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Chapitre 60

La pluie battante qui commença à s'abattre contre la fenêtre de la chambre de Nagato, aux alentours de six heures du matin, l'arracha à son sommeil pourtant réparateur. Le fracas provoqué par les gouttes qui s'écrasaient contre le carreau laissait entendre que l'averse s'accompagnait de grêle.

Il grogna doucement et frotta ses yeux d'une main, la seconde tâtonnant sur la table de nuit à la recherche de réveil. Quand il tourna la tête vers l'objet qui lui renvoya l'heure, il jura, le reposant avant de se rouler dans sa couette, orientant son regard vers la fenêtre.

La veille, il avait travaillé si tard que lorsqu'il était rentré, il n'avait même pas envisagé de manger : il était directement passé dans sa chambre, s'écroulant sur son lit.

À présent, il sentait ses épaules tirer des courbatures dues à la mauvaise position de sommeil. Le soleil ne se lèverait pas avant encore une heure trente. Un éclair illumina le ciel et sa chambre. Il compta les secondes avant le tonnerre puis soupira, se décidant finalement à écarter ses couvertures pour s'arracher du lit, dressant inconsciemment une liste de tâches à effectuer dans la journée : lessive, changer les draps de Mikan et les siens, faire les courses, passer à la pharmacie. Assis au bord de son couchage, frissonnant un peu, il alluma sa lampe de chevet puis se dirigea vers son dressing pour récupérer ses vêtements du jour. C'était rare qu'il ne prît pas la peine de les préparer la veille – pour gagner du temps, s'assurer que tout était correctement repassé et qu'il ne partait pas avec un faux pli.

Cependant, ce matin, il n'avait pas envie d'enfiler son costume habituel. Il porta donc son choix sur une tenue plus décontractée qui ne donnait pas non plus la sensation qu'il s'était négligé. C'étaient des vêtements qu'Itachi lui avait offerts et ça changeait vraiment beaucoup.

Quand il s'observa dans la glace, après avoir pris le temps de passer sous la douche et de s'habiller, il hésita à revenir à son costume traditionnel, peu habitué à ces couleurs, ces formes. Il n'en fit rien, se contentant d'ouvrir la porte de sa chambre pour s'avancer jusqu'à la cuisine.

Dans l'appartement, outre le silence pesant seulement brisé par battement de la pluie, il régnait une odeur agréable de café fraîchement coulé. Bénissant sa manie de reprogrammer la cafetière le matin, il s'avança jusqu'à elle, ouvrant le placard pour saisir une tasse et la remplir du liquide fumant.

Le réveil d'Itachi ne tarderait pas à sonner, calcula-t-il en consultant sa montre. Comme son colocataire n'avait pas de menu fixe pour le petit-déjeuner, il choisit de ne pas prendre les devants et préféra s'installer à table, allumant la radio pour écouter les informations.

Un tube de l'été repoussa le silence et il s'empressa de baisser le son.

Il mangea son petit-déjeuner avec appétit, et trente minutes après, il fronça les sourcils. Il n'avait pas entendu le son strident du réveil d'Itachi. Cillant, détournant son attention de son bol et du bulletin météo – qui annonçait de la pluie jusqu'à la fin de la semaine –, il porta son regard sur la porte de la chambre d'Itachi qu'il apercevait depuis sa place. Son cœur se serra quand il pensa que ce n'était pas normal que son colocataire ne soit pas en train de se lever.

Il dégaina son téléphone pour vérifier s'il n'avait pas reçu un message quelconque, puis, voyant qu'il n'avait rien, il fit glisser sa chaise sur le parquet, tirant un raclement désagréable des frictions entre les deux. Se levant, il abandonna son déjeuner pour s'avancer jusqu'à la porte, le souffle trouble et une pointe d'inquiétude s'attardant contre ses côtes.

Il toqua de sa main droite, la gauche serrée sur son téléphone, puis il attendit patiemment d'obtenir une réponse. Quand il n'en eut pas, il insista, tanguant sur le seuil et, faisant fi de sa mauvaise conscience, il porta ses doigts à la poignée pour l'abaisser et ouvrir la porte, prêt à s'excuser s'il trouvait son colocataire en galante compagnie ou encore ensommeillé.

La pièce était vide. Les volets n'étaient pas fermés, le lit n'était même pas défait.

Il n'est pas rentré, pensa Nagato en sentant son cœur se serrer avec force. Il resta, les bras ballants, la main gauche crispée sur son téléphone, sa respiration se faisant courte alors que mille et une options lui traversaient la tête.

De « Il a simplement rencontré quelqu'un hier soir » à « Danzô avait des complices », il détailla minutieusement chacune des hypothèses qui se pressaient contre son esprit, déverrouilla son portable, fouillant dans son répertoire à la recherche du nom d'Itachi, sur lequel il appuya avant de coller l'appareil à son oreille.

Il fut envoyé directement sur messagerie plusieurs fois de suite. Laissant la porte de la chambre d'Itachi ouverte, il franchit les quelques mètres qui le séparaient de sa propre chambre pour se diriger vers son coffre au fond de son dressing encore relativement vide afin d'y récupérer son arme qu'il glissa dans son holster.

Ajustant sa veste, il quitta sa chambre au moment où la porte d'entrée claquait. Il s'avança jusqu'aux quelques marches qui descendaient vers le reste de l'appartement, ses doigts se crispant sur la rampe alors qu'il dévisageait Itachi qui s'appuyait contre le battant, visiblement exténué.

Des cernes profonds qui marquaient son visage, ses yeux rougis par la fatigue et par les lentilles qu'il avait trop portées, Itachi charriait d'ici une odeur d'alcool et de débauche qui souleva un peu l'estomac de Nagato alors qu'il s'approchait en continuant son examen minutieux.

Un suçon dans le cou, les vêtements chiffonnés, le teint blanchi par l'éreintement, il n'était finalement pas bien compliqué de choisir laquelle des hypothèses imaginées par Nagato l'avait tenu éloigné de l'appartement.

— Tu as découché, constata Nagato quand il arriva près de son colocataire.

Sa voix était plus sévère qu'il le pensait et il ne prit pas la peine de se corriger, parce qu'il avait d'excellentes raisons d'être contrarié.

Itachi fronça les sourcils, prêt à répliquer vertement et sans doute guidé par la fatigue, mais Nagato lui coupa l'herbe sous le pied.

— Je me suis inquiété en ne te voyant pas, ce matin. J'ai cru qu'il t'était arrivé quelque chose.

— Il te suffisait de m'appeler, rétorqua l'acteur en se décollant de la porte pour se rendre près de la cafetière.

— Ton téléphone est éteint.

Haussant un sourcil plein de doute, Itachi interrompit sa trajectoire jusqu'au café, tâtonnant ses poches pour attraper l'appareil. Il donna raison à Nagato et appuya sur le bouton d'allumage, puis reprit sa manœuvre.

— Il n'y avait aucune raison de s'inquiéter, grommela-t-il en arrivant près de la cafetière.

Il tira le bol verseur, le reposa, attrapa d'abord une tasse, puis reprit son service.

— Aucune raison ? s'offusqua Nagato avec colère.

Il ne chercha pas à la voiler et il la laissa exploser, faisant sursauter Itachi qui renversa un peu de café sur le plan de travail de la cuisine.

— Mais enfin, Itachi, à quoi tu pensais ? Il n'y a même pas trois semaines, tu as failli mourir assassiné et on ne sait toujours pas si l'homme avait des complices ! J'avais toutes les raisons du monde de m'inquiéter.

L'acteur suffoqua un instant. Il avait déjà vu Nagato dans des états de fureur similaires, pendant le divorce, quand Konan allait beaucoup trop loin. L'inspecteur n'avait pas besoin de crier pour être terrifiant, la voix basse et menaçante avec laquelle il s'exprimait suffisait à faire trembler son colocataire.

— Libre à toi de découcher, cracha l'inspecteur, mais au moins, préviens-moi !

Il se calma, forçant sa respiration, les paupières closes, puis il termina sa phrase.

— Au moins, préviens-moi, pour que je sache où venir te chercher en cas de problème. D'accord ?

Leurs regards se croisèrent et, au fond des rétines de Nagato, Itachi ne vit que l'ombre de l'inquiétude qui l'avait submergé quand il avait constaté que son colocataire n'était pas rentré. Il réfléchit quelques secondes à ce que lui aurait ressenti à l'inverse, puis admit, d'un hochement de tête, avoir agi sans discernement.

— D'accord, confirma-t-il. Excuse-moi, je ne pensais pas t'inquiéter.

Nagato grimaça et passa l'éponge d'un air désabusé. Il finit par retourner s'asseoir devant les restes de son déjeuner, son bol de café inachevé et froid.

— C'était bien, au moins ? demanda-t-il dans l'espoir de changer de sujet.

Itachi s'installa face à lui, tendant la main jusqu'à la boîte de sucre pour en mettre dans son café qu'il remua lentement en répondant.

— Pas vraiment, soupira Itachi. C'était un pompier. Coucher avec lui était relativement insipide, c'est à peine s'il m'a fait jouir. C'est presque triste d'avoir un si joli corps et de s'en servir si mal. C'est un désavantage clair à être une pornstar reconnue : mes partenaires s'attendent à ce que je fasse tout et ils se laissent surprendre par la taille de– tu parlais de l'anniversaire de Sakura, constata-t-il quand il releva les yeux sur Nagato qui avait sacrément pâli.

— Bien sûr que je parlais de l'anniversaire de Sakura, ronchonna Nagato en massant ses paupières closes. Un pompier, en plus…

La rivalité entre les policiers et les spécialistes du feu était vive et ardente. Elle consumait les deux corps depuis longtemps avant l'engagement de Nagato et continuerait sans doute bien après sa retraite.

— C'est un problème ? s'enquit Itachi avec curiosité.

— Les policiers et les pompiers s'entendent mal, résuma l'inspecteur avec un demi-sourire. Particulièrement avec les unités des forces spéciales.

— Je l'ignorais.

Nagato laissa un petit rire lui échapper, achevant de faire disparaître sa colère. Itachi termina son déjeuner, puis se leva, attrapant sa tasse pour la ranger dans le lave-vaisselle.

— On part ensemble, ce matin, ou tu es pressé ?

Avisant l'heure, Nagato réfléchit puis dodelina de la tête.

— Je peux t'attendre.

— D'accord, je vais aller me laver, alors.

— Bonne idée, commenta Nagato en se levant pour débarrasser la table. Ce serait dommage de répandre du jus de pompier partout dans l'appartement.

À l'œillade que lui retourna Itachi, l'inspecteur écarquilla les paupières, sentant ses joues chauffer et il s'empressa de dérober à la vue de son colocataire son visage rougi par le double sens de sa phrase.

— Je voulais faire référence à sa sueur, pas à son… Je ne voulais pas sous-entendre que tu ne te protèges pas ou quoi que ce soit, je… C'est le bon moment pour disparaître.

Il joignit le geste à la parole, refermant le lave-vaisselle d'un mouvement vif et déguerpissant dans sa chambre, ne laissant pas l'occasion à Itachi de croiser son regard.

Ce dernier resta planté là un long moment, un demi-sourire plissant la commissure de ses lèvres. Décidément, décréta-t-il en se dirigeant vers sa chambre, ce n'est pas l'uniforme qui me fait rêver, mais bien l'homme qui le porte.

Exhalant par le nez, il finit par abandonner ses pensées là où elles lui étaient venues, se détournant pour se rendre dans sa chambre. Il n'était de toute façon pas en état de tourner, ce jour, il se contenterait donc de traîner sur les plateaux en se faisant réprimander par Jiraiya à cause du suçon dans son cou.


La main de Killer Bee bougea, ramenant vers lui la mousse de son bain et agitant le silence de sa salle de bains du remous de l'eau. Après une journée de travail acharné, il avait ressenti le besoin de se plonger dans sa baignoire, s'immergeant jusqu'au nez, se laissant à peine assez de place pour respirer.

La seule certitude qu'il avait était que son instinct n'était pas rouillé. Bien sûr, la remise de médaille ne lui avait pas appris grand-chose sur le colocataire, pas plus qu'il n'avait découvert quoi que ce fût sur les coups de feu qui avaient été tirés près de l'église du quartier de la gare.

Sa présence en tant que journaliste de Porn-Mag avait rendu l'inspecteur Uzumaki nerveux et cette nervosité avait disparu quand il n'avait pas mentionné le nom de Tsuki. Ça cachait donc bien quelque chose.

Il battit des pieds pour donner de l'emphase au coup de tonnerre qui déchira le ciel, puis il soupira.

Une fusillade dans une église, un prêtre manquant à l'appel, une star du X en arrêt de travail, son colocataire flic drôlement nerveux.

Il se laissa glisser dans la baignoire, plongeant sa tête sous l'eau. Son maître, Gyuki Hachibi, lui avait toujours dit de bien prendre garde à ses arrières, quand il menait une enquête. Bee ne savait pas encore si son dévoilement auprès de l'inspecteur Uzumaki était une si grosse erreur.

Son frère lui avait mis un peu la pression, plus tôt dans la journée, lui signalant que, s'il ne rendait pas un début de quelque chose d'ici le 15 du mois, alors, il se verrait confier un carton de sextoys à tester, pour qu'il fasse sa part.

Par automatisme, il sortit la tête de l'eau pour saisir le vagin artificiel en forme de blob fish qu'il gardait au bord de la baignoire. Cet objet était le rescapé d'un test qu'il avait fait, quelques mois auparavant. Il sourit en le saisissant, ses doigts tripotant la matière flasque avec beaucoup d'amusement.

Le sextoy avait été gratifié un 6/10. Le matériau était top, le principe de le chauffer au micro-ondes pour arriver à la température normale d'un vagin était plutôt bien trouvé et, en soi, l'apparence singulière de ce poisson à la fois moche et rigolo en faisait un bon achat compulsif. Si ce vagin artificiel n'avait pas obtenu plus, c'était – précisément – à cause de cette apparence déroutante qui rendait sa vision inquiétante. La première fois qu'il l'avait testé, il était proche de l'orgasme quand il avait baissé les yeux dessus. L'image perturbante de cette horreur en train de gober sa queue l'avait profondément refroidi et il avait dû y penser au second essai, pour ne pas commettre la même erreur.

Les tests sextoys, ce n'était pas fait pour lui. Même si les locaux du journal débordaient – parfois littéralement – de jouets pour adultes à essayer, il détestait devoir cocher des cases sur un papier après ses séances de branlette. Et les jouets nécessitant un partenaire, il ne pouvait pas vraiment les tester. La dernière fois qu'il avait proposé à une collègue de venir l'aider, elle l'avait giflé si fort qu'il avait cru que sa tête allait faire trois fois le tour. Alors, c'était lassant, comme rubrique. Les cockrings, les vagins artificiels, les stimulateurs prostatiques, on finissait par s'ennuyer de tout, y compris de… Jouir.

Lui, il était avant tout reporter. Formé dans la meilleure école du pays, il avait rapidement attiré l'attention de Gyuki Hachibi, par trois fois lauréat du célèbre Prix Lariat de journalisme. Le grand reporter avait pris Bee sous son aile, lui avait appris tout ce qu'il savait, espérant faire de lui un journaliste reconnu.

Il soupira, tendit les orteils pour réenclencher le robinet d'eau chaude et gagner quelques degrés, prolongeant d'autant son séjour dans sa baignoire. Il en ressortirait fripé comme un vieux pruneau, mais détendu. Passer ses journées devant des papiers et des dossiers, à raviver son ancien réseau, renouveler ses contacts, lui filait la nuque raide et il mettait un temps considérable à s'en défaire.

Cependant, son réseau commençait à sortir de cet état léthargique dans lequel il se trouvait depuis la mort de Gyuki Hachibi – mort de sa belle mort, dans un sommeil paisible.

Plus tôt dans la journée, un de ses contacts au département judiciaire lui avait appris que Danzô Shimura allait bientôt être transféré du Quartier de Haute Sécurité de la Prison de Sang vers un pénitencier local en attendant son jugement.

L'homme avait été mis dans la prison la plus sécurisée du pays à cause de la réputation que s'étaient taillée les hommes d'église catholiques. Il ne faisait pas bon être un prêtre en prison, tous étaient châtiés de la même façon, les autres détenus n'aimant pas vraiment les violeurs d'enfant.

Cependant, s'il était ramené vers une prison plus ouverte où il serait surveillé comme du lait sur le feu, il serait accessible. Bee pourrait donc sans problème aller lui parler. Son contact avait promis de lui retourner plus d'informations dès qu'il les aurait.

C'était aussi pour ça que Bee s'accordait une pause sur ses recherches pour le colocataire. Il préparait son interview en direction du prêtre, afin de pouvoir réagir rapidement quand il aurait son rendez-vous.

Oh, il y reviendrait, à l'inspecteur Uzumaki. Bien sûr qu'il y reviendrait. Impossible de faire l'impasse sur un flic qui connaissait Kamui. Bee avait bien senti qu'il en avait encore sous la pédale, malgré la réponse qui pouvait sembler évasive. Le ton était bien trop assuré, l'inspecteur savait de quoi il parlait, aussi bien pour Kamui que pour les frères Ryûdoîn.

Cependant, Kamui avait été le terrain de chasse préféré de son mentor, il connaissait plutôt bien les recherches de Gyûki. Il n'ignorait donc pas que seuls quelques élus avaient pu explorer de fond en comble le modus operandi de cette bande de truands de bas-étage, finalement absorbée par la mafia. Trop d'assurance dans la voix de cet inspecteur de la brigade financière doté d'un corps trop en forme pour ne pas cacher quelques petits squelettes dans le placard.

Il finit par sortir de son bain, bien décidé à retourner au travail : une mise à niveau rapide en religion, pour être sûr de comprendre ce que raconterait le Père Danzô.


Bonjour Monsieur Uzumaki, c'est Monsieur Uzumaki.

Nagato avait l'impression que jamais Naruto ne se lasserait de cette phrase. Il se le figurait toujours brûlant de satisfaction, après l'avoir énoncée, le sourire invincible sur les lèvres et, alors qu'il s'apprêtait à prendre une pause dans son travail, il se laissa terrasser par la joie de vivre de l'agent immobilier.

Je vous appelais pour… Déjà, pour savoir comment vous vous portez. La dernière fois qu'on s'est vus, vous aviez l'air… Paniqué ?

Nagato en convint sans trop d'efforts, puisque lors de leur précédente rencontre, il était anxieusement à la recherche d'Itachi pour s'assurer qu'il était en vie.

— Désolé pour ça, grimaça-t-il. J'ai fait beaucoup de bruit pour rien.

Maaah, je comprends, ça peut arriver, parfois… Comment ça se passe, au 1301 ?

— Très bien, je vous remercie. Je n'ai rien à redire sur la qualité de l'appartement, si ce n'est que l'évier se remet à goutter sans raison en pleine nuit.

Il y eut un instant de silence, durant lequel il ne perçut que le bruit d'un pianotage avide sur un clavier.

Je me le note, affirma Naruto, je contacterai notre plombier pour qu'il passe jeter un œil. Les travaux ne vous dérangent pas ?

— En ce moment, j'ai tellement de boulot que je rentre bien après le départ des ouvriers, nia-t-il.

Parfait. Et le propriétaire ? Comment se porte Monsieur Uchiha ?

L'entente du patronyme d'Itachi assomma Nagato qui ne parvenait toujours pas à réaliser que son colocataire faisait partie de la famille la plus puissante du pays. L'information demeurait dans son esprit, puis, comme s'il ne réussissait pas à déterminer quoi faire avec, il l'effaçait, se donnant l'impression de la redécouvrir à chaque fois.

— Il se porte bien, répondit Nagato sans tarder. Très enthousiaste à l'idée de partir en vacances cet été. J'ai eu le malheur de céder à sa lubie, il tient absolument à nous emmener à Uzushio. Il faudrait que j'en parle avec mon ex-femme, d'ailleurs, réfléchit-il à haute voix.

— Puisqu'on évoque Madame Onishi, rebondit Naruto, avez-vous pu vous concerter avec elle pour le 26 avril ?

Silencieusement, Nagato répéta la date, cherchant dans sa mémoire ce qui était censé se passer, puis il se rappela de la visite des ouvriers à la maison. Il jura longuement avant de s'excuser auprès de l'agent immobilier :

— Je suis sincèrement désolée, j'ai totalement oublié de lui en parler, ça m'était sorti de la tête.

— Je comprends, sourit Naruto. J'ai lu dans le journal que vous aviez fait une grosse arrestation, l'enquête sur ce réseau a dû vous prendre tout votre temps… Essayez de me rappeler avant la fin de la semaine, pour confirmer ?

Nagato hocha la tête avant de se souvenir que Naruto ne pouvait pas le voir.

— Oui, merci de m'y faire penser, toutes mes excuses, je me sens vraiment bête.

— Ne vous inquiétez pas, rassura Naruto avec indulgence, c'est aussi mon travail de vous rappeler ce genre de choses.

Ils finirent par raccrocher et, sans plus tarder, Nagato contacta Konan qui répondit d'une voix ensommeillée vers la dernière tonalité avant l'envoi sur messagerie :

— Hmmmmallô ?

— Bonjour, Konan. Pardonne-moi, je te réveille.

— Ouais, grommela-t-elle, je suis de nuit cette semaine. Que se passe-t-il ?

— Je viens d'avoir Naruto Uzumaki au téléphone. Il voudrait faire venir des ouvriers à la maison le 26 avril, pour pouvoir prendre des mesures et faire des améliorations sur la cuisine et la chambre d'enfants, pour augmenter le prix de vente et nos chances de nous débarrasser rapidement de ce poids. Le problème, c'est que je serai en formation, ce jour-là, est-ce que tu es disponible ?

Il perçut le froissement des draps et l'imagina très bien se redresser dans un lit défait et encombré par des coussins colorés de toute taille. Il n'aurait eu qu'à fermer les yeux pour se souvenir en détail de l'air chiffonné de son visage au réveil, mais il n'en sentit ni le besoin ni l'envie.

— Attends, deux secondes, je vais vérifier mon planning, affirma-t-elle.

Nouveau flottement, accompagné d'un juron quand elle manqua de terminer l'appel, puis elle revint vers lui :

— Nagato ?

— Oui ?

— Je serai libre. Tu veux que j'approuve sans toi, si on me présente un projet ? Quel genre de formation ? Depuis quand tes formations ne durent qu'une journée ?

Il sourit, l'effet de nostalgie ne prenant pas sur lui. Elle avait eu l'habitude de le presser de questions sans lui laisser le temps de répondre à toutes. Apparemment, ça ne changeait pas.

— Dans l'ordre, rétorqua-t-il, oui, je te fais confiance pour ça. Une formation sur une extension logicielle. Et non, je pars deux jours.

— Ok… Attends, Mikan sera avec toi, cette semaine-là, tu veux qu'on la récupère ?

Il fit rouler sa chaise, saisissant sa tasse de sa main gauche, puis il traversa son bureau en direction de la porte qu'il ouvrit en tâtonnant.

— Non, ce ne sera pas nécessaire, Itachi sera à la maison.

Il entendit le silence réprobateur, mais choisit de ne pas en tenir compte, s'engouffrant dedans pour signaler :

— Au fait, je pense amener Mikan en vacances, cet été. Il faudrait qu'on voie comment on répartit les choses. Ma mère voudrait l'avoir un peu, aussi.

— Partir où ? demanda-t-elle avec curiosité, oubliant momentanément que son ex-mari envisageait de confier leur enfant à un acteur de X.

— Uzushio.

Elle étouffa une exclamation.

— C'est hors de prix, comment tu vas pouvoir l'y amener… ? Hm, non, ça ne me regarde pas. Écoute, on en parle dimanche, quand je viendrai te la ramener ?

Il approuva et raccrocha, après quelques politesses de base.

Il prit quelques minutes pour souffler et apaiser son esprit de toutes les données qui tournaient dans sa tête, puis, finalement, il retourna se mettre devant son écran.


À bientôt !