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Chapitre 63

Ses lèvres au contact du haut-parleur de son téléphone, ses sourcils froissés en une expression contrariée, Deidara observait les mouvements des techniciens sur le plateau, respectant le silence exigé. L'appel qu'il avait reçu ne l'avait pas vraiment secoué. Il était suffisamment éloigné de l'affaire pour ne ressentir aucune compassion pour Danzô Shimura, aucune peine à l'annonce de son suicide.

Évidemment, il ne pouvait pas nier sa contrariété. Que le coupable ait décidé de mettre fin à ses jours lui retirait toute possibilité d'aller plaider en pénal pur et il aurait adoré briller de mille feux devant la Cour suprême. C'était d'ailleurs ça qui constituait le bloc majoritaire des sentiments qu'il ressentait actuellement, une frustration intense à l'idée de l'abandon des poursuites faute de suspect encore en vie.

Le reste, c'était de l'appréhension. Il ne savait pas du tout comment Itachi allait encaisser la nouvelle. Aussi avait-il choisi de patienter avant de la lui annoncer, au moins le temps qu'il ait fini de tourner sa scène.

Le clap de fin ne tarda pas à résonner, accentuant l'agitation sur le plateau, les techniciens entamèrent leur ballet à la seconde même où les acteurs quittèrent le plateau. Sakura se précipita pour tendre à Itachi un peignoir brodé de son pseudo, pour qu'il puisse se recouvrir et qu'il ne se refroidisse pas le temps du changement de décor.

Deidara observa Tsuki, encore quelques instants, contemplant les épaules qui disparurent sous le tissu, examinant ses cheveux qui dansaient dans son dos au rythme de ses mouvements, puis il exhala par le nez, se décidant finalement à approcher. Quand il parvint au niveau de son ex, il était en train de rendre une bouteille d'eau à moitié vide à Sakura qui recevait de nouvelles demandes et les acceptait d'un hochement de tête. Quand elle remarqua sa présence, elle lui adressa un sourire et il tenta d'y répondre au mieux.

À vrai dire, cette fille était intrigante. Il s'était toujours demandé comment elle faisait pour prendre en bouche le sexe d'Itachi sans vomir. Vu la taille de l'engin, lui-même avait eu du mal à dépasser les dix-huit centimètres sans atteindre sa limite. Pourtant, Sakura réussissait sans problème, et jusqu'à la garde. Un tel talent d'avaleuse de sabres, c'était presque scandaleux de ne pas le mettre en scène.

C'était de là qu'elle tirait le pseudonyme qu'elle utilisait sur différents réseaux. Goéland. Elle avale des bites comme un goéland mange ses poissons. C'était vraiment quelque chose qui forçait le respect, il n'était absolument pas convaincu qu'il était possible de s'entraîner pour arriver à un tel niveau, d'ailleurs, il y avait nécessairement des prédispositions particulières, à un moment.

Deidara secoua la tête, écartant l'idée.

— Tu peux nous laisser seuls un instant, s'il te plaît ?

Ce n'était pas vraiment une demande qu'il lui adressait, cela se sentait à sa voix. Elle consulta Itachi du regard, il approuva.

— Tu peux y aller, sourit-il. De toute façon, je ne pense plus avoir besoin de ton soutien, aujourd'hui. La prochaine, c'est la dernière, c'est une simple faciale, ça devrait aller vite.

— Très bien, je vais aller préparer des trucs pour demain. Je serai dans les bureaux, si jamais.

Elle salua de nouveau Deidara et tourna les talons avec hâte. L'avocat la regarda faire avec amusement.

— Elle donne toujours l'impression qu'elle a cinquante mille choses sur le feu en même temps.

— C'est le cas, répondit Itachi. Que se passe-t-il ?

Deidara humecta ses lèvres et s'accroupit près de l'acteur installé dans son siège. Les avant-bras posés sur l'accoudoir du fauteuil, l'avocat prit une seconde pour réfléchir comment il allait annoncer ça. Quelqu'un fit tomber un objet lourd sur le sol et, dans la tension qui avait empli l'air entre Itachi et Deidara, le bruit les fit sursauter et reporter leurs rétines sur le plateau. Ils revinrent finalement l'un vers l'autre, Deidara choisit la formulation la plus directe possible :

— Le commissariat vient de m'appeler. Danzô Shimura s'est suicidé. Il a été retrouvé mort dans sa cellule.

Itachi cilla et ses rétines fouillèrent au fond de celles de Deidara, puis il ferma les paupières. L'ex-acteur observa les longs cils frôler la peau, remonta vers les sourcils, descendit sur le nez et les lèvres, épousa le menton, les joues. Puis Itachi rouvrit les yeux.

— D'accord. Merci de me l'avoir dit. Que va-t-il se passer pour le procès ?

— Les charges contre lui vont être abandonnées. Le juge classera l'affaire comme sans suite. Il n'y aura pas de procès, regretta Deidara.

Le sentiment premier qui envahit Itachi à cette annonce fut un profond soulagement. Il détestait l'idée d'un procès, d'une autre confrontation avec l'homme qui avait essayé de l'assassiner, l'écouter dire à quel point il vomissait sa profession et l'ensemble de sa personne, plus encore que de prendre le risque de signaler sa position à son père.

Cependant, un malaise tenace s'accrocha à lui, même sur le trajet du retour jusqu'à la chez lui, bien avant l'heure de sortie de l'école. Quand il passa la porte, il eut la surprise d'entendre Nagato chantonner dans la buanderie et il le rejoignit après s'être déchaussé dans l'entrée.

— Tu es déjà là ? demanda-t-il.

Nagato tourna les yeux vers lui, en fermant le tambour de la machine à laver, programmant rapidement un cycle à température basse, puis il sourit.

— Oui, j'ai pu avoir un train plus tôt. Les modules de cet après-midi étaient très dispensables, ce sont des éléments que je connais de ma formation des forces spéciales, j'ai pu obtenir de rentrer plus tôt.

Il y avait quelque chose qui vibrait au fond de sa voix, de ses yeux, qui laissa clairement comprendre que ce n'était pas la principale raison de son retour.

— Danzô Shimura est mort, prononça Itachi sans attendre. Il s'est suicidé.

Parce que, bien entendu, c'était pour ça que Nagato avait précipité son retour, il ne pouvait pas en être autrement. La phrase paraissait surréaliste, lancée dans les odeurs de lessive et d'adoucissant qu'ils associaient désormais l'un à l'autre sans s'en rendre compte.

L'air qu'afficha Nagato était tout sauf surpris, aussi Itachi conclut qu'il était parvenu au bout du raisonnement correct. Il ne sut pas vraiment quoi faire de ses mains, les lia entre elles et caressa sa paume de son pouce dans un geste qui se voulait réconfortant.

Nagato hocha la tête, ponctuant d'un rapide « je l'ai appris, oui ». Il termina le lancement de sa machine avant d'examiner longuement Itachi. Il n'avait pas l'air triste, contrairement à ce qu'il pensait, mais il n'était pas non plus heureux.

Nagato donna le signal de départ de la pièce, refermant la porte derrière Itachi qui s'avança dans le couloir, laissant à l'officier de police l'opportunité de le regarder sous toutes ses coutures. Il était comme d'habitude très chic, et, le voyant rarement de dos, Nagato s'étonna de la longueur de ses cheveux qui arrivaient presque sous les omoplates, de leur finesse, aussi. L'élastique qui les retenait n'avait de cesse de glisser toute la journée, forçant Itachi à se recoiffer régulièrement.

Ils se rendirent dans le salon, Itachi s'y installant pour souffler un instant, Nagato s'asseyant près de lui pour vérifier comment il encaissait la nouvelle, malgré lui tranquillisé de ne pas avoir eu à l'annoncer, il n'était pas bien doué pour ça.

— Comment tu te sens ? demanda-t-il d'une voix prudente.

— Soulagé, répondit Itachi immédiatement en baissant les yeux. Mal à l'aise.

L'inspecteur pencha la tête, installé de biais pour pouvoir guetter la moindre trace d'émotions sur les traits de son colocataire. Il retint le réflexe qui le poussait à aller saisir la main d'Itachi pour la presser, tout comme celui qui l'incitait à caresser doucement sa joue pour l'inviter à parler.

— Je ne souhaitais pas sa mort, admit Itachi, mais je ne peux pas dire qu'elle me rend triste.

Il bougea d'inconfort dans le canapé, puis ses immenses yeux anthracite percutèrent ceux de Nagato qui garda le silence.

— Les catholiques ne se suicident pas, Nagato. C'est contraire à leur religion. C'est un péché grave, pour eux. Et le père Danzô n'avait pas perdu la foi. Il a mal agi, mais il l'a fait au nom de son Dieu, il ne se serait pas suicidé.

L'inspecteur ne s'attendait pas à ce qu'Itachi comprenne si vite qu'il y avait un problème avec cette exécution. Il ne se sentait pas de lui expliquer que ça arrivait de temps à autre. Que les prisonniers avaient tendance à s'acharner sur ceux qu'ils soupçonnaient de toucher sexuellement des enfants. Qu'il y avait parfois des amalgames malsains.

Il ouvrit la bouche et renonça, pinça les lèvres. Itachi fronça les sourcils.

— Ce n'était pas un suicide, n'est-ce pas ?

Nagato refusa de répondre, pendant un long moment. Il finit cependant par laisser son réflexe jaillir, sa main droite saisit celle d'Itachi, la gauche se levant pour caresser tendrement sa joue.

— Quoiqu'il soit arrivé, ce n'était pas de ta faute, souffla-t-il.

Sa paume s'attarda sur la joue d'Itachi, son pouce effleurant sa pommette. Le temps d'une respiration, Nagato vit son colocataire fermer les paupières pour savourer la caresse, la prolonger. Quand il rouvrit les yeux, Nagato retira sa main pour qu'elle rejoigne l'autre.

— Est-ce que ça va aller ?

Itachi hocha la tête. De toute façon, ce n'était pas comme s'il pouvait faire grand-chose. Il sourit comme il put.

— Au moins, ça évite le procès. Il m'inquiétait beaucoup… Même si Deidara aurait tout fait pour obtenir le huis clos, j'étais vraiment nerveux à l'idée que cette histoire paraisse dans la presse et revienne jusqu'à mon père.

Deux pensées s'entrechoquèrent dans l'esprit de l'inspecteur. D'abord il se demanda ce qu'avait bien pu faire Fugaku Uchiha à son fils aîné pour qu'il ait à ce point peur de lui, pour qu'Itachi préfère éviter toute institution publique qui aurait besoin de son nom, y compris les hôpitaux. Ensuite, il se figura le journaliste présent à la remise de médailles, Killer Bee.

— Justement, à ce propos… Est-ce que tu connais un certain Killer Bee ?

— Oui, confirma Itachi après quelques secondes de réflexion. C'est un journaliste pour Porn-Mag, il a mené l'interview que j'ai donnée. C'est une personne très franche, j'ai eu un bon contact avec lui. Pourquoi ?

Nagato soupira et pivota pour faire face à la télé, appuyant ses avant-bras sur ses cuisses.

— Il était là à ma remise de médailles, il m'a posé une question. La seule raison pour que ce journaliste particulièrement soit présent, malheureusement, c'est toi. Il enquête sur toi et il a dû faire le lien entre toi et moi.

— Je suis désolé, s'excusa Itachi par réflexe. Je ne souhaitais pas t'embarrasser.

Il ne savait pas quoi dire. Killer Bee ne lui avait jamais paru être un de ces curieux capables de fouiner partout pour décrocher un scoop. Et le reporter savait combien Akatsuki Productions tenait à préserver la vie privée de ses acteurs. Nagato avait dû se sentir si mal de voir quelqu'un de son milieu entrer dans le sien.

Toujours appuyé sur ses cuisses, Nagato tourna les rétines vers lui. Ses cheveux formaient un rideau opaque devant ses yeux, ses doigts étaient entrelacés et fortement serrés, mais il ne paraissait pas nourrir de ressentiment envers lui.

— Rassure-toi, la question qu'il m'a posée concernait mon affaire, il n'a absolument pas parlé de toi. Par contre, ça m'inquiète, parce que c'est culotté de venir s'afficher en tant que journaliste de Porn-Mag. Avec un tel culot, il ne s'arrêtera pas à mon identité.

Itachi cilla, Nagato se redressa.

— Kakashi m'a expliqué que ton fond d'écran avait fait couler beaucoup d'encre sur les forums. C'est flatteur d'être la source de tant d'attention.

Il ne le pensait pas et Itachi se ne leurra pas.

— Enfin, ce qui m'inquiète le plus, c'est ce qui viendra après. D'abord la fusillade, ensuite, il essaiera de se renseigner sur ta famille, donc il remontera jusqu'à ton père.

Itachi trembla comme une feuille et secoua la tête. Ça, il ne voulait vraiment pas que ça arrive.

— Je serai prudent, signala-t-il en se levant du canapé.

Il fit mine de partir vers sa chambre, mais Nagato l'attrapa par la main, attirant son attention.

— Qu'est-ce qu'il t'a fait pour que tu aies si peur de lui ?

Dans le ton, dans l'expression, il y avait tant d'inquiétude qu'une chaude reconnaissance envahit Itachi. Il sourit et se dégagea de la prise sur son poignet.

— Un jour, promit-il, je te raconterai.


La salle d'attente de la prison qui se trouvait en périphérie de la ville était à peu près aussi accueillante que le reste du bâtiment : de hauts murs blancs sans fenêtre, un éclairage cru, un sol couvert d'un linoléum à la couleur incertaine, par endroit tellement usé qu'il laissait apparaître le béton nu. Plusieurs rangées de groupe de trois sièges sur poutre occupaient l'espace, chaque assise grise séparée de l'autre par un accoudoir en métal. Des distributeurs automatiques donnaient l'impression de moins de vide, mais l'un d'eux ne fonctionnait pas, l'autre distribuait une touillette une fois sur trois, mais dispensait systématiquement deux gobelets par commande.

Killer Bee avait eu de la chance, en tentant le coup : il avait eu les deux gobelets, la touillette et du café !

Les surveillants de la salle, sous leurs airs inébranlables, le suivaient du regard alors qu'il faisait les cent pas, attendant sans patience que son tour vienne. Il était parvenu à obtenir un droit de visite pour Roshi, une vieille source de son maître qui s'était tarie quand il avait été condamné. Par chance, il se trouvait détenu dans la même prison que Danzô Shimura et Bee avait toujours eu un excellent contact avec le rouquin acariâtre.

Personne d'autre ne semblait vouloir pénétrer dans l'espace où le journaliste sillonnait le sol, son gobelet à la main.

Une femme avait précédé son tour de passage. Elle avait l'allure de guingois, l'air malheureux, les rétines hantées. D'après ce que Bee avait compris, elle venait voir son mari qui avait pris quinze ans et n'en avait fait que deux. Elle ne tiendrait probablement pas toute la peine et dans peu de temps, le détenu recevra une demande de divorce en bonne et due forme, présagea le journaliste sans porter un quelconque jugement sur la situation.

Sa main droite se contracta sur le gobelet, le bruit de froissement du plastique se répandit dans l'air, lui tirant une mine satisfaite. Il s'approcha de la poubelle pour se débarrasser du contenant désormais fendu, regardant à l'intérieur le chemin formé par le marc de café.

Killer Bee était un homme pragmatique, on ne survivait pas dans le métier sans ça. Cependant, il avait conservé de sa mère quelques pensées superstitieuses, elle qui était persuadée de pouvoir lire l'avenir dans les cartes et dans le marc de café. Par réflexe, avant un rendez-vous crucial, il contemplait toujours le fond de sa tasse, incapable de voir dans les grains de café ce que sa mère y percevait.

Pour lui, chaque enquête méritait d'être considérée avec le plus grand intérêt. C'était grâce à sa conscience professionnelle qu'il avait pu, en premier lieu, accéder à Tsuki et l'interviewer. C'était un homme très secret et qui ne se laissait pas approcher. Quand Bee avait tenté sa chance, demandant à Omoï s'il n'y avait pas moyen de négocier quelque chose, Tsuki avait considéré l'offre avec attention avant de finalement accepter de le rencontrer.

Il avait un peu l'impression de trahir la confiance de l'acteur en enquêtant de la sorte, mais, avant d'être loyal à un quasi-inconnu, Bee restait pragmatique. Un drama d'une telle ampleur pourrait lui permettre d'obtenir la place de dossier spécial dans un numéro. Peut-être même qu'il serait possible, en fonction de ce qu'il allait trouver, de coordonner un opus entier de Porn-Mag consacré à Akatsuki Productions. S'il publiait un papier correct au bon moment, ça pourrait avoir une super influence sur les résultats de la boîte aux prochains Zobs d'Or. En tout cas, c'était probablement comme ça qu'il justifierait son article auprès de Jiraiya Smith au moment de régler les comptes.

À l'appel de son nom, il franchit la porte pour aller s'installer dans la cabine vitrée où le rejoindrait Roshi, inconfortable sur la chaise en plastique. Les cloisons du parloir avaient été marquées par de précédents condamnés qui avaient inscrit des injures, des messages clamant une innocence bafouée, un numéro de téléphone suivi d'un prix.

Et Roshi, qui s'assit face à lui, derrière une vitre de protection évitant les échanges et le passage de drogues – inefficace dès lors qu'était repérée l'interstice suffisamment large pour y glisser des objets de petite taille –, ne semblait pas en grande forme. La barbe foisonnante qui dévorait ses joues paraissait renfoncer davantage encore ses yeux dans ses orbites, lui donnant l'air maladif.

— Salut, Roshi.

— Salut, gamin.

Peu importait son âge, aux yeux du condamné, Bee resterait éternellement l'adolescent qui traînait dans les pattes de Gyuki pour apprendre le métier. Le journaliste laissa un sourire étirer ses lèvres.

— Comment tu te sens ?

Roshi haussa les épaules, indifférent.

— Condamné, répondit-il. Un lion en cage. Et toi, gamin ? Ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas parlé.

Dodelinant de la tête, Bee écarta nonchalamment les mains.

Sorry, I was busy, expliqua-t-il avec un accent à couper au couteau. Now, je suis journaliste.

— Pour quel torchon ?

C'était ça qui était intéressant chez Roshi. Il était à la fois la meilleure des sources possibles pour le meilleur des grands reporters et totalement incapable de considérer les journaux et leurs salariés autrement que comme un ramassis de cloportes profiteurs. À quelques exceptions près, dont Bee faisait partie.

— Porn-Mag, énonça-t-il avec fierté. C'est mon brother qui est rédacteur-en-chef.

— Des bites dans des culs et des seins refaits, résuma Roshi. T'as sacrément diminué ton niveau d'exigence.

Bee haussa les épaules.

— C'est pas si désagréable que ça. J'ai un poste fixe, je peux taffer sur des sujets que j'aime.

Roshi secoua la tête en soupirant. Son souffle recouvrit la vitre d'une buée qui s'estompa rapidement.

— Gyuki serait déçu, affirma-t-il.

Bee ignora cette phrase d'un geste ample destiné à l'esquiver. Bien sûr que non, son mentor ne serait pas déçu. Il serait amusé, peut-être un tantinet agacé, mais pas déçu. Tout ce qu'avait toujours souhaité Hachibi, c'était qu'il s'épanouisse dans son métier.

— Attends que j'aie fini mon article en cours, devisa Bee en tortillant les sourcils. Ça devrait en calmer plus d'un. J'enquête sur Tsuki, en ce moment. Un acteur assez reconnu dans le milieu du porno, l'égérie d'Akatsuki Productions, il fait quasi que du porno gay. Un mec bien.

— « Un mec bien » ? Et tu enquêtes sur lui ?

Bee fit la moue.

— Yeah, y a du louche. D'ailleurs, j'ai besoin que tu me rendes un petit service.

— Allons bon…

Le condamné, désabusé, fit signe au journaliste de continuer son baratin. Bee mit une main dans sa poche et en sortit un papier qu'il glissa dans l'interstice qu'il avait repéré depuis le début de la conversation. Roshi le rattrapa, le déplia, et y jeta un coup d'œil.

— Des questions à poser à un détenu ?

— Yeah, confirma le journaliste, il est inaccessible pour l'instant et j'ai besoin de son témoignage. Tu peux m'aider ?

Roshi réfléchit pendant quelques secondes, puis, concluant qu'il n'avait de toute façon rien de mieux à faire, il approuva.

— Son nom, à ton gus ?

— Danzô Shimura.

Le détenu pâlit d'un coup, se tortilla d'inconfort et jeta un œil derrière lui, pour surveiller ses gardiens, il s'avança vers la vitre, renfilant le papier dans la fente.

— Il est mort, ton Shimura. Moi, je mets pas les mains là-dedans. Et t'approche pas de ça non plus, gamin.

— Mais, tenta Bee, tu–

— Non, siffla Roshi, je m'approche pas de cette histoire, j'risque ma peau. C'est sans moi.

— De quoi il est mort ?

Le condamné secoua la tête, refusa de répondre et écarta la chaise pour se lever et taper à la porte.

— On a fini, gardien ! signala-t-il.

La porte s'ouvrit et Bee récupéra le papier qui était coincé, le rempochant tout aussi discrètement qu'il l'avait sorti. Par-dessus son épaule, Roshi lui lança un dernier avertissement :

— C'est un conseil d'ami, petit, reste loin de cette histoire. T'es pas de taille.

Bee finit par quitter le parloir à son tour, plongé dans ses pensées, le morceau de papier couvert des questions à poser à Danzô Shimura paraissant peser lourd contre sa cuisse.

Il récupéra son manteau, et les affaires qu'il avait laissés à la consigne, puis sortit du bâtiment, fronçant les sourcils quand la luminosité extérieure tapa contre ses yeux, renfila ses lunettes de soleil.

Il ne se remit pas en route de suite, contemplant les arrêtes aux couleurs briques du centre de détention, l'air plus sérieux que jamais. Il y avait eu un mort.

« Mais pourquoi ? » se demanda le journaliste et cette question en recoupait plusieurs. La plus inquiétante restait tout de même celle-ci : pourquoi Roshi avait-il si peur ?


À bientôt !