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La Nuit des Sortilèges – 10 juin
Le lendemain, le réveil de Naruto fut très désagréable. L'alarme résonna dans le petit appartement, l'arrachant à son sommeil aux alentours de cinq heures du matin, et un grognement à la limite de l'humanité lui échappa. Sa main s'écrasa sur le bouton off de l'appareil et il se redressa dans son lit, saisissant son portable pour composer son code et permettre à l'engin de s'allumer tranquillement.
Quand ce fut fait, Naruto passa des doigts fébriles sur son visage puis secoua la tête pour se sortir de ses rêves, abandonnant son téléphone sur sa table de chevet le temps d'aller prendre une douche. Il émergea de la salle de bains quinze minutes plus tard, parfaitement éveillé et en tenue de travail. Il revint vers son téléphone et vérifia ses messages, un peu déçu de ne pas avoir reçu plus d'informations de la part d'Itachi et le doute le mordit le cœur.
Si ça se trouvait, c'était seulement une invitation en l'air et il s'en faisait tout un foin parce qu'il attendait une telle chose depuis environ toujours. Si ça se trouvait, Itachi n'était absolument pas sérieux en lui faisant cette proposition. Il baissa les yeux puis secoua de nouveau la tête pour repousser ces pensées.
Au pire, c'était pas sérieux. La belle affaire ! Il avait toujours un travail à faire et d'autres chantiers prévus après celui des Uchiha et personne ne les ferait à sa place. Il se remit donc en marche, se dépêchant d'aller attraper son bus qui le conduirait à la menuiserie où il pourrait vérifier comment s'était comporté le bois qu'il avait utilisé pour les huisseries.
Lorsqu'il atteignit finalement l'établissement où il était salarié, il se demanda vaguement si Itachi avait gardé le cadeau qu'il lui avait fait quelques années auparavant, quand il avait débuté son apprentissage du métier. L'un des premiers objets qu'il avait fabriqués était une lampe en forme de corbeau. À vrai dire, cet oiseau était tellement lié au frère de son meilleur ami que, rétrospectivement, il se disait qu'il aurait dû se douter qu'il commençait à un peu trop penser à lui.
Il passa la matinée à travailler avec acharnement, d'abord dans son atelier, puis sur le chantier, réussissant finalement à éloigner les pensées sombres qui l'envahissaient et à chasser cette invitation pour le lendemain.
Vers midi, il vit Mikoto s'approcher, inexplicablement élégante, même quand elle portait un tablier sali par les repas qu'elle préparait et elle lui sourit. Elle avança vers le chemin qui conduisait à la cabane, gardant ses chaussons de terrasse loin de la terre et des copeaux de bois qui la parsemaient. Naruto se redressa, reposant le tournevis avec lequel il combattait une chute de bois que s'était glissée au mauvais endroit, dans une fente prévue pour une vis.
— Souhaites-tu déjeuner avec nous ? demanda la mère de famille d'une voix pleine de douceur.
— Oh, non, sourit-il, ne t'embête pas pour moi ! La femme du patron m'a fait mon repas, je rejoins Sasuke à la bibliothèque, on va manger ensemble dans notre cabane, il voudrait vérifier si la patte de Kurama se répare correctement.
Depuis qu'ils étaient mômes, Sasuke et Naruto avaient une base secrète, qu'ils avaient construite et améliorée au fil des ans. Elle se situait au cœur des bois et ils avaient continué de s'y rendre, même bien après la fin des balades en forêt de la famille Uchiha.
Quelques semaines auparavant, un renard blessé avait investi les lieux. Quand Naruto – venu là pour tester une idée qu'il avait eue et appliquée à la cabane de jardin des Uchiha – avait trouvé la pauvre bête, son premier réflexe avait été de contacter Sasuke, présentement dans une école pour devenir vétérinaire. Son meilleur ami avait immédiatement accouru, feignant l'ennui, mais visiblement soucieux de ce qui pourrait arriver à la créature. À présent habituée à leur présence, elle restait sagement endormie sur le canapé défoncé qu'ils avaient installé là-bas.
Naruto laissa ses outils tels quels pendant que Mikoto hochait la tête, l'invitant à venir dans la cuisine.
— Pourrais-tu ramener son déjeuner à mon fils ? Il est parti en retard, ce matin, et il l'a oublié.
Consentant à la suivre à l'intérieur, Naruto approuva et Mikoto passa la porte qui reliait le jardin à la cuisine en appelant :
— Itachi, tu… Itachi ?
Elle observa la pièce vide de toute présence de son fils avec désarroi.
— Mais, s'étonna-t-elle, il était là… Quel courant d'air, ce garçon ! maugréa-t-elle en s'approchant du frigo pour en tirer le déjeuner du cadet qu'elle fourra d'autorité dans les mains de Naruto. Je voulais lui demander s'il acceptait de t'accompagner…
Embarrassé, Naruto baissa les yeux sur ses chaussures, n'osant pas franchir le seuil et salir les carreaux blancs avec ses semelles boueuses.
— C'est pas grave, affirma-t-il en essayant d'avoir l'air normal.
Qu'elle prononce le nom d'Itachi avait ramené l'invitation dans l'esprit de Naruto.
— J'y vais, salua-t-il, merci pour le déjeuner de Sasuke. Je me dépêche, si je suis en retard, il va m'en vouloir.
Il sortit et s'empressa de quitter le jardin pour monter dans son estafette et Mikoto le regarda déplacer le véhicule en secouant la tête, partant finalement à la recherche de son aîné qu'elle retrouva tapi dans l'ombre du couloir, un peu mal à l'aise. Elle lui lança une expression perplexe qui s'accentua encore quand il rosit légèrement et détourna les yeux.
— Mon chéri, es-tu en train d'éviter Naruto ?
— Pourquoi ferais-je une telle chose ? s'indigna Itachi.
Il était parfaitement conscient qu'il n'avait aucune crédibilité et, visiblement, sa mère n'en crut pas un mot non plus, puisqu'elle haussa les sourcils et croisa les bras.
— C'était justement ma prochaine question, affirma-t-elle. Que se passe-t-il ? Vous vous êtes chamaillés, hier ?
— Je n'ai aucune raison de me chamailler avec le meilleur ami de mon frère, lâcha Itachi.
À vrai dire, il s'en voulait d'être si content que Naruto ait accepté son invitation. Il avait conscience qu'il ne considérait pas ça comme un rencard, bien entendu, mais il n'était pas sûr que Naruto y pensait encore et se retrouver face à lui le rendait nerveux. Alors il avait préféré s'esquiver quand il avait entendu sa mère revenir vers la cuisine avec le sujet de ses désirs. Il déglutit, résistant à l'œillade parentale encourageante et Mikoto céda.
— Très bien, garde tes secrets. On passe à table ? Nous mangeons tous les deux, ton père a un déjeuner d'affaires, ce midi.
— À ce propos, sourit Itachi en la suivant, je serai absent demain, il y a la soirée de gala pour les anciens de l'école.
De justesse, il retint le roulement exaspéré de ses yeux et tira la chaise qu'il occupait habituellement pour s'y installer. Sa mère fit de même après avoir posé le plat sur la table et lui adressa un sourire poli et intéressé.
— Oh ? Y vas-tu accompagné ?
Elle désespérait de voir un jour son aîné conduire une partenaire à un gala. Cette fois-ci ne serait semble-t-il pas différente, puisqu'il secoua la tête dans un mouvement étrange qui n'était ni oui ni non.
— Je rejoins Deidara sur place, répondit-il. Je ne rentrerai pas avant dimanche, je pense.
Elle voulut le tanner, lui demander à quel moment de sa vie il commencerait à s'intéresser aux choses de l'amour, mais quelque chose dans l'attitude de son fils l'en empêcha. Il semblait hésiter à prononcer quelques mots, déplaçant du bout de son couvert les aliments qui restaient dans son assiette. Finalement, il le posa et soupira :
— J'ai proposé à Naruto de venir avec moi, annonça-t-il en faisant disparaître ses mains sous la table. Deidara voulait que j'y aille avec quelqu'un, alors j'ai demandé à Naruto.
— C'est pour ça que tu l'évites, comprit Mikoto. Tu es mal à l'aise vis-à-vis de Sasuke ?
Aussi. Elle n'était pas si loin que ça, la période où Sasuke lui sautait à la gorge – parfois littéralement – uniquement parce qu'il osait être dans la même pièce que lui. Si son année à l'étranger avait permis au cadet de se calmer et de passer outre la plupart de ses griefs envers son frère, il demeurait des tensions et, encore régulièrement, Sasuke avait des réactions de rejet inexplicables.
Il était évident qu'il n'accepterait pas facilement l'idée que son meilleur ami côtoie son frère pour une soirée de gala et c'était sans imaginer se fréquenter amoureusement. Itachi secoua la tête pour chasser le sentiment qui lui tordit le cœur quand il considéra une telle possibilité.
Mikoto dévisagea son fils, déglutissant doucement quand il hocha la tête pour répondre à sa question.
— Alors, pourquoi l'avoir fait ?
— Cela faisait déjà quelques jours que Deidara insistait pour que je ne me rende pas seul à cette soirée. Quand Naruto s'est approché de moi, Deidara était encore en train de me pousser à y aller accompagné, alors j'ai cédé et je lui ai demandé de venir avec moi.
L'explication était plausible et il s'en fallut de peu pour que Mikoto rate l'étincelle étrange qui passa sur le visage de son aîné. Elle cilla, saisit la carafe pour les servir en eau, Itachi attrapa son verre en faisant mine d'être concentré sur son assiette.
La mère de famille avala une gorgée puis posa un coude sur la table, observa son fils et installa son menton dans sa main, un rictus amusé sur les lèvres.
— Ça fait beaucoup de mots pour éviter de dire que Naruto te plaît.
Itachi s'étrangla sans grâce dans la gorgée qu'il s'apprêtait à avaler, protesta, toussa, gargouilla tant qu'il le pouvait.
Cependant, nota Mikoto, il ne nia pas.
Dans la cabane au fond des bois, accroupi près du renard, avec un masque et des gants pour se protéger d'éventuelles maladies que pourrait avoir l'animal, Sasuke, palpait la patte avec minutie, son regard revenant fréquemment vers Naruto qui restait étrangement silencieux, depuis qu'il était passé le récupérer à la bibliothèque.
Perdu dans ses pensées, jouant avec son téléphone, Naruto avait fini d'avaler son bento depuis longtemps et il gardait les yeux dans le vide, contemplant le plancher de la cabane. Bien sûr, le bâtiment qu'ils avaient construit étant petit ne ressemblait en rien à celui qu'ils occupaient à présent, les cinq planches de guingois avaient laissé leur place à une magnifique surface aménagée.
Naruto hésitait à demander à Kiba un coup de main pour mettre la cabane en électricité. Comme l'endroit était un secret qu'il partageait avec Sasuke, Naruto craignait de le divulguer. C'était leur base secrète, ils venaient régulièrement pour être ensemble, ne rien dire, simplement savourer la nature, le fourmillement des insectes, les cris des animaux sauvages.
C'était un lieu d'apaisement sans pareil, mais qui était inefficace pour Naruto ce jour. Retirant ses gants et son masque, Sasuke se déplaça pour s'installer près de son meilleur ami et commencer son déjeuner.
Quand il ouvrit la boîte, souriant devant la pléthore de tomates qui ornaient le fond de son repas, Naruto reçut un texto qu'il consulta en retenant sa joie.
Finalement, le blond redressa la tête, interrogeant son meilleur ami :
— T'as toujours la classe, toi, tu m'accompagnerais pour acheter un costard, après manger ?
Surpris, Sasuke papillonna des cils puis il croqua dans une tomate cerise.
— Pourquoi t'en as besoin ?
— J'ai été invité à une soirée mondaine, demain, lâcha Naruto en évitant le regard de son meilleur ami.
Quand il trouva le courage de relever la tête, ce fut pour constater que Sasuke l'observait avec un air moqueur et taquin, alors il s'empressa de le détromper :
— C'est pas un rencard ! Je veux seulement être sortable pour pas lui faire honte, c'est pas un rencard !
Sasuke haussa un sourcil, le renard émit un son mécontentement en grattant à la porte close. Le futur vétérinaire se leva pour aller lui ouvrir, lança par-dessus son épaule :
— Et il ressemble à quoi ce pas-rencard ?
Naruto soupira.
— Y a aucune chance que je lui plaise, repoussa-t-il. C'est le genre inaccessible. De type beau brun de bonne famille super intelligent…
Se réinstallant près de Naruto, Sasuke lui offrit une œillade en coin.
— En tout cas, il a l'air de sacrément te plaire. Je le connais ?
— Non !
Le cri de Naruto résonna dans la cabane alors qu'il s'empourprait, tentant d'échapper au regard inquisiteur de Sasuke.
— Ça veut dire oui, ça. C'est Neji ?
— Yerk, non, repoussa Naruto. Mais tu vas m'accompagner ou pas ?
— Oui, oui, bien sûr, ce serait dommage que tu passes à côté d'une occasion de niquer parce que t'es aussi mal fringué que d'habitude. Shikamaru ?
Naruto roula des yeux avec exaspération, tant pour le commentaire sur ses goûts vestimentaires que pour la suggestion faite par Sasuke.
— Non.
— Shino ?
— Bon sang, non.
Sasuke prit un instant pour réfléchir et il releva la nuque avec vigueur :
— Kiba ?!
— Pitié, répondit Naruto avec une grimace de dégoût, j'ai dit « super intelligent » et Kiba, il est aussi con que moi. Laisse tomber, ça n'a pas d'importance, je te dis qu'il est pas intéressé.
Vaincu, Sasuke finit par lâcher l'affaire, n'ayant de toute façon pas d'autre nom à suggérer, ayant fait le tour des personnes qu'il connaissait et qui correspondaient à cette description.
Il garda cette idée en tête et elle ne le quitta pas vraiment, pas même quand il se remit au travail à la bibliothèque.
Il rentra plus tard que prévu, s'attirant une œillade surprise de son frère quand il franchit la porte bien après vingt heures.
— Tu rentres tard, nota Itachi en croquant dans une pomme.
— Oui, j'ai accompagné Naruto faire du shopping, il a une soirée samedi. J'ai rattrapé le temps passé dans les magasins, je suis resté jusqu'à la fermeture.
« De type beau brun de bonne famille super intelligent »
Sasuke examina son aîné avec attention, la phrase de Naruto résonnant dans son esprit, puis il fronça les sourcils.
Si Naruto réagissait comme il l'avait fait, c'était obligatoirement parce que Sasuke connaissait son crush. Cependant, il avait fait le tour des personnes qui pourraient correspondre à cette définition.
Ses yeux détaillèrent les longs cheveux bruns de son frère puis il le suivit finalement jusqu'au canapé, toujours préoccupé par l'énigme du rencard de Naruto. Leur père leur adressa un sourire par-dessus son livre.
— Bonsoir, Sasuke. Comment se passent tes révisions ?
— Très bien, Papa. J'ai confiance, je devrais être le meilleur de ma promotion, cette année encore.
Satisfait, Fugaku hocha la tête et son regard dévia vers l'aîné.
— Et toi, Itachi ? As-tu finalement décidé la suite de ton parcours ?
Il approuva, croisant les jambes.
— Danzô Shimura m'a proposé un financement pour une thèse sur une analyse de la gestion des liquidités dans les entreprises disposant d'une filiale de crédit. Ce financement s'accompagne d'un poste de responsable des crédits aux entreprises dans sa banque. J'ai rendez-vous avec le directeur des ressources humaines de son entreprise en fin de semaine prochaine pour négocier les conditions de mon embauche.
Impressionné, plus qu'il ne le devrait, Sasuke émit un petit sifflement, avant de revenir au rencard de Naruto. Ce qui lui posait problème, c'était principalement le côté « super intelligent » de l'homme. Son meilleur ami et lui avaient des conceptions très différentes de la super intelligence. À la limite parvenaient-ils à s'accorder sur le fait qu'Itachi était un petit génie horripilant. Ou que Shikamaru pourrait faire de très grandes choses s'il se sortait les doigts du cul.
Fugaku eut un nouveau sourire fier, puis il se redressa.
— Qui est le DRH, à la Racine ?
— Nagato Uzumaki, informa Itachi. Un ancien de l'école. Il sera là, demain, à la soirée de gala. Je me dois donc de faire acte de présence.
Le père de famille fronça les sourcils.
— Étrange, je croyais me souvenir de lui comme d'un homme plutôt effacé et assez discret.
— C'est vrai, confirma Itachi, mais il est aussi doté d'une poigne d'enfer et derrière son air timide et effacé, il est capable d'une gestion presque martiale de son personnel. Quand j'étais en première année, j'avais travaillé sous son commandement pour organiser le gala des anciens, il s'était révélé tyrannique.
Et puis, considéra Sasuke, qui, dans leur entourage, pourrait penser que c'est une bonne idée de conduire Naruto à une soirée guindée ? Les ronds de jambe et l'hypocrisie de ces soirées faisaient très mauvais ménage avec le caractère tout feu tout flamme du blond. Sasuke fit claquer sa langue. Il aurait dû demander davantage de détails à son meilleur ami.
— Et les amours ? lança Fugaku, l'air de rien.
Quand il était rentré, bien avant ses fils, il avait retrouvé son épouse en train de rire sur le canapé. Surpris, il l'avait contemplée, s'émerveillant une nouvelle fois devant l'impression d'avoir vingt ans lorsqu'il l'entendait rire, puis il s'était approché d'elle. Elle avait prononcé un « Tu te souviens de cette époque où nous considérions adopter Naruto ? ».
Pendant un moment, effectivement, ils avaient envisagé de prendre à leur charge l'orphelin, afin qu'il puisse avoir un meilleur départ dans la vie. Il avait refusé avec force, affirmant qu'ils avaient déjà fait bien assez pour lui. Fugaku avait donc approuvé, bien sûr qu'il se rappelait de ça et Mikoto avait essuyé des larmes de rire.
— Nous avons bien fait de ne pas aller au bout de la démarche. Notre fils en est amoureux !
Étranglée par l'émoi, elle n'avait malheureusement pas spécifié lequel de ses fils était amoureux du menuisier si talentueux. Il scruta les mouvements de ses deux enfants pour tenter de deviner lequel des deux était concerné, mais il ne nota rien, les jeunes hommes haussant les épaules dans un geste parfaitement symétrique.
À demain !
