Bonjour et bienvenu

Dans cette seconde partie du chapitre trente-six du Souffle Du Dragon !

Je tiens à remercier ceux qui m'ont ajouté en favoris ou en likes, chers lecteurs, mais plus encore pour leurs messages. Les reviews sont les seules récompenses que nous, auteurs de Fanfictions, ayons, alors je vous remercie réellement de prendre de votre temps pour ne serait-ce que me laisser un j'aime ou bien me dire ce qui vous dérange dans cette histoire. Vous êtes des amours !


/ ! \ ANNONCES IMPORTANTES :


1) Afin de laisser à ma bêta le temps de prendre de l'avance dans les corrections, chaque fois que nous aurons fini de publier deux chapitres dans leur entièreté (ou un qui serait découpé en trois partie) , nous ferons une pause d'une semaine à chaque fois. De plus, sachez que chaque chapitre sera, dès à présent, coupé en trois parties car faisant entre 60 et 92 pages pour le moment, ce qui reste assez conséquent…
Pour ceux qui s'inquiètent d'un tel procédé, sachez que chaque chapitre complet représente environ 30 000 à 45 000 mots dans certains cas où je ne puisse décemment pas supprimer des scènes qui sont cruciales pour la suite.
À l'heure actuelle, cette histoire est écrite jusqu'au chapitre 35 et deux autres sont déjà écrit, de même qu'un des deux épilogues et un bonus, donc ne paniquez pas, je reste toujours active sur cette fiction !

2) Après remarque de plusieurs d'entre vous, je me suis aperçue qu'il vous manquait un Point de vue dans le chapitre 31 (part 1), de ce fait, je l'ai reposté, afin que vous ayez au moins une partie de la seconde épreuve. Encore une fois, je vous présente toutes mes excuses, chers lecteurs !

3) La partie 1 du chapitre 32 a été repostée aussi car certaines modifications sont passées à la trappe.

4) il y aura une pause un peu plus longue que prévue, entre la fin de la publication du 34 et la première du 35, pour cause de vacances avec accès internet réduit…


À l'attention de Dramionymus et coeurderosedu28, je vous ai envoyé un MP en réponse à vos commentaires ou à vos messages tout courts ! Je te remercie beaucoup, Guest, pour ta review, et oui, je te le confirme, les ennuis ne font vraiment que commencés !

N'hésitez pas à vous créer un compte pour pouvoir échanger avec moi sur cette fiction 😉

Comme d'habitude, je vous souhaite à tous de passer un très bon moment sur ce chapitre, nous nous retrouvons en bas pour la seconde partie de mon Blabla d'auteur !


*** Bonne lecture ! ***


Précédemment dans Le Souffle du Dragon :

Katya

— Attends, juste à cause de ça ? secoue-t-il la tête, semblant être en pleine hallucination. C'est un honneur et même toi tu le sais ! Alors pourquoi tant de désespoir ?

Un honneur… Je trouve vraiment que tout est relatif ! J'aimerais bien l'y voir, lui, à ma place, tenter de convaincre un type aussi réfractaire à l'amour, qu'il a le droit d'être amoureux de sa propre femme, tiens ! Il m'en dirait des nouvelles !

Il ne tiendrait pas une seule putain de petite journée dans ce rôle-là ! Et encore ! Avec de l'aide ! Mais je peux comprendre pourquoi il fait tant de réticence et pourquoi il se cabre à chaque fois que sa petite Granger est sur le point de pénétrer d'un peu trop près ses résistances.

— Parce que j'aurais fait souffrir Viktor aussi longtemps que toute cette affaire ne serait pas réglée, ricané-je amèrement.

D'une manière tout aussi dérangeante qu'elle ne l'est, leur mère s'est elle-même créé un cercueil. Avec sa manie de vouloir caser ses enfants avec tout le monde et n'importe qui tant qu'ils trouvent une place privilégiée au ministère, Molly Weasley a creusé la tombe de l'amour de ses fils à coups de répliques tout aussi cinglantes que mal venues et elle ne semble même pas s'en rendre compte.

Mais, dans le fond, je pense réellement qu'elle croyait bien faire. Je pense qu'elle a fait les choses de cette façon parce qu'elle ne voulait que le meilleur pour eux et que, à ses yeux, le meilleur était leur sécurité, quitte à étouffer jusqu'à leur propre personnalité… Et de la personnalité, chacun d'eux en a à revendre !

Que ce soient les jumeaux et leur talent inné pour les farces et attrapes. Charlie et son don pour le dressage et la compréhension des dragons. Bill et ses capacités en tant que briseur de sorts. Percy et son savoir-faire pour tout retenir, ou encore Ronald et son génie stratégiques, il ne fait aucun doute que, talentueux, chacun de ses garçons l'est. Alors, pourquoi vouloir étouffer dans l'œuf ce qu'ils sont ?

À dire vrai, je crois qu'elle n'a pas compris jusqu'à il y a deux semaines, que la peur ne pouvait pas être une réponse à toutes ces choses qu'elle a faites. Je ne doute pas une seule seconde qu'elle les aime. Mais peut-être qu'en les étouffant ainsi, elle ne les aimait pas de la bonne manière… Un peu comme ces élèves qui arrosent un peu trop leurs pousses de valériane sauvage au point de les noyer…

— Je te connais bien et je sais à quel point tu peux être du genre stupide lorsque tu veux te voiler la face. Mais ta femme est presque aussi têtue que toi dans ce domaine, et nous savions bien tous les deux que l'achèvement de cette mission pourrait prendre des années…

Et ce n'est pas peu dire… Si Lovegood, et plus ou moins tous ses frères et leurs conjoints ne s'étaient pas lancés dans l'aventure, il ne fait aucun doute qu'à soixante ans, ils seraient encore en train de se tourner autour comme deux Azurs des Alpes en rut… Quoique, en rut, ils le soient tous les deux…

— Mais Lovegood était persuadée qu'il ne faudrait pas aussi longtemps avant que Potter, ton frère, ta femme ou toi ne craquiez, expliqué-je en retenant bien mal un sourire narquois, avant de redevenir sombre. Et elle a fini par en persuader le Conseil…

— Le Conseil ? fronce-t-il les sourcils, intrigués.

— Le Conseil des Gardiennes, soupiré-je, lasse. C'est un haut lieu de la magie que seuls les Amazones, Valkyries et Dames Dragons peuvent atteindre, à moins d'être accouplé à l'une d'entre nous…

— Où se trouve-t-il ? me presse-t-il en me prenant par surprise. Luna doit y être ! Je dois aller la récupérer pour George !

J'aurais dû me douter qu'il me demanderait une telle chose… Après tout, dans leur fratrie, il semblerait qu'ils soient tous prêts à vendre un rein pour le bonheur des autres… Enfin, en dehors du cas Ronald Weasley, bien sûr…

— Tu ne peux pas, secoué-je la tête, peinée.

Je sais qu'il est furieux avant même qu'il n'ouvre la bouche ou ne quitte sa posture rigide sur le tapis, les bras croisés en signe de colère. Rarement je n'ai vu tant de douleur dans son regard que lorsque George lui a assené ses quatre vérités, dans le hall, appuyant sur tous les boutons qu'il fallait pour le mettre plus bas que terre. Mais ce qui m'a le plus peiné, c'était de voir la reddition dans ses yeux.

Parce que, pour la première fois depuis longtemps, il était prêt à n'importe quoi si tant est que ça lui permette de récupérer sa femme et celle de son frère. Pourtant, il savait à cet instant-là que c'était impossible.

Et aujourd'hui encore, je vais devoir briser le peu d'espoir qu'il lui reste. De la même manière que je l'ai fait le jour où je lui ai crié que je n'étais pas Tonks et que Granger ne l'était pas non plus. Que sa chérie imaginaire ne reviendrait jamais d'entre les morts non plus…

Je le sais parfaitement, ce jour-là, je l'ai brisé au possible. Je lui ai fait mal jusque dans son âme. Mais il a cette capacité à enfermer la douleur en lui qui nous laisse mal à l'aise ensuite. Parce qu'il ne sait pas exprimer ce qu'il ressent réellement sans que ce ne soit par la violence magique ou verbale. Et Tonks, en dépit de tout l'amour qu'il puisse lui porter, est sa blessure la plus douloureuse. L'était, tout du moins…

— Pourquoi ? siffle-t-il.

— Parce que Lovegood doit accomplir le rituel d'initiation avant de prendre sa place sur le trône ou au moins choisir un régent le temps où elle sera dans ce monde… Sans ça, sa magie la tuera, purement et simplement. En assurant à Magia qu'en un an elle réussirait à faire que ton couple ainsi que celui de ton frère se forment et se solidifient, elle a contracté une sorte de Serment Inviolable, si tu veux…

Une part de moi en veut à Luna pour avoir fait cette proposition à Magia et qu'elle a été acceptée. Parce qu'il ne faut pas être un génie pour comprendre que ces quatre-là ont la tête encore plus dure que le pire des alliages.

Mais d'un autre côté, je la plains profondément. Parce que l'épreuve d'initiation déjà pour une Valkyrie « intacte » est difficile. Voire irréalisable. Mais parvenir à survivre dans les forêts du mont Freyja durant quarante jours sans verser la moindre goutte de sang, puis subir la quête de vision sans devenir folle est presque infaisable.

— Tu sais que George ne laissera pas ça très longtemps encore de côté, n'est-ce pas ? soupire-t-il en se rasseyant lourdement. Pour le moment, il est trop apathique pour vraiment le réaliser et l'accepter, mais un jour il va se réveiller et il remuera ciel et terre pour aller la récupérer…

— Je n'en doute pas une seule seconde, mais pour le moment, il va devoir refréner ses ardeurs s'il veut son bien, fais-je de la même manière. Elle est intelligente et bien plus clairvoyante que nombre de personnes sur cette foutue petite île perdue que tu appelles la maison !

Et c'est en ça que j'en veux le plus à George Weasley. S'il n'avait pas fait tout son possible pour faire tomber dans ses filets la jeune fille, elle aurait eu une chance supplémentaire de réussir, de pouvoir rentrer et décider elle-même de son propre sort. Mais maintenant, en ayant perdu sa virginité, il est presque certain qu'elle n'en reviendra pas…

Cette petite est réellement très intelligente, peut-être même plus qu'une bonne partie des sorciers de cette île. Pourtant, elle continue d'accepter que les gens la voient uniquement comme une folle, une fille qui ne fait que voir des créatures invisibles alors que ce n'est pas le cas.

Elle est peut-être l'une des seules chances qu'ait ce foutu pays de ne pas avoir droit à une seconde chasse aux sorcières ou à une troisième guerre des sorciers. Pourtant, ils ne savent faire qu'une seule et unique chose : critiquer ce qu'ils ne comprennent pas, ce qui sort du cadre bien rangé de ce que le conventionnellement acceptable ne peut concevoir…

— D'accord, laissons ce point de côté pour le moment, grimace-t-il. Pourquoi être venue en Angleterre pour te faire engager à Poudlard ? Tu aurais très bien pu continuer ta mission depuis la Russie, non ? Et ainsi, tu aurais pu tenter de réparer ta relation avec Viktor !

J'y ai songé, plus que n'importe quand, même ! J'avais toutes les raisons de rester, que ce soit un poste, un futur mari et que sais-je encore ! Mais j'avais aussi parfaitement conscience que mon ami méritait bien mieux que de finir sa vie seule et incapable de croire ou comprendre l'amour… Et peut-être est-ce réellement ça qui m'a décidé.

Parce que, comme tout humain qui se respecte, je suis égoïste. C'est un fait. De ma volonté d'avoir des enfants à celle de me marier en passant par le fait de préférer mettre en avant Charlie au détriment de mon couple.

— Parce que c'était le moyen le plus sûr et rapide de te faire entrer du plomb dans la tête. Parce que personne ne voulait prendre ce poste et parce qu'il fallait impérativement que ta femme trouve un exutoire à sa colère…

C'est une chose que je n'ai jamais comprise avec cette communauté… Pas un seul n'a osé lever sa baguette contre les Mangemorts ou Voldemort, et pourtant, tous ont voulu se décrire comme experts en Défense contre les forces du Mal !

Et, contrairement à eux, ceux qui avaient réellement combattu préféraient oublier le champ de bataille. Ils s'en fichaient comme de leur première chemise d'essayer d'apprendre aux nouvelles générations à se défendre si d'aventure un nouveau malade cherchait à prendre le pouvoir…

C'était une décision désespérée de la part de la Directrice du château d'envoyer une demande exceptionnelle à tous les Maîtres de Guilde de Combat, mais chacun, dans leur pays, devait réparer ce que la guerre avait entraîné…

— Mais quand j'ai découvert la situation, le jour de la réunion de prérentrée, j'ai compris que je devais devenir l'emblème du mal pour ceux qui vivent au château. Sais-tu à quel point ma première impression de ta femme par les lettres que recevait Viktor était erronée ? ris-je doucement.

Ils avaient tous l'air si abattus, si fatigués et malades des souvenirs qu'ils transportaient que je n'ai pas réussi à faire autrement que de réagir avec mon tact légendaire. J'ai appuyé sur tous les boutons pour parvenir à les faire sortis de leur léthargie. À mon corps défendant, je ne m'attendais pas à ce que ma manœuvre fonctionne si bien !

Mais il semblerait que s'en prendre à cette chère Hermione Granger, héroïne de guerre et porte-parole des opprimés, ait été ma première grande erreur sur l'échiquier qu'était mon plan…

Pourtant, pour une raison qui reste encore bien mystérieuse à mes yeux, elle a su fédérer à ses côtés des sorciers de tout horizon, faisant fi de toutes convenances dues à son rang ou à son sang. En un sens, elle est, à elle seule, la quintessence de ce que Père aurait voulu que je me fasse comme amie…

— Je la prenais pour une fille intelligente, arrogante et assez peureuse, mais quand je l'ai rencontrée… Morgan ! ris-je à nouveau. Cette fille bouillonnait de colère et de douleur refoulée, de tristesse et de rage, et j'ai été obligée de me mettre mentalement des coups pour parvenir à sortir ce laïus sur Voldemort et les Moldus…

— Tu as effectué un travail remarquable ! ricane-t-il en grimaçant. Je crois n'avoir jamais vu quiconque se faire haïr en aussi peu de temps, et pourtant, je pensais que Severus était un maître dans cet art !

— Ils avaient tous un haut niveau de colère, même les enfants de Mangemorts ou les professeurs, et être la cible de leur haine ne me gênait pas, haussé-je les épaules.

— C'est pour ça que tu as jeté le Significat Laesae à Granger ? siffle-t-il en me fusillant du regard. Parce que c'était ta « mission » ?

Et maintenant :


Chapitre 36 : Vérités et faux-semblants

Flash-Back

J'ai beau chercher comment une telle chose est possible depuis des années, maintenant que je vois avec quelle vigueur il se met des œillères, je me dis que cette mission est en train de passer d'impossible à suicidaire…

Entre l'incapacité chronique – voire viscérale – de Charlie pour surtout ne rien faire qui le rende heureux en dehors de ses dragons et de sa famille, et Hermione Granger qui, visiblement, n'a aucune idée de l'obsession qu'il porte sur elle, je sens que cette année n'en finira jamais… Bon sang, que mes montagnes de l'Est me manquent dans ces moments-là…

Ça n'a beau faire que trois jours que j'ai quitté la maison, il n'en reste pas moins que je donnerais tout pour être de retour dans mon lit, avec Viktor, à l'entendre grommeler contre sa mère qui nous poussait à trouver une date pour le mariage…

Mais ce n'est plus le cas maintenant… Maintenant, elle pleure l'avenir qu'il y avait pour nous, la famille que nous aurions dû créer et les nombreuses concessions qu'elle voulait que je fasse pour ledit mariage.

Il ne reste plus que moi, ma tristesse et ma douleur d'avoir dû dire adieu à notre avenir, à Vik et moi, pour les bienfaits de la Magie… Bordel… Je tuerais pour que cet « insigne honneur », comme l'a si bien dit Anna, ait été transféré à quelqu'un d'autre que moi…

Ce sont les coups rapides et répétés d'un bec contre la fenêtre qui me sortent de ma contemplation désolante – et, disons-le, foireuse – de ma vie amoureuse. Perski – diminutif d'Imperski, le faucon impérial de Viktor. Peut-être enfin vais-je avoir droit à une bonne nouvelle !

Finalement, peut-être n'aurais-je pas dû espérer autant… Car, dans cette enveloppe, ce que j'y trouve, ce n'est pas une lettre d'amour ô combien attendue, mais bien les parchemins de rupture de fiançailles qui n'attendent plus que ma signature pour être valides…

Tristesse, colère, déception, résignation, douleur. Tout se mélange en moi, créant ce maelstrom d'émotions qui m'enserrent la gorge et m'empêchent de respirer. Je sens ma magie vouloir s'échapper, mais, dans un soupçon de conscience, je fais de mon mieux pour remonter mes boucliers d'occlumancie. Tout pour que personne ne puisse me voir comme ayant un cœur…

Mes larmes se mélangent à ces tiraillements désagréables, augmentant un peu plus cette agonie, ce calvaire que je n'ai jamais eu autant l'impression de vivre qu'en cet instant. Jusqu'à ce que je tombe sur l'écriture brouillonne et en patte de mouche de Viktor, sur un petit bout de parchemin au fond de l'enveloppe.

« Kat, mon amour

J'ai retourné la question dans ma tête un million de fois, fait toutes les hypothèses possibles et imaginables, inventé toutes sortes de scénarios, mais je n'ai pas trouvé de manières de rendre les choses moins douloureuses, que ce soit pour toi ou pour moi…

Je t'aime, tu le sais parfaitement, mais je sais aussi que tu te retiens dans ta mission à cause de moi. Et c'est intolérable à mes yeux. Je ne veux pas être un obstacle au bonheur de quiconque, et encore moins le tien.

Tu dois être en colère et si ça peut te rassurer, sache que moi aussi, mais si nous voulons avoir droit à notre fin heureuse, nous aussi, tu dois réussir ta mission. C'est pour cette raison que j'ai signé les parchemins de rupture.

Même s'il ne connaît pas l'étendue de ta mission ou encore pourquoi tu le fais, tu sais aussi bien que moi qu'il en vaut la peine. Charlie Weasley est quelqu'un de bien, c'est toi-même qui me l'as dit.

Alors, même si tu te sens mal, triste, et que tu voudrais détruire la terre entière (n'oublie pas que je te connais bien, Moya Lyubov) n'oublie pas que ce que tu fais est juste et que les personnes pour qui tu le fais en valent réellement la peine. Hermione, Charlie et Julia. C'est pour eux que nous faisons tout ça. C'est pour eux que nous sacrifions tant. Mais ils le méritent et tu le sais.

Sois certaine, néanmoins, qu'à l'instant même où tu reviendras à la maison, ta robe de mariée, de même que la tiare de ma mère, t'attendent de pied ferme et je compte bien te passer la bague au doigt avant même que tu n'aies pu penser à t'enfuir.

Trois ans que j'attends de faire de toi ma femme, je ne passerais pas une année de plus sans t'avoir à mes côtés, tu es prévenue, Katya Saroïvna Sermirov. Tiens-le-toi pour dit !

Je préfère m'arrêter là avant de te supplier à genoux de rentrer chez nous pour t'enfermer dans notre chambre, mais n'oublie jamais que, ma maison, c'est là où tu es. Peu importe que nous soyons mariés, séparés, divorcés ou fiancés. Tu es ma femme et ma maison, mon cœur, et la seule femme que j'aimerais toute ma vie.

À toi pour toujours,

Viktor. »

Les larmes coulent un peu plus, la douleur se fait plus présente, mais ma magie, elle, se calme lentement. Ne reste plus que la lassitude et un mal du pays bien trop douloureux pour être endigués avant le début des cours.

Ironiquement, en cet instant, tout ce dont j'ai besoin, c'est de chaleur humaine, de bras qui m'entourent et peut-être aussi que l'on me promette que tout ira bien. Qu'à mon retour à la maison, tout ira mieux. Et étonnamment, la seule personne qui puisse faire office de substitut, en cet instant, c'est Charlie…

Courageusement, faisant de mon mieux pour que rien ne transparaisse, j'essuie les larmes qui coulaient sur mes joues, maquille mes yeux pour leur éviter d'avoir cette rougeur qui leur va si mal et enfile mon uniforme de dragonnier. Peut-être ainsi pourrais-je faire de mon mieux pour être encore plus détestée qu'avant… Qui sait ! L'espoir fait vivre, non ?

Offrant un signe de tête et un sourire aux deux jeunes Nott et Malefoy, je bifurque dans le couloir du côté des chambres des garçons, dans l'optique d'avoir, pour quelques secondes, l'impression de rentrer dans mes montagnes de l'Est.

Pourtant, le tableau sur lequel je tombe, en ouvrant la porte, même si, en temps normal, m'aurait réellement fait plaisir à voir, aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Parce que, dans son lit, c'est Granger qui peut avoir droit au réconfort que je voudrais désespérément avoir et qu'elle a l'air d'aller bien mieux que moi.

Alors, encore une fois, c'est la colère qui parle avant la raison et celle-ci se déverse sur un Charlie Weasley encore ensommeillé, qui tient une Hermione Granger avec tellement de délicatesse contre lui que c'en devient malsain de les déranger, j'en ai bien conscience !

— Non, mais tu te fous de moi, Charlie ? grondé-je.

Je le sais pertinemment, si je n'avais pas reçu ces parchemins ce matin, jamais ma voix n'aurait eu ce timbre si aigu, si haut perché. Néanmoins, si ma voix a le bon ton de faire grimacer Granger, en ce qui concerne Charlie, c'est son soupir de défaite qui, plus tard, me fera rire. Comme s'il savait qu'il était dans les emmerdes jusqu'au cou.

— Bordel ! grommelle Granger en se resserrant plus fermement contre lui. Si elle a la même voix pendant vos rapports, je comprends qu'elle ait tout misé sur l'intelligence !

Non mais elle se fout de moi, la déplumée ? Je lui en parle, moi, de ses cris de goule quand elle gueulait, hier, sur le terrain de Quidditch ? Bon sang ! Sa voix portait jusqu'au château ! Et Charlie qui sourit comme un crétin ! Putain ! Je le tuerais bien sur place, juste pour le plaisir, celui-là, tiens !

— Granger, sois belle et tais-toi, d'accord ? ricane-t-il en se recouchant contre les oreillers.

— Tu me laisses en plan cette nuit pour ça ?

— Ce n'est pas non plus une nouveauté, soupire-t-il en se rallongeant.

Ma fureur augmente d'un cran en le voyant se reculer dans ses draps comme si ce genre de choses était normal. Mais non ! Ça n'est pas normal ! Avant, lorsque nous étions encore à la réserve, il avait encore une part de gentillesse à mon égard ! Mais il semblerait que revenir dans ce château l'ait fait passer d'horripilant à parfaitement détestable !

De rage, je claque la porte de sa chambre, passant dans la salle commune en faisant mon possible pour éviter d'écouter les lamentations de Potter et le rire que je juge sadique de Pansy Parkinson. Néanmoins, je ne peux faire autrement que d'entendre sa dernière réplique avant d'atteindre le couloir…

— Je crois qu'on sait désormais où est passée Granger. Je ne m'attendais pas à ça d'elle, cependant.

Bien sûr qu'elle ne s'attendait pas à ça ! Après tout, d'après le peu que j'ai pu en voir, Hermione Granger est toujours désespérément là où on l'attend ! Pourtant, si j'en crois ce que m'a dit Viktor, elle sait faire preuve de beaucoup de courage et d'inventivité…

Reste maintenant à lui faire mettre ces deux qualités en avant pour qu'elle se retrouve bien plus souvent dans le lit de Charlie et qu'elle lui fasse comprendre qu'il est bien plus adapté à sa petite personne que le frère de celui-ci… Néanmoins, si j'en juge le peu que j'ai pu entendre, encore une fois, ce genre de révélation choc ne risque pas de se faire avant un bon bout de temps…

Mais merde à la fin ! Ne voit-elle pas que Charlie est génial ? Que tout le monde voudrait avoir son Charlie chez soi ? Et pour parfaire le tableau, ce mec est un amant extraordinaire ! Il lui faut quoi à cette fille ? Merlin tout puissant ?!

Cependant, quelques minutes plus tard – et un nouveau bol de cet affreux porridge avalé avec dégoût – l'arrivée tonitruante d'un Charlie en grande forme me ramène sur terre et fait gronder la colère à nouveau. Comment peut-il être heureux alors qu'en moins de quatre mois, j'ai tout perdu ?

Certes, il ne sait pas que je travaille dans l'ombre depuis des années pour qu'il puisse avoir droit à sa fin heureuse, mais il pourrait au moins arrêter de sourire comme si la vie était une de ces chansons affreusement niaises que Chloé écoute, au campement, non ?

— Je peux savoir ce qui t'a pris de me faire ce simulacre de crise de jalousie, ce matin ? siffle-t-il en s'asseyant à mes côtés. Je croyais avoir été parfaitement claire avec toi, hier ! Nous ne sommes pas un couple !

Morgane me préserve de ça ! Même si j'adore cet homme, que je sacrifie mon bonheur et ma vie pour lui, je plains sincèrement la folle qui voudrait se retrouver en couple avec lui ! Il sait être tout aussi chiant qu'il sache être adorable parfois ! Bien peu souvent, pour être honnête…

— Nous ne sommes peut-être pas un couple, Charlie, fais-je de la même manière en le fusillant du regard, mais la moindre des choses aurait été que tu ne couches pas avec elle juste après l'avoir fait avec moi !

J'ai arrêté depuis un bon moment de vouloir lui faire adopter un mode de vie bien plus décent – Merlin ! Est-ce donc si difficile de mettre un caleçon une fois de temps en temps ? – mais il aurait au moins pu avoir ce respect vis-à-vis de sa femme, non ?

— Quoi ? lève-t-il les yeux au ciel. Tu te sens bafouée dans ton honneur, peut-être ?

Mais bordel ! Peut-on être aussi chiant que lui sans avoir pris le moindre petit-déjeuner ? Coucher avec elle aurait au moins dû le mettre de bonne humeur, non ? Il semblerait que cette chère Miss Granger ne soit pas aussi douée qu'il n'y paraît… Fais chier…

— Oui, Charlie, oui ! crié-je en lui lançant un petit pain. Tu n'as peut-être pas l'air de t'en rendre compte, mais oui, nous les femmes, nous avons un égo ! Peut-être serait-il temps que tu t'en souviennes !

— Très bien ! gronde-t-il en en faisant de même. Et que veux-tu, alors, en dédommagement ? Toi aussi tu vas vouloir des fleurs et des déclarations d'amour ? Bordel vous êtes toutes les mêmes, ce n'est pas possible ! On vous offre la main et vous voulez toujours le bras, c'est dingue ça, quand même !

Quelle femme a bien pu être assez timbrée pour vouloir des fleurs et des déclarations d'amour de sa part ? Merde alors ! Il y est presque aussi allergique qu'un vampire avec le soleil ! Mais peut-être est-il temps de lui faire comprendre que toute action entraîne une réaction dont les conséquences ne sont pas toujours aussi plaisantes que son mariage !

— Je veux un dîner aux chandelles, souris-je en coin.

— Refusé ! réplique-t-il immédiatement en secouant la tête vivement.

— Et tu porteras un costume, continué-je en plongeant ma cuillère dans mon bol.

— J'ai dit non !

— Et tu mettras même une cravate ! souris-je parfaitement, cette fois-ci.

— Je t'ai dit non, putain ! siffle-t-il avec colère, détruisant consciencieusement sa tarte à la mélasse.

— Et pourtant, tu vas le faire !

Oh oui ! C'est même une certitude ! Parce qu'il est faible devant sa Granger adorée et qu'il y a tout à parier qu'il serait prêt à faire n'importe quoi pour que sa famille ne le voie jamais comme quelqu'un de mauvais.

J'ai honte de le faire, mais je sais que, sans un bon coup de pied au cul, Charlie ne fera jamais rien pour que ce qu'il pourrait avoir avec sa femme se concrétise. Il a bien trop peur de tomber amoureux d'elle et de ne jamais être à la hauteur. Ce que je peux détester cette Tonks quand je le vois dans cet état-là…

Qu'elle le veuille ou non, en ne lui retournant pas ses sentiments, il y a près de dix ans maintenant, elle a fragilisé une part de lui qu'il n'exprime plus, désormais, qu'avec ses dragons. Parce qu'eux ne l'ont jamais trahi, ne lui ont jamais fait de mal et lui ont toujours retourné, à leur manière, l'amour qu'il leur offrirait.

— Ce n'est pas parce que tu en es persuadé que je le ferais, ricane-t-il en enfournant sa cuillère.

— Oh si, mon grand, tu vas le faire, hoché-je la tête, la mâchoire serrée. Tu ne voudrais pas que ton petit frère apprenne que tu as fait l'amour avec ta femme toute la nuit, n'est-ce pas ?

Bon sang… Si je me suis donné un mal fou pour parvenir à retrouver Parvati Patil et sa copine blonde hier, afin de leur lancer un Oubliette pour qu'elles oublient ce mariage et ne le divulguent pas dans la presse, ce n'est pas pour rien !

Et ne parlons même pas du sermon incroyablement long et rébarbatif de la chatte en chef de Poudlard… Une heure à m'expliquer à quel point lancer des Oubliette sur ses élèves n'était pas bien, mais au contraire, passible d'Azkaban !

Enfin, tout ça, c'était avant que je lui explique la raison derrière l'action et là, étonnamment, elle est devenue bien plus douce et adepte de ce genre de procédés qu'elle jugeait elle-même répugnant quelques minutes plus tôt !

— Il ne te croirait pas.

Et pourtant, Merlin sait que jamais je n'ai vu son visage passer aussi rapidement au blanc maladif qu'en cet instant ! Il a beau faire de son mieux pour tenter de paraître calme et détendu, il est loin d'être serein, le dragon !

— Dans ce cas…, souris-je machiavéliquement en me levant exagérément lentement.

Je dois le reconnaître, il se maîtrise vraiment bien, l'animal ! Mais à joueur, joueur et demi ! Voyons voir jusqu'où sa maîtrise de lui-même peut aller !

— C'est bon ! D'accord ! Tu as gagné ! Reviens ici !

Son cri désespéré n'a pas pris plus d'une minute à retentir dans la Grande Salle et je ne cache pas mon sourire perfide. C'était tellement facile que c'en devient presque puéril parfois… Mais bon, il faut bien trouver de l'amusement quelque part, non ?

— Ce soir, huit heures, ricané-je en me rasseyant. Passe me chercher devant ma chambre. Sois heureux, j'aurais pu être méchante et te faire venir alors que les élèves sont dans la salle commune !

— Foutues sorcières sadiques…, grommelle-t-il dans sa barbe.

Cette petite joute oratoire m'a fait le plus grand bien ! Mieux qu'un câlin, finalement ! Il n'y a pas à dire, quand on a besoin de lui, Charlie sait toujours répondre présent d'une manière ou d'une autre !

De bien meilleure humeur qu'au réveil, c'est d'un pas presque guilleret que je me rends au second étage, faisant claquer la porte de ma classe contre le mur pour marquer ma présence et faire cesser toutes les conversations. Parfois, je me dis vraiment que ces jeunes devraient aller faire un tour à Durmstrang quelques semaines pour comprendre le réel sens du mot discipline…

Pourtant, je dois dire que c'est un réel plaisir – assez sadique, je dois bien le reconnaître – que de voir que, si presque tous les élèves de cette classe ont beau me détester, aucun n'a le cran d'afficher une moue dédaigneuse aussi prononcée que celles de Miss Parkinson et Granger !

— Bonjour à tous ! m'exclamé-je en m'asseyant sur le bureau.

Je crois qu'il est maintenant temps de tester le sens de l'accueil que Viktor m'a vanté en me parlant des Anglais ! Mais, après tout, ils ont été assez fous pour laisser Voldemort monter sur le trône de Grande-Bretagne, donc je suppose que dire bonjour ne les tuera pas !

— Bonjour, professeur Sermirov !

C'est toujours la même rengaine… Tu as beau être la plus salope de l'univers, il suffit que tu te pointes habillée en cuir et que tu leur montres presque toutes tes formes et ils te bavent tous sur les pieds… C'est désespérant…

Néanmoins, je dois reconnaître que l'air revêche de Parkinson me conforte dans l'idée que tous ne sont pas à ce point décérébrés qu'ils en vendraient mère et père… Une petite victoire, je suppose…

Mais le meilleur reste tout de même Granger qui serre fortement ses bras autour de sa poitrine dans un geste de parfaite rébellion, me fusillant du regard. Il est donc temps de passer à la phase deux du plan : mettre Hermione Granger face à ses actes et, si possible, la pousser dans le lit de Charlie !

— Je vois que certains n'ont pas la politesse facile. Miss Granger ! Venez donc me rejoindre.

— Pourquoi ? grimace-t-elle.

— Pour nous faire une petite démonstration de vos connaissances ô combien appréciées par mes collègues.

Et c'est vrai ! Combien de fois, depuis que je suis arrivé dans ce patelin, ai-je bien pu entendre parler des prouesses de cette sorcière ? Bon, certes, j'ai goûté à sa baguette et je l'ai vu se battre contre son mari hier, mais ça n'y change rien ! J'aimerais réellement voir jusqu'où s'étend son savoir…

Dans une autre vie, si je n'avais pas eu à jouer ce rôle de salope sans cœur, il y a tout à parier qu'elle et moi, nous aurions pu devenir amies, et Merlin sait que, des amies, je n'en ai pas tant que ça…

Pourtant, grâce à la colère faisant souffler ses cheveux alors qu'elle vient me rejoindre – de mauvaise grâce, j'en conviens – je parviens à me recentrer sur ma mission et ce que je dois faire pour y parvenir.

— Bien ! m'exclamé-je lorsqu'elle m'a rejointe. Qui peut me dire ce que sont les Sept Gris ?

Je sais, c'est un pari risqué, surtout dans cette classe qui subit encore les conséquences d'une guerre à laquelle ils n'auraient pas dû prendre part, mais je ne voyais pas d'autre moyen de parvenir à mes fins. Pas sans transgresser les lois Valkyries.

Et pourtant, Morgane sait à quel point j'aurai aimé pouvoir leur dire, que ce soit à elle ou à Charlie, l'intitulé de ma mission ou même tout ce que j'ai dû abandonner pour leur bonheur. Mais il y a des choses que même pour notre propre bonheur nous ne pouvons pas faire.

J'ai essayé pourtant, remué tous les scénarios possibles dans ma tête, à la fin il ne restait plus qu'une seule option envisageable : mettre en œuvre ce que ma formation de Maître de Guilde m'avait appris, à savoir observer et patienter en attendant d'avoir toutes les données.

Reste maintenant à savoir comment je vais bien pouvoir faire pour mettre en place ce plan ô combien compliqué puisque les deux principaux personnages refusent obstinément de s'avouer qu'ils s'aiment…

— Miss ? demandé-je en désignant la fille derrière Parkinson.

— Greengrass, Daphnée Greengrass, me répond-elle d'un ton détaché. Je n'en connais que trois.

Elle ment j'en suis persuadée, mais je ne compte pas la pousser trop loin dans ses retranchements. Elle, tout comme les autres, a bien le droit d'avoir des peurs. En étant née dans une famille relativement Noire il y a fort à parier que, les Sept Gris, elle les connaît par cœur, et ce, depuis son enfance.

— Quels sont-ils ? souris-je encore.

J'ai beau faire de mon mieux, dans un cas comme celui de Daphné Greengrass, je ne peux pas faire autrement que me sentir touchée par la détresse qui pointe dans son regard. Il y a chez elle cette délicatesse et cette pointe de détresse qui, lorsque j'ai dit « Sept Gris », m'a fait me sentir comme une merde.

Eux, plus que quiconque, doivent apprendre. Ils doivent comprendre que tout ce qu'ils ont toujours vu comme étant de la magie Noire, peut être tout aussi Grise, voire Blanche dans certains cas… Mais ça, il semblerait que j'ai moins d'un an pour le leur apprendre…

Parce qu'il ne faut pas croire, ce genre de sort dans les familles comme celle d'où elle vient, c'est plus que monnaie courante, c'est une sorte d'art de vivre à la Sang-Pur. Faire du mal autant que possible à sa descendance, pour que jamais elle n'ait la possibilité de se croire entourée. Si partout ailleurs, l'union fait la force, chez les Sang-Pur en revanche, l'individualisme fait loi.

— L'Os Prorumpit, fait-elle posément en ne déviant pas le regard, qui sert à briser les os pour pouvoir, ensuite, les ressouder grâce à la potion Poussoss. Il est très utilisé par les médicomages de Ste Mangouste, ainsi que par Mme Pomfresh, surtout en période de Quidditch.

— Un autre ?

J'ai conscience que mon sourire fait froid dans le dos, qu'ils ont l'impression que je prends plaisir à les entendre parler de ces sorts comme si le fait qu'ils viennent de famille de Mangemorts faisait d'eux les parfaits cobayes pour cette dégradante expérience qui est de leur apprendre que la vie fait mal et que rien ni personne ne viendra jamais nous sauver.

L'humain, par définition, est un être égoïste : entre sauver sa propre vie et celle d'un million, il choisira toujours de sauver sa propre tête. Que nous le voulions ou non, dans la vie comme sur le champ de bataille, nous nous retrouvons toujours seuls face à la mort.

Ai-je pour autant envie de m'en prendre à Granger en lui faisant subir celui de trahison intime ? Non, bien sûr que non ! Mais à l'heure actuelle, je ne vois pas d'autre manière de lui faire comprendre qu'en le repoussant, c'est à elle-même qu'elle se fait du mal.

— Le Ligamentum Rupturam, sort de rupture ligamentaire aussi utilisé par les médicomages. De même que le sort d'arrêt cardiaque, le Cardic Prensonem, utilisé pour contrer la propagation d'un poison dans le sang.

Je dois le reconnaître, lorsque je suis arrivée sur cette île, je ne m'attendais pas à trouver des gosses en sachant autant sur les forces du Mal. Mais cette génération en a vu bien plus que ce qu'elle n'aurait dû.

Même de loin, je peux voir Greengrass frissonner en me disant ces trois sorts, et même si les exemples qu'elle a donnés sont réellement pertinents, je ne doute pas que dans son enfance ce ne soit pas ce genre de terme qu'on ait invoqué pour lui en parler.

— Ce sont en effet trois des sorts qu'utilisent couramment les guérisseurs, hoché-je la tête. Qui peut m'en citer d'autres ?

Ils ont tous l'air si mal à l'aise, comme si je les conduisais à l'abattoir ! Mais à quoi s'attendent-ils de ma part ? Pensent-ils que je vais tuer Granger juste devant eux ? Que je serais assez stupide pour torturer une héroïne de guerre ?

Pourtant, alors que je m'attendais à ce que ce soient les Serpentard qui ricanent en silence, je vois la blonde d'hier, celle à qui j'ai lancé le sort d'Oubliette, mettre sa main devant sa bouche et souffler quelque chose à sa voisine, celle-là même à qui j'ai eu envie d'arracher les yeux hier.

— Vous là, à côté de Miss Patil, quel est votre nom ? appelé-je.

— Brown, Lavande Brown, madame, répond immédiatement la blonde. Je ne connais que le Sanguinem Crepitus. Les Mangemorts l'ont beaucoup utilisé l'an passé.

Oh ! Je ne doute pas qu'ils se soient, en effet, donné beaucoup de mal pour se faire des petits plaisirs, l'an passé ! Bordel ! Comment Rogue a-t-il pu croire un seul instant que mettre ces deux dégénérés aux postes de professeurs soit une bonne idée ?

Mais dans le fond, je comprends. Je comprends qu'il n'ait pas eu le choix, qu'il ait dû faire ce que Voldemort exigeait de lui sous peine de griller sa couverture. Combien de fois, dans le passé, ai-je dû serrer les fesses pour éviter que ma tête ne passe sur le billot dans pareille situation ? Trop souvent, malheureusement…

— En effet, c'est un sort qu'ils apprécient énormément, car il est localisé et laisse des marques, acquiescé-je de mauvaise grâce. Le Sanguinem Crepitus provoque une explosion sanguine à un certain endroit et permet de récupérer le sang d'un sorcier lorsqu'il bouge trop pour lui faire une prise de sang, par exemple. Quelqu'un en connaît un autre ?

Je sais parfaitement qu'à un moment donné, je vais devoir aborder les trois derniers et, pire encore, le Significat Laesae, mais j'ai du mal à m'y résoudre. Parce que, même si je ne doute pas qu'elle saura y faire face, l'idée de la torturer me fait profondément chier…

Si Fail n'avait pas convaincu Magia, et si la Passerelle entre les deux mondes n'avait pas donné une date butoir pour la fin de cette mission, j'aurais pu trouver comment faire autrement. Mais là, je me sens prise à la gorge. Parce que, peu importe ce que je fasse, l'un d'eux, si ce n'est eux deux, souffrira tout au long du processus…

— Miss Patil ! montré-je celle de Serdaigle. Parlez-nous un peu de l'Altum Laceratione.

Elle est peut-être, de ceux de cette génération, celle qui, à mes yeux, va avoir le plus de mal à remonter la pente. Pourtant, si j'en crois le peut que l'Astre m'ait laissé voir du futur, alors elle sera importante pour le descendant de Merlin. Une sorte de clef pour ouvrir son âme et l'exposer au monde entier…

Reste, maintenant, à définir comment elle pourra être utile afin d'exposer Rogue à la lumière… Morgane toute puissante ! Ce type est presque aussi allergique à la notoriété que Charlie l'est à la notion même de couple…

— Il s'agit d'un sort de lacération profonde, répond-elle d'une voix atone, la même que depuis la bataille finale, si j'en crois les dires de mes collègues. Il est, en général, utilisé sur les créatures magiques comme les dragons, dont la peau est trop dure pour être traversée par une aiguille. Ce sort crée une déchirure de la peau par l'intérieur et permet des soins internes.

Si j'en juge le regain d'intérêt de ses petits camarades, et dans le lot, je note celui du jeune Malefoy, aucun d'eux ne s'attendait à ce genre de démonstration ! Mais enfin ! Que croyaient-ils ? La magie n'a pas de couleur, seule l'intention compte, et il semblerait que dans ce pays d'arriérés, aucun ne s'en souvienne, malheureusement…

— Il ne nous en reste plus que deux, annoncé-je, sachant qu'il est temps. Miss Bones ?

Elle, en revanche, je n'arrive pas à la cerner. Peu m'importe que son nom soit Bones, Tussaud ou peu m'importe, à dire vrai, sa magie m'est familière et je ne supporte pas de ne pas comprendre !

Normalement, je n'aurais jamais dû la connaître avant d'arriver, mais je l'ai senti dès qu'elle est entrée dans la Grande Salle, il y a deux jours. Elle cache sa puissance – assez bien, je dois le reconnaître – mais on ne peut pas cacher des réflexes.

Or, sa manière de porter sa main à son épaule, comme si elle allait tirer une arme de celui-ci, je l'ai parfaitement vu, hier soir. Elle cache quelque chose, et je mettrais ma main à couper qu'elle était présente sur le mont Freyja, il y a quatre mois. Peut-être même est-ce elle, la réincarnation de Fail !

— L'Intestina Gelida, gronde-t-elle férocement, le sort que vous avez utilisé sur Hermione hier soir. Celui qui sert à geler les entrailles pour une période courte, mais qui, lancé plus de dix minutes, peut tuer un homme.

Je dois le reconnaître, jouer le rôle de la petite copine jalouse me fait profondément mourir de rire, surtout quand je vois Charlie se débattre contre ses propres instincts qui le poussent à protéger sa femme.

Mais le plus drôle, c'est de voir la peur et la colère se battre dans le regard et le comportement des autres dans notre salle commune. À quoi s'attendent-ils ? Que je la tue par jalousie ? Merlin… Je ne tue que sur le champ de bataille et jamais tant que ce n'est pas en dernier recours !

Alors, oui, c'est vrai, lui lancer des sorts puissants et à la limite de la légalité me fait un bien fou, mais j'attends toujours que Charlie soit dans le coin pour la protéger ! Et Merlin m'en est témoin, il veille sur elle comme un dragon sur un trésor…

— Auriez-vous un lien de parenté avec la juge Amélia Bones, Miss ? haussé-je un sourcil sarcastique.

— C'est ma tante, en effet, renifle-t-elle farouchement. Et elle en entendra parler.

Oh, mais je n'en doute pas une seule seconde ! Cette femme a la loi chevillée au corps comme Charlie avec Tonks, et Morgane sait qu'elle s'est imprimée au fer rouge sous sa chaire ! Mais si aucune d'elles ne s'était retrouvée sur le mont Freyja, au mois de mai, ma vie aurait pu continuer comme avant, sans que je sois obligée de tout perdre.

Alors oui, c'est vrai, c'est stupide et cruel, mais j'en veux à cette gamine et à sa tante et je les juge responsables de ce qui arrive en ce moment. Parce qu'elles auraient dû s'opposer à la décision de Magia, tout comme moi je l'ai fait.

Elles auraient dû se rebeller contre la Passerelle et sa foutue date de péremption à la mission. Mais elles n'ont rien fait. Elles se sont contentées de baisser la tête, leur visage masqué par ce déguisement stupide, le même qui reste enfermé dans mon armoire depuis des mois.

Une sorte de casque en or représentant des ailes ouvertes pour la directrice de la justice magique, symbole hautement représentatif puisque, dans la culture égyptienne, elle représentait la déesse Maât, déesse de la conduite morale, de la justice, de l'ordre, de l'équilibre du monde, de l'équité, de la paix, de la vérité et de l'harmonie cosmique. Tout un monde, en soi !

J'en déduis donc qu'elle-même est God, la gardienne à tête de lion. La représentation de Sekhmet, la divinité bienveillante et guérisseuse. Ne me reste donc plus qu'à comprendre qui est la dernière du trio d'Amazone, celle qui compte réduire à néant ce que je me borne à faire depuis trois ans… La femme à tête de serpent à plumes…

Si, dans ma jeunesse, je me suis relativement peu intéressée aux Gardiennes, il en est tout autre maintenant. Désormais, je me demande quel est le lien si profond qui semble unir les divinités égyptiennes et les Amazones, si elles n'ont pas le même point de source que celui unissant les Valkyries et les divinités grecques.

Et si, à l'époque où croyance, science et magie ne faisaient qu'un, l'Olympe des Moldus et l'Au-Delà, domaine d'Osiris et lieu de vie des divinités égyptiennes, étaient le berceau de toutes les religions, qu'elles soient moldues ou sorcières, qui en ont découlé ? Et si toutes ces guerres, finalement, ne venaient que de nous ? Que des croyances et des missions que Magia nous a confiées ? Mais je m'égare, encore une fois…

Je le sais, le sourire à glacer le sang que je dois envoyer à Bones doit être terrifiant pour les autres étudiants, mais, que ce soit elle ou Granger, aucune des deux ne baisse le regard. Si seulement elles savaient ce qui va arriver à cette dernière, peut-être m'imploreraient-elles ?

Mais il ne faut pas se leurrer, je ne vois pas d'autre moyen de lui rappeler qu'elle aussi a droit au bonheur, et plus encore, que la vie est bien trop courte pour la gâcher en luttes stupides et stériles… Si elle souhaite s'en prendre à quelqu'un, elle n'aura qu'à s'en prendre aux deux Bones, tiens !

— Sachez, Miss Bones, susurré-je froidement, que je ne fais pas dans le politiquement correct ni dans la diplomatie. Mon rôle ici est de vous apprendre à vous défendre efficacement, et non comme un troupeau de cornichons belliqueux.

Si je n'étais pas aussi en colère contre elle et sa tante, il ne fait aucun doute que je m'en voudrais de voir la mine défaite de certains, tout comme les larmes de la Patil de Serdaigle. La douleur qu'elle affiche me ferait presque revenir sur ma décision, mais je ne peux pas les laisser s'en tirer à si bon compte !

Ces deux-là, plus que quiconque, auraient dû savoir que ce n'étaient pas leurs places, ce champ de bataille ! Elles auraient dû comprendre qu'ils étaient trop jeunes pour servir de chair à canon afin de réparer les erreurs commises par leur foutu ministère !

Il est vrai qu'utiliser Granger comme cheval de bataille est une entreprise hautement risquée, mais elles ont besoin de comprendre que toute action entraîne une réaction. Peu importe qu'elles soient des Gardiennes ou Merlin en personne, elles n'ont pas droit de décider du sort de quelqu'un uniquement parce que ça les arrange ou parce que Magia le leur a imposé !

— Bien, maintenant que ce point a été réglé, faites-nous démonstration de votre si grande culture, Miss Granger. Quel est le dernier sortilège Gris ?

— Je ne vous dirais rien, nie-t-elle farouchement en fronçant le nez. Vous n'êtes pas la première à vous pointer ici et vous croire en terrain conquis. Un crapaud rose a fait la même erreur, il y a trois ans, et elle est maintenant détenue à Azkaban. Souhaitez-vous l'y rejoindre ?

Je l'avoue sans mal, sa rébellion me fait réellement rire. Comment peut-elle croire qu'elle me surpasserait alors que j'en ai maté des biens plus coriaces qu'elle ? Mais soit ! Voyons jusqu'où se porte le fameux courage des lions ! Avec un peu de chance, elle me donnera l'opportunité parfaite pour lui lancer le Significat Laesae !

— Dans ce cas, puisque vous ne connaissez visiblement pas la réponse, déclaré-je froidement, je me vois dans l'obligation de vous faire une petite démonstration. Peut-être que celle-ci vous déliera la langue.

La baguette de Granger est dans sa main avant même que je n'aie pu penser à respirer. Réellement, ses réflexes sont vraiment prodigieux… Mais je n'ai pas passé un tiers de ma vie à m'entraîner pour devenir Maître de Guilde pour rien ! En deux enjambées, je suis à ses côtés, ma main sur ma propre baguette, au cas où…

— Fais ça, Granger, et je peux t'assurer que le prochain sur ma liste sera Potter, lui soufflé-je à l'oreille. Si je me fis à ce que j'ai pu voir et entendre, il se laissera facilement sacrifier pour toi.

Quelques infimes secondes après qu'elle a hoché la tête, lançant un sortilège de pétrification à une grande partie de la classe en informulé, je ferme les yeux de dépit. Réellement, si je le pouvais, si j'avais la moindre idée autre que celle-ci, je la mettrais en pratique sur-le-champ… Mais je n'en vois pas d'autre, malheureusement, et elle devra être le cobaye involontaire mais consentant de cette douloureuse expérience…

— Maintenant que nous sommes assurés de votre pleine et entière coopération, nous allons pouvoir passer à la pratique, souris-je froidement en me reculant de la brune pour parvenir à maintenir ma façade. Significat Laesae !

À sa décharge, je dois lui reconnaître qu'elle a beaucoup de sang-froid. Personne ne reçoit le sort de Trahison Intime sans tressaillir, pas même une crispation des lèvres. À moins d'avoir déjà subi beaucoup, beaucoup plus de douleurs.

Mais c'est ça, le problème avec cette génération… Ils ont vu et vécu bien trop d'horreur pour que ce genre de sortilèges ne les laisse, au mieux, de marbre, au pire, légèrement frissonnant… Et rarement je ne me suis sentie aussi horrible qu'en la voyant lutter.

Parce qu'il en faut du courage pour parvenir à garder la tête haute et maintenir un sortilège de ce style sur des personnes comme Potter ou Bones avec leur puissance magique, et ne faire que se griffer la peau des paumes à sang.

Il en faut de la bravoure pour accepter de voir en face toutes les fondations mêmes de ce que l'on est, de ce que l'on pensait être, balayé en moins d'une seule seconde par un sortilège. Combien d'hommes et de femmes, après l'avoir reçu, se sont donné la mort parce qu'ils refusaient de voir qu'ils s'étaient eux-mêmes trahis ? Qu'ils avaient eux-mêmes bafoué leurs propres convictions ?

Allez, Granger ! l'admonesté-je. Résiste ! Prouve-moi que tu mérites ta place chez les Lions !

Je peux sentir ses boucliers d'occlumancie s'effondrer un à un, contrant la volonté de Magia qu'ils ont, Charlie et elle, invoquée, la nuit qu'ils ont passée à Vegas. Si je ne les savais pas tous les deux puissants, je me serais inquiétée de devoir le maintenir si longtemps pour pouvoir trouver ce souvenir en particulier.

L'espace d'une seule seconde, je me laisse aspirer par le souvenir, ayant simplement le temps de voir tout l'amour que Charlie se cache à lui-même en la regardant, et la même émotion se refléter sur le visage de la Gryffondor. Bordel ! Comment peuvent-ils être si aveugles ? Ça me dépasse…

Pourtant, même si les Serpentard s'agitent furieusement derrière moi, je maintiens le sort, tentant d'y aller avec le plus de douceur possible. Mais il semblerait que, cette nuit-là, il n'ait pas fait que lui offrir un second souffle. Son cœur, son âme, sa magie et, indépendamment de sa volonté, son esprit, ont compris que les choses avaient basculé.

Allez, Granger ! Accepte-le, s'il te plaît ! Il est parfait pour toi !

J'ai beau la supplier dans ma tête pour qu'elle soit raisonnable et cesse de lutter contre elle-même et ce qu'elle ressent pour lui, rien n'y fait. Soit son amour pour le cadet de la famille est bien plus puissant, soit elle a des œillères vraiment très conséquentes ! Ne me reste donc plus qu'une seule chose à faire, malheureusement…

— Voyez-vous, chers élèves, reprends-je d'un ton docte, le sortilège de Significat Laesae est celui de la Trahison intime. Il fait revivre à la victime le moment où elle s'est trahie elle-même, a trahi ce en quoi elle croit et ses valeurs.

Certes, ce fait n'est pas, à proprement parler, avéré, mais s'il peut permettre qu'elle lâche totalement prise et accepte de voir la vérité en face, je crois que je suis même prête à cette extrémité !

Merde à la fin ! Je suis presque persuadée qu'aucune femme n'a pu, un jour, avoir droit à tant de dévotion et de respect que lui en a pour elle, durant ce souvenir, alors que lui faut-il de plus ? Une banderole ?

— Ce sortilège agit sur l'inconscient de la personne et lui fait vivre la scène encore et encore, même s'il ne s'agit que d'un rêve. Le petit plus de ce sort, c'est qu'il ne joue que sur le passé sexuel de la victime.

Ça y est ! Ses boucliers lâchent totalement et elle se laisse profondément emporter par ce qu'elle voit, se laissant happer par le Charlie du souvenir et je sens un sourire vouloir poindre sur mon visage.

Certes, elle n'a pas été facile à convaincre et, Morgane me pardonne, je me suis sentie comme la pire des raclures de le faire, mais elle ira bien, je ne me fais aucun doute là-dessus. Et je ne doute pas, non plus, que Charlie fera de son mieux pour l'épauler comme il se doit dans cette épreuve qu'est la vie…

— Maintenant, Pansy ! crie Malefoy.

Prise dans ma réflexion, le cri me distrait quelques secondes, me faisant relâcher mon sort sur la jeune fille qui s'écroule au sol, le visage baigné de larmes. Mais ça n'a pas de réelle importance. Elle a vu. Il ne lui reste plus qu'à accepter et vivre.

Expelliarmus ! crie Potter.

Le sort me prend par surprise et la décharge de magie m'électrifie alors que je rencontre sévèrement le mur. Merde alors ! Il est réellement très puissant ! Pas de doute, se retrouver face à lui ne sera pas de la tarte…

La brune redresse la tête courageusement et retourne à sa place, empaquetant ses affaires laissées sur son bureau. Au moment où elle est sur le point de fourrer sa plume dans son sac, je me relève difficilement, un rictus que j'espère hautin sur le visage.

— Où croyez-vous aller, Granger ? sifflé-je dû à mes très certainement deux côtes fêlées. Le cours n'est pas terminé, et vous n'avez pas encore donné votre ressenti sur le Significat Laesae.

Bon sang ! Ce que je peux me haïr encore une fois de devoir jouer le rôle de la méchante, de la garce perfide, de la salope sans cœur ! Merde à la fin ! Elle vient de vivre l'une de ces épreuves qui conduisent, normalement, à la folie et, parce que je suis une Valkyrie, je me dois de continuer cette mascarade jusqu'à son terme si je veux garder ma magie !

— Tu as voulu la guerre, Sermirov, chuchote-t-elle avant d'élever la voix, je vais t'offrir ce que tu souhaitais plus que tout. Les dix plaies d'Égypte ne seront rien face à ce que je vais te faire subir. Tu perdras tout. Je ne ferais plus aucun quartier, plus aucune concession. Je ne suis peut-être pas amoureuse de Weasley, mais je peux te promettre que ce que tu viens de faire, tu ne l'emporteras pas au paradis.

Mais bon sang ! Ce n'est pas possible d'être aussi obtuse et têtue surtout pour refuser de voir la vérité en face, merde ! Mais soit ! Si Durmstrang m'a bien appris une chose, c'est jouer sur la jalousie pour obtenir ce que l'on souhaite !

— Des mots, Granger, toujours des mots, ricané-je froidement. Tu n'auras jamais ce qu'il faut pour retenir un homme. Ton cerveau t'a peut-être aidé en temps de guerre, mais en temps de paix, c'est le physique qui garde un homme loyal à ton lit.

Son sourire ironique est purement incompréhensible pour moi. Ou, tout du moins, il l'est jusqu'à ce que sa petite voix fluette me parvienne alors qu'elle commence à sortir de la pièce, sa main se convulsant spasmodiquement sur la bandoulière de son sac.

— Tu as oublié ce que je viens de te promettre, Sermirov. Je t'ai promis la guerre, et c'est dans mes principes de tenir mes engagements. Tu peux commencer à compter les jours avant de retrouver ton célibat, ma grande, parce qu'il va arriver bien plus vite que tu ne le penses.

Fin du flash-back

— Sermirov ! crie-t-il, me sortant violemment de mon souvenir. Réponds-moi, bordel ! Est-ce la raison pour laquelle tu lui as jeté le Significat Laesae ?

Enfin ! Neuf mois que j'attends qu'il me pose cette question ! Neuf mois que je dois me retenir de le prendre par les épaules et le secouer pour qu'il accepte enfin la vérité ! Est-ce trop lui demander qu'une fois de temps en temps, il se sorte la tête du cul pour voir le monde dans son entièreté ?

Assurément, s'il l'avait fait plus tôt, je n'aurais pas été obligée de subir les foudres de cette sorcière franchement désagréable lorsqu'elle est furieuse, comme ce fut le cas au mois de janvier…

Même si, avec le recul, j'ai conscience qu'elle aurait pu être largement plus virulente… Mais il semblerait que, même en le faisant, il oublie un fait important… Que se serait-il passé s'ils s'étaient contentés de divorcer bien gentiment ? Qui aurait dû réparer les pots cassés ?

— Non ! reniflé-je en carrant les mâchoires. Je l'ai fait parce que tu voulais divorcer d'avec elle. Parce qu'il fallait plus que tout qu'elle parvienne à garder Circé enfermée tant que Fail n'avait pas mis en place la dernière partie de son plan visant à la tuer…

Bon sang ! Peut-être, finalement, est-ce pour ça que nous nous entendons si bien, lui et moi ! Aussi impulsifs sous la colère l'un que l'autre ! Quoique, s'il arrête de penser quelques secondes avec son service trois-pièces, peut-être qu'il parviendra à comprendre ce que j'ai vainement tenté de lui expliquer lorsqu'il venait prendre un verre chez moi, en fin d'année…

— Tuer Hermione ? souffle-t-il en se raccrochant au dossier du canapé.

— Non, secoué-je la tête. Circé.

— Pourquoi ? fronce-t-il les sourcils.

Bien, donc, en définitive, lorsqu'il est question de sa femme, il est vraiment du genre incroyablement stupide… Ceci étant dit, cela ne devrait même pas me choquer outre mesure puisqu'il a cette capacité incroyable au déni en toutes circonstances lorsque ça la concerne…

— Parce que c'est Fail qui a fait se rebeller les Moldus contre les sorciers. C'est elle qui a conduit à la fuite des dragons, ce qui a conduit aussi à l'exode de Circé et Hog jusqu'en terres slaves, commencé-je en me massant les tempes.

— Ça, tu me l'as déjà dit, hoche-t-il la tête. Ce que j'aimerais comprendre, c'est pourquoi ? Comment ça a bien pu conduire à ce que ma femme se retrouve avec une épée de Damoclès sur la tête ?

Un jour, lorsqu'il sera moins déshabillé et un peu plus en possession de toutes ses facultés mentales, je pense que j'engagerais avec lui une conversation musclée afin de lui faire comprendre qu'il est profondément stupide d'avoir attendu qu'elle parte pour se rendre compte qu'il tient à elle !

Mais pour se faire, il faut réellement qu'il porte un tee-shirt… Parce que, soyons honnêtes, ce genre de plastique à la faculté incroyable de détourner notre attention sans notre consentement…

— Elle a pété un chaudron quand elle a vu qu'ils étaient toujours ensemble et encore plus en voyant que la Vélane était enceinte. Quand Circé est morte, elle s'est rapprochée de Hog et d'Eden, leur fils, jusqu'à trouver un moyen de détruire l'enveloppe humaine de Hog et ensuite, pouvoir empoisonner Eden en faisant passer sa mort pour un simple arrêt cardiaque.

— Je croyais qu'il avait eu une descendance ? fronce-t-il les sourcils à nouveau.

Je me demande si les vieux sorciers de cette île connaissent encore l'histoire des Amazones, des Valkyries et des Dames Dragon…

Fut un temps, pas si éloigné que cela d'ailleurs, le respect dû à ces peuples était immense. Après tout, la puissance et le pouvoir entraînent bien souvent crainte et révérence… Preuve en est, d'ailleurs, la manière dont leur Lord Voldemort a pu asseoir son pouvoir sur l'Angleterre sorcière et ouvrir les barrières pour assiéger les autres ministères !

En un sens, je crois que Granger est plus clairvoyante que ne peuvent le penser toutes ces vieilles chèvres du Magenmagot. Le laïus qu'elle a tenu à ses élèves au mois de novembre en est le parfait exemple !

— C'est le cas, hoché-je la tête, me recentrant sur le débat. Et en ce temps-là, ce genre de potions étaient indétectables. Mais elle a fini par mourir et à chaque nouvelle troisième Amazone, nous faisons de notre mieux pour éviter que la réincarnation de Fail ne prenne le pas sur l'humaine en tant que telle… Mais, cette fois, ta femme a fait un travail incroyable pour cacher son affiliation à la famille Black…

Bon sang ! Si on m'avait dit que la fille que je tentais de caser désespérément avec Charlie depuis près de trois ans était la même fille que le Destin m'avait chargé de protéger, je crois que je n'aurais jamais accepté la mission !

Ça, je dois le reconnaître, elle est tenace ! Sur ce point, j'étais déjà plus ou moins renseignée, mais elle est aussi têtue et butée qu'un hippogriffe insulté ! En revanche, lorsqu'il s'agit de cacher des secrets, là, je dois lui tirer mon chapeau !

Jusqu'à ce que Drago Malefoy en personne me dise de me présenter au ministère de la Magie, ce jour-là, jamais je n'aurais cru que la fameuse Dame Dragon, ce soit cette petite fille perpétuellement vide ou en colère.

J'ai bien cru que j'allais m'étouffer avec ma propre salive lorsque j'ai entendu qu'elle était l'héritière des Black. Sérieusement ! Pourquoi, mais surtout, comment cette fille a bien pu devenir l'héritière d'un homme en cavale, là, j'avoue sécher totalement !

— Mais pourquoi lui avoir lancé ce sort, Kat ? siffle-t-il en colère. Pourquoi avoir fait cette putain de connerie ? C'était de la torture et tu le sais parfaitement !

— Oh, tu n'as pas une petite idée ? susurré-je mielleusement en le dardant d'un regard amusé.

Bordel ! Parfois je me dis que j'aime un peu trop jouer avec le feu avec lui ! Mais il faut dire que si, en tant que dragonnier, il est le meilleur, en tant qu'être humain, il lui reste de sérieuses lacunes à combler !

Parce qu'il faut le voir au moins une fois pour comprendre à quel point, dragonnier, ce n'est pas seulement qu'un métier pour lui. C'est ce qu'il est. C'est sa raison de vivre. C'est son identité au-delà du terme.

Il a la patience d'un ange avec les dragonneaux et la douceur de leurs mères pour les soigner, les cajoler ou les nourrir. Plusieurs fois, je l'ai surpris à leur lire L'Histoire de Poudlard et leur raconter ses frasques avec son frère et son amie.

Il a le calme nécessaire pour apprendre aux adolescents à s'envoler, chasser, protéger leur colonie et nourrir les petits. Combien de Souafles ont disparu, brûlés, lorsqu'il leur apprenait à se servir de leurs ailes ou développer leur cavité thoracique pour créer leurs flammes ? Plus d'un tiers du budget de la réserve passait dans ce genre d'achats, si j'en crois Ivan…

Il a la maîtrise et le savoir-faire incroyable pour parvenir à faire cohabiter certaines espèces, une fois adultes, qui se sont toujours haïes. Combien de fois avons-nous pu le voir faire des vols de reconnaissance autour de la réserve, entouré d'un Noir des Hébrides et d'un Azur des Alpes, alors que ces deux-là ne se supportent pas ?

Mais c'est ça, le truc, avec Charlie. Il les comprend et il a le même fonctionnement qu'eux. Il les écoute, trouve leur vocation et leur donne un but. Il les aide à voir au-delà de leurs différences et leur montre que seule l'entraide peut les sauver. Et c'est en ça qu'il est le meilleur dragonnier à ce jour. Ou peut-être, simplement, l'un des meilleurs ? Mais j'en doute.

Pourtant, c'est auprès de ceux ayant passé le centenaire qu'il s'illustre le mieux. Ce sont eux qui ont le plus de problèmes interespèce, mais c'est avec eux qu'il travaille le mieux. Peut-être parce qu'ils ont conscience de sa fascination pour eux ?

Parce qu'ils savent qu'il fera tout pour les protéger en dépit de sa propre vie ? Ou alors, simplement, parce qu'ils sont nostalgiques de cette période où, avant, les hommes traitaient les dragons avec le respect qu'ils méritaient et non comme de simples bêtes dangereuses ?

Alors pourquoi en aurais-je voulu à cette pauvre fille au point de lui lancer le Significat Laesae qui m'a valu la beuglante de ma vie, envoyée par une Amélia Bones remontée comme un coucou suisse ?

Tout simplement parce qu'en n'acceptant pas les sentiments qu'elle avait pour lui, ce qu'elle avait ressenti cette nuit-là, elle mettait sa vie, leurs vies, en péril. Par fierté et par « amour » pour un garçon qui ne l'aimerait pas de la manière qu'elle attendait. Qu'elle ne voyait qu'avec des yeux d'adolescentes bourrées d'hormones et personnes sur qui assouvir ses pulsions !

— Parce que tu avais compris que, cette nuit-là, on a fait l'amour…, souffle-t-il en fermant durement les yeux.

Oh ! Il aurait fallu être au minimum aveugle et sociopathe pour ne pas comprendre, à son retour en Roumanie, quelques jours avant la rentrée, qu'ils avaient couchés ensemble ! Bon sang ! Ce mec a ses barrières d'occlumancie plus trouées qu'un gruyère suisse !

Combien de fois toute la réserve a-t-elle pu profiter de ses prouesses, une fois qu'il se laissait emporter par le sommeil ? Assez souvent, en tout cas, pour qu'Ivan soit assez heureux de le voir mettre plusieurs milliers de kilomètres entre lui et ses bébés !

Mais c'était drôle de le voir tenter de se dépêtrer de son besoin d'elle et de ce qu'il ressentait à son propos. Il n'en avait pas conscience et ne s'en souvenait plus – merci Magia… – mais ce moment de sa vie a été décisif. Et le voir abattre ses barrières pour elle, juste pour elle, pour une nuit et sans penser aux conséquences, était beau.

Il avait bien conscience d'avoir outrepassé ce qu'il se permettrait en temps normal. Il avait peur de ce que ça entraînerait, mais il ne s'est pas démonté, a continué sur sa lancée et a été bien plus honnête qu'il ne l'a jamais été. Pas même avec lui-même.

Pour elle. Pour qu'elle avance. Pour qu'elle se pardonne. Pour qu'elle arrête de pleurer. Pour qu'elle comprenne qu'elle avait le droit de rêver et qu'il serait là, dans l'ombre, à attendre de la voir briller. Par amour, tout simplement. Et je me suis sentie humble.

Humble face à un geste si désintéressé qu'il m'a fait détester cette fille. J'ai voulu qu'elle souffre autant que moi, son amie et « plan cul régulier », comme il s'est évertué à me le rappeler, je le voyais se torturer.

Parce qu'il s'est mis en danger bien trop souvent, les jours avant son retour en Angleterre, à la réserve, pour qu'elle n'en soit pas la responsable. Combien de fois l'ai-je vu se lancer littéralement dans la gueule du loup pour ressentir à nouveau ce sentiment d'urgence et de danger qu'il a ressenti, cette nuit-là ? Bien plus souvent que je n'ai pu le dénombrer.

Merde ! C'est moi qui suis allée le récupérer, allongé auprès du lac, sur le territoire des Opaloeil après une séance un peu trop musclée avec Aria, une dragonne adolescente en pleine crise de la dizaine !

Et puis je l'ai vu combattre ardemment cette attraction entre eux le jour de la prérentrée, combattre son besoin impérieux de la toucher et la sentir dans ses bras mêmes pour quelques instants. Et j'ai compris ce qu'il me restait à faire pour les aider.

Jouer les maîtresses bafouées. Endosser le rôle de sorcière russe qui déteste le fait de se voir privée de son jouet à temps partiel. Jouer, tout simplement, sur la corde sensible avec elle. Lui montrer qu'elle avait besoin de lui tout autant qu'il en avait besoin.

Parce qu'ils sont aussi aveugles l'un que l'autre et qu'ils refusent de se l'avouer. Parce qu'ils sont aussi attachés qu'ils aiment se déchirer. Parce qu'ils s'aiment autant qu'ils se détestent. Parce qu'ils ont aussi peur l'un que l'autre, mais trouvent la force dans le regard de l'autre.

— Bingo, mon grand ! ricané-je en souriant moqueusement. Il ne t'aura fallu que près d'un an pour le comprendre ! Tu m'impressionnes, là !

— La ferme…, soupire-t-il. Et le jour du divorce, pourquoi l'avoir enfoncée comme tu l'as fait dans le bureau des directeurs ?

Entre les cris de rage de Molly Weasley ainsi que de sa fille, Ginevra, la haine et la douleur dans les paroles du dernier des fils Weasley et la moquerie des personnes présentes dans la salle d'audience ce jour-là, j'ai eu un mal fou à garder ma concentration.

Pourtant, je connais Charlie. S'il est bien une chose que jamais il n'accepterait, même si sa vie se retrouvait mise dans la balance, c'est bien de laisser quelqu'un auquel il tienne subir les répercussions de quelque chose qu'il ne maîtrise, ni ne connaît pas.

Alors j'ai pris mon mal en patience et j'ai fait de mon mieux pour analyser les issues possibles à ce désastre qui se déroulait devant mes yeux. Mais la fin était à la hauteur de toute cette audience.

Une simple mascarade douloureuse pour les deux parties. Deux âmes perdues au milieu d'une lutte sans fin, à l'issue incertaine, ne comprenant pas pourquoi ni comment elles allaient faire pour apaiser leurs propres douleurs après cette rude bataille. Juste de la douleur, de la peur et un profond besoin d'évasion.

Mais, alors que je m'attendais à ce que Miss Granger soit à la hauteur de ce qu'elle m'a présenté depuis le début de l'année, lorsque nous l'avons retrouvée dans le bureau des directeurs, il en a été tout autre.

Dans ses yeux, il n'y avait que de la peur et un profond remord. Certes, il ne le voyait pas à ce moment-là, mais je sais sans aucun doute que Charlie, dans le voile rouge de sa colère, a dû le saisir, lui aussi.

Néanmoins, c'est à ce moment-là que j'ai compris. N'importe qui pourrait chercher à s'interposer entre eux, ce qu'ils partagent est plus fort que le simple amour. C'est dévastateur. C'est obsessionnel. C'est une part d'eux-mêmes. C'est simplement la part manquante de leur âme que l'autre détient.

Même dans leur colère, même dans leur peur ou leur douleur, ils ont une conscience de l'autre qui est assez incroyable. Ils savent sentir et ressentir les émotions de l'autre juste par sa posture, son inflexion de voix ou les mots choisis. Comme s'ils résonnaient l'un pour l'autre.

Et puis il y a eu l'après. Il y a eu les deux jours aux Trois Balais où, après avoir expié sa colère, Charlie a enfin daigné m'expliquer la raison – autre que ses sentiments pour elle – pour laquelle il ne l'avait pas mise en pièces.

La peur. Tout simplement la peur ancestrale de voir quelqu'un à qui il tienne s'envoler, le laisser seul dans les ténèbres, avancer et le laisser derrière. La peur de ne pas être assez bien pour qu'elle puisse se reposer sur lui si elle en avait besoin.

La colère de savoir qu'elle devait subir cette épreuve et ne pas se faire assez confiance pour savoir l'aider de la meilleure manière. Avoir conscience que, même s'il le voulait du plus profond de son âme, son petit frère ne pourrait jamais l'aider de la bonne manière sur cette voie-là.

Parce qu'il n'avait pas conscience des failles et des blessures irréversibles faites à son âme. Parce qu'il avait besoin qu'elle sache affronter la vie et lui tienne la main lorsqu'il se sentirait assez fort pour parler. Parce qu'elle est un phénix maintenu en cage depuis bien trop longtemps et que Ron ne le comprend pas.

La détester pour lui enlever son libre arbitre, mais ne pas savoir quoi faire pour l'aider à rester en vie. Avoir conscience d'avoir fait une connerie en ne lui disant pas ce qu'il savait à propos des Dames Dragon et lui en vouloir d'avoir accepté la bague de Sirius.

Et pourtant, même lui le reconnaît. Ironiquement, si leurs chemins ne s'étaient pas croisés et entremêlés de cette manière-là, ce jour-là, dans la cuisine du QG de l'Ordre, il aurait perdu la meilleure chose qui lui soit arrivée depuis des années.

Parce qu'elle n'est pas uniquement sa planche de salut ou son exutoire à son amour – somme toute assez étrange – pour Tonks, elle est aussi sa meilleure ennemie et sa meilleure amie. Elle est celle qui le connaît le mieux et le comprend au-delà des mots. Elle est celle qui sait d'instinct quoi dire pour le réveiller et comment faire pour endormir sa vigilance.

Le désespoir de savoir que, cette fois-ci, il avait pleinement conscience d'avoir merdé, et une volonté farouche de se rebeller pour prouver à sa mère qu'il pouvait faire les choses bien. Pour se prouver à lui-même qu'il était capable de prendre soin d'un humain aussi bien qu'il le fait avec ses petits protégés.

Parce qu'il a conscience qu'elle est sa part d'ombre et celle de lumière. Elle est le mortier qui permet à tout son être de tenir encore debout après les passages de l'ouragan qu'est sa vie, et sa béquille pour avancer. Elle est son tout, en quelque sorte.

Et c'est pour cette unique raison que, lorsque je l'ai rencontré pour la première fois, j'ai fait ce pari audacieux de devenir sa nouvelle cible à abattre. Après tout, j'avais déjà tout ce qu'il me fallait pour qu'elle me voie comme l'ennemie publique numéro un !

— Parce qu'il fallait qu'elle retrouve son mordant, qu'elle ait une cible, haussé-je les épaules, désinvolte. Et vu que, de toute façon, dans cette école, tout le monde me détestait, une de plus ou une de moins… C'est aussi la raison pour laquelle, ce jour-là, dans notre salle commune, j'ai défendu ton petit frère en mettant en avant sa position durant la bataille finale. Je voulais que tu comprennes que tu avais le droit d'arrêter de te sentir coupable ! Mais tu n'as pas réagi de la manière dont je l'attendais…

— J'ai été en colère, acquiesce-t-il faiblement. Et on a couché ensemble… Encore…

— Et elle a ressenti ta colère, encore…, soupiré-je. Parfois, je me dis que, si tu n'étais pas contrôlé par ta queue lorsque ta femme entre en jeu, tu serais l'homme le plus brillant de la Terre. Et puis, en général, tu fais un truc totalement débile comme coucher avec la première pouffe qui passe, et je me souviens à quel point tu peux être con quand tu sens ta virilité menacée…

Je crois que, une fois le choc de cette apparition plus qu'inattendue, je n'ai jamais autant loué la colère et l'amour que tous les garçons Weasley semblent ressentir pour cette fille que lorsque son frère a défoncé littéralement la porte de ma chambre.

En soi, je sais que, avec un peu de temps en plus ou les bons mots pour m'exprimer, j'aurais su lui montrer qu'il faisait une connerie en continuant de coucher avec moi. Mais je n'ai pas su comment faire parce que je ne voulais pas blesser le peu qu'il restait à détruire chez lui.

Fred, lui, ne s'est pas embarrassé de bonnes manières ou de mots savamment choisis – encore que lui faire comprendre qu'il allait finir par définitivement la perdre s'il continuait à se comporter comme un connard n'était pas mal ! – pour le lui faire comprendre.

Certes, le coup de poing a dû faire un mal de chien et il est habitué aux ecchymoses, mais sa fierté et son cœur ont été irrémédiablement touchés par ce geste. Ils ont beau avoir passé les dernières années en joue l'un avec l'autre, savoir qu'il était responsable d'une douleur similaire au Doloris, ça, il n'a pas su l'encaisser.

C'est peut-être ce jour-là, réellement, qu'il a compris inconsciemment qu'il tenait bien plus à elle qu'il ne le pensait. Parce qu'après ça, il a fait son possible pour m'éviter. Et les fois où nous nous sommes retrouvés dans une situation impliquant un caleçon sur les genoux et une culotte en moins peuvent se compter sur les doigts d'une main !

— Je ne sais vraiment pas quoi te dire… Tu as mis toute ta vie entre parenthèses juste pour que je parvienne à abaisser légèrement mes murailles. Et en retour, la seule chose que tu as obtenue c'est une séparation et un château qui te hait…, souffle-t-il. Parfois, je ne comprends pas ce truc typiquement féminin du sacrifice…

— Tu es pas mal dans ton genre non plus, levé-je les yeux au ciel. Mais je te pardonne. L'expérience de cet hiver nous a permis, à Viktor et moi, de nous retrouver, et nous nous sommes mariés à Noël.

Certes, la cérémonie aurait pu réellement être parfaite si Charlie était celui à me conduire à l'autel et plus encore s'il avait été mon témoin, mais ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave parce que, pour une soirée, il n'y avait plus de mission, d'après-guerre, de séquelles et de morts.

Il n'y avait plus l'absence constante de nos pères ou la paralysie temporaire des jambes de sa mère. Il n'y avait plus le manque constant de Julia pour Viktor ni celui de ma mère. Il n'y avait que nous, nos deux enfants si parfaits, sa mère et le Mage-marieur. Que nous, les étoiles, la Lune et la promesse d'une longue vie à deux et plus. Que la promesse que le meilleur reste à venir, tout simplement.

— Sérieusement ? secoue-t-il, les yeux ouverts à l'extrême. Tu t'es mariée ?

— Le vingt-trois décembre, souris-je tendrement. Nous voulions que les enfants soient là, sur les photos, au cas où…

— Je suis heureux pour toi, Kat, chuchote-t-il en me serrant brièvement dans ses bras. Je crois que personne ne le mérite plus que toi.

Sa déclaration me touche bien plus que je ne l'aurais cru de prime abord. Parce que Charlie est un homme d'actes plus que de mots et qu'il a une peur panique de tous les engagements existants au monde. Mais pour moi, par amitié et par respect, je suppose, il prend le pari de passer au-dessus de tout ça.

C'est pour cette raison, pour ce genre de moments, que je sais que tous les sacrifices que j'ai pu faire pour cette mission en valaient la peine. Parce que, pour quelques minutes, j'ai face à moi le Charlie assez honnête avec lui-même et sûr de lui que j'ai pu entrapercevoir depuis la fin de l'épreuve de décembre.

Un Charlie qui a assez foi en l'avenir pour laisser une étincelle d'espoir poindre dans son regard et un sourire réellement heureux s'épanouir sur ses lèvres. Un Charlie assez confiant pour commencer à entrapercevoir l'idée qu'un jour, lui aussi se sentira prêt à s'engager sur le long terme avec quelqu'un.

De préférence brune, le cheveu crépu, un cerveau qui mérite d'être examiné en profondeur et une langue bien plus que pendue lorsqu'elle se sent menacée par quiconque. Sa femme, en somme !

— Merci, rougis-je doucement avant de devenir plus sombre. C'est pour ça que je n'étais pas là, le matin de Noël… J'aurais fait tout ce que je pouvais pour sauver votre bébé, si au moins je l'avais su…

Je m'en suis voulu… Merlin ! Je m'en suis tellement voulu lorsqu'il me l'a dit, ce jour-là ! La douleur, la torture qu'il ressentait, c'était atroce ! Il avait mal, mais c'était même encore plus profond.

C'était dans son âme et dans sa magie. C'était une sorte de bombe sur le point d'exploser – un peu comme sa femme à ce moment-là, d'ailleurs ! – et incapable de savoir quoi faire pour ne pas se laisser engloutir par ce tsunami émotionnel.

Il pourra dire tout ce qu'il veut, tempêter autant qu'il le souhaite, cet enfant, à l'instant même où il a su qu'il existait, il l'a aimé. Parce qu'on ne peut pas avoir aussi mal si l'on n'aime pas la personne de manière inconditionnelle.

Certes, il avait déjà dû faire face, quelques heures plus tôt à la disparition de sa fille, mais là, cet enfant était réel. C'était son bébé. C'était un enfant qu'il avait conçu avec la femme qu'il aime, même s'il ne l'accepte pas. Avec sa femme.

Une part d'eux-mêmes mélangée et une part de leurs âmes qu'ils n'ont jamais connue, mais qui représentait tout l'espoir qu'il leur était permis. Dans le fond, peut-être que leur rédemption, c'était ce bébé…

— Je n'étais pas au courant, moi-même, jusqu'à ce que Severus me l'explique, juste avant que je ne m'enfuie avec Veyser…, chuchote-t-il, les yeux vitreux.

— Pourtant, les choses ont fini par avancer, souris-je doucement. Tu as fini par t'apaiser et la récupérer, mais plus que tout, tu as fini par abaisser tes barrières bien plus que je ne le pensais pour la laisser entrer.

Encore aujourd'hui, je le sais pour avoir tenté d'aborder quelques fois le sujet avec lui, il reste extrêmement sensible à ce point-ci. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé après qu'il a eu fui sa chambre, le jour où il m'a fait sentir sa magie. Pourtant, je parierais mon diamant d'un demi-carat qu'elle a dû lui donner une sorte de fermeture, un moyen d'avancer que personne n'aurait pu lui donner.

Parce que c'est une chose qu'il n'accorde qu'à Hermione. Il n'y a qu'elle qui ait le droit d'outrepasser les limites qu'il s'est lui-même imposées. Qu'elle qui ait la possibilité de lui faire entrer du plomb dans la tête par quelques mots bien sentis sans qu'il n'en vienne à vouloir la cramer sur place.

Même du temps où Tonks était toujours en vie, il n'y a eu qu'elle pour avoir ce genre de passe-droit. Qu'elle à savoir l'enflammer comme un dragonneau et devenir aussi protecteur qu'une dragonne sur sa couvée. Elle sait attiser sa part de lumière tout autant qu'elle sait résorber sa part d'ombre.

— Je suis très fière de toi, tu sais ? soufflé-je en serrant doucement ses doigts dans les miens. Tout ce chemin que tu as parcouru, toute cette douleur que tu as endurée, elle t'a forgée. Mais surtout, elle t'a permis de te rendre compte que tu n'avais pas forcément besoin d'abandonner ta promesse pour avancer.

Et je pensais réellement qu'ils iraient bien, maintenant ! Certes, durant le mois écoulé, j'ai dû lui donner, à demi-mot, des leçons pour qu'il apprenne à apprivoiser sa peur de la perdre, mais c'est lui qui a fait tout le reste du travail.

C'est lui qui a appris à gérer assez ses doutes et son incapacité à se faire confiance dans le domaine des relations humaines pour qu'ils apprennent à avancer en tant que couple. Lui qui a accepté de se laisser vivre et découvrir ce que la vie avait à lui offrir.

C'est lui qui a été assez mature pour comprendre qu'il avait le droit d'aimer Hermione au même point qu'il aime toujours Tonks. Lui qui a compris que la vie était bien trop courte pour s'encombrer de peur et de doutes, de mantra stupide ou de dévotion à la femme d'un autre.

En un mois, je l'ai vu évoluer bien plus qu'en trois ans, accepter bien plus de choses qu'il ne l'aurait fait si la fille en question n'était pas Granger. Et c'est en ça que je n'ai pas compris son brusque départ, il y a une semaine, ni même cette Une de La Gazette !

— Et puis il y a eu le jugement de divorce, grimace-t-il, la douleur et la colère profondément ancrée dans son regard.

— Explique-moi ce qu'il s'est passé, ce jour-là ? Pourquoi avait-elle l'air aussi en colère ? Pourquoi s'est-elle enfuie ? Pourquoi désirait-elle uniquement le divorce ? posé-je mes questions sans pouvoir m'arrêter maintenant qu'il m'en laisse l'opportunité.

— Je ne…

— Merde ! Il va falloir que tu me donnes des réponses parce que, là, je ne comprends plus du tout ! J'ai passé des jours, à tes côtés, à la traquer sur tout le globe, mais à part ta colère et tes crises, je n'ai rien eu ! Alors, dis-moi, parce que là, je suis à deux doigts de te pulvériser avec un style tout voldemoresque !

Et Merlin sait que, depuis que je suis arrivée dans ce pays de fou, les tendances à la sociopathie sont en train de m'engloutir ! Mais c'est vrai, putain ! À croire qu'ils font leur maximum pour me laisser ressortir tous mes sombres côtés !

Les querelles millénaires et sans fondement que les anciens étudiants de cette école semblent vouloir perpétuer une fois sortis de Poudlard. Je dois avouer, en revanche, que la méthode qu'emploie Granger semble payer pour faire évoluer les mentalités ! Reste à savoir si, une fois ses ASPIC en poche, elle continuera ce travail de longue haleine commencé cette année…

Ces mêmes sorciers infoutus de se sortir les doigts du cul et de se mêler de leur vie plutôt que celle de leurs héros. Tous les jours ! Toutes les putains de jours, il y a un nouvel article de cette fouine incapable de Rita Skeeter que chacun semble rapporter comme s'il s'agissait d'un Évangile selon Merlin ! Je me demande même, parfois, si ce n'est pas elle, la réincarnation de Fail…

Ces gosses qui doivent apprendre à se créer leur propre opinion entre ce que leur disaient leurs parents et ce qu'eux veulent. Ils ont l'air si paumés, bordel… Comment ces vieilles bourriques du Ministère ou cette foutue salope de Skeeter peuvent-elles même songer à les enfoncer encore plus ?

Entre les enfants de Mangemorts qui ne savent plus où se placer et ceux qui se croient meilleurs que les autres sous prétexte qu'ils sont de Gryffondor, par exemple, ce château est en train de se transformer lentement mais sûrement en centre de réadaptation à la vie civile pour jeune sorcier ! Avec tout ça, je suis à deux doigts de pulvériser cette île de la carte et il ne faudra pas chercher d'où ça vient !

Trop concentrée dans ma colère refoulée depuis des mois, je n'ai pas noté le déplacement de Charlie jusqu'à sa veste en cuir, mais, lorsqu'il revient vers moi, je sais que je vais avoir mes réponses.

Dans sa main, fermement enserrée dans ses doigts alors qu'il s'assoit sur la table basse, se trouve un boîtier de velours bleu violacé qu'il me tend avec réticence. Alors, précautionneusement, après qu'il m'a fait signe de l'ouvrir en retenant un déglutissement, je retiens moi-même une exclamation de surprise.

— C'est… C'est la…

Jamais, jusqu'à ce jour, je ne l'avais réellement vu. Certes, j'en avais déjà vu des esquisses ou des croquis dans la joaillerie Gobeline de Prague, mais les dessins n'atteignent même pas le quart du tiers de la beauté de ce joyau.

Le saphir bleu si foncé qui tire légèrement sur le noir. L'anneau d'argent fin représentant, aux trois quarts, du lierre avant d'enserrer la pierre précieuse, symbole de fidélité éternelle. Le P stylisé, semblable à de l'écriture manuscrite, des Prewett.

D'une finesse et d'une délicatesse sans pareille, cette bague, tout comme son pendant masculin, est un petit bijou d'orfèvrerie gobeline. Et pour avoir pu regarder de plus près celle moins ouvragée de Charlie, je sais qu'elle est unique.

Alors pourquoi s'est-elle rebellée ? Pourquoi est-elle partie ? Merde ! Ce genre de bague, certains tueraient pour en recevoir une, un jour ! Alors que s'est-il passé ? Pourquoi s'est-elle enfuie ? Tant de questions qui, je l'espère, sauront trouver des réponses grâce à Charlie !

— La bague des Prewett, oui, hoche-t-il la tête, avalant durement sa salive. Je ne comprends pas pourquoi elle a pété un chaudron aussi durement, pourquoi elle avait l'air de croire que c'était la pire des choses au monde ! Bordel ! Je voulais juste rendre officiel le fait qu'elle était ma femme !

Bien ! Il semblerait donc qu'aussi bien l'un que l'autre nage en eaux troubles ! Et moi qui attendais des réponses… Mais soit ! Qu'à cela ne tienne ! Ne défie pas Katya Sermirov sans en payer le prix, qui veut ! Et cette fille fait très exactement tout pour me rendre chèvre en ce moment !

Pourtant, il y a quelque chose de très étrange avec cette bague. Comme si l'énergie qu'elle possédait avait été altérée. Certes, je ne suis pas Auror, mais je connais certaines choses qui pourraient peut-être m'aider à découvrir ce qui se cache sous toute cette affaire !

— Puis-je l'examiner de plus près ? froncé-je les sourcils. Il y a quelque chose avec cette bague, mais je n'arrive pas à comprendre de quoi il est question…

— Vas-y… Si tu trouves quoi que ce soit qui pourrait m'aider à la comprendre et lui faire enregistrer que je ne suis pas l'ennemi à abattre…

Oh ! Je veux bien croire qu'il est prêt à tout pour la retrouver, mais tant de lassitude dans sa voix, de résignation, me touche. Il me fait penser au Charlie que j'ai rencontré il y a trois ans. Celui qui semblait subir les jours qui passent sans réellement les voir.

Précautionneusement, refusant de la toucher à cause de ce pressentiment étrange qui me taraude, je sors ma baguette avant de lui lancer une batterie de sorts d'analyse allant du slave au latin en passant par certains qui, à ce jour, n'existent plus que dans le langage oral. Jusqu'au dernier.

Apenbaring !

Le flux de magie qui s'échappe de la bague au moment où le sort touche la gemme est incroyable, puissant et surtout, très ancien. Mais il est surtout violent, vicieux, mauvais et il porte une signature que les Amazones et les Valkyries savent reconnaître depuis toujours…

Lentement, le sort s'inverse, nous offrant une illusion de ce que Granger a vu, ce jour-là, en ouvrant l'écrin. La bague des Potter. La chevalière perdue depuis près d'un an et demi ! Une bague dont seul quelqu'un ayant les meilleures intentions envers cette famille peut toucher !

— Je connais cette magie, soufflé-je, tentant de maintenir ma frayeur sous contrôle. C'est la même que celle de Fail…

— Celle qui veut tuer Circé ? sursaute-t-il, encore une fois.

— Elle-même… Ce type de magie est une magie amazone très ancienne et très puissante, secoué-je la tête. Elle permet de modifier une apparence pour environ six heures.

— Alors elle fait de son mieux pour tenter de nous séparer, c'est ça ? fronce-t-il les sourcils, en colère.

Comment est-ce possible ? Comment a-t-elle bien pu s'approcher autant de l'Angleterre ? De Circé ? Comment a-t-elle pu savoir quoi faire pour éloigner Charlie de sa femme ? Comment a-t-elle su quand opérer pour que la jeune femme n'ait pas le temps d'utiliser son cerveau et comprenne qu'il y ait anguille sous roche ?

Mais c'est la différence entre Circé et Fail. Où la seconde a toujours représenté le mauvais côté de la magie, la noirceur et la traîtrise, la manipulation ou l'intimidation, la Vélane ne s'est jamais laissé guider que par sa tête et son cœur.

Jamais, ô grand jamais, elle n'aurait accepté de manipuler quiconque pour obtenir ce qu'elle veut. Je suppose que, en son temps, les manières qu'elle utilisait faisait d'elle une femme plus qu'honorable.

— Il faut que tu comprennes une chose, Charlie, soupiré-je. La haine viscérale entre Circé et Fail dure depuis des centaines d'années. Elle attend le moment où elle pourra prendre sa revanche et définitivement tuer son ennemie, et de préférence, en la torturant longtemps, depuis près d'un millénaire…

— Que puis-je faire ? souffle-t-il, en levant des yeux hantés dans ma direction. Que dois-je faire pour éviter de la perdre elle aussi ? Elle ne peut pas mourir, Kat ! Je refuse qu'elle meure ! Je ne suis pas prêt à ça !

J'en ai bien conscience, mais je crois que lui n'est pas prêt à ce qui se produira immanquablement lors de leur face-à-face ultime. Parce que la prophétie se réalisera bientôt, de ça, j'en suis persuadée.

Alors que faire ? Comment l'aider à garder littéralement la tête sur les épaules lorsqu'elles s'affronteront pour la dernière fois ? Comment parvenir à ce que Charlie et Hermione reviennent en un seul morceau ? Que Circé puisse trouver le repos éternel ? Un repos durement mérité, soit dit en passant…

— Je ne vois qu'une seule chose qui puisse venir à bout de Fail. Mais ce sera dangereux pour elle. Elle risque de perdre sa santé mentale dans le processus et je doute sincèrement qu'elle parvienne à s'en remettre. Même si toutes les prêtresses du mont Freyja s'alliaient pour l'aider…, soupiré-je en me frottant les yeux. Je sais que c'est inévitable, que le combat final entre ces deux puissances va forcément se dérouler, mais je sais qu'elle pourrait s'en sortir.

— Comment ? fait-il, une flamme d'espoir renaissant dans son regard.

Je me dois de détourner le regard. Parce que je le connais, tout simplement et que je sais parfaitement que pour sa femme, il serait prêt à le faire les yeux fermés. C'est le problème avec lui. Il pourrait mourir pour elle, il s'en balance totalement… Visiblement, lorsqu'elle est concernée, sa vie il s'en fiche comme de son premier devoir de divination…

— Toi, tout simplement, haussé-je les épaules. Il n'y a que toi qui pourras enfermer définitivement Circé dans la pierre et faire ce qu'il faut pour que plus jamais la vie de ta femme ne soit mise en jeu. En revanche, je ne sais toujours pas comment tu dois faire… J'ai beau chercher, depuis le début de l'année, dans notre bibliothèque, je ne trouve aucune solution qui ne conduise, à court terme, à votre mort à tous les deux…

Tous mes week-ends ! Absolument tous mes week-ends sont consacrés à cette tâche ardue qu'est de décrypter des manuels vieux de plusieurs milliers d'années, mais rien. Je ne trouve absolument rien, si ce n'est cette phrase qui revient toujours : « il n'est rien de plus protecteur qu'un sacrifice volontaire ».

Mais en toute honnêteté, je doute qu'il soit prêt à faire ce genre de propositions à Granger… Le connaissant, il préférerait être la personne dont la vie est mise dans la balance plutôt que celui à devoir lancer l'Avada… Même si ça pouvait tuer Fail…

Et voilà en quoi réside tout le problème… Fail et sa réincarnation vont finir par remporter cette guerre et faire sombrer le monde dans les ténèbres uniquement parce qu'elles vont se heurter à un homme trop amoureux de sa femme, et une femme qui ne supporte pas l'idée que, même en colère contre lui, son homme soit tué…

— Est-ce pour ça qu'elle manque de mourir tous les deux mois environs ? fronce-t-il les sourcils. Est-ce parce que Fail essaye de la tuer ?

J'aurais dû m'attendre à ce qu'il me pose la question plus tôt, pourtant, durant quelques instants, elle me désarçonne. La magie est un domaine dans lequel une personne parfaitement honnête peut dire qu'elle n'y connaît rien. Tout est trop mystique. Soumis à des règles qui nous dépassent tous autant que nous sommes.

Humains, sorciers, créatures, Mages, guerrières, tous, nous sommes soumis à des lois que nous ne comprenons pas, dont nous ne parvenons même pas à saisir les contours. Nous pouvons uniquement apprendre à coexister.

— Non, secoué-je la tête. Il faut que tu comprennes que Circé est la protectrice des Black, qu'elle fera tout pour que Granger vive, même si, pour se faire, elle doit elle-même se sacrifier dans le processus.

C'est ce qui est assez drôle dans cette histoire. Là où, d'après Charlie, elle est du genre suicidaire avec des tendances un peu trop développées à l'entraîner dans ses parts d'ombre, pour moi, c'est l'inverse.

Ce que je vois quand je la regarde, c'est une fille qui est prête à se sacrifier pour les autres, qui préfère rester dans l'ombre pour permettre à tout un chacun d'avoir sa part de lumière. Je la crois prête à tout pour que la paix inonde le monde.

— Je crois d'ailleurs que c'est pour ça qu'elle a si facilement accepté ta femme comme héritière par la magie. Elles ont toutes les deux cette propension à vouloir mourir pour le bien commun…

— Alors pourquoi ne sort-elle pas à chaque fois qu'elle est en danger ? gronde-t-il en tirant sur ses cheveux. Merde ! Elle manque de mourir tous les quatre matins ! Si Circé était sa protectrice, n'aurait-elle pas dû faire son apparition à chaque fois ?

— Mais c'est le cas, Cha, et c'est ça que tu ne comprends pas ! levé-je les yeux au ciel. Que ce soit le soir de Yule, lorsqu'elle pensait s'être fait empoisonner, sur le terrain de Quidditch le soir de la Saint Valentin ou même le jour de la seconde tâche, à chaque fois, Circé est sortie pour la protéger et éviter qu'elle ne meure, tout simplement !

C'est d'ailleurs une chose assez incroyable à voir. La puissance et la magie qui irradient d'elle lorsque Circé fait son apparition sont proprement éblouissantes. Il n'y a pas moyen, à mes yeux, qu'il ne fasse pas la différence, nom d'une vouivre !

Certes, ses sorties sont rarement visibles, des ailes ou une queue de temps à autre, mais la plupart du temps, on peut voir, dans le fond de ses yeux, le reflet rougeâtre de celui de Circé. Cette part qui fait d'elle une âme enfermée dans un bijou. Une sorte d'Horcruxe en soi.

— Écoute…, soupiré-je en me rasseyant, lasse. Je sais que tu es en colère, triste et certainement désespéré à l'idée de la perdre définitivement, mais comprends aussi qu'elle a une protectrice qui veille sur elle dans son inconscient.

À dire vrai, je m'attendais même à ce qu'elle soit perpétuellement sortie, après la fin de la guerre, voire avant, même. Mais ce n'est pas le cas. Depuis le début de l'année, elle n'a dû sortir qu'à peine cinq ou six fois. En soi, tellement peu comparée à la personne dont Fail a pris possession !

C'est une chose que je n'ai apprise que bien plus tard, aux alentours du mois de novembre. Certes, il faut que la personne ait, déjà, un mauvais fond, mais il n'y a besoin d'aucun gène particulier pour être la troisième Amazone. Simplement ça et une puissance magique assez élevée. Assez, en tout cas, pour pouvoir tenir tête à Circé.

Et c'est ça qui me fait peur. Parce que, depuis le début de l'année, insidieusement, je teste la puissance de Granger, m'amusant, je dois bien le reconnaître, en le faisant. Mais sa puissance est colossale…

— Toi, en revanche, ton travail c'est de veiller sur elle le reste du temps, et tu t'en es réellement bien sorti durant des mois, c'est pour ça qu'elle ne sortait plus aussi souvent.

Je le savais puissant et réfléchi – après tout, on n'obtient pas son grade sans bonne raison ! – mais je ne m'attendais pas à ce qu'il prenne son rôle autant à cœur !

Nos professeurs à Durmstrang nous ont toujours dit qu'il y avait une différence significative entre un sort basique et un sort puissant, qu'il soit lumineux ou sombre, mais je ne le croyais pas. Pas jusqu'à ce que je voie Charlie lancer un Doloris sur la fille en début d'année.

Il faut une sacrée forme de courage pour renoncer à sa liberté, torturer la femme que l'on aime et le faire encore et encore jusqu'à ce qu'elle respire à nouveau.

Mais plus que tout, il faut des sentiments réellement puissants pour parvenir à ce qu'une protectrice accepte de retourner dans le sommeil jusqu'à ce que sa porteuse soit dans ce qu'elle considère un abri.

— Je ne sais pas si ça me rassure, mais au moins j'ai l'impression d'avoir fait quelque chose de bien, soupire-t-il en souriant amèrement.

— Tu as fait plein d'erreurs, et franchement, j'ai eu envie de te pendre ou te transformer en repas pour ta chère petite protégée à écailles vraiment très souvent, mais le reste du temps, j'ai vraiment été très fière de toi. C'était amusant et touchant de te voir faire de ton mieux pour sortir de tes retranchements et tenter de la rendre heureuse malgré tes peurs, souris-je doucement.

Oh ! Si seulement il savait ! S'il savait que, plus d'une fois, je me suis retenue de le jeter de la tour d'astronomie ou de lui jeter un Avada pour qu'il arrête ses conneries et prenne enfin ses responsabilités !

Mais il faut dire qu'il avait aussi ses moments de grâce, ceux où il laissait son image stupide de mauvais garçon ainsi que son cœur brisé au placard, pour montrer qui il est réellement. Et ce sont ces moments-là que je préfère retenir.

Parce que, même si, pour tout ce château, je suis la cible à abattre ou la salope de service, je crois que personne, dans cette école, n'a leur bonheur à tous les deux, autant à cœur. Hormis Lovegood peut-être… Quoique, dans son cas, ce ne soit pas uniquement sa magie ou sa place de reine qui est en jeu, mais bien sa tête…

— Il y a une chose que je ne comprends pas, cependant, fronce-t-il les sourcils à nouveau, le front plissé. Pour l'avoir vu dans les souvenirs de Bill par mégarde, je sais que, ce soir-là, celui de l'attaque du manoir Krum, il y a eu beaucoup de morts et de blessés graves. Mais surtout, je sais qu'une dette pour une vie sauvée sur le champ de bataille, hormis si la personne te sauvant fait partie du camp adverse, ne peut être contractée. Et ça m'étonnerait que Viktor ou toi ne sachiez pas ce genre de choses.

Hé merde… Je le reconnais, ce regard-là… C'est celui qu'en général il prend lorsqu'il a touché du bout du doigt un indice… Fais chier… Moi qui pensais pouvoir éviter cette partie de la conversation…

— Alors comment cette femme a-t-elle bien pu vous forcer la main ? Qu'avait-elle contre vous pour que vous acceptiez de faire une chose comme celle-là en sachant que votre couple serait mis en péril ?

Bingo… Bon sang ! Comment suis-je censé lui expliquer la raison ? Comment suis-je censé rouvrir cette blessure qui, il semblerait, il ait eu du mal à refermer ? Comment suis-je censé lui avouer que quelqu'un, dans cette organisation qu'il a suivi les yeux fermés, le connaissait assez pour savoir sur quels boutons appuyer pour le manipuler ?

À vrai dire, non, il devait bien s'en douter, puisque Dumbledore n'a jamais caché le fait qu'il connaissait sur le bout des doigts chacun des fous le suivant dans son stupide Ordre du Poulet Rôti !

Pourtant, il y a cette lueur dans son regard, comme une sorte d'acceptation, une certaine forme de savoir inconscient. Alors que faire ? Faire confiance à mon instinct qui me souffle qu'il saura se relever à la fin ? Ou alors restée enfermée dans cette mission, ce rôle que j'ai dû endosser depuis des années ?

— Julia, finis-je par lâcher, les yeux fermés.

— Non…, fait-il en secouant la tête, le visage d'un blanc cadavérique.

Finalement, peut-être n'aurais-je rien dû dire. Parce que cette étincelle qui brillait dans son regard, cette acceptation qui m'a fait croire qu'il était prêt à encaisser ce nouveau coup dur, vient de s'éteindre lorsqu'il souffle ce simple mot.

— Ce n'est pas ta faute si elle est morte, chuchoté-je en serrant ses mains fortement. Même avec toute la bonne volonté du monde, les traitements et les remèdes miracles, dans son état, la dragoncelle l'aurait tout de même tuée. Elle était trop jeune pour que son corps puisse la combattre efficacement à l'époque, et que ce soit Sergei, Anna ou Viktor, personne ne t'en veut pour ce qu'il s'est passé, ce jour-là.

— J'aurais dû pouvoir la rattraper ! secoue-t-il férocement la tête, des larmes emplissant ses yeux. Elle n'était qu'à quelques mètres et le cognard…

Sa voix se brise à la fin de sa phrase. Même après tant d'années, de souffrances et de tortures, il continue de lui porter une tendresse que bien peu de femmes ont pu obtenir de sa part. À dire vrai, je crois que même Granger ne sait pas le lien qui unit Charlie à la famille Krum. Ni même que Julia a détenu et détient toujours une légère part du cœur de son homme…

— Elle était morte bien avant de toucher le sol, Cha, soufflé-je doucement, touchée par sa détresse. Cette fille est née sur un balai et elle a fini sa vie sur un balai, c'est la plus belle des morts pour un joueur de Quidditch, tu le sais, non ?

— Tu crois qu'il est possible que…, chuchote-t-il, plein d'espoir.

— Que ce soit elle qui soit l'Astre ? terminé-je pour lui. J'y ai pensé, souvent, et je crois bien que Vik fait la même chose, mais je n'en ai aucune idée… Que ce soit elle ou Fail, je n'ai jamais rencontré aucune des deux…

Et pourtant, Merlin sait que j'ai fait tout mon possible pour découvrir son identité ! Merde ! Je suis même allée jusqu'à me mettre en cheville avec une Amélia Bones remontée comme une pendule pour obtenir le plus d'indices sur qui cette chienne de Fail a bien pu prendre en sa possession !

Mais rien ! Personne, aucune de nous n'a pu trouver le moindre indice ! La seule piste plus ou moins fiable que nous ayons eue, jusqu'aujourd'hui, c'est ce contrat de mariage signé par Molly Weasley ! Mais voilà ! Il nous reste un problème de taille sur les bras !

Si ce qu'a accepté de nous confier le gobelin responsable des comptes des familles Black ainsi que Potter, à savoir le sexe du voleur, celui-ci est un homme. Et, sauf erreur de ma part ou sévère chirurgie esthétique, cet homme ne pouvait être Fail…

Voilà donc où nous en sommes… Nulle part… Une enquête millénaire pour parvenir à trouver une anguille qui se faufile dans le corps d'une jeune fille qui, elle-même, n'a aucune conscience de ce qu'il se passe…

— Même durant vos conseils ? fronce-t-il les sourcils. Je croyais pourtant que Luna avait convaincu Magia durant l'un d'eux ?

— Chacune de nous mène son plaidoyer dans le secret de la Salle de Jugement, secoué-je la tête de dépit. La seule chose que je sache d'elle, c'est qu'elle porte un masque en or représentant un visage dont les bords sont sculptés pour ressembler à des plumes…

Et tout cela, nous le devons uniquement à ce que Lovegood a pu obtenir de la part de l'Astre… Et encore, c'est à Susan Bones qu'elle a accepté de le dire… Décidément, dans ce pays, il semblerait que seules les paroles comptent et non les actes…

— Alors on ne sait rien du tout sur elle, c'est ça ? soupire-t-il en se laissant retomber lourdement contre les coussins.

— Non, je suis désolée…

Et pourtant, il va réellement falloir que les deux Bones et moi mettions la main sur cette fille parce que, si j'en crois le mauvais pressentiment de Lovegood, la fin de cette histoire pue vraiment…

— Comment as-tu fait pour me retrouver, hier ? penche-t-il la tête sur le côté après de longues minutes de silence. Comment as-tu su que je serais aux Trois Balais ?

— Je me suis inquiétée, hier soir, lorsque je ne t'ai pas vu au point de rendez-vous pour prendre le Portoloin pour les États-Unis, levé-je les yeux au ciel. J'ai commencé à me dire que tu ne viendrais pas au bout d'une heure et qu'il faudrait que je vienne te déloger de ton lit. Ou, dans une moindre mesure, de la cuite monstre que tu te serais prise. Mais quand je suis arrivée à Poudlard, j'ai appris que tu t'étais enfui de l'infirmerie et que tes frères étaient en état d'alerte pour te retrouver.

Et le mot est faible ! Je crois bien ne jamais avoir vu cette tribu à ce point sur le pied de guerre ! Ils m'en auraient fait froid dans le dos s'ils n'avaient pas l'air de chiens enragés lorsque Pomfresh leur a appris la disparition de leur frère…

Mais il faut dire que le plus âgé d'entre eux a une puissance incroyable ! À dire vrai, à un moment, je me suis même posé des questions sur lui et s'il n'était pas la personne ayant volé la bague.

Après tout, sa femme est une demie-Vélane et, par habitude je suppose, j'ai fini par me méfier de ces créatures. Elles ont cette faculté de montrer un visage qui n'est pas le leur, d'embobiner leur monde autour de leur doigt et de leur monter la tête.

Il y a cependant une chose qui contredit toute cette hypothèse. Le soir du rituel de Yule, lorsqu'elle a préféré défendre Granger plutôt que sa propre sœur. Ce n'était pas un jeu, c'était uniquement là où se plaçait sa loyauté.

— C'est à ce moment-là que j'ai pensé à la taverne des Trois Balais et je me suis dit que je ne perdais rien à chercher là-bas. Au moins pour être sûre…, fais-je en secouant la tête pour m'éloigner de mes pensées. Je dois avouer que la serveuse a été tout à fait charmante, pour une femme ayant des vues sur toi, je veux dire !

Je ne sais vraiment pas ce qu'il leur fait, mais elles tombent toutes comme des mouches pour lui ! Certes, il a ce charme ravageur de l'Est – obtenu grâce à ses années en Roumanie – et une attitude de mauvais garçon qui en fait fondre plus d'une, mais tout de même !

Parfois, je me demande si lui ou bien Granger se rendent compte de toutes ces petites midinettes qui baisent le sol qu'il foule et les rêves érotiques dont je suis sûre qu'elles font toutes les nuits depuis son retour !

Mais il faut dire que les filles de cette foutue île ne doivent pas souvent voir un homme avec des cicatrices de guerre… Quand on voit le cinéma qu'elles nous font toutes à propos de Harry Potter, je suppose qu'elles ont trouvé leur nouvelle icône aphrodisiaque…

Quoiqu'à mon humble avis, avec son ventre proéminent et sa perte constante d'emprise sur ses hormones ou sa magie, il y ait tout à parier que, dans ses cours, ses élèves doivent marcher sur des œufs… Parfois, j'en viendrais presque à plaindre Fred…

Lui aussi, d'ailleurs, je me suis posé la question de savoir s'il ne pouvait pas être le voleur. Néanmoins, je crois ne jamais avoir rencontré qui que ce soit d'aussi fidèle à Potter ou Granger… Et George est aussi fidèle à son frère que lui-même l'est avec le Sauveur… Ne me restaient donc plus que Ronald et Percy…

Cependant, Bones, en sa qualité de juge du Département de la justice magique, s'est fait une joie de mener une enquête sur Perceval sous le couvert de s'assurer que Pius Thicknesse ne lui avait pas lobotomisé le cerveau…

Certes, il a la loi sorcière chevillée au corps et je me demande même s'il ne possède pas une petite case spéciale dans son emploi du temps pour aller aux toilettes, mais dans le fond, ce garçon est réglo. Ne reste donc plus que Ronald…

Lui, en revanche, reste une énigme ! Lors de son retour à Poudlard, j'ai réellement cru que c'était lui, mais j'en suis venu à douter. Pas parce qu'il n'aurait pas eu la possibilité de le faire, mais parce qu'il n'y a aucun mobile cohérent à une telle chose…

— Kat ! m'appelle-t-il en me secouant l'épaule. Tu étais en train de m'expliquer comment tu en es arrivé à me retrouver.

— Oui, pardon ! secoué-je à nouveau la tête. Elle m'a indiqué le numéro de la chambre de la fille avec qui tu étais monté. Et quand je t'ai trouvé, je me suis dit que tu ne méritais pas de devoir traverser Poudlard en caleçon à l'heure du déjeuner. Je pense que la vieille chatte en aurait cassé sa canne et je trouve qu'elle fait du bon boulot dans ce château, alors autant lui éviter l'arrêt cardiaque dans une moindre mesure !

Et pourtant, Merlin, Morgan et tous les Fondateurs de cette putain d'école savent qu'elle le mériterait bien, après la chasse aux sorcières qu'elle me fait subir depuis le début de l'année !

Mais j'ai aussi conscience qu'elle ne fait que son travail et que, sans elle, nombre de ces jeunes auraient implosé sous la pression. Pas forcément celle que les autres élèves placent sur leurs épaules inconsciemment, mais aussi celle que le peuple sorcier anglais leur fait porter.

À sa manière et avec le peu de mous que lui permet, à son corps défendant, leur ministre, elle leur offre une sorte de bulle, un lieu où ils peuvent apprendre à panser leurs blessures et à avancer.

Alors oui, c'est vrai, je n'ai jamais rencontré quiconque d'aussi agaçant qu'elle et, si je le pouvais, je l'empoisonnerais avec de la belladone dans son thé, mais elle reste quelqu'un de bien. Pour une Anglaise, s'entend !

Elle possède de belles valeurs et a les moyens d'assurer la paix et la sérénité à ses élèves grâce à la poigne de Rogue. Mais il va vraiment falloir qu'elle fasse quelque chose pour tout ce thé englouti par jour ! Bordel ! Au point où elle en est, je suis presque persuadé qu'elle a assez de tanin dans le corps pour se faire un bagage à main !

— Je crois que je te remercie ? hausse-t-il un sourcil, souriant narquoisement.

— Je crois que tu peux le faire, en effet ! ricané-je doucement.


(la suite, au prochain épisode, les enfants ! 😉 )


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Je vous dis donc au samedi 23 ou dimanche 24 octobre pour la troisième partie du chapitre 36 intitulé : « Vérités et faux-semblants » !

Je vous embrasse et vous souhaite une très bonne semaine à tous, soyez prudents et gardez vos amis et vos familles en sécurité,
Bisou,
Mya.