Bonjour et bienvenu

Dans cette troisième partie du chapitre trente-quatre du Souffle Du Dragon !

Je tiens à remercier ceux qui m'ont ajouté en favoris ou en likes, chers lecteurs, mais plus encore pour leurs messages. Les reviews sont les seules récompenses que nous, auteurs de Fanfictions, ayons, alors je vous remercie réellement de prendre de votre temps pour ne serait-ce que me laisser un j'aime ou bien me dire ce qui vous dérange dans cette histoire. Vous êtes des amours !


/ ! \ ANNONCES IMPORTANTES :


1) Afin de laisser à ma bêta le temps de prendre de l'avance dans les corrections, chaque fois que nous aurons fini de publier deux chapitres dans leur entièreté (ou un qui serait découpé en trois partie) , nous ferons une pause d'une semaine à chaque fois. De plus, sachez que chaque chapitre sera, dès à présent, coupé en trois parties car faisant entre 60 et 92 pages pour le moment, ce qui reste assez conséquent…
Pour ceux qui s'inquiètent d'un tel procédé, sachez que chaque chapitre complet représente environ 30 000 à 45 000 mots dans certains cas où je ne puisse décemment pas supprimer des scènes qui sont cruciales pour la suite.
À l'heure actuelle, cette histoire est écrite jusqu'au chapitre 35 et deux autres sont déjà écrit, de même qu'un des deux épilogues et un bonus, donc ne paniquez pas, je reste toujours active sur cette fiction !

2) Après remarque de plusieurs d'entre vous, je me suis aperçue qu'il vous manquait un Point de vue dans le chapitre 31 (part 1), de ce fait, je l'ai reposté, afin que vous ayez au moins une partie de la seconde épreuve. Encore une fois, je vous présente toutes mes excuses, chers lecteurs !

3) La partie 1 du chapitre 32 a été repostée aussi car certaines modifications sont passées à la trappe.

4) il y aura une pause un peu plus longue que prévue, entre la fin de la publication du 34 et la première du 35, pour cause de vacances avec accès internet réduit…

À l'attention de Dramionymus et coeurderosedu28, je vous ai envoyé un MP en réponse à vos commentaires ou à vos messages tout courts ! Je te remercie beaucoup, Guest, pour ta review, et oui, je te le confirme, les ennuis ne font vraiment que commencés !

N'hésitez pas à vous créer un compte pour pouvoir échanger avec moi sur cette fiction 😉

Comme d'habitude, je vous souhaite à tous de passer un très bon moment sur ce chapitre, nous nous retrouvons en bas pour la seconde partie de mon Blabla d'auteur !


*** Bonne lecture ! ***


Précédemment dans Le Souffle du Dragon :

Arthur

Elle fait simplement ce qu'elle considère être juste, ne se souciant pas un seul instant des conséquences de ses actes ni même de la douleur et le désespoir qu'entraînerait sa perte pour nombre de sorciers… Elle est simplement trop entière pour que quiconque puisse parvenir à la changer.

Cette simple photo enragera Charlie, c'est une certitude, mais pas assez pour qu'il prenne son courage à deux mains et enterrer son amour pour Tonks…, soupiré-je, réellement las à cet instant.

La ruse des Serpentard n'est plus à prouver, c'est un fait, mais lorsqu'elle me sort un rouleau de parchemin, ne masquant même pas la lueur de triomphe dans son regard, je sais que je me suis fait appâter comme un vulgaire première année…

Et avec un article tel que celui-ci, votre fils agirait-il plus facilement ? hausse-t-elle un sourcil, souriant en coin doucement.

Curieux comme rarement dans ma vie, j'enlève le ruban entourant le parchemin, me plongeant dans un article digne de Rita Skeeter tout en restant d'une véracité incroyable sous couvert de demi-mesures et d'allusions à peine déguisées.

C'est… je ne sais vraiment pas quoi dire, fais-je, soufflé. Vous ne mentez pas une seule fois, le tout en supposant des choses qui pourraient vraiment enrager Charlie ou la jeune Parkinson, et vous parvenez même à tourner en dérision l'attitude déplorable qu'ont eue les sorciers le jour de l'audience. Vous m'épatez, Giulia !

C'est le moins que l'on puisse dire ! Les piques à peine déguisées en défaveur du peuple anglais préférant prendre sa baguette contre des gosses, à peine sortis de l'adolescence et qui doivent encore subir les conséquences trop lourdes d'une guerre, plutôt que pour se défendre face à Voldemort et ses Mangemort.

Les allusions au fait qu'Hermione soit encore jeune, et même trop jeune pour s'enfermer dans une relation monogame avec un homme vivant à des milliers de kilomètres et la laissant donc, à la fin de l'année, seule face à tous les hommes de Grande-Bretagne.

Les révélations successives de l'amitié intermaison qu'elle s'est fait un devoir de renforcer, que ce soit par l'installation de Daphnée Greengrass au manoir Prewett ou encore les nombreuses fois où elle a pris la défense des Serpentard face aux autres maisons.

La mise en avant de son statut d'héroïne de guerre dont le divorce aurait dû être prononcé il y a moins d'une semaine et qui est donc, de ce fait, à nouveau un cœur à prendre. Oui, clairement, ce genre d'article pourrait déclencher une nouvelle guerre interne à Poudlard et, quelques instants, je regretterais presque de ne plus être, moi aussi, élève au château !

Oh, vous savez, ce genre de choses, à Serpentard, nous l'apprenons dès la première année, lance-t-elle, son rire cristallin s'égayant dans le salon.

Bon sang… Si l'on m'avait un jour dit que j'aurais une conversation avec une Lady de la trempe de Giulia, qu'elle parviendrait à me faire commettre l'acte irréparable de donner mon accord pour la publication de cet article et qu'en plus nous trinquerions comme deux adolescentes gloussant dans nos dortoirs, je n'y aurais pas cru !

Et pourtant, le soir même, dans l'Édition Spéciale de Sorcière-Hebdo, en Une, la photographie s'étale sur toute la première page, accompagnant le titre tout aussi racoleur que ne l'est l'article en lui-même !

CW/HG * SDD * HG/CW

Charlie

Sortir de cette inconscience bienveillante dans laquelle j'étais plongé, à deux doigts du coma, est une torture bien trop douloureuse pour ma faible constitution de Dragonnier ayant délaissé ses petites bêtes à écailles dans leur habitat naturel depuis un an…

Mais le pire dans tout ça, c'est très certainement que, pour la toute première fois dans l'histoire de mes gueules de bois, je ne me souvienne de presque rien de ce qu'il s'est passé la nuit dernière, ni même du lieu où je serais en ouvrant les yeux.

Réfléchi, Charlie, que s'est-il passé hier ?

Des bribes de souvenirs me reviennent lentement en tête, que ce soit la certitude que j'ai eue, en quittant ma chambre, le matin, de voir Granger et Malefoy quitter la salle de bains, très courtement vêtu, l'espace de quelques secondes suivit de la colère lorsque Fred m'a interrompu avant que je ne puisse aller la rejoindre, pour une question vitale, d'après lui…

Puis l'arrivée dans la Grande Salle et les chuchotements sur mon passage qui ont continué toute la journée jusqu'à ce que le petit Zyklonys, visiblement devenu porte-parole — ou bien souffre-douleur, tout dépend du point de vue — des élèves de tout ce château, lorsqu'il est venu me demander si ce que racontaient Sorcière-Hebdo et La Gazette était vrai.

La douleur, la colère et la haine qui m'ont violemment traversée lorsque, parvenant à subtiliser l'hebdomadaire d'une Kat restée pantoise sur son fauteuil dans la salle commune pour la première fois de sa vie certainement, j'ai pu voir la photo de ma femme et de ce crétin d'Italien, nus et enlacés dans un lit, en première page.

La fureur et la trahison qui ont déferlé lorsque, pris d'une brusque montée de rage, j'ai traversé violemment le château, défonçant les grandes portes et dévalant le parc jusqu'à ce qu'une cage de runes m'enferme aux abords du lac noir.

La douleur intense et l'envie de crever qui m'a pris lorsque j'ai compris que j'ai trop attendu, que si je lui avais dit ce que je comptais lui dire, ce jour-là, dans les vestiaires, alors elle ne serait pas en train de batifoler en Une de Sorcière-Hebdo.

La rage dévastatrice lorsque Nott et Malefoy sont apparus dans mon champ de vision en compagnie de Kat et de Bill, celui-ci venu passer la journée avec George et moi pour tenter de nous remonter le moral, mais qui n'ont pu que supporter les décharges de magie que j'envoyais à tour de bras dans ma putain de cage comme un animal enragé.

La peur qui m'a submergé, l'espace d'une seconde, lorsque j'ai vu Zyklonys s'envoler violemment, pour la seconde fois de la semaine, dans le lac noir après avoir été percuté par l'un de mes sorts, allant patauger avec le calmar géant pendant dix bonnes minutes.

Dans ses yeux, tout ce que je voyais, c'est le reflet de celui de milliers d'autres enfants, le jour de la seconde tâche, lorsque j'ai perdu le contrôle de la terreur qui me tenaillait lorsque je l'ai vue, elle, étendue sur le sol gelé de la Grande Salle, les yeux grands ouverts, une larme dévalant sa joue.

Je sens mon rythme cardiaque s'emballer et une goutte de sueur me couler dans le dos, mais, presque immédiatement, d'autres souvenirs de la nuit précédente me reviennent, sous forme de flashs indistincts et sans grand rapport entre eux jusqu'à ce que je comprenne le tout.

Je me vois quitter en catimini l'infirmerie et prendre les passages secrets pour rejoindre Pré-au-Lard puis Les Trois Balais, commander une bouteille de Pur Feu et m'installer dans un recoin sombre de l'auberge.

Le flash suivant me montre en train de consoler une Pansy Parkinson pleurant toutes les larmes de son corps à grand renfort de mouchoirs et de larmes de mascara, jeter un Incendio au magazine et descendre l'équivalent de son poids en alcool tandis que je l'accompagne « joyeusement » dans sa chute aux enfers.

Je me vois ensuite aller demander une chambre à Rosemerta et conduire la jeune fille dans un lit, lui enlever ses chaussures et la border avant de redescendre dans la taverne, noyant mes problèmes dans ce qui a très probablement conduit à ce que, présentement, je ne porte plus qu'un caleçon…

Merlin ! Faites que je ne me sois pas vomi dessus aux Trois Balais… Par pitié, je vous en supplie, faites que je ne me sois pas ridiculisé à ce point… Ou bien faites que ce soit Bill qui m'ait retrouvé dans cet état d'ébriété avancé et non McGonagall, sinon je peux dire adieu à mon job…

Néanmoins, les flashs ne s'arrêtent pas là et me vient enfin une image moins précise, mais parfaitement perturbante d'une longue chevelure blonde tenant deux verres dans la main, une voix sensuelle me chuchotant à l'oreille.

J'ai de quoi continuer la soirée dans ma chambre.

Je me vois alors attraper sa main tendue et la suivre au second étage de l'auberge après avoir descendu le verre, la plaquant durement contre la porte en bois de sa chambre lorsqu'elle me fait pénétrer dedans, toutes pensées rationnelles me quittant pour ne plus garder à l'esprit qu'une seule chose : rendre à Granger la monnaie de sa pièce et prendre mon pied avec cette fille, peu importe son nom…

Je me souviens avec horreur l'avoir entendu crier pendant des heures son plaisir tout en fermant les yeux, l'image incroyablement persistante d'Hermione se fixant derrière mes rétines jusqu'à croire qu'il s'agissait d'elle.

La sensation d'apaisement et de plaisir mêlé à du bonheur lorsqu'en ouvrant les yeux, c'est son visage à elle que j'ai vu et cette stupide larme qui a quitté mes yeux lorsque j'ai joui avant de m'évanouir, n'emportant dans mon sommeil que cette fragrance de fleur piquante et boisée qui me rappelait quelque chose, mais dont il m'était impossible de remettre le doigt dessus et cette traînée de cheveux blonds dans son sillage…

Ça y est, la belle au bois dormant ? Enfin réveillée ?

Mes yeux s'ouvrent d'un coup comme si je venais de me prendre un Doloris dans les parties, mon corps se redresse immédiatement en position assise — mettant mon estomac au supplice dans le processus — une grimace d'épouvante me barrant les traits.

Oh putain de bordel de merde ! Tout, mais pas ça ! Faites, par pitié, que je n'ai pas fait ça ! Elle ne me le pardonnera jamais si c'est avec elle que j'ai couchée cette nuit !

Kat ? chuchoté-je, les yeux exorbités par la peur.

Là, c'est sûr, je peux faire une croix sur toutes tentatives de réconciliation avec ma femme…


Et maintenant :


Chapitre 36 : Vérités et faux-semblants

Katya

J'ai beau le voir, là, allongé de tout son long, en caleçon dans mon canapé, je me demande encore comment ce type parvient à me tirer autant d'émotions positives que négatives. Il est toujours parvenu à le faire, je dois dire…

Je me souviens encore de mon arrivée à la réserve roumaine et sa manière de m'accueillir. Avec le temps, j'ai compris qu'il ne s'agissait pas d'un simple moment de passage à vide. Pourtant, jamais, depuis ce jour, je ne l'ai connu sans ses cernes violacés mangeant ses yeux par moments, ou son teint d'une pâleur extrême.

C'est une partie de sa personnalité qui m'a toujours étonné. Néanmoins, pas un seul jour, dans les pays de l'Est, je ne l'ai vu rester immobile, prostré dans un fauteuil et les yeux dans le vague. Jusqu'à vendredi dernier.

J'ai beau l'avoir vu à l'œuvre plus de fois que je ne puisse jamais en compter, c'est une première pour moi. Pour l'avoir observé dresser des dragons ou encore combattre contre les autres habitants de la réserve, jamais je n'avais vu ce feu dans son regard comme ce fut le cas, hier.

Il irradiait littéralement de haine et de douleur contenue, se battait contre lui-même pour ne blesser personne, et encore moins sa famille. Je l'ai vu, dans son regard, le moment où son âme s'est proprement fait engloutir par les ténèbres, la tristesse et l'accablement. Il allait réellement mal, à deux doigts de se rompre définitivement sous les assauts de son cœur brisé que même lui ne semble pas voir.

Avec le temps, j'ai compris qu'il ne saisissait pas toutes les émotions que les gens peuvent ressentir, ni même de quelle manière chacun de nous peut-il réagir face à la douleur ou un chagrin d'amour. Ce n'est pas qu'il ne le veuille pas, il ne le comprend simplement pas.

Je dois le reconnaître, sa capacité à aimer – et tomber amoureux des personnes les plus improbables à mes yeux – me fascine. C'est peut-être ça, finalement, sa plus grande force. Dans sa propre ignorance, il parvient à rendre toutes ses lettres de noblesse à un sentiment qu'avec le temps, les gens ont fini par prendre à la légère.

Pourtant, lui, du haut de son mètre quatre-vingt-dix et sa crinière de feu, il redonne leur véritable sens aux mots amour, dévotion, altruisme et désintéressement. Et peut-être que, dans le fond, c'est une des raisons pour lesquelles je lui en veux autant.

Parce qu'avec ses quatre-vingt-dix kilos de courage et de bienfaisance, il a réussi à me redonner foi en l'amour. Même si, au début de toute cette histoire, un autre homme m'attendait à la maison.

À sa manière, rustre et sans-gêne, il a réussi l'exploit incroyable de me faire me souvenir de ces histoires qui ont bercé mon enfance. Ces histoires pour enfant où un homme simple parvient à rendre son cœur à la petite princesse enfermée dans un monde de pouvoir et d'apparence. Et c'est ce que j'étais.

Aveuglée par mon éducation, mon rang et ma propre méconnaissance de la vie en réalité, j'aurais pu simplement accepter de vivre sans amour pour le bien-être de ma famille ou la pérennité de ma maison.

Mais lui est parvenu à me faire voir le monde sous un autre jour, sous un autre angle, et peut-être est-ce la raison pour laquelle jamais je ne pourrais l'abandonner.

— Kat ?

Perdue dans mes pensées, je n'ai pas pris le temps de m'assurer qu'il dormait toujours, ni même que la potion que je lui avais donnée faisait toujours effet. Sursautant doucement, mon regard revient à lui, quittant définitivement le parc de Poudlard pour le puits bleu nuit sans fond de ses yeux.

Étrangement, c'est de voir son incompréhension et la terreur qui point en eux qui m'énerve le plus. Je sais pourtant que je ne le devrais pas, qu'il mériterait plus de reconnaissance de ma part, peut-être même de la douceur, mais à l'heure actuelle, je ne le peux pas.

Je ne le peux plus. Pas après la découverte de la liaison entre Blaise Zabini et Hermione Granger en Une de La Gazette, pas après avoir déversé une bonne partie de ma magie contre lui et encore moins après toute l'inquiétude que j'ai pu ressentir cette nuit. Je suis épuisée.

Je suis fatiguée de cette semaine qui semble ne plus vouloir en finir. Je suis exténuée d'avoir parcouru le globe à ses côtés dans l'espoir vain que les autorités aient la moindre piste concernant la localisation de la jeune fille.

J'en ai marre. Tout simplement marre de ne pas pouvoir lui dire ce que je devrais lui dire. De devoir me censurer parce que « ce n'est pas encore le moment, Katya », « il doit comprendre par lui-même ce qu'elle représente, Katya » ou encore « tu n'as pas le droit d'interférer dans le Destin, Katya ». Mais merde à la fin !

Ne peut-il pas, lui aussi, avoir droit à sa part de bonheur ? N'a-t-il pas le droit de se reposer après tout ce qu'il a vécu ? N'est-il pas en droit de baisser les armes et enfin avoir droit au repos qu'il mérite ?

Ce n'est pas tant après lui que j'en ai, qu'après la vie en tant que telle. Ou, pour être honnête, envers sa petite sorcière un peu trop vicieuse pour l'image de blanche colombe que m'a dépeint Viktor, cet hiver.

— Non, la petite sirène ! grimacé-je cyniquement, le dardant d'un regard furieux. Bien sûr que c'est moi ! Qui voulais-tu que ce soit ?

À sa décharge, je dois dire qu'il tient remarquablement bien le choc face à tout ce qui lui arrive cette année. Jamais, en trois ans à le connaître, je ne l'avais vu prendre la vie avec tant de philosophie ou de décontraction. Juste comme elle vient. Et je ne doute pas que ce petit prodige, ce soit à la brune que nous le devions.

Je le reconnais, avant de la rencontrer, ce jour-là, dans la Grande Salle, j'avais une image tronquée de sa personne. Je la voyais comme une petite fille courageuse, mais définitivement incapable de tenir tête à quelqu'un. Avec des idéaux bien trop moldus pour notre communauté, et totalement incapables de maîtriser un dragon tel que peut l'être Charlie dans ses pires jours.

Mais je dois dire que la flamme dans son regard, ce jour-là, la vaillance dont elle a fait preuve pour me tenir tête, ou face à Cha, m'a impressionné. Sa manière de s'entourer de personnes tout aussi disparates qu'elles sont complémentaires ou sa force de caractère, tout ça m'a séduit et montré que, peut-être, tout n'était pas perdu.

Parce qu'il faudrait être un abruti pour vouloir se mettre entre ces deux-là ! Combien de fois me suis-je laissé avoir par l'image de frêle jeune fille qu'elle renvoie pour appâter l'ennemi ? Combien de fois ai-je pris un sortilège vicieux de sa part alors qu'elle n'aurait jamais dû savoir maîtriser des magies interdites dans ce pays ?

Elle n'est pas simplement vicieuse, elle est aussi intelligente, puissante et foutrement chiante quand elle le veut ! Mais son dévouement envers Harry Potter mérite un respect que peu semblent avoir dans ce foutu pays. J'en avais déjà conscience, avant même de venir en Angleterre, mais le voir en œuvre est encore plus choquant que je ne l'aurais cru.

Il y a tant d'abnégation en elle lorsqu'il est question du petit sorcier à lunettes que c'en frôle l'imaginaire. Pourtant, elle donnerait tous ses organes si tant est que ça lui assure qu'il aille bien. Dans le fond, je crois qu'elle aussi pourrait être une Valkyrie…

Pourtant, ironiquement, je trouve que le Destin fait réellement bien les choses, parfois ! Après tout, quoi de mieux pour un adorateur des dragons, d'avoir pour femme, une Dame Dragon ? Et Merlin sait qu'il l'aime d'un amour démesuré même s'il refuse de l'avouer, ou même se l'avouer à lui-même ! Parfois, sa capacité à faire l'autruche me fascine tout autant qu'elle me rend dingue…

— Qu'est-ce que je fais chez toi ? fronce-t-il les sourcils. Par pitié, dis-moi que, toi et moi, nous n'avons pas couché ensemble encore une fois !

Je pourrais – je devrais, même ! – me sentir insultée par sa manière de le dire, mais ce n'est pas ça qui me fait augmenter d'un cran ma fureur contenue. Ce qui fait bouillir mon sang et ma magie, c'est de voir que, même après tout ce que j'ai pu faire pour lui, que ce soit dans l'ombre ou dans la lumière, il peut encore douter de moi de cette façon.

Bordel ! J'ai sacrifié trois ans à sa cause ! J'ai quitté ma terre, ma famille et un monde que j'adorais pour ses beaux yeux et son plaisir ! Et qu'ai-je eu en retour ? Rien, si ce n'est sa colère qu'il n'a jamais su maîtriser – et qui se trouve, ironiquement, être sa seule manière de maintenir ses boucliers d'occlumancie – ou son scepticisme ! Et ne parlons pas des insultes qu'il n'a même pas conscience de proférer tant il ne maîtrise pas les relations humaines…

Jamais, avant de le rencontrer, je n'aurais accepté qu'un homme m'annonce vulgairement ma position de simple « plan cul régulier » ! Je crois bien que j'aurais pu tuer la personne qui le ferait ! Mais avec lui, je sais que ce terme comporte une sorte d'affection que peu ont su me démontrer ces dernières années…

Parce qu'il ne voit pas le monde de la même manière que les autres, qu'il est tout aussi bourrin et bourru qu'un dragon, effrayé par la vie en général et épris de liberté. J'ai conscience que la seule femme qui pourrait le faire renoncer définitivement à ces choses se trouve être la même femme disparue depuis des jours que nous recherchons.

Sérieusement, le jour où je parviens à mettre la main sur elle, il y a toutes les chances pour que je lui fasse comprendre la vie à coups de sorts hautement douloureux et profondément dangereux !

— Oh non, mon grand, ce n'est pas ça la question que tu dois te poser en premier lieu ! sifflé-je en posant ma tasse sur le comptoir, pour éviter de la lui lancer au visage.

D'ailleurs, peut-être que, elle aussi, devrait entendre une partie de la vérité ! Peut-être comprendrait-il qu'avec toutes les épines empoisonnées qu'il s'est implantées dans le cœur, il est en train de se tuer à petit feu pour quelqu'un qui ne reviendra jamais d'entre les morts.

Peut-être comprendra-t-il qu'il est maintenant temps qu'il vive pour lui, et non pour un fantôme… Quoique, si j'en juge sa relation aussi amicale qu'extradimensionnelle avec le directeur de cette école, je comprends qu'il soit si attaché aux morts… Mais je dois lui reconnaître cette chose, à cette chauve-souris : il est tenace ! Et étonnamment amusant lorsqu'il est question de remettre les gens à leur place !

— Sais-tu combien ta connerie d'hier soir est grave ? Sais-tu qu'en couchant avec une putain de petite connasse, tu as juste réussi à réduire à l'état de cendres plus de trois ans de mission d'infiltration ? Trois putains d'années à me dévouer corps et âme pour que tu puisses avoir ton putain de happy end à la con !

Merde ! Je n'avais pas prévu d'en dire autant ! Pas prévu non plus qu'il reste simplement assis sur le canapé, une grimace sur le visage et les restes d'un rêve tout aussi désagréable que je ne dois l'être en ce moment, dans son regard ! Mais il est énervant à la fin !

Ne pourrait-il pas, pour une fois dans sa vie, agir et réagir comme un humain normal et non comme un dragon ? Faire montre d'un peu de compassion pour ce que je tente vainement de faire pour lui depuis des années ? Non ! Bien sûr que non !

Parce que dès qu'il est question d'Hermione Granger, toute cette intelligence et cette vaillance incroyable qu'il met dans son travail se barrent en sucette, pour n'être remplacées que par cette incroyable facette de dragon en rut qu'il n'exprime qu'avec elle !

Bordel… J'en côtoie tous les jours, des adolescents boutonneux et libidineux dans ce château, mais je crois bien qu'il est celui à détenir la palme du déni le plus gigantesque de cette école ! Je doute même qu'il ait conscience que ses barrières d'occlumancie chutent tellement souvent qu'il a maintes fois donné des rêves déplacés à quelques Gryffondor, à l'époque de l'épreuve du mois de décembre…

Mais là, ce qu'il a fait cette nuit, je sais que jamais je ne pourrais le réparer et lui non plus… Parce qu'elle a beau être tout aussi chiante que lui – voire plus encore quand elle a une baguette à la main – il est une chose qu'ils ont en commun : la fidélité.

Et fidèle, Merlin sait qu'elle l'a été ! En dépit de tout ce que j'ai bien pu lui dire, depuis le début de cette année, ou de l'attitude qu'il a eue avec elle depuis qu'ils sont mariés, elle lui est restée fidèle.

Sérieusement ! Quelle femme saine d'esprit accepterait de souffrir tous les soirs, par le biais du lien d'union, et refuser de se prendre un amant, juste pour que son mari comprenne sa douleur ? Merde ! J'aurais même été prête à mandater Viktor pour qu'il lui fasse passer un bon moment, si tant est que ça ouvre les yeux à Charlie ! Mais non !

Tout aussi vertueuse et dévouée qu'elle l'est dans la vie de tous les jours, il semblerait qu'il n'y ait que Charlie qui parvienne à faire ressortir la petite cochonne si bien cachée sous les traits de sainte-nitouche qu'elle arbore en permanence…

Peut-être est-ce ça, finalement, qui l'attire inexorablement à elle depuis qu'il la connaît. Peut-être est-ce de savoir qu'il est le seul à pouvoir faire ressortir sa part d'obscurité si profondément enfermée qui le fait bander comme un malade dès qu'elle est dans les parages…

Parce qu'encore une fois, il faudrait être con pour ne pas voir qu'il a cette capacité incroyable à révéler au monde ce qu'elle est intérieurement, faisant fi de toutes convenances… Mais, dans le fond, je crois que c'est l'un de ses traits qu'en général, j'apprécie le plus…

— Es-tu devenu aussi con que ce que tu laisses voir quand tu es avec ta femme ? Ou ce n'est qu'une fois de temps en temps, juste pour le plaisir de rappeler à tous à quel point tu sais n'avoir que trois ans, lorsque tu penses uniquement avec ta queue ?

— Bordel, Sermirov ! gronde-t-il en portant ses mains à ses tempes. Calme un peu tes ardeurs ! J'ai un mal de crâne incroyable et même mes pires gueules de bois à la réserve ne m'ont jamais autant fendu la tête en deux !

Oh, sur ce point, je veux bien le croire ! Même la tenancière blonde des Trois Balais a semblé épatée par sa descente, lorsque je suis venu le récupérer, aux petites lueurs de l'aube ! Il faut dire que, pour une Anglaise, voir un homme descendre trois bouteilles de Pur Glace comme s'il s'agissait de thé, ça ne doit pas courir les rues !

J'aurais dû me douter qu'il ferait une connerie, lorsqu'elle m'a dit ça. J'aurais dû pressentir qu'il avait dû s'enfoncer encore plus profondément dans le caniveau qu'est devenue sa vie ces derniers jours ! Pourtant je ne l'ai pas fait lorsqu'elle m'a parlé de cette fille encapuchonnée qui lui a proposé un verre, avant de le conduire à l'étage. Non, je ne l'ai pas fait…

Parce que, dans le fond, j'ai réellement cru que cette fille, c'était Hermione Granger et qu'elle était enfin revenue pour lui, pour qu'ils s'expliquent ! Et peut-être, si Merlin le veut, pouvoir soulager sa frustration ! Mais j'ai déchanté quand je suis arrivée dans la chambre.

Là, recroquevillé en position fœtale dans le lit, serrant désespérément un oreiller dans ses bras, des marques encore visibles de larmes sur ses joues, uniquement son caleçon sur le corps, j'ai eu l'impression de retourner trois ans en arrière.

C'est, étonnamment, l'odeur puissante de fleur, autre que la rose et la vanille, qui m'a fait comprendre à quel point je m'étais trompée. Ce n'était pas Hermione Granger qu'il avait eu dans son lit, cette nuit, mais bien une autre femme…

— Comment as-tu pu faire ça, Cha ? soufflé-je, en me laissant tomber sur le tabouret. Merde ! J'étais à deux doigts de pouvoir régler les choses, mais là j'ai bien peur que toutes les issues se soient refermées…

D'un geste inconscient, je fais venir de la salle de bains une potion anti gueule de bois. La faisant voler jusqu'à lui, je le force d'un regard à l'avaler totalement avant de même songer à reprendre la parole.

Parce qu'un Charlie en pleine possession de ses moyens, c'est déjà assez compliqué à suivre ! Pas la peine non plus d'y ajouter l'alcool pour que cette journée devienne aussi merdique que je le pressentais en quittant Poudlard, cette nuit…

— Je ne comprends rien de ce que tu es en train de me dire, Kat, souffle-t-il après avoir bu la potion. De quelle mission d'infiltration parles-tu ? Pourquoi dis-tu que tu t'es dévouée corps et âme pour que j'obtienne mon happy end ?

Je dois lui reconnaître ça, même bourré – ou subissant les relents d'alcool – il a toujours eu cette capacité effrayante à tout retenir et analyser ! Le problème, maintenant, c'est qu'il m'a mis dans une position inconfortable avec toutes ses questions…

Mais après tout, au point où j'en suis, ma mission semblant presque aussi mal en point que lui, qu'est-ce que je risque à tout lui dire ? Je veux dire, à part ma magie et ma vie, bien sûr !

— Peut-être est-il mieux que je t'explique tout depuis le début, soupiré-je.

Reste maintenant à définir jusqu'à quel point je veux, moi-même, me foutre dans la merde pour ses beaux yeux… Quoique, me connaissant, je me sais parfaitement capable de faire une connerie – comme le suivre sur tout le globe pendant une semaine pour une chasse au Ronflak tout aussi inutile que stupide – juste pour qu'il retrouve une part de lui-même…

Bon sang… J'en viendrais presque à vouloir offrir des fleurs à Granger pour son abnégation… Comment fait-elle pour ne pas avoir envie de se jeter de la tour d'astronomie, quand elle fait ce genre de choses pour Potter ou pour lui ?

— Pour que tu comprennes bien la situation, je vais devoir remonter à il y a trois ans, lorsque Sergei Dimitrov Krum et mon père ont été tués. Ce jour-là, j'étais avec mon père, Sergei, sa femme Anna, et Viktor. Mon père et celui de Vik étaient en train de finaliser les parchemins pour notre contrat de fiançailles lorsque les Mangemorts ont débarqué au manoir…

Je fais de mon mieux pour combattre les images qui tentent de m'assaillir de tous les côtés. Néanmoins, je sais que ce souvenir reste l'un des plus émotionnellement compliqués que je possède, qu'il pourrait même le voir s'il songeait à regarder dans mes yeux. Mais c'est une chose que je respecte et admire chez lui.

Autant il a conscience de détenir un énorme pouvoir, autant jamais il n'en a abusé. Je ne dis pas qu'il n'a jamais fait de legilimancie accidentelle sur moi ou sur d'autres ! Mais à chaque fois, il est sorti de ma tête avant que le souvenir ne se rejoue réellement devant mes yeux.

À sa manière et pour autant qu'il le puisse, Charlie, dans ses valeurs personnelles, reste une sorte de gentilhomme moldu, incapable de faire du mal à quiconque, sauf si d'autres vies sont menacées…

— J'ai beau être un maître de combat et mon père un duelliste hors pair, on a été débordés en un peu moins de cinq minutes. Ce jour-là, c'est uniquement parce que Viktor avait gardé des relations avec Dumbledore, puisqu'il allait devenir le nouveau directeur de Durmstrang, que nous avons pu avoir l'aide de l'Ordre du Phénix.

J'ai beau faire de mon mieux, les repousser de toute part, les images de Sergei baignant dans son sang après un sort de découpe profonde me font déglutir. Néanmoins, même les plus puissants de mes boucliers d'occlumancie ne peuvent maintenir sous bride le souvenir de mon père percuté par ce sort de décapitation de Mulciber.

Vaillamment, je repousse mes larmes et tente de reprendre une emprise sur moi-même, mais je dois reconnaître que ma voix me trahit lorsque je reprends la parole. Mais après tout, à quoi m'attendais-je ?

C'est mon père qui m'a élevée, lui qui s'est occupé de moi à chaque fois que j'étais malade et lui qui m'a tenu la main lors de l'enterrement de Mère. Mais surtout, c'est ce soir-là que je suis devenue, en dépit de ces circonstances, la dernière héritière du clan Serov par le sang.

— Malgré leur arrivée rapide et le débordement de forces qu'ils nous ont apportés, ni mon père, ni celui de Viktor n'ont réussi à s'en sortir, et Anna a été grièvement blessée.

— Kat, je suis désolé, souffle-t-il, en m'envoyant un regard compatissant. Je ne savais pas, je… Je n'étais pas encore entré dans l'Ordre, à ce moment-là…

Je la vois encore, allongée sur le sol de la salle de réception, ses jambes tordues dans des angles inimaginables et le visage fortement contusionné. Je me souviens encore de sa froideur lorsque le médicomage lui a annoncé qu'elle ne pourrait plus marcher avant quelques années en dépit de ce que la médecine pouvait faire.

Je me souviens de l'effroi de Viktor lorsque, dans un moment de faiblesse qui ne lui ressemble pas, elle lui a avoué qu'elle préférerait mettre fin à ses jours et retrouver son mari et Julia, leur fille, plutôt que de vivre une fin de vie paralysée.

Anna, tout comme Julia l'était, est une femme à très fort caractère, comme nombre de sorcières de l'Est. Mais elles possédaient cette étincelle dans le regard, cette vaillance et cette bonté incroyable qui pourraient faire fondre n'importe quel iceberg.

Peut-être est-ce ça, réellement, le plus drôle. De toutes les filles avec qui il ait bien pu coucher – Granger mise à part, bien sûr – Julia, malgré son statut de première avec qui il l'a fait, est la seule dont il se soit réellement importé.

Les cheveux aussi bruns que ceux de son frère, un visage pâle dû à la maladie, majoritairement, ainsi qu'au climat peu favorable de la Bulgarie, petite et menue, elle avait simplement l'air heureuse et vivante avec lui. Et puis la maladie l'a emportée, creusant un peu plus la tombe de Charlie et le poussant un peu plus encore dans le désespoir…

Le plus triste, dans tout ça, c'est certainement qu'encore aujourd'hui, en dépit de tout ce qu'il se soit passé et des années, Viktor parvienne encore à parler et penser à Charlie comme étant quelqu'un de bien.

Pourtant, tout comme son père avant lui, ou sa mère encore aujourd'hui, j'ai conscience qu'ils continuent de lui vouer un respect et une admiration sans bornes. Pas pour son métier ou sa passion, mais pour avoir offert, durant le peu de semaines qu'a duré leur relation, tout ce qu'il pouvait de respect, d'admiration et de bonheur à Julia.

Julia Ekaterina Koskov, la petite pupille de la famille Krum, la fille de feu le frère de Sergei. Une jeune fille au courage incroyable, à la beauté opalescente et à la bonté et la foi inébranlable. Un rayon de soleil dans le quotidien bien terne des Krum…

— Je sais, et je ne t'en veux pas pour ça, souris-je douloureusement, quittant à regret mes pensées. Le destin a une manière bien tordue de nous montrer que nous ne sommes que des pions sur un échiquier géant…

— Que s'est-il passé lorsque la mission de l'Ordre s'est achevée ? hausse-t-il un sourcil. Je sais que Viktor a été légèrement blessé, ce qui a entravé à jamais sa possibilité d'être joueur de Quidditch pro, à nouveau…

En toute honnêteté, je pense que, même s'il le voulait réellement, entre un poste de directeur de Durmstrang et une place dans l'équipe de Bulgarie, Vik prendra toujours la première option. Pas parce qu'il n'a plus de plaisir à jouer à ce jeu, mais parce que, contrairement à ce que je pensais de prime abord, il ne prend aucun plaisir à le faire à ce niveau.

Le feu des projecteurs, ne pas pouvoir avoir un peu d'intimité, se faire arrêter dans la rue pour des autographes… Tout ça, toutes ces choses que certains recherchent désespérément, tout cela lui pèse bien plus qu'il ne le montre.

Ce qu'il a toujours souhaité, c'est avoir sa famille à ses côtés. Pouvoir jouer au Quidditch lorsqu'il le souhaitait, où et quand il le souhaitait, sans avoir besoin de suivre un planning quotidien harassant et un régime alimentaire strict.

Ce qu'il aimait, dans ce jeu, c'était la liberté, le sentiment d'être libre de toute entrave, de toute responsabilité si ce n'est trouver le Vif et de se rapprocher un peu plus de sa sœur. Mais, avec le temps, tout cela s'est transformé en corvée plutôt que de rester un bonheur simple.

— Le lendemain, lorsque nous sommes sortis de la chambre d'hôpital d'Anna, nous avons rencontré une femme dans le couloir et elle nous a donné toutes les raisons de croire qu'elle appartenait réellement à l'Ordre. En soi, elle n'avait que les meilleures intentions à cœur, te concernant…, souris-je doucement.

— Mes intentions ? sursaute-t-il, les sourcils froncés. Qui était-elle ? À quoi ressemblait-elle ?

— Aucune idée, haussé-je les épaules. Elle était sous Polynectar, mais le Veritaserum lui a délié la langue assez facilement. Et avant que tu ne poses la question, ni Viktor ni moi n'avons demandé son nom. En temps de guerre, savoir ce genre de choses aurait été bien trop risqué et tu le sais parfaitement.

— Serait-il possible que…, souffle-t-il, pris d'une lueur d'espoir.

— Que ce soit Tonks ? finis-je pour lui, en souriant faiblement. Je n'en sais rien, mais je ne pense pas. Sa manière de parler me semblait plus âgée, plus sage, on va dire…

À mon corps défendant, j'y ai moi-même cru, lorsque j'ai rencontré la Métamorphomage, il y a deux ans, au manoir des Krum, lorsqu'elle est venue rendre visite à Anna. Elle avait cette manière bien particulière de vouloir tout savoir de Charlie, une fois que Viktor lui a parlé de ma relation avec l'homme face à moi. Elle n'était pas furieuse, triste ou agacée, elle voulait simplement savoir s'il allait bien et s'il était heureux.

En un sens, c'est ce jour-là que j'ai réellement compris pourquoi il était tombé amoureux d'elle. Parce qu'elle plaçait son bonheur bien plus haut que celui des autres, agissait comme une sorte de sœur ou de mère avec lui, faisant de son mieux pour qu'il aille bien.

Mais c'est surtout sa fraîcheur, en dépit de sa chevelure longue et grise et de son regard terne, qui m'a, à mon tour, charmé. Il se dégageait d'elle une impression d'amour sans borne pour Charlie qui m'a fait sourire et m'enveloppait dans une sorte de cocon.

Même si elle n'était pas amoureuse de lui, j'ai senti un poids s'envoler de mes épaules. Pour elle, Charlie était la famille, quelqu'un de très important à ses yeux, un homme bon qu'elle estimait à sa juste valeur.

— Que t'a-t-elle dit ? me coupe-t-il prestement de mes pensées. Que voulait-elle ?

Il me faut quelques secondes pour parvenir à me reconnecter à notre conversation et en voir une autre se superposer dans mon esprit. Celle où la femme d'âge mûr m'a annoncé le prix de la dette de vie. Une dette obtenue sur un champ de bataille.

— Viktor avait une dette de vie à son encontre pour l'avoir sauvé d'un sort de mort et elle avait une mission qu'elle voulait impérativement nous confier, soupiré-je à nouveau, en me frottant les tempes. Néanmoins, quand elle nous a donné l'intitulé de la mission, j'ai su que Vik serait incapable de jouer le rôle et qu'il faudrait que ce soit moi qui me dévoue.

Parce qu'il ne fallait pas non plus sortir du Congrès des Mages et Sorciers pour savoir que, même s'il jouait des deux côtés, Viktor n'est absolument pas le genre de Charlie ! Même en le bourrant de Polynectar et lui offrant une garde-robe complète, il y a tout à parier qu'il aurait fait une seule chose : faire fuir le jeune homme au pas de course !

— Quelle mission, Kat ? gronde-t-il, semblant avoir atteint son point de non-retour.

Je dois reconnaître que, pour un dragonnier assez sanguin, il est parvenu à garder une emprise incroyable sur ses émotions depuis le début de cette conversation ! Certes, il passe de plus en plus furieusement sa main dans sa chevelure, mais, dans l'ensemble, il se maintient bien ! Un gros progrès si l'on en juge son attitude de ces derniers jours !

Bon sang ! Je ne sais pas ce qui l'a réellement retenu, hier, mais je suis persuadé que, quelques secondes de plus et le petit Malefoy finissait avec la tête sur le sol ! Mais il faut lui accorder ceci, le blondinet ne s'est pas une seule fois défilé, ce qui, lorsqu'on voit qui l'a élevé, relève d'un sacré acte de foi !

— Abattre les putains de murailles que tu avais forgées autour de ton cœur à cause de Tonks, lâché-je dans un souffle, m'attendant à ce qu'il craque.

— Tu te fous de moi ? souffle-t-il, incrédule.

— Crois-moi, j'aurais préféré, soupiré-je à nouveau. Sais-tu à quel point il fut difficile, pour moi, de devoir renoncer à ma position de Maître de la Guilde de Combat ? De me lancer dans des études de dresseur de dragons alors que j'avais déjà vingt-trois ans ?

Et Merlin sait que j'ai beau réellement apprécier le métier de dresseur de dragons, être Maître de la Guilde de Combat a toujours été mon rêve ! Depuis ce jour pluvieux de février où, il y a près de vingt ans maintenant, Père m'a emmené voir des tournois à portée internationale, dans les sous-sols du théâtre du Bolchoï…

Je ne comprenais pas, à l'époque, pourquoi mon père parlait d'ironie réellement percutante jusqu'à ce que je les voie en action. Ce qu'ils faisaient, c'était un art, une sorte de danse macabre dont seul le plus puissant repartait avec un titre. Et bon sang ! Ce qu'ils étaient bons !

Jamais je n'avais vu quiconque se battre comme ces hommes, « danser » entre les sorts comme eux seuls savaient le faire et continuer de sourire comme des maniaques malgré la douleur qu'ils pouvaient subir. Mais pas un seul de ces danseurs n'arrivait, à mes yeux, à la hauteur de Livio Zabini.

Il avait une sorte de grâce enchanteresse, une manière de lancer ses sorts comme personne, un charisme et une aura de douceur qui finissait toujours par les mettre tous au tapis. Ou bien peut-être était-ce son sourire aux dents parfaitement blanches ? Sa façon de toujours mettre un enjeu, que ce soit à valeur politique ou personnelle, dans la balance ?

Je me souviens encore de son rire lorsqu'il s'est opposé à Samira Abar, Auror chevronnée du ministère égyptien de la Magie, proposant de lui céder son manuscrit original de Techniques de Combat Magique moyen-orientales datant de l'an 980 contre sa harpe, si elle gagnait le combat.

— Attends, je ne comprends pas, là, m'arrête-t-il brusquement dans mes souvenirs en fronçant les sourcils. Je croyais que tu avais trente-neuf ans ? Or, si tu as entrepris des études de dresseur à vingt-trois, ça voudrait dire que tu as…

— Vingt-six ans depuis un mois, souris-je vicieusement. Déçu de n'avoir eu qu'une petite jeune dans ton lit, et non une vieille comme tu le pensais ?

— Je ne t'ai jamais considéré comme vieille, Katya…

Pour la première fois depuis tellement longtemps que c'en devient indécent, je laisse tomber le sort de camouflage contenu dans la pierre du pendentif que je n'ai pas enlevé une seule fois en trois ans.

Je sens ma peau se raffermir doucement, certaines rides d'expression s'effacer et ma poitrine retrouver sa fermeté qui m'a tant manqué. Il n'y a pas à dire, on ne se sent jamais aussi bien que lorsque l'on est soi-même !

Le plus drôle, je crois, c'est de le voir froncer les sourcils, sa main volant lentement à la rencontre de mes cheveux comme pour s'assurer que je suis bien réelle. Que je ne sois pas, tout simplement, une sorte d'illusion d'optique foireuse.

Ses doigts naviguent doucement sur mon visage, descendent sur mon cou et appuient lentement sur mes clavicules. Son exploration de mon ancien nouveau moi ne s'arrête que lorsqu'il s'apprête à poser sa main sur la naissance de ma poitrine, détournant le regard comme s'il était gêné, la pointe de ses oreilles rougissante.

C'est dans ce genre de moments là que je peux comprendre ce qui a tant charmé aussi bien Julia que Granger. Quand il est comme cela, il a ce petit air timide et pris en faute qui le rend vraiment charmant. Pourtant, je ne doute pas un seul instant que, si j'étais arrivée à la réserve sous cette apparence-là, aussi bien mon professionnalisme que ma propre personne n'auraient pas été respectés.

Parce que, j'ai beau ne pas avoir le physique d'une Vélane, dans un campement où seules la sagesse et la force brute sont reconnues, jamais je n'aurais été prise au sérieux. Même lui, je le sais parfaitement, a dû faire ses preuves bien plus durement que nombre d'autres avant que Dimitri ne le laisse entrer pour la toute première fois dans l'enclos des Noirs des Hébrides. Et pour ça, il a dû passer à deux doigts de la mort à cause d'une Opaloeil plutôt coriace !

— Ça ne me gêne pas. C'était très drôle d'avoir tout le monde au campement qui jurait Morgane et Merlin que jamais ils ne voudraient m'avoir dans leur lit à cause de mon âge, alors qu'en vérité, j'étais bien plus jeune qu'eux, ricané-je en revenant à la conversation. Néanmoins, ça m'a permis d'asseoir ma couverture, de devenir la plus froide et distante possible pour qu'il n'y ait que toi qui veuilles bien t'approcher de moi.

— Je me sens utilisé, là, souffle-t-il, amusé néanmoins. Ai-je été une sorte de sex-toy vivant pour toi ?

Je peux le comprendre. Aisément même ! Mais il faut dire que rarement dans ma vie je n'ai rencontré un homme comme Charlie ! Que ce soit sur le terrain de Quidditch, dans son travail ou dans un lit, il n'est jamais autrement que sauvage, indompté et irradiant de puissance.

Peu importe qui se trouve face à lui, dans ces trois domaines, il est une sorte de maître dans l'art de prouver qu'il vaut la peine qu'on le remarque. Qu'il soit une sorte de dieu du stade, peu importe la situation. Et c'est peut-être pour cette raison que, souvent, je me sentais comme une petite midinette, au début où je l'ai rencontré.

Parce que malgré sa voix bourrue, ses manières déplorables, ou encore son regard à vous en geler un crabe de feu, il avait cette forme de détresse dans les yeux qui vous appelait pour être sauvé. Et c'était une expérience très belle à voir et vivre.

Pouvoir offrir à quelqu'un quelques instants de repos dans un monde qui tourne bien trop rudement autour de lui. Perdu au milieu de cette tempête que représente la vie pour lui, j'ai compris qu'il avait bien plus de force mentale et de courage que n'importe qui à ma connaissance.

Il avait conscience de partir avec une balle déjà tirée dans le pied et malgré tout, il continuait de chevaucher son Éclair de Feu dans la tempête comme une sorte de demi-dieu insaisissable et fatigué. Dans sa détresse, il était touchant.

— Je ne vais pas te mentir, coucher avec toi a été une expérience incroyable en soi, mais pas une seule fois je n'ai pensé à toi, dans ces moments-là ! souris-je malicieusement. Tout autant que toi, de ton côté, tu ne pensais pas à moi, je me trompe ?

— Je pensais à toi ! s'écrie-t-il, avant de baisser la voix, penaud. Parfois, en tout cas…

— Tu sais à quel point je l'ai mal pris, la première fois, lorsque tu as grogné le nom de Granger ? haussé-je un sourcil, moqueuse.

Ça a peut-être été la première fois de notre amitié très étrange où j'ai songé profondément à lui couper les couilles et les offrir à Veyser en guise de petit-déjeuner… Certes, je n'étais pas et ne serais jamais amoureuse de lui, mais mon égo, ce jour-là, a pris une sévère claque…

— Je ne l'ai fait qu'une seule fois ! lève-t-il les yeux au ciel.

— Oh non, mon grand ! ricané-je. Tu l'as fait à chaque fois, parce que quand tu couches avec quelqu'un, tu perds totalement le filtre incroyable que tu places sur ton cerveau le reste du temps. J'ai bien cru, les premiers mois avant que tu n'acceptes de coucher avec moi, que tout ce que je faisais ne servirait à rien et qu'aucune femme ne t'attirait !

J'ai bien cru que je ne me remettrais jamais du fou rire que j'ai subi le jour où j'ai surpris la conversation entre Rogue et McGonagall, dans notre salle commune, le soir même de leur petite escapade à Ste Mangouste.

Bordel, je crois bien qu'il n'y a que lui pour faire ce genre de choses ! Déjà, bien que ce soit du Charlie tout craché, crier qu'il aime sa femme en pleine jouissance, c'est énorme, mais le faire dans le bureau des directeurs, là, je dois leur tirer mon chapeau !

Même moi, de mon temps à Durmstrang, jamais je n'aurais même fantasmé sur cette idée ! Il faut dire aussi qu'à l'époque, j'étais un peu plus frileuse que maintenant avec l'idée de flirter avec les règlements ou autres lois… Comme je suis en train de le faire en ce moment…

— Et puis il y a eu l'attaque de la réserve, la peur que tu as ressentie et ton besoin de faire chuter l'adrénaline et on a couché ensemble.

Je crois que jamais je ne parviendrais à ôter de mes souvenirs la douleur violente qui irradiait dans ses yeux, la peur panique qui le parcourait et la colère évidente qu'il démontrait à cet instant.

Cette nuit-là, j'ai compris pourquoi il était si respecté sur les différents continents et pourquoi les dragons semblaient accepter bien plus de choses venant de sa part que de celle de n'importe qui.

Il n'était pas uniquement puissant, il était aussi intelligent et rusé, tirant des forces de sa faiblesse et s'assurant que personne, qu'il soit reptilien ou habitant du campement, n'ai le moindre dommage.

Je me souviens des jours qui ont suivi, de son assiduité sans faille pour suivre des recettes de potions envoyées par cheminette de la part de Rogue afin de les aider à se remettre de leurs blessures.

Les heures qu'il a passées au chevet des malades et accidentés, les deux jours et deux nuits blanches qu'il a fait pour pouvoir seconder les médicomages, au cas où l'un d'eux ait besoin de souffler quelques instants.

Et enfin, ce moment douloureux pour lui où il a dû accepter qu'il ne pût rien faire de plus pour eux que d'aller se reposer. Celui où il a dû faire face à sa propre incapacité à savoir gérer sa peur et sa colère autrement que par l'oubli ou la fuite.

Quelle ne fut pas ma surprise, ce soir-là, lorsque je l'ai vu, sur le pas de la porte, son visage plus pâle que jamais, ses yeux noirs et cerclés de violet, ses cheveux défaits de son catogan. Une seule et unique chose a traversé le brouillard de mon incompréhension : l'aider et lui offrir le repos.

Alors, lentement, le prenant par la main – seul geste de gentillesse qu'il pouvait accepter à cet instant – je l'ai conduit jusqu'à mon lit, le laissant s'étendre dessus avant de le rejoindre. En toute honnêteté, même fatigué, il est parvenu à m'épuiser, ce qui n'est pas peu dire ! Mais j'ai compris une chose qui m'était jusqu'alors inconnue. La peur profonde de fermer les yeux et voir ses démons le rattraper, l'assaillir dans les ténèbres de la nuit.

À bout de forces, magiquement et psychologiquement rompu, il continuait de buter au fond de moi comme si sa vie en dépendait. Comme si sa santé mentale en dépendait, il n'a joui qu'aux portes de l'inconscience, soufflant le nom d'Hermione comme une prière. Sa planche de salut. Sa branche à laquelle se raccrocher dans le gouffre sans fond qu'étaient ces deux derniers jours.

Et pourtant, je ne lui en ai pas voulu une seule seconde. Parce que, tout ce temps, toutes ces interminables heures où je le voyais sombrer un peu plus, les yeux fermés pour échapper à la démence qui l'entourait, j'ai fait exactement la même chose que lui. J'ai prié.

Prié pour pouvoir revenir à celui qui me raccrochait à la vie, celui qui m'offrait une bouffée d'oxygène et me donnait une raison de me battre. Prié pour garder la santé mentale et la paix que les Mangemorts se sont évertués à vouloir nous supprimer avec leur attaque surprise. Prié pour rentrer à la maison, tout simplement…

— C'est ce jour-là que j'ai compris vers qui je devais te diriger. Hermione Granger. Si tu savais à quel point Viktor a ri lorsque je lui ai dit… Je crois qu'il a failli s'étouffer avec son hilarité…

— Alors tout ce temps, je n'étais qu'une mission ? souffle-t-il, mal à l'aise. Pas une seule fois tu ne m'as vu comme, au moins, un ami ?

— Détrompe-toi, secoué-je la tête. Au fil des heures que j'ai passé avec toi sur le terrain, à discuter ou nous battre durant un match amical, des missions faites ensemble, tu es devenu un ami, et ensuite mon meilleur ami. Et c'est pour ça que ma mission est devenue plus compliquée…

— Pourquoi ? fronce-t-il les sourcils. Si je suis devenu ton ami, ça aurait dû devenir plus simple, non ? Tu aurais pu arrêter de coucher avec moi !

Parce que, lorsqu'il n'était qu'une mission, je n'avais aucun mal à me détacher totalement de ce que je faisais, ou encore à coucher avec lui. Parce qu'il n'y avait aucun sentiment.

Mais au fil des jours, de nos rencontres et des discussions autour d'un verre de vodka, je me suis prise au jeu. Dévoilant un peu plus de moi-même que je n'aurais dû le faire pour une simple mission. Devenant un peu plus moi-même à chaque jour qui passait et le laissant pénétrer un peu mieux dans mon cœur jusqu'à devenir mon meilleur ami.

Et Merlin sait que je m'en suis voulu chaque jour de coucher avec lui… Pas parce qu'il était un manche et qu'il me laissait frustrée, mais parce qu'entre mon amitié pour lui et mon amour pour Viktor, parfois, j'avais du mal à savoir où devait se trouver ma fidélité…

Mais le pire, ce fut lorsque j'ai pu rencontrer pour de vrai ladite Hermione Granger. Jamais je ne me suis sentie aussi horrible que lorsque, après leur première audience devant Marvel, j'ai dû coucher avec Charlie…

J'ai fait de mon mieux, tenté de le repousser autant que possible. Finalement, nous avons tout de même passé près d'une journée entière à nous rouler dans les draps comme des Niffleurs dans un tas d'or… Et je m'en suis voulu…

Parce que je savais pertinemment que la jeune fille devait subir une douleur atroce, inimaginable pour une personne de son âge à cause du lien de fidélité. Mais lui ne semblait pas comprendre à quoi ce genre de lien servait.

Je l'ai vu. Ce moment où sa conscience a flirté sévèrement avec la part sombre de son âme lorsque, après le retour de son frère à Poudlard et l'éloignement des Serpentard, j'ai pris la défense de Ronald.

En soi, ce petit n'est pas un mauvais garçon. Il est juste, tout comme chacun de ses frères, sujet à un mal qu'ils ne comprennent pas ou n'ont jamais voulu voir en face. Celui de l'abandon, de la trahison, de la colère et la souffrance. Peu importe ce qui l'a conduit à ce qu'il est devenu cette année, je ne doute pas un seul instant que ce fût grave, extrêmement grave…

— Sois honnête avec moi, Cha, soupiré-je, en m'appuyant plus profondément contre le bar. À cette époque, notre amitié, pour toi au moins, ne tenait que parce que nous couchions ensemble.

Et c'est un fait ! Après son premier retour prolongé en Angleterre, il y a de cela deux ans et demi, il n'y avait pas réellement de conversations entre nous. Juste des mises au point pour savoir chez qui nous allions le soir venu, ou quel endroit serait libre pour une partie de jambes en l'air rapide, entre deux sessions sur le terrain.

Puis, étonnamment, à son retour, il avait réellement l'air plus exalté et en même temps plus calme qu'à son départ. Il acceptait même de discuter avec moi autour d'un verre après nos cinq à sept, créant les bases branlantes de notre amitié.

Ensuite, les mois s'écoulant, de branlante, notre amitié est devenue plus solide, jusqu'à ce qu'elle ne soit réellement dure au toucher au début de l'épreuve de décembre. C'est uniquement à ce moment-là que j'ai compris qu'il avait besoin de quelqu'un ne le jugeant pas, ni lui ni son passé. Juste quelqu'un qui peut regarder la situation dans son entièreté, sans avoir réellement l'envie profonde de donner son avis.

Parce que, si j'avais dû le faire, Merlin sait que j'aurais préféré les enfermer dans une pièce sans portes et indestructible durant des semaines. Jusqu'à ce que ses propres murailles s'effritent et tombent, permettant à la fille d'entrer et de trouver le cœur de cet homme, à vrai dire. Car, à mes yeux, certes, Tonks l'a détenu un temps, Julia l'a légèrement réparé, mais c'est Hermione Granger qui a fini tout le travail.

C'est elle. Elle qui, à la force de sa douceur et de ses colères, de son courage et de son abnégation, lui a montré qu'il valait la peine qu'on s'intéresse à lui. Qu'on l'apprécie et qu'on l'aime. Alors pourquoi, par tous les Fondateurs de cette putain d'école, s'est-elle barrée on ne sait où, sous Fidelitas ?!

— Tu n'as pas tort, finit-il par hocher la tête, en souriant faiblement. Et Viktor, comment l'a-t-il pris ?

— Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il l'a mal vécu…, grimacé-je. Plus les jours passaient, plus tu devenais en colère et plus je devais me focaliser uniquement sur toi. J'avais beau lui promettre que j'avançais, d'un autre côté, lui recevait des lettres de Granger tous les mois qui lui disaient à quel point elle te haïssait. Même s'il faisait de son mieux pour tenter d'apaiser les choses et lui faire voir la situation sous un autre angle, il n'en demeurait pas moins que vous n'étiez pas près de vous mettre ensemble…

— Or les sorciers de l'Est sont du genre jaloux…, fait-il de la même manière, en renversant sa tête sur le dossier du canapé. Je suppose qu'il a voulu me faire la peau des millions de fois ?

— Tu peux doubler le nombre, m'amusé-je, avant de reprendre mon sérieux. Mais à ce moment-là, nous avons dû prendre une décision pour éviter de nous entre-tuer parce que toutes les conversations que nous avions se terminaient en bagarre à couteaux tirés… Nous avons fini par nous séparer avec la promesse de nous remettre ensemble à la fin de ma mission…

Je crois que jamais, avant ce jour-là précisément, je n'avais vu Viktor verser de larmes. Même le jour de l'enterrement de Julia ou celui de son père, il n'en a pas versé. Même lorsqu'il a su que sa mère resterait alitée un long moment, il n'a pas montré le moindre signe de douleur, alors que je ne doute pas une seule seconde qu'il en ressentait.

Mais cette nuit-là, allongé dans notre lit après avoir fait l'amour, des couteaux de lancée littéralement fichés dans les murs et de la vaisselle éclatée au sol, je les ai senties. Elles coulaient sur ses joues et tombaient dans mon cou, mais pas une seule seconde j'ai songé à redresser la tête.

Parce que le faire aurait signifié faire face à ce que cette mission lui imposait. Faire face à sa douleur de savoir que sa propre fiancée couchait avec un autre homme et ne rien pouvoir faire pour l'empêcher.

— Kat, je ne savais vraiment pas ! souffle-t-il en me regardant dans les yeux, la sincérité irradiant de ses yeux. Jamais je n'aurais accepté de coucher avec toi si c'était le cas !

— Je n'en doute pas une seule seconde, ne t'en fais pas, secoué-je la tête. Et pour que tu cesses d'imprimer la marque de la raie de ton cul sur le cuir de mon canapé, sache que Viktor ne t'en veut pas non plus.

C'est un peu faux, je le reconnais. Si Viktor pouvait tuer quelqu'un, à ce moment-là, il ne fait aucun doute que Charlie serait passé de vie à trépas bien plus vite que l'on ne prononce Avada Kedavra ! J'espère simplement qu'il appréciera l'intention lorsque je lui offrirai ce souvenir en guise d'offrande de paix de la part de mon ex-amant !

— Bordel, ricane-t-il amèrement. À sa place, j'aurais sûrement utilisé Veyser pour bouffer l'amant de ma femme ! Il est bien plus pacifiste que ce que je pensais !

— Oh ! Il a tout de même pensé à l'idée de payer un tueur à gages pour te descendre, si ça peut te rassurer !

— Pas vraiment, non !

C'est une chose que j'apprécie fortement chez lui. Il a un instinct de survie très développé, en toutes circonstances ! Enfin, sauf lorsque ces circonstances se trouvent être une brune aux cheveux crépus ou des créatures écailleuses et ailées ! Là, il est du genre à plonger dans la gueule du loup avec un grand sourire de malade sur le visage…

Décidément, celui qui a dit que l'amour rend aveugle a dû se planter quelque part… Parce que, dans son cas, si ça rend aveugle, ça rend aussi totalement barge… Même si je crois que, dans sa famille, ils ont tous un petit côté maso qui, finalement, les rend assez attachants, je pense…

— J'aimerais comprendre une chose, soupire-t-il. Le soir de la bataille finale, si tu es toujours un Maître de la Guilde de Combat, tu aurais dû venir à Poudlard, alors pourquoi ne l'as-tu pas fait ?

Je sais que cette question le ronge depuis près d'un an, qu'il s'est retenu de me la poser depuis presque aussi longtemps, mais à chaque fois, je suis parvenue à détourner la conversation. Or, il semblerait qu'aujourd'hui, nous soyons dans une de ces périodes où il me faille être honnête avec lui… Fais chier… Je n'avais pas prévu de flirter avec la mort aussi vite…

— Le soir du deux mai, un groupuscule de Mangemorts et d'apprentis Mangemorts a envahi Durmstrang et le ministère de la Magie russe, commencé-je en me frottant les tempes. En tant qu'ancien Maître de Guilde, il était de mon devoir de défendre mon pays.

Je me souviens encore de la frayeur qui parcourait les rangs des volontaires de la Guilde, ce jour-là. De l'impatience et la frénésie dans ceux des Auror et des membres de la Guilde. Du soulagement que ce fut lorsque j'ai pu retrouver Viktor, tenant le fort, baguette à la main, chevauchant son Éclair de Feu pour atteindre le plus de Mangemorts possible.

Des élèves transis de peur, dans le réfectoire barricadé et gardé par nombre de dernières années tandis que les élèves d'études supérieures se trouvaient dans le parc, se battant bec et ongles contre leurs assaillants.

De la rage qui traversait le corps des Aurors lorsqu'ils devaient enjamber les corps d'élèves ayant donné leur vie pour protéger les plus jeunes. De la douleur que ce fut, pour les parents, le lendemain, en découvrant la liste des morts.

Je me souviens de tout, tous les jours, avec une précision chirurgicale qui me donne souvent envie de vomir. Parce que, ces étudiants, j'en ai connu certains durant leur première année. Or, devoir assister à tous ces enterrements m'a mis un pied dans la tombe de la même manière que ce fut le cas pour Viktor.

Peut-être est-ce la raison pour laquelle je n'ai pas fait trop de manières lorsque l'on m'a dit d'aller en Angleterre pour assurer le poste de professeur de Défense contre les forces du Mal. Parce que, le mal, je l'ai côtoyé de très près, de trop près même, et que, cette nuit-là, toutes les dernières traces d'illusions enfantines qu'il me restait ont disparu.

— D'où mon incapacité à te joindre ce soir-là, soupire-t-il en remettant toutes les pièces en place.

— Exact, souris-je faiblement. J'ai eu envie de venir te rejoindre, de même que Viktor, lorsque nous avons appris la victoire de Harry Potter sur Voldemort, mais il s'est passé une chose étrange cette nuit-là…

— C'est-à-dire ? fronce-t-il les sourcils en s'avançant sur le canapé, ses coudes sur les genoux.

C'est maintenant l'instant de vérité. Je le sais, je le sens, et pourtant, je ne parviens pas à me décider si je suis prête à faire le grand saut. Prête à tout perdre au risque de voir ma date d'expiration arriver bien plus tôt que prévu… Pourtant, je le dois.

Je le lui dois. Parce qu'il faut être honnête, c'est grâce à lui que Granger a su garder la tête sur les épaules et éviter que celle de Potter ne chute durant leur échappée sauvage dans les bois… Ma vie vaut-elle plus que celle d'un autre ?

— J'ai eu un malaise profond et je me suis évanoui pendant plus de cinq heures. J'ai eu une vision, soufflé-je. La toute première de ma vie.

— De quoi parlait cette vision ?

Je me souviens encore de la terreur et du bien-être profond qui m'ont envahi, durant cette vision. Je me souviens ne pas avoir compris pourquoi et comment je parvenais à ressentir ces deux émotions si diamétralement opposées, puis la compréhension lorsqu'elle est apparue.

— C'était étrange, une succession d'images et de sons, des flashs qui se superposaient, me rappelé-je, dans la même posture que lui. Et puis, à la fin, il y a eu cette lumière incroyable, douce et pure, et cette voix désincarnée et chaude. Elle ne m'a dit que deux phrases. « L'Astre t'a choisie, Katya Sermirov. Bienvenue à toi, nouvelle Terre. ». Puis plus rien. Je me suis réveillée dans mon lit, avec Viktor totalement paniqué au-dessus de moi et une batterie de médicomages…

Putain ce que j'ai pu me détester ce jour-là ! Ce que j'ai pu détester ma magie, mon sang et jusqu'à mes ancêtres ! Pourquoi ? Pourquoi a-t-il fallu que, dans ma royale petite vie de fille plus ou moins normale, l'un de mes arrière-grands-pères ait couché avec une Valkyrie ? Pourquoi ?

— Alors tu es une Valkyrie ?! s'écrie-t-il, en se levant subitement.

— À mon plus grand désespoir, oui, soupiré-je en tirant sur mes cheveux. Si tu savais à quel point j'ai pu détester Magia, ce jour-là…

Est-ce si compliqué que ça de la garder dans son pantalon et ne pas aller fricoter avec une Lovegood, nom d'un chien ?! Bon, certes, si je demande à son frère, il me dira que non, parvenir à tenir une érection en échec devant une Valkyrie est une sorte de roulette russe macabre, mais tout de même !

Il devait bien savoir, l'ancêtre, que coucher avec une Gardienne de la Paix conduirait immanquablement à ce que notre patrimoine génétique sente le roussit par la suite ! À croire que tous les hommes ne pensent uniquement qu'avec ce qui se trouve dans leur pantalon… Navrant…

— Non mais tu es une Valkyrie, Kat ! Est-ce que tu te rends compte ?! secoue-t-il la tête, arpentant le sol en se passant la main dans les cheveux.

— Oui, et sans ça, je n'aurais pas eu besoin de mettre un terme à ma relation avec Viktor ! Alors soit gentil et arrête d'avoir ce sourire de psychopathe sur le visage ! sifflé-je, retenant bien mal la colère qui m'inonde.

Oh ! Ce que j'ai bien pu le détester, ce jour-là ! Me détester aussi, lorsque nous avons pris cette décision commune – et ironiquement la première où sa mère n'ait pas eu son propre mot à dire – pour l'avenir de notre relation… Oui, décidément, Blaise Zabini n'a pas tort… Le karma est vraiment une sacrée petite pute quand il le veut…

— Attends, juste à cause de ça ? secoue-t-il la tête, semblant être en pleine hallucination. C'est un honneur et même toi tu le sais ! Alors pourquoi tant de désespoir ?

Un honneur… Je trouve vraiment que tout est relatif ! J'aimerais bien l'y voir, lui, à ma place, tenter de convaincre un type aussi réfractaire à l'amour, qu'il a le droit d'être amoureux de sa propre femme, tiens ! Il m'en dirait des nouvelles !

Il ne tiendrait pas une seule putain de petite journée dans ce rôle-là ! Et encore ! Avec de l'aide ! Mais je peux comprendre pourquoi il fait tant de réticence et pourquoi il se cabre à chaque fois que sa petite Granger est sur le point de pénétrer d'un peu trop près ses résistances.

— Parce que j'aurais fait souffrir Viktor aussi longtemps que toute cette affaire ne serait pas réglée, ricané-je amèrement.

D'une manière tout aussi dérangeante qu'elle ne l'est, leur mère s'est elle-même créé un cercueil. Avec sa manie de vouloir caser ses enfants avec tout le monde et n'importe qui tant qu'ils trouvent une place privilégiée au ministère, Molly Weasley a creusé la tombe de l'amour de ses fils à coups de répliques tout aussi cinglantes que mal venues et elle ne semble même pas s'en rendre compte.

Mais, dans le fond, je pense réellement qu'elle croyait bien faire. Je pense qu'elle a fait les choses de cette façon parce qu'elle ne voulait que le meilleur pour eux et que, à ses yeux, le meilleur était leur sécurité, quitte à étouffer jusqu'à leur propre personnalité… Et de la personnalité, chacun d'eux en a à revendre !

Que ce soient les jumeaux et leur talent inné pour les farces et attrapes. Charlie et son don pour le dressage et la compréhension des dragons. Bill et ses capacités en tant que briseur de sorts. Percy et son savoir-faire pour tout retenir, ou encore Ronald et son génie stratégiques, il ne fait aucun doute que, talentueux, chacun de ses garçons l'est. Alors, pourquoi vouloir étouffer dans l'œuf ce qu'ils sont ?

À dire vrai, je crois qu'elle n'a pas compris jusqu'à il y a deux semaines, que la peur ne pouvait pas être une réponse à toutes ces choses qu'elle a faites. Je ne doute pas une seule seconde qu'elle les aime. Mais peut-être qu'en les étouffant ainsi, elle ne les aimait pas de la bonne manière… Un peu comme ces élèves qui arrosent un peu trop leurs pousses de valériane sauvage au point de les noyer…

— Je te connais bien et je sais à quel point tu peux être du genre stupide lorsque tu veux te voiler la face. Mais ta femme est presque aussi têtue que toi dans ce domaine, et nous savions bien tous les deux que l'achèvement de cette mission pourrait prendre des années…

Et ce n'est pas peu dire… Si Lovegood, et plus ou moins tous ses frères et leurs conjoints ne s'étaient pas lancés dans l'aventure, il ne fait aucun doute qu'à soixante ans, ils seraient encore en train de se tourner autour comme deux Azurs des Alpes en rut… Quoique, en rut, ils le soient tous les deux…

— Mais Lovegood était persuadée qu'il ne faudrait pas aussi longtemps avant que Potter, ton frère, ta femme ou toi ne craquiez, expliqué-je en retenant bien mal un sourire narquois, avant de redevenir sombre. Et elle a fini par en persuader le Conseil…

— Le Conseil ? fronce-t-il les sourcils, intrigués.

— Le Conseil des Gardiennes, soupiré-je, lasse. C'est un haut lieu de la magie que seuls les Amazones, Valkyries et Dames Dragons peuvent atteindre, à moins d'être accouplé à l'une d'entre nous…

— Où se trouve-t-il ? me presse-t-il en me prenant par surprise. Luna doit y être ! Je dois aller la récupérer pour George !

J'aurais dû me douter qu'il me demanderait une telle chose… Après tout, dans leur fratrie, il semblerait qu'ils soient tous prêts à vendre un rein pour le bonheur des autres… Enfin, en dehors du cas Ronald Weasley, bien sûr…

— Tu ne peux pas, secoué-je la tête, peinée.

Je sais qu'il est furieux avant même qu'il n'ouvre la bouche ou ne quitte sa posture rigide sur le tapis, les bras croisés en signe de colère. Rarement je n'ai vu tant de douleur dans son regard que lorsque George lui a assené ses quatre vérités, dans le hall, appuyant sur tous les boutons qu'il fallait pour le mettre plus bas que terre. Mais ce qui m'a le plus peiné, c'était de voir la reddition dans ses yeux.

Parce que, pour la première fois depuis longtemps, il était prêt à n'importe quoi si tant est que ça lui permette de récupérer sa femme et celle de son frère. Pourtant, il savait à cet instant-là que c'était impossible.

Et aujourd'hui encore, je vais devoir briser le peu d'espoir qu'il lui reste. De la même manière que je l'ai fait le jour où je lui ai crié que je n'étais pas Tonks et que Granger ne l'était pas non plus. Que sa chérie imaginaire ne reviendrait jamais d'entre les morts non plus…

Je le sais parfaitement, ce jour-là, je l'ai brisé au possible. Je lui ai fait mal jusque dans son âme. Mais il a cette capacité à enfermer la douleur en lui qui nous laisse mal à l'aise ensuite. Parce qu'il ne sait pas exprimer ce qu'il ressent réellement sans que ce ne soit par la violence magique ou verbale. Et Tonks, en dépit de tout l'amour qu'il puisse lui porter, est sa blessure la plus douloureuse. L'était, tout du moins…

— Pourquoi ? siffle-t-il.

— Parce que Lovegood doit accomplir le rituel d'initiation avant de prendre sa place sur le trône ou au moins choisir un régent le temps où elle sera dans ce monde… Sans ça, sa magie la tuera, purement et simplement. En assurant à Magia qu'en un an elle réussirait à faire que ton couple ainsi que celui de ton frère se forment et se solidifient, elle a contracté une sorte de Serment Inviolable, si tu veux…

Une part de moi en veut à Luna pour avoir fait cette proposition à Magia et qu'elle a été acceptée. Parce qu'il ne faut pas être un génie pour comprendre que ces quatre-là ont la tête encore plus dure que le pire des alliages.

Mais d'un autre côté, je la plains profondément. Parce que l'épreuve d'initiation déjà pour une Valkyrie « intacte » est difficile. Voire irréalisable. Mais parvenir à survivre dans les forêts du mont Freyja durant quarante jours sans verser la moindre goutte de sang, puis subir la quête de vision sans devenir folle est presque infaisable.

— Tu sais que George ne laissera pas ça très longtemps encore de côté, n'est-ce pas ? soupire-t-il en se rasseyant lourdement. Pour le moment, il est trop apathique pour vraiment le réaliser et l'accepter, mais un jour il va se réveiller et il remuera ciel et terre pour aller la récupérer…

— Je n'en doute pas une seule seconde, mais pour le moment, il va devoir refréner ses ardeurs s'il veut son bien, fais-je de la même manière. Elle est intelligente et bien plus clairvoyante que nombre de personnes sur cette foutue petite île perdue que tu appelles la maison !

Et c'est en ça que j'en veux le plus à George Weasley. S'il n'avait pas fait tout son possible pour faire tomber dans ses filets la jeune fille, elle aurait eu une chance supplémentaire de réussir, de pouvoir rentrer et décider elle-même de son propre sort. Mais maintenant, en ayant perdu sa virginité, il est presque certain qu'elle n'en reviendra pas…

Cette petite est réellement très intelligente, peut-être même plus qu'une bonne partie des sorciers de cette île. Pourtant, elle continue d'accepter que les gens la voient uniquement comme une folle, une fille qui ne fait que voir des créatures invisibles alors que ce n'est pas le cas.

Elle est peut-être l'une des seules chances qu'ait ce foutu pays de ne pas avoir droit à une seconde chasse aux sorcières ou à une troisième guerre des sorciers. Pourtant, ils ne savent faire qu'une seule et unique chose : critiquer ce qu'ils ne comprennent pas, ce qui sort du cadre bien rangé de ce que le conventionnellement acceptable ne peut concevoir…

— D'accord, laissons ce point de côté pour le moment, grimace-t-il. Pourquoi être venue en Angleterre pour te faire engager à Poudlard ? Tu aurais très bien pu continuer ta mission depuis la Russie, non ? Et ainsi, tu aurais pu tenter de réparer ta relation avec Viktor !

J'y ai songé, plus que n'importe quand, même ! J'avais toutes les raisons de rester, que ce soit un poste, un futur mari et que sais-je encore ! Mais j'avais aussi parfaitement conscience que mon ami méritait bien mieux que de finir sa vie seule et incapable de croire ou comprendre l'amour… Et peut-être est-ce réellement ça qui m'a décidé.

Parce que, comme tout humain qui se respecte, je suis égoïste. C'est un fait. De ma volonté d'avoir des enfants à celle de me marier en passant par le fait de préférer mettre en avant Charlie au détriment de mon couple.

— Parce que c'était le moyen le plus sûr et rapide de te faire entrer du plomb dans la tête. Parce que personne ne voulait prendre ce poste et parce qu'il fallait impérativement que ta femme trouve un exutoire à sa colère…

C'est une chose que je n'ai jamais comprise avec cette communauté… Pas un seul n'a osé lever sa baguette contre les Mangemorts ou Voldemort, et pourtant, tous ont voulu se décrire comme experts en Défense contre les forces du Mal !

Et, contrairement à eux, ceux qui avaient réellement combattu préféraient oublier le champ de bataille. Ils s'en fichaient comme de leur première chemise d'essayer d'apprendre aux nouvelles générations à se défendre si d'aventure un nouveau malade cherchait à prendre le pouvoir…

C'était une décision désespérée de la part de la Directrice du château d'envoyer une demande exceptionnelle à tous les Maîtres de Guilde de Combat, mais chacun, dans leur pays, devait réparer ce que la guerre avait entraîné…

— Mais quand j'ai découvert la situation, le jour de la réunion de prérentrée, j'ai compris que je devais devenir l'emblème du mal pour ceux qui vivent au château. Sais-tu à quel point ma première impression de ta femme par les lettres que recevait Viktor était erronée ? ris-je doucement.

Ils avaient tous l'air si abattus, si fatigués et malades des souvenirs qu'ils transportaient que je n'ai pas réussi à faire autrement que de réagir avec mon tact légendaire. J'ai appuyé sur tous les boutons pour parvenir à les faire sortis de leur léthargie. À mon corps défendant, je ne m'attendais pas à ce que ma manœuvre fonctionne si bien !

Mais il semblerait que s'en prendre à cette chère Hermione Granger, héroïne de guerre et porte-parole des opprimés, ait été ma première grande erreur sur l'échiquier qu'était mon plan…

Pourtant, pour une raison qui reste encore bien mystérieuse à mes yeux, elle a su fédérer à ses côtés des sorciers de tout horizon, faisant fi de toutes convenances dues à son rang ou à son sang. En un sens, elle est, à elle seule, la quintessence de ce que Père aurait voulu que je me fasse comme amie…

— Je la prenais pour une fille intelligente, arrogante et assez peureuse, mais quand je l'ai rencontrée… Morgan ! ris-je à nouveau. Cette fille bouillonnait de colère et de douleur refoulée, de tristesse et de rage, et j'ai été obligée de me mettre mentalement des coups pour parvenir à sortir ce laïus sur Voldemort et les Moldus…

— Tu as effectué un travail remarquable ! ricane-t-il en grimaçant. Je crois n'avoir jamais vu quiconque se faire haïr en aussi peu de temps, et pourtant, je pensais que Severus était un maître dans cet art !

— Ils avaient tous un haut niveau de colère, même les enfants de Mangemorts ou les professeurs, et être la cible de leur haine ne me gênait pas, haussé-je les épaules.

— C'est pour ça que tu as jeté le Significat Laesae à Granger ? siffle-t-il en me fusillant du regard. Parce que c'était ta « mission » ?


(la suite, au prochain épisode, les enfants ! 😉 )


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Je vous dis donc au samedi 17 ou dimanche 18 octobre pour la seconde partie du chapitre 36 intitulé : « Vérités et faux-semblants » !

Je vous embrasse et vous souhaite une très bonne semaine à tous, soyez prudents et gardez vos amis et vos familles en sécurité,
Bisou,
Mya.