Bonjour et bienvenu
Dans cette seconde partie du chapitre trente-cinq du Souffle Du Dragon !
Je tiens à remercier ceux qui m'ont ajouté en favoris ou en likes, chers lecteurs, mais plus encore pour leurs messages. Les reviews sont les seules récompenses que nous, auteurs de Fanfictions, ayons, alors je vous remercie réellement de prendre de votre temps pour ne serait-ce que me laisser un j'aime ou bien me dire ce qui vous dérange dans cette histoire. Vous êtes des amours !
/ ! \ ANNONCES IMPORTANTES :
1) Afin de laisser à ma bêta le temps de prendre de l'avance dans les corrections, chaque fois que nous aurons fini de publier deux chapitres dans leur entièreté (ou un qui serait découpé en trois partie) , nous ferons une pause d'une semaine à chaque fois. De plus, sachez que chaque chapitre sera, dès à présent, coupé en trois parties car faisant entre 60 et 92 pages pour le moment, ce qui reste assez conséquent…
Pour ceux qui s'inquiètent d'un tel procédé, sachez que chaque chapitre complet représente environ 30 000 à 45 000 mots dans certains cas où je ne puisse décemment pas supprimer des scènes qui sont cruciales pour la suite.
À l'heure actuelle, cette histoire est écrite jusqu'au chapitre 35 et deux autres sont déjà écrit, de même qu'un des deux épilogues et un bonus, donc ne paniquez pas, je reste toujours active sur cette fiction !
2) Après remarque de plusieurs d'entre vous, je me suis aperçue qu'il vous manquait un Point de vue dans le chapitre 31 (part 1), de ce fait, je l'ai reposté, afin que vous ayez au moins une partie de la seconde épreuve. Encore une fois, je vous présente toutes mes excuses, chers lecteurs !
3) La partie 1 du chapitre 32 a été repostée aussi car certaines modifications sont passées à la trappe.
4) il y aura une pause un peu plus longue que prévue, entre la fin de la publication du 34 et la première du 35, pour cause de vacances avec accès internet réduit…
À l'attention de Dramionymus et Lena-Malefoy, je vous ai envoyé un MP en réponse à vos commentaires ou à vos messages tout courts ! Je te remercie beaucoup, Guest, pour ta review, je suis, moi aussi, tres heureuse de reprendre la publication de SDD ! N'hésite pas à te créer un compte pour pouvoir échanger avec moi sur cette fiction 😉
Comme d'habitude, je vous souhaite à tous de passer un très bon moment sur ce chapitre, nous nous retrouvons en bas pour la seconde partie de mon Blabla d'auteur !
*** Bonne lecture ! ***
Chapitre 35 : Faire face ( part 2 )
Harry
Bordel de merde ! Mais qu'est-ce qui a bien pu me passer par la tête pour avoir la connerie de faire un enfant avec un type tel que lui ?!
Comment peut-il bien faire pour ne pas voir que, si Hermione a pris le large depuis près d'une semaine, c'est entièrement de la faute de son foutu sacro-saint Charlie — je suis un dragonnier et j'en joue plus que tout — Weasley ?
Comment peut-il, lui aussi, s'en prendre à Malefoy et prendre la défense de son frère alors que — et Merlin m'en est témoin, je ne pensais jamais le faire ! — le blond a été le plus rapide à réagir pour la mettre en sécurité alors qu'à ce moment-là, il était en sale posture, lui aussi ?
Et maintenant, il souhaite que je calme les choses avec son foutu frère ? Que je fasse de mon mieux pour l'aider à retrouver la fille qu'il a, j'en suis sûr, trompée d'une quelconque manière ? Hors de question ! Elle a déjà eu bien plus que sa part en temps qu'épreuves auxquelles survivre à cause de moi ! Je préférerais ramener Voldemort à la vie plutôt que de la lui livrer sur un plateau d'argent !
— Harry ?
Merde ! Qui est l'abruti qui m'a encore une fois, coupé dans mes pensées ? N'est-ce pas assez que je me sois enfui, purement et simplement, de la salle commune pour ne pas commettre un meurtre sur rouquin en manque d'affect ?
De colère, je redresse la tête, prêt à faire comprendre ma façon de penser à l'impertinent qui a eu l'audace de me déranger, mais les mots se bloquent dans ma gorge lorsque je rencontre les yeux bleu clair et la touffe rousse de Ron, celui-ci semblant aussi surpris que mal à l'aise face à mon regard spécial Rogue.
— Ron ? froncé-je les sourcils d'incompréhension. Que fais-tu là ?
Depuis qu'il est revenu au château, il fait de son mieux pour éviter le couloir du troisième étage, et je suis presque persuadé qu'il met à profit nos nombreuses escapades nocturnes dans les couloirs pour emprunter les couloirs et passages secrets afin d'éviter de nous rencontrer.
Alors pourquoi, alors que je fais de mon mieux depuis tout à l'heure pour contenir la rage qui m'envahit envers tout rouquin à moins de dix kilomètres, est-ce celui-ci qui se présente face à moi ? Décidément, l'univers à une manière bien hasardeuse de nous envoyer des signes…
— Ce serait plutôt à moi de te poser la question, rit-il doucement en faisant un large signe de la main. Tu es dans le couloir du septième étage.
Déstabilisé par sa remarque, je laisse mes yeux quitter sa silhouette cachée à demi dans la pénombre pour m'intéresser de plus près à mon environnement et, en effet, je dois le lui reconnaître, il n'a pas tort…
Je suis bien dans le couloir du septième étage, et la femme qui, depuis tout à l'heure, me demande le mot de passe n'est pas celle de notre tableau, mais bien la Grosse Dame… Ce qui explique qu'elle n'ait pas accepté « Gobelin sauteur » comme mot de passe… Tout s'explique…
Mais maintenant, je me retrouve comme un abruti, à quatre étages de ma propre salle commune, rougissant comme une fillette de douze ans face à Gilderoy Lockhart — période pré-Oubliette, bien sûr — un sourire contrit sur les lèvres… Magnifique…
— Je n'avais pas vu où je me trouvais, haussé-je les épaules, mal à l'aise. J'ai dû laisser mes pas me porter et, machinalement, je me suis retrouvé ici. Il semblerait qu'il soit compliqué d'oublier six ans à faire le même chemin…
Ce n'est pas la première fois qu'une telle chose m'arrive, malheureusement… Plusieurs fois, depuis le début de l'année, Luna ou Hermione ont dû venir me chercher à l'endroit même où je suis, comprenant instinctivement pourquoi mon cerveau m'a conduit ici et non à mon lit…
— Tu veux entrer ? fait Ron, ses oreilles commençant à se teinter de rouge face à sa gêne.
— Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, grimacé-je.
C'est le moins que l'on puisse dire… Depuis le début de l'année scolaire, je passe déjà mon temps à faire de mon mieux pour éviter de me retrouver seul dans les couloirs, évitant ainsi d'être la cible de l'attention un peu trop accrue de ceux qui voient en moi un héros…
— À mon avis, tu fais bien ! approuve-t-il de la même manière. Je ne sais déjà pas si je m'en sortirais vivant si je leur apprenais que j'avais pu t'approcher à moins de cinq mètres sans que ce soit pour m'apprendre un nouveau sort !
— Je vais faire de toi leur nouvelle coqueluche en t'apprenant cette nouvelle incroyablement extraordinaire, souris-je en coin. Demain, je porterai un tee-shirt vert ! Alors, heureux ? Tu crois qu'il y aura des arrêts cardiaques ? Peut-être même quelques-uns qui tomberont dans les pommes ?
Je sais que je ne devrais pas me moquer et surtout que les sorciers anglais ont besoin d'avoir des figures de proue — le simple fait qu'ils aient laissé un gosse de dix-sept ans endosser la responsabilité de les défaire de Voldemort en est d'ailleurs la preuve formelle ! — mais bien trop souvent, leur fanatisme me rend malade.
Ne peuvent-ils pas comprendre que, tout ce que je souhaite et aie toujours souhaité, c'est simplement être normal ? Que j'aimerais avoir droit à une scolarité normale ? Avoir des parents vivants et s'enquerrais de mes résultats aux examens ?
Non, bien sûr que non… Tout ce qu'ils voient, c'est Harry Potter, le sauveur, le héros du monde sorcier, le petit protégé de Dumbledore, le fier Gryffondor et pourfendeur de Mage Noir en puissance… Aucun d'eux ne cherche réellement à voir Harry, juste Harry… Et je trouve ça très triste…
— Eh bien, dans ce cas, tu auras deux écoles, je dirais, ricane-t-il. D'un côté, tu auras ceux qui penseront que ça mettra en valeur tes yeux comme ma mère quand elle t'a choisi ta robe de bal pour le tournoi des Trois Sorciers, et de l'autre, ceux qui penseront que tu affiches clairement que tu es en train de tourner Serpentard.
Dans quel monde suis-je tombé ? Pour une simple couleur de tee-shirt, on pourrait me faire ce genre de procès ? N'en ont-ils pas marre de voir des signes partout où ils vont ? Merde à la fin !
Ils s'en sont pris à Hermione il y a une semaine parce qu'elle a eu l'honneur d'être faite héritière des Black par Sirius et qu'ils voient en elle, maintenant, le nouveau Mage Noir des temps modernes !
N'ont-ils pas conscience que c'est en réagissant ainsi, en réfléchissant aussi peu, qu'ils sont, eux-mêmes, en train de nous plonger dans les prémices d'une nouvelle guerre qu'ils auront eux-mêmes déclenchées ?
N'en ont-ils pas marre de faire des conneries et d'attendre de nous que nous les réparions, le tout en nous demandant presque de nous excuser de ne pas avoir réagi assez vite ? Il a beau rire en disant cela, je sais que Ron a, lui aussi, peur qu'Hermione finisse par mal tourner, et je pense qu'il n'y a qu'un pas avant qu'il ne rejette toute la faute sur les Serpentard…
Bon sang… Parfois, j'en viendrais presque à regretter le don incroyable de tante Pétunia pour être si cartésienne… C'est pour dire à quel point j'en ai ma claque de tout ça…
— Et toi ? haussé-je un sourcil en détournant la tête sur le tableau du chevalier du catogan. Tu es plutôt de quelle école ?
— Plutôt celle du type qui essaie de se faire pardonner pour toutes les conneries qu'il a pu faire ces dernières années, baisse-t-il la tête en venant me rejoindre sur le sol.
Je dois bien l'avouer, ce n'est pas du tout ce à quoi je m'attendais en engageant la conversation avec lui ! Ron met toujours un temps extrêmement long avant de venir s'excuser auprès des personnes concernées, même s'il a la preuve de ses erreurs sous les yeux ! Alors qu'est-ce qui a bien pu se passer pour que j'aie droit à un tel revirement de situation de sa part en si peu de temps ?
— Quelques jours après ta conférence de presse, papa nous a fait convoquer, Ginny et moi, pour nous apprendre quelque chose, commence-t-il, semblant lire dans mes pensées mes interrogations.
Je soupire en me tournant légèrement vers lui, sachant qu'il verrait mal le fait que je le regarde dans les yeux pour une telle question. Après tout, lorsqu'il est question de sa famille, Ron a toujours été le genre à partir au quart de tour, or, il a toujours démontré de la fierté au fait de s'appeler Weasley.
— Le fait qu'il ne soit pas votre père biologique, c'est ça ? penché-je la tête.
— Ouais, soupire-t-il à son tour, se passant une main dans les cheveux. Gin a eu beaucoup de mal à encaisser la nouvelle.
— Et toi ?
— Disons que j'essaie encore de comprendre pourquoi ça ne m'a pas sauté aux yeux dès le début, je dirais, hausse-t-il les épaules, désinvolte.
Peut-être est-ce tout simplement moi qui cherche désespérément à retrouver mon meilleur ami dans la personne qui se tient à mes côtés et qui, soyons honnête, s'est beaucoup éloigné de nous ces derniers temps, mais je suis persuadé de voir de la rancœur et de la tristesse dans ses yeux lorsqu'il les tourne vers moi.
— J'ai dit à papa que ça ne changeait rien et qu'il resterait toujours mon père, mais je crois que, quand toute la pression sera vraiment redescendue, il commencera à me voir comme le fils de ce gars et non plus comme leur fils à tous les deux, chuchote-t-il doucement en ramenant ses jambes contre sa poitrine. Après tout, comment pourrait-il vouloir d'un fils comme moi, alors qu'il a les jumeaux, Bill, Charlie et Percy qui sont bien plus cool que moi ?
J'en ai réellement honte, mais j'ai fini par oublier à quel point sa très faible estime de soi ne tenait pas à grand-chose et en l'entendant parler, je me la prends de plein fouet.
Quand donc le Ronald Weasley qui voulait conquérir le monde que nous avons vu dans la boutique des jumeaux cet été, s'est-il transformé pour redevenir aussi craintif de l'avenir qu'en première année ?
Mais le plus triste dans tout ça, c'est qu'en me disant ce genre de choses, il me fait penser à Fred et sa manière de se voir en fonction de ce que sa mère pouvait bien lui enfoncer dans le crâne…
Lui aussi se sentait misérable et moins que rien, et je crois bien qu'il est devenu encore plus pâle le jour où La Gazette a sorti son Édition Spéciale sur nous que le jour de mon transfert de Privet Drive au Terrier, lorsque George a perdu une oreille.
— Depuis ce jour-là, j'ai accepté de suivre la thérapie avec la guérisseuse Hawks, continue-t-il en entourant ses genoux de ses bras. Elle est vraiment sympa et elle m'aide à voir les choses sous un autre angle, mais ça ne change pas vraiment tout ce que j'ai pu dire ou faire, ni même le fait que je ne partage pas entièrement mon sang avec celui de mes frères…
— Pour ce que ça peut t'apporter, soupiré-je en adoptant la même posture, je ne partage pas non plus mon sang avec Hermione, mais elle est tout de même ma sœur. C'est plus une question d'âme et de cœur que de sang, je dirais… Tu as grandi avec eux, tu es devenu qui tu es avec eux, ils t'ont appris le Quidditch, ton père t'a enseigné les échecs, tu défends votre nom avec autant de vigueur qu'eux, c'est ça qui est important.
Un bref sourire éclaire son visage, mais bien trop vite il s'efface pour ne plus laisser qu'une mine sombre et un regard terni. Merde alors… Notre éloignement lui a-t-il tant pesé ou y a-t-il autre chose derrière toute cette fatigue ?
— Je vous envie, toi et Hermione, tu sais ? souffle-t-il en posant sa tête sur les genoux.
— Pourquoi ? sursauté-je faiblement en redressant la tête. Pour être professeur ici ? Il n'y a pas vraiment de quoi, tu sais ! Hermione est la seule à avoir décroché une note supérieure à acceptable à sa BUSE d'histoire de la magie et personne ne voulait du poste de professeur de Défense vu que La Gazette a annoncé cet été que le poste était maudit par Voldemort en personne…
— Et que tu as eu les félicitations du jury pour ton Patronus corporel ! rit-il face à mon air sombre.
— Pour ce que ça change…, levé-je les yeux au ciel.
La vie est parfois très étrange. Lorsqu'il nous a laissés seuls, lors de notre chasse aux Horcruxes, j'ai eu la sensation que notre amitié entière s'était brisée et qu'elle ne pourrait plus jamais être ce qu'elle avait été.
Pourtant, là, dans ce couloir, assis par terre, alors que son poing frappe faiblement mon épaule, j'ai cette impression diffuse que rien n'a vraiment changé, que les liens qui nous unissaient sont toujours là, attendant dans la pénombre de pouvoir à nouveau briller, et pendant un instant, je me laisse envahir par cette sensation de plénitude qu'elle me confère.
— Depuis tout petit, je sais que je suis quelqu'un de colérique, qui a besoin d'avoir tout, tout de suite, qui recherchait, en quelque sorte, la gloire, commence-t-il son explication. Mais quand je portais ce foutu collier, pendant notre cavale, tout ce dont j'avais le plus peur venait se jouer devant mes yeux et je crois que, dans le fond, c'est pour ça que j'ai préféré partir. Parce que, vous voir tous les deux tenir aussi bien alors que vous portiez plus souvent que moi l'Horcruxe, ça me faisait juste comprendre que j'étais plus faible que vous. Que je ne vous servais à rien !
— Tu as tort.
Elle en a mis des séances, la Psychomage, à me l'expliquer et me le faire entrer dans le crâne, mais après quelques mois de ce traitement, j'ai fini par comprendre. Ce que nous avons dû voir et vivre, surtout à notre âge, était inhumain, et le fait que Dumbledore en personne ait mis ce poids sur nos épaules était inhumain.
— Je sais, hoche-t-il la tête en détournant le regard. Hawks m'a fait comprendre que, ce que j'avais vécu était ni plus ni moins que de la torture et que le fait que j'en sois plus ou moins ressorti indemne était un miracle, que beaucoup de sorciers se seraient donné la mort ou seraient passés du côté obscur, mais c'était trop dur.
— De quoi ? froncé-je les sourcils. De nous voir, Hermione et moi, en couple ? Je comprends, moi aussi ça m'a donné la gerbe plus d'une fois !
J'ai le plaisir de l'entendre rire et en soi, je vis ça comme une victoire. Parce que, pour la première fois depuis presque un an, j'ai l'impression que nous sommes juste Ron et Harry, dans la salle commune des Gryffondor, en train de nous raconter des blagues et que ça me fait un bien fou.
— Tu es con, ricane-t-il avant de se renfermer à nouveau. Ce qui était trop dur, c'était de voir que, ce que me montrait l'Horcruxe pendant que je le portais, une fois la guerre terminée, ça se réalisait. Tout se réalisait. Et j'avais l'impression de vivre le cauchemar à nouveau et ne pas pouvoir m'en sortir.
— Tu parles du contrat de fiançailles qu'avaient signé Sirius et mon père ? fais-je, perplexe. Nous l'avons fait invalider le jour du mariage de Bill et Fleur.
— Pas seulement, mais oui, ça en fait partie, hausse-t-il les épaules, souriant amèrement. J'ai toujours envié mes frères parce qu'ils étaient plus drôles, plus cool, intelligents, populaires ou meilleurs que moi au Quidditch, mais quand j'ai vu que, une fois la guerre finie, c'est à eux que tu avais proposé de venir vivre avec toi, je crois que j'ai pété un chaudron…
— Hermione n'aurait pas supporté de vivre auprès de ta mère aussi longtemps et j'avais vraiment besoin de calme et d'espace après la fin de la guerre, hoché-je la tête, comprenant ce qu'il tente de dire tout en tournant autour du pot. Charlie est venu se greffer à l'équation parce que…
À vrai dire, je ne sais même pas comment Charlie en est venu à venir vivre au square, à la réflexion… Tout ce que je sais, c'est qu'un jour, je me suis réveillé en les entendant, Hermione et lui, se crier dessus, et que c'était le premier vrai sourire que je pouvais voir sur son visage depuis une éternité.
Elle était heureuse et elle avait l'air en paix et c'est tout ce que je voulais pouvoir un jour lui offrir en dédommagement de tout ce qu'elle a toujours fait pour moi. Parce qu'elle a tout mis entre parenthèses pour moi, qu'elle m'a toujours aveuglément suivie et soutenue même si mon instinct allait à l'encontre de son intelligence.
Pas une seule fois son amitié n'a failli. Et rien que pour ça, je sais que je ne pourrais jamais tuer Charlie même si j'en ai envie depuis des jours. Parce qu'il tient à elle presque aussi fort que moi, qu'il l'a protégée, ramenée à la maison et, même s'il s'en défend, il l'aime plus que n'importe quel homme sur cette planète ne saura jamais le faire.
Mais surtout, il lui a rendu son bien le plus précieux, ce qui, à mes yeux, illumine l'univers lorsqu'elle est heureuse. Il lui a rendu son sourire et lui a fait comprendre qu'elle était normale, qu'elle avait le droit d'être une adolescente normale.
— Fais chier ! maugréé-je en tapant du poing contre le sol dallé.
— Quoi ? hausse les sourcils Ron en se tournant vers moi.
— J'avais dans l'idée de faire la gueule à ton frère pendant des semaines pour avoir défendu Charlie, mais il semblerait que même mon cerveau ait décidé de se mettre d'accord avec lui ! sifflé-je. Adieu mes idées de meurtre sur dragonnier !
— Tu viens seulement de te rendre compte qu'Hermione te ferait la peau si tu tuais Cha ? ricane-t-il en laissant sa tête partir vers l'arrière.
— Ça n'a pas l'air de te gêner plus que ça, froncé-je les sourcils.
Bon sang ! Quelque temps en arrière, il me jurait aimer Hermione comme un fou, et maintenant il prend ça avec une passivité incroyable, surtout le concernant ! Qu'a-t-il bien pu se passer pour qu'il soit d'un relativisme à toute épreuve en ce qui concerne ce sujet ?
— J'ai dit à Mione que je l'aimais et je l'ai embrassé le jour de son divorce, hausse-t-il les épaules, ses joues se colorant de rouge. Je crois qu'aussi bien l'un que l'autre avons battu des records de gêne, ce jour-là !
Nom d'un… petit bonhomme ! Si je m'attendais à celle-là ! Ron a enfin eu le courage de se déclarer ? J'aurais vraiment voulu être une toute petite souris pour pouvoir voir ça ! Mais ce que j'aimerais savoir surtout, c'est pourquoi Hermione aurait été gênée ?
Après tout, elle clamait être amoureuse de lui depuis des années, ça aurait dû être la consécration ! Alors que s'est-il passé ?
Insidieusement, des images se mettent à flotter dans mon esprit, mélange étonnant de nos combats à la Chaumière où elle semblait prendre un pied d'enfer à se battre avec lui, ce repas catastrophique au square et ses tentatives pour distraire Charlie.
Puis, continuant ce caléidoscope, vient s'ajouter la soirée à Vegas où elle a vraiment eu l'air, pour la première fois, en adéquation avec son âge, les moments où nous pouvions les voir ensemble durant l'expérience de cet hiver avec les enfants, les quelques semaines qui se sont écoulées après la seconde épreuve, et enfin, la dernière, la plus choquante à mes yeux. Parce qu'elle révèle tout. Le soir de Yule.
J'ai eu des indices pendant un moment — puisque Fleur s'est fait un devoir de me donner son opinion à chaque fois qu'elle le pouvait ! — des doutes de plus en plus prononcés, mais cette soirée-là, je sais qu'elle-même s'est pris une claque. Parce que ce n'était pas simplement un bal ou une mascarade que nous voulions lui jouer avec les jumeaux, Bill ou Fleur.
Cette soirée-là, c'est Charlie qui était aux commandes et c'est à ce moment que nous avons tous compris qu'il la connaissait bien mieux que chacun d'entre nous. Bien mieux que moi ou même les jumeaux.
Ce soir-là, si ça avait vraiment été le jour de leur mariage, que ça s'était réellement déroulé, alors je ne doute pas une seule seconde qu'elle aurait dit oui en toute âme et conscience. Ce n'était pas de la reconnaissance qui flottait dans ses yeux.
C'était de l'amour. Et pendant un moment, pas un seul son n'a été émis dans la Grande Salle, en dehors des musiciens, parce que tous, nous avons pu assister à un instant de grâce et nous en avions conscience.
— Je préfère qu'elle soit mon amie, termine Ron en haussant les épaules, désinvolte, me sortant de mes pensées. J'aime trop mon visage pour que Charlie décide de me refaire le portrait parce que je ne suis pas à la hauteur.
— Elle était vraiment très amoureuse de toi, tu sais ? soufflé-je en me tournant vers lui, me sentant coupable.
Je sais que je pourrais rejeter la faute sur Fleur et ses foutues idées et sa force de conviction, mais la vérité c'est qu'elle n'a pas eu grand-chose à dire pour me convaincre qu'Hermione était plus faite pour un Charlie qu'un Ronald Weasley.
Le premier est aventurier, se fout des conséquences et sait la tirer hors des sentiers battus, tandis que le second l'a toujours cantonnée au rôle de cerveau de notre trio, ne cherchant pas plus loin que ce qu'il avait devant les yeux.
Charlie, pour sa défense, a gratté bien plus profondément que n'importe qui pour trouver l'essence même de ce qui fit d'Hermione quelqu'un d'aussi unique, d'aussi exceptionnel, et il a sublimé d'autant plus ce qu'il a trouvé. C'est peut-être en ça que Magia les a trouvés dignes de se lier par la magie…
— Je sais, hoche-t-il la tête en souriant doucement. Je ne m'en rendais pas compte avant, mais j'ai compris avec le temps et la distance. Mais je suis arrivé trop tard et, dans le fond, je crois que je n'ai jamais mérité cette place.
— Pourquoi dis-tu ça ? soupiré-je en me frottant les yeux. On n'a pas besoin de mériter l'amour de quelqu'un !
— Sois honnête, Harry, rit-il amèrement. Je n'ai rien de spécial si ce n'est mon talent pour les échecs. À côté de ça, tu as Charlie qui est dresseur de dragon, qui n'a pas froid aux yeux et qui peut parler avec elle pendant des heures sans qu'aucun des deux ne se fatigue ou ait besoin de parler de Quidditch pour se retrouver sur un terrain connu. Depuis le début, je partais battu à plates coutures. C'est aussi pour ça que tu ne peux pas en vouloir à Fred.
— Je ne comprends pas, là ! froncé-je les sourcils.
Il n'a pas tort et je m'en suis déjà rendu compte puisque j'ai admis que Charlie la tirait vers le haut, néanmoins, j'aimerais réellement comprendre par quels chemins à bien put passer son cerveau pour faire des liens entre tout ça et Fred !
— Tu ne peux pas en vouloir à Fred de défendre Charlie parce que, depuis tout petit, il l'admire comme, par exemple, Ginny l'a fait avec le Survivant, tente-t-il d'expliquer. C'est pour ça qu'il a été, de nous tous, celui qui a le plus mal vécu son départ pour la Roumanie sans même dire au revoir. C'est aussi pour ça qu'il ne pourra jamais voir en toi Harry Potter le sauveur du monde sorcier, parce que, pour lui, son héros, ça a toujours été Charlie et crois-moi, je sais de quoi je parle, vu que, pour moi, tu es un héros. Hawks appelle ça le culte du héros.
— Bordel de merde ! Je crois ne jamais t'avoir entendu dire héros aussi souvent en sept ans ! ricané-je.
Pourtant, dans le fond, ce qu'il vient de dire me touche profondément. Parce que, par ces quelques mots, il vient de me faire comprendre quelque chose qui jusqu'alors m'était incompréhensible.
J'ai essayé de comprendre pourquoi il lui pardonnait toujours tout, que ce soit son départ pour la Roumanie, ses exactions ou même le fait qu'il s'en prenne à Malefoy, mais je ne comprenais pas pourquoi il s'en était pris à lui, en septembre, au point de lui foutre une raclée bien sentie qui a débouchée sur un ménage de printemps made in Weasley à coups de poings et de sorts puissants. Mais maintenant, je comprends.
Je comprends parce que les sorciers dans leur globalité attendent de moi que je fasse le bien, que je ne faiblisse jamais et n'ai aucune faille, et Fred en fait tout autant avec son frère. Or, lorsqu'il a compris qu'Hermione se faisait torturer à cause de lui, il a pété les plombs, lui faisant comprendre qu'il n'était pas un dieu, mais bien un humain avec des failles et des faiblesses.
Peut-être, finalement, est-ce pour ça qu'il s'est si facilement laissé convaincre de répondre à ma critique, lorsque je lui ai dit que son problème c'est qu'il était toujours désolé, mais qu'il n'assumait jamais ses actes, ce soir-là. Il venait tout simplement d'assister à la chute de son héros.
— Harry ? fait Ron, gêné, ses joues prenant la même teinte rouge que ses oreilles.
— Oui ?
— Je m'excuse d'avoir douté de toi, d'avoir remis en question tes choix et pour toutes les crises de jalousie ou de colère que j'ai pu te faire depuis qu'on se connaît, dit-il en baissant la tête. J'espère qu'un jour, tu me pardonneras tout ce que j'ai bien pu faire et que nous pourrons essayer de redevenir des amis.
Foutues hormones ! En temps normal, je suis presque sûr que mes yeux auraient pu rester secs et ne pas se laisser déborder, mais à cause d'elles, je ressemble simplement à une fontaine et je remercie les Fondateurs de ne pas être une femme, sinon je suis presque persuadé que mon mascara aurait coulé ! Et, putain, pourquoi suis-je en train d'avoir des idées aussi étranges ?!
— Hermione et toi êtes mes meilleurs amis, déclaré-je, la voix chevrotante en enlevant mes lunettes. On a traversé l'enfer ensemble, ce ne sont pas des divergences d'opinions qui vont me faire changer de point de vue sur ça en particulier !
C'est décidé ! Le jour où j'accouche, je fais une demande à la mère de Fleur pour qu'elle me coupe tout ce bazar qui pend entre mes jambes — et m'empêche d'avoir une bonne assise sur un balai ! — et, pour faire bonne figure, je fais aussi couper celle de Fred !
Hors de question que je me retrouve, encore une fois, à jouer les femmes fontaines dans un couloir sous prétexte que mon premier ami ne comprend pas que, pour moi, même si nous nous sommes éloignés, il reste toujours mon meilleur ami !
— Hormones ? ricane-t-il en haussant un sourcil moqueur.
— C'est un enfer ! pleuré-je plus fort encore. Je n'ai pas pu voir mes pieds depuis des mois et je ne te parle même pas d'aller aux toilettes debout ! Je suis en train de me transformer en mon cousin Dudley !
— Rassure-toi, tente-t-il de maîtriser son sourire malicieux. Il te reste encore de la marge avant de ressembler à ton oncle baleine !
— Ça ne me rassure pas du tout ! crié-je en me prenant la tête dans les mains, tirant mes cheveux.
Je sais qu'il fait ça par gentillesse, en prenant exemple sur nos conversations de nos années d'études, et qu'il ne pense pas à mal, mais l'idée même de ressembler de près ou de loin à Vernon me donne juste la nausée !
Calmement et bien plus patiemment que je ne l'aurais cru venant de sa part, il passe un bras par-dessus mes épaules, me tirant à lui pour une étreinte qui, l'espace d'un instant, me laisse perplexe et gêné, mais, finalement, je me laisse aller, les hormones faisant leur travail pour occulter de ma mémoire que, moins de vingt-quatre heures plus tôt, je pensais que notre amitié était irrécupérable…
— J'aurais dû le voir bien plus tôt et accepter les choses dès le début, mais tu me connais, je ne suis pas le plus rapide de la bande, rit-il, malicieux. Tu vas avoir un bébé avec Fred et ça, c'est génial ! Alors, avec quelques mois de retard, Harry, toutes mes félicitations !
— Mais je ressemble à un baleineau ! ricané-je entre mes larmes. Et je suis presque sûr que McGonagall va prendre sa retraite à cause de moi !
— Tu rigoles ? s'exclame-t-il en nous faisant reprendre nos places, mimant d'être choqué. Tu travailles pour l'avenir de l'équipe de Quidditch de Gryffondor ! Je suis persuadé qu'elle restera en poste au moins pour voir votre enfant devenir attrapeur ou batteur des lions !
Durant quelques secondes, je vois en images ce que Ron vient de dire. Je vois une forme, avec des cheveux noirs en bataille, filant dans le vent à la poursuite d'un Cognard ou d'un Vif d'or, qu'importe, fièrement juché sur un balai et portant les couleurs rouge et or.
Et puis, l'image se modifie, et cet enfant prend des traits plus Weasley, arborant fièrement l'uniforme des Serpentard et tenant la coupe de Quidditch à pleines mains avant de se modifier pour que se succèdent les uniformes des Serdaigles et des Poufsouffle.
Mais dans chacun de ces rêves, la seule chose sur laquelle je puisse me concentrer et que je veuille garder en mémoire, c'est le sourire rayonnant de fierté et de bonheur que Fred et moi arborons, de même que celle qui brille dans le regard de cet enfant.
— Tu sais, dis-je prudemment, que ce soit Fred ou moi, on se fiche pas mal de la maison dans laquelle il sera, ce bébé. Le principal, c'est qu'il aille bien et qu'il soit en bonne santé.
— Oui, mais quand même ! s'écrie-t-il en ouvrant grand les yeux. Tous les Potter et tous les Weasley depuis des générations sont allés à Gryffondor ! Ce sera le fils de Harry Potter ! Où crois-tu que les gens voudront le voir aller d'après toi ? À Serpentard ?
J'aurais dû savoir et me rappeler à quel point Ron est réellement très fier d'être un Gryffondor et déteste les Serpentard, pourtant, l'entendre parler de cette maison avec tellement de dégoût dans la voix me blesse sans que je ne parvienne réellement à le cacher.
— Les gens peuvent bien taper tous les scandales de l'univers, mon enfant ira où il le souhaitera, que ce soit Serpentard, Poufsouffle, Serdaigle ou Gryffondor, grogné-je en portant inconsciemment mes mains à mon ventre. Ils se sont fait un devoir de me priver de mon enfance, je ne laisserais pas la même chose arriver à notre bébé !
— Ça va tuer maman si tu lui dis que son petit-fils finira à Serpentard, rit-il doucement en me mettant un léger coup sur l'épaule, amusé par mon éclat de voix. Elle serait capable de faire un sit-in devant les portes de Poudlard pendant des semaines pour qu'il change de maison.
— Je lui enverrais Hermione pour la réceptionner, ça risque de lui faire comprendre ma façon de penser ! ris-je en secouant la tête.
Bordel ! Elle était vraiment effrayante, ce jour-là, dans la salle d'attente de la maternité ! Jamais je ne l'avais vraiment vue en colère, mais à ce moment-là, j'ai compris pourquoi Bill dit de Charlie qu'il est maso et cinglé.
Parce que, si le moment où il a le plus envie d'elle, c'est quand elle est en colère, ses dragons doivent vraiment lui avoir cramé quelques neurones ! Quoique, ceci explique peut-être pourquoi il cherche constamment à la mettre en rogne…
— Charlie est vraiment cintré…, soupiré-je en me massant l'arête du nez.
— Ça fait presque dix ans qu'il élève des dragons et qu'il prend un pied d'enfer à le faire ! Bien sûr qu'il est cintré ! éclate de rire Ron.
— Tu sais quoi ? ricané-je. Je crois que tu devrais parler avec Malefoy, vous avez la même manière de penser !
J'ai l'incroyable plaisir de le voir s'étouffer avec son rire, son visage tournant au blanc cadavérique et une mine dégoûtée, à deux doigts de la nausée, s'afficher sur ses traits. Comme quoi, supporter cette cohabitation invasive peut avoir du bon parfois !
— Tu trouves que j'ai le moindre point commun avec la fouine ?! s'écrie-t-il en reculant contre le mur. Qu'est-ce qui a bien pu te passer par la tête pour penser ça ?
— Vous êtes pareil, tous les deux, c'est tout, haussé-je les épaules. Tout ce que vous avez toujours fait, ça a toujours été pour votre famille.
— Lui, c'est un Mangemort ! gronde-t-il en se redressant.
— Et il l'est devenu pour sauver sa mère et celui qu'il pensait être son père, fais-je en haussant à nouveau les épaules. Toi, dans ta famille, vous avez toujours été du côté de Dumbledore, depuis le début, mais si ça avait pu sauver ta famille ou la seule personne qui t'ait donné de l'amour et un sentiment d'appartenance, tu serais devenu un Mangemort. Après des mois de torture, certes, mais tu aurais fini par céder parce que votre famille, ça a toujours été le plus important pour vous.
— Jamais de la vie ! J'aurais préféré mourir que de devenir un Mangemort ! rugit-il en se remettant debout, commençant à faire les cent pas dans le couloir.
— Alors pourquoi tu t'en es pris à tous les Serpentard que tu rencontrais quand tu es revenu ? haussé-je un sourcil, sentant, à mon tour, la colère monter. Merde, Ron ! Je t'ai vu t'en prendre à une petite Poufsouffle de première année parce qu'elle possède le sang de Crabbe à une dizaine de générations près ! C'est ce que les Mangemorts faisaient avec les nés-Moldus et les Moldus !
— Ça n'a aucun…
Pourtant, il s'arrête dans sa cavalcade effrénée, comme frappé par un Cognard en plein visage. Oui, en effet, je crois qu'il vient de comprendre le pourquoi de mes dires…
Je n'ai pas eu envie de faire face à la raison pour laquelle je me sentais si mal et en colère contre Ron, dans un premier temps, jusqu'à ce que Hawks me demande de parler de la guerre et des manières des adeptes de Voldemort, le tout en faisant un parallèle avec Ron.
Alors, ce jour-là, je me souviens avoir beaucoup pleuré en comprenant qu'il était passé du côté obscur par ma faute. Si je ne les avais pas entraînés, Hermione et lui, dans cette chasse aux Horcruxes, jamais il ne s'en serait pris à quelqu'un d'aussi jeune que cette petite fille.
Si ce malade de Voldemort n'avait pas passé toute sa vie à tenter de détruire la mienne, Ron n'aurait peut-être même jamais été autant en danger que je ne l'ai mis, depuis que je l'ai rencontré…
— Harry, je suis…, commence-t-il, mais il ne parvient pas à terminer sa phrase, en état de choc et nauséeux visiblement.
— C'est à moi de m'excuser, Ron, soupiré-je en me frottant les yeux, las. C'est à cause de moi qu'Hermione et toi avez dû porter le collier…
— Je l'ai fait parce que je le voulais, secoue-t-il la tête. Je voulais pouvoir t'aider un peu avec ton fardeau, mais j'ai conscience d'en être devenu un au fil des jours. C'est aussi pour ça que je suis parti…
— Tu sais que c'est faux…
— Alors pourquoi es-tu devenu ami avec Malefoy, Nott, Parkinson, Zabini ou Greengrass plutôt qu'être revenu vers moi ? sourit-il amèrement, sans aucune violence dans la voix. Je t'ai déçu et je le sais, mais je ne peux pas revenir dans le passé pour tout modifier et me foutre des claques !
C'est certainement ça qui est le plus triste. Même s'il était en colère contre moi, qu'il m'en voulait pour tout et n'importe quoi parfois, il n'en reste pas moins qu'il était toujours plein de vie, or, là, il n'y a rien dans sa voix si ce n'est de la lassitude.
— Je suis devenu ami avec eux parce qu'ils sont comme nous, haussé-je les épaules. Ils sont paumés et ils essayent de comprendre comment avancer dans la vie sans se référer aux maisons ou au passé. C'est compliqué, mais on essaie de trouver notre voie, je suppose.
Il hoche la tête vaguement, perdu dans ses pensées, et lorsque je remarque l'heure sur sa montre, je sens une poussée de stress me prendre. Merde ! Si je reviens encore à pas d'heure, Fred va vraiment s'inquiéter et en ce moment, les Weasley ont bien assez de problèmes comme ça pour que je leur en ajoute !
— Je vais devoir y aller, Ron, fais-je en me levant péniblement. J'ai été très heureux de pouvoir parler un peu avec toi.
— Moi aussi Harry.
Certes, notre amitié est encore bancale et elle risque de rester ainsi pendant un moment, mais cette simple discussion m'a redonné espoir, et même si son sourire est encore faible après ce que nous nous sommes dit, je pense réellement qu'il est en bonne voie.
Peut-être est-ce pour ça que je me retourne, pris d'une idée que je juge, moi-même, absolument géniale, criant à son intention alors qu'il est sur le point de rentrer dans la salle commune des Gryffondor et que j'atteins le coin du couloir.
— Tu devrais venir participer au tournoi dans notre salle commune, mercredi soir ! Nott remet son titre en jeu !
S'il est intrigué ou déstabilisé par ma proposition, il n'en montre rien, se contentant de hocher la tête en me saluant. Pourtant, inconsciemment, je sais qu'il viendra. Parce que, dans le fond, il y a une chose qui anime tous les Weasley sans exception : tous autant qu'ils sont, ils aiment le challenge !
CW/HG * SDD * HG/CW
Blaise
Il y a beaucoup de choses que l'on puisse dire sur Hermione Granger et que le monde s'accorde à voir comme un fait irréfutable. Qu'elle est intelligente, loyale, courageuse, puissante et extrêmement forte émotionnellement, et sur ce dernier point je ne peux pas faire autrement que de leur donner raison parce que pour supporter Potter et Weasmoche pendant sept ans sans jamais sourciller, je pense qu'il faut plus que du courage. Je pense qu'il faut aussi pas mal de stupidité.
Pourtant, depuis que nous sommes arrivés à la Villa d'Oro, j'ai découvert des travers de sa personne que même la Psychomage Hawks n'a certainement pas dû détecter. En tout premier lieu et le plus important je crois, cette fille est totalement givrée ! Une vraie citronnée !
Bon sang ! Il m'a fallu deux jours entiers, à grand renfort de chocolats chauds, de petits gâteaux et de gentillesse de ma part, pour qu'elle accepte de ne serait-ce que sortir un pied de la chambre que Mère et moi lui avons allouée pour la durée de son séjour.
Mais c'est très certainement lorsque je l'ai vue fondre en larmes en apprenant que l'une de nos elfes de maison, muette de naissance, était aussi bien traitée que si elle faisait partie intégrante de notre famille, que j'ai compris qu'il lui manquait assurément une case ! Bordel ! Elle m'a même serré dans ses bras comme si j'étais un doudou bon marché pour bébé en mal d'affection !
Mais c'est lorsque je l'ai retrouvé, pour le quatrième soir consécutif, dans la bibliothèque, profondément plongée dans un traité aussi vieux que poussiéreux concernant les Arts de l'esprit, que j'ai compris pourquoi elle s'acharnait tant à s'occuper tout le temps depuis son arrivée ici, qu'elle n'était toujours pas allée profiter de la piscine ou de la plage en contrebas de la falaise. Parce que la raison brillait de mille feux à son doigt.
De toute ma vie, jamais je n'avais rencontré quelqu'un comme elle, de si intimement persuadé que le savoir délivrera le monde et que les relations humaines voire sexuelles étaient une mode qui revenait de temps en temps, mais qu'il ne fallait pas non plus s'y intéresser de trop près, de peur de finir comme la première Ginny Weasley venue.
Néanmoins, il ne m'aura fallu que sept jours à ses côtés pour comprendre que ce n'était pas les relations sentimentales dont elle avait peur, mais bien du fait que, pour une héroïne de guerre marquée depuis sa première année à Poudlard par des évènements que l'on qualifierait à moins de traumatisants, elle a pleinement conscience qu'ajouter un cœur brisé à la liste reviendrait à la tenter de se jeter de la tour d'astronomie…
Pourtant, s'il est bien une chose que cette semaine passée à ses côtés m'a fait comprendre, c'est bien qu'en dessous de cette muraille imperméable de solidité et de loyauté, de bravoure et de courage, elle a tout autant de failles et de faiblesses que n'importe quel sorcier, qu'elle est tout aussi humaine que nous…
La voir pleurer toutes les larmes de son corps pour un homme a été une expérience troublante, mais je crois que, le pire, ce fut de la voir prendre le parti de ma mère en ce qui concerne les hommes et leur lâcheté, leur attrait pour la jeunesse et la nouveauté ainsi que l'appât du gain.
Bordel de merde ! Comment peut-elle croire une seule seconde que Charlie Weasley, l'un des seuls membres de cette famille pour qui j'ai un minimum de respect, soit, dans la vie, attiré par autre chose que par le sexe, ses dragons et plus ou moins tout ce qui touche aux animaux magiques ?
C'est pourquoi, après une semaine à tergiverser pour savoir comment parvenir à lui faire accepter que de demander le divorce et uniquement le divorce était l'idée la plus stupide de la création après le sort pour lisser les poils de torse, nous nous retrouvons, tous les deux, assis sur le bord de la falaise, une bouteille de vin rapportée par le septième mari de Mère, si mes comptes sont bons, nous la passant à tour de rôle.
Cependant, je ne suis pas le seul à être perdu dans mes pensées, et si j'en juge sa manière inconsciente de jouer avec son alliance ou la grimace de douleur qui semble s'être définitivement gravée en même temps que les cernes et les larmes sur son visage, même à plusieurs milliers de kilomètres, elle ne parvient pas à se l'enlever de la tête.
— Il te manque, n'est-ce pas ? demandé-je, la prenant par surprise.
— Qui ? fronce-t-elle les sourcils.
— Weasley, soupiré-je avant de grimacer. Enfin, Charlie.
Je sais qu'elle le fait de manière purement inconsciente et que si, psychologiquement, elle n'était pas au plus bas en ce moment, elle n'aurait pas ce geste devant moi, et pourtant la peine pour elle m'envahi durant quelques instants lorsque je la vois caresser doucement sa bague avant de battre des paupières rapidement, signe que les larmes ne sont pas loin.
Pourtant, et c'est là où je peux voir ses qualités de Gryffondor qui, si souvent, m'ont rendu malade par le passé, elle serre les mâchoires et les poings, semblant sur le point de livrer un nouveau combat que même moi je sais être perdu d'avance.
Parce que c'est moi qui l'ai retrouvé si souvent ces derniers jours, des sillons de larmes marquant ses joues trop pâles lorsqu'elle s'endort après avoir bien trop pleuré pour que ça ne paraisse pas suspect.
C'est moi-même qui aie pris sur moi pour la garder dans mes bras le soir, dans le canapé de cette même bibliothèque, afin de lui faire sentir une présence lorsqu'elle se réveillait la nuit, totalement paniquée et dévastée, après avoir appelé le nom de son rouquin de malheur.
Et encore une fois, c'est moi qui, chaque jour, finis par la menacer de la noyer dans la piscine si elle ne décroche pas de ses livres au moins pour une petite demi-heure, le temps de boire ou manger quelque chose, de peur qu'elle ne se laisse mourir d'inanition.
Avoir une mère comme Giulia Zabini vous apprend deux choses dans la vie. Premièrement, que la recette de la pâte à crêpe n'est clairement pas un truc qui se trouve dans l'ADN de toute femme devenant mère.
La seconde, c'est que nous pouvons tomber un million de fois amoureux — et dans son cas, treize jusqu'à présent — nous n'avons qu'une seule véritable âme sœur. Qu'une seule personne pour qui nous serions prêts à tout dans la vie, même à donner la nôtre.
— Non voyons ! s'écrie-t-elle. Pourquoi dis-tu une chose pareille ? C'est stupide !
Finalement, toute Miss Je-Sais-Tout qu'elle soit, il y a un domaine dans laquelle, même face à la Mort elle-même, elle serait incapable de bluffer. Cette fille ne sait vraiment pas mentir, c'en est affligeant… Quoique étant une Gryffondor, je suppose que j'aurais dû m'en douter…
— Alors pourquoi n'enlèves-tu pas sa bague ? haussé-je un sourcil amusé.
— Ce truc doit valoir son pesant de Gallions ! ricane-t-elle amèrement. Le jour où je l'enlèverais, ce sera pour une bonne raison… Comme payer un tueur à gages pour fumer sa pétasse, par exemple !
— Laquelle ? haussé-je un sourcil, toujours autant amusé par ce langage si châtié de sa part.
— Sermirov…, grimace-t-elle en m'arrachant la bouteille des mains.
En fait, c'est peut-être ça, plus que tout, qui me choque le plus dans leur relation, à tous les deux. Même s'il a plus ou moins été communément admis qu'elle et ses deux crétins de copains défiaient le règlement environ trois fois par semaine tous les ans, jamais je n'aurais cru pouvoir le voir.
Pourtant, depuis qu'elle a commencé à le fréquenter plus assidûment à partir de la rentrée, c'est un fait avéré, elle est devenue bien plus libérée, bien moins centrée sur elle-même ou renfermée.
Cependant, de son côté, elle semble lui avoir donné plus de stabilité, lui avoir permis de comprendre que ce n'était pas en jouant le Don Juan de Poudlard qu'il saurait panser ses plaies et commencer à aller de l'avant.
L'un pour l'autre, dans le fond, a joué le rôle de garde-fou, celui d'imposer des barrières tout en leur libérant plus d'espace pour qu'ils parviennent à s'épanouir sans faire d'incursion dans l'excès.
— Même si la masse de magie réunie dans ce tout petit objet est énorme, Hermione, ricané-je, économiquement, elle n'a aucune valeur.
— Alors pourquoi tout le monde à l'air de s'extasier dessus, depuis que ce maudit ramassis d'immondices purulentes pas mêmes bonnes à allumer un barbecue un soir d'août l'a mis en première page ? grommelle-t-elle.
Finalement, je me demande si c'était une aussi bonne idée que ça le jour où j'ai laissé Mère lui donner accès à La Gazette et Sorcière Hebdo pour « s'assurer que son image et sa crédibilité d'étudiante et de professeur n'avaient pas été altérées par ce simulacre de mariage qu'ils nous ont joué ».
Autant dire que, ce jour-là, j'aurais certainement mieux fait de me coincer les parties dans une porte, j'aurais assurément entendu moins de cris et d'injures que lorsqu'elle a vu cet article de Skeeter au titre tout aussi racoleur de mauvais goût « Un mariage pour deux enterrements : Hermione Granger, Dame Dragon ou simple Chat noir ? »
— Tu connais la légende qui entoure ce genre d'objets ? souris-je en coin. Non ? Dans ce cas, ouvre bien grand tes oreilles pour une leçon d'Histoire par tonton Blaise !
— Tu n'en fais pas un peu trop, là ? rit-elle franchement.
— Jamais assez, tu veux dire ! m'écrié-je, amusé de la voir se détendre. Je suis ami avec Drago, ce genre de mélodrame et de grandes envolées lyriques, c'est à lui que je les dois !
— Quand je vois le genre de bonhomme qu'il est, je me dis que, sincèrement, le monde n'est pas prêt à un second exemplaire de ce spécimen biologiquement controversé et socialement épuisant… Mais soit ! Dans ce cas, je t'en prie, ô grand Zabini, éclaire ma lanterne ! lève-t-elle sa bouteille à mon intention.
Sur ce point, je ne peux pas la contredire ! Néanmoins, je dois lui reconnaître une chose à Drago que je n'aurais pas fait ces dernières années : il a vraiment grandi et obtenu le respect des Serpentard par sa volonté affirmée de porter notre ancienne maison aux nues et non plus, comme avant, de faire de son mieux pour rendre Lucius fier de lui.
Je ne doute pas que sa relation — qu'il a, lui aussi, un bon moment qualifié de non-relation — avec Padma y soit pour beaucoup dans cette prise de position ou cet apaisement mental qu'il s'octroie depuis la fin de la guerre, mais il ne fait aucun doute qu'elle soit l'une des pierres angulaires de sa reconstruction, ou, tout simplement, de sa construction en tant qu'être pensant par lui-même. C'est peut-être ça, finalement, l'effet Serdaigle…
— Cette bague n'a de valeur que pour le porteur et son créateur, soupiré-je en laissant mes yeux se perdre sur l'horizon. Tant que l'amour continuera de consumer leur corps et leurs âmes, son feu brillera.
Ce que j'ai pu me moquer de Mère lorsque, vêtue d'une robe de chambre en satin jaune accompagnée de pantoufles moumoutées à talons, elle m'a raconté cette histoire, quand j'avais huit ans et qu'elle me présentait « Beau-père numéro deux »…
— Nom d'un petit bonhomme ! Invoque des trolls ou des fées marraines et tu auras tout un Disney ! J'ai l'impression que tu me racontes une version sorcière de La Belle et la Bête, là ! rit-elle, masquant bien mal sa gêne.
Je n'ai pas la moindre idée de ce que peut être un Disney, néanmoins, si j'en juge la manière dont elle en parle, ça n'a pas l'air bien folichon ! Et ce titre de conte, sérieusement… Pour un peu, on se croirait face à un recueil faisant l'apologie de la zoophilie ! En soi, très peu pour moi !
— Eh bien, tu n'es plutôt pas vilaine, haussé-je les épaules, l'évaluant brièvement du regard, et lui est un Weasley ! Toute votre histoire se résume au titre de ton conte de fées moldu !
Enfin, dit comme ça, ça me fait plutôt penser à ce livre qui a traîné si longtemps sur la table de chevet de Mère où une fille était tombée amoureuse du fils de la famille ennemie à la leur… Je crois qu'il était question d'un ancêtre de Graham Montage, si mes souvenirs sont bons…
Pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, je la vois vaciller quelques instants avant qu'une fine larme ne coule sur sa joue, larme qu'elle efface bien vite, mais elle est simplement la première d'une longue liste…
Ses bras serrant ses jambes contre sa poitrine, ses yeux débordant d'eau et brillant de résignation tout autant que de mélancolie, sa voix n'est qu'un mince filet qui peine à parvenir jusqu'à mes oreilles lorsqu'elle reprend la parole.
— Il me manque, tu as raison…, chuchote-t-elle. Tout le temps. Au point où j'en ai mal dans chaque fibre de mon corps. Même quand je me souviens que c'est lui qui a volé la bague des Potter, même lorsque je me souviens de toutes ces fois où il a couché avec Sermirov ou sa manière toute particulière de se jouer de moi ou de me faire sortir de mes gonds, je continue de l'aimer. Et ça me fait mal, Blaise…
Je ne saurais dire ce qui est le plus déstabilisant dans ce qu'elle vient de me dire entre le fait qu'elle le pense assez débile pour aller voler la bague des Potter alors qu'il possède déjà celle des Prewett, ou bien le fait qu'elle se sente assez mal – ou en confiance, je suppose que ça peut dépendre des points de vue — pour me laisser entrapercevoir toute la peine qu'elle ressente.
J'ai beau être très certainement l'élève de Serpentard ayant comptabilisé le plus de recrues à son tableau de chasse ces dix dernières années, il n'en reste pas moins que voir une fille, une femme de la trempe d'Hermione Granger s'effondrer, me fait bien plus mal au cœur que je ne l'aurais pensé.
Parce qu'en quelques mois, cette gamine horripilante s'est faite, effort après effort, une place imprenable dans le cœur de chacun des membres de ma maison, même auprès de Drago et Pansy qui, soyons honnêtes, étaient les deux plus virulent à son encontre depuis qu'elle a fait ses premiers pas dans le château.
Mais elle a été là pour chacun d'entre nous, nous témoignant de l'attention ou nous apportant son aide comme si nous étions des personnes normales ne portant pas ce tatouage immonde sur le bras ou n'ayant jamais été affiliées au Lord.
Depuis ce jour de la réunion de prérentrée, pas une seule fois elle n'a dérogé à sa propre règle de nous traiter comme n'importe quel élève, se créant lentement sa place personnelle dans notre cercle.
Alors il est vrai que Weasley l'y a grandement aidé même s'il ne voulait très certainement pas être la nouvelle cible de cette alliance inter maison, mais sans ses coucheries avec Sermirov, il ne fait aucun doute que nous n'aurions jamais pris le temps d'apprendre et comprendre qui était réellement Hermione Granger.
— J'ai tellement mal, tout le temps…, poursuit-elle, ne cherchant même plus à effacer les traces de sa douleur sur ses joues. J'ai tellement envie de le lui dire et qu'il me réponde que lui aussi, mais je veux être heureuse aussi. Je veux redevenir normale. Je veux qu'on m'aime pour moi et pas parce qu'un fantôme stupide a voulu jouer les scientifiques fous en nous enfermant tous les deux dans un appartement, tu comprends ?
Oh ! Comme je la comprends ! Jamais je n'ai voulu devenir un père, surtout dans le monde dans lequel nous avons vécu et après avoir vu une profusion de « beaux-pères » débarquer chez nous pour mystérieusement disparaître quelques mois plus tard, mais cette expérience que nous avons vécue nous a tous changés.
Où Drago ne se serait jamais cru capable d'être responsable, d'aimer et d'être fier d'un enfant — en même temps, avec le taré qu'il se coltinait comme père, je pense qu'il vaut mieux être stérile parfois ! — cette épreuve lui a fait comprendre que, non, jamais ça n'a été de sa faute si son père ne l'aimait pas. Comment pourrait-on ne pas aimer un être innocent ?
Où Pansy a découvert qu'en dépit de tout ce qu'elle a vécu dans sa famille, elle savait être aussi maternelle que Nana ne l'était pour elle, qu'elle méritait de donner et de recevoir autant d'amour qu'un enfant pouvait en donner ou en recevoir de sa mère, moi, je me suis découvert des couilles.
Parce que je sais pertinemment qu'avec un bagage émotionnel tel que nous en portons tous un dans nos familles de tordu, il faut du courage pour accepter de voir en face ce que l'on est. Simplement une petite raclure qui s'est amusée à briser le cœur de centaines de jeunes filles depuis ses quatorze ans et savoir qu'à cause de ça, la seule femme que l'on a toujours aimée plus que soi-même a fini par ne plus avoir une seule once de confiance en nous.
Apprendre et comprendre qu'une fille, qu'une femme n'est pas un objet, un défouloir ou un simple moyen de passer un vendredi soir un peu plus passionnant que le nez plongé dans un devoir bien trop long de métamorphose.
Se rendre compte que quelqu'un a besoin de nous pour avancer et se construire, que l'on peut tout aussi bien détruire que reconstruire une personne, qu'un nom ne ferait jamais tout dans la vie et s'apercevoir qu'il n'y a que nos efforts, notre courage, notre persévérance et notre loyauté envers ceux que l'on aime qui sont importants dans ce monde.
Découvrir avec une certaine fascination que l'on peut être l'artisan de la reconstruction de quelqu'un, tout comme le fait que l'on puisse être assez brave pour accepter de se mettre en danger si une personne que l'on aime est dans la balance.
C'est un peu de tout ça que l'expérience des deux directeurs nous a enseigné, et c'est aussi ça qui, en ce moment même, doit être en train de terrifier totalement Granger. Parce que, même pour un aveugle, il ne serait pas bien difficile de voir qu'elle est littéralement morte de trouille depuis ce jour-là, dans la Grande Salle.
Parce qu'à cause de leur bébé, ils ont été forcés d'arrêter de se voiler la face et de se dévoiler lentement l'un à l'autre, qu'ils ont été obligés de laisser l'autre entrer dans leur vie, dans leur petit monde et se créer une place à part dans celui-ci.
— Et si ce que vous aviez vécu était simplement la réalité, Hermione ? Et si, pendant quelques mois, vous aviez simplement décidé d'être heureux pour vous et non pour faire plaisir à Rogue ? soupiré-je en amenant le goulot à mes lèvres.
— Peut-être parce que moins d'une semaine après que j'ai failli lui dire que je l'aimais, et lui aussi, j'en suis persuadée, il s'est enfui plus vite qu'on ne se refile une MST dans une orgie ? Peut-être parce qu'on ne s'était rien promis ? Peut-être, parce que la seule chose qui nous retienne encore l'un à l'autre est morte, il y a presque un an ?
Lorsqu'elle se lance vraiment dans le mélodrame, on peut dire qu'elle a presque autant de talent que Drago ! Bordel ! À quel moment la fière et forte Gryffondor au cœur de lion, vaillante et courageuse comme ce n'est pas permis, s'est-elle transformée en cette flaque gélatineuse de larmes et de morve comme un Poufsouffle même de dernière année ?
Décidément, je pense vraiment que Rogue a eu une idée de génie lorsqu'il les a forcés à aller consulter Hawks ! Ce genre de filles, lorsqu'elles retiennent leurs émotions trop longtemps, finissent par devenir des Pansy Parkinson en puissance, et ces derniers temps, j'ai déjà bien assez de mal à en gérer une seule pour vouloir en ajouter une seconde au tableau, merci bien !
— Vas-y Blaise, fais ton choix, je ne suis pas pressée que tu trouves la réponse à tes questions… J'ai toute la nuit, après tout ! Si mes calculs sont bons, il devrait parvenir à se trouver une cruche assez conne pour écarter les cuisses et me remplacer au pied levé avant la fin de la semaine, or nous sommes déjà vendredi soir… Ce que j'ai pu être conne pour tomber amoureuse d'un autre Weasley… Comme si le faire déjà deux fois n'était pas suffisant…
Ce qui me laisse le plus pantois à la fin de sa tirade en dehors d'une colère que je juge toute légitime, c'est le regard de pure douleur qu'elle exprime en la disant, cette impression que le fait d'aimer Weasley est une véritable torture à deux doigts d'égaliser les Doloris de Bellatrix Lestrange… Et niveau torture, on peut vraiment dire qu'elle s'y connaissait…
Néanmoins, ce qui me fait revoir mon jugement sur ce chagrin d'amour que je jugeais, jusqu'à présent, stupide, c'est que j'ai parfaitement conscience d'exprimer le même regard depuis des jours, des mois même…
Depuis que je me suis rendu compte que Drago n'était pas aussi stupide qu'il ne le laisse paraître parfois et qu'il avait raison en ce qui concerne la nature de mes sentiments pour Pansy… Soyons honnêtes, j'aurais préféré qu'il ne se sente pas investi de la mission divine de me le faire remarquer, mon quotidien serait certainement moins chaotique dans ce cas…
— Si ça peut te rassurer, je suis amoureux de ma meilleure amie depuis tellement longtemps que j'ai même fini par oublier ce que ça faisait de ne pas savoir qu'elle préfère les noix de pécan sur ses cookies plutôt que les pépites de chocolat, ou encore qu'elle ne supporte pas d'entendre les gens lui souhaiter son anniversaire…, soupiré-je, décidant de tenter de lui remonter le moral.
Finalement, je crois qu'en quelques mots, je viens de détruire toute cette humeur gaie et bon enfant qu'elle avait si savamment réussie à instaurer par sa joie de vivre si communicative ces derniers jours !
— Comment a-t-on pu en arriver là, toi et moi ?
— Tu veux dire, sur cette falaise ? La réponse est simple, Granger ! Nous avons utilisé nos pieds pour parvenir jusqu'ici ! En revanche, si tu parles de toi et moi, noyant nos chagrins d'amour ensemble dans une bouteille de vin bon marché alors que la cave de mon manoir déborde de grands crus, je dirai que le karma est une petite pute, et qu'on devrait tous avoir un bouton stop pour mettre notre cœur à l'arrêt, de temps en temps… Ça m'aurait sûrement évité de faire la connerie incroyable de lui acheter la plus belle bague du marché et me faire rembarrer parce que mon passé de coureur de jupons me rattrapera toujours avec elle…, grimacé-je avec aigreur.
— Tu lui as acheté une bague ? sursaute-t-elle.
— Les femmes… Toutes les mêmes ! Vous dites toutes que le plus important ce sont les sentiments, mais à peine le mot bague sort de nos bouches, vous devenez des harpies assoiffées d'or blanc et de diamants !
— Montre-la moi !
— Granger, un peu de tenue s'il te plaît ! Je suis en train de t'ouvrir mon cœur, là ! Tu ne voudrais pas laisser ma braguette un peu tranquille ?
— Pas ça, abruti ! Je te parle de la bague !
— Oh… Oui, ça, c'est déjà plus logique…
J'ai beau tenter de paraître détendu en utilisant les armes que j'ai toujours utilisées, à savoir le rire et la moquerie, il n'en reste pas moins qu'il existe un fossé énorme entre celle-ci et la gêne incommensurable que je ressens en portant la main à ma poche.
Pourtant, toute idée de gêne s'évanouit lorsque mes doigts touchent l'écrin qui n'a pas daigné quitter ma poche depuis Noël, jour béni de Merlin auquel la bijouterie m'a fait l'extrême honneur de me la faire livrer par hibou express, ce qui aurait été le cadeau idéal ! Si seulement Pansy n'avait pas passé son vingt-cinq décembre enfermée dans sa chambre, anéantie par le départ de Queeny…
Alors il est vrai que revoir cet anneau plutôt simple, en or blanc, paré sur tout son extérieur par des onyx d'un noir profond et un seul diamant brut d'une pureté absolue, métaphore que je jugeais ultime à ce moment de sa personne, me serre la gorge et me rend amer en même temps.
Parce qu'à quoi bon posséder un joyau dans sa poche, le rêve par excellence de ce que l'on aimerait toucher du doigt, la preuve ultime de ce que l'on voudrait avoir, s'il reste enfermé dans une prison de velours noir sur un coussin de soie rouge sang ? À rien, absolument rien…
— Elle est magnifique, Blaise…, souffle-t-elle, admirative.
— Je sais… Et la seule femme que j'aurais voulu voir la porter ne m'a plus adressé la parole depuis que je lui ai demandé de m'épouser… Tu sens toute l'ironie de la chose, là ? ricané-je en refermant violemment le boîtier.
— Je crois surtout que tu t'es trompé en croyant que ce qu'elle désire le plus au monde, c'est le mariage, hausse-t-elle les épaules.
Pas sûr qu'en ce qui concerne cette question, Mère partage son opinion ! Si j'en juge la ferveur dont elle a fait preuve pour se trouver plus ou moins tous les ans un nouveau mari, je serais vraiment tenté de dire que, si, toutes les Sang-Pur ne rêvent que d'une seule chose depuis leur enfance, et c'est d'avoir le genre de petites merveilles de magie que porte Granger au doigt !
Mais je peux comprendre le fanatisme que des filles telles que Ginny Weasley — ou encore Astoria Greengrass qui, dans ce domaine, peut clairement rivaliser avec la rousse — peuvent faire preuve face à ce genre de bijoux ou à la symbolique qu'ils représentent.
Quelle femme n'aimerait pas avoir, à son annulaire, la preuve parfaite par la magie que celui pour lequel son cœur bat, son âme vibre, l'aime tout autant ? Parce que cet objet est bien plus magique et symbolique qu'il n'est réellement cher…
Le brin de diamant représentant la femme et l'éclat naturel de son âme et sa magie, qui se croise avec celui, lisse et brut, de l'homme, celui qui se met totalement à nu en fournissant cette preuve ultime de son amour, les deux se croisant bien souvent et finissant par se rejoindre en un unique brin, dans leur cas…
Non, réellement, pour un type qui prône la non-romance aussi bien qu'une danseuse de La Licorne Ensanglantée porte les vêtements transparents, je le trouve assez doué dans le domaine !
— Je croyais que toutes les femmes voulaient le mariage ? froncé-je les sourcils.
— Certaines, sûrement, mais ne fait pas du cas de Ginny une généralité, veux-tu ? grimace-t-elle violemment. Nous ne collectionnons pas toutes les morpions comme d'autres collectionnent les chaussures !
— Alors que veulent-elles ? soupiré-je, fatigué par avance.
J'ai beau faire de mon mieux, tenter d'y mettre tout ce que j'ai, au final, j'ai juste l'impression que je ne parviendrais jamais à comprendre la seule femme dont je souhaiterais savoir parler le langage et, à force, je trouve cela épuisant… Pas que me voir renvoyé inlassablement dans la zone du meilleur ami ne soit pas agréable, mais tout de même ! L'égo en prend un sacré coup à force !
— Je vais t'apprendre un secret sur les femmes, Blaise. Elles ne veulent pas le prince charmant ni même que vous soyez galant. Les femmes veulent trouver quelqu'un qui sache les regarder dans les yeux, voir leurs failles, accepter leurs défauts, leur tenir la main en public et les embrasser sans qu'il n'y ait forcément de sexe à la clé.
Bien ! Jusque-là, je suis plutôt dans les cordes, ce qui me rassure ! Alors pourquoi me repousse-t-elle continuellement ? Pourquoi ai-je inlassablement l'impression de ne pas mériter son amour ? Mais il semblerait que Granger soit dans une période favorable puisque, après avoir pris une gorgée de ce rosé absolument infâme, elle reprend la parole.
— On veut simplement quelqu'un qui veuille bien de nous. On se fiche qu'il ait un tableau de chasse long comme un jour sans fin, qu'il soit sexy comme ce n'est pas permis ou qu'il soit un dieu au lit. Ce qui est important, c'est qu'il nous fasse rire et sourire, qu'il sèche nos pleurs et qu'il nous tienne la main.
Merde… Là, par contre, il semblerait que je ne sache réellement pas m'illustrer de la meilleure des manières… Combien de fois me suis-je vanté d'avoir conduit une nouvelle fille à la tour d'astronomie ou d'avoir eu droit à ma première fellation à treize ans ? Soyons honnêtes, bien trop souvent pour être le gendre idéal…
Quoique, vu le taré qu'elle avait comme père, je pourrais certainement mettre ma baguette au feu que ce genre de comportements m'aurait apporté plus de bons points que d'insultes… Néanmoins, vu que je n'ai jamais torturé ou tué qui que ce soit, là encore, le sujet reste à débattre, je suppose…
— Dans le fond, peu importe qui est la personne en question, tout ce que nous voulons, c'est qu'on nous aime. L'amour a beau être la pire arnaque qu'on nous délivre dans notre enfance en tant que femme, c'est ce qui nous maintient en vie. J'ai le cœur brisé et un trop gros égo pour aller l'avouer à l'homme que j'aime parce que j'ai trop peur de mourir si je le faisais.
— Mais ça, ça ne m'aide pas avec Pansy, soupiré-je en me laissant tomber en arrière, fatigué. Ça ne me dit pas ce qu'elle, elle attend de la vie, de la personne qu'elle pourrait, un jour, vouloir épouser…
J'ai parfaitement conscience d'avoir tout du gros connard de base en « minimisant » l'état de son cœur à l'instant présent, mais si j'en juge la rougeur obsédante de sa bague, mon cas semble tout de même un peu plus critique que le sien, à l'heure actuelle…
— L'histoire de Pansy est différente de celle de Padma, de Susan, Luna, Fleur ou encore la mienne, hausse-t-elle les épaules, désinvolte.
— Merci, Granger, de mettre en avant des choses que je sais déjà ! soupiré-je en tentant de ne pas lever les yeux au ciel. Tu en as encore du sensationnel comme ça ou dois-je m'acheter un bon siège le temps que tu parviennes à la fin de ton réquisitoire sur « les turpitudes d'une femme au cœur brisé, par Hermione Granger » ?
— Elle a la trouille, tout simplement, Blaise, sourit-elle tristement. Elle a une peur bleue que ses cauchemars reprennent, que son père la hante au point de ruiner sa vie et lui enlever chaque once de bonheur possible.
— Parce que tu crois qu'elle ne passe pas déjà son temps à regarder derrière son épaule pour s'assurer qu'il n'est pas là ? Bordel, Granger ! Je n'avais pas besoin que tu te la joues Hawks sous potion d'Aiguise-Méninges pour savoir ce genre de choses !
Franchement, il y a des jours où je me dis que cette fille n'est vraiment pas terminée ! Ne peut-elle pas comprendre que les peurs de Pansy, je les connais, je les comprends peut-être même mieux que cette fille ?
Que j'ai passé des nuits entières, durant l'expérience de cet hiver, à la tenir dans mes bras pour faire s'échapper les cauchemars tout en faisant de mon mieux pour ne pas le prendre pour moi lorsqu'elle me dégageait du lit à grands coups de pied, une fois de retour dans la réalité ?
— Justement Blaise, tu t'attendais à ce qu'elle te dise « oui mon amour faisons un enfant aujourd'hui et marions-nous demain » ? Pansy est en conflit intérieur et se protège de toutes blessures pour ne pas en subir d'autres qui s'additionneraient à toutes celles déjà présentes. Elle a un besoin vital de sa carapace de salope sans cœur pour ne pas s'écrouler, ne pas sombrer dans une nuit sans fin. Elle a agi de cette manière avec toi pour te repousser parce que sur le moment elle devait te voir comme un Strangulot.
On m'a déjà comparé à beaucoup de choses, mais je dois avouer qu'à un Strangulot, c'est bien une première ! Si elle voulait avoir une discussion plus poussée et philosophique abordant la question ô combien cruciale de « comment élever un Strangulot dans un 18 m² au troisième sans ascenseur » elle n'a qu'à de toute urgence retourner en Angleterre fricoter avec Weasley !
J'ai des problèmes un peu plus importants à gérer que sa croisade pour abolir la rubrique chasse et pêche de La Gazette ! Enfin, quand on voit toute l'ardeur dont elle a fait preuve simplement pour faire comprendre à Lixy qu'elle devrait demander à être payée un Gallion par mois pour son travail à notre service…
— Arrête-moi si je me trompe, sourit-elle en coin, mais tu l'as demandé en mariage parce que tu voulais la voir heureuse, non ?
— Oui, mais ça, tu le sais déjà, soupiré-je, las. Le problème c'est que Pansy c'est une sorte de potion hypercorrosive sur le point d'exploser ou un Feudeymon dans un magasin de petit bois… Ça se déclenche comme une montée d'acné sur le visage de Millicent dans l'adolescence et ça devient incontrôlable par la suite…
— Tu vois, c'est ça ton problème, Blaise…, fait-elle de la même manière. Tu veux être celui qui la guérira de tout, qui pense pouvoir tout lui faire oublier, mais ça ne marche pas comme ça. Tu l'aimes, ça, je le sais, mais tu fais tout de travers. Pourtant je ne doute pas une seule seconde que, s'il n'y avait qu'un seul homme sur Terre capable de la porter dans la lumière, ce soit toi. Après tout, je n'aurais pas signé ce contrat de fiançailles en votre nom avec ta mère, sans ça !
Pardon ?! Elle est sérieuse, là ? Même si je sais pertinemment qu'elle l'a fait uniquement parce qu'elle a les meilleurs intérêts de Pansy, et peut-être aussi un peu les miens, à cœur, il n'en reste pas moins que, le jour où elle l'apprendra, je ne donne pas cher de mon ivrogne de Psychomage d'un soir !
— Seulement, tu vas trop vite en besogne, secoue-t-elle la tête, affligée. Apprends à lui montrer que tu l'aimes avec ses blessures, n'essaie pas de les colmater. Apprends à lui montrer qu'elle est belle et désirable quand elle sera prête et pas simplement parce qu'elle le voudra. Donne-toi à elle comme tu ne t'es jamais donnée à personne et je ne parle pas de relation sexuelle dans ce cas précis, je tiens à le préciser !
Ce qu'elle ne comprend pas, c'est que Pansy est la seule personne à qui je ne me sois jamais confié, malgré sa froideur et sa capacité incroyable à me faire me sentir plus con que la moyenne et moins bien que le premier crétin venu.
Je lui ai déjà dit qu'il m'importait peu qu'elle ait une sorte de seconde personnalité parce que je sais parfaitement que ce trouble dissociatif de l'identité est ce qui la maintient en vie et, soyons honnêtes, son petit côté garce m'a un peu trop souvent donné des rêves déconseillés aux mineurs.
Je lui ai déjà dit que je serais prêt à n'importe quoi pour qu'elle arrête de pleurer à cause de ce qu'un connard, que Drago et Théo m'ont empêché de tuer il y a des années, lui a fait.
J'ai fait de mon mieux pour qu'elle comprenne qu'elle était la femme la plus belle et la plus importante à mes yeux, que s'il le fallait, je serais même prêt à prendre les coups à sa place, pour lui éviter de devoir inlassablement revivre les mêmes cauchemars. Mais elle ne le veut pas.
— Alors que dois-je faire ? Parce que, soyons honnêtes, tes conseils de reboucher les fissures, ça va bien si tu es un elfe de maison, mais pour un Serpentard, c'est juste tellement trop vague que même Théo serait capable de te demander de l'éclairer sur la question !
— D'accord…, soupire-t-elle en regardant le ciel. Imagine une chaise cassée, une chaise à qui il manque un pied… Un Reparo et tout est comme avant. Pansy a l'impression que tu attends juste un signe pour lancer ce sort et que tout soit normal entre vous. Et elle n'est pas prête pour ça. Pansy est le pied cassé elle ne voit d'elle que ce bout, toi tu vois la chaise, elle ne la voit plus.
Après la rubrique Chasse et Pêche de La Gazette, la voilà donc lancée en faveur d'une défense ardue pour le maintien de la section menuiserie du quotidien… Décidément, on pourra dire ce que l'on veut, cette fille a vraiment l'art et la manière d'apporter ses arguments sur le devant de la scène… Même si ceux-ci ne cassent pas trois pieds à un tabouret !
— Il faut que tu lui montres qu'elle n'est pas que ce bout de bois, poursuit-elle inlassablement sur sa lancée. Qu'elle est entière et sans lancer de sort parce qu'elle n'est pas cassée. Juste endommagée. Ses blessures font partis d'elle, tu dois l'accepter et lui montrer que tu les acceptes. Elle ne veut pas être réparée, elle veut juste être aimée avec son passé, et dans ton attitude elle sent tout l'inverse.
Est-ce qu'inconsciemment, je fais ce dont elle est en train de me parler ? Mes actes et mes paroles ont-ils la même portée que ce qu'elle emploie métaphoriquement comme un Reparo ? Suis-je aussi stupide pour avoir besoin que quelqu'un m'explique à quel point je ne connais même pas la seule et unique femme que j'aimerais un jour, si Merlin le veut bien, épouser ?
— Mais, globalement, qu'attend-elle de moi ? soufflé-je, désemparé. Que je me passe moi-même au Veritaserum et que je lui demande de me poser toutes les questions auxquelles elle désire avoir des réponses ? Parce que, soyons honnêtes, même si je trouve le procédé révoltant, je pense que, pour elle, j'en serais capable…
— Je vais finir par croire qu'il faut que je te fasse faire un tour chez les Moldus pour regarder toutes les mièvreries qui puissent exister en matière d'amour et de romantique pour que tu comprennes. Elle veut que tu l'aimes elle, mais aussi que tu ne lui prouves pas que tu l'as demandé en mariage ou que tu lui offres des fleurs et du chocolat, elle n'est pas prête pour ça. Tu l'as fait flipper avec ta demande en mariage, crétin !
Non, mais il n'y a pas à dire ! Entendre ce genre de langage dans la bouche de cette fille que, jusqu'au début de l'année, je prenais encore pour une réincarnation de la licorne de la Forêt interdite tuée par le Seigneur des Ténèbres, ça me choque ! Allez savoir pourquoi !
Peut-être parce que même en faisant tous les efforts du monde, je ne parviendrais jamais à comprendre comment un mec peut changer à ce point une fille jusqu'à la faire devenir presque aussi dévergondée que lui alors qu'il détient tout de même une sacrée palme dans le genre, dans notre salle commune !
Pourtant, elle n'a pas tort non plus… Pansy n'est pas le genre de femme à avoir besoin de chocolat pour comprendre qu'on l'aime — déjà parce qu'elle n'a pas besoin d'un homme pour aller jusqu'aux cuisines et aller se chercher son chocolat elle-même, et ensuite parce qu'elle ne laisse aucun homme l'approcher à moins de cinq mètres sans présence de chaperon — et il est bien possible que je l'aie légèrement effrayée en la demandant en mariage de manière si cavalière.
Mais de là à vouloir me faire faire un tour chez les Moldus ! Je trouve qu'elle prend vraiment un peu trop ses aises, la petite Miss je-sais-tout, depuis qu'elle s'est découvert une nature d'exhibitionniste notoire !
— Tu dois aussi comprendre que, sous ses dehors de roc indestructible et froid comme la glace, l'expérience de cet hiver l'a tout autant fragilisé que nous autres. Elle est paumée dans un monde qui tourne trop vite et dont les règles changent constamment, tu ne peux pas attendre d'elle qu'elle soit une copie parfaite de toutes les dindes que tu as levées pendant toute ton adolescence parce qu'elle, durant la sienne, elle s'est évertuée à se relever.
— Alors je devrais simplement faire quoi ? Attendre bien sagement sur mon siège qu'elle comprenne que j'ai parfaitement conscience qu'elle est une femme plus que belle et forte et qu'il ne lui manque vraiment pas grand-chose pour devenir parfaite à mes yeux ?
Cette simple idée est révoltante à plusieurs niveaux ! Déjà parce que, rester bien sagement assis, je ne suis jamais parvenu à le faire et parce que les dindes levées dont elle parle, j'ai arrêté de courir après depuis près d'un an.
Mais surtout parce qu'à mon niveau, à moins de lui faire un coup à la Weasley et lui bourrer la gueule pour l'épouser à Vegas, je ne vois plus vraiment comment faire pour lui faire comprendre que je suis sincère quand je lui dis que je l'aime…
— Sois honnête, Granger, si Weasley t'avait donné toutes les raisons que je lui ai données à elle de ne jamais douter de moi ou de ma capacité à l'aimer, tu ne serais pas là, assise par terre à faire l'ivrogne des bas quartiers sur une pierre moussue, mais bien en train de te faire…
— Simplement parce que lui ne m'aime pas, mais on parle de ton cas Zabini, me coupe-t-elle abruptement. Si tu veux la vérité, à mes yeux, elle véhicule bien mieux les valeurs des Gryffondor qu'une Lavande ou une Parvati. Parce que, crois-moi Blaise, il lui a fallu bien plus de courage pour se relever qu'il ne t'en a fallu, à toi, pour te mettre à genoux et lui demander de t'épouser…
J'ai beau savoir qu'elle apprécie vraiment la Gryffondor — même si elle préférerait certainement mourir plutôt que de lui avouer en face — je doute qu'elle apprécie à sa juste valeur ce que Granger semble voir comme étant le compliment ultime à délivrer à quelqu'un…
— En un sens, je pense qu'elle veut juste que tu lui prouves qu'elle n'est pas irrémédiablement salie, pas complètement détruite, que quelqu'un puisse l'aimer sans avoir peur de la personne qu'elle peut devenir en fonction de ses émotions. Qu'elle est tout autant la garce que nous avons le plaisir douteux de côtoyer tous les jours, que celle que tu as embrassée le soir de Noël. Voilà ce que tu dois faire pour elle…
Je n'ai aucune honte à l'avouer, je suis totalement pendu à ses lèvres, attendant qu'elle me délivre la bonne parole ou, tout du moins, une solution miracle à un problème foutrement épineux qui est en train de me rendre dingue depuis des mois…
Jusqu'à ce que je ne prenne conscience de ce que je ressentais pour Pansy, jamais je n'avais eu à ramer à ce point avec une fille et plus encore après lui avoir dit mon nom de famille ou lui avoir donné un relevé approximatif de nos voûtes à Gringotts…
Mais Pansy est différente de toutes les autres… Pas parce qu'elle est « fissurée » comme le dit Hermione, mais plutôt parce qu'elle est le genre de femme qui ne vous laissera qu'une seule et unique chance et que, dans mon cas, j'en ai déjà grillé plus d'une centaine. Jusqu'à ce jour de la Saint Valentin où, là, j'ai révélé un niveau incroyable de connerie qui a certainement dû faire fondre toute possibilité d'avenir avec elle, comme neige au soleil…
— Pas de réparation, juste l'aimer elle et tu l'as connu mieux que personne alors tu sais comment lui montrer, c'est juste que tu t'aveugles pour ne pas le comprendre, hoche-t-elle la tête, le regard résolu et les sourcils froncés de concentration. Tu es celui qui la rendra heureuse, qui l'aimera et elle finira aussi par s'en rendre compte, il lui faut juste un déclic… Parfois, avoir le sentiment de perdre une personne peut pousser l'autre à une remise en question.
— Et c'est ce qu'il s'est passé avec toi ? haussé-je un sourcil, intrigué. À force de le voir risquer sa vie, sa liberté et sa santé mentale pour tes beaux yeux, ça t'a fait revoir ton jugement sur lui ?
Parce qu'il faut bien le reconnaître, ils ont beau avoir été tout ce qu'il y a de plus discrets en ce qui concerne les débuts, le milieu et, si je ne l'avais pas forcée au transplanage d'escorte, la fin de leur histoire que Rogue quand il s'agit de ses sentiments… De véritables tombes ! Quoique, pour l'un d'entre eux, cette métaphore soit devenue une réalité…
— Aujourd'hui, il est libre de coucher ou d'en aimer une autre, alors à quoi bon en parler ? hausse-t-elle les épaules avec une désinvolture feinte. L'amour fait mal quand il n'est pas retourné et ce n'est pas ton cas alors ne perd pas ton temps à essayer d'analyser ma relation avec lui…
— Pourtant, je crois qu'il y a autant à dire sur ma non-relation avec Pansy qu'il n'y en a à dire sur la vôtre…, fais-je de la même manière. Mais soit, je veux bien accepter le fait que tu ne veuilles pas en parler pour le moment. Néanmoins, saches que, le jour venu, si tu as besoin que quelqu'un lui jette un Doloris pour lui faire sentir ce que tu subis depuis que tu es arrivé ici, n'hésite pas, j'ai ma baguette qui me démange depuis que Constantin Parkinson a tenté de flouer la Mort avec un simple brelan en main…
Le poker est un sport sacré chez les Serpentard, presque autant que la manipulation ou la délation ! Alors savoir que ce fils de chien a osé croire que ce qu'il a fait resterait impuni et pouvoir s'en aller tranquillement dans son sommeil sans souffrir le même martyre que sa fille me file la gerbe…
— Merci de ta proposition, sourit-elle faiblement en hochant la tête. Je saurais m'en souvenir. Mais toi, de ton côté, fais tout pour que cette non-relation en devienne une, justement. Tu mérites d'être heureux avec elle, Blaise.
— Le plus important, ce n'est pas que moi je sois heureux, le plus important c'est qu'elle, elle le soit, secoué-je la tête, souriant tendrement. Elle mérite le monde bien plus que n'importe qui.
— Sur ce point, tu te trompes encore une fois, secoue-t-elle la tête. Elle ne pourra être entièrement heureuse si tu ne l'as pas et vice versa. Le plus important est que vous soyez heureux séparément pour qu'ensemble vous formiez un bonheur imparfait, mais votre bonheur. C'est ça qui est important.
— Merci, Granger, de m'avoir ouvert les yeux, souris-je, hochant humblement la tête après avoir pris le temps d'intégrer ce qu'elle vient de me dire. Je n'avais pas conscience d'être si loin de la réalité en pensant que lui offrir la sécurité et la protection de mon corps et de mon nom face au reste des hommes n'était pas assez. Que je devais l'aider à s'accepter elle, avant d'accepter la vie dans son ensemble…
Elle hoche la tête, un sourire doux et triste broyant ses traits déjà bien marqués par le manque de sommeil, les heures passées plongées dans ses bouquins poussiéreux et les larmes, ses yeux se perdant dans le lointain alors que ses doigts caressent inconsciemment son alliance.
En la voyant ainsi, il ne fait aucun doute que, ce soir encore, je la retrouverais endormie sur le tapis de la bibliothèque, des tonnes de grimoires et de parchemins étalés autour d'elle, sa main droite fermement enserrée autour de son bracelet d'Union…
Le silence se poursuit de très longues minutes entre nous, n'étant perturbé que par le hululement des chouettes et le ressac des vagues en contrebas, jusqu'à ce que, visiblement, elle en ait marre de nous laisser nous morfondre dans nos sombres pensées et les souvenirs peu joyeux qui les accompagnent…
— Tu sais ce qu'on devrait faire pour fêter cette grande prise de conscience de ta part ?
— Je sens une idée lumineuse digne d'une Gryffondor ivre vouloir pointer le bout de son nez !
— Tais-toi et écoute-moi ! Dans le monde moldu, il y a certains restaurants qui te payent le champagne quand tu te fiances chez eux !
Hors de question que je revienne sur ma promesse faite à Drago et, implicitement, à Weasley, de la garder en sécurité et éloignée de toute menace possible ! De plus, quelle idée absolument débile a bien pu germer dans sa tête pour vouloir que nous allions manger dans le monde moldu, alors qu'à cette heure-ci, Lixy doit déjà avoir préparé le repas du soir ?
Décidément, il lui manque réellement une case à cette fille lorsqu'il est question de Charlie Weasley, et elle serait bien capable de se foutre en l'air juste par simple esprit de contradiction envers lui ! Ne pense-t-elle pas au fait qu'il me hacherait menu s'il savait que je nous ai fait quitter la protection du Fidelitas ?
— Et tu veux quoi ? Que je trouve un pauvre crétin dans un restaurant à qui je refilerais une bague à mille trois cents Gallions, pour qu'il se fasse rembarrer à son tour par la femme qu'il aime ? levé-je les yeux au ciel.
— Non, mais je commence à avoir faim, et le vin est vraiment dégueulasse ! Que penses-tu de me demander en mariage ce soir, Blaise Zabini ?
Et risquer de perdre, par deux fois, ce qui m'a rendue si fier pendant de si nombreuses années en plus de m'empêcher d'avoir toute la stabilité du monde sur un balai ? Parce que je ne doute pas que Pansy me couperait les couilles pour avoir fait un truc aussi tordu !
— Si quiconque m'avait dit un jour que je verrais l'héroïne du monde sorcier britannique Hermione Granger me supplier de l'épouser pour pouvoir continuer de me bourrer la gueule, je n'y aurais pas cru !
— Tais-toi, j'ai juste envie d'oublier pour quelques heures que l'homme dont je suis stupidement amoureuse m'a prise pour une conne sans que je ne m'en rende compte alors que, toute ma vie, j'ai toujours pu faire confiance à mon intelligence…
Alors, sur ce point, je ne suis pas totalement d'accord avec elle ! Certes, Potter serait mort en première année, ce qui aurait fortement impacté la démographie sorcière anglaise dès ce jour-là, en revanche, pour se marier bourrée à Vegas à un mec qu'on clame sur tous les toits détester, je pense qu'il serait intéressant de remettre en question ladite intelligence !
— Crois-moi sur parole, Tesoro, si ce gars n'est pas raide dingue de toi, alors je veux bien me faire prêtre ! souris-je en coin.
— Je te dis que…, s'emporte-t-elle, mais je l'arrête.
— Peu importe ! secoué-je la tête. Je te propose plutôt de te joindre à moi pour faire honneur à la cuisine de Lixy, au manoir où, là au moins, je n'aurais pas à attendre durant des heures pour avoir mes plats ! Qu'en dis-tu ?
— Tu m'as convaincu en me disant que je n'aurais pas à attendre pour me remplir l'estomac ! sourit-elle franchement en me prenant par le bras.
Elle est peut-être totalement frappée, complètement givrée et irrémédiablement cinglée, j'en viens, en cet instant, à comprendre ce qui peut tant fasciner Weasley en elle. Parce que, lorsqu'elle sourit et vous regarde dans les yeux, elle a ce je-ne-sais-quoi qui vous fait croire que le monde est vraiment beau et pour quelques instants, le poids sur mes épaules s'allège.
C'est pourquoi, durant tout le trajet nous ramenant jusqu'à la villa, je la laisse babiller en ne l'écoutant que d'une oreille, souriant quelques fois dans le vide lorsqu'elle évoque certains souvenirs de son passé en compagne de ses deux compères. Comment a-t-elle bien pu faire pour rester en vie aussi longtemps ? J'avoue que cette question risque de me tourner en tête un long moment…
Pourtant, une fois dans la salle à manger où Lixy nous a déjà installé notre table, je nous sens nous tendre, mal à l'aise de nous retrouver dans une ambiance si guindée alors que, depuis son arrivée en ces lieux, elle fuit la salle à manger comme la dragoncelle.
— Que penses-tu de l'idée d'aller manger dans la bibliothèque ? proposé-je spontanément.
— Sacrilège ! On ne mange pas dans une bibliothèque ! s'écrie-t-elle en élevant la voix. N'as-tu jamais été dans celle de Poudlard ?
— Bien sûr que si, souris-je en coin en emportant mon assiette. C'est bien connu, les intellos adorent apprendre dans tous les domaines, tu ne pourras pas dire le contraire !
Je ne retiens mon rire face aux rougeurs profondes de ses joues qu'une douzaine de secondes avant de me laisser aller à mon hilarité. Comment peut-elle croire que le plus jeune fils des Lovegood-Weasley, durant l'épreuve, n'a jamais raconté ce qu'il a pu entendre quelques soirs avant Yule ?
Bon sang, je crois bien que nous avons failli perdre Drago ce jour-là, mais en toute honnêteté, ça en valait réellement la peine ! Je crois ne jamais avoir entendu Théo rire à ce point ! Il lui a bien fallu une demi-heure avant de parvenir à retrouver son sérieux et ne parlons pas des deux jours qui ont suivi et où il devait rester stoïque face à eux deux…
— Allez, viens avec moi, Miss Parfaite, ris-je doucement en lui ouvrant la voie. Il suffira que nous demandions à Lixy de nous préparer la table d'appoint pour dîner.
— Tu la surcharges de travail, renifle-t-elle en levant le menton. Tu es professeur de métamorphose, tu dois savoir faire d'un fauteuil une table basse, non ?
— Je remarque que, lorsqu'il est question de manger, tu es même prête à passer au-dessus de tes propres principes ! souris-je doucement en lui ouvrant la porte de la bibliothèque. Je note l'information.
— C'est à cause de Weasley, bougonne-t-elle en s'asseyant sur le canapé. Il a passé un mois à m'engraisser comme une oie qu'on prépare pour Thanksgiving…
Une formule plus tard, de nombreux verres venant s'ajouter à la quantité astronomique de bouteilles vidées sur la falaise et l'estomac plein de pâtes carbonara puis de tiramisu, c'est en me retenant durement de rire que je l'écoute me livrer son ressenti sur sa première rencontre avec ma mère.
— Mais tu te rends compte de la première impression que je lui ai donnée de moi ?! s'écrie-t-elle, les yeux baignés de larmes d'hilarité. J'étais en petite tenue et je sortais de ta chambre !
— Parce que tu crois que c'est mieux d'avoir, en guise de salutation, un « Blaise, tu peux m'expliquer ce que tu fais ? Tu te lances dans les œuvres de charité ? », levé-je les yeux au ciel. Comme si j'avais la tête du gars qui fait ce genre de choses !
— Au moins toi, la première chose qu'elle t'ait réellement dite, c'est bonjour ! soupire-t-elle en portant son verre à ses lèvres. Moi elle m'a demandé si je n'étais pas enceinte pour avoir la tête que j'avais et les cernes atroces sous mes yeux…
— Il faut dire que tu n'étais pas non plus à ton avantage, ce jour-là…
C'est un fait… Le jour où je suis enfin parvenu à la faire émerger de sa chambre, il m'a fallu toute la conviction et la patience du monde pour la faire venir jusqu'à ma chambre et qu'elle prenne le temps de se doucher…
La connaissant, à partir du moment où je lui ai dit qu'elle aurait le droit de fouiller dans la bibliothèque dès qu'elle sortirait, elle aurait été capable de descendre manger en sentant l'hippogriffe et en faisant honneur à sa maison aux vues de la crinière asymétrique qu'elle appelait vaillamment « chevelure »…
— Pourtant, avec le recul, je trouve ta mère vraiment extraordinaire et je lui trouve un courage incroyable, souffle-t-elle doucement en penchant la tête, de profil sur le canapé, un pied sous sa cuisse, me faisant face. Parvenir à élever un enfant sans avoir l'homme que l'on aime à ses côtés, le tout en gardant le sourire et en ayant la forme pour son âge, c'est une prouesse que je ne suis pas sûre de parvenir à tenter si ça m'arrivait…
Sur ce point, j'en doute fortement ! Cette fille ne sait pas faire autrement que de donner tout ce qu'elle a pour être parfaite, pour être forte et courageuse et faire honneur à sa maison ! Mais je sais que, si nous nous lançons encore une fois dans ce genre de conversation, le peu de maquillage qu'il lui reste risque de partir aux belladones en deux temps, trois mouvements…
— Il faut dire que la foule de beaux-pères que j'ai eue a beaucoup joué, ricané-je en secouant la tête de dépit.
— Combien de maris a-t-elle eus ? fait-elle, curieuse, un sourcil haussé.
— Trois sur chaque continent, réfléchis-je rapidement en les comptant sur mes doigts. Sauf en Europe où elle n'a eu qu'Elias, un Allemand à l'accent si prononcé qu'il n'a jamais su dire mon nom comme il fallait…
— Ta mère aime voyager ? demande-t-elle, intriguée.
— Elle n'aime surtout pas être seule et lorsqu'elle a compris que je devrais bientôt aller à Poudlard, elle s'est rendu compte que dix mois dans l'année elle serait seule dans cette grande villa et c'est à ce moment qu'elle a rencontré le Cheikh Khalid Al Olhyan, sage auprès du ministère de la Magie à Abu Dhabi. J'avais six ans, si mes souvenirs sont bons.
Je crois bien qu'il a été celui de toute cette liste des beaux-pères que j'ai le plus apprécié… Peut-être parce qu'il était le seul à avoir compris que ma mère ne détenait pas la richesse de mon père et qu'il se fichait parfaitement de son nom. De tous, je crois qu'il a été le seul à nous avoir aimés, Mère et moi, sans que l'argent ne rentre en compte dans son jugement…
— Elle est restée mariée longtemps à cet homme ?
— Huit mois, si je me souviens bien, fais-je avec beaucoup de détachement. Il est mort quelques jours après avoir modifié son testament pour que tout me revienne.
— Et ça n'a jamais mis la puce à l'oreille de quiconque que tous les maris de ta mère finissent par mourir subitement et mystérieusement quelques mois après leur mariage ? s'écrie-t-elle, estomaquée.
— Mère change de continent après chacun de ses mariages, secoué-je la tête. C'est pourquoi nous avons ensuite eu le droit, à l'anniversaire de mes sept ans, à Diégo ! Trente-cinq ans à l'époque, le physique d'une danseuse de ballet aquatique, la voix d'un être de l'eau et la mentalité d'une Mimi Geignarde après une rencontre avec le Basilic !
Je me joins à son rire, m'amusant réellement pour la première fois depuis longtemps. Certes, je le fais aux dépens des déboires sentimentaux de Mère, mais savoir que je parviens encore à faire rire et passer un bon moment à quelqu'un me fait du bien.
Depuis bien trop longtemps, depuis quatre ans à vrai dire, même si je fais de mon mieux pour tenter de tout prendre à la rigolade et de ne rien laisser m'atteindre, j'ai parfaitement conscience de ne pas y arriver. Trop de choses se sont passées pour que mon mental n'en prenne pas un coup…
Que ce soit le retour du Seigneur des Ténèbres, la mort de Diggory, la montée en puissance des Mangemorts et leur leadeur, les sévices à l'encontre de Pansy, Ombrage et sa politique de propagande pro Ministérielle, Drago et ses envies de gloire et de puissance, l'année dernière à Poudlard ou encore la guerre et les conséquences de celle-ci, j'ai conscience d'avoir plus de mal qu'avant à trouver de quoi rire tous les jours.
Peut-être est-ce pour cela que j'ai tant loué l'idée des directeurs de faire revenir les jumeaux Weasley au sein de l'école et plus encore, en mettre un en partenariat avec moi pour le poste de professeur de métamorphose.
Parce que l'on pourra dire tout ce que l'on veut, faire du bien aux gens en les faisant rire et sourire, en se servant d'eux comme cobayes ou en leur racontant des blagues, dans ce domaine, ils sont des as et Poudlard avait besoin d'eux pour se remettre sur les rails après l'an passé.
Pas que la politique d'enseignement et de tenue stricte dans le château sous la directive de Rogue ait été une mauvaise chose, après tout, je doute qu'il y ait eu « si peu » de monde en retenue sinon, mais je n'avais jamais vu l'école aussi triste et terne qu'à l'époque, le château lui-même semblant perdre de son éclat au fil des jours.
Alors oui, ils sont bruyants et sans gêne, oui, ils se servent de nous comme testeurs pour leurs blagues et, encore une fois, oui, ils n'ont aucune conscience des limites. Mais ils ont rendu la vie à notre école et, en association avec Granger, ils ont rendu l'espoir à la jeune génération.
Peut-être est-ce pour cela que personne, Rita Skeeter mise à part, ne se permet de dire du mal d'eux trois. Parce qu'ils ont redonné l'une des choses les plus importantes au monde que le Lord a pris sans vergogne l'an passé : l'espoir et l'envie de rire. Même Rogue semble tolérer, voire, dans certains cas, apprécier leur présence, ce qui n'est pas peu dire !
— Tu sais quoi, Blaise ? rit-elle à nouveau, me coupant brutalement de mes pensées. Je crois que Drago a eu la meilleure idée de sa vie en nous envoyant au loin après le jugement ! Tu es vraiment le meilleur antidépresseur que je n'ai jamais pris !
(la suite, au prochain épisode, les enfants ! 😉 )
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Je vous dis donc au samedi 18 septembre pour la troisième partie du chapitre 35 intitulé : « Faire face » !
Je vous embrasse et vous souhaite une très bonne semaine à tous, soyez prudents et gardez vos amis et vos familles en sécurité,
Bisou,
Mya.
