1ere année : ce n'est qu'un au revoir
L'heure de repartir était à présent venue pour les élèves de Poudlard. Il fallait vider les armoires, remplir les valises, rendre les livres. Hermione, à la vue de son petit coin de dortoir complétement vide, sentit son cœur se serrer. Tellement de choses s'étaient passées dans ces lieux : elle avait ri, pleuré, angoissé, dormi. Elle y avait vécu et grandi. Jamais la jeune fille n'aurait échangé cette première année à l'école des sorciers contre une autre. Malgré les bas, malgré les dangers, la brunette avait rencontré des gens merveilleux devenus chers à son cœur, appris des choses tellement extraordinaires qu'elle en venait à se pincer chaque matin pour vérifier que tout était bien réel. En fait, elle s'était trouvée elle, enfin dans un lieu où elle se sentait à sa place, où tout lui paraissait naturel. Quitter toutes les petites habitudes qui s'était installées au fur et à mesure allait être tout aussi dur que réintégrer le monde des Moldus, pour deux mois et demi sans magie et ses amis. Bien sûr, elle avait hâte de retrouver ses parents qui lui manquaient énormément, mais Poudlard était sa maison et les Gryffondors sa famille d'adoption.
En soupirant avec un sourire déjà nostalgique, elle se demanda si chaque fin d'année serait la même : une tristesse relevée par l'excitation et l'envie de sortir retrouver sa mère, son père et un autre monde. Elle avait d'ailleurs l'impression de vivre une double vie, comme un agent secret. Heureusement que les professeurs leur avaient donné quelques devoirs de vacances, sinon elle se serait ennuyée tout l'été, sans rien à découvrir ni à lire. En parlant de cours, les premières années avaient d'ailleurs reçu peu de jours avant la sortie de Poudlard les résultats des examens de fin d'année. Quelle n'avait pas été sa joie lorsqu'elle avait découvert ses notes, les meilleures de son niveau : que des Optimal dans toutes les matières, excepté sans grande surprise en Potions. La fillette était certaine que même lui avoir mis Effort Exceptionnel avait dû coûté trop au Professeur Rogue, qui ne manquait jamais une occasion pour lui faire des remarques désagréables. Elle imaginait bien sa grimace de dépit en découvrant le devoir parfait d'Hermione, ne pouvant que lui reprocher des choses complétement ridicules, comme son choix d'encre à plume. Bref, grâce au rythme de révision qu'elle avait imposé aux garçons, ils avaient aussi eu de bons résultats et étaient passés sans grand souci.
Voilà une bonne façon d'achever l'année, pensa la Gryffondor en refermant définitivement sa valise. Elle la laissa là, sachant que tous les bagages seraient magiquement transportés au Poudlard express, et quitta son dortoir pour descendre doucement les escaliers en pierre qui menait à la salle commune.
Assis près de l'un des canapés se trouvaient les garçons regroupés en petit cercle. Hermione détailla du regard la scène pour la graver dans sa mémoire : Harry et Ron, assis par terre, riait à gorge déployé, surement à une blague intentionnelle ou non d'un Neville écarlate. A leur droite, se trouvaient sur des fauteuils George et Lee, qui semblaient se chuchoter quelque complot, au vue du sourire de canaille étalé sur les lèvres du roux. Puis assis sur un canapé, juste en face d'elle, refermant le cercle, se trouvait Fred qui, ne participant à aucune discussion, avait posé son regard clair sur sa silhouette.
Il l'observait, amusé, avec son éternel sourire en coin, les bras croisés. D'un mouvement chaleureux, il les entrouvrit, lui faisant signe de le rejoindre sur le canapé. Hermione n'hésita pas et s'élança pour s'y blottir, un sourire radieux s'étirant sur son visage. Elle ne voulait pas sortir de ce moment si reposant. La jeune fille se sentait en paix, au creux de ses bras qui lui frottaient doucement l'épaule. Elle ferma les yeux et se laissa flotter par l'atmosphère, pleine de joie, humour et amitié. C'était ces instants si précieux qu'elle voulait mettre en bouteille pour pouvoir se les rappeler à chaque fois qu'elle se sentirait mal.
Hermione ne savait pas combien de temps s'était écoulé depuis que ses paupières s'étaient closes. Un sommeil sans rêve l'avait atteinte, rattrapant son insomnie de la nuit dernière. Elle se réveilla au son d'une voix douce et basse qui appelait son prénom, près de son oreille. Lorsqu'elle ouvrit enfin les yeux, la lumière l'aveugla un instant jusqu'à ce qu'elle distingue les contours de Fred, le buste penché vers elle. Il l'observait avec un petit sourire, ses cheveux roux toujours entremêlés devant ses yeux bleus.
- Hey ! C'est l'heure de partir.
- Où sont passés les autres ? lui demanda-t-elle, en constatant qu'ils étaient seuls dans la Salle Commune, déserte de vie et bruit.
- Ils sont déjà descendus. Je pense qu'ils nous attendent aux portes. Je ne voulais pas te réveiller, tu semblais avoir vraiment besoin de repos, alors je suis resté avec toi ici.
- Merci.
- T'inquiètes, lui sourit il, allons-y.
- Attends !
Hermione, maintenant debout en plein milieu de la pièce, laissa s'évader son regard, détaillant chaque centimètre de la Salle Commune des Gryffondors. Les cheminées, d'habitude rougeoyantes, étaient toutes éteintes et sans chaleur. Les différentes décorations qu'avaient pu apporter les élèves au cours de l'année avait surement dû être décrochées pendant la nuit, laissant les murs nus et froids. Même les fauteuils, d'ordinaire à l'aspect si confortable, n'étaient plus que des figures décharnées dans un paysage sans couleur. Mais ce qui était le plus étrange restait ce silence absolu, seulement brisé par les respirations des deux adolescents. Jamais elle n'avait connu la Salle Commune aussi silencieuse ! Elle ne voulait pas quitter cette pièce et tous les merveilleux souvenirs qu'elle avait pu y créer sans un dernier au revoir. C'était sa maison, son chez-soi.
A ses côtés, Fred eut lui-même un petit pincement au cœur : il avait beau être maintenant en troisième année, quitter Poudlard était toujours aussi dur. Il enveloppa sa petite main de la sienne et la serra avec force. Il comprenait bien son sentiment pour l'avoir également vécu, mais il savait qu'Hermione en était encore plus bouleversée. Fred avait été présent au tout début de l'année, ce qui lui semblait pourtant à dix ans en arrière. Il l'avait vu en larmes, recroquevillée au sol, se blâmant pour tous les maux du monde et ne sentant pas assez sorcière pour cette école. Dans un sens, un étrange sentiment de fierté flottait en lui à la vue de son parcours : la sorcière avait tellement grandi et pris en confiance, qu'elle n'était plus la même petite fille qu'il avait rencontré un matin de septembre. Se dire qu'il avait pu à sa portée participer à cette évolution ne pouvait que le rendre plus heureux. Ils étaient arrivés ensemble, alors ils repartirent ainsi, liés par les doigts et les souvenirs.
Hermione se trouvait maintenant dans le Poudlard Express en direction de Londres, prête à retrouver ses parents. Bizarrement son retour était bien différent de son allez : la fillette n'était plus une âme solitaire mais entourée de ses amis, la joie ayant remplacé la tristesse. Harry et Ron avait promis de lui écrire durant les vacances, pour ne pas qu'ils sentent tous trop seuls, chacun de leur côté. C'est deux-là étaient d'ailleurs encore en train de s'affronter aux échecs version sorcière, tandis qu'elle-même relisait tranquillement l'Histoire de Poudlard, afin d'en ancrer encore un peu plus les images. Le paysage défilait à une vitesse ahurissante, à la fenêtre de leur compartiment. Les chants bruyants et sons des rires flottaient dans l'air ensoleillé de l'été, signe qu'une ribambelle d'enfants excités avait hâte d'arriver.
Une bonne heure plus tard, le train se mit à décélérer, interrompant les discussions et chahutements des jeunes sorciers. Ils arrivaient enfin à la gare de King's Cross, les quais bondés de figures agitées. L'empressement se fit entendre et l'on vit plusieurs élèves coller leurs visages aux fenêtres, cherchant à distinguer par chance parmi la foule leurs parents. Hermione n'en fit rien, sachant pertinemment que les siens, Moldus, l'attendraient derrière la barrière magique. Il n'empêche que l'excitation commençait elle aussi à la gagner. Se saisissant de sa valise, Harry et Ron à la suite, ils descendirent rapidement le marchepied du train, se faufilant entre les familles en pleine retrouvaille, les embrassades et les pleurs. Tant d'émotions, s'en était presque comique ! Ils atteignirent finalement le mur qui leur permettrait de traverser les mondes et échangèrent un dernier regard de concert.
- Bon, on y est, souffla Ron, se grattant le nez, les oreilles rougissantes.
- Oui, affirma Harry, la voix légèrement tremblotante, ne sachant plus vraiment où regarder.
- Merci les garçons. Pour avoir été là et m'avoir montré qu'est-ce que signifiait l'amitié, lança Hermione, les yeux embués de larmes.
- Merci d'être resté, même quand j'agissais bêtement, laissa échapper Ron, le visage maintenant entièrement rouge.
- Merci de m'avoir sauvé la vie, conclut Harry avec un grand sourire.
Ils se serrèrent alors tous trois dans les bras, scellant ainsi leur amitié inflexible à toute épreuve. Puis Ron garda la main d'Hermione dans la sienne et ils franchirent ensemble la barrière. Comme la fois précédente, la jeune fille sentit avec déplaisir une sensation de remous, comme si elle se retrouvait à bord d'un bateau tanguant. Cela ne dura qu'une poignée de secondes, mais suffisamment pour lui faire monter l'envie de vomir. S'appuyant sur son ami, ils se dégagèrent de la voie, lorsque Ron aperçut au loin sa mère lui faire signe alors que Percy et les jumeaux l'avaient déjà retrouvée. Entrainant ses deux amis à sa suite, le rouquin s'élança vers eux à grandes enjambées, tout excité.
- Venez ! Je vais vous présentez ma mère. Quoique, toi tu l'as déjà vu Harry !
- C'est lui, Maman, regarde c'est lui ! cria une petite fille aussi rousse que ses frères, trépignant sur place et tirant frénétiquement sur la manche de sa mère.
C'était Ginny Weasley, si les descriptions des frères Weasley n'étaient pas fausses. Arrivant à peine au-dessus du nombril de ses grands frères, elle semblait prise d'une grande impatience, ses longs cheveux roux rassemblés en deux nattes, rebondissant à mesure qu'elle sautait. Mais ce n'était pas son grand frère qu'elle pointait du doigt, ni Hermione : c'était Harry, à moitié caché derrière ses amis, pris d'un assaut de timidité. Hermione sourit à cette scène, trouvant le fait que le brun soit gêné adorable. Pour quelqu'un de célèbre parmi les sorciers, il n'était surement pas habitué à ce qu'on le reconnaisse et qu'on le désigne en public, même après une année à Poudlard.
- Ginny, calme toi. Et c'est malpoli de montrer du doigt, la tança sa mère.
Quant à Mme Weasley, c'était une petite femme replète, qui, à première vue, semblait aussi innocente et gentille que son grand sourire chaleureux. Pourtant, il dégageait d'elle une sorte d'aura autoritaire qui menaçait à tout moment de prendre possession de son corps. En les voyant arriver, elle se précipita pour prendre son fils dans ses bras. Hermione pouvait presque voir tout l'amour pour ses enfants qui s'échappait d'elle lorsqu'elle les regardait. Se détachant de Ron, Mme Weasley plaça son regard sur les deux autres jeunes sorciers devant elle.
- Une année bien remplie, n'est-ce pas ?
- Très, répliqua Harry avec un demi sourire, et merci pour le gâteau et le pull, Mme Weasley.
- Oh, ce n'était rien du tout, mon petit.
- Prêt, mon garçon ? interrompit une grosse voix derrière eux.
Se retournant tous en même temps, ils virent un homme bien constitué, au teint violacé et à la grosse moustache reluisante, les fixer avec insistance. La brunette sut instantanément qu'elle n'apprécierait pas ce monsieur à la voix insolente et condescendante, qui regardait Harry comme on regarde une vieille paire de gants offerte, en boule au fond du tiroir : usée et inutile mais qu'on est obligé de garder par bonne conscience.
- Vous êtes la famille d'Harry, demanda Mme Weasley de sa petite voix fluette.
Elle paraissait minuscule face au grand et gros monsieur en face d'elle.
- C'est une manière de la voir, marmonna-t-il pour toute réponse, allez, dépêche-toi garçon, nous n'avons pas toute la journée !
Harry hocha la tête, un air las et résigné plaqué au visage. Il se retourna vers ses deux amis pour leur souhaiter bonnes vacances une dernière fois. On pouvait voir à travers ses mots qu'il n'avait vraiment pas envie de retourner chez son oncle pour ces deux mois et demi. Hermione n'osa pas vraiment dire grand-chose face à cette homme qui les regardait avec une espèce de fureur contenue. Elle n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi grossier et incommodant de toute sa vie, en tout cas dans le monde des Moldus. Elle les regarda repartir, un sentiment inquiet lui serrant la gorge. Quel étrange couple que cet homme costaud et imposant, accompagné de ce petit garçon maigre et détaché de toute expression.
- Et bien ce n'est pas l'homme le plus agréable que j'ai pu rencontrer aujourd'hui ! s'exclama Mme Weasley, un sourire contrit aux lèvres. Et toi, tu dois être Hermione, n'est-ce pas ?
- Oui, enchantée de vous rencontrer ! Vos fils m'ont beaucoup parlé de vous. Et comme Harry, je voulais également vous remercier pour les cadeaux de Noël, répondit la jeune fille, les joues roses.
- Oh mais ce n'est rien, ma chérie ! Tu es jolie comme un cœur ! N'est-ce pas, les garçons ? Ron ?
Ce dernier grogna un petit bruit sourd en guise d'affirmation, le visage à nouveau entièrement écarlate, tandis que les jumeaux acquiesçaient avec deux grands sourires moqueurs et trompeurs derrière leur frère, qui voulait surement s'enterrer six pieds sous terre. Un petit raclement de gorge se fit entendre derrière elle. Quand elle se retourna, Hermione vit son père qui l'attendait, les bras croisés, et sa mère, un air de joie pure éclairant sa figure. Sans attendre un instant de plus, la petite fille se précipita vers eux et sauta dans leur bras, les serrant de toutes ses forces, tant ils lui avaient manqué. Après quelques minutes d'émouvantes retrouvailles, les deux familles se présentèrent et engagèrent une discussion. Hermione, qui contemplait juste ses parents d'un air satisfait et complet, se sentit tirer doucement en arrière. Elle rencontra une paire de yeux bleus ciel, pleins d'affection et de tendresse.
- Passe de bonnes vacances, ma ptite Mionne. Ne m'oublie pas, hein !
- Ça ne risque pas d'arriver, lui souffla-t-elle à voix basse, comme s'ils échangeaient un secret. Passe aussi de bonnes vacances, Fred. Et merci encore pour cette année. Sans toi je n'aurais surement pas tenu.
- Que veux tu, mon âme de chevalier servant rêvait de pouvoir sortir cette année ! Je devrais plutôt te remercier toi, pour m'avoir évité à la subir à longueur de journée. C'est tellement affreux d'être aussi brave et gentil à l'intérieur !
- Tu ne peux vraiment rien prendre sérieusement, hein. Toujours à dissimuler tes émotions sous des blagues.
- Et toi tu es bien trop intelligente pour chercher à disséquer mon cerveau le premier jour des vacances ! Je suis sûr que le cas d'un sadique psychopathe comme Malfoy serait bien plus intéressant !
La jeune fille éclata de rire en secouant la tête, signe qu'elle le laissait gagner pour cette fois. Mais rien ne promettait qu'elle ne reviendrait pas à la charge lors d'une prochaine discussion. Ils se serrèrent brièvement encore pour un dernier moment à deux, puis se séparèrent, presque à regret, pour rejoindre leurs familles respectives. Un curieux sentiment semblait l'avoir envahi, sans que la petite sorcière ne puisse vraiment en saisir l'ampleur et la source. C'était une sorte de tristesse, l'impression d'être abandonnée ou déchirée en deux. Alors qu'elle repartait en direction de la sortie Est avec ses parents, il ne disparut pas, toujours flottant en arrière fond. Mais une question de sa mère la fit sortir de ses pensées.
-Alors, qui était donc ce joli garçon ?
Fin de la première année ! Merci d'avoir lu jusque ici et merci pour les petits commentaires, ça me fait extrêmement plaisir !
Bientôt la deuxième année et de nouvelles aventures pour ces deux-là.
Bisous !
