Bonjour et bienvenu

Dans cette troisième partie du chapitre trente-six du Souffle Du Dragon !

Je tiens à remercier ceux qui m'ont ajouté en favoris ou en likes, chers lecteurs, mais plus encore pour leurs messages. Les reviews sont les seules récompenses que nous, auteurs de Fanfictions, ayons, alors je vous remercie réellement de prendre de votre temps pour ne serait-ce que me laisser un j'aime ou bien me dire ce qui vous dérange dans cette histoire. Vous êtes des amours !


/ ! \ ANNONCES IMPORTANTES :


1) Afin de laisser à ma bêta le temps de prendre de l'avance dans les corrections, chaque fois que nous aurons fini de publier deux chapitres dans leur entièreté (ou un qui serait découpé en trois partie) , nous ferons une pause d'une semaine à chaque fois. De plus, sachez que chaque chapitre sera, dès à présent, coupé en trois parties car faisant entre 60 et 92 pages pour le moment, ce qui reste assez conséquent…
Pour ceux qui s'inquiètent d'un tel procédé, sachez que chaque chapitre complet représente environ 30 000 à 45 000 mots dans certains cas où je ne puisse décemment pas supprimer des scènes qui sont cruciales pour la suite.
À l'heure actuelle, cette histoire est écrite jusqu'au chapitre 35 et deux autres sont déjà écrit, de même qu'un des deux épilogues et un bonus, donc ne paniquez pas, je reste toujours active sur cette fiction !

2) Après remarque de plusieurs d'entre vous, je me suis aperçue qu'il vous manquait un Point de vue dans le chapitre 31 (part 1), de ce fait, je l'ai reposté, afin que vous ayez au moins une partie de la seconde épreuve. Encore une fois, je vous présente toutes mes excuses, chers lecteurs !

3) La partie 1 du chapitre 32 a été repostée aussi car certaines modifications sont passées à la trappe. Idem pour certaines fautes laissées dans les deux premières parties du chapitre 36.


À l'attention de Dramionymus, AdrienneCooper, cœurderosedu28 (review de la semaine dernière où j'ai oublié d'appuyer sur envoyer…) et Lena-Malefoy, je vous ai envoyé un MP en réponse à vos commentaires ou à vos messages tout courts ! Je te remercie beaucoup, Guest, pour ta review, merci pour ta présence chaque semaine au post !

N'hésitez pas à vous créer un compte pour pouvoir échanger avec moi sur cette fiction

Comme d'habitude, je vous souhaite à tous de passer un très bon moment sur ce chapitre, nous nous retrouvons en bas pour la seconde partie de mon Blabla d'auteur !


*** Bonne lecture ! ***


Chapitre 36 (partie 3) : Vérités et faux-semblants

Charlie

Réussir à mettre la main sur mon pantalon ? Dans l'âtre de la cheminée, évidemment… Remettre la main sur mon tee-shirt ? Pendu au lustre, pardi ! Où pourrait-il être, sinon ici ? Retrouver ma seconde chaussette ? J'aurais dû immédiatement penser à la chercher sous le canapé, bien évidemment !

Trouver le courage de quitter ce simulacre de havre de paix silencieux qu'est devenu le salon de Kat une fois qu'elle m'a assené cette dernière vérité ô combien détentrice d'injustice ? Difficile, je dois le reconnaître…

Putain… Si seulement je m'étais attendu à ça ! Une Valkyrie ! Sans déconner ?! À croire que je ne suis entouré tout le tour du ventre que par des créatures mystiques – mais surtout disparues de nos contrées anglaises depuis un millénaire ! – ayant pour but, visiblement, de me faire comprendre à quel point, depuis le début, je me suis toujours fourvoyé…

Je ne sais pas ce qui me perturbe le plus – et osons le dire, me fait littéralement flipper – dans tout ce que m'a dit Kat. Parce qu'il faut bien avouer que, même si nous avons passé près d'une semaine, quasi littéralement, collée l'un à l'autre, jamais nous n'avons eu une conversation aussi poussée que celle qui vient de s'achever…

À dire vrai, je ne parviens même pas à définir ce qui me choque le plus dans tout ça entre la facilité qu'elle a eue à me parler et le contenu desdites paroles… Peut-être un peu des deux… Il faut dire qu'elles ont le chic pour rendre les choses plus compliquées qu'elles ne le sont, les femmes que je côtoie !

Le fait que quelqu'un fasse de son mieux, depuis des années, pour contrôler et diriger ma vie dans l'ombre ? D'accord, passe encore, puisqu'il semblerait que je ne sois même pas capable de lacer mes propres lacets quelques fois, si j'en juge l'état de mes propres bottes, à cet instant précis…

Accuser le choc d'apprendre qu'elle est plus jeune que moi et non en train d'atteindre, doucement mais sûrement, la quarantaine comme je l'ai cru, durant trois ans ? Je crois que, sur ce point, je me suis remarquablement débrouillé !

Parvenir à maintenir sous bride mon impression d'être la plus parfaite des enflures lorsqu'elle m'a parlé de tout ce qu'ils ont fait, Viktor et elle, pour parvenir à nous mettre ensemble, ma sorcière et moi ? Là encore, je me suis remarquablement illustré, je crois !

Rester stoïque en apprenant que, si ledit Viktor a accepté toute cette mascarade, c'était pour Julia – une Julia se trouvant, d'ailleurs, être sa sœur ? Je crois avoir su démontrer à quel point il me reste du chemin à faire avant de savoir parfaitement verrouiller mes émotions la concernant…

Parce que Julia, de toutes les femmes que j'ai connues, Tonks et Hermione mises à part, aurait été la seule femme pour laquelle j'aurais pu sacrifier au moins une part de mon besoin de liberté. De ça, j'en suis persuadé. Mais il semblerait que, tel un chat noir, à chaque fois que je me permets d'ouvrir un peu mon âme, la détentrice de celle-ci finisse par mourir…

Et c'est pour cette raison que, cette stupide promesse que je lui ai faite, à Hermione, je sais que je ne pourrais jamais la tenir. Comment pourrais-je supporter de vivre encore, de me regarder à nouveau dans une glace, si elle finissait par mourir en apprenant que je l'apprécie vraiment, vraiment beaucoup ?

Certes, je ne pourrais jamais lui dire que je l'aime et je pense que, ça, elle l'a bien compris ces derniers temps, mais elle est la personne qui m'a ouvert les yeux. Elle m'a fait comprendre à quel point je me fourvoyais en pensant devoir vivre pour le restant de mes jours, seul.

Elle a, lentement mais sûrement, réussi à ouvrir une brèche dans l'armure que je me suis créée, s'infiltrant doucement dans mon âme et ma magie au point de se créer une place prépondérante et définitive en moi. Et maintenant, si j'en crois Sorcière-Hebdo ou La Gazette, j'ai fini par la perdre.

Et je trouve ça réellement ironique… Ironique parce que, tout ce temps, tous ces mois depuis près d'un an, j'ai passé mes jours à tenter de la repousser et elle, elle n'a fait que me suivre, faisant de son mieux pour me tenir la main et apaiser mes peurs.

J'ai eu beau la repousser, lui crier dessus, être cruel, blessant, sarcastique, vicieux et j'en passe, elle n'a fait que m'opposer sa douceur et sa gentillesse, sa témérité et son courage, et lentement, elle m'a donné un peu de ce courage pour affronter la vie. Ma vie.

Ce n'est qu'en perdant quelqu'un qu'on comprend réellement à quel point nous y tenions ? Je confirme… Je l'ai perdue depuis une semaine, et depuis sept jours, j'ai l'impression qu'une brèche, une faille, que dis-je, un océan s'est créé en moi… Juste l'expression du manque que me crée son brusque départ de la salle d'audience de Marvel.

Alors oui, je sais, ce qu'il s'est passé ce jour-là est horrible et il y a fort à parier que, pour nombre des spectateurs à ce moment-là, les temps où Voldemort était au pouvoir reviendront les hanter encore longtemps.

Mais ce qui me tue le plus, c'est cette expression de douleur et de trahison, sur son visage, lorsqu'elle m'a tendu l'écrin. Merlin… J'avais beau ne pas savoir ce qu'il renfermait, pour elle, à ce moment-là, j'ai su qu'il ne s'agissait en aucun cas de la bague des Prewett, comme je m'y attendais…

Quasiment un an jour pour jour à la traîner dans mes affaires, que ce soit au Terrier, à la Chaumière aux Coquillages, à l'appartement des jumeaux, en Roumanie ou à Poudlard, cette bague ne m'a pas quittée une seule fois.

Toujours dans mes affaires, bien cachée dans mon tiroir à chaussettes. La cachette de prédilection de tout homme normalement constitué pour planquer ses secrets, tout le monde le sait, non ?

Alors comment ? Comment cette putain de Fail a-t-elle bien pu mettre la main sur la bague et la métamorphoser ? Dois-je aussi revenir sur les longs frissons d'anticipation – que dis-je, ce mauvais pressentiment – qui m'ont suivi dès l'instant où Kat m'en a parlé ?

— Charlie !

J'en ai parfaitement conscience, boire à outrance, hier, et coucher avec la première inconnue venue – et blonde surtout… – entre dans le top trois de toutes mes idées les plus connes, devancé de peu par le fait de me marier ivre et me barrer le matin de Noël en laissant ma femme pleurer seule la perte de notre bébé.

Mais, et c'est ça qui me fait le plus peur, dès l'instant où mes lèvres ont touché l'alcool présent dans le verre de l'inconnu, je n'ai plus eu aucune résistance. Comme si tout ce qu'il me restait était mes besoins primaires. Ah, je confirme, pour le coup, moi qui les aime tant, j'ai vraiment agi comme un dragon !

— Charlie !

Et le plus dur à supporter, c'est de savoir qu'elle ne me pardonnera jamais. J'aurais pu coucher avec Kat, ça, je crois qu'elle aurait pu l'encaisser – d'autant plus que j'étais ivre sur le moment – même si elle aurait trouvé une idée de torture bien sadique pour me punir. Mais avec une illustre inconnue encapuchonnée ? Jamais je n'aurais d'excuse assez convaincante pour qu'elle ne réduise pas mes couilles en miettes…

Et je m'en veux. Oh oui ! Je m'en veux réellement de ce qu'il s'est passé ! Parce que, dans le fond, ça a beau m'avoir pris un temps infini, à la fin, j'ai compris que cette femme, ma sorcière, j'y tiens plus qu'à la prunelle de mes yeux.

Ce n'est pas de l'amour à proprement parler ou le besoin vital de la remettre sur pied comme au début de l'été. Non, cette fois, c'est plus profond. C'est une nécessité inscrite en moi, dans ma magie, dans mon âme. Dans mon corps. J'ai besoin d'elle.

J'ai besoin de sa douceur et de sa gentillesse. J'ai besoin de ses crises de larmes et de folie. De sa manière de me prendre la tête et celle de me la faire perdre. De ses câlineries et de sa façon de me défier quotidiennement. De sa manière de m'embrasser et celle de me pousser à bout.

J'ai besoin de ce cocon qu'elle est parvenue à m'offrir, durant des mois, dans notre appartement, m'offrant même le luxe de reprendre plus en profondeur ma thèse m'ayant offert ma place à la réserve de Dimitri.

Je regrette les longues heures que nous pouvions passer, elle et moi, à converser à propos de la Transe, de nos cours respectifs, ou prendre soin d'Hog et Veyser, lorsqu'elle les laissait sortir, le dimanche.

Hermione Granger, c'est tout un concept, toute une personnalité et une personne qui mérite d'être connue. Pas forcément pour ses faits d'armes – même si, avec le recul, je dois bien admettre que, pour son âge, ils sont prodigieux. Non.

Elle mérite d'être connue et reconnue parce qu'elle est quelqu'un de bien, un moteur pour les générations futures et un baume apaisant pour nous tous. À sa manière, elle est forte et féroce, mais sa douceur contrebalance les vérités qu'elle assène en ne faisant que peu cas de la population bien-pensante. Une main de fer dans un gant de velours. Une McGonagall en devenir…

— Charlie ? me sort de mes pensées une voix derrière moi.

Bon sang, mais ne pourrait-on pas avoir cinq minutes de tranquillité dans ce château ? Faut-il à chaque fois que quelqu'un se sente dans l'obligation d'interrompre tout le monde, lorsqu'il réfléchit ? Merde à la fin !

Néanmoins, lorsque je me retourne, voir Gabrielle suivre le chemin reliant le carrosse de Beauxbâtons à Poudlard de sa démarche précipitée, je ne peux m'empêcher de vouloir lui faire comprendre, en des termes bien peu diplomatiques, d'aller se faire voir.

Mais Fleur aurait ma peau, et je crois qu'à l'heure actuelle, je cumule bien assez de conneries pour qu'elle ne mette pas ce fait à mon discrédit et trouve, elle aussi, un moyen de torture bien assez imaginatif pour que plus jamais je ne puisse me reproduire… Pas que j'en ai plus envie que ça dans l'immédiat, mais sait-on jamais !

— Gabrielle, ce n'est pas vraiment le moment, là…, soupiré-je en hâtant le pas.

Allez savoir pourquoi, j'ai beau faire de mon mieux, il semblerait que cette fille ne comprenne pas des mots aussi simples tels que : je suis marié, merci de passer ton chemin… C'est bien la première fois que le fait d'avoir un quelconque lien avec quelqu'un me ravisse ! Et il semblerait que depuis la fuite éclair d'Hermione, il y a une semaine, elle en ait déduit que tous les chemins se sont ouverts pour venir rejoindre mes draps…

— J'ai besoin de te parler, m'attrape-t-elle par le poignet. C'est important. Très important.

Il y a, chez cette fille, quelque chose que je trouve réellement fascinant. Elle a cette manière bien à elle de vous faire ressentir de la frayeur juste avec sa manière de prononcer ces quelques mots qui est parfaitement effroyable…

Et immanquablement, je sens mon sang se mettre à battre frénétiquement dans mes veines et assourdir mon audition, mes yeux se teinter de points noirs. La peur, encore et toujours la même peur qui revient me hanter…

— Bill ? soufflé-je, mon souffle se bloquant dans ma trachée. Fleur ? Mon père ?

— Ne t'en fais pas, ils vont tous bien, sourit-elle doucement, en traçant des cercles apaisant sur mon poignet. Je suis là pour te parler de quelque chose de plus important.

J'ai beau ne pas l'apprécier plus que ça, je dois bien avouer que le tracé de ses doigts contre ma peau m'aide lentement à faire s'enfuir la boule de peur qui grossissait de plus en plus dans ma trachée. Parce que ce genre de choses non plus ne s'est pas enfui avec la fin de la guerre.

La peur de perdre un proche, la douleur de se rendre compte que des personnes à qui l'on tienne nous aient quittés, la terreur d'avoir à revivre toute cette souffrance, cette haine et ce déchaînement de colère qui n'a conduit qu'à une seule chose : détruire l'Angleterre sorcière.

Dans le fond, je crois que c'est ça qui nous paralyse tous et nous empêche d'avancer. La peur de devoir encore revivre la souffrance et les pertes, qu'elles soient humaines, matérielles ou corporelles comme l'oreille de George. Nous sommes tous paralysés par la peur. Sans aucune possibilité de rédemption tant que nous n'aurons pas accepté de lâcher prise et faire face à nos propres erreurs.

Alors que peut-elle bien vouloir ? Qu'est-ce qui pourrait être aussi important pour qu'elle vienne, un samedi matin, jusqu'au château, pour m'accoster ?

Encore une question sur l'élevage de dragon ? Encore un commentaire sur « à quel point ma femme est une salope de s'être barrée avec Zabini » ? Sur ce point, malheureusement, je ne peux pas la démentir… Sérieusement, quoi ! Zabini ?! De tous les Serpentard, il a fallu que ce soit avec lui qu'elle parte ?!

Bordel ! Et moi qui le croyais amoureux de Parkinson depuis la nuit des temps, voilà qui remet en perspective tout ce que je pensais ! Quoique, s'il n'est pas con, il doive bien se souvenir de la menace que je lui ai faite, au début du mois de décembre !

Certes, techniquement – et surtout pour elle, parce que de mon côté, ce n'est pas réellement le cas – nous sommes divorcés. Néanmoins, rien ne m'empêche de lui envoyer un sort de découpe particulièrement vicieux dans les parties génitales, non ?

— La dernière tâche ? froncé-je les sourcils, ne comprenant toujours pas où elle souhaite en venir.

— Non, secoue-t-elle la tête. Nous.

D'accord, alors là, il va réellement falloir qu'elle ouvre bien grand ses petites oreilles de lutin parce qu'il est foutrement impossible que, dans un futur proche ou lointain, je me sente assez suicidaire pour qu'un possible « nous » existe un jour !

Bordel ! Fleur me ferait la peau pour avoir eu des pensées perverses pour sa petite sœur encore mineure ! Et qu'on se le dise, j'ai déjà bien assez d'emmerdes pour ajouter « détournement de mineur » à un casier déjà long comme la queue d'un Noir des Hébrides…

Bill me ferait la peau pour avoir tenté de convoiter la « si délicate, pure et fraîche fleur d'innocence de la sœur de sa femme » ! Quoique, si nous devions être honnêtes quelques petites, minuscules secondes, je doute qu'elle soit aussi pure et délicate que ça… Rien que Zabini semble avoir une idée bien précise des délices que peut renfermer ladite fleur d'innocence…

Hermione se ferait une joie de me pulvériser avec un de ses sorts réellement vicieux et qui, lors de notre premier duel, m'a – à mon corps défendant – conduit à avoir une érection… Encore à ce jour, je cherche à comprendre pourquoi et comment mon corps a pu être traversé aussi facilement par le plaisir de se faire malmener par cette fille que je pensais, à ce moment-là, insipide…

George et Fred se feraient une joie de me crucifier vivant sur le mur central de la Grande Salle et jouer aux fléchettes avec mon corps, invitant même les autres à se joindre à la partie, pour avoir fait du mal à Granger !

Et ne parlons ni de Severus et de ses petits serpents, et encore moins de Harry Potter ! Parce qu'il a beau être enceint jusqu'aux yeux, dévorer des gâteaux comme si la famine était à deux doigts de s'abattre sur la Grande-Bretagne et amasser un nombre indécent de litres de larmes versées, il n'en reste pas moins qu'ils me feraient tous la peau en prenant un soin bien particulier à me torturer longuement et douloureusement…

Certes, cette fille est jolie – après tout, elle est en partie Vélane – et Merlin sait que des jambes aussi longues et fines que les siennes, ça ne court pas les rues, mais il lui manque quelque chose pour qu'elle parvienne à retenir mon attention assez longtemps pour qu'il puisse y avoir le moindre « nous » en jeu !

Bon sang de bordel de merde ! Je suis presque persuadé que si je me mettais à lui expliquer la théorie d'Hermione, Severus et moi, concernant la Transe d'occlumancie, elle n'y comprendrait rien ! Alors, essayer d'avoir des débats houleux, mais ô combien stimulant ? Je ne miserais même pas un Gallion dessus !

Alors je veux bien croire qu'à dix-sept ans, nos hormones nous travaillent – après tout, j'en ai vu plus d'un foirer ses ASPIC juste pour une paire de seins – mais il y a des limites que je ne suis pas prêt à traverser, même pour l'amour d'une bonne baise !

— Je vais te le répéter encore une fois, Gabrielle. Il n'y a pas de « nous » et il n'y en aura jamais, grondé-je férocement, en me détachant de sa prise. Tes rêves de me voir succomber à tes charmes ne se réaliseront jamais, fais-toi une idée !

C'est vrai à la fin ! Merde ! La première fois que je l'ai rencontrée, elle devait avoir quelque chose comme quinze ou seize ans et elle secouait ses cheveux dans tous les sens devant moi, comme Rosemerta secoue son shaker pour faire ses cocktails !

N'a-t-elle jamais appris que jouer de ses charmes comme ça pouvait lui apporter des problèmes ? Pire encore ! N'a-t-elle jamais entendu parler de l'histoire de Fleur et Sirius ? N'a-t-elle pas conscience d'à quel point jouer de ses charmes de cette façon peut-être foutrement dangereux ?

Certes, j'ai bien conscience que cette poussée de legilimancie dans la tête de mon grand frère, je n'aurais jamais dû la faire, mais quand j'ai voulu comprendre pourquoi il mettait tant d'enrobements pour parler de Sirius avec elle, la curiosité l'a emportée.

Je me suis réellement senti mal pour elle, lorsque j'ai vu ce qu'il s'était passé cette nuit-là. La douleur et la peur dans le regard de Fleur, la compassion de Bill, la compréhension de Sirius… Merde ! J'ai tout vu ! Mais surtout, je me suis senti extrêmement humble.

Je me suis senti humble parce que cette fille a dû apprendre à la dure qu'un corps, qu'une beauté ou une créature puissent aussi bien être une arme de destruction massive pour le commun des mortels ou bien pour soi-même. Et elle, elle a compris à quel point être belle pouvait se retourner contre elle-même.

Jamais, pas une seule fois en quatre ans, je ne me suis permis d'aborder avec l'un ou l'autre ce passage de leur vie, préférant jouer l'ignorance face à eux, plutôt que de leur montrer à quel point ce sentiment qu'ils éprouvent l'un pour l'autre, cet amour dévastateur, m'a fait peur.

Est-ce parce qu'elle est une demie-Vélane, que ses instincts la poussent à aimer inconditionnellement mon frère ? Mais dans ce cas, pourquoi Bill en fait de même ? Et toutes les demi-créatures humanoïdes ont-elles ce même genre de sentiments en elles ? Et bien sûr, lorsque j'aborde ces questions, je ne peux m'empêcher de m'interroger sur Hermione.

Étant, elle aussi, une demi-créature magique, ressent-elle l'amour de manière aussi puissante ? Aime-t-elle Ron avec autant de force que le fait Fleur avec mon frère ? Insidieusement, un souvenir pas si lointain me revient en tête.

Ce moment particulier, dans la chambre de maternité de Penny, lorsque ma main était sur sa joue. Ce qui m'a littéralement fait péter un chaudron. La puissance de son amour. La pureté de ses émotions. La chaleur continue qu'elle contenait.

Bien sûr qu'elle aime avec autant de forces que Fleur… Cette fille ne sait réellement pas faire les choses dans la demi-mesure ! Si elle aime, c'est inconditionnellement, et si elle hait, c'est avec la même force !

— Alors, pourquoi avoir couché avec moi, hier soir ? hausse un sourcil Gabrielle, la mâchoire crispée.

Black-out total ? Fait ! Impression que la terre s'ouvre sous mes pieds ? Fait aussi ! Envie de vomir à l'idée d'avoir couché avec elle ? Là encore, fait ! Prière adressée à mon service trois-pièces ? De toute façon, je doute qu'il me serve à nouveau à quoi que ce soit une fois que Fleur, Bill et tous les autres me l'auront arraché…

— C'était toi ? soufflé-je, sentant la bile remonter mon œsophage. La fille de cette nuit, c'était toi ?

— Oui, sourit-elle, les yeux s'enflammant de concupiscence, et c'était parfait !

Bon sang, mais ce n'est pas vrai ! Comment peut-elle avoir cette lueur gourmande dans les yeux, cette adoration limite psychopathique dans le timbre qui me hérisse le poil et me file la gerbe aussi sûrement que je l'aurais fait si Kat ne m'avait pas donné la potion anti gueule de bois, ce matin ?

Putain… Une seule réelle nuit d'ivresse en près d'un an, et voilà le résultat ! Bordel… J'ai couché avec une fille – d'ailleurs, est elle-même majeure ? Affaire à suivre… – dont la sœur me tuera lorsqu'elle l'apprendra et ma femme me tuera lorsqu'elle l'apprendra, elle aussi…

— Non, soufflé-je, en me reculant d'un pas. Non, non, non, non, non… Elle ne me le pardonnera jamais…

Oh c'est même une certitude ! Elle serait bien capable de raser l'Angleterre, de mettre cette île à feu et à sang, juste pour s'assurer que Gabrielle – et moi aussi, au passage – carbonise bien comme il faut ! Et merde à la fin ! J'ai prévu beaucoup de choses dans la vie, mais pas de finir en rôti !

— Tu es libre, à présent ! sourit-elle plus fortement encore. Toi et moi pouvons être ensemble pour toujours.

Timbrée. Réellement, je ne vois pas un seul mot pour décrire cette fille avec plus d'exactitude que timbrée ! Bordel ! A-t-elle conscience que sa manière de dire ça, ça file la chair de poule et donne envie de s'exiler au Pôle Nord ?

J'en ai parfaitement conscience, ne dormir qu'une ou deux heures par nuit en une semaine peut avoir de sévères troubles sur mon mode de pensées, mais je pense que, même sobre à 100 %, jamais je ne pourrais la considérer comme une potentielle future Lady Prewett ! Plutôt me trancher une jambe, tiens !

— Je suis toujours marié, je te rappelle ! grimacé-je fortement. Et même si notre relation n'est pas toujours au beau fixe, je la respecte bien plus que je ne l'ai jamais fait avec toi !

— Alors pourquoi n'es-tu pas mort, cette nuit, si nous ne sommes pas faits pour être ensemble ? réfute-t-elle immédiatement, levant les yeux au ciel en balançant sa chevelure vers l'arrière.

À nouveau, ce foutu black-out. Bordel, mais de quoi parle-t-elle ? Et par les couilles de Godric ! Ne pourrait-elle pas dire ce genre de choses sur un ton carrément moins mielleux qu'elle vient de le faire ? Bon sang ! Je dresse des dragons ! Je n'élève pas des licornes à paillettes !

— Quoi ? soufflé-je.

— Tu sais très bien qu'une personne ayant du sang Vélane dans les veines, le jour de sa majorité, doit trouver son partenaire puis faire l'amour avec lui pour sceller le lien, fait-elle en rougissant légèrement. Or, je n'ai couché qu'avec toi cette nuit…

Je ne sais pas si je dois rire ou sourire du rougissement purement hypocrite qui s'étend sur ses joues, ou vouloir verser dans le sarcasme en notant le fait qu'elle ait bien précisé n'avoir couché QU'avec moi CETTE nuit… Décidément, les écoles de magies, ce n'est plus du tout ce que c'était de mon temps…

Mais maintenant, je me retrouve face à un putain de problème de la taille d'un foutu continent ! Parce que, même si je ne fais que peu cas de ce qu'elle peut bien me dire, je la sais assez timbrée pour croire à ses propres élucubrations et assez inconsciente pour aller me dénoncer aux autorités pour l'avoir brutalisée…

Parce que, s'il est bien une chose dont je me souvienne, c'est bien l'avoir sauvagement plaquée contre la porte et avoir fait de mon mieux pour être assez brutal pour qu'elle ne parle pas… Mais il y a une chose qui me chiffonne.

— C'est un putain de cauchemar, je vais me réveiller, soufflé-je à nouveau en me pinçant l'arête du nez. Ce n'est pas possible autrement, ça ne peut être qu'un foutu cauchemar…

— Je peux te donner des preuves, si tu le souhaites, penche-t-elle la tête, un sourcil haussé.

Certes, vu le taux d'alcool assez incroyable qui parcourait mes veines hier, j'aurais très certainement pu coucher avec une poignée de porte, si tant est qu'elle m'ait paru assez aguichante pour ça, mais le visage de cette fille, je ne m'en souviens plus.

Rien, hormis ses cheveux blonds et son sourire. Mais surtout, pas une seule marque. Et ça, je m'en serais souvenu ! Oh oui ! Parce que, le soir où Granger et moi avons fait ce partage de magie, le soir de la seconde tâche, je me souviens encore à quel point tout m'a paru limpide. Comme si je pouvais toucher du doigt toutes les réponses à toutes les questions de l'Univers.

Mais là, rien. Pas un seul souvenir en dehors de cheveux blonds et d'un sourire. Alors quoi ? Je devrais me fonder uniquement sur la parole d'une fille qui me secoue son cul et ses cheveux devant les yeux depuis deux ans sous prétexte qu'elle est, certes, bien gaulée, mais, désolé pour elle, bien moins qu'une Granger dans ses plus beaux habits ?!

Surtout ceux qu'elle portait la nuit précédant mon anniversaire ! Bordel ce qu'elle était belle et je me serais damné pour qu'elle continue toute la sainte journée à me torturer comme elle l'a fait, sa voix claquant ses ordres dans le calme tout relatif de la chambre… Mais je digresse, encore une fois…

— Je croyais que pour que le lien soit formé, il fallait qu'il y ait une marque, plissé-je les yeux, méfiant. Or, je suis presque certain de ne pas en avoir !

— Me prendre ma première fois est une marque en soi, Charlie, roucoule-t-elle en s'approchant de moi, sa main sur mon torse.

Ouais, alors, là encore, je crois que tout est relatif ! Parce que, si cette fille était encore vierge hier, je veux bien donner l'intégralité de mon coffre de Gringotts à Malefoy, tiens ! Je suis certain qu'il appréciera le geste et la bonne blague !

— Oh, je t'en prie ! levé-je les yeux au ciel, exaspéré. Les trois quarts de la population masculine de ce château sont passés dans ton lit depuis que tu es arrivée ici, alors ne me fait pas croire que je suis le premier avec qui tu couches !

— Il y a bien des manières de s'amuser sans coucher avec quiconque, tu sais ? sourit-elle en coin, se collant à moi. Demande à ton ami Zabini, je suis sûre qu'il aura beaucoup à dire sur ce qu'il s'est passé à la tour d'astronomie, il y a quelques années !

Ça y est, là, je crois bien que je vais réellement vomir… Parce que, soyons honnête, savoir qu'elle s'est tapée Zabini, et que ce même Zabini s'est tapé ma femme, il y a de cela quelques jours, ça a de quoi me filler la gerbe…

Mais je dois me rendre à l'évidence. Au-delà du fait qu'il soit un crétin congénital et que, vraiment, j'ai une envie profonde qui me démange de lui foutre mon poing dans la gueule à l'instant même où je le reverrais, je suis tout simplement fatigué de tout cela.

Tout ce à quoi j'aspire, désormais, c'est retourner en Roumanie, m'immerger totalement dans mon boulot, soigner et dresser des dragons, et voler sur Veyser. Rien, plus rien ne me retiendra ici lorsque ce qu'il s'est passé cette nuit parviendra aux oreilles de Bill et Fleur et, soyons fous, celles de maman.

Combien parions-nous qu'à l'instant même où elle le saura, elle sabrera le champagne pour danser sur les ruines encore fumantes de mon mariage avec ma sorcière ? Qu'elle me dira encore et encore qu'elle m'eût bien dit qu'elle savait que j'allais rouler le nom de sa famille dans la boue ? Que j'étais, tout simplement, un moins que rien ?

Parce qu'en cet instant, c'est réellement ainsi que je me sens. Comme un moins que rien. Un être tellement faible et stupide qu'il s'est noyé dans l'alcool, l'espace d'une nuit, pour oublier que la brune qui a partagé son lit tellement de semaines, s'est juste totalement barrée avec celui qu'il a menacé d'émasculer si jamais il venait à penser à la toucher.

Et je suis fatigué de me battre contre les remords, la colère ou la douleur de savoir que, même si je l'avais voulu, je n'aurais pas pu, ni même su, la retenir. Dans le fond, elle avait tout simplement raison, dans le bureau des directeurs, cette nuit-là. Je suis un lâche.

Je suis lâche parce que je ne sais pas interpréter ce que je ne ressens ni même accepter de ressentir ces émotions. Je suis un lâche parce que je l'ai laissé espérer qu'avec un peu de bonne volonté de sa part, elle parviendrait à m'interpréter le monde assez pour que je m'ouvre totalement à elle.

Et je suis égoïste. Égoïste d'avoir voulu la retenir alors que je ne l'ai jamais méritée. Égoïste d'avoir retenu en cage un oiseau épris de liberté comme elle parce qu'elle apaisait mon âme et ses tourments.

Mais surtout, je me sens en colère. En colère contre moi pour ne pas avoir su la garder dans mon pantalon. En colère contre Gabrielle pour venir me faire son petit discours d'amour éternel et de virginité supposément prise. En colère contre Hermione pour ne pas m'avoir laissé m'expliquer au tribunal, et en colère contre le monde entier, à dire vrai…

— D'accord, soupiré-je, épuisé. Qu'attends-tu de moi ? Des excuses ? Le silence sur ta virginité perdue dont je ne suis toujours pas certain qu'elle ait un jour existée ? Que je m'immole par le feu ? Que je me mette des coups de fouet à répétition pendant des heures ?

Oh, si l'une de ces propositions pouvait me permettre d'éviter de poursuivre cette conversation en plein couloir de l'école, j'avoue que je ne serais pas contre non plus ! Certes, nous sommes samedi et il est un fait connu que j'ai un léger trait exhibitionniste, mais il ne faut pas pousser non plus !

— Rien de tout cela, rit-elle malicieusement. Néanmoins, si ton truc c'est un peu de violence, je peux toujours être celle qui utilise le fouet !

Oh, mais ça, je n'en doute pas une seule seconde, la concernant ! Elle est, à l'instant présent, la personnification même de la Piñata à mes yeux, et si ça ne concernait que moi, je serais même prêt à prendre l'une des battes de Quidditch de Fred et George pour la massacrer avec ! Mais la bienséance m'incombe de ne jamais frapper une fille, donc bon…

Et en soi, les choses auraient pu rester les mêmes et j'aurais presque pu lui faire comprendre d'aller bien gentiment se faire foutre en Transylvanie en plein milieu du second étage, mais elle a fait une chose inconcevable à mes yeux. Une chose irréparable, malheureusement.

En moins d'une seule seconde et sans que je ne comprenne vraiment comment c'est arrivé, elle se propulse contre mon torse, ses bras passant autour de ma nuque et ses lèvres s'écrasent contre les miennes avec brutalité.

D'abord surpris qu'elle puisse faire une chose aussi stupide, déplacée et, avouons-le, déstabilisante, je me retrouve avec les mains sur ses épaules, tentant vainement de la repousser, mais le mal est fait.

Parce que, lorsque je lève les yeux, ceux dans lesquels je tombe sont de couleur noisette et si le monde ne s'était toujours pas ouvert sous mes pieds, maintenant, c'est le cas…

CW / HG *** SDD *** HG / CW

Hermione

J'ai beau chercher, je ne vois vraiment pas comment, en moins de quarante-huit heures, nous avons pu passer du Blaise transi d'amour et se roulant dans ses propres larmes de désespoir de ne pas être vu de celle qu'il l'aime, à cette chose absolument affreuse qui est en train de me faire regretter Drago, le jour de ma rencontre au sommet avec ses parents… D'ailleurs, je pense vraiment que, lui et moi, nous pourrions vraiment monter un duo d'enfer dans cette catégorie-là…

Parce que, que nous soyons bien clairs, il ne devrait pas être permis à tout homme de devoir le supporter lorsqu'il est aussi usant moralement, vivement bondissant, et que ses yeux pétillent comme un feu d'artifice, un soir de départ en trombe de Poudlard des jumeaux ! En un seul mot, ce matin, Blaise Zabini est réellement chiant, et si les choses continuent, il y a de fortes probabilités à ce que je le jette et le noie dans sa foutue piscine !

— Bon sang, mais tu vas te calmer à la fin ? crié-je, au bord de le frapper. Ce n'est pas possible ! On dirait une Lavande Brown le jour de l'ouverture des soldes chez Gaichiffon et, crois-moi, ce n'est vraiment pas flatteur pour toi !

Le soleil venait à peine de se lever, ce matin, lorsqu'il a débarqué tout sourire aux dents impeccablement blanches aux lèvres, habillé de pieds en cap – quoiqu'il s'agît plutôt d'un bermuda et un tee-shirt d'un vert pomme très désagréable à l'œil sur le moment – un sac de sport sur l'épaule et un chapeau sur ses cheveux courts.

Si rien que sa vue m'a donné envie de me jeter sous le Poudlard Express, toute sa joie, sa gaieté et son entrain ont fini de me mettre de mauvaise humeur presque aussi facilement que son tonitruant « debout, petite perverse dévergondée ! ».

Bon sang… Je crois que j'aurais pu le tuer, avant-hier, quand je me suis réveillée dans son lit, presque aussi nue que le jour de ma naissance – Merlin merci, je portais toujours mes sous-vêtements ! Ma dignité est presque sauve maintenant ! – transportant sur moi un mélange tout à fait désagréable d'odeur de vomi et de vinasse bon marché…

Mais il a été gentil, bien plus gentil que le soir précédant même, m'a laissé pleurer sur son épaule pour la perte de ma dignité si durement conservée – et largement perdue si j'en juge le nombre indécent de fois où on nous a retrouvés, Charlie et moi, dans une position compromettante ces derniers mois – me jurant que les choses finiraient par s'arranger. Que tout ne tenait qu'à moi.

Je savais parfaitement, à ce moment-là, qu'il avait tort et que jamais je ne parviendrais à pardonner Charlie d'avoir volé la bague des Potter. Pourtant, durant ces quelques heures dans son lit, serrée étroitement dans ses bras, les battements réguliers de son cœur apaisant quelque peu la douleur du mien, je me suis sentie protégée du monde et pleine d'espoir.

Et le plus drôle, dans tout ça, c'est que, même quelques heures plus tard, alors qu'il me jetait tout habillée dans la piscine, ou lorsque nous nous sommes battus à coups de bouteilles de vin dans les couloirs du manoir qui résonnaient de nos cris et rires, j'ai continué à y croire.

Parce que, pendant quelques minutes, quelques heures, Blaise Zabini a réussi à me rendre l'espoir que tout n'était pas perdu. Que peut-être, en y mettant un peu du mien, en « mettant de l'eau dans mon vin » – comme il a démontré le faire avec les dernières bouteilles qu'il lui restait en me jetant dans la piscine – j'arriverai à avoir ma fin de conte de fées.

— J'ai toujours su que tu avais le potentiel pour devenir une véritable langue de pute si on te laissait la chance de développer tes capacités, ricane-t-il. Je suis très fier de mon chef-d'œuvre !

Oh ça, je n'en doute pas ! Ces deux derniers jours, il semble s'être donné pour mission de faire de moi le croisement linguistique entre la verve de Drago, la hargne de Daphnée, le côté langue de pute de Pansy et l'impassibilité de Théo. En un mot comme en cent : une aberration génétique que je me suis amusée à être pendant quarante-huit heures.

Mais il faut dire que, pour lui aussi, se prêter à ce jeu, prendre, l'espace de quelques jours, le temps de s'occuper des problèmes de quelqu'un d'autre lui fait du bien. Parce que, pour deux jours, il a laissé ses airs sombres qu'il traîne depuis la Saint Valentin au vestiaire et s'est donné la peine d'être presque aussi adorable que Serpentardesquement possible.

Alors oui, c'est vrai, même s'il est chiant, usant et tous les dérivatifs possibles et imaginables à ce mot, même si sa mère me fait flipper au possible parfois, j'ai appris à aimer le Blaise Zabini que j'ai rencontré ici.

Même s'il est vrai que ce manoir qu'ils osent appeler villa secondaire tient plus du château et que j'ai vu bien plus d'elfes de maison que je n'aurais voulu en voir, pendant un peu plus d'une semaine, ce lieu a été mon havre de paix. Mon lieu de repos et de retraite éternelle avant de retourner affronter cette épreuve que la vie semble se faire un malin plaisir de mettre sur mon chemin.

— Calme-toi, ou bien c'est moi qui te calmerais et tu n'aimeras pas ma méthode, crois-moi ! souris-je doucement.

— La torture ne marche pas sur moi, secoue-t-il la tête, souriant en coin.

Alors, sur ce point, je ne suis pas certaine d'être aussi absolue que lui ! Je l'ai vu se tordre de rire, il y a moins de douze heures, à cause d'un sortilège de chatouille que je ne me savais pas maîtriser aussi bien ! Alors, le torturer jusqu'à la folie ? Pas de doute, j'en suis plus que capable !

Mais j'avoue que sa manière de se venger était réellement à la hauteur de ce que je pourrais attendre de sa part. Parce que, sinon, comment et pourquoi se serait-il mis en tête de remplir toute ma baignoire avec de la potion corporelle colorante, m'offrant, pour quelques heures, la possibilité de ressembler au grand Schtroumpf, bonnet de bain rouge faisant office de calot ?

— Je pensais plutôt retenter l'expérience d'il y a deux jours, mais, cette fois-ci, te vomir réellement dessus ! Qu'en penses-tu ? fais-je, sournoisement.

J'avoue, je ne suis réellement pas fière de ce passage de mon séjour, et encore moins de ma vie… Mais j'allais mal et il a réellement semblé le comprendre et vouloir faire tout son possible pour m'aider à aller mieux.

Le plus drôle et le plus ironique, en un sens, c'est certainement le fait que même mon corps ne parvienne pas à accepter l'étreinte d'un autre homme que celle de Charlie. Comme si jusqu'à la fin de ma vie, ce putain de foutu dragonnier allait me marquer jusque dans mon inconscient…

— Que tu es démoniaque, femme ! gronde-t-il, malicieux. Même, Pans' ou Drago ne penserait jamais à ce genre de tortures ! Sais-tu le prix de cette paire de mocassins italiens en poils de Demiguise ? Elle vaut bien plus que tout ce qu'il faudrait que tu débourses pour avoir une garde-robe descente en accord avec ton rang !

— Si je devais t'écouter, pour ressembler à une femme de mon rang, comme tu dis, je devrais me trimbaler en nuisette tous les jours que Merlin fait ! Alors, vois-tu, je préfère, et de loin, rester la fille de Moldus que je suis ! Au moins, ma dignité est sauvegardée !

— Non, ma grande, ricane-t-il. Ta dignité s'est fait la malle dans mes canalisations il y a deux nuits de ça !

— La ferme, Zabini…, soufflé-je, sentant le rouge me monter vivement aux joues.

Parfois, je regrette vraiment ce temps béni où je n'avais pour amis que des Gryffondor… Eux, au moins, ne se seraient jamais permis de me rappeler ma décrépitude, ni même l'état lamentable que je devais présenter, ce soir-là…

— Miss Granger ! s'exclame une voix amusée. Vous savez donc marcher sans tituber si tôt dans la matinée ? Je dois avouer que je ne m'attendais pas à voir ce genre d'exploits se réaliser un jour avant votre départ !

Dois-je préciser que cette femme – au sourire aussi hypnotisant que parfaitement flippant – ne m'a vue que le matin cette semaine, et qu'à chaque fois, je n'avais soit pas dormi de la nuit, soit j'étais parfaitement ivre morte ou en pleine gueule de bois ? Non, je ne pense pas que ça en vaille la peine…

Pourtant, j'ai réellement apprécié son attention lorsque, le lendemain de cette cuite phénoménale, elle a laissé ces deux fioles de potion anti gueule de bois sur la table de chevet de son fils, nous prévenant simplement qu'elle devait faire un détour en Angleterre pour régler un léger problème.

— Je suis pleine de surprise, que voulez-vous, Lady Zabini ! ris-je, gênée. La prochaine fois que nous nous rencontrerons, je vous ferai une petite démonstration de tir à l'arc dont vous vous souviendrez toute votre vie, à la manière de Guillaume Tell !

— Je doute que mon fils apprécie de servir de cible humaine, secoue-t-elle la tête, un léger sourire au coin des lèvres.

C'est peut-être l'une de ces choses que j'aime le plus chez cette femme – en dehors de son humour tout aussi morbide que celui du directeur et humiliant pour moi que ne peut l'être celui de son fils – en dehors de son style vestimentaire.

Parce que, quelle sorcière anglaise parviendrait à porter une robe en tulle d'un noir profond, laissant parfaitement visible un maillot de bain rouge carmin et le corps d'une femme de vingt ans alors qu'elle en a presque cinquante ? Aucune, c'est une foutue certitude !

Mais plus d'une fois, cette semaine, elle est parvenue à me raccrocher à la réalité en abordant des sujets tout aussi étranges dans le monde de la sorcellerie que ne peuvent l'être les métros ou le cinéma ! Et ne parlons même pas de la quantité astronomique de livres moldus dans leur bibliothèque !

Merlin ! J'y ai même trouvé certains livres que, nous autres, personnes ayant grandi dans le monde moldu, pensions disparus à jamais ! Mais Godric sait que, pour la plupart, ils m'ont été d'un secours inestimable pour accréditer certaines de mes théories sur la Transe…

— Il aurait pourtant l'air si distingué avec une flèche plantée entre ses deux yeux, soupiré-je théâtralement, avant de reprendre mon sérieux. Merci, Lady Zabini, merci pour votre hospitalité et votre patience. J'ai parfaitement conscience de ne pas avoir été une invitée très agréable, ni même distinguée…

C'est sûr que lâcher en soupirant, le premier matin où j'ai accepté de sortir de ma chambre, un « Bordel, Zabini ! Tu gardes toutes les quadragénaires du quartier dans tes donjons ? » n'est certainement pas la meilleure approche en ce qui concerne l'amabilité ou le savoir-vivre…

Mais elle a été gentille et patiente. Elle n'a rien dit lorsque, deux jours plus tôt, je lui ai vomi sur les pieds, lorsqu'elle m'a proposé un verre de vin avant le repas du soir. N'a pas non plus sorti un discours profondément Sang-Pur lorsque je me suis insurgé sur la place de Lixy dans leur famille.

Elle a juste pris le temps d'agir comme une mère responsable de l'amie de son fils, allant même chercher une serpillière pour nettoyer ma forfaiture, avant de me conduire sur un transat à l'ombre d'un parasol, me sommant de n'en sortir que lorsque j'aurais repris un visage humain.

Elle a pris le temps de m'expliquer que Lixy n'était pas son esclave, mais bien un membre privilégié de sa famille, qu'elle faisait de son mieux pour traiter avec elle quelques heures par jour, par parchemins interposés, de sujets de société et lui offrir quelque chose à chacune de ses très nombreuses sorties shopping.

Elle a pris le temps de me montrer des photos de son fils tout petit, à l'âge de deux ans, sur son pot, qui me rendront immensément riche s'il veut que je garde ce secret jusque dans la tombe, et m'a fourni, dans l'ombre, des munitions lors de notre bataille de peinture.

Pour la première fois de ma vie de sorcière, j'ai compris à quel point le monde sorcier pouvait se tromper sur les femmes de haut rang dans cette société. Parce que Giulia Zabini est réellement une femme tout ce qu'il y a de plus anti aristocratique en privé, alors que dans la chambre du Magenmagot, elle pourrait faire plier n'importe quel homme, femme ou juge, grâce à ses manières.

— Il vous reste encore une grande marge de manœuvre avant d'atteindre le savoir-faire de Blaise en matière de mauvais caractère, Miss Granger, rit-elle doucement.

L'arrivée en trombe d'un Blaise Zabini ayant changé, pour la septième fois de la matinée, de tee-shirt, me fait sourire doucement.

Pas parce qu'il a, cette fois-ci, opté pour le blanc intégral, ce qui rend son sourire et ses dents absolument aveuglants, mais parce que, la première chose qu'il fasse en entrant dans le hall du salon, c'est porter un regard inquiet sur ma propre petite personne, hochant la tête de manière satisfaite lorsqu'il voit que je ne suis pas à deux doigts de fondre en larmes ou me jeter d'une falaise.

C'est un fait, il a beau être incroyablement chiant, douloureusement épuisant et sincèrement trop plein d'énergie – dont je ne doute pas qu'une bonne partie devait, préalablement, être évacuée par le sexe – Blaise Zabini est réellement un gentil et j'ai grande hâte de voir arriver le jour où Pansy se sentira assez confiante pour lui laisser sa chance.

Parce qu'il ne faut pas être un petit génie ou attendre les stupides articles de Rita Skeeter pour comprendre que ce garçon aime Parkinson plus fort que tout. Peut-être même plus que sa mère si j'en juge l'empressement dont il fait preuve pour rentrer à Poudlard.

— Ne lui dites pas, mais vous en avez fait un homme incroyable, souris-je doucement.

— Trêve de sentimentalisme, Mère, s'il vous plaît ! intervient rapidement Blaise, affichant un visage horrifié. Elle serait bien capable de me vouer un amour éternel si vous la laissiez poursuivre dans cette voie !

Pourtant, dans son regard, on peut voir qu'il est sincèrement heureux que sa mère s'entende bien avec quelqu'un d'autre que ses amis de Serpentard, qu'il a apprécié, pour une semaine, de déroger à des années de sectarisme pro vert et argent. Qu'il a aimé prendre soin de quelqu'un pendant quelques jours, tout simplement.

— Quoi ? ricané-je en posant la main sur son bras afin de le suivre dans la cheminée, amusée. Tu n'aimerais pas que je baise le sol que tu foules ? Me voilà réellement déçue ! Je viens de perdre définitivement tous sens à ma vie !

— Essaye donc de baiser ton mari, ça nous arrangera tous, crois-moi ! siffle-t-il en levant les yeux.

C'est un coup bas, mais dans le fond, j'apprécie qu'il me dise ce genre de choses. Parce qu'il sait parfaitement pourquoi, même inconsciemment, je me suis arrêtée dans cette abomination que nous avons failli faire, il y a deux jours.

Il sait que j'aurais vendu un rein, à ce moment-là, pour que ce soit ce crétin de dragonnier avec qui je sois à deux doigts de coucher, dans son lit.

Il sait que tout au long de cette soirée, tout ce que j'ai voulu faire, c'est reléguer ma rationalité et mon cerveau au rebut et laisser mon cœur s'exprimer, parce que mon cœur, lui, saigne depuis des jours pour Charlie et que je m'en veux d'être aussi attachée à ma morale.

Parce que, pendant des mois, mon mari a été ma bouée de sauvetage, mon phare en pleine mer déchaînée et mon oasis en plein désert. Il m'a montré que j'étais normale et qu'il était tout à fait normal, encore une fois, d'être intelligente ou même une adolescente bourrée d'hormones en fusion tout au long de notre mariage.

Blaise sait tout cela, et c'est bien pour ça qu'il est incroyable. Parce qu'il aime Pansy comme je n'ai jamais vu personne aimer quelqu'un d'autre, si ce n'est Charlie avec Tonks, et pourtant, il était prêt à coucher avec moi parce que j'avais besoin d'exorciser ces démons qui reviennent me hanter depuis la découverte de la bague.

Dans le fond, et aussi étrange que ça m'ait paru les premiers jours ici, il est devenu une sorte de grand frère – mais assurément avec d'autres parents que les miens ! Je n'ai pas encore là « Sang-Pur Attitude » autant chevillée au corps que certains Mangemorts ! – me protégeant du monde extérieur aussi certainement que l'aurait fait Harry s'il avait pu.

— Mère, je vous dis à bientôt, hoche-t-il la tête, en lui souriant doucement. Si nous ne partons pas maintenant, elle serait capable de ne jamais vouloir quitter la villa…

— N'oublie pas de m'envoyer un hibou lorsque tu seras arrivé et transmets mes amitiés à Drago, Pansy, Théodore et les sœurs Greengrass, veux-tu ?

— Ce sera fait, Mère, hoche-t-il la tête à son tour.

C'est étrange, parfois, de voir deux Sang-Pur se faire face. En société, ils ne sont que glace et faux-semblant, mais dans le privé, comme entre Drago et sa mère, on peut voir la douceur et l'amour qui les relient.

Ce ne sont pas les gestes ou les débordements d'affection, c'est dans la précipitation de la voix, dans le regard. Comme s'ils n'allaient plus jamais se revoir après cet instant. Et dans le fond, je trouve cet acte très beau.

C'est pourquoi, lorsqu'elle se tourne dans ma direction, après avoir fortement étreint la main de son fils, je me prends un coup au cœur de voir l'affection qu'en une semaine, elle semble s'être fait un devoir de m'offrir. Douce et maternelle.

— Et vous, Miss Granger, faites de votre mieux pour régler votre situation. La vie est bien trop courte pour qu'on la passe à se faire la guerre, souffle-t-elle, en détournant le regard. L'amour est une chose bien trop importante pour qu'elle soit négligée…

Je sais, pour avoir eu droit à des échos par leur fils, que l'histoire d'amour entre cette femme et son premier mari a été extraordinaire et que, peu importe le prochain homme qui portera le titre de mari à ses côtés, il ne sera jamais l'amour de sa vie, et encore moins le père de son fils.

Un coup de foudre. Une évidence. C'est ainsi que me l'a présenté Blaise lorsqu'il m'en a parlé. Des âmes sœurs a-t-il même dit. Et dans le fond, je crois qu'il a raison. On ne peut pas aimer deux personnes dans sa vie de la même profondeur qu'elle a aimé le père de Blaise. Et je trouve ce fait très beau.

— Je tiendrais compte de vos recommandations, chuchoté-je, mal à l'aise. Au revoir, Lady Zabini, et encore merci.

Lorsqu'il me l'a raconté, je me souviens avoir fondu en larmes pendant des heures dans son giron, augmentant d'un peu plus mon quota de honte lorsque j'ai vu les traces de mascara qu'il m'a forcé à porter, s'étaler sur sa chemise horriblement chère.

Mais il faut comprendre que, tout au long de son récit, dans chacun des mots qu'il m'ait dits, je me suis reconnue. Je me suis retrouvée dans ses paroles lorsqu'il parlait d'amour épique, de regards douloureux, tendres et brûlants, et d'étreintes remplies d'affection, d'après les mots des amis de ses parents.

Parce que, dans le fond, ce que ses parents ont connu, c'est ce que Charlie et moi avons connu, nous aussi, durant notre mariage, et c'est ce fait que j'ai pleuré. Parce que, maintenant, que nous reste-t-il ? Que me reste-t-il, si ce n'est la douleur de l'absence et la distance ?

— Les Trois Balais ! crie-t-il en me serrant plus fortement contre lui, dans la cheminée.

J'avoue ne pas avoir compris la raison derrière une telle volonté de sa part, mais lorsqu'il m'a assuré qu'il me faudrait plus qu'un étage pour me recomposer un visage de façade avant d'affronter mon mari, je l'ai cru.

Pourtant, lorsque nous débarquons dans l'auberge de Pré-au-Lard, j'avoue que l'agitation qui y règne fait plus office de zone de guerre sinistrée qu'autre chose ! Allons bon ! Que se passe-t-il encore ?

— Je veux être remboursé ! s'écrie l'un des clients, en lançant sa clef de chambre sur le comptoir.

— Je suis navrée, monsieur, mais la maison ne rembourse pas la chambre, s'excuse madame Rosemerta.

— Un tapage pas croyable pendant trois heures ! hurle un autre.

— Je ne suis pas responsable de ce que font mes clients une fois dans leur chambre, tente-t-elle, à nouveau, de leur faire comprendre.

La porte se claque derrière nous alors que les plaintes se font à nouveau entendre dans l'auberge et, pour un fugace instant, je me pose la question de savoir qui ont bien pu être les deux abrutis à ne pas avoir su activer les charmes de silence sur leur porte avant de s'envoyer en l'air.

— Je mettrais ma main à couper que c'était Sermirov et ses cris de dindon ! ricane Blaise, m'arrachant un sourire.

Pourtant, il ne perdure pas. Parce que plus le chemin se raccourcit en direction du château, plus ma douleur de LE revoir et ma peur de savoir ce qu'il a bien pu faire durant mon absence, en sachant qu'il était maintenant découvert dans son rôle de voleur, me tétanisent.

— Tu as un plan ? me demande Blaise, en m'arrêtant par le poignet, avant que nous passions les portes du hall.

Un plan ? Dans le meilleur des cas, je finis en larmes, le défiant de ma baguette de m'expliquer pourquoi il est un tel con, et dans le pire des cas, je finis dans le même état que Harry en début d'année, alors avoir un plan…

— Je comptais juste aller lui demander des explications pour la bague et voir où les choses nous mènerons, haussé-je les épaules, aussi désinvoltes que possible.

Même si je me sais assez forte pour résister à une foule de psychopathes en masque d'argent et cape noire, je sais aussi qu'il est assez doué pour me retourner le cerveau et me mettre, à nouveau, dans son lit… Et ça, c'est inacceptable !

— Penses-tu qu'il va te laisser t'expliquer sur ton départ ? hausse-t-il un sourcil, inquiet.

Oh, j'en doute fortement ! Pour ça, il faudrait qu'il ait déjà eu les couilles de me dire qu'il était le putain de voleur que nous recherchons activement depuis cet été ! Il est même celui à m'avoir donné quelques livres parlant de la généalogie des sorciers Sang-Pur !

Le pire dans tout ça, c'est qu'il était plus ou moins au courant, même si je ne lui ai jamais réellement dit ce que je cherchais ! Il m'a vu faire toutes ces recherches sur la bague des Potter ! Quelle sensation jouissive ça a dû être, pour lui, d'être une sorte d'espion infiltré pour connaître toutes nos avancées…

Et le plus triste, c'est que, comme pour mes recherches concernant la Transe d'occlumancie, j'ai aimé ces moments passés avec lui, ces instants où il me délivrait un peu de son savoir et de sa maîtrise du sujet pour étayer mes propres hypothèses.

Et c'est ce qui me rend furieuse. Je suis même au-delà de la fureur parce que je sais que ce n'était qu'un jeu d'acteur et qu'il m'a prise à mon propre jeu, en un sens ! C'est moi qui, au début, voulais profiter de son talent et de ses connaissances, et finalement, à quoi ai-je eu droit ?

— Il n'y a pas de raisons, haussé-je les épaules. Après toutes les conneries qu'il a faites et que je lui ai pardonnées, comme sa fuite à Noël ou avoir couché avec Sermirov, je crois qu'il me doit bien…

Mes pas, mon souffle et ma voix, tout se fige en un instant face au tableau devant moi. Parce qu'il a bien pu être le putain de meilleur foutu acteur qu'il m'ait été donné de rencontrer, peut-être même meilleur que Drago dans son rôle de crétin en herbe, jamais je n'aurais cru que mon cœur se briserait avec tant de force en voyant ça.

Dans le fond, je crois que j'aurais pu accepter n'importe quelle fille de ce château – Lavande Brown mise à part, parce que, avec toute l'honnêteté du monde, elle reste quand même une sacrée garce, détrônant même Pansy du haut du podium ! – j'aurais même accepté Sermirov. Toutes, à vrai dire, mais pas elle.

Parce que Sermirov et toutes les autres dans ce château sont des humaines, des sorcières « normales ». Mais elle, elle ne l'est pas. Elle, elle est en partie Vélane et face à ses charmes, je pourrais bien me promener nue devant lui, je ne ferais jamais le poids.

Et le plus triste dans tout ça, c'est que je le savais déjà. Dans le fond, depuis le mariage de Bill et Fleur, je le savais déjà. Parce qu'elle a passé son temps à lui tourner autour, ce soir-là, et tous les autres depuis qu'elle est arrivée à Poudlard pour le tournoi, qu'une telle chose n'était pas que susceptible d'arrivée. C'était une fatalité.

Une fatalité anthropologique, même, si je devais être affreusement cynique. Après tout, face à la grande blonde au décolleté plus qu'avantageux, aux jambes démesurément longues et aux yeux de biche effarouchée, qu'est-ce que je pourrais faire ? Rien, assurément, et nous le savons tous…

— Je crois finalement qu'il a trouvé autre chose pour combler ton départ, souffle Blaise avec rancœur.

J'ai le cœur en miettes, les yeux qui se noient dans mes larmes et l'impression de n'avoir jamais été aussi bête et insignifiante qu'à l'instant présent à ne pas parvenir à décrocher mon regard d'eux, ressentant ce besoin viscéral de m'écrouler au sol en les voyant s'embrasser devant mes yeux.

Mais surtout, j'ai honte. Honte de moi-même et de mes foutues espérances que Blaise a fait de son mieux pour préserver depuis des jours et des jours, passant même au-delà de son amour pour Pansy. Et mon corps menace de s'effondrer pour cela.

Semblant comprendre bien mieux que n'importe qui ce que je ressens, il vient enserrer mon corps de ses bras avant que celui-ci ne m'échappe, ajoutant l'humiliation à la honte, me retenant si fortement contre son torse que mon cœur s'apaise quelques nanosecondes. Juste le temps de prendre une bouffée de son air saturé de parfum coûteux.

Je l'entends grogner fortement, le son se répercutant contre ma joue, ce qui me fait ouvrir les yeux dans un sursaut. Et au travers de mes larmes, en dépit de mon chagrin incroyable, je parviens à ressentir toute l'ironie d'une telle situation.

Combien de fois, moi aussi, m'a-t-il poussée contre un mur, son corps me surplombant parfaitement dans une sorte de préliminaire primitif ? À dire vrai, presque toutes nos « rencontres » débutaient ainsi…

Je voudrais crier, je voudrais hurler ma détresse et ma peine, mais la main de Blaise quitte précipitamment ma chevelure pour venir se poser sur ma bouche, empêchant mon cri de s'épanouir dans ce couloir où, pour le moment, nous ne pouvons entendre que le son de leurs chuchotements.

Que lui raconte-t-il ? Est-il en train de lui faire des propositions salaces alors que je suis juste à côté de lui ? A-t-il un jour respecté qui j'étais, finalement ? Ou bien n'ai-je été qu'un putain de foutu jouet du début à la fin ?

Sentant que je ne vais plus me débattre, ma colère s'étant muée simplement en une sorte d'abattement trop profond pour que je ne ressente plus rien si ce n'est un énorme vide, il enlève sa main de ma bouche pour la poser doucement sur ma joue, la caressant doucement, la tendresse – ou ce qui s'en rapproche le plus en tout cas – et la résolution enrobant son regard. Que se passe-t-il ?

J'ai plus ou moins un début de réponse lorsqu'il comble les centimètres séparant nos lèvres pour les joindre en un baiser aérien et tout ce qu'il y a de plus étrange entre nous maintenant qu'il n'y a plus d'alcool dans mon sang. Bordel ! Comment ai-je pu vouloir plus, il y a deux jours ?

— Que fais-tu ? sursauté-je en me reculant.

Mais il me retient contre son torse, sa résolution se faisant d'autant plus forte lorsqu'il rencontre mon visage ravagé par les larmes et la détresse. Décidément, il semblerait qu'en l'espace d'une semaine, je sois passée du stade de Lady en devenir à celui de fontaine ambulante…

— Suis le mouvement, d'accord ? chuchote-t-il en approchant de nouveau son visage. Je refuse que tu perdes la face pour ce gars, c'est compris ?

Je le voudrais, vraiment ! Je le voudrais de toutes mes forces, du plus profond de mon âme, même ! Mais je ne parviens pas à oublier à quel point, en dépit de tout le mal qu'il m'a fait, de la douleur que je suis en train de vivre à les voir s'embrasser, je l'aime à en crever…

— Blaise, il est en train de…

— Je sais…, soupire-t-il en fermant brièvement les yeux.

Bien sûr qu'il le sait ! Et tout crétin au monde saurait ce qu'il se passera bientôt si j'en juge les trop nombreuses fois où, Charlie et moi, nous nous sommes envoyés en l'air. Après tout, n'a-t-il pas développé en moi un côté exhibitionniste que je ne me pensais pas détenir ?

— Viens, allons dans notre salle commune, soupire-t-il à nouveau. Potter doit t'attendre avec impatience.

Harry… J'étais si heureuse de le revoir, ce matin, en me levant… Mais, maintenant ? Maintenant, j'ai juste hâte d'arriver à la salle commune et pouvoir me couler dans ses bras pour pouvoir pleurer toutes les larmes de mon corps…

— J'ai mal, Blaise, murmuré-je en levant des yeux inondés de larmes vers lui.

— Je le sais, souffle-t-il en embrasant brièvement mon front. Mais ça finira par aller, je te le promets.

J'aimerais qu'il ait raison, j'espère qu'il a raison, même ! Mais je sais, par expérience, que toutes les histoires ne se finissent pas forcément bien et cette constatation que j'ai fait, durant le rituel de Yule, celle où j'étais persuadée qu'à jouer si prêt du feu, j'allais m'y brûler les ailes, vient me hanter à nouveau.

— Ah ! Miss Granger, monsieur Zabini !

Bien sûr… Lorsque le monde entier semble s'être ligué contre vous, attendez-vous à ce qu'une autre immense tuile vous tombe sur le coin du nez…

En l'occurrence, la tuile en question, c'est une Minerva McGonagall semblant au top de sa forme, son chapeau de sorcière, d'un vert bouteille saisissant, impeccablement paré sur ses cheveux grisonnants, son chignon tiré à quatre épingles et une mine sévère et pincée, nous attendant de pied ferme dans la salle commune, prête, visiblement, à déchaîner les feux de l'Enfer sur nous…

Pas besoin d'être un occlumens pour savoir qu'elle prévoit de nous passer un savon comme je n'en ai plus entendu depuis ma première année, ou encore nous jouer un remake tout aussi mauvais que la punition qu'elle nous a octroyée à Ron, Harry et Drago et moi-même cette même année pour nous avoir attrapés hors de nos dortoirs à minuit…

— Merci de bien vouloir vous joindre à nous ! siffle-t-elle en nous dardant d'un regard furieux. Ainsi, le professeur Binns et moi-même pourrons peut-être reprendre nos fonctions au lieu d'assumer les vôtres !

— Professeur McGonagall, nous sommes désolés de nous être enfuis et ne pas vous avoir donné de nouvelles aussi souvent que possible, soufflé-je, la tête baissée, une boule douloureuse logée dans ma gorge.

Pourtant, alors que je m'attendais à ce qu'elle me mette en retenue à perpétuité ou en pièces, il semblerait que me voir aussi honteuse, les yeux débordant de larmes et le bras de Blaise m'enserrant aussi fortement que possible pour que je ne m'effondre pas, tout son fiel fonde comme neige au soleil, uniquement remplacé que par de la préoccupation dans son regard.

— Les autres professeurs et moi-même comprenons parfaitement la raison de votre départ, soupire-t-elle en faisant un pas dans notre direction. Et si Lady Zabini n'avait pas pris sur elle pour nous informer de l'évolution de la situation chaque jour, soyez assurés que je me serais fait un plaisir de rappeler au ministre en personne certaines de ses heures de retenue non faites durant sa scolarité, uniquement pour qu'il déploie un nombre d'Aurors incroyable pour partir à votre recherche !

Si, elle, est prête à ce genre d'extrémités, qu'est-ce que Harry aurait été prêt à faire, lui, dans un cas comme celui-ci ? Quels pouvoirs obscurs a-t-il bien voulu déclencher lorsque, revenant du ministère, je n'étais plus là ?

Le plus triste dans tout ça, c'est qu'une part de moi, celle qui, visiblement, est masochiste, se demande ce que le Charlie qu'elle a connu et côtoyé pendant près d'un an aurait fait, lui. Aurait-il sillonné le continent à ma recherche ? Aurait-il fait appel à des puissances obscures pour me retrouver ? Tenait-il assez à moi pour vouloir, à nouveau, risquer sa liberté ?

— Ce n'était pas nécessaire, Professeur, murmuré-je en secouant la tête, tentant de m'enlever ces pensées stupides du crâne. Blaise et sa mère m'ont protégé de tout danger, je vous assure.

Ça ne sert à rien, de toute façon, de chercher ce qu'il aurait pu faire. J'ai eu, de premières mains, une vision de ce qu'il a fait pendant que je n'étais pas là.

Lui, il a batifolé avec cette blondasse pas même capable d'arriver à la cheville de Fleur, tandis que moi, je tentais vainement de récupérer les morceaux de mon cœur brisé et que Blaise s'est amusé à essayer de les recoller.

— Là n'est pas la question, balaye-t-elle mon argument. Poudlard sera toujours un refuge pour quiconque souhaitera être protégé. Or, le jour du procès Yaxley, vous avez instinctivement déduit que cet endroit n'était plus aussi sécuritaire que dans votre jeunesse…

Ce n'est pas totalement vrai. Ce n'est pas la sécurité somme toute assez relative du temps de mes études que j'ai cherché à fuir. Non, c'est lui. Parce que je savais qu'en restant proche de lui, voleur de la bague ou non, j'aurais fini par céder, comme ce jour bien particulier, au début de l'épreuve de cet hiver, lorsqu'il m'a forcé à l'écouter.

C'est vrai, à ce moment-là, j'étais tellement en colère contre lui, que j'aurais pu tout détruire sur mon chemin sans problème. Mais il avait cette flamme et cette volonté de rébellion, de retrouver sa liberté si chèrement payée que durant quelques infimes secondes, il a été assez convaincant pour que je veuille bien l'écouter.

Que se serait-il passé si je ne l'avais pas fait ? Notre cohabitation aurait-elle été aussi houleuse que ce à quoi j'avais toujours dû m'opposer, avec lui ? Aurions-nous passé notre temps à nous hurler et sauter dessus pour nous battre ? Ou bien aurions-nous opposé, à l'autre, un silence mortellement froid, comme je le souhaitais de prime abord ?

Je n'en sais rien. À vrai dire, je crois que c'est ce qu'il y a de plus ironique entre nous. Jamais, du début à la fin, je n'ai jamais rien su. Que ce soit sur lui ou sur ce qu'il pensait, ou même ses actes dans l'ombre.

Tout ce que j'ai vu, c'est l'image qu'il me renvoyait, parce que, dans le fond, comme avec Ron, j'ai voulu en faire une sorte d'idéal. Mais est-ce réellement ce que l'on doit faire, lorsqu'on est amoureux ? Est-ce réellement ce que nous aurions dû faire pour nous entendre ?

Parfois, lorsque je suis assez honnête avec moi-même pour me l'avouer, je sais que j'ai mal agi. Parce qu'il a toujours été très clair : aucune femme n'arrivera jamais à la cheville de Tonks. Mais comme la grande abrutie que je suis, j'ai voulu me mesurer à elle, et finalement, je m'y suis brûlé les ailes…

— Minerva, l'interpelle le professeur Vector en entrant dans la salle. Je viens de vous envoyer le jeune Drayer de troisième année !

— Qu'a-t-il encore fait ? soupire-t-elle en se passant une main lasse sur le visage.

— Ce type est une flèche, assurément ! rit doucement Sinistra en secouant la tête. Il a beau ne connaître aucune des constellations de la ceinture de Orion, il pourrait dessiner les yeux fermés la carte de celles des grains de beauté de Miss Odgens…

Sur ce point-là, moi aussi je veux bien parier… Ce gosse est absolument intenable… Autant il est incollable sur des questions d'ordre scolaire ayant trait à l'Histoire de la Magie à l'écrit, autant, lorsqu'il est en présence de Charity Odgens, il devient le pire des abrutis…

— Elle passe les trois quarts de son temps avec sa chemise qui déborde, Aurora, sourit Hidoko. C'est de son âge d'avoir des préoccupations autrement plus importantes que savoir où se trouve la constellation du chien ou celle de la tortue…

— Je crois que c'est le moment idéal pour que nous filions ailleurs sans être vus, me souffle Blaise.

Je suis parfaitement d'accord ! Autant j'aime l'idée de pouvoir discuter avec celle qui fut mon mentor durant des années, autant, en cet instant, tout ce à quoi j'aspire, ce sont les bras de Harry. Ça et un pot entier de glace menthe chocolat – maudites soit Fleur et sa manie d'en manger ! – et, Merlin m'en garde, une nouvelle bouteille de ce vin rouge affreusement cher des caves Zabini, mais dont le goût est un véritable délice.

Alors c'est ça, finalement, le pouvoir de Charlie Weasley ? Il a le don de nous faire tomber dans la dépression, l'alcoolisme aigu et la glace à la menthe ? Décidément, je ne suis pas près de retomber amoureuse de quiconque !

D'une brève pression sur le bras, j'offre mon accord à Blaise pour qu'il nous conduise jusqu'au couloir menant au dortoir des garçons de la salle commune – seul lieu où, à mes yeux, Charlie ne pensera pas à venir me chercher – mais nous sommes à nouveau interrompus dans notre retraite…

— Pas si vite, jeunes gens ! nous retient McGonagall. Durant votre séjour à l'étranger, nous avons dû réquisitionner votre appartement, Miss Granger, afin de le donner au professeur Vector, comme le veut la tradition.

— Où va-t-elle dormir ? s'insurge Blaise en fronçant les sourcils, me mettant légèrement en retrait derrière lui. Dans la Grande Salle ?

En moins d'une seconde, tout mon sang quitte mon visage sous la détresse passagère. Putain… Si ce qu'elle dit est vrai, et si ce que vient de lancer comme idée Blaise est la vérité, alors cela veut-il dire que je vais devoir repasser devant lui et sa gourdasse en pleine séance de dentiste ?

— Ne soyez pas stupide, Zabini ! soupire-t-elle, en levant les yeux au ciel. Miss Granger avait une chambre dans ce dortoir avant d'hériter de ses quartiers ! Or, la période de probations instaurée par le juge Marvel étant arrivée à son terme, il est de mon devoir de la donner à un professeur titulaire.

Aussi stupide que soit cette idée, je me sens soulagée que ma chambre ici soit toujours disponible. Dans le fond, j'ai toujours cette volonté d'appartenir à un tout, et puisque tous les étudiants-professeurs vivent dans cette salle, je suppose qu'il est normal que j'y vive aussi, n'est-ce pas ?

Et pourtant, en arrière-fond, dans ma tête, est en train de se jouer un kaléidoscope douloureux, mélange subtil de tous ces instants passés dans ce qui fut, pour cinq mois, mon chez-moi. Le premier que j'ai eu.

Que ce soient les cris, les pleurs, les disputes, les recherches, les innombrables fois où lui et moi avons couché ensemble ou encore tout le temps passé à nous occuper de Diana, tout revient se jouer en boucle, menaçant de me submerger.

Mais rien, non, absolument rien n'est aussi dévastateur à mes yeux que ce jour bien précis, celui de l'anniversaire de Charlie. Parce que, durant toute une journée, j'ai eu l'impression de vivre dans un rêve.

Du réveil, où se sont mêlés explication, séance de sexe et baiser incriminant, jusqu'au soir où pas un seul de nous ne s'est exprimé lorsque, à peine mes yeux se sont ouverts, il m'a renversé sur le matelas avec une douceur peu commune, douceur qu'il a fait perdurer durant toute notre étreinte.

Tout, de cette journée, reste ironiquement marqué au fer rouge en moi, mais plus encore, derrière mes paupières… Et c'est ce qui est le plus triste, en un sens… Parce que, de la douceur dans nos étreintes, ou même dans notre vie à proprement parler, il n'y en a pas eu souvent…

— Vous ne pouvez pas faire…

— Arrête, Blaise, soufflé-je en lui adressant un sourire amer. Ça va aller, je te le promets. Je n'aurais qu'à retrouver mes marques dans le dortoir. Tout ira bien.

Sur ce point, je ne suis pas certaine de pouvoir être aussi optimiste que semblent l'être mes paroles, mais je ferais tout pour. Parce que ma santé mentale en dépend et que, ces derniers temps, j'ai dans l'idée que ladite santé mentale s'est barrée à l'autre bout de l'univers…

— Vos affaires ont été transportées dans votre chambre, m'informe-t-elle d'une voix légèrement plus douce, les yeux inquiets. Monsieur Potter ainsi que les jumeaux Weasley se sont fait un devoir de tout vous restituer avant votre retour.

— Merci, soufflé-je en hochant vaguement la tête. Je vais aller reprendre possession de mes quartiers…

J'aurais dû me douter, après le coup de miroir qu'ils ont passé, Blaise et nos amis, qu'ils feraient de leur mieux pour que, une fois ma chambre retrouvée, je me sente presque comme « chez moi »… Pourtant, j'ai peur de ce que je vais y trouver.

Aurais-je, à nouveau, l'impression d'étouffer comme lorsque les jumeaux et Harry nous ont cantonnés à notre chambre, cet été, pour éviter que nous nous rencontrions dans une pièce, baguette en main ?

Vais-je encore ressentir cette sensation d'abandon qui m'a poursuivi depuis la fin de la guerre, mais qu'il a su si parfaitement combler durant quelques mois ? Aurais-je encore, tout simplement, l'impression d'être « chez moi » ?

— Ma chambre est de l'autre côté du couloir, d'accord ? fronce les sourcils Blaise en me retenant par le poignet. Au moindre souci…

— Je sais, ne t'en fais pas. Mais tout ira bien, je te le promets, chuchoté-je en lui adressant un sourire contrit.

Non, finalement, rien n'est aussi triste que le reflet de ma propre douleur que je vois peu à peu se distiller dans ses yeux. Parce que, lui aussi, il sait que notre retour n'était pas forcément une bonne idée.

Lui aussi, il sait que, dès que Pansy arrivera, il devra lui donner une raison pour son brusque départ, pour l'avoir abandonné alors que, je n'en doute pas, il lui a promis de ne jamais le faire. Comme Charlie l'a fait avec moi. Mais, j'en ai la certitude, Blaise, lui, saura tenir sa promesse…

Prise d'une soudaine montée de tendresse à l'égard de ce garçon qui, tout comme nous tous, a dû grandir bien trop vite, mes bras passent autour de sa taille, mon visage se fond dans son torse et le sien rejoint mes cheveux pour tenter de calmer son cœur qui s'est emballé sous la pression qu'exerce l'arrivée imminente de la brune de Serpentard.

Néanmoins, cet instant de calme et de sérénité que je parviens à obtenir dans ses bras ne dure pas longtemps. C'est le son du verre qui se brise qui me fait relever la tête, et lui tout autant. Et si j'en juge la haine féroce marquée sur le visage de Pansy, il ne fait nul doute que si elle le pouvait, elle nous désintégrerait sur place !

— Dis-moi que c'est une putain de blague, Blaise ?! s'écrie Pansy en nous voyant dans cette position. Granger ?! Sérieusement ? De toutes les pouffes stupides et délurées qui se trimbalent en micromini jupes dans ce château, il a fallu que tu choisisses la prêtresse de la chasteté avant le mariage ?

— Pansy, ce n'est pas ce que…, commencé-je avant qu'elle ne m'interrompe.

— Toi, la reine des salopes, je te conseille vivement de la fermer si tu ne veux pas que je t'envoie mon poing dans la gueule, c'est compris ? feule-t-elle avec tant de hargne que j'en tressaille sur place. Mais je dois dire que je suis impressionnée ! Pour une princesse des Gryffondor, tu emploies des tactiques bien plus Serpentard que je ne l'aurais cru !

Parce qu'il faut bien le reconnaître, juchée sur ses talons de six centimètres, arborant un maquillage tout aussi impeccable qu'il peint parfaitement sa haine à mon encontre, pour la première fois, cette fille me fait peur.

Pas parce que je suis amoureuse de Blaise ou parce que ses sorts sont aussi vicieux que peut l'être sa langue, mais bien parce qu'elle est, à l'instant même, l'image parfaite de ce qu'avoir le cœur brisé fait de nous.

Dans ses yeux, tout ce que je peux voir, c'est cet amoncellement de haine, de douleur, de colère, d'amour et de trahison qui me fait suffoquer. Même ses larmes ne parviennent pas à adoucir ses émotions et ce qu'elle affiche en cet instant.

Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, Blaise, lui, semble s'apaiser à cette vue. Son bras se resserre à nouveau autour de ma taille tandis que je tente désespérément de m'éloigner afin de leur laisser la possibilité d'avoir la fameuse discussion tant attendue, et son pouce caresse doucement mes côtes en un geste apaisant.

— Si mes choix te déplaisent tant, Pansy, tu sais ce que tu aurais dû faire, soupire-t-il en secouant la tête. Elle n'est pas toi, c'est vrai, mais je n'attends pas les mêmes choses d'elle que ce que je voulais avec toi.

Si c'est ainsi qu'il comptait mettre en pratique mes conseils d'il y a deux jours, sur la falaise, je crois qu'il va vraiment falloir que je lui fasse une piqûre de rappel bien plus violente qu'en le traitant de sombre abruti !

— Va te faire foutre, Zabini ! crie-t-elle en lui lançant un livre au visage. Va juste bien te faire foutre !

Si j'en juge ses muscles qui se contractent une infime seconde avant de voir sa tête se pencher en avant à son départ violent de la salle commune, il ne fait nul doute qu'il ne s'attendait pas à tant de virulence de la part de sa dulcinée, et encore moins à ce qu'elle le haïsse encore plus qu'avant notre départ…

Puis, lentement, semblant accepter le fait qu'il ait à nouveau perdu cette bataille face à elle, il se détache de moi, récupérant le sac de sport sur le sol pour le mettre à son épaule, entamant sa retraite vers sa chambre, sous le regard et le silence de l'entièreté de notre salle commune.

— Ne joue pas au con, soufflé-je en le retenant à mon tour par le poignet. Elle t'aime et tu es en train de lui briser le cœur avec cette manœuvre stupide ! Nous n'avons pas besoin d'avoir mal tous les deux, tu sais ? Toi, tu peux avoir ta fin heureuse, il te suffit de prendre ton courage à deux mains…

— Le courage, ce n'est pas mon truc, et tu le sais parfaitement, sourit-il amèrement. Je préfère, et de loin, les combats déjà gagnés…

C'est faux, et nous en avons conscience tous les deux. Il est simplement blessé dans son orgueil et certainement fatigué de voir à quel point la seule femme qu'il aime semble s'amuser à le repousser…

— Pourtant, elle est la seule pour qui tu irais en Enfer avec le sourire aux lèvres, murmuré-je en m'approchant à nouveau de lui. Ne la laisse pas filer, je t'en prie…

— Il faut qu'elle comprenne que, même si je l'aime à en crever, elle n'a pas le droit de piétiner mes sentiments et mon amour-propre comme bon lui semble, Tesoro, secoue-t-il la tête négativement. Tu devrais en prendre de la graine, toi aussi !

— On en a déjà parlé, soupiré-je en détachant ma poigne de la sienne. Ce que je ressentais n'était qu'une illusion, et c'est tout… Je vais aller ranger mes affaires.

Je sais que c'est réellement mal de mentir, qu'il a bien conscience que je tente de le berner par cette simple phrase, je sais aussi qu'il ne me dira pas ce qu'il pense vraiment de ma répartie à cet instant.

Parce que nous sommes dans la salle commune et que tous les professeurs sont là. Parce qu'il est un Serpentard et qu'ils ont déjà tous un peu trop subit le regard des autres. Parce que je suis une Gryffondor et une héroïne de guerre et que je me dois de montrer que j'arrive à remonter la pente.

Il sait tout ça, il en a conscience. Et c'est pour ça que je l'apprécie un peu plus encore à l'instant présent. Parce qu'il sait qu'il vient de griller une nouvelle cartouche avec celle qu'il aime, mais il vient de le faire pour moi. Parce qu'il m'apprécie assez pour vouloir mettre son avenir en jeu.

C'est ça, finalement, Blaise Zabini. Un être tout aussi écorché vif que nous le sommes tous depuis un an, un type qui a un cœur gros comme l'univers, mais qui le cache derrière une montagne de blague et de sourires. Mais dans le fond, il est comme nous. Il porte un masque pour que les autres ne puissent pas voir ses failles.

— Tu es vraiment la Gryffondor la plus bornée et chiante que je n'ai jamais rencontrée ! gronde-t-il en levant les yeux au ciel.

Il n'a pas tort, c'est vrai, je suis chiante et bornée, mais je suis celle qui, à l'instant présent, comprend le mieux ce qu'il peut ressentir. Parce que, lui aussi, même s'il le cache autant que faire se peut, à l'idée même de rentrer seul dans son petit chez lui, il en a le cœur brisé…


(la suite, au prochain épisode, les enfants ! 😉 )


Vous avez aimé ce chapitre ? Lâchez une review ou envoyez-moi un MP, j'adore avoir vos ressentis !

Je vous dis donc au samedi 13 ou dimanche 14 novembre pour la première partie du chapitre 37 !

Je vous embrasse et vous souhaite une très bonne semaine à tous, soyez prudents et gardez vos amis et vos familles en sécurité,
Bisou,
Mya.