Bonjour, bonsoir ! Je suis super en retard, disons que je m'accordais une petite pause dans la publication, hahaha ! Merci à vous d'avoir commenté, suivi, lu, et tout ça ! Je me rattraperai pour mon manque de sociabilité des jours précédents !
Chapitre 72
Le rire qui cueillit Killer Bee était totalement incrédule et attrapant son pied pour le coller à ses fesses pour ses étirements, Yugito Nii lui porta un regard halluciné.
Il l'avait accompagnée pour son jogging matinal, soufflant et crachant ses poumons, mais s'accrochant tant bien que mal pour la suivre et elle avait apprécié l'effort bien plus que les questions dont il l'avait pressée entre deux respirations saccadées.
Actuellement appuyé contre un arbre pour tenter de retrouver un peu de contenance, il examinait le ventre plat de la jolie blonde qui se tenait face à lui, fraîche comme jamais après cette course harassante.
Yugito était une collègue, ils s'étaient connus à l'école de journalisme et elle avait consacré toute sa carrière à faire tomber les violeurs et les profiteurs d'espoir, ceux qui possédaient du pouvoir et s'en servaient pour marchander des faveurs sexuelles. Elle était redoutée, célèbre pour ne jamais lâcher sa prise. Féline, gracieuse et acariâtre, elle répondait à tous les clichés de la femme forte par obligation. Elle avait passé sa scolarité à aller toujours plus loin que ses collègues masculins, affirmant que c'était le seul moyen qu'elle avait pour être prise au sérieux.
Bee respectait ça, chez elle. Il ne l'aimait pas trop, humainement, mais professionnellement, il faisait bon entretenir des relations cordiales avec elle, parce qu'elle connaissait tout le monde. C'était pour ça qu'il s'était adressé à elle. Et elle avait ri.
— T'es pas sérieux, mon pote, claqua-t-elle en reposant son pied pour saisir l'autre. Mets pas ta main là-dedans. Moi, j'y toucherai pas.
C'était significatif. Si une tête brûlée pareille se refusait à s'approcher de cette affaire, il y avait de grandes chances qu'il y laisse des plumes. Enquêter sur la fusillade, sur les manquements de la police, sur l'ensemble de cette histoire pour laquelle il ne parvenait pas à faire toutes les connexions nécessaires.
Elle secoua la tête avec fougue, puis porta la main à sa gourde pour avaler une grosse gorgée.
— Sérieusement, Bee, si t'as un peu d'instinct de survie, touche pas à ça.
— Gyuki aurait voulu que je mette mon nez dans cette histoire, rétorqua-t-il et elle lui présenta une moue sceptique.
— Ton maître aurait voulu que tu vives. Un journaliste mort n'a aucune utilité pour personne, siffla-t-elle.
— Allez, tu dois bien avoir une info pour moi, tu sais tout sur tout le monde.
Elle referma sa gourde puis étendit ses bras vers le ciel pour étirer son dos, faisant claquer une vertèbre, puis deux. Finalement, elle soupira.
— Oui, j'ai un nom, mais je ne te le donnerai pas.
D'un signe de tête, elle l'enjoignit à le suivre, ce qu'il fit avec difficulté, toujours cassé par la course. Il était vraiment temps qu'il se remette au sport, il s'était laissé vivre depuis trop longtemps. Le parc dans lequel Yugito faisait son jogging se situait en périphérie de la ville. L'heure matinale garantissait que personne ne se trouvait là quand elle effectuait ses tours, mais ça l'obligeait à venir en voiture.
Ils marchaient donc en direction du parking alors qu'elle pinçait les lèvres et, quand ils arrivèrent à proximité de son véhicule, une petite citadine assez semblable à celle de Bee, elle arrêta sa marche, saisissant son bras.
— Si je te file mon contact, tu me promets de faire attention à toi ? Si ça commence à sortir des armes, abandonne. Les convictions sont à l'épreuve des balles, mais pas nous.
— Je te le promets.
Elle soupira, hésita encore, puis reprit sa marche vers sa voiture, d'un rythme plus rapide. Elle déverrouilla le véhicule, ouvrit le coffre pour en tirer une serviette avec laquelle elle essuya sa peau luisante de sueur, puis elle se dirigea vers la portière passager avant pour se glisser sur le siège et ouvrir la boîte à gants.
L'épais calepin qu'elle en tira contenait de nombreuses feuilles volantes, qu'elle maintint alors qu'elle se rendait directement à la lettre « S » de son carnet d'adresses. Par-dessus la mèche blonde qui glissa sur le bord de son visage, elle lui jeta une œillade mortellement sérieuse.
— Le type est pas aimable, je préfère te prévenir. Un ancien flic paranoïaque et aigri. Il mâche pas ses mots et dit toujours ce qu'il pense. Il était brillant, dans son temps, mais il a totalement pété un plomb. Il s'est fait virer. Ses méthodes étaient… un peu trop créatives, affaiblit-elle.
— Ce qui veut dire ?
— Barbares, sadiques et amorales.
Elle fit une pause le temps de déchirer un morceau de papier qu'elle plaqua sur le tableau de bord pour pouvoir y inscrire les coordonnées de son contact.
— Il n'aime personne, donc je suis pas sûre qu'il te laissera l'approcher. Ne lui dis pas que tu viens de ma part, surtout, ajouta-t-elle. Il ne te laisserait même pas terminer ta phrase avant de te plomber le buffet.
Killer Bee hocha la tête en saisissant le papier qu'elle lui tendait et elle se déplaça à travers la voiture pour s'installer au niveau du volant pendant qu'il faisait le tour pour revenir vers sa fenêtre.
— Toutes les personnes qui touchent à cette histoire sont des dégénérés, avertit-elle. Si Gyuki t'en a protégé, y a une raison. Même les mecs censés être du côté des gentils ont fini par péter les plombs. Oublie pas que tu as promis. Si ça va trop loin, tu abandonnes.
Elle remonta la vitre et démarra. Il attendit qu'elle soit au stop du bout du parking pour examiner le papier, notant que ses « i » et ses « j » se ressemblaient tant qu'il eut de mal à relire le nom de l'ex-flic. Quand le bruit du moteur s'éloigna, il releva la tête avec un sourire, puis rangea le morceau de feuille dans sa poche.
— Too bad, j'ai menti !
Mikan ne paraissait pas se soucier de l'environnement dans lequel se situait le dojo où la conduisait son père. La main serrée sur les doigts de Nagato, elle sautillait avec joie, expliquant dans le détail à Papa ce que Maître Dai allait lui apprendre ce jour-là.
Nagato écoutait d'une oreille distraite le babillement de sa fille, puisqu'elle tournait en boucle sur son emploi du temps de l'après-midi. En arrière-fond de ses pensées, les mots de Kakashi, qu'il était passé voir plus tôt dans la journée.
Son ancien collègue avait purement et simplement refusé de lui faire lire les dossiers. Il avait expliqué à Nagato que personne, dans les forces spéciales, ne le laisserait avoir accès à ces informations et que Yahiko avait fait en sorte de demander le renforcement des habilitations nécessaires pour les consulter.
Même si son ancien meilleur ami faisait tout pour le protéger – Nagato n'en doutait pas une seule seconde –, il lui avait malgré lui donné la réponse principale à la question qu'il se posait : la fusillade et Obito étaient-ils reliés ? Que Yahiko fasse tout pour l'empêcher d'accéder aux dossiers montrait qu'il y avait bel et bien une connexion entre les deux. Et Nagato ne manquait pas de ressources pour obtenir ce qu'il désirait, même s'il fallait en passer par des canaux beaucoup plus officieux.
Il sourit en direction de Mikan quand elle lui demanda :
— Et toi, Papa, tu vas lui faire quoi comme cadeau, à Itachi pour son anniversaire ?
— Tu vas me voler mon idée si je te dis, accusa-t-il avec du rire plein la voix.
Outrée, elle se figea d'indignation.
— Mais non, c'est pas vrai ! Moi j'ai déjà son cadeau, Parrain, il m'a aidée et Maman aussi elle m'a aidée. Alors tu peux me dire !
Il fit semblant d'hésiter puis hocha la tête, alors qu'elle s'accrochait de nouveau à sa main et recommençait à avancer.
— Je vais lui offrir un livre, avoua-t-il.
— Un livre ? Mais c'est nul, il a déjà pleeeeiin de livres !
— Pas celui-là, bouda Nagato à moitié touché par la réflexion de sa fille.
Il s'en était assuré : l'ouvrage serait parfaitement unique. Soudainement anxieux d'avoir vraiment eu une mauvaise idée, il déglutit et écarta cette pensée. Bien sûr que non. Ce serait très bien. Son cadeau ferait plaisir à Itachi et c'était certain qu'il allait aimer.
Sa plus grande inquiétude ne concernait pas réellement ce qu'il allait offrir, essaya-t-il de se convaincre, mais plutôt la famille qu'il allait rencontrer. C'étaient des Uchiha, et il avait un sacré passif avec les Uchiha, du fait de son travail. La famille la plus puissante du pays.
Vaguement, il se demanda de quelle branche de la famille était issu le fameux oncle dont il entendait parler depuis si longtemps et particulièrement depuis que son colocataire s'était mis en tête de les présenter. Selon le portrait dressé par Itachi, l'homme était souriant, drôle et intelligent, créatif, un peu rebelle et infiniment attaché aux siens.
Ce portrait ne collait à aucun des Uchiha auquel il s'était jusqu'à présent confronté, tous étant incroyablement retors, calculateurs, cruels et hautains. Nagato en avait donc conclu que toute la famille n'était peut-être pas forcément bonne à jeter et une certaine impatience s'était insinuée en lui à l'idée de rencontrer cette personne qui inspirait tant d'admiration à Itachi.
— Moi, avec ma maman et Parrain, on lui a fait un film et il est trop bien !
Étonné, il s'apprêta à lui poser davantage de questions, mais elle ne lui en laissa pas l'occasion, lâchant sa main pour se précipiter auprès de Maître Dai qui sortait par la porte. Elle commença à papoter, se tournant vaguement vers son père pour le saluer, alors que le spécialiste des arts martiaux lui tendait une grimace contrite à laquelle Nagato répondit d'un haussement d'épaules.
Il avait l'habitude de sa fille et de ses pensées si faciles à distraire. Il tourna les talons et, à l'angle de la rue, son sourire de papa heureux fondit comme neige au soleil, alors qu'il humectait ses lèvres. Mikan serait au dojo pendant deux heures, temps plus que suffisant pour aller rendre une visite de courtoisie à Ino.
Il prit quelques secondes pour observer la rue et essayer d'évaluer à quelle distance se trouvait l'Hagi, puis il s'engagea sur sa droite, pressant l'allure.
Si Kakashi et Yahiko refusaient de lui répondre, d'autres personnes se feraient un plaisir de le renseigner.
L'endroit n'avait pas vraiment changé depuis la dernière fois qu'il était venu. Lumineuse et propre, la salle d'attente était composée de plusieurs box où chaque client pouvait se glisser pour patienter, toute l'organisation était pensée pour que les hommes qui défilaient dans les cabines aux parois en papier de riz n'aient pas à se croiser.
Celle où Nagato attendait était réservée aux visiteurs spéciaux, ceux qui payaient cher des prestations uniques et taillées sur mesure. La cabine était richement meublée, le fauteuil était luxueux et confortable, un mini-frigo laissait à disposition des boissons fraîches et un catalogue traînait sur une table, contenant des fiches de présentations de tous les travailleurs du sexe salariés par la maison de passe.
Il ne prit pas la peine de le consulter. De toute façon, il n'eut pas à attendre bien longtemps, puisqu'il fut rapidement escorté jusqu'à la suite où exerçait Ino. Quand il entra, la chambre était déserte. La guide qui l'avait conduit l'invita à patienter le temps que sa prestataire finisse de se préparer selon ses préférences.
— Je vous remercie, je connais la maison, précisa-t-il avec un sourire.
Elle hocha la tête, puis quitta la pièce et il tourna le verrou.
— Ino, tu es là ? appela-t-il.
La porte de la salle de bains dans laquelle elle se préparait finit par s'ouvrit et elle sortit, passant une serviette dans ses cheveux encore humides. Elle avait glissé un jeans un peu large sur ses hanches et un tee-shirt sans forme. Ses talons hauts abandonnés dans la salle de bains, elle avança pieds nus sur le plancher en bois, puis elle se laissa tomber sur le lit sans la moindre grâce, continuant à se sécher les cheveux.
— Uzumaki, sourit-elle, ça faisait longtemps. Je pensais que tu étais mort, depuis toutes ces années.
— Pas encore, détrompa-t-il en allant s'installer dans un des fauteuils de la suite.
Il croisa les jambes, s'appuya sur les accoudoirs et cette scène le renvoya dix ans en arrière, quand il était venu la trouver la première fois. Il l'avait choisie elle en particulier, parce qu'elle avait l'air de détester son job. Quand il était en planque avec Yahiko, ils avaient tellement observé le ballet des clients de l'Hagi qu'il avait facilement repéré quelles étaient les filles qui auraient donné n'importe quoi pour se trouver ailleurs.
La plupart d'entre elles étaient parties rapidement, sauf Ino. Elle détestait son job, mais elle s'y accrochait avec l'énergie du désespoir et il s'était dit que ça pourrait lui servir. Alors, il s'était approché d'elle et lui avait proposé un deal.
— Je te prends dans une chambre deux heures par semaine.
Elle avait ricané et craché la fumée de sa cigarette au visage du gars qu'elle avait repéré comme étant un flic dès qu'il s'était avancé vers elle.
— Prétentieux, avait-elle dit. Je traite pas avec les cowboys dans ton genre. Passe ton chemin, t'as rien de spécial.
Il n'avait pas bougé, un détestable sourire condescendant et paternaliste sur les lèvres.
— Calme-toi, ma jolie, j'ai pas l'intention de te toucher, je suis marié et je m'intéresse pas aux gamines, avait-il répondu avec morgue.
Il chassa ses souvenirs, laissant un grand sourire naître sur ses lèvres. Elle s'étira et s'allongea finalement sur le lit.
— Je n'en peux plus, j'ai dû faire un remplacement, aujourd'hui, ça faisait un bail que je n'avais pas enchaîné les passes à une telle allure. Tu tombes plutôt bien finalement…
Elle lui jeta un regard en coin.
— Ou alors, tu n'es pas là pour le travail ? J'ai appris pour ton divorce. Merci pour le don.
— Je suis là pour le travail.
Nagato finit par se lever pour approcher d'un placard qu'il ouvrit, tirant de derrière une pile de fringues une bouteille de whisky et deux verres.
— Fais comme chez toi, soupira Ino après coup.
Elle se redressa finalement, saisissant la serviette qu'elle avait abandonnée pour aller la reposer dans la salle de bains et s'avancer vers la table où Nagato avait fini par servir les deux verres.
— J'ai rien pour toi, dit-elle. Tu sais qu'il vaut mieux que tu m'appelles avant.
— Vraiment rien ?
Il attrapa son verre, elle fit de même et ils trinquèrent à leurs retrouvailles. Quand elle eut avalé une gorgée, elle reposa son verre.
— T'es là pour la fusillade, pas vrai ? Je vais pas te mentir, je suis pas malheureuse que Tanzaku soit canné, il était horrible avec mes filles. C'est comme le vieux prêtre dégénéré, son suicide assisté en prison a été un soulagement pour tous les travailleurs du sexe du secteur.
Il l'encouragea à continuer, jouant avec le whisky au fond de son verre. Elle humecta ses lèvres.
— Y a des bruits qui courent, des gens qui disent que Tanzaku l'a bien mérité, qu'il se prenait pour un requin et que le karma s'est vengé brutalement. Personne ne prononce de nom, mais on sait tous les deux qui est « le karma ».
— Quelqu'un qu'il ne fait pas bon contrarier, confirma Nagato.
Il porta le verre à ses lèvres pour les tremper dans le liquide ambré puis il fronça les sourcils.
— Qu'est-ce qu'il avait fait, pour contrarier le karma ?
Ino soupira, détourna le regard vers la porte en entendant une démarche dans le couloir. Elle attendit que les pas s'éloignent avant de répondre :
— Comme je te l'ai dit, j'ai rien de concret. Apparemment, Tanzaku a été assez bête pour essayer de le doubler, mais j'en sais pas plus. Seulement qu'il n'y a pas grand-monde pour le plaindre ou le pleurer. Jamais le karma n'a traité mes filles comme Tanzaku le faisait.
— Il vient toujours ?
— Plus en personne, rectifia Ino, mais il me commande des escortes de temps en temps, pour ses soirées mondaines.
Elle fit la moue.
— Je n'ai plus vraiment envie de jouer avec toi. J'ai un fils, annonça-t-elle. Inojin. Il a cinq ans.
— N'en dis pas plus, comprit Nagato. Je sais ce que c'est. Je suis papa, moi aussi. Je ne suis plus sur l'affaire, j'ai changé de service. C'était surtout par curiosité que je suis venu te voir.
Avec soulagement, Ino se détendit et Nagato termina son verre en lui parlant de Mikan, de son caractère si particulier, de ses hobbies et ses passions, Ino raconta la timidité de son petit, à quel point elle le trouvait mignon dans sa salopette.
De père à mère, ils discutèrent à cœur ouvert un long moment. L'inspecteur n'avait pas le cœur à impliquer Ino plus en avant dans cette histoire, parce qu'il comprenait pourquoi elle avait peur et pourquoi elle ne voulait pas lui en dire davantage.
Malgré tout, avant la fin de l'heure qu'il avait réservée auprès d'elle, elle lui jura de le recontacter si elle apprenait quelque chose.
À bientôt !
