Ce chapitre se déroule environ 14 ans plus tard. Attention, il y a du contenu sexuel (mais rien de graphique).

Bien au chaud dans leur lit, Shiryu et Shunrei profitaient de l'après-midi. Maintenant que Shiryu avait retrouvé quatre de ses cinq sens, ils pouvaient rattraper le temps perdu et passer du temps ensemble. Ils venaient de faire l'amour et se reposaient maintenant, tendrement enlacés.

- Tu m'as tellement manqué ! murmura Shunrei.

- J'étais tout près de toi ! protesta-t-il.

- Je sais ! Mais pouvoir te parler, entendre ta voix…

- J'aurais aimé, dit-il avec nostalgie. J'aurais aimé qu'on passe toutes ces années comme une vraie famille. J'aurais aimé qu'on soit main dans la main quand Ryuho a fait ses premiers pas et…

Shiryu s'interrompit. Quelque chose n'allait pas. Il se concentra et finit par percevoir un cosmos familier à quelques pas de leur maison.

- Il est là… murmura-t-il d'une voix blanche.

- Qui ?

- Notre fils !

Shunrei resta pétrifiée un instant. Ensuite, elle enfila un peignoir et alla jeter un coup d'œil par la fenêtre. Ryuho se tenait dans le jardin, un sac de voyage à la main, et leur tournait le dos.

- Oh non ! s'écria-t-elle. Il est rentré un jour plus tôt ! Tu crois qu'il nous a entendus ?

Shiryu n'osa pas répondre que c'était fort probable. Même si sa modestie devait en souffrir, il fallait qu'il s'avoue qu'il était doué au lit. TRES doué. Shunrei hurlait de plaisir à chaque fois et en redemandait toujours. D'ailleurs, même si son fils était très important pour lui, il appréciait de se trouver seul avec son épouse car ils pouvaient alors se lâcher sans crainte d'être entendus. Jusqu'à aujourd'hui…

- On aurait dû fermer la fenêtre ! énonça-t-il.

- Trop tard pour ça. Va lui parler !

- Moi ?!

- Oui, il faut que ça vienne de toi.

C'était logique. Il fallait qu'il explique à son fils ce qui venait de se passer et il valait mieux que cela vienne de lui. Cependant, Shiryu se sentait gêné. Son Ryuho était encore si innocent, c'était presque un bébé ! Comment allait-il trouver les bons mots ?

Il fallait pourtant qu'il le fasse. Il passa une chemise, un pantalon et sortit. Presque aussitôt, son fils se jeta à son cou.

- Papa ! s'écria-t-il.

- Ryuho ! Tu as fait bon voyage ?

- Oui ! J'ai vu le soleil se lever sur la montagne ! C'était beau !

- Ah ! Moi aussi, j'aimais beaucoup les levers de soleil !

Ryuho ne répondit rien. Était-ce parce qu'il trouvait déplacé d'avoir parlé de la beauté du lever de soleil à un aveugle ? Ou était-ce pour une autre raison ? Shiryu se décida enfin à crever l'abcès.

- Et… tu nous a entendus ?

- Non ! Je n'ai rien entendu !

Il venait de parler d'une voix suraiguë et sa respiration s'était accélérée. Même son cosmos semblait altéré. Shiryu comprit que le mal était fait : il avait traumatisé son enfant sans le faire exprès.

- Bon, énonça-t-il. Je réalise qu'on n'a jamais eu cette conversation de père à fils jusqu'ici. Tu veux bien t'asseoir ?

Le jeune chevalier s'exécuta docilement. Shiryu en fit autant et chercha ses mots.

- Tout d'abord, il faut que tu saches que j'aime très fort ta maman, dit-il enfin. Jamais je ne lui ferais du mal.

- Je sais.

- Et tu vois, quand deux adultes s'aiment très fort, ils veulent être proches émotionnellement, intellectuellement ou même physiquement. Ils recherchent une forme d'intimité spéciale.

- Tu veux me faire un cours d'éducation sexuelle, c'est ça ?

Shiryu resta muet. Il ne s'attendait pas à une question aussi directe ! Prudemment, il s'enquit :

- Tu as de l'expérience dans ce domaine ?

- Papa, je n'ai que 14 ans ! Évidemment, je ne l'ai jamais fait.

- Eh bien…

- Mais on m'a tout expliqué à l'école. Les gamètes, la fécondation, tout ça.

Shiryu n'était qu'à moitié rassuré. Enseigner la théorie, c'était bien mais cela ne remplaçait pas une vraie discussion. Plus jeune, il aurait aimé avoir un père qui lui aurait parlé de respect et de consentement. C'était à son tour d'être ce père et cela n'allait pas être facile.

- Les explications théoriques, c'est bien, avança-t-il. Est-ce qu'on t'a parlé de contraception ?

- Pilule, capote ? Évidemment !

- De consentement ?

- Dans une école où les filles ont le droit de nous tuer si on regarde leur visage sans demander la permission ? Ils ont commencé par parler de consentement.

Shiryu soupira de soulagement. Très bien. Ça allait lui faire une conversation gênante en moins.

- Donc, tu sais que je n'étais pas en train de faire mal à ta maman ? insista-t-il.

- Elle aurait sûrement pas hurlé « je t'aime » à pleins poumons si tu lui avait fait mal. Et puis, là j'essaie de me retirer certaines images de ma tête alors est-ce qu'on pourrait parler d'autre chose ?

Le pauvre Ryuho était rouge de gêne. Il était assez grand pour savoir que ses parents étaient des adultes et que beaucoup d'adultes ont une vie sexuelle, d'accord. Cependant, il aurait quand même préféré ne pas les entendre. Shiryu comprit enfin et décida de changer le sujet :

- On pensait que tu allais revenir un jour plus tard. Ta chambre n'est pas prête.

- C'est pas grave. Je ferai le lit moi-même.

- Et ta maman voulait préparer un repas spécial pour ton retour.

- Tout ce qu'elle cuisine est toujours délicieux, de toute façon.

- Merci du compliment, dit Shunrei, qui venait d'arriver dans leurs dos.

- Maman !

Il lui sauta au cou et elle le serra contre lui. Elle lui rendit son câlin tout en jetant un coup d'œil à Shiryu. Elle savait qu'il ne la voyait pas mais elle pouvait lire sur son visage que leur conversation s'était bien passée.

- On est désolés, dit-elle à l'oreille de son fils.

- Pourquoi ?

- On aurait dû bien fermer la fenêtre.

- Oui, je crois qu'il va pleuvoir. On ferait mieux de toutes les fermer maintenant. Je peux aller ranger mes affaires ?

Il s'arracha à elle sans attendre une réponse, empoigna son sac et fonça dans la maison. Shunrei se tourna vers son époux, qui eut un sourire gêné.

- On a eu une discussion, annonça-t-il. Il a compris ce qu'on était en train de faire, il est gêné, il s'en remettra et il préférerait qu'on parle d'autre chose.

- Tant mieux.

Elle soupira et regarda en direction de la maison, où Ryuho était en train de fermer soigneusement toutes les fenêtres. Il était vrai que le ciel était en train de se couvrir.

- Ce qu'il a grandi vite ! fit-elle remarquer. J'ai l'impression qu'hier encore, c'était mon tout petit bébé et maintenant…

- Maintenant, il a affronté des chevaliers redoutables ! acheva Shiryu. On aurait dû avoir cette conversation plus tôt. En fait, il était déjà assez mûr pour en parler.

- Justement, dit-elle doucement. À propos de conversation, tu te souviens que quand on s'est mariés, on était d'accord pour avoir au moins deux enfants ?

- Oui.

- Et ensuite, quand tu as perdu tes cinq sens, cela n'a plus été d'actualité ?

- Tu veux un deuxième enfant ? s'enquit-il.

- Je crois que c'est le moment. On est en période de paix et on en a les moyens. Je ne veux pas trop attendre.

Il la prit tendrement dans ses bras et l'embrassa sur la joue.

- Moi non plus, je ne veux pas attendre, répondit-il.

A ce moment précis, Ryuho passa la tête par la fenêtre de sa chambre et ouvrit des yeux ronds. Ce n'était pas possible. Ils n'allaient pas remettre ça maintenant!

- Trouvez-vous au moins une chambre ! hurla-t-il dans leur direction.

Et il claqua la dernière fenêtre, exaspéré. Avoir une petite sœur ? Très bien ! Assister à la conception ? Pas question !