« Hmmm ? »
« Vous devriez peut-être... vous contrôler. »
La seule réponse du jeune homme fut de presser tout son torse contre le côté de Severus pour s'entourer de cheveux et en respirer l'odeur.
Quand Severus fut à bout de nerfs, Harry commença à sortir de l'emprise de la Joie du Dragon. Au début, il ne fit rien d'autre que de rester immobile, son corps tout entier vibrant d'une tension qui disait plus clairement que les mots qu'il ne savait pas vraiment comment il s'était retrouvé si étroitement lié à Severus. Puis, d'un seul coup, il retira ses mains des cheveux de Severus et recula, respirant aussi fort que s'il venait de terminer une longue partie de Quidditch. En marmonnant quelque chose qui ressemblait vaguement à des excuses, Harry arracha sa jambe des cuisses de Severus et se retira de l'autre côté du canapé, où il s'assit avec les mains si étroitement serrées sur ses genoux que Severus soupçonna qu'il essayait de les empêcher de se balader à nouveau.
Soit ça, soit il punissait ses doigts. Le jeune homme avait en tout cas l'air malheureux de les avoir surpris en train de vénérer les cheveux de Severus.
« Mon Dieu, » jura brusquement Harry. « Je veux dire... merde ! »
Tout à fait, faillit dire Severus, mais il ne pensait pas que Harry était dans le bon état d'esprit pour apprécier l'humour. « Vous vous sentez bien, maintenant ? »
« Non. » Regardant autour de lui comme s'il était dans le besoin, Harry attrapa soudainement le verre dans lequel il avait bu auparavant. Il fit un geste comme pour tirer sa baguette, mais Severus posa une main sur son bras nu pour l'arrêter.
« Il vaut mieux ne pas lancer de sort tant que vous êtes sous influence, » dit-il, et il fit apparaître de l'eau fraîche.
Naturelle, cette fois.
Harry ne perdit pas de temps pour la boire, mais Severus ne manqua pas de remarquer qu'il semblait laisser le fond d'eau dans sa bouche pendant un temps anormalement long.
Ou comment il passa lentement sa langue sur ses lèvres quand il mit finalement le verre de côté.
« Sous influence est un euphémisme, » dit-il d'une voix considérablement plus rauque que d'habitude. « C'était quoi ce truc ? »
« La Joie du Dragon. » Se sentant un peu ébouriffé, Severus passa ses doigts dans ses cheveux et les rejeta en arrière pour qu'ils ne tombent pas sur son visage. C'était un geste habituel, à tel point qu'il n'en avait pas vraiment conscience. Jusqu'à ce que la bouche de Harry s'ouvre légèrement, son regard suivant chaque mouvement avant qu'il ne secoue la tête comme pour la vider de ses pensées.
« La Joie du Dragon, » répéta Harry, ses yeux se fermant tandis qu'il réfléchissait. Severus ne pouvait pas dire s'il essayait de se rappeler ce qu'il avait pu apprendre à ce sujet, ou s'il savourait simplement le son de ces mots. Mais ses yeux se rouvrirent, le vert qui s'en dégageait était empreint d'indignation et il bafouilla : « Hé ! C'est... »
« De l'opium métabolisé, » confirma Severus en hochant la tête.
« Métabolisé ! Vous voulez dire digéré, n'est-ce pas ? Par les dragons ! Vous m'avez fait manger de la merde de dragon ! »
« Techniquement, c'est de la bouse de dragon concentrée et séchée, broyée dans un mortier de basalte... »
« Comme si ça rendait la chose meilleure ! »
« Puisque vous vous y intéressez, j'ai pensé que vous pourriez vous faire une idée précise... »
« Bien sûr que vous l'avez fait ! »
Severus attendit un moment avant de reprendre la parole. « Harry. Votre colère est déplacée. »
Harry fit une grimace, puis il hocha la tête. « Oui, je sais. Ce n'est pas votre faute si la potion que je dois boire est faite de la substance la plus horrible de la planète. La Joie du Dragon. Mon Dieu, quel nom ridicule. Bref, qu'est-ce qu'on fait pour mon allergie ? S'il vous plaît, ne me dites pas qu'il faut me désensibiliser à ce truc. Si je dois avaler de la merde de dragon tous les jours jusqu'à l'invocation, je vais devenir fou. »
« Vous n'êtes pas allergique. C'était une réaction normale. »
« Normale ! » Harry émit un faible rire, puis reposa sa tête sur le dossier du canapé en fermant les yeux une fois de plus. « C'était... intense. Je ne peux pas imaginer comment l'invocation peut fonctionner si je suis dans un tel état. Je ne serai pas capable de suivre les instructions, c'est sûr. Mon cerveau semblait être bloqué sur pause ou sur avance rapide. » Un autre rire faible, celui-là quelque peu dépréciatif. « Hum, ce sont des termes moldus, ils viennent d'une machine appelée magnétoscope... »
« Je crois que je comprends, » interrompit Severus. « Les effets se sont déjà complètement dissipés ? »
« Je suppose que non, puisque je suis assis là à penser que l'intérieur de mes paupières est une vision vraiment intéressante. »
« Vous semblez lucide maintenant, au moins. » Severus s'arrêta un moment pour réfléchir. Après la sensualité enivrante de ces derniers instants, peut-être avaient-ils tous deux besoin de mettre l'incident sur un plan moins personnel. Un tel changement faciliterait certainement les choses pour le jeune homme, dont les joues rougissantes démentaient le ton désinvolte de son dernier commentaire. « Seriez-vous prêt à me détailler les effets tels que vous les avez vécus ? »
Harry, Severus le remarqua rapidement, rougit encore plus. « Euh... »
Severus grimaça presque lorsqu'il réalisa comment Harry interprétait sa demande. « Pas les détails de ce que vous avez pu vous sentir contraint de faire. Les effets physiques. Le rythme cardiaque, la respiration, tout ce que vous avez pu observer. Comment les effets ont pu changer au fur et à mesure de votre exposition à la Joie du Dragon. Ce genre de choses. »
La couleur des joues du jeune homme s'estompa quelque peu, il hocha la tête et regarda autour de lui comme s'il cherchait une plume et un parchemin. Severus lui fit signe de se diriger vers un tiroir et regarda Harry se lever d'un bond et avancer d'un pas chancelant. Une fois que le jeune homme eut disposé les fournitures nécessaires sur un comptoir, il se contenta de les regarder fixement.
« Un problème ? » demanda Severus en remettant chaque composant de la potion à sa place.
« On peut dire ça. » Harry ramassa la plume, la tenant maladroitement, et la fit glisser plusieurs fois contre le parchemin dans un mouvement de balayage. « Il semble que je ne puisse pas écrire pour le moment. »
« De l'encre aiderait, j'en suis certain. »
« Ha, très drôle. » Harry jeta un regard noir, mais ça ne dura pas longtemps. « Je n'ai pas oublié l'encre. J'essayais sans, parce que quelque chose ne va pas du tout. Je... Je n'arrive pas à me souvenir à quoi ressemblent les lettres. »
Severus haussa un sourcil mais garda son expression placide, bien qu'il trouvât cette nouvelle un tantinet alarmante. « Vous savez lire en ce moment ? »
Harry attrapa la flasque la plus proche de sa main et regarda l'étiquette. « Non. C'est normal ? »
Question stupide. Severus ne lui aurait certainement pas demandé d'écrire s'il avait eu connaissance de cet effet, mais il se garda bien de le lui faire remarquer. « Ça passera, » dit-il simplement, en continuant à ranger les choses.
« Et si ça ne passe pas ? »
« Ça passera. »
Harry tritura ses lèvres avec ses dents. « Je... c'est très étrange. Je sais que mon nom commence par un H, mais je n'arrive pas à me rappeler comment en faire un. Hum, c'est une sorte de courbe avec des points avant et après ? »
« C'est une échelle avec un seul échelon. »
« Ça n'a aucun sens... »
« Harry, ça va passer. Essayez d'oublier le problème pour le moment. »
« D'accord. » La poitrine de Harry se souleva dans un soupir, le tissu de sa chemise s'accrochant à ses muscles.
Severus détourna le regard, ça ne lui servit pas à grand-chose. Il pouvait encore voir la scène dans son esprit. Son érection avait diminué pendant qu'ils parlaient, mais il n'en fallait pas plus pour qu'elle reprenne vie.
« Je voulais en savoir plus sur la Joie du Dragon de toute façon. Si je ne peux pas me concentrer suffisamment pour suivre vos instructions, comment l'invocation peut-elle fonctionner ? »
« Puisque Podentes a réellement abouti à un partage des pouvoirs plusieurs fois dans l'histoire, on doit supposer que l'opium métabolisé n'empêche pas une invocation réussie. »
« Oui, à moins qu'allergique ou non, j'y sois un peu plus sensible que les autres. »
Severus fronça les sourcils, dérangé à double titre. C'était en fait un bon point, et il aurait dû être celui qui y avait pensé en premier. Mais là encore, il savait beaucoup de choses qu'Harry ignorait. « C'était de la Joie du Dragon pure et brute ingérée pour évaluer les allergies, » pensa-t-il à expliquer. « Dans la potion que vous boirez, ses propriétés seront à la fois atténuées et liées aux propriétés des autres ingrédients magiques. Elle ne produira pas des résultats exactement identiques à ceux que vous avez expérimentés aujourd'hui. »
Harry acquiesça, s'appuyant lourdement contre le comptoir. « C'est vous le maître des potions, alors à vous de me le dire. Comment ça va être, alors ? »
« Il est difficile de le prévoir précisément à partir de la seule séquence de brassage. Ce n'est pas comme s'il y avait des essais modernes à étudier... »
« Votre meilleure supposition, Severus, » ajouta Harry avec impatience, en levant la tête d'un geste las. « C'est le moins que vous puissiez faire, surtout après m'avoir donné ce truc sans me prévenir que je finirais aussi illettré que vous l'avez toujours prétendu. »
« Je ne pense pas que vous soyez analphabète ! »
« Ouais, je l'ai deviné à la quantité de lectures que vous empiliez sur moi dès que je me trompais sur une question. Ça ne vous a pas empêché de le dire, hein ? » Harry fit un geste comme s'il essayait de tout recommencer. « Écoutez, ça n'a plus d'importance maintenant. Dites-moi seulement ce que la potion complète est susceptible de me faire. »
Severus hocha rapidement la tête. « Un bon nombre de composants de la potion du suppliant tendent à ouvrir les émotions. Je suppose que la Joie du Dragon peut encore vous accorder un certain niveau de conscience sensorielle accrue, mais son principal effet sera probablement de vous aider à vous concentrer sur l'émotion, ou plutôt, sur votre émotion du moment. »
« Eh bien, ce sont d'affreuses mauvaises nouvelles. » Les yeux verts de Harry étaient sombres d'inquiétude lorsque son regard rencontra celui de Severus. « Je me souviens de ce que vous avez écrit. Il faut que je veuille être votre propriété. Si la potion doit être une sorte de sérum de vérité pour les émotions, comment diable l'invocation est-elle censée fonctionner ? » Un rire amer s'échappa de la bouche du jeune homme. « Peut-être que je devrais juste aller chez Madame Guipure et me commander un linceul pour être prêt pour mon anniversaire ! Je suis un homme mort, après tout... »
« Vous n'êtes pas un homme mort. Et vous n'êtes pas seul dans cette affaire. Je suis aussi responsable que vous de la réussite de l'invocation, et elle réussira. Nous avons encore plus d'une semaine pour vous aider à développer l'état d'esprit requis... »
« Une semaine ! » Harry repoussa le comptoir comme si un éclair l'avait traversé. « J'ai fait de mon mieux, Severus. Vous le savez bien. Je me suis déshabillé avec vous, pour l'amour de Dieu. Je vous ai laissé faire... enfin, vous savez ! Mais je ne peux pas fabriquer de l'émotion à la demande, et une semaine ne fera pas la moindre différence ! Bon sang, on pourrait s'entraîner pendant des centaines d'années et je ne voudrais toujours pas être votre esclave sexuel... »
Severus se leva d'un seul coup, fit deux pas vers Harry et l'attira dans ses bras pour l'embrasser. Severus revendiquait son droit, ses lèvres féroces et chaudes, sa bouche ouverte et insistante.
Et Harry répondit, un faible gémissement s'élevant de sa poitrine, ses mains s'agrippant aux épaules de Severus, sa respiration rauque et irrégulière lorsque le Maître des Potions se retira enfin.
« Nous avons ça entre nous, et il y a un mois vous auriez dit qu'on n'y arriverait pas, même pas en cent ans. »
Il vit la pomme d'Adam de Harry bouger alors que le jeune homme déglutissait. « C'est très loin de l'idée de vouloir être votre esclave. »
« Cambiare est la clé, » dit Severus. « Et tout cela n'est pas impossible. Nous pouvons faire en sorte que ça arrive. Ou bien vous ne croyez plus à la prophétie ? »
« Je ne sais pas ce que je crois, » admit Harry, se penchant en avant pour poser son front contre la poitrine de Severus. Après un moment, le jeune homme fit un petit pas en avant et laissa son corps s'affaisser contre l'autre homme. Severus passa un bras autour de lui pour le soutenir. « Hum, je crois que je perds la tête. C'est juste... trop, vous savez ? On pourrait penser que je me suis habitué à cette perspective maintenant, mais plus ça se rapproche, plus tout se dégrade. Je... Je ne sais pas ce qui ne va pas chez moi... »
« Vous avez ingéré pas moins de vingt substances très puissantes ce matin. Je pense que votre humeur a pu être affectée par un certain nombre d'entre elles, » apaisa Severus, pensant qu'il était plutôt agréable de tenir Harry. C'était plus qu'agréable, même si c'était la Joie du Dragon plutôt qu'un véritable désir qui poussait le jeune homme à frotter sa joue contre la chemise de Severus, la sensation étant apparemment attirante.
Comme Harry était séduisant.
Beaucoup trop, car cette maudite potion d'impuissance choisit ce moment pour échouer une fois de plus. Et de façon plus spectaculaire qu'avant. Severus gémit presque à voix haute en sentant son excitation revenir à son maximum et palpiter avec insistance contre les vêtements qui la confinaient.
Harry recula d'un mètre. « Euh, c'est ce que je pense que c'est ? »
Severus se demandait quoi dire, mais il savait au fond de lui que seule la vérité serait utile. « Oui. »
« Je... euh... » Visiblement désemparé, Harry souffla et détourna le regard. Mais pas avant qu'un réflexe involontaire ne lui fasse baisser brièvement les yeux, nota Severus. « Depuis combien de temps êtes-vous... Je ne veux pas dire depuis combien de temps aujourd'hui, je veux dire en général, euh, vous savez ? Parce que je n'ai jamais remarqué... »
« Je prends une potion d'impuissance depuis le premier massage. »
Les sourcils de Harry se rapprochèrent. « Vous avez menti pendant tout ce temps ? »
« Je savais que la vérité vous ferait peur, et c'est le cas. »
« Je ne suis pas vraiment inquiet... »
« Non ? »
« Je savais que vous alliez devoir bander si je devais la prendre dans le cul ! »
« Ne parlez pas si crûment ! »
« Pourquoi pas ? Vous l'avez fait ! »
« Je n'aurais pas dû, » dit Severus, sa voix s'étranglant dans sa gorge.
Harry, pensa-t-il, ne semblait même pas avoir remarqué cet aveu. « Je me doutais bien que vous deviez utiliser une potion pour pouvoir... euh, vous savez, réussir à me désirer suffisamment pour aller jusqu'au bout... »
Tu parles d'un aveu. Severus haussa un sourcil et décida que l'indifférence froide n'était rien d'autre qu'un mauvais calcul. Ce qui en dit long sur la façon dont Harry l'affectait, n'est-ce pas ? Ce n'était pas souvent que Severus se trompait autant sur une situation, même si maintenant il pensait qu'il n'avait fait que ça avec Harry.
« Harry, » dit-il, puis il attendit que le jeune homme le regarde. Sur la défensive, ces yeux verts. Et ce n'était pas étonnant, puisque Severus avait fait tout ce qu'il pouvait - bien qu'involontairement - pour qu'il se sente indésirable. « Un baiser seul peut me donner envie de vous. Rien que vous regarder peut me donner envie de vous. »
« Ha, vous m'avez vu dans la douche et ça ne vous a pas affecté du tout ! »
« Parce que je prenais une potion d'impuissance ! » s'exclama Severus en secouant la tête. Ils n'avaient pas déjà parlé de ça ?
« Oui, mensonge, comme je l'ai dit ! » cria Harry, prouvant qu'il n'avait pas oublié. « Hermione m'a dit que je commençais à perdre de vue à quel point vous pouviez être manipulateur, et je crois qu'elle avait raison ! Alors que s'est-il passé aujourd'hui, hein ? Vous avez décidé que j'avais été dupé et trompé assez longtemps et qu'il était temps que je réalise que Podentes ne serait pas aussi douloureux pour vous que pour moi ? »
« Ce ne sera pas douloureux du tout, comme vous le saurez ce soir quand je commencerai à vous préparer un peu... »
« Oh, comme si ça allait arriver, bien sûr ! » Harry montra ses dents, puis, comme s'il ne pouvait même pas supporter de regarder l'autre homme, se retourna brusquement, ses épaules voûtées annonçant qu'il avait croisé les bras. « Oh, ça finira par arriver, vous l'avez dit très clairement, mais si vous croyez que je vais vous laisser me toucher comme ça une seconde avant d'y être obligé, vous êtes complètement fou ! Vous allez aimer ça, n'est-ce pas ? »
« Oui, bien sûr que j'aimerais ça... »
« C'est pour ça que vous avez arrêté de prendre votre potion, parce que vous pensiez que je dirais oui à vos doigts dans mon cul, et que vous vouliez avoir tous les frissons possibles... »
« Je n'ai pas arrêté de prendre la potion, imbécile ! »
Harry se retourna pour lui faire face, les traits tordus de rage tandis qu'il fixait furieusement braguette du pantalon de Severus. « Alors qu'est-ce que c'est que ça, hein ? »
« Ça, » souligna Severus en se retenant de lancer de nouvelles invectives, « c'est une démonstration de l'intensité de mon désir pour vous, Harry Potter. Quand vous avez commencé à me toucher tout à l'heure - oui, oui, je sais que ce n'était pas vous, mais la Joie du Dragon - mais en tout cas, votre toucher s'est révélé plus puissant que la potion. Ce qui n'est pas une grande surprise. Je suis fou de vous depuis des semaines et la potion est la seule chose qui m'a permis de rester à moitié sain d'esprit ! »
Le jeune homme rougit jusqu'au bout des oreilles. « Ce n'est pas vrai ! »
« Oh si, c'est très certainement vrai. »
« Mais vous ne supportez pas de me voir ! »
Respirant profondément, Severus secoua la tête. « Vraiment, Harry, nous avons eu un passé coloré, vous et moi, mais... »
« Pas ça, » interrompt Harry, le ton cinglant. « Je voulais dire littéralement. Vous savez, à quel point vous détestez mon apparence ? »
« Je ne déteste pas votre apparence ! »
« Vous êtes quoi alors, complètement tordu ? » Un long frisson secoua les épaules de Harry. « Oh mon Dieu, j'avais raison cette première nuit, n'est-ce pas ? Il s'agit pour vous de vous venger enfin de James, de m'humilier parce qu'il est hors de votre portée. Pas étonnant que vous soyez si dur à l'idée, j'ai vu comment il vous a humilié... »
« Non, Harry, non, » s'écria Severus en tirant le jeune homme dans ses bras et en l'y retenant même s'il se débattait. « Il ne s'agit pas de James ! Vous n'êtes pas James, je le sais... »
« Oui, mais je lui ressemble, n'est-ce pas ? » Harry donna un coup de pied dans les tibias de Severus, mais l'homme s'accrocha fermement.
« Non, vous ne lui ressemblez pas ! »
Harry ne bougeait plus. « Si, je le sais... »
« C'était le cas, » concéda Severus, précipitant ses mots de peur que Harry ne recommence à l'accuser de mentir. « A l'âge de douze ans, vous ressembliez beaucoup au souvenir que j'avais d'un jeune James. Mais au fil des ans, vous avez aussi pris les traits de votre mère. Je me suis rendu compte quand vous êtes arrivé ici que même si j'avais passé toute votre scolarité à vous considérer comme le jumeau de James, vous ne lui ressembliez plus autant qu'avant. »
Comme Harry ne se débattait pas pour être libéré, Severus adoucit sa prise. « Je vous regarde et je ne vois pas James, Harry, » dit-il, les mots sonnant avec une sorte de sincérité habituellement réservée à la prononciation des voeux. « Je ne le vois pas. »
Severus n'aurait pas su que le jeune homme tremblait si ses mains n'étaient pas encore posées sur le dos de Harry.
« D'accord... c'est bien. C'est vraiment une pensée horrible pour moi, que vous puissiez aimer ça parce que vous avez toujours voulu vous venger de mon père... mais alors... » Severus entendit un bruit de déglutition alors que Harry avalait. « Je ne comprends pas, alors. Vous aimez les hommes, je comprends ça. Donc, je pensais que quand vous aviez apprécié mon orgasme, c'était juste parce que c'est ce que vus aimez. Vous savez, les hommes. En général. Mais comment le fait de me regarder peut vous rendre... euh, excité ? Quand vous pensez que je suis si laid ? »
« Quoi ? »
Profitant du relâchement de la prise de Severus, Harry se repoussa, puis fixa les yeux de l'autre homme. « Vous dites toujours ça de moi. »
« Quand est-ce que j'ai... »
« Continuez, Potter, ignorez cette affreuse cicatrice sur votre main - je suppose que vous êtes habitué aux défigurations bizarres maintenant, » cita Harry, la voix vicieuse. « Et vous avez dit que j'avais des oreilles de forme bizarre, et avant ça vous avez dit à un couloir plein d'élèves que mes yeux avaient la couleur de la mort et que ça vous rendait malade rien que de me regarder... »
« Parce que vous veniez de liquéfier Malefoy ! Les élèves lui marchaient dessus et le suivaient dans tout le château ! »
« Ouais, et quand vous me traitiez de visage pâle et de maigrichon ? Ou d'avorton, qu'est-ce que vous dites de ça ? Ou... »
« Harry, j'ai la langue bien pendue, et vous n'avez pas passé les sept dernières années à me donner envie de la tempérer. Et je ne vous voyais pas non plus comme autre chose qu'un petit chiot agaçant qui refusait de suivre les conseils de ses aînés, et encore moins les règles ! Mais maintenant… » Severus s'interrompit lorsqu'il sentit son regard s'échauffer. L'envie de l'atténuer, de se cacher à nouveau derrière une froide indifférence était presque irrésistible, mais Harry n'y verrait qu'une manipulation supplémentaire. La voix raide, il se força à continuer. « Maintenant, je vous regarde et je vois un jeune homme d'une beauté exquise. Je vous regarde et je vois mon amant. Je vous regarde et je me souviens des plaisirs que nous avons partagés. »
« Partagés ! »
« Oui, partagés ! » Severus se dirigea vers le canapé et fit signe au jeune homme de le rejoindre. Harry était assis à l'autre bout, aussi loin que possible, une vue déprimante qui rappelait leurs premières soirées ensemble. « Harry, vous croyez que je n'ai pas eu de plaisir avec vous ? »
Sur la défensive, dans sa posture et son expression. Comme si c'était Harry qui essayait de se cacher derrière une façade d'indifférence froide, cette fois. Mais Harry, jeune et têtu, ne savait même pas comment dissimuler ses sentiments, pas plus qu'il ne pouvait dissimuler ses rougeurs. « Eh bien vous n'avez jamais joui, n'est-ce pas... »
Ah, mais j'ai joui... Severus préférait ne pas s'engager dans cette voie. Harry était déjà suffisamment offensé. « La potion de flaccidité ne réprime pas le désir ou les sensations, Harry, elle empêche seulement le mâle d'exprimer ce désir de la manière la plus évidente. Je peux vous assurer que j'ai ressenti un énorme plaisir à vous tenir dans mes bras alors que vous convulsiez de plaisir. Un plaisir que j'avais fait naître. Et bien que la satisfaction de mes propres besoins ait dû attendre... » La voix de Severus se transforma en un faible bourdonnement. « L'attente n'a été rien de moins que délicieuse. »
Harry se lécha les lèvres, une langue rose les parcourant d'un arc de cercle.
Severus ressentit un soubresaut de plaisir rien qu'en regardant ça, mais il n'en dit rien. Il ne pensait pas que Harry était conscient de la provocation de ce geste. Ou plutôt, Harry n'était pas conscient qu'il avait fait ce geste.
« Je... » Le jeune homme était immobile comme une statue maintenant, bien que sa voix tremblât. « Vous ne pouvez pas être passé de l'idée que je suis un avorton à celle que je suis... euh, exquis, en seulement quelques semaines. »
« Non, » admit Severus. « Je suppose que la réponse à cette question est que je n'ai pas vraiment pensé à vous en termes aussi dépréciatifs depuis un certain temps. Mais les vieilles habitudes ont la vie dure, et j'ai toujours apprécié l'art de l'insulte. Si vous y réfléchissez, avorton est un commentaire un peu ridicule de ma part. Je ne peux pas imaginer pourquoi vous l'avez pris si à cœur, Harry. Vous n'êtes pas le plus petit des élèves de septième année, loin de là. »
« James était grand, » marmonna Harry. « J'ai des photos qui le prouvent, des photos de lui avec Remus, de lui avec Sirius. »
« Le directeur pense que vous n'avez pas fini de grandir, même si nous doutons que vous soyez un jour aussi grand que James, » ajouta Severus. Harry avait été traité de monstre à la maison, il se souvenait qu'Albus l'avait dit. Il avait grandi avec des insultes, alors il n'était peut-être pas si surprenant qu'il ait pris à cœur les mots vicieux de Severus. Il ne lui était peut-être jamais venu à l'esprit d'en douter. « Mais Harry, le terme avorton a été dit dans l'intention de vous blesser, comme le reste. »
« Bien sûr que oui. »
Severus réprima une envie de soupirer. « J'ai dit que vous étiez analphabète aussi, comme vous l'avez fait remarquer vous-même il y a quelques instants. Vous pensiez que je croyais vraiment que vous ne saviez pas lire ? »
« Non, mais je pensais que vous croyiez vraiment que j'étais stupide. »
« Je ne pense pas que vous soyez stupide ! Personne qui arrive à faire des potions de niveau ASPIC ne peut être stupide ! »
« Ouais, et bien j'ai foutu mon ASPIC en l'air, n'est-ce pas ? Ou la classe. Peu importe. Alors maintenant, je suis exquis, est-ce que vous allez inventer des conneries sur le fait que vous pensez que je suis brillant aussi ? »
« Vous n'êtes pas brillant, » dit sèchement Severus. « Vous êtes un jeune homme d'une intelligence parfaitement normale et si je n'ai jamais laissé entendre le contraire... »
« Si ! »
« Quand j'ai insinué le contraire, c'est parce que j'ai aimé vous faire du mal. Pas parce que j'étais intéressé à dispenser une vérité impartiale, comme le démontrent les railleries à propos de l'illettrisme à elles seules. Les remarques sur votre apparence étaient du même genre. De la haine, déversée sous forme verbale. Elles disent tout sur moi, Harry, et rien du tout sur vous. »
Tout ce qu'il obtint en réponse à ça, ce fut un hochement de tête tremblant.
Peut-être, pensa Severus, serait-il préférable de s'attaquer à cette maladie par la racine.
« Harry. Vous savez que vous n'êtes pas le moins du monde stupide, n'est-ce pas ? »
« Parfois j'ai l'impression de l'être. » Harry fit la grimace. « Mais bon, ouais, je sais que c'est juste l'émotion du moment ou quelque chose comme ça. Je ne ressens ça que lorsque quelque chose va horriblement mal, comme... peu importe. »
« Donc quand j'ai dit, par exemple, que vous possédiez moins de capacité d'esprit critique qu'une fougère en pot, vous étiez conscient que je devais soit me tromper sincèrement, soit évacuer mes propres émotions. » Severus attendit que Harry fasse un signe de tête méfiant. Manifestement, le jeune homme ne savait pas où il voulait en venir.
Severus le savait à peine lui-même. Il savait juste qu'il voulait atteindre le jeune homme.
« Alors quand j'insultais votre apparence, pourquoi ne considériez-vous pas ces remarques sous le même angle ? »
« Je... euh, je ne sais pas. » Harry semblait reculer encore plus dans son coin, bien que ce ne soit guère possible. « Je... elles m'ont frappé différemment. Et de toute façon, dans votre classe, la plupart du temps, je me sentais stupide. »
Et moche, Severus commençait à le réaliser. Et il avait fait de son mieux pour renforcer ces deux impressions, bien qu'il n'ait pas compris jusqu'à présent à quel point il avait réussi. Harry avait toujours semblé résistant. Le genre à rebondir après un échec, à laisser les insultes glisser sur son dos. Tout cela, cependant, avait peut-être plus à voir avec la fierté qu'avec une véritable confiance.
« Depuis que vous avez commencé à venir ici, » expliqua Severus en avançant à tâtons comme un sorcier sans baguette, « je vous ai vu sous un jour différent. Je vous trouve assez attirant, tant par votre visage que par votre silhouette. Je ne voulais pas vous mettre mal à l'aise en vous le faisant remarquer ; après tout, vous m'avez clairement fait comprendre que je ne suis pas l'amant idéal pour vous. Mais pour autant, ne m'avez-vous pas écouté soir après soir ? Combien de fois ai-je mentionné vos muscles ou votre physique ? Que croyiez-vous que je voulais dire quand je disais que le Quidditch avait son utilité ? »
Harry rougit, mais au moins il ne se tenait pas aussi tendu qu'avant. « Euh, que ça me permettrait de vous lâcher les baskets de temps en temps ? »
« Vous ne pensiez pas ça, pas quand vous croyiez que je voulais bannir le Quidditch. »
« Eh bien, je savais que ça ne pouvait pas vouloir dire le plus évident, donc... »
Encore des suppositions... Celles de Harry, cette fois.
« Ça voulait dire le plus évident. » Puis, pensant qu'après ses litanies d'insultes il devrait vraiment faire des compliments tout aussi directs, Severus continua : « Vous m'apparaissez comme une œuvre d'art finement travaillée Harry. Une statue aux lignes parfaites, aux proportions parfaites, sauf que contrairement à toute autre statue, vous êtes sculpté dans le noir le plus sombre et le vert Serpentard. Mes couleurs préférées, comme vous devez vous en souvenir. Harry... vous êtes d'une exquise beauté. Fort, ferme... J'ai souvent pensé que je ne me lasserais jamais de vous regarder. De vous tout entier. »
« Je... oh, mon Dieu. » Harry commença à se mordre la lèvre inférieure. « Je préférerais que vous me trouviez laid. Honnêtement. Est-ce que vous allez vouloir des... hum, intimités tout le temps alors ? Je veux dire, je pensais que ce serait une corvée pour vous, donc qu'on n'aurait pas à le faire trop souvent, non ? Assez pour croiser les pouvoirs, bien sûr, mais... écoutez, de combien de sexe aurez-vous besoin ? » Il fit une tête affreuse. « Parce que je sais que je dois répondre à vos besoins. »
« Harry, nous sommes amants, comme le veut le sort. Ce ne sera pas une corvée pour vous non plus... »
Ce n'était pas la bonne chose à dire, apparemment.
« Ha ! » cria brusquement Harry. « Alors vous avez une vision positive des choses, c'est ça ? Bien sûr. Si je suis aussi séduisant que vous le dites, vous avez probablement hâte que je sois votre petit jouet, votre petit esclave au lit ! Je parie que vous comptez même les jours... »
Trop de désir, trop d'émotion, et tout cela se répandait dans Severus comme une rivière qui déborde de son lit. Il ne redressa pas ses traits assez vite.
Et Harry vit. Ses yeux s'enflammèrent comme ceux d'un démon, sa voix s'éleva encore plus haut tandis qu'il se levait d'un bond du canapé. « C'est ça ! Espèce de salaud ! Vous comptez les jours avant que je ne sois à votre disposition ! Sauf que vous ne pouviez pas attendre, n'est-ce pas ? Oh non, on devait s'entraîner ! Vous avez fait de votre mieux pour prendre mes dernières semaines de liberté et faire de moi un esclave pendant tout ce temps ! Sauf que vous ne vouliez pas que je sache que c'était comme ça, vous ne vouliez pas que je sache qu'il ne s'agit pas du tout de Podentes pour vous, il s'agit juste de luxure ! »
« Ce n'est pas vrai... »
« Ouais, eh bien, c'est certainement vrai que c'est moi qui ai la partie la plus dure de l'affaire ! De quoi vous vous plaignez ? C'est vous qui êtes intéressé par les hommes, et on vous en donne un que vous trouvez attirant, que vous avez le droit de baiser autant que vous voulez, sans vous soucier de ce qu'il veut, alors que moi je n'ai qu'à encaisser, encaisser et encaisser, et comme si ça ne suffisait pas, il a fallu que vous gâchiez mes dernières semaines de liberté et que vous me mentiez sur l'objet de vos actes ! »
Avant que Severus ne puisse répondre, Harry se balança brusquement sur ses pieds, ses yeux devenant vitreux. « Je crois que je vais vomir. »
Severus se leva du canapé et installa Harry dessus, allongeant le jeune homme sur le côté et allant lui chercher une bassine.
Harry ne vomit pas, cependant. Il avala convulsivement et finit par dire d'une voix rauque. « Voilà. Je crois que le pire est passé. Je... écoutez, je ne veux pas coucher avec vous mais je ne pense pas que ce soit ce qui m'a rendu si nauséeux. Je peux le supporter. »
« Trop de colère combinée à la Joie du Dragon est probablement ce qui vous a rendu si malade. Pas une bonne combinaison. Vous pouvez visualiser un H à présent ? »
Harry plissa le front en essayant. « Pas vraiment... »
« Je pense que vous devriez peut-être vous reposer un peu. Dormir, si vous pouvez. Vous vous sentirez mieux quand votre système aura évacué. »
« Je ne me sentirai pas mieux pour... » Harry fit un geste faible vers le devant du pantalon de Severus, puis laissa tomber son bras avec un bruit sourd sur le sol en pierre. « Tu sais... »
S'agenouillant, Severus éloigna les cheveux en sueur du front de Harry. Le garçon lui semblait chaud, trop chaud, et il aurait pu se maudire d'avoir laissé leur conversation aller si loin. Il aurait dû se rendre compte que ce n'était pas le meilleur moment pour de telles révélations. « On en reparlera plus tard, quand tvous vous sentirez mieux dans votre peau. »
Harry frissonna, une réaction qui parut étrange à Severus jusqu'à ce que le jeune homme prenne la parole. « Je ne suis pas obligé de me reposer ici, n'est-ce pas ? »
« Non. Le canapé du salon fera tout aussi bien l'affaire, ou mon lit si vous préférez. »
Le jeune homme se mit debout, encore instable, et partit comme s'il portait le poids du monde sur ses épaules. Une métaphore appropriée, Severus était forcé de l'admettre. Il le suivit dans le tunnel et les laissa rentrer dans ses quartiers, se rappelant qu'il devait apprendre à Harry l'incantation pour ouvrir l'espace. Mais cela pouvait attendre que la Joie du Dragon se dissipe complètement.
Il avait espéré que le jeune homme accepterait son offre d'utiliser le lit, mais Harry se dirigea plutôt vers le canapé et tomba immédiatement dans un sommeil presque aussi profond que la mort.
Samedi 6 juin 1998, 18h19
Harry se réveilla désorienté et se sentit plutôt mal en point. Pendant quelques instants, il ne fut pas sûr de l'endroit où il se trouvait, car il faisait sombre tout autour. Puis il entendit un bruit de frottement et les lumières, placées dans des appliques en haut des murs, commencèrent à émettre une douce lueur jaune. Harry cligna des yeux pour les ajuster, puis leva les yeux et remarqua Rogue.
« Comment vous sentez-vous ? »
Harry se leva pour s'étirer avant de répondre. « Plutôt bien, je crois. » Son regard s'égara vers le mur du fond, où la fenêtre enchantée montrait le lac de nuit. « Il est si tard que ça ? Attendez, ça ne va pas... où est la lune ? Elle devrait être presque pleine. »
Rogue tapota le haut de la fenêtre avec sa baguette et, d'un seul coup, la scène se transforma en une vue du lac scintillant sous le soleil de fin d'après-midi. « C'est une vue réelle, maintenant. L'autre était un enchantement pour assombrir la pièce afin que vous puissiez dormir le plus longtemps possible. »
Harry se rappela alors pourquoi il avait eu besoin de dormir. La Joie du Dragon. L'étrange sensation de tout ce qui semblait, sonnait et paressait si absolument fascinant. Et puis... oh mon Dieu, la sensation des cheveux de Rogue tombant sur mes mains, enroulés autour de mes doigts, leur odeur...
Il sentit son visage s'enflammer comme une fournaise alors que le reste lui revenait, toutes les choses dont ils avaient discuté.
Rogue était attiré par lui ! Et pas seulement d'une manière abstraite et intellectuelle. Ça, Harry aurait pu le gérer. Peut-être. Mais ça ? L'homme avait été dur comme la pierre ! Pour lui.
Harry ne voulait pas en parler, encore moins y penser, alors il dit la première chose qui lui traversa l'esprit. « Mais nous sommes sous terre ; la fenêtre là-bas n'est rien d'autre qu'un enchantement, n'est-ce pas ? »
Rogue le regardait attentivement, ses yeux sombres ne manquant rien, mais Harry ne pouvait pas savoir s'il évaluait simplement sa santé, ou s'il essayait de juger son humeur, ou si Dieu l'en garde, il admirait ces lignes, ces proportions parfaites dont il avait parlé. Cette dernière possibilité donna à Harry une légère sensation de malaise.
« C'est un enchantement, » admit Rogue, d'une voix douce et désinvolte. Harry sentit un frisson le parcourir en entendant cela, car il se souvenait encore de la façon dont ce son avait semblé le transpercer, tout à l'heure. Jusqu'à l'aine... mais il n'allait pas y penser non plus. « Avez-vous l'habitude de suivre de près les phases de la lune, Harry ? »
« Oui, je m'inquiète pour Remus. J'aimerais qu'il me rende visite plus souvent. » soupira Harry. Il ne reverrait probablement jamais Remus. Même si Rogue cédait un jour et le laissait rendre visite à Ron et Hermione, il n'était pas question qu'il soit aussi généreux avec le loup-garou. « Hum, vous savez pourquoi vous fabriquez toujours sa potion Tue-Loup ? C'est juste à cause de l'Ordre, je crois. » Harry prit une grande inspiration. « Écoutez, je comprends ce qu'il en est des promesses, mais je dois savoir que vous continuerez à fabriquer sa potion même après que j'aurai tué V... le Seigneur des Ténèbres. Je veux dire, vous penserez probablement que ça n'a plus d'intérêt une fois l'Ordre dissous, mais c'est vraiment injuste que Remus doive souffrir juste parce que nous avons gagné. C'est déjà assez dur que je doive souffrir. »
« Je ne fabrique pas la potion Tue-Loup à cause de l'Ordre, je le fais à la demande d'Albus. »
« Donc tant que Dumbledore sera en vie, vous continuerez à aider Remus chaque mois ? Et après... ? »
« La transformation mensuelle est assez dure pour les organes internes de Lupin, » dit Rogue d'une voix neutre. « Il est probable qu'il décédera avant Albus. »
Si Harry ne le savait pas, il penserait que Rogue ne tirait aucune satisfaction de ses paroles. Mais il le savait, et le ton calme de l'homme ne le trompa pas. D'ailleurs, on lui avait récemment rappelé à quel point Rogue était un menteur.
Il voulait Harry depuis des semaines et ne l'avait jamais laissé paraître, alors il pouvait certainement dissimuler sa joie à l'idée de la mort prématurée de Remus. Peu importe que ce qu'il avait dit soit vrai et que Harry le sache. C'était la pensée qui comptait.
« Supposons qu'il soit plus chanceux que la plupart des loups-garous et qu'il survive au directeur, cependant. Vous continuerez à faire sa potion ? S'il vous plaît ? »
Le regard de Rogue s'assombrit. « Je ne peux rien dire à ce sujet. Sincèrement, Harry. »
Aucune promesse, c'est ce qu'il voulait dire. Harry ne pouvait pas consentir à Podentes en pensant que tout irait bien parce qu'au moins Remus serait à l'abri de ses terreurs mensuelles. Il devait être prêt à accepter la décision de Rogue sur ce point, comme sur tout le reste. Il devait se rendre.
Et maintenant, sachant que Rogue le désirait sexuellement, le mot semblait plus réel que jamais. Comme quelque chose de physique. Des chaînes, peut-être. Pour le lier non seulement à Podentes ou à Rogue, mais aussi pour l'enfermer loin de lui-même. Comment pouvait-il ne pas se soucier de ce qui était arrivé à Remus ? Comment pouvait-il faire confiance à Rogue pour oublier ses horribles rancunes ?
Il ne pouvait pas.
Mais il le devait, car rien d'autre ne pourrait faire fonctionner l'invocation. Et si ça ne marchait pas, Remus était condamné comme les autres.
Se rendre, pensa encore Harry, et il se mordit la langue plutôt que de dire un autre mot au sujet de Remus.
Le maître des potions le dévisagea un moment, et comme Harry s'en tenait au silence, il lui tendit une pile de parchemins jaunis. « Êtes-vous capable de lire à nouveau ? »
Harry parcourut la première page. L'écriture était délavée par l'âge, mais pas au point d'être illisible. « Oui, on dirait bien. C'était vraiment étrange, d'ailleurs... Hé, c'est... »
« Le dossier scolaire de votre mère, » reconnut Rogue en faisant un signe de tête vers une deuxième pile de parchemins posée sur une table latérale. « Et celui de votre père est là. Je passais en revue le peu d'informations qu'il reste dans l'espoir de trouver une quelconque mention d'allergies, mais quand j'ai eu fini, j'ai pensé que vous aimeriez peut-être avoir ces papiers. »
« Bien sûr, j'aimerais les avoir, » dit Harry d'un ton morose, sans lever les yeux. « Mais je n'en ai pas le droit, n'est-ce pas ? Je préférerais ne pas avoir à les brûler le dix-sept, vous savez. »
Rogue hocha la tête d'un air vif. « Bien sûr que non. Pourquoi ne pas les lire maintenant, alors, et je les garderai en ma possession. Pour référence future. »
Le regard de Harry se leva. « Je croyais que vous ne pouviez rien promettre. »
« Il y a des informations médicales dans ces papiers, et comme je serai entièrement responsable de votre survie, la prudence voudrait que je les garde à portée de main. » Le maître des potions haussa les épaules. « Je me demande parfois à quel point Cambiare Podentes sera formaliste. »
« Votre précis m'a semblé assez formaliste. »
« C'est vrai, mais c'était avant que je commence à nous considérer comme des amants, vous comprenez. Le sort a été conçu en pensant aux amants, ce à quoi je n'ai jamais beaucoup réfléchi au départ. » Le maître des potions s'arrêta brusquement de parler, bien qu'il reprît après une brève pause. « C'est une conversation que nous devrons reporter après l'invocation, mais je vais vous dire une chose Harry. Je vous demande de la garder à l'esprit. »
Harry attendit un moment, puis demanda : « La chose ? »
« Ah. C'est simplement ceci : J'étais vraiment dans un mauvais état d'esprit quand j'ai écrit ce précis. Je n'avais pas envie d'invoquer Podentes, pas plus que vous, et cela s'est sans doute vu. »
Harry laissa tomber le dossier scolaire de sa mère sur la table. Il ne servait à rien de toute façon. Il pouvait lire, mais il ne pouvait pas vraiment se concentrer. Il doutait que ce soit dû à l'effet persistant de la Joie du Dragon. Plus probablement, c'était sa colère qui revenait. Je n'avais pas envie d'invoquer Podentes, pas plus que vous... Bien sûr, Rogue ne s'en souciait, pas à l'époque. Mais dès le premier massage, les choses avaient commencé à changer.
Et il n'avait jamais pris la peine de le mentionner à Harry.
« Vous êtes sûr de vouloir l'invoquer maintenant, n'est-ce pas ? » accusa-t-il, en serrant les dents si fort que ça faisait mal. « Vous voulez ce que vous allez avoir, vous avez dit que vous le vouliez ! »
« Pas comme vous le pensez, non. »
« Oh, comment diable pouvez-vous savoir ce que je pense ? »
L'homme se contenta de le regarder, les yeux sombres brillants. « Après vos accès de drogue de tout à l'heure ? Un peu beaucoup. »
D'un seul coup, sa colère sembla se ratatiner à l'intérieur de lui. C'était aussi bien ; c'était inutile, après tout. Ils devaient encore invoquer. Se sentant complètement vaincu, Harry se dirigea vers la fenêtre enchantée. Le soleil se couchait sur le lac, couvrant les collines herbeuses d'une lumière crépusculaire, une scène paisible comme il n'en avait jamais connu dans sa vie.
Il se concentra sur les couleurs et les formes et essaya de s'y perdre. De se perdre lui-même. Parce qu'alors, il pourrait probablement faire ce que le sort exigeait et trouver un moyen d'accepter une vie d'asservissement total. Même pour un homme qui le voulait.
Quand Rogue parla juste derrière lui, Harry sursauta.
« Je ne pense pas que vous compreniez ce que je vais recevoir, comme vous l'avez dit, » dit doucement le maître des potions, sa voix profonde et sincère, la sensation de celle-ci contre sa peau étant presque une caresse.
« Oh, si, je comprends, » répliqua Harry d'une voix rauque. « Nous en avons déjà parlé, vous ne vous souvenez pas ? Croyez-moi, je sais exactement ce que vous devez me faire... »
« Vous ne savez pas grand-chose du tout, c'est ce que je commence à comprendre. »
Harry sentit des mains puissantes lui saisir l'épaule, Rogue faisant un léger mouvement de secousse comme pour le retourner, mais finalement, il s'y opposa.
« Harry, écoutez. Vous avez dit tout à l'heure que je pourrais vous baiser autant que je le voudrais, et que vous n'auriez qu'à accepter. C'est proche du viol, ce que vous décrivez. Et Podentes n'a rien à voir avec le viol, je peux vous le promettre. C'est la nature même du sort qui dédaigne le genre d'arrangement que vous décrivez. » Rogue marqua une pause, puis poursuivit sur un ton plus doux encore : « Et qui plus est, je n'ai aucune envie de vous baiser, pas dans le sens où vous l'entendez. Vous parlez de moi qui vous utilise. Mais faire l'amour, c'est partager des plaisirs, Harry. Je me suis donné du mal pour vous persuader que vous pouvez effectivement trouver du plaisir dans mes bras. Est-ce que tout cela n'a servi à rien ? »
« Je... » Harry déglutit, se demandant pourquoi il lui semblait soudain si difficile de respirer. « Hum, je suppose que non. Je veux dire, je suis sûr que je serai capable de ressentir du plaisir à l'invocation, de toute façon. »
« Je ne parle pas de l'invocation. Je parle des années que nous aurons ensemble après. »
« Des années. » Le simple mot était susceptible de l'étrangler. « J'ai besoin d'une douche... »
« Dans un moment. On va d'abord finir ça. La façon dont je vous touche Harry... » Rogue descendit une main sur sa hanche, pressant ses doigts avec insistance contre le denim de son jean, son toucher suggestif... provocant, mais aussi étrangement retenu. « La façon dont je vous embrasse, dont j'embrasse votre cou... » Il se pencha plus près pour parler contre l'oreille de Harry. « Vous croyiez que tout ça allait s'arrêter dès qu'on aurait invoqué ? »
« Euh... »
« Doux Merlin, c'est le cas, » souffla Rogue, le ton de sa voix n'étant rien moins que consternant. « Comment avez-vous pu penser une chose pareille ? »
« C'est vous qui me l'avez fait penser, » lâcha Harry, sur la défensive. « Je ne savais pas que vous preniez plaisir... Je pensais que vous vous ennuyiez à mourir la moitié du temps, mais que vous le faisiez pour l'invocation, parce que je dois être capable de ressentir du plaisir de votre main. Mais vous n'avez jamais agi comme si vous pensiez que c'était bien que je puisse le faire, sauf en ce qui concerne l'invocation..."
« Oh, si, je l'ai fait ! »
« C'est vrai, hier soir, » modifia Harry, son visage s'enflammant. « Vous avez dit que vous aimiez le truc de la morsure. » Soupirant, il se retourna et releva son visage. « Pour être honnête, je ne savais pas quoi en penser. C'était la première fois que je vous voyais comme... euh, quelqu'un qui pourrait avoir une vie sexuelle. »
Les traits de Rogue se transformèrent en un rictus. « Oh, vraiment. Vous ne pouviez peut-être pas imaginer qu'un homme comme moi puisse un jour inciter un autre être humain à le toucher ! Alors pourquoi avez-vous dit, lors de votre premier soir ici, que vous aviez entendu dire que je préférais les hommes ? »
« Parce que c'est le cas. Mais ça ne veut pas dire que j'y avais vraiment pensé. Je veux dire... » Harry enfonça ses mains dans ses poches. « Pour l'amour de Dieu, vous étiez mon professeur ! C'était un peu abstrait, vous savez ? J'avais entendu dire que vous aimiez les hommes, mais j'avais du mal à vous imaginer en train de faire quelque chose ! C'était comme penser à vos parents ou quelque chose comme ça ! »
Rogue avait toujours l'air suffisamment en colère pour tuer de petites créatures, mais cela ne se voyait pas dans sa voix, qui émergeait calme, bien que quelque peu condescendante. « Vous êtes incroyablement jeune. Et plus innocent que je ne l'aurais cru possible. »
« Oui, j'aurais fait quelque chose à ce sujet si vous m'aviez laissé... »
Le Maître des Potions grogna dans sa gorge, le son était primitif. « C'est aussi bien que je ne vous ai pas laissé faire, même si mes raisons à l'époque étaient entièrement pratiques. Maintenant, elles sont plus importantes. Je serai le seul à vous toucher, et c'est ainsi que ça doit être. Je veux votre innocence, Harry. Je la veux toute à moi. »
Les dents de Harry commencèrent à claquer. « Oh, merde. Vous allez vouloir du sexe tout le temps, n'est-ce pas ? »
Un rire sec fendit l'air. « Probablement. »
Dans ses poches, les poings de Harry se serrèrent. « Pourquoi me dire ça ? »
« Parce que vous avez demandé. Ou bien préférez-vous encore plus de mensonges, comme vous vous plaisez à le dire ? » Les lèvres de Rogue se tordirent. « J'admets la tromperie mais elle n'était pas mal intentionnée, Harry. J'ai simplement pensé que tout entre nous se déroulerait beaucoup plus amicalement si vous ne vous rendiez pas compte de l'effet que vous avez sur moi. »
« Quand aviez-vous prévu de me faire part de ce charmant fait ? »
« Après l'invocation. »
« Oh, n'est-ce pas un putain d'emploi du temps merveilleux ! »
« Ce qu'il est, importe peu ! » Rogue secoua la tête avant de poursuivre sur un ton plus modéré. « Ce qui compte, c'est la façon dont nous allons procéder à partir de maintenant. Vous vous attendez à des horreurs au lit, je suppose... »
« Non, non, » interrompit Harry, « Je ne m'attends pas à ça. Enfin, pas comme avant. Ecoutez, je suis désolé d'avoir dit le premier samedi ici que vous étiez peut-être un sadique ou quelque chose comme ça. Ce n'est évidemment pas vrai. Et honnêtement, quand je me suis un peu inquiété de vos... euh, dotations, ce n'était pas parce que je pensais que vous alliez essayer de m'utiliser brutalement... »
« Écoutez-vous. Vous utiliser, dites-vous. Je ne le ferai pas, c'est clair ? Et pour vous rassurer, vous ne serez pas non plus une espèce de jouet pour moi. Esclave ou pas, propriété ou pas, vous serez toujours mon amant, et au lit, ce que nous faisons, nous le faisons ensemble. »
Harry cligna des yeux. « Qu'est-ce que vous faite ? Parce que ce sont vraiment des promesses. »
« Elles sont le résultat naturel du fait que le sort est destiné aux amants, » corrigea Rogue en souriant légèrement. « De plus, je sais que vous ne me croyez pas vraiment, alors il n'y a pas grand danger à s'attendre à quelque chose, n'est-ce pas ? Je vous assure, cependant, que le plaisir que vous avez connu avec moi ne s'arrêtera pas simplement parce que nous avons invoqué le sort. »
« Je ne vois pas pourquoi, » s'obstina Harry. « Je ne serai là que pour répondre à vos besoins, vous l'avez dit. Je ne vois pas pourquoi vous devriez vous soucier de ce que je pourrais vouloir. Tout ce qui compte, c'est ce qui vous plaît. »
« Et moi, » dit Rogue avec des yeux brillants, « j'aime votre plaisir. Votre plaisir volontaire, Harry. Podentes va nous mettre dans une relation très inégale mais cela ne changera pas la nature même de ce que font les amoureux. »
Au lieu de rougir, Harry blanchit.
Cette vision semblait communiquer quelque chose à Rogue. « Vous ne pouvez pas comprendre, » admit le maître des potions d'un ton bourru. « À votre place, je ne pense pas que je le ferais non plus. Et dans votre cas, je pense que le problème est aggravé par le simple fait que vous essayez de ne pas comprendre. C'est pour cela que vous êtes si irrité par mon mensonge, comme vous le dites ? Parce que vous préférez être... baisé, plutôt que d'affronter la perspective de faire vraiment l'amour avec moi ? »
Harry ne voulait pas répondre, mais le regard de Rogue l'y invitait. Ou peut-être était-ce le fil de la douleur qu'il pouvait entendre dans la question elle-même. « Je... c'était plus facile à envisager, en quelque sorte. Je sais que ça n'a pas de sens... »
« Mais si. » Rogue s'éloigna et lui tourna le dos. « Allez prendre le bain que vous vouliez. Ou vous avez parlé de "douche" ? Et quand vous sortirez, nous n'en dirons pas plus à moins que vous ne souhaitiez plus de précisions. Mais je suppose que vous avez déjà assez de choses à penser. »
Tu parles d'un euphémisme, pensa Harry. « Hum, j'ai l'impression d'avoir de la fièvre, vous savez, alors je voulais me laver les cheveux et ce shampoing était vraiment bien meilleur que le savon... »
Rogue se retourna, les traits exaspérés. « S'il vous plaît, ne me dites pas maintenant que vous pensez avoir besoin de ma permission pour vous en servir. »
« Non, je sais que vous vouliez que je me sente chez moi, » dit Harry, déglutissant en jetant un coup d'œil autour de lui. Chez soi avait toujours été un concept si étrange pour lui. Il avait du mal à croire qu'il pourrait en avoir un qui durerait plus de neuf mois d'affilée. Non pas qu'il veuille que cet endroit soit un foyer... « C'est juste que je ne sais pas lequel est le shampooing, d'accord ? Je sais que vous m'avez montré mais j'essayais de ne pas regarder... euh, quoi que ce soit. En plus, j'étais nerveux, ce qui n'aide pas beaucoup ma mémoire. »
Ces yeux noirs n'étaient pas durs, pas à ce moment-là. « Harry, vous êtes frappant à tous les égards, et votre corps - tout votre corps, vous me suivez ? - est merveilleusement beau. Je ne vois pas en quoi vous avez une quelconque raison d'être nerveux. »
Mais Harry l'était manifestement, car ces mots le rendirent si nerveux qu'il s'entendit dire : « Oui, Hermione a dit que je n'étais vraiment pas du foie haché... » Au moment où les mots quittèrent ses lèvres, un sentiment d'horreur totale l'envahit. « Oh mon Dieu, ça ne veut pas dire ce que ça a l'air. Elle ne m'a pas vu... euh, nu, je le jure ! »
Rogue sourit légèrement. « Je ne pense pas qu'elle l'ait fait, non. » Il commença à se diriger vers sa chambre, faisant signe à Harry de le suivre. « Je vais vous montrer le shampoing et vous laisser faire. Mais... êtes-vous certain de vouloir réutiliser ce produit ? Compte tenu de ce que votre ami Dobby y a mis par enchantement ? »
Harry hocha la tête. « Au point où j'en suis, tout ce qui peut m'aider à me détendre est bon. J'ai l'impression d'être sur la corde raide et de pouvoir tomber à tout moment. »
« Sur la corde raide ? »
À son grand étonnement, Harry dut expliquer ce terme.
Rogue eut l'air stupéfait. « Et vous voulez dire que les Moldus font ça ? Ils le font en sachant pertinemment qu'ils ne peuvent pas utiliser de charmes de lévitation ? »
« Eh bien, la plupart du temps, ils ont un filet au cas où ils tomberaient. » Harry soupira en repensant à l'analogie. « Eh bien, moi aussi, je suppose. Vous devez être mon filet, Severus. Parce que personne d'autre n'a le droit de me rattraper si je tombe, n'est-ce pas ? Je suis désolé de m'être autant plaint aujourd'hui. »
« Il était peut-être temps que vous le fassiez. » Les narines de Rogue se dilatèrent, son regard reflétait l'irritation, bien qu'elle semblât dirigée contre lui. « Albus a peut-être eu raison sur la valeur d'une relation ouverte et honnête, comme il vous l'a mentionné. Si vous êtes contrarié, je préfère le savoir que de ne pas le savoir. » Sur ce, il prit une flasque triangulaire sur un rebord de la douche et la pressa dans la main de Harry, tenant ses doigts juste un instant de plus que nécessaire.
« Même si vous ne pouvez rien y faire ? »
« Même dans ce cas. » Rogue fixa Harry un moment de plus, puis tourna discrètement les talons et le laissa seul avec ses pensées.
A suivre
