Bonjour et bienvenu
Dans cette troisième partie du chapitre trente-quatre du Souffle Du Dragon !
Je tiens à remercier ceux qui m'ont ajouté en favoris ou en likes, chers lecteurs, mais plus encore pour leurs messages. Les reviews sont les seules récompenses que nous, auteurs de Fanfictions, ayons, alors je vous remercie réellement de prendre de votre temps pour ne serait-ce que me laisser un j'aime ou bien me dire ce qui vous dérange dans cette histoire. Vous êtes des amours !
/ ! \ ANNONCES IMPORTANTES :
1) Afin de laisser à ma bêta le temps de prendre de l'avance dans les corrections, chaque fois que nous aurons fini de publier deux chapitres dans leur entièreté (ou un qui serait découpé en trois partie) , nous ferons une pause d'une semaine à chaque fois. De plus, sachez que chaque chapitre sera, dès à présent, coupé en trois parties car faisant entre 60 et 92 pages pour le moment, ce qui reste assez conséquent…
Pour ceux qui s'inquiètent d'un tel procédé, sachez que chaque chapitre complet représente environ 30 000 à 45 000 mots dans certains cas où je ne puisse décemment pas supprimer des scènes qui sont cruciales pour la suite.
À l'heure actuelle, cette histoire est écrite jusqu'au chapitre 35 et deux autres sont déjà écrit, de même qu'un des deux épilogues et un bonus, donc ne paniquez pas, je reste toujours active sur cette fiction !
2) Après remarque de plusieurs d'entre vous, je me suis aperçue qu'il vous manquait un Point de vue dans le chapitre 31 (part 1), de ce fait, je l'ai reposté, afin que vous ayez au moins une partie de la seconde épreuve. Encore une fois, je vous présente toutes mes excuses, chers lecteurs !
3) La partie 1 du chapitre 32 a été repostée aussi car certaines modifications sont passées à la trappe.
4) il y aura une pause un peu plus longue que prévue, entre la fin de la publication du 34 et la première du 35, pour cause de vacances avec accès internet réduit…
À l'attention de Dramionymus et Adalind.S, je vous ai envoyé un MP en réponse à vos commentaires ou à vos messages tout courts ! Je vous remercie beaucoup, Guest & Hope0625, pour vos review, n'hésitez pas à te créer un compte pour pouvoir échanger avec moi sur cette fiction 😉
Comme d'habitude, je vous souhaite à tous de passer un très bon moment sur ce chapitre, nous nous retrouvons en bas pour la seconde partie de mon Blabla d'auteur !
*** Bonne lecture ! ***
Chapitre 34 : La fin des cauchemars
Hermione
J'ai beau chercher profondément dans mon esprit, je crois que jamais de ma vie je ne me suis sentie aussi blessée, trahie, déçue et humiliée, stupide et incroyablement candide que depuis ce matin même.
Comment, mais comment une telle chose a-t-elle bien pu se produire ? Ai-je fini par baisser un peu trop mes barrières pour qu'il parvienne à faire de moi ce qu'il voulait ? Qu'il réussisse le tour de force de me faire sentir plus stupide encore que depuis la fin de cette guerre ?
Merlin tout puissant ! Que j'ai pu être sotte ! Que j'ai dû lui paraître stupide, ce matin, avec mon sourire satisfait et mes yeux brillants d'amour ! Qu'il a du bien rire en son for intérieur de voir qu'enfin il était parvenu à son but ! Enfin, il se révélait bien plus intelligent que moi, bien plus fin stratège aussi !
Flash-back
Les rayons de soleil traversant les persiennes viennent lentement me sortir de ce simulacre de coma profond dans lequel je me suis plongé béatement, vraiment très tard dans la nuit – ou bien relativement tôt ce matin, tout dépend du point de vue – réveillant douloureusement mon mal de tête. Qu'est-ce qui a bien pu me prendre de boire autant ? Nom d'un Grapcorne !
Je le sais, pourtant, que je ne tiens en aucun cas l'alcool, et plus encore, lorsque ledit alcool est fort et étranger ! Mais l'ambiance était bonne enfant, tout le monde riait et certains, comme les jumeaux, Bill ou encore Ivan, se sont fait un plaisir de nous montrer leurs talents de danseurs ivres sur tronc d'arbre couché…
Une chance pour eux que Fleur ait pour mère l'une des plus grandes médicomages et Gynécomage de sa génération, sinon je ne doute pas un seul instant qu'ils auraient fini dans un hôpital de fortune après être tombés de leur souche pour rouler sur toute une pente et terminer leur glissade dans un étang réellement profond.
Mais hier, ce qui m'a le plus marqué, c'est d'avoir enfin pu voir et expérimenter le talent de Charlie en pleine action. Certes, je le savais bon dans son domaine – après tout, il est reconnu sur tous les continents pour être l'un des meilleurs dans son métier, peut-être même le meilleur depuis Wayts – mais ce qu'il nous a démontré hier…
Merlin, même encore combattante, je peux reconnaître qu'il y avait plus qu'une bonne connaissance du métier et de courage. Cet Azur du Sud qui a fondu sur l'étang dans lequel les garçons sont tombés, que ce soit Ivan ou lui, chacun d'eux nous avait prévenus de ne surtout pas nous approcher de son territoire parce qu'il était l'un des plus féroces et territorial dragons de la réserve.
Mais pas un seul instant, il n'a même tressailli lorsqu'il a entendu son grondement, mélange sonore étrangement enivrant d'une craie crissant sur un tableau noir, du trille d'un phénix et d'un chant des êtres des eaux lorsqu'elles quittent le lac noir. Et pourtant, lorsque ces trois sons se sont mélangés, on avait cette étrange impression de baigner en plein rêve.
Tous, nous sommes tous restés tétanisés de peur. Tous, sauf Charlie qui s'est immédiatement mis sur ses gardes, sifflant brièvement entre ses doigts pour que Veyser prenne quelque peu son envol, baisse la tête et le laisse s'agripper à son cou pour qu'ensuite il se laisse glisser lentement jusqu'à être assis à son encolure.
Rarement, je n'ai été aussi stupéfaite et terrorisée par quelque chose que lorsqu'ils se sont élancés à la poursuite de l'Azur du Sud, le repoussant autant que faire se peut jusqu'au rivage le plus éloigné de nous, nous laissant sortir les garçons de l'eau en toute sécurité même si toute relative elle aussi. Il n'y avait pas une seule once de peur dans ses gestes ou même sa posture, sa voix était forte et claire, grondante de magie et d'autorité, de puissance et de maîtrise.
— Il va falloir que tu te réveilles, chérie. Il est déjà plus de neuf heures, me chuchote Charlie.
La voix douce qu'il emploie pour me faire quitter le monde des songes est une chose à laquelle, même si j'ai fini par m'y habituer, continue toujours de me surprendre tant elle diffère de celle qu'il pouvait utiliser, moins d'un an plus tôt.
— Je ne veux pas, grimacé-je en tentant de masquer le sourire bienheureux qui souhaite s'étendre sur mes lèvres. Je suis épuisée… Non, rectification, tu m'as épuisée cette nuit !
— Ose me faire croire que tu n'as pas aimé, susurre-t-il suavement contre ma nuque.
J'en ai presque honte, mais le léger gémissement d'appréciation qui m'échappe – et lui tirant un ricanement suivit d'un « c'est bien ce que je disais » dont je me serais passé – est la pure vérité ! Bordel…
Je crois bien que jamais je n'avais été aussi démonstrative que je ne l'ai été cette nuit, ni même aussi bruyante. Mais entre la frayeur et la fascination qu'il a provoquées en moi en s'opposant à ce dragon hier, tout ceci a dû déclencher une sorte de réaction mécanique qui nous a conduits dans de nombreux endroits de cet appartement.
Et puis, finalement, aux petites lueurs de l'aube, nous avons terminé bien sagement dans notre lit, ses mouvements lents et doux étant en parfaite contradiction avec ceux bien plus brusques, précipités et, disons-le, territoriaux, d'avant, et qui m'ont conduit à avoir, ce matin, la voix brisée, le corps repu et la certitude que ce que je ressens pour lui, je ne suis pas la seule à l'éprouver.
Parce qu'on ne peut pas feindre l'amour ou un quelconque autre sentiment en gardant ses yeux et sa magie totalement ouverte à l'autre tout le temps qu'a duré notre ébat. Nous ne pouvions feindre l'attachement réciproque avec nos mains jointes, nos doigts noués ensemble ou encore lorsqu'une fois terminé, il m'a ramené amoureusement contre son torse, me serrant doucement contre lui avant de nous laisser voguer vers le sommeil.
— Toujours au lit ?
Péniblement et sortant à regret de mes rêveries, j'ouvre paresseusement les yeux et la certitude s'inscrit dans mon regard, je n'en doute pas une seule seconde. S'il venait à mourir, si Marvel décidait de prononcer notre divorce dès aujourd'hui, je sais, j'en ai la conviction profonde, comme un étrange pressentiment, que je ne m'en remettrais pas.
Plus encore que lorsque Ron m'a ignoré cet été ou qu'il m'a clairement fait comprendre qu'il ne me considérait pas comme une fille durant notre scolarité ou encore en sortant avec cette pimbêche décérébrée de Lavande Brown.
Plus encore que lorsque mon cœur s'est brisé en mille morceaux au moment où j'ai vu le corps de Harry reposant précautionneusement dans les bras de Hagrid le soir de la bataille finale en dépit de sa stature tout ce qu'il y a de plus imposante.
Plus encore que lorsque j'ai cru que plus jamais je ne pourrais être une sorcière quand le Langue-de-plomb m'a parlé de ce sortilège vicieux envoyé par Dolohov au Département des mystères durant notre cinquième année.
Au moment où mes yeux se posent sur lui, déjà prêt, enserré dans une robe de Lord que je ne le vois que trop peu souvent porter, mais qui pourtant le met si bien en valeur, ses cheveux semblant s'embraser sous les rayons du soleil, j'en ai la certitude. Si je venais à le perdre, je me perdrais moi-même.
Une étrange émotion, bien plus forte encore que celle qui m'a pris à la gorge le jour où nous avons rencontré la fille de Penny et Percy, m'étouffe et rend mes yeux brillants de larmes contenues.
En dépit des secrets qu'il garde toujours – dont un qu'il m'a promis de me révéler à l'instant même où nous aurons quitté le ministère – de l'amour qu'il éprouve toujours pour Tonks et de sa peur de tisser des liens, de s'attacher et de perdre quelqu'un auquel il tient.
Je suis tombée profondément et irrémédiablement amoureuse de lui, le genre d'amour dont ma grand-mère me parlait ou ceux évoqués par ma mère dans les livres de conte de fées de mon enfance. Ce genre d'amour que l'on préfère chuchoter de peur qu'il ne se brise si l'on venait à l'évoquer trop fort.
— Je vais devoir y aller, bébé, soupire-t-il en passant lassement sa main dans sa chevelure encore détachée. Je suis déjà en retard et Wilkinson veut me voir pour parler de sa ligne de défense. Encore…
— C'est la quatrième fois, ce mois-ci, non ? demandé-je la gorge nouée.
— Je ne vois qu'une seule option, sourit-il en coin, l'œil moqueur. Je pense qu'il est tombé amoureux de moi !
Un ricanement moqueur m'échappe et la grimace qui s'ensuit, de même que le gémissement de douleur juste avant que je n'enserre mon crâne de mes mains, me rappelle à l'ordre. Plus jamais je ne boirais d'alcool !
— Il y a de la potion anti gueule de bois dans le tiroir du haut de ma commode, s'amuse-t-il en finissant de nouer son catogan, passant sa cape sur ses épaules ensuite.
— Tu es mon héros, soupiré-je béatement en me laissant retomber contre les oreillers, les yeux fermés.
Je l'entends encore naviguer dans la chambre quelques instants, le son de ses pas légèrement occultés par les nombreux tapis à poil long disséminés dans la pièce, puis le matelas s'affaisse et des lèvres chaudes et charnues viennent rencontrer les miennes doucement. Une simple caresse aussi légère qu'une plume et douce comme de la soie.
— On se retrouve au ministère, sotia mea, susurre-t-il en pressant à nouveau ses lèvres contre les miennes. Je dois y aller.
Sotia mea… Je ne compte plus le nombre de fois où, cette nuit, il m'a appelé de la sorte, mais il n'a pas voulu m'expliquer ce que ce terme voulait dire, ni même en quelle langue il avait parlé. Tout ce que je sais, c'est que cette langue m'a réellement séduite, possédait les mêmes intonations et sonorités que lorsqu'il parlait à l'Azur du Sud et qu'il s'en est rendu compte.
Il n'est pas adepte des longs discours, et je m'en suis rendu compte lorsque je lui ai demandé de me parler à nouveau en cette langue, de me dire un secret que, de toute façon, je ne comprendrais pas, et que la seule phrase à laquelle j'ai eu droit soit « Te iubesc rea mult pentru binele meu ».
J'aurais pu vendre mon âme au diable pour comprendre ce que voulaient dire ces quelques mots, prononcés de sa voix si grave, alors que ses yeux brillants et profonds, révélant une blessure et une mise à nue totale, se plongeaient dans mon regard.
J'aurais même pu utiliser le sort de traduction que j'ai posé sur Harry et Ron lorsque nous sommes partis en Bulgarie cet été, ou encore demandé à Fleur puisqu'elle s'est spécialisée dans les langues étrangères. Mais je ne l'ai pas fait.
Pour une étrange raison, tout en moi me hurlait de ne surtout pas partager ce genre de choses avec quiconque, que ce moment ne devait appartenir qu'à moi – et lui, dans une moindre mesure – alors je me suis simplement serrée un peu plus contre lui, embrassant son torse avant de sombrer dans le sommeil.
Péniblement, je m'extrais – avec la force d'une larve sur le point d'y passer – de notre lit, mon corps courbaturé et ma tête semblant vouloir exploser sous la pression. Bordel ! Même en période de révisions et d'examens, jamais elle ne m'avait fait ce genre de choses !
J'enfile la chemise qu'il portait hier, passant mes sous-vêtements dans la foulée avant de me diriger vers la commode. Néanmoins, toute entreprise de retrouver un air d'être humain me quitte lorsque j'entends les coups portés contre le tableau. Qui peut donc déranger les gens si tôt dans la matinée ?!
Rectification… Les connaissant, je ne doute pas un seul instant qu'il s'agisse de Blaise et Daphnée, certainement encore en quête de vouloir me faire renoncer à l'idée de rester mariée à Charlie pour pouvoir avoir droit quelque temps encore à leur série fétiche, il semblerait : Vis ma vie de célibataire endurcie…
— Je vous préviens, je ne suis pas d'humeur à ce que vous… Ron ?
De toutes les personnes au monde, si j'avais dû prévoir que quelqu'un viendrait frapper à ma porte aujourd'hui, pire encore, ce matin alors que je ne suis qu'en petite tenue, que mon maquillage a très certainement dû couler plus que de raison et que mes cheveux doivent faire concurrence à ceux de Hagrid après s'être fait piétiner par une chimère, il a fallu que ce soit Ron ?
Sérieusement ? Ron ? Le destin est-il si cruel pour me faire une telle chose ? Rectification, encore une fois, le destin est cruel et il paraîtrait même que le Karma est une petite pute, si j'en crois ce que répète si souvent Blaise…
— Je peux entrer ?
— Oui ! sursauté-je, grimaçant lorsque ma voix sort plus aiguë que voulut. Oui, oui, bien sûr, entre !
Finalement, je ne saurais dire lequel de nous deux est le plus mal à l'aise en cet instant entre moi et ma coupe afro et lui qui se dandine d'un pied sur l'autre, frottant inconsciemment, je n'en doute pas, ses taches de son sur son nez. Instantanément, je me retrouve huit ans en arrière, la première fois que je l'ai rencontré, dans le Poudlard express.
Jamais, à ce moment-là, je n'aurais pensé que je deviendrais amie avec ce garçon qui sache être tout aussi désagréable qu'il sait être attendrissant. Aussi stratégique et coléreux qu'il sait être fidèle et impulsif.
Jamais je n'aurais pensé non plus tomber lourdement amoureuse de lui à cause de sa naïveté touchante, de son courage et de son esprit si différent du mien, mais qui, pourtant, recèle tant de génie à qui sait réellement où regarder.
Parce qu'il faut de l'intelligence et détenir beaucoup de courage et de force de caractère pour parvenir à battre, en première année, une experte des jeux d'échecs tels que peut l'être le professeur McGonagall, et parvenir à trouver la force de se sacrifier en sachant parfaitement qu'on pourrait mourir dans les sous-sols de ce château alors que l'on a à peine douze ans.
— Veux-tu boire quelque chose ? demandé-je, mal à l'aise.
— J'ai besoin de te dire quelque chose, fait-il au même moment.
Bon sang… Ce que je ne ferais pas pour qu'il soit arrivé une bonne demi-heure plus tard, lorsque j'aurais été habillée, coiffée, peut-être même maquillée, mais surtout, que j'aurais pu prendre cette foutue potion anti gueule de bois.
Parce que j'en suis parfaitement consciente… Même si je sais être douloureusement, profondément et irrémédiablement tombée plus qu'amoureuse de Charlie, j'aime toujours Ron avec la même force, la même dévotion et le même besoin qu'il me retourne mes sentiments qu'au premier jour.
Parce qu'il est mon premier amour et celui que j'ai cru être le seul à savoir déclencher cette chaleur dans mon cœur et tout mon être à la simple idée de pouvoir un jour être appelée sa femme.
Parce qu'il sait toujours quoi dire pour me faire rire ou sourire – si tant est que Lavande ne soit pas pendue à son bras comme un Démonzémerveille à sa branche pour dormir – et il a toujours été là dans les moments de peur ou de doute.
— Écoute, Hermione, soupire-t-il en se passant la main dans les cheveux, le regard fuyant, j'ai conscience d'arriver un an en retard et que les choses ont certainement évoluées pour toi de ton côté, mais quelqu'un m'a convaincu de venir te dire certaines choses aujourd'hui.
Mon cœur s'emballe, ma respiration se fait haletante, ma tête me fait mal et mon cerveau s'est très certainement fait la malle, mais je ne doute pas que mes joues doivent être probablement aussi rouges que le sont ses oreilles en cet instant.
Merde alors ! se pourrait-il qu'après des années, ce soit aujourd'hui qu'il a décidé d'enfin prendre son courage à deux mains, ce courage qu'il ne semble exprimer que lorsque nos vies sont en danger ou que nous sommes attaqués ou poursuivis par des Mangemorts, pour venir me dire qu'il m'aime ?
— Je t'écoute, fais-je le plus calmement et posément possible.
Pourtant, pas un seul mot ne sort. Malgré sa bouche qui s'ouvre et se ferme à intervalle régulier – et qui ferait certainement hausser un sourcil de mépris à Rogue comme lorsque je me lance dans mes explications durant nos cours pour lui apprendre la magie sans baguette – il ne dit rien jusqu'à ce qu'il pousse un soupir, faisant un pas dans ma direction, se retrouvant bien plus proche de moi que jamais.
Alors tout mon monde se met sur pause à l'instant où ses lèvres entrent brusquement en contact avec les miennes. Merde alors ! Il a vraiment choisi ce jour-là précisément pour venir me déclarer ses sentiments ! Pourtant, alors que je m'attendais à un feu d'artifice, un sentiment de délivrance et d'acceptation totale, d'être bien et à ma place, il n'en est rien. Il n'y a que du vide.
Je ne ressens rien de particulier alors que l'homme que j'aime et que je me suis évertuée à aimer malgré la guerre, notre éloignement ou même ses préjugés, m'embrasse enfin. Rien. Aucune émotion ne me traverse, si ce n'est la gêne et l'impression de trahir Charlie.
Pourtant, je sais pour avoir déjà été embrassée quelques fois – par deux de ses frères d'ailleurs – qu'il embrasse vraiment bien, mais ce que je devrais ressentir n'est pas là. Il n'y a pas cette sensation d'aboutissement ni même d'accomplissement.
Juste la gêne et le vide et cette incroyable sensation de trahir mon mari. Incroyablement mal à l'aise face à ce constat, je me rapproche de lui, passant un bras autour de son torse, me serrant contre lui, mais encore une fois, je déchante. Il semblerait que même lui ne ressente rien de spécial.
— Je…, commence-t-il, mal à l'aise à nouveau en se reculant. Je ne sais pas quoi dire…
— Moi non plus, souris-je de la même manière, resserrant mes bras autour de moi. Je ne m'attendais pas à ça.
— Je suis vraiment arrivé trop tard, n'est-ce pas ? soupire-t-il en s'adossant au dossier du canapé.
Il y a de la douleur et une certaine lassitude qui point dans sa voix. Mais c'est surtout la tristesse et la mélancolie qui se trouvent une place de choix dans son regard qui me fait de la peine et me fait le rejoindre, passant mes bras autour de lui pour le serrer fraternellement contre moi.
Parce que c'est ce que nous sommes et c'est ce que ce baiser m'a prouvé. Malgré mes rêves de petite fille, notre éloignement et les conséquences de cette guerre, il est et demeurera toujours une personne importante à mes yeux, un ami très important. Presque un frère.
— Quelques années seulement, ris-je doucement. Tu vois, ce n'est trois fois rien !
Il rit à son tour, posant son menton sur mes cheveux tout en resserrant son étreinte autour de moi. Je crois bien que jamais, en huit ans d'amitié, nous n'avons eu de moments de douceur de la sorte et celui-ci dure dans le temps jusqu'à ce qu'il ne finisse par briser le silence ambiant.
— Tu es réellement tombée amoureuse de Charlie alors, je me trompe ? soupire-t-il.
— C'est…
Mais je ne parviens pas à trouver les bons mots, les bons termes pour lui expliquer que ce que je ressens pour son frère dépasse même le simple amour. Parce que c'est plus puissant encore.
Je sais pertinemment que je pourrais mourir pour lui tout comme il me l'a prouvé à maintes reprises, cette année, que ce soit en faisant le rituel de Yule ou en risquant le Baiser du Détraqueur pour me ranimer, qu'il ferait de même pour moi.
C'est dévorant et passionnel, c'est doux et tendre tout en étant fusionnel et inaliénable. C'est dans notre cœur, mais pas seulement. C'est aussi dans notre âme et dans notre magie, dans notre manière d'être et de nous parler, dans celle de comprendre l'autre sans qu'il n'ait besoin de parler et dans celui de toujours tout faire pour que l'autre dépasse ses propres traumatismes.
C'est à la fois plus pur et limpide que l'eau du fleuve Léthé et plus compliquée qu'une épreuve d'A.S.P.I.C. pour un premier année. C'est la complémentarité et la dualité à chaque instant, mais la certitude de ne jamais être seul parce qu'il y aura toujours quelqu'un pour nous, quelque part dans le monde, quelqu'un qui pensera à nous.
— Tu n'as pas vraiment besoin de répondre, rit-il à son tour en relevant mon visage dans sa direction. C'est inscrit partout sur toi. Tu l'as dans la peau.
Je détourne le regard, gênée d'en parler avec lui. À quel moment est-il devenu socialement acceptable d'avoir ce genre de conversation avec son premier amour dont, quelques minutes plus tôt encore, on se pensait indubitablement amoureuse ?
— Je peux le comprendre, hausse-t-il les épaules en souriant amèrement. Toutes les filles tombent amoureuses de Charlie même s'il ne leur accorde aucune attention. Alors si, toi qui t'es retrouvée mariée à lui, tu as pu avoir droit à Cha entièrement, je peux comprendre que tu ne puisses plus jurer que par lui.
— Elles tombent peut-être toutes amoureuses de lui, mais la seule qui ait vraiment compté ne l'a pas fait, fais-je de la même manière.
— Elle avait vraiment beau être géniale, Tonks ne t'arrivait pas à la cheville, Mione, n'importe quel abruti pourrait le voir, et Cha est loin d'être un abruti, rit-il en m'envoyant un clin d'œil.
Pourquoi ? Mais pourquoi à la fin ?! Pourquoi a-t-il dû attendre aujourd'hui, maintenant, pour me dire ce genre de choses ? Ce genre de choses que j'ai si désespérément attendues ? Que j'ai si puissamment rêvé qu'il me dise ? Pourquoi ne le faire que maintenant ?
— Mais tu devrais faire attention à toi, déclare-t-il plus sombrement en se détachant de moi.
— Pourquoi ?
Je resserre mes bras autour de moi, un doute et une peur latente me prenant. Parce que je sais parfaitement que face à une Katya Sermirov ou même, par exemple, une Gabrielle Delacour – qui semble prendre un malin plaisir à trouver tous les prétextes pour être dans son champ de vision et balancer sa crinière et ses charmes de Vélanes à tout va lorsqu'il est dans les parages – je ne fais pas le poids.
— Tu l'as peut-être apaisé et tu l'as certainement rendu moins sombre que ce pour quoi je le prenais les premiers temps après la fin de la guerre, mais il finira par te briser le cœur aussi sûrement qu'il l'a fait avec toutes les autres, en commençant par maman, lorsqu'il s'est barré en Roumanie, soupire-t-il en se passant une main lasse dans les cheveux.
— Ron, ne…, commencé-je, mais il m'interrompt.
— Tu peux ne pas me croire, et très sincèrement, j'espère de tout mon cœur qu'il ne brisera pas le tien, mais je sais pertinemment qu'il finira par te quitter et retourner en Roumanie. Parce que c'est chez lui, là-bas, et que la seule femme qu'il veuille dans sa vie, la seule qui soit réellement importante, c'est sa dragonne. Tout aussi Dame Dragon que tu ne sois…
— Quoi ?! sursauté-je, ma voix partant dans les aiguës. Comment tu sais ça ?
Il ne devrait pas le savoir ! Personne ne devrait savoir hormis le peu de personne présente le jour du rituel de Gringotts ou encore ceux présents durant nos vacances au square et celles avec qui nous avons passé Noël ! Ce qui commence à faire pas mal de monde, j'en conviens…
— Mione, avance-t-il prudemment, tout le monde le sait.
— Pardon ?! crié-je, mon sang battant dans mes tempes. Comment ça « tout le monde le sait » ?
— La Une de La Gazette, ce matin, dit-il en faisant léviter le journal jusqu'à sa main, révélant la première page.
Tout mon sang quitte définitivement mon visage à la lecture du début de l'article. Comment ? Comment a-t-elle pu savoir ce genre de choses ? Comment a-t-elle pu publier ce genre de secrets et être toujours en vie ?
« HERMIONE GRANGER : SAUVEUSE DE L'OMBRE OU MENACE POTENTIELLE ? par Rita Skeeter.
Depuis maintenant quelques semaines, je vous distille petit à petit certaines informations (certifiées réelles après examen poussé par les Langues-de-plomb des souvenirs confiés) qu'une source anonyme m'a fait parvenir.
Parmi ces souvenirs se trouve certainement l'un des plus troublants, remettant en cause l'autorité et la respectabilité de l'institut Poudlard, de même que celle des deux directeurs en postes.
Ces dernières années, nous avons pu, peu à peu, voir le laxisme dont peuvent faire preuve les différents directeurs, de même que la décrépitude de l'enseignement offert à nos chères têtes blondes. Mais rien, absolument rien, ne m'avait préparé à cette révélation choc que je vais vous offrir ! Vous pouvez me croire !
Qui pourrait croire que la Directrice McGonagall mette la vie de tous ses élèves en danger simplement pour Miss Granger, en permettant à l'un de ses professeurs, Lord Charles Prewett, de lancer des sortilèges de Doloris à tour de bras sans même en prévenir le ministère ?
Qui aurait pu croire que cette même directrice cacherait à notre société l'avènement prochain d'un enfant réunissant le sang des quatre Fondateurs ainsi que celui de Merlin, faisant converger toute sa puissance en un seul être qui pourrait anéantir le monde s'il tombait entre de mauvaises mains ?
Mais la plus troublante de ces révélations est très certainement celle-ci : derrière ses histoires d'amour toutes plus rocambolesques et farfelues, ses sourires enjôleurs et ses yeux de biche, Hermione Granger est la pire menace qui ait existé ce dernier millénaire. Hermione Granger est, en réalité, l'héritière magique de Circé et une Dame Dragon.
Comme certains doivent le savoir, la dernière Dame Dragon clairement identifié s'est révélée être Circé Dulac, sœur de Viviane et belle-sœur de Merlin en personne. Ce que peu de personnes savent, c'est qu'elle est, à elle seule, responsable d'une guerre plus que sanglante et de la disparition, durant un millénaire, des Valkyries et des Amazones pour un territoire caché… »
Il me faut un très long moment avant de parvenir à décrocher mon regard de ces mots inscrivant noir sur blanc un secret que je me suis évertuée à protéger depuis un an. Une Dame Dragon, terreur des sorciers, mais qu'ils convoitent pourtant parce qu'elle apporte immortalité à son accordé… De quelle manière peut-elle bien avoir mis la main sur ces informations ?
Qui peut bien la renseigner de cette manière, avec des souvenirs que même les Langues-de-plomb ne puissent réfuter ? Qui peut être assez barge pour vouloir affronter la colère de Circé si jamais je ne parvenais plus à la tenir en laisse ? Qui, bordel ! Qui ?
C'est lorsque sonne le coup des dix heures et demie que je me rends compte être restée figée, le journal à la main, les yeux dans le vague, incapable de même songer à sécher les larmes qui coulent sur mes joues.
De nouveaux coups portés au tableau me sortent tout de même de ma léthargie, me faisant lentement revenir sur terre et sentir à nouveau le mal de tête lancinant qui bat mes tempes. À contrecœur, je déverrouille l'accès à l'appartement, me rendant compte uniquement à cet instant que Ron a dû le déserter depuis un bon moment…
— Si c'est cette tenue que tu comptes porter pour votre audience aujourd'hui, tu devrais peut-être songer à l'accessoiriser, ironise Daphnée.
— Ou envisager une fosse commune pour tous les vieux bedonnants qui siègent au Magenmagot ! renchérit Blaise. Parce que, même de là, je peux voir ce qui se cache sous cette chemise, et permets-moi de te dire qu'elle empeste la transpiration et le soufre !
Ils ne récoltent qu'un regard torve et quelques clignements d'œil successifs leur démontrant à quel point je ne suis pas en état pour ce genre de reparties à l'heure actuelle.
Leur faisant signe avec mon journal de s'asseoir sur le canapé, je me dirige tel un automate vers ma chambre, mes joues reprenant peu à peu des couleurs de magenta prononcé aux vues des vêtements qui jonchent le sol et de l'état plus que déplorable du lit ou des cadres photos qui, précédemment, peuplaient ladite commode vers laquelle je me dirige prestement.
Retenant difficilement les souvenirs qui cherchent à m'assaillir, j'ouvre le tiroir, celui-ci butant à la mi-ouverture, comme d'habitude. Je mets la main dedans pour tenter d'atteindre les quelques flacons que je sais cacher dans une boîte recouverte de cuir, mais ce n'est pas ce matériau que je touche.
Fronçant les sourcils sous la sensation de velours, je récupère le tout petit écrin, accentuant ma mimique lorsque j'en vois la couleur bleue aux doux reflets violacés lorsque le soleil tape dessus. Toute idée de gueule de bois carabinée s'enfuit en même temps que me vient la réalisation de ce que signifie cet écrin.
Serait-ce une bague de fiançailles ? Une alliance ? Se seraient-ils tous donné le mot aujourd'hui, chez les Weasley ? Mais plus encore, serait-ce ça, le fameux secret dont il voulait me parler après notre session devant Marvel tout à l'heure ?
C'est la curiosité qui prend le pas sur la nécessité de laisser Charlie aller à son rythme dans notre relation qui me fait avoir ces gestes. Avec bien plus de révérence encore que la première fois où j'ai découvert L'Histoire de Poudlard, j'ouvre lentement le boîtier, retenant difficilement mes larmes.
Lourdement ouvragée, d'un doré scintillant serti d'une gemme rouge bordeaux trop foncé pour ne pas être réellement très chère, un P en calligraphie italique terminant cet incroyable travail d'orfèvre. J'ai déjà vu cette bague. Je la connais pour l'avoir étudiée sous toutes les coutures cet été. La bague des Potter.
Alors l'enfer semble s'ouvrir sous mes pieds tandis que mes genoux flanchent, me faisant tomber au sol et un véritable cri d'agonie sort de ma bouche. Parce qu'il m'a trahie et que je reste tout de même désespérément amoureuse de lui…
Fin du flash-back
Trahie, déçue, en colère, frustrée, mais surtout, malheureuse. C'est un maelström de toutes ces émotions qui me submerge lentement mais sûrement et ce d'autant plus lorsque Hawks a dit cette phrase qui résume tout ce qui nous a unis durant des années…
— J'ai pu apprendre à connaître séparément et ensemble Charlie Weasley et Hermione Granger au cours de ces deux derniers mois, commence-t-elle en nous couvant d'un regard attendri. Il n'est pas rare que le ministère puisse avoir besoin de l'expertise de Psychomage dans le cas de demande de Rupture des Liens d'Union Sorcière Traditionnelle de Sang-Pur.
— Et quel est votre diagnostic ? demande Blaise en lui souriant, charmeur.
— Disons, pour faire simple, que ces deux-là pourraient être des cas d'école si seulement ils ne compliquaient pas tout, tout le temps, rit-elle doucement.
Comme si cette simple phrase faisait office de sort de silence à elle seule, plus le moindre bruit ne se fait entendre dans la salle, chacun semblant pendu à ses lèvres, allant de Marvel à l'Auror aux portes. Pourtant, lorsqu'elle reprend la parole, son ton se fait plus humble et son visage se ferme, devenant plus sombre.
— Vous savez, fait-elle, compatissante, il n'est pas rare qu'au sortir d'une guerre aussi dévastatrice que celle qui s'est terminée l'an passé, certains couples se déchirent parce que les combattants ont dû prendre conscience d'une part sombre de leur être et qu'il est bien souvent compliqué de parvenir à faire face à certaines actions commises.
Ma respiration se bloque involontairement dans ma gorge et je sens une fine goutte de transpiration couler dans mon dos. Elle a raison. Faire face à cette facette sombre de ma personne a été un véritable parcours du combattant, mais à ce moment-là, j'avais quelqu'un pour me tenir la main.
Tentant de le faire le plus discrètement possible, je coule un regard que j'espère neutre dans la direction de Charlie, son visage tout aussi lisse d'émotion qu'il ne l'est à chaque fois que l'on parle de Tonks me répond. Lui non plus, n'a pas totalement fait cette partie de son deuil…
— C'est ainsi, c'est un fait immuable, tout comme le fait que le soleil se lève le matin et se couche le soir, que des bébés naissent partout dans le monde tous les jours et qu'il en meurt chaque jour, qu'une guerre est violente et qu'il y aura fatalement des morts parce qu'aucune guerre ne se gagne en distribuant des fleurs et de jolis petits cadeaux. C'est un fait irréfutable. L'être humain aime se complaire dans l'image qu'il laisse ressortir devant les autres et se sent protégé par elle parce que, dans le fond, elle ne le représente pas réellement.
Je me sens déglutir douloureusement face à ces affirmations. Elle a raison, bien sûr qu'elle a raison, pourtant, je ne peux m'empêcher de croire que certains parviennent tout de même à garder leurs bons côtés malgré la guerre. Sinon, que peut-il bien nous rester ? Quelle chance nous reste-t-il d'obtenir cette rédemption, cette paix si douloureusement voulue ?
— N'est-ce pas un peu trop pessimiste et réducteur ? demande Blaise, mal à l'aise.
— Aucun couple ne se ressemble, aucune relation n'est similaire à une autre, monsieur Zabini, secoue-t-elle la tête en lui adressant un sourire compatissant. Comme je l'ai dit, certains couples se déchirent, mais d'autres se retrouvent dans cette douleur atroce. Ils se comprennent et deviennent le centre de l'univers de l'autre, à bon ou à mauvais escient, mais en général, avoir fait face à cette part sombre de notre personne nous force à accepter des choses nous concernant qu'en temps normal nous aurions refusé.
— Et dans le cas de Weasley et Granger ? fronce-t-il les sourcils.
— Aussi bien l'un que l'autre a de très lourds problèmes personnels qu'ils devront régler individuellement avant même de songer à se construire en tant que personne, mais allez savoir pourquoi, tous les deux ensemble, ça marche, rit-elle doucement.
Je sens une nouvelle larme dévaler mes joues, mais au point où j'en suis, je suppose que je ne suis pas à ça près, n'est-ce pas ? Comment peut-elle bien croire qu'ensemble nous marchons réellement, alors que jusqu'à présent il n'a fait que me mentir éhontément, les yeux dans les yeux ?
— Que voulez-vous dire ?
— Vous savez, en près de dix ans d'expertise pour Ste Mangouste ainsi que dans le monde moldu, j'en ai vu défiler des couples en crise, qui étaient à deux doigts du divorce ou certains même exprimant le désir de tuer purement et simplement leur conjoint, mais des comme eux ? hausse-t-elle un sourcil amusé. Jamais.
— Expliquez-nous cela de manière plus précise, s'il vous plaît ?
— Chacun d'eux semble naviguer dans des ténèbres profondes depuis des années, et pourtant, ils tirent leur force et leur lumière de l'autre, se tirant l'un l'autre vers le haut pour que jamais ils ne se noient dans l'obscurité qui menace de les engloutir à tout moment. J'ai connu toutes sortes de couples, mais un comme le leur, je souhaite à chacun d'entre nous de pouvoir le vivre un jour, parce que leur amour est bien plus pur et en totale abnégation que tous ceux que j'ai pu voir depuis bien longtemps, termine-t-elle.
Je me sens ébranlée par toute la conviction et le respect qu'elle utilise pour achever son discours, mes larmes n'en finissant plus de couler sur mes joues alors qu'un vacarme ahurissant dans le couloir commence à nous parvenir.
L'Auror gardant la porte se faufile précipitamment entre les deux travées alors que Blaise remercie Hawks pour son témoignage, venant nous rejoindre prestement. Pourtant, c'est en l'entendant dire à Daphnée que l'affaire est dans la poche que je prends ma décision.
À quoi bon courir contre le vent si cela ne fait rien d'autre que nous épuiser ? J'ai beau l'aimer, nos familles passeront toujours avant toutes les autres personnes au monde, et la mienne est Harry, la seule personne à ne jamais m'avoir menti, à m'avoir toujours dit la vérité, même si elle ne me plaisait pas.
C'est pourquoi, la mort dans l'âme, la bile me remontant dans la gorge et les larmes me brûlant désespérément le visage, je me tourne résolument vers Daphnée, mettant ma main sur son bras pour ensuite venir lui chuchoter quelques mots à l'oreille.
— Je me fous de la manière dont tu me l'obtiens, mais je veux le divorce, Daphnée, soufflé-je. Il peut garder tout ce qu'il possède, je veux simplement ne plus rien avoir à lui devoir.
— Granger, souffle-t-elle, n'en croyant visiblement pas ses oreilles. Pourquoi voudrais-tu faire une telle chose ?
— Je suis simplement fatiguée de me battre, soufflé-je amèrement en tentant vainement de sourire.
— Mais tu vas…
— Dis simplement au juge que je veux divorcer, le reste importe peu, secoué-je la tête en la coupant, le visage dur.
Je ne saurais dire ce qui tourne dans sa tête au moment où je ne lui dis cela, ni même le chemin que prennent ses réflexions dans les minutes qui suivent, mais lorsqu'elle se lève, à son tour résolue pour transmettre ma demande au juge, je la vois baisser la tête de dépit, un sourire amer au bord des lèvres.
— Êtes-vous sûre de cela, Lady Prewett ? me demande-t-il, les sourcils froncés, semblant ne pas comprendre lui non plus un tel revirement de situation.
L'espace d'un très court instant, je croise le regard de Charlie où ne règnent que la déception, la douleur, la trahison et l'incompréhension. L'instant d'une seconde, je voudrais pouvoir dire non et oublier tout ce que j'ai découvert ce matin, mais je ne le peux pas. Oublier ce genre de choses ne fait pas partie de mes principes.
— Absolument certaine, affirmé-je tout en continuant de déverser mon regard dans celui de Charlie, lui envoyant mon souvenir de la découverte de la bague.
— Dans ce cas, soupire le juge avant de frapper de son marteau sur son socle, je vous déclare…
— Avada Kedavra !
Tout se passe en moins d'une seule minute. Les portes explosent sur leurs gonds, le rayon vert foudroie sur place Marvel et le choc de ces mots tétanise tout le monde sur son siège durant quelques secondes.
Parce que ces mots n'ont plus été employés dans ce bâtiment depuis la fin de la guerre. Parce que l'homme qui a jeté le sort se tient fièrement dans sa tenue de condamné à Azkaban, agrippé à une baguette que je me doute ne pas lui appartenir, ses cheveux blonds sales cascadant dans son dos et les yeux luisants de folie.
Dans l'encadrement de la porte, représentant toute l'horreur que chacun de nous souhaite oublier depuis des mois, Corban Yaxley vient de tuer Alexander Marvel d'un simple sort, nous faisant revenir dans le passé par deux simples mots.
Pourtant, le plus ironique dans cette situation, c'est bien le fait que le juge n'ait pas eu le temps de nous déclarer officiellement divorcés qui fait s'étendre mes lèvres en un sourire d'ironie amère. Il semblerait que le destin lui-même ait décidé que la paix n'avait que trop duré…
Si, jusqu'à présent, j'étais restée plus ou moins stoïque tout le long du procès, je retrouve avec un plaisir morbide le bonheur de sentir cette déferlante d'adrénaline dans mes veines, ce besoin de sang, cette haine farouche qui coule dans mes veines bien plus rapidement que mon sang ou ma magie.
Protéger, attaquer, tuer. Je ne dois me concentrer que sur cela, peu importent les risques encourus. Après tout, j'ai déjà le cœur en mille morceaux, je ne risque pas de le réparer en restant tétanisée sur ma chaise, n'est-ce pas ?
Attrapant Blaise par le poignet, je nous dirige au travers de la foule pour atteindre le rang des Weasley, jetant sort après sort sur Yaxley ou protégeant certaines personnes qu'il visait – il est vraiment étonnant de voir qu'une exposition prolongée aux Détraqueurs n'a pas aux moins déréglée sa magie ! – je parviens enfin au troisième rang, mais je ne vois aucune tête rousse comme je m'y attendais.
Tournant vivement sur moi-même, je m'apprête à reprendre ma route en direction du Mangemort lorsque je percute rudement un torse dur et musclé. Un torse que je me souviens avoir caressé et embrassé toute la nuit. Un torse à l'odeur de soufre, de menthe et de liberté. Charlie.
— Viens ! Tu dois te mettre en sécurité ! crie-t-il en m'attrapant par le poignet avec la ferme intention de me sortir de la salle.
Durant un bref instant, je me laisse porter par les intonations de sa voix et la force qu'il dégage. Pendant une seconde, je me vois bien le suivre jusqu'au bout du monde sans même me retourner. Puis la réalité me frappe à nouveau et mes larmes veulent, encore une fois, dévaler mes joues. Mais je ne le peux pas. J'ai déjà bien assez pleuré…
— Je ne pars pas d'ici, secoué-je la tête en me défaisant de sa poigne. Pars si tu le souhaites, mais moi non.
— Et pourquoi ça ? gronde-t-il.
La colère et l'abattement font jeu égal lorsque je le vois faire preuve de tant de talent dans l'art de jouer à l'autruche. Combien de fois m'a-t-il prise pour une conne de la même manière tout le temps où nous avons été mariés ?
Malgré moi, je comprends bien que la colère ne gagnera jamais plus contre lui dans ce genre de combats, alors, avec beaucoup d'amertume, je glisse ma main dans ma poche, tirant l'écrin de velours pour le lui lancer.
L'incompréhension, à nouveau, irradie dans son regard avant que ne percent la douleur et, dans son cas aussi, l'amertume. Mais à quoi bon ?
À quoi bon continuer de jouer ce rôle alors que je sais pertinemment qu'il m'a menti depuis tout ce temps ? Que je sais qu'il est le sorcier à avoir volé la bague des Potter ? Qu'il est aussi celui à avoir signé ce contrat de fiançailles entre Harry et Ginny ? Merde ! Me prend-il à ce point pour une conne ? Suis-je si crédule à ses yeux ?
Oui, définitivement je dois l'être parce qu'il commence à vouloir s'exprimer, malgré moi, je me laisse envahir par la possibilité qu'il puisse me rassurer, me dire que ce n'est pas ce que je pense et qu'il me considère assez pour ne pas avoir fait une telle chose. Mais je me leurre et j'en ai parfaitement conscience.
Alors, avant même qu'il ne puisse ouvrir la bouche, je lui assène une dernière chose, une dernière vérité qui me foudroie le cœur presque autant que lorsque j'ai dû le stupéfixer pour aller sauver Tonks.
— Félicitations, Charlie, hoché-je la tête en souriant, désabusée. Je dois louer tes talents d'acteurs. Tu avais raison. Rien de ce qui n'est à moi n'est à toi. Je me suis trompée pour l'une des premières fois de ma vie. J'ai cru en toi, ça a été ma pire erreur.
J'ai le cœur au bord des lèvres en lui débitant ces mots, mais j'en pense chacun d'eux avec une précision alarmante. J'ai cru en lui dès la première fois que je l'ai vu, dans cette tour d'astronomie, et toutes les autres fois qui ont suivi.
Que ce soient les joutes verbales ou de sorts, les moments de calme et de douceur ou encore toutes ces fois où nous avons fait l'amour, les recherches sur la transe d'Occlumancie et tout le reste. J'ai cru en lui plus fort encore que je n'aie jamais cru en moi.
Parce qu'il était Charlie Weasley et que j'aurais fait n'importe quoi pour qu'il reste vivant et continue d'être un adversaire si valeureux à mes yeux. Et je me suis trompée. Encore une ironie de la vie ? Possible…
— Granger ! s'écrie Blaise en tirant sur ma manche, le ton alarmé. Je ne vois pas Drago !
— Il doit être encore dans la salle du procès de Yaxley, fais-je en me détachant difficilement des yeux de Charlie.
— Oh non !
Suivant du regard ce que montre le doigt de Daphnée, je perds moi aussi toutes mes couleurs lorsque je vois Drago, une baguette contre la gorge, le bras de Lucius Malefoy enserrant son abdomen, une grimace de douleur déformant le visage juvénile et tuméfié de ce garçon que j'ai appris à appeler mon ami.
À n'en pas douter, si Drago se trouve dans cet état et qu'aucun étudiant de septième ou huitième n'est venu à son secours, c'est que le combat qui s'est visiblement engagé dans la salle du procès a dû se finir en bain de sang…
— Votre attention, peuple sorcier de Grande-Bretagne ! sourit Lucius de manière démoniaque, les yeux luisant de cette lueur de folie pure qui a bien trop longtemps transparu dans celui de sa belle-sœur. Vous qui aimez tant voir l'exécution des Mangemorts, je vais vous offrir celle de mon propre fils !
— Je préfère encore crever plutôt que de t'entendre encore une seule fois m'appeler ton fils ! crache Drago, grimaçant un peu plus de douleur lorsque Lucius enfonce plus fort sa baguette dans la peau fine de son cou.
— Tut-tut, mon cher Drago, roucoule-t-il presque amoureusement. En prêtant allégeance au Seigneur des Ténèbres, tu es entré dans la grande famille des Mangemorts. Regarde maintenant une dernière fois ceux que tu voulais protéger de nous, c'est ta dernière chance.
Je crois que là nous avons atteint le summum de ce que je pourrais accepter pour cette journée ! Nous ne nous sommes jamais entendus mes six premières années à Poudlard et je sais pertinemment que si nous n'avions pas eu pour ennemie commune Katya Sermirov, jamais nous ne nous serions rapprochés, mais jamais, pas même l'an dernier, je n'aurais pu accepter de le voir mourir sous mes yeux.
Parce que Drago, même si de manière diamétralement opposée à Harry et Ron, représente, à mes yeux, Poudlard et ma jeunesse, mes réussites, mes combats et mes pertes.
Et finalement, le plus drôle, c'est que lorsque son regard se pose dans le mien quelques innombrables secondes, son sourire amer et ironique avec un je-ne-sais-quoi de grâce me prouve qu'il pense très exactement la même chose que moi, je peux le voir dans les souvenirs décousus qu'il m'envoie.
Je le vois, petit, se faire marteler qu'un Sang-Pur et un Malefoy sera toujours meilleurs qu'un autre sorcier et que les Moldus ne valent rien puis je me vois, moi, décrocher de nombreux Optimal alors qu'il n'obtient que des Efforts Exceptionnels.
Je vois Lucius et Abraxas lui seriner qu'un Malefoy sera toujours le centre de l'attention parce que c'est l'argent qui attire les gens, puis je le vois lui, seul, en première année, entourée de quatrième ou cinquième année, nous regarder, Harry, Ron et moi, depuis la table des Serpentard, alors que nous venons de gagner la coupe des Quatre Maisons et que tout le monde nous entoure.
Je vois Lucius et Voldemort lui enseigner que la puissance et la gloire ne viendront que des Mangemorts, qu'en prenant la marque, il deviendra fort, puissant et respecté, que tout le monde se pliera à sa bonne volonté. Et je le vois fuir, le soir de la mort de Dumbledore, vomir lorsqu'il a dû lancer un sort de torture à un Moldu et trembler à n'en plus finir lorsque nous nous sommes échappés du manoir.
Et enfin, je le vois, le soir de la bataille finale, alors qu'il avait perdu tout espoir, revivre lorsque je lui ai appris l'état d'ectoplasme de Rogue et l'immense gratitude qui l'a envahi à cet instant.
Je vois ses premiers rapprochements avec les autres étudiants et professeurs de notre salle commune et les débuts de notre amitié, les prémices de sa relation avec Padma et tout le bien que leur histoire lui fait.
— Je savais que ce jour arriverait, tu sais ? chuchote une voix dont j'ai l'impression qu'elle vient de derrière moi. Je savais qu'un jour il me tuerait.
Une main fantomatique me donne l'impression de prendre la mienne dans la sienne, serrant mes doigts entre les siens en une pression réconfortante. Mais il n'y a personne à côté de moi, j'en suis certaine. Alors je comprends.
Il sait qu'il va mourir, tout comme moi, ce jour-là, celui où j'ai décidé de lui faire entièrement confiance pour l'avenir de notre monde, dans le salon de son manoir. Il a conscience qu'il va mourir.
Mais il ne peut pas mourir ! Quelqu'un viendra pour le sauver tout comme Dobby l'a fait avec nous, non ? L'histoire ne peut pas se terminer ainsi ! Je ne peux pas, à nouveau, perdre une personne chère ! Merde ! Nous sommes censés être en paix ! C'est maintenant que le destin devrait décider de nous laisser tranquilles ! Non ?
— Ça ne sert à rien d'espérer, Granger, sourit-il amèrement. J'ai déjà fait la paix avec moi-même.
— Alors, pourquoi faire ça ? demandé-je, les larmes coulant abondamment de mes yeux. Pourquoi me montrer ces souvenirs ?
— Parce que j'ai une dernière chose à te dire et une dernière requête à te faire, si tu le veux bien ?
— Bien sûr ! Ce que tu veux ! Mais, Drago, quelqu'un va te sauver ! Harry, Luna, merde, même Charlie peut venir te sauver !
J'ai conscience de l'incroyable stupidité de ce que je dis puisque Rogue a fait de son mieux pour que seuls Drago, Théo, Blaise, Daphnée, Dennis, Astoria, Neville, Charlie et moi puissions quitter le château pour assister à nos audiences.
— Je suis fier de ce que tu es devenue, Hermione Granger.
Mon souffle se bloque dans ma trachée et mes yeux se remplissent de larmes contenues. Depuis près de huit ans, je n'ai toujours attendu qu'une seule chose, que l'on me prenne au sérieux, que l'on ait conscience que je vaux tout autant qu'un Sang-Pur. Alors pourquoi là ? Pourquoi maintenant ?
Tout mon corps s'ébranle et mes yeux se ferment douloureusement. Il a vraiment abandonné tout espoir sinon, jamais il n'aurait pu sortir ce genre de choses. Son éducation et surtout sa répugnance envers ma personne les premières années de ma vie de sorcière l'en auraient empêché.
— Ne dis pas ça, le supplié-je en rouvrant les yeux. N'abandonne pas !
— Ce n'est pas abandonner que de savoir admettre la défaite, secoue-t-il la tête. J'ai baissé ma garde et il a su en profiter, c'est tout.
— Arrête…
— Retiens bien mes mots parce que sois sûre que jamais je ne les ai dits à voix haute ! rit-il faiblement. Je suis fier que tu m'aies démontré à quel point je pouvais avoir tort et à quel point une née-Moldue pouvait être puissante et talentueuse. Merci d'avoir rendu mon père à ma mère et de m'avoir permis d'en avoir un, l'espace de quelque mois.
— Tu ne peux pas abandonner maintenant ! crié-je dans ma tête, la secouant fermement en mettant mes mains sur mes oreilles. Tes parents vont avoir un bébé ! Tu dois être là pour lui ! Qui lui apprendra à être un petit con arrogant ? Qui lui apprendra que son frère a certainement sauvé tout le monde il y a un an ! Qu'il est autant un héros que Harry même si personne ne veut le reconnaître ouvertement ? Hein ? Qui, Drago ? Qui ?
Je ne pensais pas qu'une telle chose pourrait se produire, et pourtant, je me sens dévastée à l'idée même qu'il puisse mourir sous mes yeux. Jamais je n'aurais cru ressentir cette urgence et cette peur mêlée à de la douleur qui me fait violemment frissonner et me donne envie de vomir.
Pourtant, il reste droit et fier, arborant en public, pour la première fois de ma vie en tout cas, un sourire doux et sincère teinté d'un brin de mélancolie. Comme s'il venait de vieillir d'un coup.
— Toi, Granger. Toi, tu lui apprendras qu'il est libre de devenir qui il veut, de choisir sa propre voie et qu'il ne devra jamais se fier à ce qu'il peut bien entendre. Que malgré les pertes et les douleurs, la vie vaut la peine d'être vécue et qu'un nom ou un sang ne définit pas qui l'on est. Que ce sont les actes plus que les mots qui sont importants.
— Ne me demande pas ça, s'il te plaît, Drago, le supplié-je à nouveau.
— Prends soin de ma famille pour moi, Hermione Granger, tu en fais partie désormais, souffle-t-il avant de quitter définitivement mon esprit. C'est bon, vous pouvez y aller, j'ai dit au revoir à la dernière personne à qui je voulais le faire.
Je sens des bras m'étreindre fortement, me ramenant contre un corps qui sent le soufre, ses mains plaquant mon front contre son torse et le sien s'appuyant contre mon crâne alors que des larmes se déversent encore et toujours de mes yeux.
J'ai beau lui en vouloir comme rarement dans ma vie, avoir envie de le torturer des heures durant du bout de ma baguette, je sais que voir un ami être exécuté sous mes yeux, je ne pourrais pas le supporter et il en a parfaitement conscience.
— Que ce jour reste dans les annales comme celui où est mort Drago Lucius Malefoy…
— Drago Severus Prince, abruti ! grogne Drago. Severus est mon père, toi, non !
— Dans ce cas, ne m'en veux pas si je ne fais pas de sentimentalisme, fiston, ricane-t-il dédaigneusement. Avada…
— EXPULSO !
Le cri de rage pure et de haine bouillonnante de Dennis nous fait redresser la tête, voyant la scène se dérouler aux ralentis.
Ses cheveux volant dans tous les sens autour de sa tête, ses yeux hurlant des menaces de mort et de très nombreuses contusions sur le visage, j'ai l'impression de le revoir, le soir de la bataille finale. Le même visage révolu et la même détermination jaillissant de lui.
Lucius se faire interrompre dans son sort, tout en desserrant inconsciemment son emprise sur Drago, leurs deux corps volant à une vitesse ahurissante dans le mur le plus proche et le son caractéristique d'une boîte crânienne qui entre trop violemment en contact avec la pierre taillée.
La pointe du bougeoir suspendu perçant la peau de son cou, le sang coulant lentement de sa bouche et de ses oreilles alors que tous ses muscles se relâchent, restant pendus par le cou à cette potence de fortune, les yeux grands ouverts dans une expression d'incrédulité.
— Crivey ! grommelle Drago en attrapant la main qu'il lui tend pour se relever. Je déteste faire mes adieux et pourtant rester en vie ! Surtout si ça me fait avoir une dette d'honneur de plus à payer !
— C'est moi qui viens de la payer pour ce que tu as fait tout à l'heure, hoche-t-il la tête, le visage bien pâle.
— Viens, Granger, allons le rejoindre, me presse Blaise en me tirant par le poignet, me délogeant du carcan des bras de Charlie.
Il essaye de me retenir pourtant, mais après un sourire amer dans sa direction, j'emboîte le pas à Blaise, faisant la sourde oreille aux appels répétitifs de Charlie, sentant mon cœur s'effondrer un peu plus à chaque pas.
— Es-tu devenu totalement maso, Malefoy ? gronde Blaise en lui mettant un coup de poing dans le ventre. Tu as traité ton pire cauchemar d'abruti, espèce d'abruti !
— Et alors quoi ? J'aurais peut-être dû l'appeler « mon petit papa d'amour » ? ironise-t-il en levant les yeux au ciel.
— Pas besoin de partir dans le mélodrame, Drama Queen, soupire Zabini. Un simple « Père » aurait dû faire l'affaire, je pense !
— Pour l'amour de Merlin, Blaise ! s'écrie Drago. Il avait sa baguette pointée sur mon cou et un Avada au bout des lèvres ! Je venais de faire mes adieux à Granger et franchement, c'était parfaitement dosé pour qu'elle se sente redevable à vie envers moi ! C'était mon dernier moment de gloire possible !
Parfois, lorsque je l'entends parler, je me dis que, vraiment, Poudlard devrait proposer des cours de théâtre, parce qu'avec un talent comme le sien, il ne fait aucun doute que Drago aurait un fan-club incroyable pour lui courir derrière ! Peut-être même plus conséquent que celui de Harry !
Néanmoins, je n'ai pas réellement le temps de m'appesantir ni même d'évoquer mon idée – à mes yeux, ingénieuse, pour redorer son blason – que les combats reprennent plus farouchement encore, mais cette fois-ci, il y a bien plus de monde du côté de Yaxley qu'au début du combat.
La colère face à cette constatation court dans mes veines douloureusement, mettant plus de fermeté dans mes sorts jusqu'à ce que je prenne conscience d'une chose. Alors que je pensais qu'une grande majorité se battait pour repousser les Mangemorts – ou apprentis Mangemorts – c'est en fait dans ma direction et celle de ceux me protégeant qu'ils sont lancés.
— Attaquez-la et ne manquez pas votre cible ! s'écrie un des sorciers tenant sa baguette à deux mains comme une épée.
— Il est hors de question que tu déclenches une nouvelle guerre, sorcière ! fait un autre.
Et les sorts se font plus puissants, ébranlant lourdement les boucliers de protections qu'ont érigés les Serpentard alors que les frères Weasley attaquent vicieusement, faisant cependant de leur mieux pour ne blesser personne irréversiblement, me permettant de répliquer autant que faire se peut.
Je sens ma magie s'agiter douloureusement en moi, mon emprise sur Circé, que je pensais plutôt bonne, étant à deux doigts de céder lorsque je vois la foule compacte essayant de briser nos boucliers.
Des images floues et diffuses passent devant mes yeux, image vivante de souvenirs millénaires où la dernière Dame Dragon se faisait poursuivre, pique et fourches lancées à son intention, des flèches enflammées volant dans sa direction.
Si combattre une foule – certes peu entraînée aux vues des sorts basiques qu'ils nous envoient, néanmoins assez conséquentes – n'est déjà pas une sinécure, devoir, en plus, combattre l'emprise de Circé rend toute l'opération bien plus difficile !
Je sens une grande main passer autour de ma taille, me tirer contre son flanc dans le but manifeste de m'offrir une emprise sur la scène qui se joue en ce moment et non me laisser envahir par la Vélane et, pendant un temps, cela marche. Jusqu'à ce que la réalité me rattrape…
— Blaise, tu dois l'emmener ! s'écrie Drago en le prenant par le poignet.
— Hors de question ! gronde Charlie en le fusillant du regard.
Dans sa colère, le dragonnier me fait passer derrière lui, faisant de son corps la barrière ultime afin que je ne m'enfuie pas ou que Blaise ne me kidnappe pas. Pourtant, le souvenir de l'écrin que je lui ai rendu me revient brusquement et je me sens faire deux pas en arrière, sortant totalement du bouclier qu'il maintenait autour de nous.
— Et où veux-tu que je l'emmène ? s'agace Blaise, peinant, lui aussi, à maintenir son bouclier. Au Sri Lanka ? Je suis humain, moi, pas une super puissance !
— Qui fait dans le mélodrame maintenant ? ricane Drago avant de se prendre un sort de découpe dans l'abdomen. Bordel, Blaise ! Ça devient chaud bouillant là ! Il faut que vous vous barriez tout de suite !
— Mais je t'ai dit que je…
Il s'arrête de lui-même lorsque Drago lui envoie une vieille clef argentée ouvragée, leurs yeux se connectant quelques brèves secondes avant que Blaise n'attrape mon poignet, me collant à son corps.
— Tu prendras soin de Pansy, n'est-ce pas ? fait-il, la mort dans l'âme.
— Sur la vie de mon frère ou de ma sœur, je te promets qu'elle sera saine et sauve à votre retour, acquiesce-t-il avant de jeter un sort de sommeil sur une femme d'une trentaine d'années.
— Je ne compte pas laisser qui que ce soit…, débuté-je en me débattant afin de reprendre le combat.
— Tu te tais, Granger, et tu te prépares pour le Portoloin, grogne Drago. Il en va de ta vie, là, tu pourras toujours déverser ta colère un autre jour.
— Mais je ne…
— Giulia, souffle Blaise en me serrant plus fort.
Mon souffle se coupe, ma colère s'interrompt juste assez longtemps pour que la sensation désagréable d'un crochet agrippant l'arrière de mon nombril se fasse sentir, et doucement, le monde commence à s'estomper, les couleurs se brouillent, m'emmenant vers une destination qui m'est, à l'heure actuelle, encore inconnue.
CW/HG * SDD * HG/CW
Eugène Pey
Alors que dans les étages supérieurs les échanges de sorts se font de plus en plus violents et puissants, que de plus en plus d'âmes souffrent et trouvent une certaine forme de paix à cet échange de violence, dans les entrailles du ministère, tous les employés du Département des mystères se retrouvent enfermés par mesure de précaution.
Si de nombreux nouveaux employés maudissent Kingsley Shacklebolt pour cet « excès de protection », pour d'autres ayant vécu la guerre de l'intérieur, ils savent l'importance que peuvent revêtir certains des secrets cachés en ces lieux, ce qui est le cas d'Eugène Pey.
Du haut de ses soixante-quatre ans, Eugène a connu les deux dernières guerres des sorciers tout en étant né neuf mois après la chute de Grindelwald par Albus Dumbledore. Il avait pu mesurer de ses propres yeux l'ampleur des cicatrices que peuvent porter les vétérans de ces deux époques, de même que les réflexes qui, même après de nombreuses décennies, ne quittent jamais les combattants.
Pourtant, même s'il y était préparé en un sens, il ne se serait jamais attendu à ce que Miranda Hawks, une jeune Psychomage tout juste sortie des bancs de l'académie de Psychomage d'Édimbourg, vienne le voir lui précisément pour lui parler d'un cas que, même lui, juge proprement miraculeux.
Il en avait déjà vu des guérisons miraculeuses, des sorciers dont même le plus rempli d'espoir serait prêt à commencer à remplir le livret de décès ou encore des rescapés qui ne supportaient plus le monde au point de souhaiter se jeter tête la première dans le voile des Mystères. Puis il y a eu cette intrusion dans la Salle des Prophéties et le monde d'Eugène a encore une fois basculé.
Parce que personne n'aurait dû pouvoir entrer dans cette salle et encore moins un groupe d'adolescents ni même de Mangemorts. Parce que cette nuit-là, Eugène a vraiment compris que Harry Potter ne mentait pas et que Dumbledore devrait encore sauver le monde.
Parce que, cette nuit-là, il a vu le dangereux fugitif Sirius Black se battre pour l'Ordre du Phénix et non pour Voldemort. Parce que, cette nuit-là, toutes les prophéties de ces quarante dernières années ont volé en éclat et qu'il n'en reste plus une seule trace.
Oui, ce jour-là, le monde d'Eugène a basculé. Mais ce n'était rien en comparaison du choc qu'il a reçu, le jour où il a rencontré, en chair et en os, l'une des étudiantes s'étant introduit dans l'une des parties les plus sécurisées du Ministère et ayant reçu le sortilège d'héritage. Alors qu'il savait pertinemment qu'elle était Moldue.
Quelle ne fut donc pas sa surprise, le jour où la guérisseuse de Ste Mangouste l'a appelé, de voir cette jeune fille parvenir à lancer un sortilège de Lumos sans en ressentir le moindre problème et le juger elle-même d'« un peu plus puissant qu'en temps normal » !
Alors il avait fait ce que tout bon Langue-de-plomb aurait fait dans ce genre de circonstances et avait demandé à analyser son souvenir. Mais même ainsi, il n'avait rien trouvé. Rien d'autre que ce que la jeune Psychomage ne lui avait dit.
Des jours durant, il s'était penché sur la question. En vain. Puis est venu ce jour affreux où son monde a, à nouveau, basculé. Le 30 juin 1997. La mort de Dumbledore.
C'est finalement, en désespoir de cause, qu'il s'était tourné vers Gripsec, le Seigneur Gobelin des terres d'Angleterre, pour avoir accès à la généalogie de la jeune fille en échange de certains artefacts présents dans le Département des mystères.
Parce que, s'il est bien une chose que déteste plus que tout Eugène Pey, c'est bien qu'un mystère tienne devant son assiduité ! Après tout, il était devenu Langue-de-plomb pour cette même raison ! Mais surtout, il savait parfaitement qu'en temps de guerre, il faut parfois abattre une carte pour remporter la mise.
Il ne s'était jamais considéré comme un traître ni même comme une personne égoïste ou avare, mais Eugène savait pertinemment que, parfois, la fin justifie les moyens, or, créer une Pensine alliant les savoir-faire sorciers et Gobelins pour permettre de voir dans l'esprit des clients spéciaux de la banque, à ses yeux, ce n'était pas de la traîtrise.
C'est pourquoi, lorsque, quelques jours avant qu'il ne soit capturé par les Rafleurs, Gripsec lui a transmis un exemplaire du testament de Sirius Black faisant de la jeune fille, Hermione Granger, sa descendante par le sang et la magie, pour Eugène, un Nouveau Monde s'est ouvert.
Alors, discrètement et sous le couvert de rencontre informelle à La Licorne Ensanglantée, dans l'Allée des Embrumes, une étrange amitié était née entre ces deux personnages tout aussi différents qu'ils sont semblables.
Tout aussi déterminés, curieux et prompt à contourner les lois si tant est qu'elles permettent une meilleure compréhension de leurs deux mondes et un apaisement de la magie en Angleterre, partageant sur le compte de la jeune femme qui, à leurs yeux, est tout aussi exceptionnelle que ne l'est Harry Potter.
Au début, aucun d'eux n'était très à l'aise à l'idée de révéler des indices récoltés au compte-gouttes et si intimes sur Miss Granger. Jusqu'à ce jour de mai où ils l'ont, tous les deux, vu entrer dans le pub devenu, avec le temps, leur quartier général.
Aussi bien pour Eugène que pour Gripsec, voir cette fille si propre sur elle et pourtant si marquée par la guerre, franchir le seuil de l'auberge leur a paru une hérésie. Mais rien au monde ne les avait préparés à la scène qui a suivi.
Flash-back
Regardant la jeune satire se balançant sensuellement d'un pied sur l'autre sur l'estrade, je me laisse doucement envahir par la musique tout aussi lascive que ne l'est la vision de cette femme ainsi que par les embruns de l'alcool.
À chaque fois que nous nous donnons rendez-vous, Gripsec et moi, je mets toujours un point d'honneur à arriver quinze minutes en avance, pour être sûr de « flotter » déjà bien assez pour que les moments où mon comparse se met à parler dans sa langue ne me semblent pas être une insulte à mon peuple. Question de survie, j'imagine…
— Je peux lui demander de te rejoindre dans ta chambre après notre entretien, si tu y tiens tant, mon ami !
La première fois, j'ai sursauté, peut-être même ai-je poussé un léger cri de surprise, mais au bout de tant de temps, je ne fais plus que sourire en coin comme lui lorsque je relève la tête dans sa direction, hélant une serveuse pour un nouveau verre d'Absinthe du Basilic.
— Toi comme moi avons parfaitement conscience que seul mon travail me donne assez de satisfaction pour que je puisse sourire comme un bienheureux dans mon sommeil ! ricané-je en retour.
— Le jour où votre nouveau ministre autorisera le mariage avec son travail, sache que je me placerais à ta droite, en tant que garçon d'honneur !
Il est toujours aussi étrange de voir un gobelin sourire, mais plus encore de faire de l'humour. Ce n'est pas vraiment dans leur culture, ou, tout du moins, ils ne partagent pas ce genre de farces avec tous les sorciers. À dire vrai, ils ne partagent rien avec les sorciers…
— As-tu encore menti à ta femelle en lui disant que, ce soir, tu étais en rendez-vous pour le travail ? haussé-je un sourcil.
— Comme toutes les fois…
— Tu sais qu'à force, je vais finir par me considérer comme ton petit secret inavouable ou, pire encore, ta maîtresse hebdomadaire ! ricané-je à nouveau, lui enjoignant de s'installer à mes côtés.
Toutes les semaines, le dimanche soir, à dix-huit heures. Nous sommes réglés comme du papier à musique… Si quelqu'un cherchait à nous espionner, il n'aurait pas longtemps à fouiner pour connaître notre emploi du temps… Merlin bénisse Harry Potter et la fin de la guerre…
— Techniquement, je suis là pour le travail puisque tu m'as dit avoir eu des nouvelles concernant la jeune Dame Dragon, hausse-t-il les épaules, apportant son verre à sa bouche.
— Ce ne sont pas forcément de bonnes nouvelles, je préfère te prévenir, soupiré-je. Je crois même que le rituel que j'ai trouvé ne pourra jamais se faire ou, tout du moins, pas avant un moment…
— Pourtant, le monde va avoir besoin qu'il se réalise, peu importe ce qu'il faut mettre en place pour se faire ! grommelle-t-il.
Il a parfaitement raison, je le sais pertinemment, mais dans l'état actuel des choses, à moins que la jeune femme ne se découvre un amour dévorant pour un Lord sorcier avant le solstice d'hiver, le monde court à sa ruine… Or, au sortir d'une guerre, annoncer ce genre de choses n'est jamais chose aisée…
Le tintement métallique de la clochette au-dessus de la porte d'entrée me tire de mes songes et, tous cheveux roux défaits au vent, bottes en cuir de dragon et bague de Lord au doigt, visage fermé n'exprimant que la colère et le dégoût, le second fils d'Arthur Weasley chemine pour se laisser tomber lourdement sur une chaise à quelques mètres de nous.
— Pour se faire, réponds-je en secouant la tête pour remettre mes idées en place, il faudrait que Miss Granger se marie à un Lord avant le prochain solstice d'hiver, or, selon les quelques renseignements que j'ai pu glaner au ministère, elle ne s'est toujours pas réveillée de son coma et monsieur Potter, malgré le contrat de mariage établit entre eux deux, ne pourra servir d'attache physique pour son retour dans le monde des vivants.
— Et pourquoi ça ? soupire-t-il en retirant ses lunettes pour se frotter les yeux.
— Parce qu'il y a tout à parier que, si rituel il devait avoir, alors la précédente Dame Dragon chercherait à retenir de force Harry dans le monde de l'inconscient et je miserais ma baguette que, pour se faire, elle invoque le souvenir de Sirius Black…
Une litanie d'insultes en direction des réincarnations magiques s'échappe de sa bouche en un flot ininterrompu, en Gobelbabil, durant de longues minutes, assez, en tout cas, pour que Charlie Weasley descende la première moitié de sa bouteille.
— N'y a-t-il pas moyen de la marier de force pour que le rituel marche tout de même ? finit-il par demander, la tête penchée sur le côté.
— On ne force pas ce genre de fille dans un mariage arrangé, mon ami ! ricané-je en buvant une nouvelle lampée. Elle est plutôt de cette catégorie de femme à militer pour le droit de tout être respirant sur Terre ! N'as-tu jamais entendu parler de cette société qu'elle avait créée, il y a quatre ans, pour libérer les elfes de maison contre leur gré ?
— Il y a peut-être possibilité de…
Il s'arrête de lui-même lorsque la cloche tinte à nouveau, nous révélant une silhouette encapuchonnée se dirigeant d'une démarche assurée jusqu'à la table de Charlie, s'y asseyant sans mot dire avant d'enlever sa capuche. Hermione Granger. Voilà qui est intéressant !
— Penses-tu à la même chose que moi ? souffle Gripsec, une lueur s'allumant dangereusement dans son regard.
— Si tu penses à arranger les choses entre ces deux-là maintenant que le fils d'Arthur est Lord, je te le déconseille vivement ! secoué-je la tête en riant doucement. De ce que j'ai pu entendre dans les couloirs, ces deux-là se détestent plus encore que Sirius Black et Peter Pettigrow !
— Dégage de là, Granger, soupire d'ailleurs le dragonnier.
Je n'avais jamais entendu sa voix jusqu'à présent, mais je comprends désormais pourquoi il est si reconnu pour son travail. Même si, physiquement, c'est une force de la nature, son timbre est assez dangereux pour faire de l'ombre à celui de ses petits protégés !
— Je t'ai dit de dégager, gronde-t-il à nouveau en la regardant furieusement lorsqu'elle ne lui répond pas.
Je me souviens parfaitement de ce jeune homme, il y a quelques jours, dans le cimetière d'Inverness, en Écosse, pour l'enterrement de Muriel Prewett. En cet instant, il est à mille lieues de celui de ce soir, plein de colère et de magie refoulée. À n'en pas douter, il pourrait pulvériser la jeune fille en moins d'une seconde comme si elle n'était qu'une brindille !
— Les choses vont mal se terminer, mon ami, chuchote Gripsec.
Cependant, si j'en juge ses yeux noirs brillants un peu trop pour être honnête et surtout la cupidité propre aux gobelins qui suinte dans sa voix, je ne doute pas un seul instant qu'il ne pense qu'à une possible union entre ces deux-là…
Finalement, sorciers et gobelins se ressemblent vraiment bien trop pour que Binns soit dans le vrai en ce qui concerne cette déferlante de guerres sanglantes… Chacun de nos deux peuples base les fondations de son propre monde sur l'espoir…
— Putain, mais barre-toi ! s'écrie le garçon en envoyant valser son verre vide dans le mur.
— Non.
Franchement, je pense que je peux lui décerner l'Ordre de Merlin pour garder un sang-froid à toute épreuve, à cette fille ! Nom d'un Sombral ! N'importe quel abruti pourrait voir qu'il est à deux doigts de fondre un chaudron, mais non, elle reste là, stoïque, les mains croisées sur la table.
— Putain, mais qu'est-ce que tu fais là ? soupire-t-il.
Même lui a l'air de comprendre que cette fille resterait droite devant n'importe quel combat, peu importe à quel point elle pourrait en pâtir… Décidément, les filles de sa trempe, ça ne court plus les rues de nos jours !
— C'est du Pur Feu ? sourit-elle, ne s'arrêtant pas un instant sur sa question.
— Nan, de la vodka Pur Glace, ricane-t-il.
D'un geste, elle récupère la bouteille de sa main, portant immédiatement le goulot à sa bouche et en avale une grande gorgée avant de crachoter comme un Fléreur devant un rat, et pour cause ! Elle ne doit pas avoir bu plus que ça dans sa vie si elle en est à lui demander quel type d'alcool c'est !
— Nan mais ça ne va pas ? s'écrie-t-il en lui reprenant la bouteille. Tu es folle ? C'est deux fois plus fort que le Pur Feu !
— Par les tresses de Godric ! crachote-t-elle à nouveau. J'ai l'impression d'avoir un iceberg dans l'estomac.
— Il faut en boire une seconde rasade pour sentir la chaleur revenir, rit-il encore une fois.
— Ils sont forts ces Russes, souffle-t-elle après avoir bu une nouvelle gorgée. Fous, mais forts.
Il ricane doucement avant que le silence ne revienne entre eux. La voyant prendre le temps d'analyser son environnement – chose que, je le pensais, elle aurait fait bien plus tôt aux vues de ses réflexes de combattante – nous n'avons que le temps de nous cacher dans les ombres du recoin pour qu'elle ne nous voie pas.
— Que fais-tu là ? soupire-t-il, arrêtant subitement son analyse avant qu'elle ne nous voie.
— Nous avons tiré à la courte baguette avec Harry, hausse-t-elle les épaules. J'ai perdu.
— Et je suppose qu'il s'occupe des jumeaux ? hausse-t-il un sourcil.
— Gagné ! sourit-elle.
— C'est Fred qui va être content, fait-il en lui envoyant un clin d'œil.
Aussi étonnant qu'il n'y paraisse, alors qu'elle semble entretenir des relations bien plus que cordiales avec toute la famille d'Arthur, avec celui-ci, en revanche, il semblerait que le simple fait d'avoir une conversation civilisée entre eux les mette, tous deux, mal à l'aise.
— Pourquoi crois-tu que je n'aie pas protesté ? ricane-t-elle encore.
— Pourquoi as-tu couché avec lui, alors que tu savais très bien que tu brisais toutes tes chances avec Ron ? reprend-il avec sérieux.
— Voilà qui devient bien plus croustillant ! sourit perfidement Gripsec tout en chuchotant.
Décidément ! Et dire que, lorsque je l'ai rencontré pour la première fois, ce gobelin était aussi froid que la pierre et aurait même fait peur à un Basilic… Il semblerait que l'Absinthe délie les langues et les esprits bien plus vite que ne pourraient le faire toutes les psychanalyses sorcières !
Peut-être est-ce pour ça que le grand roux se laisse doucement mais sûrement sombrer dans l'alcool et que sa comparse s'y jette bien allègrement elle aussi avant de soupirer de défaite, lui accordant une réponse.
— Comment as-tu compris ?
— Je ne suis pas aveugle, Granger, lève-t-il les yeux au ciel.
— Duquel penses-tu qu'il parle ? murmure furieusement Gripsec. L'un de ses frères ?
— Soit l'un d'eux, soit Harry Potter, d'après moi, hoché-je la tête, me prenant, malgré moi, au jeu.
— Je mise sur le jeune Potter ! ricane-t-il. Ils sont restés introuvables durant un an, à mon humble avis, il n'a pas dû se passer que des parties de bataille explosive entre eux !
— D'après ma nièce, elle serait plus ou moins amoureuse de Ronald, le dernier des fils d'Arthur, souris-je en coin.
Connaissant l'esprit joueur et roublard de Gripsec, je ne doute pas un seul instant qu'avant même la fin de cette rencontre, il me propose un pari concernant l'identité de ce fameux inconnu ! Et Merlin sait que je mettrais quelques Gallions sur le tas !
— Tu es stupide, Granger, soupire-t-il en buvant une nouvelle rasade.
— Pourquoi ? fronce-t-elle les sourcils.
— Il ne sera jamais plus que ton meilleur ami.
Voilà qui ne m'aide donc pas du tout pour savoir avec lequel des deux notre « sujet de pari » a pris du bon temps… Ronald Weasley, Harry Potter… Les deux éternels comparses de la jeune fille…
— Tu l'aimais.
Cette phrase, chuchotée plus que dite à voix haute, nous parvient, et je vois toute étincelle d'amusement quitter les yeux de Gripsec. Parce qu'il a beau être un gobelin sanguinaire, un seigneur impitoyable et un banquier hors pair, il n'en reste pas moins que la jeune fille l'a touché dans son âme et sa magie.
Tout aussi bien qu'elle ne l'a fait avec moi en me donnant la possibilité de voir ses souvenirs et de découvrir certains mystères, elle a permis à mon ami de comprendre que les sorciers n'étaient pas tous des créatures insipides, bonnes uniquement à se faire rouler.
Elle lui a donné de son temps et de la compassion, de la gentillesse et lui a fait profiter de sa grandeur d'âme. Sans ne jamais rien attendre en retour. Comme si gobelins et sorciers devaient, pour toujours, se trouver sur un pied d'égalité. Et peut-être est-ce ça, sa force…
— De quoi parles-tu ? gronde Charlie.
— De qui plutôt, soupire-t-elle avec défaitisme. De Tonks. Tu étais amoureux d'elle.
— Tais-toi.
Son grondement mauvais me fait froid dans le dos. Cet homme a-t-il conscience de la colère, de la haine même qui vibre dans sa voix lorsqu'il dit ces deux mots ?
— Je crois que nous devrions intervenir, mon ami…, grogne Gripsec. Je sens sa magie s'agiter furieusement et les sorciers ne tiennent pas aussi bien l'alcool que les gobelins.
Sur ce point, il n'a pas tort ! Je sens d'ailleurs depuis un moment les contours de la pièce se faire de plus en plus flous et mon cerveau se faire de plus en plus geler… D'un hochement de tête, je lui donne mon accord. Cependant, elle nous devance, reprenant la parole avec aplomb.
— Tu étais amoureux de ta meilleure amie, et elle t'a rejeté. Pourquoi ?
— Ne parle pas de ce que tu ne sais pas, Granger, feule-t-il.
— C'est pour ça que tu me détestes, n'est-ce pas ? demande-t-elle, implacable.
— Il y a tellement de raisons pour lesquelles je te déteste, que dresser une liste serait bien trop long.
— Je te rappelle toi, avant, et c'est pour ça que tu ne m'aimes pas, sourit-elle, sûre d'elle.
— Je n'ai jamais eu le nez plongé dans mes livres, ricane-t-il.
— Mais tu n'as jamais eu le courage de lui dire.
Merlin tout puissant ! Mais cette jeune fille possède-t-elle la moindre once d'intelligence ou d'instinct de survie ? Même moi, même Gripsec si j'en juge le pincement de ses lèvres, j'ai bien compris que le sujet de « Tonks » n'était pas à aborder !
— Rends-moi ma baguette et casse-toi, Granger.
— Non, le défie-t-elle après une seconde de latence.
L'action se passe en moins d'une minute, et Gripsec et moi n'avons à peine que le temps de nous lever avant qu'il n'ait plaqué la sorcière contre le mur, la retenant à une main au niveau de son cou, la dardant d'un regard de pure haine alors que son corps se presse contre celui de la jeune femme.
Dans un tout autre contexte, je suppose que cette scène pourrait avoir tout l'air d'une parade amoureuse assez sordide, mais si j'en juge le frémissement léger de Miss Granger, elle n'a pas l'air aussi réceptive à l'idée que ça…
— Dans mon peuple, pour un tel acte, la femelle aurait le droit de demander le corps, la main ou la masculinité du gobelin ayant bafoué son honneur, sourit en coin Gripsec.
— Je doute qu'elle demande autre chose que sa tête, si tu veux mon avis, fais-je de la même manière, ne détachant tout de même pas mes yeux du duel de regards qui se joue face à nous.
Parfois, je me demande comment la jeune génération gère l'après-guerre, les répercussions que celle-ci a engendré ou même le mal-être qui continuera malheureusement à survenir durant des années face aux souvenirs.
Et puis, il arrive que nous rencontrions des petits bouts de femme aussi frondeuse que têtue ou téméraire, courageuse et pleine d'abnégation que cette petite sorcière, et je me plais à espérer que le monde finisse par panser ses blessures, que la paix viendra d'un endroit dont personne ne connaît réellement la destination.
En un sens, je comprends pourquoi Gripsec ne voit pas à quel point la situation peut être dangereuse, voire ambiguë. Parce que nos deux peuples vivent depuis si longtemps aux antipodes qu'ils en ont oublié que certains codes ne s'appliquent pas dans ce genre de situations.
Si, pour un gobelin, se faire brutaliser de la sorte relève certainement d'une marque de courage et d'une demande en mariage, pour nous sorciers, il semblerait que, ces derniers temps, ce ne soit que l'expression extérieure d'un mal-être intérieur profondément ancré…
Combien de fois, ces derniers temps, ai-je pu voir des sorciers tout ce qu'il y a de plus sociables et civilisés, perdre les pédales et frapper un mur, un collègue ou simplement faire de la magie instinctive ? Beaucoup trop pour que les répercussions à long terme ne soient pas douloureuses…
Pourtant, là, à cet instant, j'ai envie, profondément envie de croire à la philosophie de vie de Gripsec !
Je voudrais que ce moment d'intense colère ne soit que les prémices d'une histoire d'amour que, dans dix siècles, les sorcières continuent de la raconter en chuchotant, de peur de s'attirer le mauvais œil pour avoir dérangé leur bonheur… Mais tant de niaiseries ne sont pas possibles en ce monde et surtout pas en ce moment…
— Je t'ai dit de me rendre ma baguette, susurre-t-il à nouveau en appuyant d'autant plus son corps contre le sien.
— Pas tant que tu ne m'auras pas promis que tu n'allais pas faire une ânerie dont tu as le talent.
— En quoi ma vie peut-elle t'intéresser, Granger ? feule-t-il en plissant les yeux.
— Promets, et je te le dirais.
— Je ne te promettrais rien du tout, et maintenant tu vas me rendre ma baguette, parce que femme ou non, je n'aurais aucun scrupule à te démolir.
C'est peut-être en ça que le destin et la vie en tant que tels sont tragiques. Parce qu'à bien y regarder, je suis persuadé que ces deux la formeraient un couple, certes atypique, mais réellement fort et soudé.
Or, même dans un monde où la guerre s'est achevée, il semblerait que le seul moyen de trouver la paix soit de reprendre les armes et de mener un nouveau combat. Pour pouvoir respirer. Pour pouvoir relever la tête. Pour ne pas tomber. Pour ne pas mourir, tout simplement…
Alors, lorsque je la vois, lentement, en tentant de faire le moins de gestes brusques pour éviter d'attiser sa colère, mettre la main à sa poche pour lui rendre sa baguette, je prends ma décision en une seconde.
— Je mise trente Galions sur leur mariage avant le solstice, hoché-je la tête en sortant ma bourse.
— Je mise la même somme, mais un mariage avant la reprise des cours, secoue la tête le gobelin.
— Pari tenu, hoché-je la tête en reprenant ma chaise pour m'asseoir.
Les minutes qui suivent nous donnent plus ou moins raison. Une fois sa baguette rendue et la certitude que le sujet Tonks ne sera plus abordé, Charlie Weasley est bien plus détendu qu'au début de cette conversation et entre eux, la vodka Pur Glace coule à flots !
— Maintenant que tu es assez imbibée pour ne pas mentir, soupire-t-il, vas-tu enfin me dire pourquoi c'est toi et non Harry qui est venu ?
Vu le regard vitreux et le sourire béat de la jeune femme en regardant la jeune satire, il a raison : elle n'est plus vraiment en état de réfléchir, ni même de mentir.
— D'après lui, je suis la seule qui peut te faire réagir. Je pense qu'il a misé sur le fait que tu me détestais.
Je donnerais bien cher pour trouver la moindre personne détestant réellement cette jeune femme ! Je miserais ma baguette que le jeune Weasley lui-même ne la déteste pas, et pourtant, il semble se faire une mission de le faire croire !
— Je suppose que tu ne vas rien m'épargner ce soir, Granger, n'est-ce pas ? grogne-t-il en la voyant commencer à s'endormir sur la table les yeux rivés sur la danseuse.
— Je suis là pour veiller sur toi. Je dois éviter que tu fasses une bêtise. D'ailleurs, je suis sûre que j'arriverais à faire aussi bien qu'elle ! fait-elle d'une voix pâteuse en la montrant du doigt.
— Tant que tu ne te mets pas nue, je suppose que je réussirais à ne pas faire de bêtises. Allez, le petit rat de bibliothèque, au lit.
Il a beau le cacher, le discret soupir qu'il émet ressemble bien plus à du contentement ou l'expression de l'assurance qu'elle est en sécurité au moins pour la nuit qu'à de la colère, du dégoût ou du ressentiment. Juste l'assurance qu'elle est en vie et qu'elle ressent encore quelque chose…
D'une douceur infinie pour son gabarit, il la récupère dans ses bras, souriant distraitement en coin lorsqu'elle commence à discourir sur ses biceps et empoche la clef de la chambre pour la conduire à l'étage, faisant de son mieux pour ne pas l'amocher dans les escaliers.
Fin du flash-back
Petit à petit, les conversations informelles autour d'un verre d'Absinthe du Basilic à La Licorne Ensanglantée se sont transformées en rendez-vous dans le bureau du Seigneur Gobelin où, les semaines faisant leur office, chacun de nous suivait les aventures de la jeune femme et son dragonnier comme une ménagère de quarante ans lirait un roman d'amour sorcier.
Certes, de ce jour-là je suis reparti avec une bourse bien plus légère, mais l'amitié que nous avons forgée par ce pari s'est révélée bien plus précieuse pour moi que tout l'or de mon coffre à Gringotts.
Peut-être est-ce pour ça que, lorsque de la lumière point faiblement au fond de l'allée numéros 1034 et que j'en comprends toute l'ampleur, la première personne à laquelle je pense pour partager cette trouvaille, ce soit mon ami aux oreilles pointues.
Parce que, là, reposant sur un socle d'onyx, son globe opalescent brillant d'une douce lueur bleutée, la sphère de prophétie se met à chauffer assez pour que, même à quelques centimètres, je puisse en sentir sa chaleur, signe qu'elle est sur le point d'exploser. Signe que la prophétie est sur le point de se réaliser.
— Celle qui a le pouvoir de vaincre la réincarnation de Fail approche…, commence la voix fantomatique lorsque le verre éclate. Dix centenaires la séparent de l'aube, mais elle se réveillera lorsque naîtra aestatem. Marquée du sceau du souvenir par deux fois, protégée par Magia, son héritière sera sa bannière et le Chevaucheur de Vent, son prix à payer. Fourbe, vicieuse et sans pitié, la réincarnation de Fail déjouera son peuple et Magia, leurs valeurs et leurs lois pour mener à bien sa vendetta. Mille ans de haine et de revanche, de douleur et d'absence prendront fin lorsque mourra le cinquième mois. Et l'une d'elles devra périr de la main de l'autre, car aucune d'elle ne peut vivre tant que l'autre survit… Celle qui a le pouvoir de vaincre Fail se réveillera lorsque naîtra aestatem…
Si je pressentais déjà que cette journée serait un véritable tournant dans le monde de cette après-guerre encore branlant, le descriptif de cette prophétie aurait fini d'achever cette certitude. Car là, en lettre argentée sur fond d'onyx, je peux lire ces mots qui, longtemps j'en suis sûr, vont tourner dans ma tête :
De R.P.S à M.W.P
Concerne C.M.D, H.J.G.P, C.W.P, V.I.D et G.D.D
(964)
(la suite, au prochain épisode, les enfants ! 😉 )
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Je vous dis donc au samedi 21 aout pour la première partie du chapitre 35 intitulé : « Faire face » !
Je vous embrasse et vous souhaite une très bonne semaine à tous, soyez prudents et gardez vos amis et vos familles en sécurité,
Bisou,
Mya.
