Bonjour et bienvenu
Dans cette première partie du chapitre trente-quatre du Souffle Du Dragon !
Je tiens à remercier ceux qui m'ont ajouté en favoris ou en likes, chers lecteurs, mais plus encore pour leurs messages. Les reviews sont les seules récompenses que nous, auteurs de Fanfictions, ayons, alors je vous remercie réellement de prendre de votre temps pour ne serait-ce que me laisser un j'aime ou bien me dire ce qui vous dérange dans cette histoire. Vous êtes des amours !
/ ! \ ANNONCES IMPORTANTES :
1) Afin de laisser à ma bêta le temps de prendre de l'avance dans les corrections, chaque fois que nous aurons fini de publier deux chapitres dans leur entièreté (ou un qui serait découpé en trois partie) , nous ferons une pause d'une semaine à chaque fois. De plus, sachez que chaque chapitre sera, dès à présent, coupé en trois parties car faisant entre 60 et 92 pages pour le moment, ce qui reste assez conséquent…
Pour ceux qui s'inquiètent d'un tel procédé, sachez que chaque chapitre complet représente environ 30 000 à 45 000 mots dans certains cas où je ne puisse décemment pas supprimer des scènes qui sont cruciales pour la suite.
À l'heure actuelle, cette histoire est écrite jusqu'au chapitre 35 et deux autres sont déjà écrit, de même qu'un des deux épilogues et un bonus, donc ne paniquez pas, je reste toujours active sur cette fiction !
2) Après remarque de plusieurs d'entre vous, je me suis aperçue qu'il vous manquait un Point de vue dans le chapitre 31 (part 1), de ce fait, je l'ai reposté, afin que vous ayez au moins une partie de la seconde épreuve. Encore une fois, je vous présente toutes mes excuses, chers lecteurs !
3) La partie 1 du chapitre 32 a été repostée aussi car certaines modifications sont passées à la trappe.
À l'attention de Dramionymus, Lena-Malefoy et Adalind.S, je vous ai envoyé un MP en réponse à vos commentaires ou à vos messages tout courts !
Comme d'habitude, je vous souhaite à tous de passer un très bon moment sur ce chapitre, nous nous retrouvons en bas pour la seconde partie de mon Blabla d'auteur !
*** Bonne lecture ! ***
Ce tiers de chapitre est dédié à une lectrice incroyable, présente depuis le tout premier jours ou SDD à été publié, qui n'a jamais manqué une semaine pour mettre une review et bous remercier, ma beta et moi, pour notre travail sur cette histoire ; alors, chère Dramionymus, de tout mon cœur, je te souhaite un très joyeux anniversaire, et puisse Drago te faire encore longtemps chavirer !
Chapitre 34 : La fin des cauchemars
Fleur
Nom d'une harpie assoiffée de sang ! Je crois que je pourrais la tuer de mes griffes nues cette blondasse décolorée, pas même foutue de pondre un article qui ne comporte pas, dans sa globalité, des mensonges ou des attaques tout sauf subtiles !
J'avais déjà eu droit, de première main, à son talent tout ce qu'il y a de plus douteux, il y a quelques années, mais de voir étalé, en Une de La Gazette, le secret d'Hermione, cette malédiction qui touche les Black depuis un millénaire, j'ai bien cru que Bill et Arthur allaient prendre les armes pour la descendre manu militari en plein ministère de la Magie !
Pourtant, en dépit de tout ce que je pensais, malgré l'effet de vague qu'a eu cette grognasse écervelée au sortir de la guerre, ce matin, tout le monde semble plutôt sceptique, dans la salle de jugement du juge Marvel, prenant avec des pincettes les « informations exclusives qu'elle a obtenues en se mettant en danger à maintes reprises ».
Le retour, toujours aussi fermé, de Bill et Arthur, accompagné par le ministre Kingsley Shaklebolt, me ramène sur terre. Si j'en juge son visage lisse et leurs trois paires d'yeux tout aussi incendiaires les uns que les autres, Skeeter vient de signer sa dernière feuille de chou ! Bon débarras !
— Jeu, set et match, mon amour ! ricane méchamment Bill. Cette journée risque de rester dans les annales du ministère !
— Si Charlie et Hermione repartent de cette salle d'audience encore mariés et que Skeeter est virée dans la semaine, je te promets que nous sabrerons le champagne de la réserve personnelle de mon père samedi prochain, souris-je en coin tout en saluant Kingsley et en souriant doucement à Arthur.
Tout ce que j'espère, c'est que cet empoté de Wilkinson ne cherchera pas, encore une fois, à en faire des tonnes… Bon sang ! Ce vieil hippogriffe mal léché est comme un Drago Malefoy sous stéroïdes… La classe et le charisme en moins, bien sûr…
Depuis que je le connais, jamais je n'ai remis en question cette propension incroyable qu'a Charlie à se plonger corps et âme dans toutes les situations compliquées ou foutrement douloureuses émotionnellement parlant, et pourtant, il m'a prouvé avec succès qu'il pouvait faire un nouveau pas dans le masochisme pur et simple, hier soir, avec ce qu'il a dit à Bill.
Apprendre qu'il voulait bien rester marié à Hermione pour assurer sa sécurité, j'ai pu gérer ça d'une main de maître. En revanche, ce qu'ils comptent demander comme jugement final à ce procès, là, je pense que ni l'un ni l'autre ne s'attend aux répercussions que cela aura sur eux…
Le mariage demande du temps, du dévouement, mais surtout, une certaine transparence, même dans les mariages Sang-Pur. Or, même s'il est dévoué à Hermione d'une manière dont peu de maris le sont à leur femme, en ce qui concerne le temps et la transparence, là, le bât blesse…
En dépit de tous les efforts qu'il a fournis, Charlie reste farouchement enterré dans son amour pour Tonks. Ayant un mal fou pour se défaire de cette emprise malsaine qu'exerce sur lui ce serment qu'il semble s'être fait, peu de temps après la dernière bataille, de rester fidèle à la métamorphomage jusqu'à la fin de ces jours, ce n'est pas en six mois qu'il parviendra à faire une croix sur des années d'amour à sens unique…
Au départ, j'ai apprécié cette jeune femme drôle, franche et ouverte que Bill faisait vivre au travers de ses récits et sa capacité de Métamorphomage n'est pas non plus à oublier, de même que sa maladresse chronique.
Mais lorsque j'ai rencontré Charlie pour la première fois et que j'ai vu le regard qu'il lui lançait, j'ai inconsciemment pris le parti du rouquin malheureux qui se mourrait d'amour pour une femme qui en aimait un autre.
D'une certaine manière, je pense que son amour déçu a fait résonner quelque chose en moi, a fait ressortir cette part de ma personne que je ne montre jamais en temps normal, en dehors du cercle très fermé des bras de mon mari.
Alors, lorsque Charlie entre en compagnie de Wilkinson dans l'arène, semblant plus serein qu'il ne l'a été depuis longtemps, arborant même un sourire apaisé, je me prends à espérer de toutes mes forces que la décision du juge lui permettra de garder le sourire et la fille…
— Tu t'es encore perdue dans tes pensées, Fleur, souffle Bill en me prenant la main, embrassant ma tempe au passage.
— Ça m'arrive souvent, tu le sais bien, souris-je en coin.
C'est un fait. Depuis quelques mois, depuis que j'ai appris ma grossesse, à vrai dire, je me perds très souvent, peut-être même trop, dans mes pensées. Mais comment faire autrement quand je sais maintenant à qui je dois le miracle qui grandit lentement dans mon ventre ?
Posant une main tendrement sur mon ventre, je souris doucement en sentant le faible mouvement contre ma paume.
Je crois ne jamais avoir été aussi reconnaissante à la magie que le jour où Charlie est venu chez nous, le lendemain de la Saint Valentin, pour nous expliquer de quelle manière deux espèces si opposées que nous le sommes, Bill et moi, avons pu procréer.
Je me suis sentie si mal et triste en voyant qu'Hermione refusait de me parler, les jours suivants, sachant que ce bébé qui grandit en moi devrait être le sien, que j'ai pris en compte l'avis de mon beau-frère. Préférant lui laisser du temps pour accepter l'idée que la famille qu'elle souhaitait créer venait de s'effondrer à cause de moi et de mon besoin pathologique de donner de l'amour à une tête blonde, je n'ai pas forcé le contact, la laissant aller à son rythme pour revenir vers moi.
— Veuillez vous lever pour l'entrée du juge Marvel ! crie l'Auror à l'entrée.
Mes sourcils se froncent lorsque, debout, je ne vois pas Hermione aux côtés de Blaise et Daphnée, censés la représenter durant ce jugement de divorce. Néanmoins, avant même que Marvel ne passe les portes, c'est elle qui le fait, un air fermé peint sur ses traits. Bon sang… Que se passe-t-il encore ?
Hier encore, elle respirait la joie de vivre, exsudait l'amour et la confiance en soi, le bonheur et la tendresse, et maintenant, son visage est lisse de toute émotion, regardant uniquement devant elle alors qu'elle laisse sa cape de sorcière choir sur le dossier de sa chaise.
— Il y a quelque chose qui ne va pas avec Hermione, souffle Bill, les sourcils tout aussi froncés que les miens.
Il a raison. Elle n'est pas seulement fermée physiquement, tout en elle transpire la colère et une certaine forme de trahison si j'en juge la manière dont sa magie sauvage s'échappe de son corps, se répandant autour d'elle en dépit des frottements réconfortants que lui offrent Blaise et Daphnée dans le dos.
— Elle est peut-être au courant pour l'article scandaleux de Skeeter ? proposé-je.
Néanmoins, même à mes yeux, une telle raison me paraît improbable. Elle a déjà été la cible de Skeeter, s'est déjà démenée pour qu'elle perde son emploi ou, au moins, que son statut d'Animagus soit reconnu, alors pourquoi serait-elle furieuse à ce propos ?
— Je croyais que Drago devait la représenter ? hausse un sourcil Arthur, interrompant mon fil de pensées.
— Il est l'avocat de la partie civile dans le procès Yaxley, lui répond la voix grave et apaisante de Kingsley. À mon humble avis, il va devoir se démener pour pouvoir battre Berenson…
— N'était-il pas lui-même partie civile, auparavant ? fronce les sourcils mon beau-père.
— Il dit qu'il veut voir ce que peut faire Malefoy, pour pouvoir le juger en toute impartialité durant les épreuves du mois de juin, hausse les épaules Shaklebolt.
Je ne serais pas aussi catégorique que le ministre, si j'étais lui… Certes, Berenson est un bon avocat et un bon professeur à l'Académie de Magie de Londres si j'en crois ce que nous a dit Drago, mais tous ceux qui ont discuté avec le blond savent que, depuis qu'il a appris la parenté entre Drago et Severus, une colère sans nom s'est créée entre les deux…
Alors estimer que le professeur se sert de cette audience pour tenter d'humilier et battre à plate couture Malefoy ne me semble pas trop exagéré… Parfois, je l'avoue sans aucune honte, je dois reconnaître que Drago a réellement une maîtrise incroyable de lui-même ainsi que de ses émotions.
Combien de fois l'ai-je vu continuer d'avancer, tête droite, menton fièrement redressé, visage et regard parfaitement neutre de tout sentiment alors que les chuchotements haineux nous parvenaient, dans les couloirs ? Soyons honnêtes, ce genre de choses arrivent encore bien trop souvent !
Avant de rencontrer les Serpentard, de devenir amie avec certains et d'en côtoyer d'autres de plus près que la froide convenance le permet, je pense que je me serais contentée de voir une seule version de la victoire des forces du Bien sûr le parti de Voldemort.
Mais à présent, je peux voir que cette vision unilatérale de cette victoire est faussée. Le camp de Harry, celui du bien, a perdu bien plus qu'il n'a gagné, et celui des forces des ténèbres, ceux qui ont été forcés de suivre ce chemin, du moins, peinent à se relever tout autant que nous.
Mais eux doivent faire une double dose de travail parce que ce sont ceux qui n'étaient pas sur le champ de bataille qui écrivent l'histoire de ce qu'il s'est passé cette nuit-là, et eux ne comprennent pas.
Ils ne comprennent pas le courage qu'il faut détenir pour continuer de semer la mort et le chaos pour protéger la dernière part de famille qu'il nous reste comme a bien pu le faire Drago ou même Narcissa.
Ils ne comprennent pas qu'il faut bien plus de force psychologique pour rester aux côtés de la personne qui vous a tout pris et continuer de lui montrer un visage d'adoration, qu'il n'en faut pour se décrire comme un résistant.
Même encore aujourd'hui, alors que les journaux ont relaté en long, en large et en travers, le rôle crucial qu'a eu Severus dans cette guerre, il m'arrive encore, quelques fois, d'entendre sur mon chemin, à Poudlard, certains murmurer leur scepticisme ou leur haine à son encontre.
La main calleuse de Bill se pose doucement sur mon genou, me tirant de mes pensées sombres afin que je me concentre sur le début de la session. Un faible sourire éclaire mon visage à la vue de la concentration dont il fait montre en cet instant.
— Ah ! Comment vont nos tourtereaux ? sourit doucement Marvel, ouvrant ainsi l'audience. Avez-vous appris quelque chose durant ces six mois de mariage ?
Si la foule venue assistée à ce jugement se met à pépier comme une nuée de hiboux à la livraison du courrier, Charlie ne fait que maintenir son sourire en coin et Hermione, en revanche, conserve des yeux vides braqués sur le juge. Merde, mais que se passe-t-il ?
— Nous allons voir ça ! rit faiblement Marvel avant de se tourner vers Wilkinson. En faveur de quoi plaidez-vous ?
— Votre honneur, nous demandons un maintien des Liens d'Union pour une durée de six mois supplémentaires avec possibilité de rupture à son terme, en accord avec le contrat que mon client a passé avec feue Lady Muriel Prewett, sourit l'avocat bedonnant, cachant bien mal une grimace.
— Et vous, Maître Greengrass ? hausse un sourcil Marvel après avoir noté la demande de Wilkinson.
— Ma cliente demande simplement à ce que le lien de fidélité leur soit ôté afin de leur permettre de se connaître sans avoir besoin de subir les conséquences des actes de l'autre, se lève à son tour Daphnée.
Pour avoir pu assister à l'audience visant à établir si, oui ou non, il était acceptable que Franck et Alice Londubat soient traités ailleurs qu'à Ste Mangouste, je sais que, derrière ce sourire indulgent et son regard franc, elle est bien plus Serpentard qu'elle s'en donne l'air à cet instant.
Si Wilkinson se laisse berner comme le premier crétin venu, plongeant tête la première dans cette fausse image de pauvre petite fille naïve et sans défense que se donne Daphnée, les sourires en coins de Charlie, Blaise et les jumeaux sont à la hauteur du froncement de sourcils de Marvel. Lui non plus ne croit pas à la ruse mise en place pour le piéger.
— Vous êtes censé plaider en faveur d'un maintien des Liens d'Union ou en sa défaveur, et non lancer des arguments à la volée, ma petite, ricane Wilkinson en levant les yeux au ciel.
Si j'étais lui, je ne serais pas aussi sûre de moi qu'il l'est en cet instant, parce que le sourire rusé qu'elle peine à garder sous cloche est tout sauf avenant pour lui.
En un seul sobriquet, il vient de se faire une ennemie, et n'est pas la protégée de Malefoy qui veut ! Je la sais assez sournoise pour savoir qu'elle pourrait décimer un banc entier de magistrats si elle se sent rabaissée. Je l'ai vu le faire il y a quelques jours…
— Vous connaissez l'adage, Maître, ronronne-t-elle d'une voix sirupeuse, menaçant de l'engloutir sous son regard de haine féroce. Si tu n'es pas joli, soit au moins poli. Le temps où vous faisiez les beaux jours des couples mariés est sur le point de se terminer. Soyez sport ! Laissez la jeunesse vous montrer à quel point vous êtes dépassé par le monde qui vous entoure !
Aussi vicieuse que Drago ! Il serait fier d'elle, à n'en pas douter ! Mais il ne s'agit que de sa première cartouche et si j'en juge l'air pincé de Marvel, lui non plus n'apprécie pas vraiment qu'elle s'en prenne à « son grand âge ».
— Miss Greengrass ! la rabroue-t-il. Veuillez maintenir vos paroles sous bride ou je vous fais enfermer pour outrage à magistrat ! Vous êtes dans une chambre de jugement, ici, pas sur le marché de Pré-au-Lard !
— Alors, acceptez de voir que votre jugement premier n'était pas aussi perspicace que vous avez tenté de le montrer, s'agace-t-elle en commençant à faire les cent pas. Hermione et Charlie sont tout sauf un couple atypique, mais il n'en reste pas moins que vous avez tenté de faire retomber sur eux votre colère pour avoir dû rompre les Liens d'Union entre Lucius et Narcissa Malefoy alors que vous auriez préféré qu'elle aussi finisse en prison ou embrassée par un Détraqueur, ce qui aurait été possible puisque vous ne pouvez pas forcer une épouse à témoigner contre son conjoint !
C'est en ça que Daphnée est certainement la mieux placée pour pouvoir défendre Hermione aujourd'hui. Sous son image de petite fille fragile qu'elle offre au public, elle est bien plus débrouillarde et informée des lois que le sorcier anglais moyen qui lit La Gazette.
Je ne saurais dire s'il s'agit de la ligne de défense que Drago avait prévue avant de se faire éliminer d'office de ce procès ou si cette brusque prise de conscience lui est venue ainsi, toujours est-il qu'elle n'a pas tort.
La dissolution des Liens d'Union des époux Malefoy a fait grand bruit, cet été, pour le peu de personnes intéressé par ce fait. En revanche, le fait qu'avec une telle manœuvre, Narcissa se soit trouvée plus en sécurité que ces vingt dernières années, là, la communauté anglaise n'a pas laissé passer.
Ils ont sorti les piques et les fourches le jour du procès de Lucius Malefoy, dans une sorte de reproduction bon marché de la chasse aux sorcières moldues, crachant sur le blond, son fils et sa femme, calomniant le Mangemort et insultant Drago et Narcissa.
Pourtant, lorsque Harry est entré dans la salle d'audience, imposant le calme et le silence sans même avoir besoin d'ouvrir la bouche, il n'était pas vraiment compliqué de voir que, si les deux derniers semblaient réellement repentants, Lucius, lui, se sentait comme un prince sur son trône, désintégrant chaque personne venue assister à son humiliation publique avec un dédain sans faille tout au long du jugement.
D'une certaine manière, je parviens à comprendre la façon de penser de Ronald, de même que sa colère sans pareil à l'égard des Mangemorts ou même des Serpentard dans leur globalité. Mais là où je ne suis pas d'accord, c'est dans sa manière d'agir et de réagir.
Certes, je ne comprendrais jamais ce qu'ils ont vécu durant cette année de cavale, ni même ce à quoi ils ont été exposés, mais si c'est à moitié aussi mauvais que ce que m'en a dit Bill, alors je comprends aisément la colère du benjamin de la famille.
Du peu que j'en connaisse, les Horcruxes sont la quintessence même de ce que la magie fait de plus sombre, de plus atroce, se frottant même à de la torture pour quiconque en porte un en permanence, alors oui, en un sens, je comprends la colère et la haine qu'il distille sans discontinuer depuis la fin de la guerre.
Il a fallu près d'une bouteille entière de Pur Feu à mon mari pour avoir le courage de m'expliquer cela et même ainsi, il n'a pas osé m'en dire une grosse partie, j'en ai bien conscience…
Pourtant, même en sachant tout cela, je ne parviens toujours pas à voir un couple émerger un jour entre Hermione et Ronald… Certes, leur amitié remonte à près de dix ans et je ne doute pas de leur attachement réciproque, mais chacun d'eux a une vision diamétralement opposée de l'amour qui, à mes yeux, les rende incompatibles en tant que couple.
D'une certaine façon, je parviens à comprendre pourquoi et comment il en est arrivé à ce qu'il démontre aujourd'hui, dans le château, parce que j'ai pu voir et entendre les récits des filles ayant vécu avec leurs conjoints, pendant un mois, dans les appartements pour cette expérience des directeurs.
Là où certains comme Drago ou Théo se sont réfugiés dans l'alcool, Blaise dans une abstinence qui frôle la prêtrise ou Dennis et Neville dans le sport et les duels, pour Ronald, c'est dans la colère et les combats qu'il trouve une certaine forme de paix. Un moyen pour oublier, même pendant un court instant, la torture qu'il a subie.
— Vous en voulez à Drago d'avoir mis en place la défense de sa mère, fait tout son possible pour la mettre en sécurité alors que vous, du haut de votre trône ridicule, vous n'avez pas réussi à voir plus loin que la haine et la colère que le peuple anglais témoignait aux Malefoy ! gronde-t-elle en fusillant à nouveau du regard Marvel.
— Daphnée…, tente de la rappeler à l'ordre Blaise, mais elle ne l'écoute pas.
— D'une certaine manière, vous avez été aussi corrompu que le ministre Fudge ou même Scrimgeour ne l'a été par l'opinion publique, secoue-t-elle la tête, ne semblant même pas avoir entendu son ami. Vous ne parvenez pas à accepter vos erreurs et vous continuez de les commettre encore et encore, imposant aux personnes qui se sont battues pour que vos miches puissent rester sur votre foutu trône alors que vous n'avez pas levé un doigt pour les défendre, de devoir subir vos idées rétrogrades sur le couple et le mariage.
— Je ne sais pas ce qu'on leur sert à Poudlard, mais elle a dû manger de la harpie en sauce avant de venir ce matin ! rit profondément Kingsley, l'œil malicieux. Finalement, c'est peut-être à elle que je devrais confier le poste lorsque Alexander partira à la retraite !
— Tu aurais tort, King, secoue la tête Bill.
Totalement absorbé par la déferlante de propos de Daphnée, que ce soit Arthur ou le Ministre, chacun d'eux est tout de même assez intrigué par les propos de mon mari, tournant la tête dans sa direction pour l'étudier plus en profondeur.
Il est beaucoup de choses qu'on pourrait dire sur Bill, mais s'il en est une que peu de personnes parviennent à comprendre, c'est qu'il a un sens de l'observation accru, ses gènes lycanthropes l'aidant à percevoir plus clairement certaines choses que d'autres ne verraient pas forcément.
— Quel est ton jugement, dans ce cas, Bill ? penche la tête Kingsley.
— Même s'il est rétrograde et vieux comme le monde, comme l'a si bien fait remarquer Daphnée, Marvel est un bon juge, respecté par ses pairs et toute la communauté reconnaît qu'il a des conseils sages à apporter aux couples, débute Bill en détachant difficilement le regard du spectacle que continue de donner Greengrass.
— Et tu penses que Miss Greengrass n'aurait pas autant de respect qu'Alexander ? hausse un sourcil intrigué Arthur, peinant à cacher un sourire malicieux.
C'est une chose que je remarque de plus en plus venant d'Arthur, depuis que Molly et lui se sont séparés avec perte et fracas.
Petit à petit, avec beaucoup de peine de mon côté, il parvient à sortir de sa coquille, laissant ressortir son côté « Lord » très profondément enfoui sous des litres d'insultes à son rang et son sang, de même que des années à se complaire dans un mariage où il n'était pas exposé à sa juste valeur.
Lentement, je vois émerger le Lord Weasley qu'il aurait dû être s'il ne s'était pas marié avec Molly et embourbé sous des heures et des heures de travail pour pourvoir à la santé et la sécurité de ses sept enfants.
Même s'il est toujours trop ouvert et avenant pour être au même niveau que certains Lords anglais, qu'il continue à défendre coûte que coûte les Moldus et a trop souvent oublié les traditions sorcières, il retrouve lentement son standing. À sa manière, la chrysalide se transforme en joli petit Démonzémerveille et je suis plutôt fière de l'avoir aidé de mes faibles moyens ces derniers jours !
— Marvel est un bon juge, fronce les sourcils Bill. Un très bon juge même, je serais tenté de dire.
Question de point de vue, d'après moi ! Ce type est presque aussi inflexible sur les lois du mariage que cette dégénérée d'Ombrage et ses lois sur l'extermination des hybrides, l'année dernière, ou son protocole pour bannir les nés-Moldus ! Ne sait-elle pas qu'un sorcier privé de sa magie meurt très rapidement ou est-elle simplement stupide au point de s'être fait bouffer par son cardigan rose immonde ?
— Permets-moi d'en douter ! grimacé-je en plissant les yeux.
— Si tu m'avais laissé terminer, Amour, sourit-il doucement, tu serais d'accord avec moi.
— Je t'écoute, hoché-je sèchement la tête.
— Marvel est un très bon juge, c'est vrai, mais uniquement si tu es un Sang-Pur, croise-t-il les doigts sous son menton. Ce n'est pas pour rien que le nombre d'Unions Sorcières Traditionnelles de Sang-Pur en Angleterre a chuté de plus de soixante-dix pourcents ces quarante dernières années !
C'est encore l'un des points qu'à mon avis, Kingsley devrait revoir avant la fin de son mandat… Diantre ! À croire que ce ministère, malgré la fin de la guerre, reste pourri jusqu'à la moelle en dépit de tous les efforts entrepris par l'homme sage aux côtés d'Arthur !
Néanmoins, je ne suis pas sûre que sept années soient assez pour contrer toutes les merdes laissées dans leurs sillages par Fudge, Scrimgeour ou Thicknesse…
Encore aujourd'hui, cette fontaine dégradante, trônant dans l'atrium, à l'effigie de ces sorciers écrasant les créatures magiques est une abomination… Pas étonnant qu'aucun gobelin, elfe de maison ou autre ne vienne traîner les pieds ou les sabots par ici…
Quoiqu'à mon avis, vu les œillères que se mettent les Anglais en ce qui concerne les créatures magiques, il y ait tout lieu de penser qu'elles finiraient enfermées avant même d'avoir dit « amnistie »…
S'ils allaient faire un tour simplement dans le ministère de la Magie égyptienne, il ne fait aucun doute qu'ils tomberaient à la renverse en voyant des harpies tenant le Département des transports magiques, un gobelin directeur du Service des détournements de l'artisanat moldu et j'en passe…
— Pour avoir pu en parler avec Hermione durant le mois de novembre, continu Bill, je peux t'assurer, Kingsley, qu'un né-Moldu voit, par exemple, l'utilité d'un lien de fidélité comme un acte de torture et non la mise en place simple d'une tradition sorcière.
— Je n'avais pas vu les choses ainsi…, souffle Shacklebolt en se frottant pensivement le menton.
— J'ai eu le temps de réfléchir à ce qu'avait exprimé Marvel comme émotion, quand nous étions dans le bureau, après le visionnage des souvenirs, fait mon mari en le vrillant de son regard où règne le danger. Il n'exprimait que la colère. J'ai cru que c'était envers les paroles échangées entre Cha et Hermione après les avoir vus, mais ce n'était pas ça.
— Il était en colère parce qu'Hermione avait invoqué une loi de Merlin en n'ayant pas conscience de la portée de ses mots, soufflé-je, comprenant enfin ce qu'il souhaite expliquer.
— Tout juste, hoche-t-il la tête. Il se fiche pas mal que des nés-Moldus ou des Sang-Mêlés fassent partie de notre communauté, ce qu'il veut, c'est que les lois soient respectées. Or, les nés-Moldus et les Sang-Mêlés ne savent pas, ne connaissent pas ou refusent même d'apprendre les traditions qui régissent notre monde, c'est pour ça qu'il était en colère envers Hermione et non Charlie. Je pense qu'il croyait sincèrement que Charlie était d'accord avec l'idée de se marier.
— Pourtant, Cha s'en est pris à elle et c'est même lui qui a demandé la rupture des liens, il devait bien se douter que ce n'était pas le cas, non ? froncé-je les sourcils.
Je me souviens bien de la fureur incroyable qu'il a développée dans le bureau, ce jour-là, de ses yeux qui hurlaient sa haine et sa colère pour Hermione et son comportement. Il lui en voulait de lui prendre sa liberté. Se pourrait-il que Marvel se soit mépris sur les intentions de Cha, ce jour-là ?
— Tu as compris, Amour, sourit pauvrement Bill. Marvel a préféré croire le Sang-Pur sur de nombreuses générations plutôt que la petite née-Moldue intronisée Sang-Pur.
— Quel petit…, commencé-je à feuler.
— Silence dans la salle !
Le cri du juge pour faire revenir le calme me fait sursauter. Pris dans notre discussion, aucun de nous ne s'est concentré sur ce qu'il se passait en contrebas, et si j'en juge la haine farouche dans les yeux de Daphnée, Wilkinson vient de signer sa mise à mort.
Merde ! J'aurais vraiment dû écouter ce qu'il se disait… Pour avoir pu voir son talent en œuvre de nombreuses fois, lorsqu'elle se sent attaquée, Daphnée peut être aussi dangereuse qu'un Cornelongue face à des braconniers, alors oui, j'aurais adoré voir le cheminement qui a conduit à la faire perdre patience !
Néanmoins, le calme de début de séance dans la salle a dû voler en éclat sous la colère contenue dans son fiel puisque, tout autour de nous, nous pouvons entendre que les chuchotements tout ce qu'il y a d'indiscrets pullulent.
— Maître Wilkinson, regagnez votre place ! crache-t-il, acide. Et vous, Greengrass, ceci est mon dernier avertissement. Si vous ne restez pas dans les clous, je vous fais exclure de cette chambre pour une durée indéterminée !
Je peux voir le duel qui se joue dans sa tête, les rouages de son cerveau qui fonctionnent de leur mieux pour lui permettre d'échapper à cette sentence. Elle n'a pas le moins du monde envie de devenir avocate des cœurs brisés, mais elle a tout de même envie d'aider Hermione.
Cependant, lorsque je vois, l'espace d'une seconde, s'étendre sur son visage un sourire sournois, je ne doute pas un seul instant qu'elle a trouvé de quelle manière renverser la vapeur, et à mon humble avis, Wilkinson sera le premier à en payer le prix !
— Mes excuses, votre honneur, susurre-t-elle encore. Vous pouvez reprendre votre audience.
Wilkinson est le premier à ouvrir le bal des arguments, invoquant la manière dont Charlie et Hermione se sont entendus, durant ces six mois, pour permettre, par exemple, à Daphnée et Astoria de continuer leurs études en leur trouvant un lieu où vivre pour la première et payer les études de la seconde.
Viennent ensuite les premières plaidoiries des témoins, à savoir McGonagall et Rogue en tant que directeurs de Poudlard, qui sont tout aussi fermes sur leurs explications, mettant en avant le travail efficace qu'ils ont fait pour s'occuper de Diana tout en maintenant leurs cours à un haut niveau.
Néanmoins, lorsque les premiers élèves sont appelés à la barre pour pouvoir parler de leur ressenti et de leur vécu au côté des deux époux, je vois le visage d'Hermione se fermer de plus en plus, sa magie continuant à s'échapper à grosses vagues de son corps. Merde alors ! Que se passe-t-il encore ?
— Bien, merci, Maître Wilkinson, hoche la tête Marvel tout en finissant d'écrire sur son parchemin. Nous allons faire une courte pause, et ensuite, vous nous présenterez votre premier témoin, Greengrass.
Un brouhaha incroyable règne, la première minute, dans la chambre de jugement, jusqu'à ce que l'Auror en place devant les portes les ouvre pour que nous puissions sortir. Si ma première idée était d'aller voir Hermione et tenter de l'apaiser, l'arrivée, tout sourire, de Blaise me détourne de mon but.
— Dis-moi, jolie fleur des champs, sourit-il, charmeur, ferais-tu quelque chose pour le bien de ton beau-frère et de ta belle-sœur si je te dis que c'est hautement incriminant ?
C'est le problème lorsqu'on vient d'une famille aristocratique et que nous débarquons dans une fratrie que ma propre grand-mère qualifierait de « sauvage »… On finit par apprécier le goût du risque et surtout des situations à risque, à vrai dire… Alors, défier les règlements ou même le ministère ? Bon sang ! Bien sûr que j'accepterais les yeux fermés !
— Dis-moi où, quand et comment je dois le faire, susurré-je, un air conspirateur accroché aux lèvres, caressant furtivement mon ventre.
— Ma chère, fait-il de la même manière, m'adressant un clin d'œil charmant, je sens que vous et moi allons devenir de très bons amis !
Il crochète son bras au mien, faisant mine de me conduire auprès de la grande porte d'entrée pour « soulager ma vessie de la taille d'un Vif d'or de femmes mortellement enceintes », me chuchotant au passage le plan d'une simplicité enfantine que je dois accomplir.
Parvenir à trouver la salle d'audience numéro trois, celle où se tient présentement le procès en appel de Corban Yaxley, n'est finalement pas aussi simple que cela, et je ne dois la réussite de cette mission qu'à la main secourable de Bill, venu me rejoindre en catimini avec l'accord d'Arthur.
Faire du charme à l'Auror de service pour qu'il fasse sortir Dennis Crivey de la salle en revanche n'en est pas une ! Moi qui croyais avoir perdu tout mon sex-appeal avec le petit être qui pousse en moi – me faisant doucement, mais sûrement ressembler à un volcan sur le point d'exploser – voilà que je viens de me prouver le contraire !
Le regard brun aux touches dorées du grand homme blond à l'entrée se fait lentement plus vitreux, ses joues se teintent doucement d'un rouge profond et sa respiration se bloque subitement après une cavalcade effrénée lorsque j'agite ma chevelure, déversant une quantité indécente de phéromones dans sa direction. Décidément, parfois, être une Vélane a du bon !
Néanmoins, ce que je n'avais pas prévu, c'est que les quelque dix personnes dans le couloir soient, elles aussi, percutées par le charme des Vélanes, commençant à baver dans ma direction, forçant Bill à gronder férocement pour les faire reculer.
Je le reconnais, je ne sais pas qui, de lui ou moi, est le plus excité par ce genre de situations… Sûrement moi, d'ailleurs… Mais je mettrais ces sentiments sur le compte des hormones si jamais quelqu'un venait à me poser la question !
— Que puis-je faire pour vous, mademoiselle ? susurre-t-il, d'une voix tout aussi vaporeuse que ses yeux sont vitreux.
S'il est vrai qu'une stimulation par les phéromones est un bon point, l'une des premières choses que j'ai comprises en maîtrisant cette part de ma personne est qu'un contact physique est parfois plus important pour briser la volonté d'un homme ayant voué sa vie à faire régner l'ordre et l'autorité !
— Nous devons voir un ami qui est témoin au procès Yaxley, souris-je, enjôleuse. Il a oublié de me donner une enveloppe ce matin et j'en ai besoin maintenant.
— Une fois les portes scellées, ma petite dame, aucun visiteur ne peut entrer…
Je le vois lutter férocement contre mon charme, ses sourcils froncés et sa mâchoire contractée, tentant vainement d'obtenir de l'aide de la part de son collègue. En vain… Lui-même ne parvenant pas à se défaire de mon emprise, il a déjà la main sur sa baguette pour défaire les scellés.
Pourtant, encore une fois, je peux mesurer l'importance qu'a ce don de la magie. N'importe quel occlumens de génie pourrait repousser une Vélane comme Gabrielle, qui ne maîtrise pas encore la portée de ses actes et n'a toujours pas atteint sa majorité.
En revanche, pour quelqu'un comme moi, étant accordée, je sais parvenir même à toucher certaines femmes lorsque ma joie est trop grande. Preuve en est la réaction peut-être un peu trop excessive d'Hermione, ce jour-là, dans le jardin du Terrier, jour où a réellement commencé notre amitié.
— … néanmoins, je pense que nous pouvons faire une exception pour vous, finit-il par abdiquer en portant, lui aussi, sa main à son holster de baguette.
— Vous me sauvez la vie, messieurs, souris-je à nouveau en rejetant ma chevelure vers l'arrière.
— Restez ici, je vais vous chercher votre enveloppe, hoche-t-il la tête. L'Auror Piers vous gardera en sécurité.
L'attente se fait dans un silence pesant après qu'il a déverrouillé la porte, entrant silencieusement dans la salle, celle-ci grondant de cris et de hurlements tous plus vifs les uns que les autres, faisant froncer les sourcils à Piers.
— Comment se passe les choses, là-dedans ? demandé-je, le cœur battant, lorsqu'il ressort enfin, me tendant l'enveloppe.
— Pas très bien…, soupire-t-il en se passant une main sur le visage. Je n'aurais jamais cru dire ça un jour, mais j'espère vraiment que Malefoy fera des merveilles parce que Berenson est en train de le laminer avec son premier témoin…
— Drago est un très bon avocat, souris-je en posant ma main sur son bras à nouveau, cette fois-ci uniquement pour le rassurer. Tout se passera bien, j'en suis sûre.
— Je l'espère, Madame, parce que j'étais là, le 2 mai, et il est hors de question que deux ordures comme Malefoy et Yaxley s'en sortent les mains blanches comme durant la première guerre ! gronde-t-il.
— Il ne laissera jamais son père sortir d'ici les mains libres de toutes entraves ! lui assure Bill en mettant une main dans le bas de mon dos. Nous allons y retourner. Merci pour votre patience et votre amabilité.
Pourtant, je ne peux empêcher une légère angoisse de venir, à nouveau, poindre dans mon ventre. Depuis ce matin, je le sens, quelque chose se passera mal. Que ce soit dans la salle d'attente numéros trois ou celle numéro dix, j'ai un mauvais pressentiment, et je pense que Bill aussi, sinon il ne m'aurait pas donné ce Portoloin d'urgence, je présume…
Or, si aujourd'hui, mon mari et moi sommes venus pour voir l'accomplissement de plusieurs mois à réunir ces deux grands handicapés sentimentaux, je ne peux empêcher mon cœur de battre fortement pour Drago et Dennis Crivey.
Parce que, dans cette salle, chacun d'eux est en train de faire face à son cauchemar, chacun d'eux est en train de vivre sa plus grande peur et je doute que quiconque, si ce n'est leurs amis, comprenne à quel point l'issue de cette journée pourrait être fatale.
Je n'ai pas honte de le dire, je me suis presque instantanément attachée à ce petit garçon blond qui vivait avec des ombres et des cadavres dans les yeux, ayant quitté l'enfance trop tôt, un soir de mai, il y a moins d'un an.
Cependant, dans cette salle, je suis certaine qu'il est en train de rester droit et fier comme Astoria et Drago le lui ont demandé. Parce qu'il le fait pour son frère. Mais est-ce assez pour qu'il arrive à passer au-dessus des horreurs si Yaxley était libéré ? J'en doute…
D'une certaine manière, les mêmes ombres qui pullulaient dans le regard de Harry, il y a encore quelques semaines, grandissent de plus en plus chez lui à mesure que ce jour arrivait. Serait-il capable de passer au-dessus de sa haine pour l'homme qui a pris la vie de son grand frère si injustement, sans chercher à le tuer ? Là aussi, j'en doute…
Mais je m'en fais aussi énormément pour Drago. Parce que, lui aussi, dans cette salle, fait face à son cauchemar. Lui aussi est face à quelqu'un qui lui a pris un membre de sa famille. Son père.
Pourtant, je ne doute pas un seul instant qu'il sache rester droit et fier, faisant tout son possible pour qu'aucun vice de procédure, aucun antécédent ou autre ne puisse voir un Lucius Malefoy sortir d'Azkaban, libre et possédant une baguette.
Parce qu'il a parfaitement conscience, tout comme chacun de nous, que la première chose qu'il ferait en sortant d'ici, ce serait d'aller trouver Narcissa, Severus et Drago pour les torturer avant de les tuer. Or, et à ma plus grande incrédulité, j'ai fini par m'attacher à chacun d'entre eux !
Severus, malgré un franc parlé qui en met plus d'un mal à l'aise ou le rend parfois simplement antipathique pour certains, est un homme de valeur, un homme qui mérite le respect et l'admiration pour son talent, sa maîtrise et sa patience. Surtout sa patience, d'ailleurs…
Parce que parvenir à gérer un Drago Malefoy en pleine crise identitaire depuis des mois, une Narcissa Black qui devient despotique depuis que ses hormones lui jouent des tours ou simplement prendre le temps d'écouter les plaintes et autres récriminations des étudiants de Poudlard, démontre bien plus de bravoure et de respect qu'il n'en a jamais mérité à mes yeux !
Pour Narcissa, je suppose que, dans une autre vie, si Charlie n'était pas revenu en Angleterre, qu'il ne s'était pas marié à Hermione, que Harry s'était marié à Ginny et ne serait donc pas enceint de Fred, jamais je n'aurais eu la surprise de croiser cette femme sur le pas de ma porte, un beau jour de mars !
Mettre leurs interlocuteurs mal à l'aise semble être un sport national pour tous ces anciens Serpentard, pourtant, ce jour-là, celle de nous deux qui l'était le plus était sans conteste la Lady aux traits figés, enserrée dans une robe d'un bleu pervenche qui aurait fait honneur à l'uniforme de Beauxbâtons !
Parvenir à comprendre qu'elle était enceinte n'a pas été trop compliqué – après tout, quand notre propre mari est un loup-garou qui subit les effets de la Lune et qu'il regarde intensément le ventre d'une visiteuse, il n'y a que peu de situations qui s'imposent, je suppose – surtout après qu'elle a eu englouti une dizaine de petits biscuits salés trempés dans le thé. Comme moi…
En revanche, comprendre ce qu'elle me voulait à proprement parler, voilà qui fut plus compliqué ! J'aurais pu croire qu'elle venait pour échanger des anecdotes de grossesse si elle n'était pas elle, et surtout si son éducation l'empêchait de faire une telle chose…
Néanmoins, à grand renfort de patience – de ma part, parce que, mine de rien, si son fils est un sacré orateur lorsqu'il s'agit de la mettre dans des situations toutes plus gênantes les unes que les autres, elle détient la seconde place sans le moindre doute ! – d'anecdotes – de la part d'Arthur, sur la gestation de ses fils – et d'éclats de rire – de la part de Bill, parce qu'il attendait avec impatience de voir Charlie crouler sous la panique de Severus – la raison de sa présence nous est enfin apparue.
Une Gynécomage. Voilà ce qu'elle était venue chercher. Elle voulait savoir quelle Gynécomage je consultais et si celle-ci acceptait de la suivre, elle aussi. Il m'a été bien compliqué de comprendre le pourquoi d'une telle demande, après tout, Ste Mangouste regorge de bon Gynécomage, mais finalement, j'ai saisi.
Plus que le fait d'être enceinte, c'était le fait d'attendre un second enfant alors que le premier est déjà une sorte de miracle de la magie, mais plus que tout, celui qu'elle porte en ce moment est le fruit d'une nuit de Yule un peu trop magique avec un fantôme…
— Tu crois que les choses se passeront bien, Bill ? soufflé-je alors que nous reprenons place aux côtés d'Arthur.
— Quoi qu'il se passe, Amour, je suis sûr que tout ira pour le mieux, sourit-il doucement en me pressant la main.
Pourtant, je peux voir dans ses yeux le voile d'incertitude, la peur que les choses dégénèrent et la certitude que je ne suis pas la seule à ressentir ce mauvais pressentiment qui me vrille les entrailles depuis ce matin. Lui comme moi savons que quelque chose ressortira de cette journée. Reste à savoir quoi…
CW/HG * SDD * HG/CW
Drago
Même si cette situation m'avait paru, il y a encore quelques mois, une véritable aubaine pour prouver ma supériorité sur Berenson, à l'heure actuelle, je me demande surtout pourquoi, encore une fois, je me suis laissé avoir par tout ce sentimentalisme accru de la part de ces foutus lions !
Bordel ! Même Astoria, cette chère et brave Astoria, Sang-Pur par excellence et garce perfide à ses heures, s'est laissée embobiner par les grands yeux débordants de larmes de ce foutu Crivey ! Mais en un sens, je la comprends.
Je la comprends car, moi aussi, il y a près d'un an, je me suis laissé convaincre par des yeux tout aussi larmoyants de douleur, de colère, de tristesse et brûlants de cette haine fiévreuse contenue qui obscurcissaient la chaleur, en temps normal, présente dans ceux de Granger.
Elle pouvait bien être la cible à abattre, ce soir-là, dans le parc de Poudlard, je pouvais le sentir jusque dans mes tripes en visionnant ses souvenirs. Tristesse, douleur, fatigue, désillusion, rage et courage, voilà tout ce que j'ai bien pu ressentir. Mais c'est l'une d'elles qui m'a le plus percuté et fait revenir sur des années d'éducation pro Sang-Pur.
Elle était triste pour Severus. Elle était révoltée par la simple idée de devoir se battre contre des camarades – même si certains, comme moi, ont mis un soin tout particulier à lui faire comprendre ce que je pensais être sa place – et la mort dans l'âme, les tuer. Elle était tétanisée de peur et de chagrin à l'idée que Potter soit mort, emportant, dans son sillage, la possibilité de vivre et d'être enfin libre.
Parce que ces Gryffondor sont ainsi : même si leur vie en dépendait, ils ne parviendraient pas à cacher leurs sentiments. Et finalement, le plus ironique dans tout ça, c'est bien qu'ils nous aient convertis – pas assez pour nous rendre mielleux à souhait, merci bien ! – à l'expression plus marquée de nos émotions que ce qui nous était communément permis.
Et dans les mois qui ont suivi, nous avons finalement, tous plus ou moins à notre manière et suivant notre tempérament, réussi l'exploit incroyable de nous laisser attendrir par ces stupides lionceaux.
Alors lorsque Berenson m'a convoqué, ce jour-là, il y a maintenant deux mois, dans son bureau, pour m'expliquer que mon examen final se présenterait sous la forme d'un réel procès, en présence d'un public, des membres du Magenmagot et de Lady Bones, je n'ai pensé qu'à l'idée de pouvoir montrer ma supériorité. Puis j'ai vite déchanté.
J'ai déchanté lorsque Berenson m'a annoncé contre qui je me battrais : lui. Steven Berenson, avocat de la famille Malefoy depuis une bonne trentaine d'années, celui qui est parvenu à faire sortir Lucius de ce même tribunal les mains libres de toutes chaînes, il y a maintenant seize ans.
J'aurais pu décliner la proposition, j'aurais même dû le faire en sachant à quel point ce genre de personne place la ruse et la perfidie à un point incroyable haut pour parvenir à son but, mais je ne l'ai pas fait. Parce que Padma et Astoria sont venues me parler de l'état de Dennis et des cauchemars à répétition qu'il faisait durant l'épreuve de Severus.
Alors, le lendemain matin, lorsque Berenson m'a de nouveau convoqué pour savoir ma réponse finale, j'ai tenté de garder la tête haute tout en sachant que ce procès serait voué à l'échec et qu'il y avait toutes les chances du monde que Yaxley, le démon des nuits de Crivey, puisse à nouveau arpenter les rues de Londres, les mains libres de toutes entraves.
— Ouverture de l'audience du 26 mars, annonce la Directrice du Département de la justice magique d'une voix puissante alors qu'une jeune femme brune prend aussitôt note, ayant pour objet d'examiner la requête de remise en liberté et abandon total des charges à l'encontre du Mangemort Corban Yaxley.
Je peux faire du mieux que je le puisse, je ne doute pas une seule seconde que la goutte de sueur dégoulinant dans mon dos à l'idée de rompre cette promesse stupide faite à Crivey soit perceptible à quiconque cherche vraiment à la voir… Parce qu'il faut tout de même être carrément suicidaire pour lui avoir promis de faire embrasser Yaxley par un Détraqueur ! Et chacun sait qu'un Serpentard tient toujours ses promesses, malheureusement…
Peut-être que les Poufsouffle auront un peu de place pour moi dans leurs rangs une fois que je me serais lamentablement rétamé à la fin de ce procès, que Yaxley reprendra ses tueries en masse et peut-être même en compagnie de cette enflure qu'est Lucius…
Finalement, peut-être que si je lui annonçais ma volonté de rejoindre la maison des Blaireaux-Puceaux, accepterait-il bien dignement de manger sa canne et peut-être même de périr dans d'atroces souffrances !… Ouais… Mieux vaut cesser de rêver… La vie m'a bien enseigné que les bons finissent toujours par crever et les méchants dansent joyeusement sur leurs cendres… Putain de vie…
— Le prévenu et les différents témoins seront interrogés par Amélia Susan Bones, Directrice du Département de la justice magique, Maître Steven Caelius Berenson, avocat de la défense, et Maître Drago Lucius Malefoy-Prince pour représenter le parti public. Maîtres, êtes-vous prêts ?
C'est toujours un drôle de sentiment qui m'envahit lorsque j'entends ce terme… Maître… Mais pire encore est ce sentiment lorsque j'entends le nom des Prince accolé au mien ! Comment deux familles aussi différentes peuvent-elles se réunir en un seul être ?
Les Prince, descendants de Merlin en personne, leadeur incontesté des gentils, pourfendeur de Mages Noirs et représentation iconographique de toute la bonne magie. Face à eux, les Malefoy, versant dans les Ténèbres depuis des générations, cruels, perfides, roublards, influents, mais ne faisant rien pour que le bien triomphe…
Décidément, lorsque je pensais un jour être aussi connu que Potter, je ne pensais pas que ce serait pour cette « anomalie génétique »… Pourtant, si j'en juge le regard pour l'instant confiant de Mère, assise à mes côtés, elle ne trouve pas que je sois quelqu'un de si étrange que cela.
Il semblerait que Padma ait raison : je pourrais bien être le pire dégénéré psychopathe de l'univers, je resterais, à ses yeux, son fils, celui qui, à trois ans, en France, a fugué du manoir secondaire pour aller lui récupérer un panier complet de coquillages… Bon sang… Je crois qu'à cet âge, nous sommes tous un peu Poufsouffle… Tout ce que j'espère, c'est que jamais Potter n'apprendra ce genre de choses, sinon, le peu de calme parvenu à trouver dans notre salle commune risque de voler en éclat…
— Oui, madame, hoche la tête Berenson.
Décidément, la plèbe restera toujours la plèbe… Même dans un tribunal, tout Sang-Pur sait que lors de l'introduction, nous nous devons de témoigner notre respect à l'autorité en utilisant son statut ! Quoique… Berenson a fait le plus gros de ses armes sous la juridiction Fudge et même le terme « monsieur » me semble bien exagéré par ce débile congénital !
— Et vous, Maître Malefoy-Prince ? fronce-t-elle les sourcils, les lèvres pincées.
— Tout à fait, Lady Bones, souris-je en coin.
Les dés sont lancés, la partie vient de commencer et il semblerait que j'ai déjà marqué des points ! Ou peut-être serait-il plus vrai de dire que Berenson en a perdu involontairement ? La question mérite réflexion, mais je suppose que l'heure n'est pas à ce détail…
Si tous les professeurs semblent s'accorder à dire que l'impulsivité est une tare commune à tous les jeunes, il semblerait aussi que la stupidité soit celle de nos aînés ! Mais soit ! Je ne compte pas perdre ce combat ! Ce sera un match à mort, l'un de ceux où il ne peut y avoir qu'un seul vainqueur et je refuse de me laisser abattre.
La ruse est mon arme, cette salle d'audience sera mon terrain de jeu et il semblerait que mon cher professeur soit l'ennemi à abattre ! Quoiqu'il semble aussi prendre bien trop à cœur cette audience, ce qui explique ce tout premier faux pas qu'il vienne de faire.
— Faites entrer l'accusé ! prononce fortement Amélia Bones en direction des Aurors gardant la cage.
Je m'attendais à beaucoup de choses en entrant dans cette salle, mais pas à la vision qui m'apparaît en cet instant. Si je croyais qu'il se présenterait au moins un minimum repentant ou au moins incertain, il n'en est rien.
Toujours, je l'ai connu avec ses cheveux blonds sales retenus en queue-de-cheval pour tenter – et lamentablement échoué soit dit en passant – de ressembler à Lucius, les traits durs et émoussés et son sourire désagréable rendant son visage plus laid que son propre physique disgracieux. Il semblerait qu'Azkaban ait réussi l'exploit incroyable de le rendre encore plus désagréable à l'œil qu'il ne l'était avant !
Ce n'est pas tant par son physique en tant que tel qui le rend plus laid, mais surtout la lueur qui brille dans son regard. Il n'y a que haine, revanche et vengeance qui règne dans le marron boueux de ses iris.
J'entends Mère, à mes côtés, retenir son souffle durant quelques secondes et je ne doute pas d'avoir la même pensée qu'elle, en cet instant : Lucius aura-t-il, lui aussi, totalement embrassé sa part ténébreuse durant son séjour en prison ? Lui aussi nous dardera-t-il de cette même lueur dangereuse qui brille dans le regard de Yaxley ?
Bordel ! Même du temps où le Maître régnait sur la Grande-Bretagne, jamais je n'avais vu Mère être à ce point terrifiée par un regard ! Même Lucius n'est pas parvenu à lui faire peur à ce point, et pourtant Merlin sait qu'il s'est appliqué à lui faire intégrer qu'elle n'était qu'une moins que rien !
— Corban Yaxley, vous comparaissez aujourd'hui, dans ce tribunal, grâce à la loi Sirius Black qui vous autorise à faire réviser votre jugement, déclare Bones en retenant une grimace.
Même si je conçois parfaitement la volonté d'ouverture d'esprit de Shacklebolt, je ne peux m'empêcher de frissonner à l'idée qu'avec cette connerie qu'il appelle lui-même un « pas en avant sur une démocratie pure et parfaite » ne soit qu'un moyen qu'utiliseront les Mangemort comme dernier recours d'échapper au Baiser qu'ils méritent…
J'ai beau savoir que Bones est une juge impartiale et que même la pression du Lord ou celle de Nott Senior n'ont pas réussi à la faire plier, j'ai toujours cette boule au ventre à l'idée que Lucius parvienne, une nouvelle fois, à s'en sortir.
Parce que s'il s'en sort, je ne doute pas un seul instant que sa première mission sera de venir accomplir sa tâche qu'il semble lui-même croire divine, à savoir nous tuer, Mère et moi… Alors ne parlons même pas de sa haine et de la jubilation hautement déplacée qu'il mettra en œuvre pour nous torturer lorsqu'il comprendra l'état de ma mère…
— Les charges retenues contre vous sont : association au Mage Noir Voldemort, port de la Marque des Ténèbres, tentative de meurtre, meurtre, torture, mise sous sortilège de l'Imperium de l'ancien Ministre de la Magie Pius Thicknesse, création d'une commission d'enregistrement des nés-Moldus en association avec la dénommée Dolores Ombrage, pression sur des nés-Moldus et création de l'escadron des Rafleurs. Monsieur Yaxley, comprenez-vous les charges qui pèsent contre vous ?
— Bien sûr que je les comprends ! lève-t-il les yeux au ciel, grimaçant dédaigneusement. Je ne suis pas stupide !
Inconsciemment, je laisse mon regard dériver vers Crivey et ce que je vois m'inquiète un peu plus encore. Si sa pâleur des derniers jours semblait maladive, nous venons maintenant de dépasser un nouveau stade sur le cercle chromatique !
Désormais il est d'un blanc cadavérique, les yeux brûlant d'une haine incommensurable rivés sur Yaxley, paraissant totalement hermétiques au reste du monde. Envolés, donc, le calme et le détachement dont Astoria et moi-même l'avons sommé de présenter…
Mes yeux reviennent sur la forme à ses côtés. Toute de noir vêtue, ses longs cheveux blonds retenus en une haute queue-de-cheval et les yeux cerclés de crayon noir, Astoria est l'image même de ce qu'une Sang-Pur se doit d'être en pareille situation : froide, distante et pourtant présente. Une ombre.
— Sachez vous modérer, Yaxley, ou je me verrais dans l'obligation de surseoir à cette audience dans le cas contraire ! siffle Amélia.
Lui en revanche ne semble pas faire grand cas de ce qu'il se passe dans la salle ni même des regards chargés de haine, mépris et désirs de vengeance qui le défient de continuer à insulter toute cette fameuse « population bien-pensante » sorcière anglaise.
Il reste avachi sur son siège comme s'il était ici chez lui et que chacun de nous n'était que ses serviteurs, ricanant sarcastiquement lorsqu'Amélia frappe de nouveau de son maillet sur le socle de celui-ci.
— Veuillez excuser mon client, Lady Bones, il est simplement un peu fébrile, tente de rattraper Berenson en fusillant du regard Yaxley. C'est la première fois qu'il voit tant de sorciers depuis près d'un an.
— Si Yaxley est le genre social, je veux bien me transformer en poisson boulu ! ricané-je en secouant la tête. Même Severus est un véritable petit bout en train à côté de lui, et pourtant, il a érigé l'asociabilité au rang d'art !
Je n'ai pas pu m'en empêcher, c'est instinctif. Et même si je pensais que personne ne l'entendrait au milieu du brouhaha déclenché par les paroles de Yaxley et Berenson, il semble que ce ne soit pas le cas !
— Même si je ne peux démentir vos propos, Maître Malefoy-Prince, déclare Bones tout en peinant à maintenir son sourire narquois sous bride, je vous prierai de garder vos histoires de famille pour vos temps libres.
Même mère semble être d'accord avec la juge ce qui, soit dit en passant, est une sacrée prouesse ! Néanmoins, je suppose qu'avoir été sauvée par l'éternellement froid Severus Rogue a permis de dégeler le cœur impitoyable de cette femme toujours rigide ! Ah ces Poufsouffle…
— Reprenons. Concernant le chef d'inculpation de création d'une commission d'enregistrement des nés-Moldus en association avec la dénommée Dolores Ombrage, pression sur des nés-Moldus et création de l'escadron des Rafleurs, que plaidez-vous ?
— Non coupable, fait Berenson avec un sérieux frôlant la crise cardiaque.
Il y en a qui ne doutent vraiment de rien, visiblement ! Mais j'avoue être vraiment intrigué par la ligne de défense que Berenson compte mettre en avant et par les témoins, autres que Lucius, qu'il souhaite invoquer parce qu'en toute honnêteté, je doute que quiconque de sain d'esprit juge ce psychopathe autrement que comme l'un des pires Mangemort du Lord !
— Faites entrer votre premier témoin, hoche la tête Amélia après que la greffière a pris en note la déclaration de Berenson.
— J'appelle à la barre Dolores Jane Ombrage, ancienne sous-secrétaire d'État auprès du ministre Cornélius Fudge.
Si pour lui l'idée de faire venir témoigner la diablesse en robe rose, celle qui a terrorisé les première année mieux encore que Severus – le faisant atteindre seulement la seconde place sur l'échelle de la plus immonde salope de Poudlard dans le cœur de Potter – qui a même battu son record de mise en retenue pour un an, je doute réellement qu'il parvienne à son but !
Même Sermirov paraît être un enfant de chœur à côté de cette garce ! Même le Maître peut éventuellement passer pour le plus humaniste de tout le monde sorcier en opposition à elle ! Et pourtant, Merlin sait qu'il a bien mérité sa place au panthéon des sociopathes en tout genre !
Mais Ombrage est bien plus folle et perfide – un peu à l'image de Tante Bellatrix, mais en bien plus rose et tout aussi salope – que ne l'aurait jamais été le Lord. Lui au moins, lorsque quelqu'un le gênerait, il le tuait d'un Avada, il ne jouait pas avec lui… Enfin, Potter mis à part, bien sûr…
Pourtant, Yaxley semble avoir compris que l'apparition du crapaud n'était pas une bonne chose pour lui puisqu'il se met à vociférer des insultes à l'encontre de la sorcière et pendant quelques secondes sa voix parvient à surpasser le tumulte créé par l'amoncellement de sorciers ayant subi les punitions d'Ombrage. Finalement, Amélia Bones est celle qui parvient à ramener la foule à plus ou moins de bons sentiments.
Enfin, elle menace seulement tout le monde d'être soit expulsé de la salle d'audience, soit de les soumettre à un sort de silence général, le tout en faisant placer Yaxley sous sortilège de silence lui-même lorsque les insultes deviennent bien plus grossières qu'acceptables… Mais après tout, qui n'a jamais rêvé de traiter cette… chose de « salope arthritique pas même bonne à lécher les couilles d'un troll » ? Pas moi en tout cas !
Le moins que l'on puisse dire c'est qu'Azkaban n'a pas fait que du bien au crapaud ! Envolés les tenues rose criard et les cardigans, les grands airs de petite fille fragile, la mise en plis impeccable – et très laide – de la vieille sorcière !
Ne reste plus, maintenant, que l'ombre de ce qu'elle fut un jour. Ses cheveux filasse pendent lamentablement autour de son visage amaigri, une lueur de folie plus prononcée qu'il y a trois ans encore brille dans ses yeux et même sa physionomie semble avoir fondu sous l'effet des Détraqueurs.
Décidément ! Elle n'était déjà pas bien agréable à l'œil à l'époque – pour ne pas dire rebutante – à l'heure actuelle, même Greyback ne voudrait pas d'elle, et Merlin m'en est témoin, il n'a jamais été le genre très regardant sur ce qui passait entre ses griffes ou ses crocs…
— Miss Ombrage, parlez-nous de la commission de régulation des nés-Moldus, s'il vous plaît ? fait Berenson.
Si ce type n'était pas un Serpentard dans sa jeunesse, je veux bien me faire eunuque ! Parce que j'en suis persuadé, le ton qu'il a utilisé est bien trop gentil et mielleux pour ne pas être parfaitement sournois !
Finalement, comme le dit si bien Granger : qui se ressemble s'assemble ! Parce que la voix de petite fille contrite qui s'élève dans le tribunal est tout aussi dérangeante qu'à l'époque et fait grimacer bien plus d'anciens élèves que je ne l'aurais pensé.
— Hum, hum…, toussote-t-elle en lui souriant, les yeux luisants de cette concupiscence que je lui ai connus du temps de la Brigade Inquisitoriale. Lorsque Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom a investi le ministère en la personne de Pius Thicknesse, je me suis fait approcher par monsieur Yaxley dans le but de sonder mon opinion politique, dirons-nous.
— Et quelle était-elle ? hausse-t-il un sourcil.
— Tant que les choses allaient dans le sens du ministère, je ne voyais pas de raisons de faire de la rétention d'une quelconque manière, hausse-t-elle les épaules. Je suis quelqu'un de bien, quelqu'un qui respecte l'autorité et fait son possible pour que les sorciers se sentent en sécurité, Maître !
Mais bien sûr ! Comment peut-elle croire que quiconque dans cette salle serait assez stupide pour la croire ? Bordel ! Il faut être soit parfaitement fêlé pour penser ça, soit n'avoir aucun sens de la préservation…
Non, à dire vrai, c'est le très léger sourire satisfait de Berenson qui m'intrigue. Comme s'il était content que cette folle commence son plaidoyer ainsi ! Mais à quoi peut-il bien s'attendre, nom d'une gargouille ?!
— Dans ce cas, pouvons-nous dire que cette commission était une bonne chose et allait dans le sens de la magie et du ministère ?
Sérieusement ? Laisser le Lord parvenir au pouvoir, tuer des nés-Moldus et Sang-Mêlé ou les empêcher d'aller à Poudlard allait dans le sens de la magie ? Même moi je n'ai jamais été assez con pour croire une chose pareille, et pourtant, j'ai fait de Granger ma bête noire depuis notre première année !
Mais il faut dire qu'elle a l'art et la manière de faire entendre son opinion celle-là aussi… Serait-ce trop lui demander de ne pas dévorer tous les livres de cette putain de foutue bibliothèque et ne pas faire passer tous les Sang-Pur du pays pour des crétins congénitaux ? Assurément oui si l'on se fie à nos premières années.
Cependant, cette année, j'ai eu le temps de voir et de comprendre un peu plus de ce qu'elle était grâce, notamment, à son Weasley de mari. Ce n'est pas une manière détournée de montrer qu'elle en sait plus que tout le monde ou qu'elle est bien meilleure que chacun de ceux ayant partagé les bancs de Poudlard avec elle. Non, c'est plus profond.
Au-delà de ce besoin stupidement puissant de reconnaissance, c'est surtout le même désir que nous autres Sang-Pur de Serpentard qui l'anime : elle aussi, elle veut laisser son empreinte dans les livres d'histoire, même si elle préfère que ce soit en tant que soutien, qu'ombre, qu'on la reconnaisse à sa juste valeur.
Elle se fiche parfaitement de la gloire ou de l'honneur. Ce qu'elle désire au plus profond d'elle, c'est savoir qu'elle appartient à un tout, à une entité, et qu'elle peut, elle aussi, faire partie de ce tout. Qu'elle est simplement normale…
— Tout à fait ! affirme Ombrage en hochant sévèrement la tête, me coupant par là même de mes pensées. Le but de cette commission était, tout comme l'était ma Brigade Inquisitoriale à Poudlard dont a d'ailleurs fait partit Drago Malefoy, de faire respecter les lois et de sanctionner ceux qui allaient à l'encontre de celles-ci.
Visiblement, elle et moi n'avons pas le même souvenir de ce qu'était le but principal de sa foutue Brigade Inquisitoriale ! Combien de fois avons-nous pu l'entendre siffler « faites ce que vous voulez, mais je veux que Potter soit réduit au silence ! ». Décidément, elle et le Lord ont vraiment dû beaucoup s'apprécier…
— Et qu'en est-il des Rafleurs ?
— Cette milice était sous l'autorité de monsieur Yaxley et avait pour but de faire se présenter face à la commission ceux qui se substituaient à ce simple examen.
— Est-il arrivé que, durant certaines missions pour ramener des nés-Moldus et les faire se présenter, il y ait des décès à dénombrer ?
Bordel ! Mais que cherche-t-il à faire ? Si son but est de s'aliéner toutes les personnes présentes dans cette salle, à n'en pas douter, il y est parvenu haut la main ! En revanche, si l'exercice constituait à faire libérer Yaxley, là, il reste du boulot !
— Je n'en sais rien du tout, hausse-t-elle les épaules. Corban menait ses hommes comme il le souhaitait et il m'avait déjà menacé en me montrant sa Marque des Ténèbres et en invoquant l'idée d'envoyer le loup-garou Greyback chez moi pour me dépecer vivante alors qu'il savait parfaitement que ces créatures me font peur.
Enfin, je la tiens ! Enfin, je les tiens tous les deux, d'ailleurs ! Bordel comment ai-je bien pu passer à côté de ce pressentiment étrange qui me tenait depuis qu'elle s'est présentée ? Encore une fois, je dois ma lenteur d'esprit à cette foutue Gryffondor et sa faculté incroyable à détourner mon attention de mon but premier… Il semblerait que le faire le soir de la bataille finale ne lui ait pas suffi…
Néanmoins, je dois avouer qu'il est vraiment drôle de voir Yaxley se démener comme un beau diable pour se défaire de ses entraves et rompre le sortilège de mutisme lancé par l'Auror qui le maintien sous bonne garde ! Il semblerait que, lui aussi, vienne de comprendre ce que Berenson cherche à faire depuis tout à l'heure.
— Vous avez donc été menacée par mon client afin de rester hors de ses affaires et le laisser mener sa milice telle qu'il l'entendait, hoche la tête Berenson. Cette commission était-elle l'une de vos idées ou bien était-elle celle de monsieur Yaxley ?
— Aucun de nous deux, à vrai dire, secoue-t-elle la tête. Vous-Savez-Qui a voulu la créer pour pouvoir mettre la main sur cette petite peste prétentieuse de Granger ! Il pensait que si nous parvenions à la capturer, Potter viendrait la délivrer comme il l'avait déjà fait avec ce scélérat de Sirius Black !
— Je vous remercie pour votre témoignage, Miss Ombrage, lui sourit-il, charmant. Je n'ai plus de questions, votre honneur.
Je doute fortement que d'insulter Potter, Granger et Sirius Black – sans qui elle ne pourrait pas être assise sur sa chaise en train de faire son show – soit la chose la plus intelligente à faire si elle souhaite, un de ces jours, obtenir une libération, qu'elle soit totale ou partielle !
Dans les gradins, le public venu assister à l'audience commence à s'échauffer, prenant à bras-le-corps la défense de Saint Potter et Granger, chacun criant un peu plus pour se faire entendre au-dessus du brouhaha ambiant. Quand je disais qu'elle était stupide… Allez savoir, peut-être même partage-t-elle ses gènes avec Weasmoche pour frôler le néant abyssal de cette manière !
— Maître Malefoy-Prince ? intervient Amélia Bones, me coupant, elle aussi, dans mes pensées. C'est à vous pour le contre-interrogatoire.
Ne me reste plus, maintenant, qu'à trouver la réponse à cette question qui me taraude depuis que je l'ai vu entrer dans cette pièce… Rester le petit con de cinquième année qui a laissé des gosses, parfois même de première année, aller en détention avec elle comme l'aurait fait Lucius, ou bien prendre la défense, même silencieuse de tous les opprimés par le règne d'Ombrage au risque de passer pour quelqu'un retournant sa veste à la moindre contrariété comme Severus ?
Être quelqu'un de bien sachant parfaitement qu'il ne mérite pas d'accéder à la Lumière comme Severus, ou bien plonger dans les Ténèbres et ne rien faire, la laissant quitter ce tribunal avec la certitude qu'elle me sera redevable comme le ferait Lucius ?
Être un Malefoy ou bien un Prince ? Être le fils de Lucius, ou bien celui de Severus ? Être quelqu'un de bien ou quitter définitivement le chemin sur lequel, lentement mais sûrement, Padma fait de son mieux pour me conduire ?
Finalement, la réponse à toutes ces questions reste la même. Indépendamment de mon sang, mon rang ou même mon éducation, il n'est et il n'y aura toujours que deux personnes de qui je saurais me juger fier d'être l'enfant, de qui je veux obtenir l'approbation et la fierté.
— Miss Ombrage, durant votre témoignage, vous avez dit, lorsqu'il était question de votre opinion politique, que « tant que les choses allaient dans le sens du ministère, je ne voyais pas de raisons de faire de la rétention d'une quelconque manière ». Aviez-vous conscience, à ce moment-là, que Pius Thicknesse était la marionnette du Lord ? commencé-je ma plaidoirie une fois ma décision prise.
À sa manière de me regarder, je sais qu'elle aussi, tout comme une bonne partie de ce tribunal j'en suis sûr, avait parié sur le mauvais Sombral. Je ne peux pas leur en vouloir, cependant, puisque j'ai cultivé la lâcheté au rang de savoir-faire incontestable durant mes premières années à Poudlard…
Mais j'ai pris la protection des Serpentard le soir de la bataille finale pour Severus et pour ma mère, pour celui qui m'a permis de vivre et celle qui m'a mise au monde et à choisir, ce sera toujours vers la Lumière de celui que j'ai appelé parrain tant d'années que ma loyauté penchera.
— Oui, grimace-t-elle en me fusillant du regard. Avant le meurtre de Rufus Scrimgeour, Thicknesse était proche de tous les directeurs des différents départements du ministère, et plus encore d'Arthur Weasley ainsi que de son Ordre du Phénix.
Merlin sait que l'histoire du départ de Dumbledore de son bureau grâce à son phénix, ce jour-là a fait grand cas dans l'enceinte de l'école ! Des jours durant, le chevalier du Catogan s'est fait une joie de romancer cet « acte héroïque » dans tous les couloirs… Salazar soit béni, les cachots lui ont toujours été interdits !
— De plus, dès ce jour-là, monsieur Yaxley ainsi que d'autres Mangemorts notoires étaient trop souvent auprès de lui pour que cette situation ne semble pas louche.
Une chose étrange se produit alors et si j'avais dû miser le moindre Gallion, je ne l'aurais jamais fait en cette faveur, c'est une certitude ! Même le pari de la virginité intacte de Crivey me semblait moins hasardeux face à ça !
Pourtant, même si chaque personne ici sait qu'elle est une tortionnaire d'enfants et une véritable salope, certains chuchotements me parviennent lentement, me faisant me figer d'effroi et elle, sourire doucereusement.
Ils ont beau savoir qu'elle est responsable de bien plus de morts de nés-Moldus que ne pourrait en dénombrer la liste récapitulative de Bones, le témoignage d'Ombrage commence doucement à instaurer le doute quant au fait que les actes de Yaxley et les Rafleurs étaient les plus fautifs dans cette histoire.
Décidément, les vieux fous séniles d'Angleterre sont de plus en plus dingues d'année en année et la victoire de Potter ne leur a pas implanté une once de plomb dans la cervelle… Salazar me vienne en aide ! En cet instant, même Weasmoche me semble dépasser le stade de Veracrasse face à tant de conneries réunies en de si nombreux stupides sorciers…
Pourtant, je ne peux laisser une telle chose se produire, pas après avoir intercepté le regard de Neville Londubat dans les gradins, les yeux ivres de rage capables de déclencher un brasier sous les pieds de la sorcière.
Parce que lui aussi fait partie de ces victimes silencieuses qui ont subi le joug d'Ombrage. Lui aussi fait partie de ces étranges personnes que j'ai appris à tolérer en dépit de la maison à laquelle ils ont appartenu par le passé ou leur sentimentalisme accru.
Parce qu'il fait partie de ces gosses pour qui, l'an passé, j'ai fait de mon mieux pour protéger des Carrow et des tortures que nous devions leur envoyer pour perfectionner notre magie. Et soyons honnêtes, parce que Daphnée pourrait devenir le pire de mes cauchemars si Ombrage sort d'ici lavée de tout soupçon… Et Merlin sait que j'ai une arme redoutable dans ma poche qu'elle semble avoir oubliée !
— Simple curiosité de ma part, Miss Ombrage, en faveur de quel camp penchait votre allégeance, durant la dernière guerre ? souris-je en coin.
Elle a beau la combattre, sur un esprit affaibli par près d'un an de prison et la constante présence des Détraqueurs, le cercle de runes de vérité gravé à même le sol la force à révéler ce qu'elle est et avoir parfaitement conscience de ce qu'elle dit.
C'est une chose que Shacklebolt s'est fait un devoir d'instaurer lorsqu'il a promulgué la loi Sirius Black : aucun procès pour révision de sentence Mangemort ne se ferait par Veritaserum puisqu'il est possible de le contrer à quiconque est assez résistant pour le combattre.
— Le camp des Ténèbres, siffle-t-elle vicieusement. Vous le savez parfaitement, étant vous-même un Mangemort, tout comme vos parents et votre cher parrain !
— Vous avez dit, durant votre témoignage, encore une fois, que vous aviez toujours tout fait dans le sens des lois et du ministère, la coupé-je rapidement, refusant de la voir à nouveau insulter ma mère ou Severus. L'utilisation abusive et intensive de Plume de Sang sur des sorciers mineurs faisait-elle partie des choses allant dans le sens des lois et du ministère ou bien est-ce un simple excès de zèle de votre part ?
— Non ! grogne-t-elle, menaçante.
— Dans ce cas, pourquoi en avoir utilisé ?
— Il fallait faire taire Potter ! Il jetait le discrédit sur Cornélius et donc sur ma promotion ! Dans l'intérêt du ministère, je me devais de faire taire cet avorton de Potter !
Putain ce qu'il est bon de pouvoir la faire perdre son sang-froid sans avoir, par-derrière, la peur de me recevoir un coup de canne ou un Doloris pour avoir froissé la si grande amie de Cornélius Fudge, et donc, par extension, celle de Lucius ! Parce que, c'est un fait bien connu, quiconque peut permettre à Lucius de gravir des échelons est toujours son ami !
— Maître Malefoy ! Nous ne sommes pas là pour faire le procès de mon témoin ! s'insurge Berenson. Tenez-vous-en à des questions concernant mon client !
Enfin ! Enfin, il a explosé et me laisse donc tout droit et possibilité d'avancer ma dame pour faire un échec et mat cuisant à cet illustre crétin qui se fait une joie de me rabaisser à cause de mon nom depuis que je suis entré à l'Académie de Magie de Londres !
— Oh ! Veuillez m'excuser ! Un excès de zèle de ma part, souris-je en coin, vicieusement. Je croyais que nous étions là pour créer un précédent afin de faire libérer votre maîtresse d'Azkaban !
— Pardon ?! gronde Bones. Quelle est cette histoire, Maître Malefoy-Prince ?
Peut-être est-ce le moment le plus jouissif de toute ma vie – notre séance de jambe en l'air avec Padma dans l'ancien bureau de Severus mis à part – lorsque je vois cette si grande dame perdre tout son sang-froid !
Mais à quoi s'attendait-elle en m'envoyant, elle-même, une missive pour me demander de représenter la partie civile sous l'insistance de Susan Bones ? Je suis un Serpentard, nom de Merlin !
La ruse coule dans mon sang, la patience d'atteindre mon but représente une très large partie de mon éducation et la fourberie est ma marque de fabrique ! Elle devait bien savoir que je ne laisserais pas ce procès se dérouler sans y apporter ma petite touche personnelle !
— Voyez-vous, Lady Bones, comme l'a si bien fait remarquer Miss Ombrage, j'étais moi-même un Mangemort, souris-je doucereusement, pouvant même faire de l'ombre à Severus. Or, il faut comprendre qu'il y avait une distinction entre les Mangemorts à proprement parler, et les Sympathisants à la cause. Les Mangemorts ont la Marque des Ténèbres sur l'avant-bras gauche, certes, mais en ce qui concerne les Sympathisants, leur marque est bien plus passe-partout si vous ne savez ni où ni quoi chercher !
Si, jusqu'à présent, tous se demandaient qui donc pouvait être la fameuse maîtresse dont j'ai fait l'introduction, ma dernière parole déclenche une tempête dans la cour, chacun des membres du Magenmagot et des Aurors se regardant, incrédule.
Parfois, je me demande s'ils n'ont jamais eu l'idée de demander directement à quelqu'un ayant réellement vécu de l'intérieur toute cette situation, le mode de fonctionnement des Mangemorts ou, pour les plus téméraires, celui du Seigneur des Ténèbres…
— Et que devrions-nous chercher ? hausse-t-elle un sourcil, les lèvres pincées.
Elle, elle sait. J'en ai la certitude au moment où nos regards se croisent, juste après que le sien s'est arrêté une seconde de trop sur Théo ainsi que sur Susan. À n'en pas douter, elle a pris le temps, durant le repas de Noël, de régler ses comptes avec Nott et par là même, tirer quelques ficelles pour obtenir les réponses à ses questionnements.
— Le Lord marquait ce qu'il appelait lui-même la « vermine inutile » par un serpent sur la cuisse, leur injectant à intervalle régulier une faible dose de potion d'obéissance même si, pour la plupart, ce genre de substances n'était pas nécessaire, déclaré-je posément en la fixant résolument dans les yeux.
C'est une chose d'entendre ce genre de confessions, c'en est une autre d'être mis devant le fait accompli, et je ne doute pas un seul instant de quelle sera sa décision lorsque j'aurai terminé mon plaidoyer.
Parce que même si, pour Lucius, le Lord ou Nott Senior, elle a toujours été la cible à abattre, une épine dans le pied et la pire emmerdeuse de tous les temps, elle est aussi d'une droiture implacable et j'en viens même à comprendre la fascination de Théo à son encontre. Parce que dans ses yeux brillent la flamme de la vengeance et celle, plus terne, de la résolution.
Parce qu'elle sait que, même en paix, notre monde couve toujours une guerre. Parce qu'elle sait que les cicatrices ne guérissent jamais vraiment, mais qu'il faut du temps pour les panser, bien plus de temps que les citoyens ne daignent nous en donner.
Parce qu'elle a connu deux guerres sorcières et qu'elle a perdu bien plus d'amis, de famille, de collègues et de connaissances que personne ne pourra jamais le soupçonner, mais que même Nott ou le Maître n'ont pas su lui prendre sa dignité.
Parce qu'elle est une femme juste, droite et forte, qu'elle est une guerrière et une combattante, qu'elle est une femme, une mère bien plus qu'une tante qui se bat pour que Susan et tous les citoyens de ce pays puissent se sentir libres et en sécurité.
Oui, définitivement, je peux comprendre la fascination de Théo et j'en viens même à m'en vouloir de m'être foutu de lui pour ça… Un comble, n'est-ce pas ?
— Mon témoin n'est pas un Mangemort ni même un Sympathisant ! s'insurge à nouveau Berenson.
L'espace d'un bref instant, j'ai eu cette sensation fugace d'avoir vu un éclat de remerciement traverser le regard de cette grande dame, mais il disparaît en même temps que son sourire discret. À la fin de son bref hochement de tête à mon encontre. Décidément, cette femme est presque aussi mystérieuse que Lovegood…
— J'étais là lorsque le Lord la lui a apposée, je peux même vous en montrer le souvenir ! Encore l'un de ces glorieux jours où j'ai compris à quel point j'étais du mauvais côté de cette guerre…, grimacé-je. Parce qu'en toute honnêteté, personne ne devrait avoir à la voir en sous-vêtement sous peine de vouloir devenir aveugle !
— Je ne vous permets pas, petit insolent ! gronde Ombrage.
Insolent ? Je lui en donnerais, moi, de l'insolence ! Ce n'est pas parce qu'on se fait une petite crise de la cinquantaine en avance qu'on doit forcément s'habiller en rose comme une petite fille de trois ans née dans un couvent et encore moins tenter de réduire au silence tous ceux qui ne sont pas d'accord avec elle !
— Auror ! siffle Amélia. Veuillez dévoiler la cuisse du témoin !
Je la vois, aussi bien elle que Berenson ou Ombrage, retenir leur souffle le temps que l'un des Aurors dégaine sa baguette pour fendre en deux la robe informe – et immonde – que porte la détenue. Pourtant, bien vite, la lueur de triomphe qui brillait dans le regard de la juge s'éteint lorsque la cuisse vierge – et celluliteuse – de l'ancienne Grande Inquisitrice est dévoilée.
— Vous voyez bien ! fait triomphalement Berenson. Pas un seul tatouage !
— Pensez-vous le Maître assez débile pour laisser une telle marque au vu et au su de tous ? levé-je les yeux au ciel avant de tendre ma baguette en direction de la femme-crapaud. Revelio.
J'ai bien conscience que, si le Maître n'était pas mort depuis déjà un an et que les Détraqueurs n'avaient pas sévèrement endommagé la « saineté » d'esprit d'Ombrage, alors le serpent n'aurait jamais pu apparaître aussi facilement sur cette cuisse – encore une fois très laide et batracienne – de la femme.
Cette fois-ci, lorsque la salle part en éclats de voix, ils ne sont pas furieux ou haineux, ils sont au contraire victorieux. Parce que, dans cette salle, se trouvent nombre de ses anciens élèves, et je ne doute pas que les jumeaux Weasley ont d'ailleurs fait un pari concernant l'allégeance de cette femme durant notre cinquième année… Un simple regard de côté en direction de Mère et son trop léger sourire en coin m'apaise.
Ressentir de la fierté de sa part et pouvoir la voir inscrite sur son visage sont deux choses totalement différentes, mais l'un comme l'autre est un régal, car bien trop rare ou discret. Les conséquences d'une éducation de Sang-Pur prônant la suprématie des Doloris sur les enfants, je suppose… Mais c'est vrai, après tout ! Quel enfant ne préférerait pas se recevoir un Impardonnable plutôt qu'un câlin lorsqu'il a cinq ans…
— Quand êtes-vous devenue une Sympathisante de Voldemort, Miss Ombrage ? gronde Bones.
La question de la juge est noyée sous les exclamations du public et elle est finalement obligée de réitérer ses menaces – et ses coups de marteau – pour que le calme revienne, la forçant à poser à nouveau sa question.
— Je l'ai toujours plus ou moins été, hausse les épaules Ombrage, la voix vide. Il m'a approché lorsque j'étais encore stagiaire au ministère. Je voulais que le statut de mon père disparaisse et évite de me faire de l'ombre et il s'est chargé de cette tâche en me disant qu'il n'attendait rien de ma part, qu'il voulait simplement que nous devenions amis.
— Et vous l'avez cru ?! m'exclamé-je, incrédule face à tant de stupidité réunie en une seule phrase.
Sérieusement cette femme a vraiment un grain ! Prévenez immédiatement Ste Mangouste ! Nous devons la faire examiner de toute urgence ! Comment peut-on être crétine à ce point et être parvenue à embobiner Fudge ? Rectification… Lucius l'a fait, lui aussi…
— Pourquoi ne l'aurais-je pas fait ? Il m'avait mis en relation avec Steven, faisait jouer ses relations pour que mon stage débouche sur un poste plus prestigieux, m'a fait rencontrer Lucius Malefoy et m'a introduit auprès des plus grands noms de l'époque.
Décidément, il semblerait que Lucius me suive partout où j'aille… Parviendrais-je un jour à me défaire de cette emprise sournoise qu'il semble détenir sur moi ? À cette peur constante de le décevoir, ce qui entraînerait immanquablement un nouveau fiasco dont je sois obligé de réparer les pots cassés ?
— Est-ce par « amitié » que vous avez fermé les yeux sur tout ce qu'il se passait au ministère en 1997-1998 ? siffle Amélia.
Le teint de plus en plus pâle de Berenson pourrait être drôle si, lui aussi, ne semblait pas sur le point de rendre son déjeuner comme moi depuis que je sais que cette gargouille a réussi l'exploit incroyable de s'accoupler avec un être humain…
Pourtant, il aurait dû le savoir que sa maîtresse était une véritable folle à lier, qu'elle est même prête à torturer des enfants si tant est que ça lui apporte quoique ce soit ! Bon sang ! Il a côtoyé Abraxas et Lucius durant près de trente ans ! Pire ! Il a côtoyé Bellatrix ! Les signes de la folie, il doit bien les repérer à des millions de kilomètres, non ?
— Non, secoue-t-elle la tête. Je l'ai fait parce que Steven refusait de rejoindre les rangs du Seigneur des Ténèbres et que pour l'épargner, j'ai demandé qu'il ne tue que Clélia Berenson, sa femme, en faisant passer ça pour l'attaque des membres de l'Ordre du Phénix après lui avoir apposé la Marque des Ténèbres, afin que Steven et moi puissions être ensemble.
Bordel ! Je suis soufflé et visiblement, je ne suis pas le seul si j'en juge le tremblement incessant des mains de Bones ou ceux de tout le corps de mon professeur. Même Severus n'aurait pas été aussi déterminé à tuer quelqu'un ! Il semblerait qu'Ombrage détienne réellement la palme de la psychotique la plus allumée de Grande-Bretagne de ces dix dernières années toutes catégories confondues !
— C'est à cause de toi que Clélia est morte ? souffle Berenson, la voix chevrotante.
Tu m'étonnes qu'il soit chevrotant, le vieux grisonnant ! Le simple fait d'avoir couché avec elle devrait déjà lui offrir une chambre simple dans l'unité des maladies mentales, mais apprendre, en plus, que sa maîtresse a commandité le meurtre de sa femme comme s'il s'agissait de faire sa liste de course, il y a de quoi chevroter !
— Elle se mettait en travers de notre couple ! explose Ombrage, les yeux furieux. Souviens-toi à quel point elle devenait paranoïaque à chaque fois que nous nous rencontrions, ou lorsqu'elle venait te voir « à l'improviste » dans ton bureau ! Elle aurait fini par comprendre que nous n'étions pas qu'amis !
Parano ou simplement étrangement clairvoyante la chère Madame Berenson ! Quoique, si l'on en juge la file phénoménale d'étudiantes de l'académie qui se masse devant la porte de son bureau chaque jour au point de nous empêcher d'atteindre notre salle de cours parfois, elle s'y est quand même prise assez tard…
— Il fallait qu'elle disparaisse avant qu'elle ne menace notre relation et ma position ! Tout ce que je regrette c'est qu'elle n'ait pas eu le temps d'être entièrement empoisonnée par la potion d'hémophilie…
Ah non, mais carrément quoi ! Pas une seule once de remords pour le fait de voler le titre de terreur du monde sorcier à Severus ou au Lord, pas une seule remise en question de sa propre insignifiante petite personne, rien ! Décidément…
— Tu es une grande malade…, chuchote Steven, les yeux exorbités.
Sans déconner ! Et c'est seulement maintenant qu'il se rend compte à quel point sa maîtresse est dingue ? Ou était-il donc depuis le début de ce procès, je me le demande bien, tiens !
— Auror, ramenez le témoin dans sa cellule, susurre Amélia en la fusillant du regard.
(la suite, au prochain épisode, les enfants ! 😉 )
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Je vous dis donc au samedi 24 juillet pour la seconde partie du chapitre 34 intitulé : « La fin des cauchemars » !
Je vous embrasse et vous souhaite une très bonne semaine à tous, soyez prudents et gardez vos amis et vos familles en sécurité,
Bisou,
Mya.
