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La Nuit des Sortilèges – 12 juin : partie 1
— Est-ce que t'as déjà croqué dans un piment oiseau ?
— Non, rit Itachi en portant son regard sur la berge du fleuve qui contournait Konoha.
Cela faisait vingt minutes qu'ils avaient quitté cette soirée horrible et autant de temps qu'il avait expliqué à Naruto qu'il n'avait jamais fait quelque chose comme déserter un gala en plein milieu. Depuis lors, le menuisier le passait à la question, multipliant les idées folles et, systématiquement, Itachi répondait négativement.
Naruto escalada le muret pour continuer sa marche, les bras tendus à l'horizontale pour mieux s'équilibrer. Comme il évitait le sujet du sexe, il commençait à tomber à court de questions à poser, mais il ne voulait pas embarrasser Itachi, vu que Deidara avait déjà mentionné son pucelage.
Pas que Naruto considérait que c'était grave. Lui-même avait perdu sa virginité assez tard, il en avait développé des complexes, Sasuke ayant laissé la sienne dans les bras de Tayuya à l'aube de ses quinze ans. Il s'était finalement assagi quand son meilleur ami lui avait présenté Hinata.
— Est-ce que tu es déjà monté dans un manège à sensation forte en étant ivre ?
— Oh bon sang, non !
— Moi non plus, Sasuke a pas voulu, et Tazuna, le forain, je le connais bien j'ai pas mal bossé pour lui, a refusé de me laisser entrer dans la nacelle.
Itachi, étonné, examina le profil de son cavalier.
— Tu as fait tout le reste ? Le piment, les échafaudages sans sécurité, l'entrée par effraction chez quelqu'un, la conduite sans permis ?
— Ouais, grommela Naruto en baissant les yeux. Je me suis calmé depuis que j'ai mon travail chez Yamato, il me fait flipper quand il m'engueule. Avec Sai, l'autre apprenti, ça nous arrive de nous chicaner un peu. Une fois, Yamato nous a enfermés dans un placard en disant qu'il rouvrirait que lorsqu'il en resterait qu'un qui serait vivant.
Il émit un léger rire en glissant ses mains dans ses poches, oubliant momentanément les conseils de son meilleur ami. Quand il s'en souvint, il les retira en vitesse.
— Je pense qu'il était sérieux en nous disant ça. Je me tiens à carreau depuis.
Il laissa passer un silence durant lequel Itachi hocha la tête, puis il soupira bruyamment.
— Mais c'est pas possible, il doit bien y avoir quelque chose ! Personne peut être aussi…
— Ennuyeux ? suggéra Itachi.
— Droit, remplaça Naruto. Est-ce que t'es déjà monté dans le premier train qui partait avec seulement un sac à dos ?
— Non. Où es-tu allé ?
— À Suna. J'ai rencontré des gens très intéressants, là-bas. Je suis resté sur place une dizaine de jours, je bossais pour gagner mon repas… C'était génial ! D'ailleurs, c'était quand t'étais parti à l'étranger.
— Oh, ça compte, ça ? J'ai vécu une année complète à l'étranger.
Le blond parut réfléchir puis refusa la proposition.
— Non, tu avais un logement prépayé par Fugaku, il te versait l'argent pour les courses et ton voyage était planifié vachement à l'avance. Oh, je sais ! Tout le monde répond oui, à cette question. Est-ce que, dans l'ensemble de ta scolarité, tu as déjà pris une heure de colle ?
Itachi grimaça et secoua la tête, Naruto abaissa les bras en signe de renoncement.
— Mais c'est pas possible d'être aussi sage ! Tu n'as jamais même rien que pensé à enfreindre une règle ?
— Non ? Elles existent dans un but précis, je n'ai aucune raison de vouloir les enfreindre.
Il tourna vers Naruto une œillade désolée, inquiet à l'idée de le décevoir. Pourtant, le menuisier semblait en pleine réflexion, loin de le juger. Il descendit à bas du muret et s'y appuya le temps de réfléchir.
— T'as déjà pris un bain de minuit ?
Le brun fronça les sourcils, s'arrêtant un peu plus loin puis revenant vers Naruto.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Se baigner à poils et en pleine nuit.
La faible luminosité de la promenade sur laquelle ils avançaient masqua le rosissement qui chauffa les joues d'Itachi.
— N-non, ça non plus je ne l'ai pas fait.
— Très bien, reçut Naruto en se décollant du muret.
Il reprit sa marche, n'allant pas dans la direction initiale, bifurquant pour couper à travers une ruelle. Ils avancèrent une bonne centaine de mètres avant qu'il recommence ses questions, décidant de s'orienter vers un terrain plus intime.
— As-tu déjà embrassé une fille ?
— Non.
Naruto cilla, mais ne fit aucun commentaire. C'était quelque chose qu'Itachi adorait chez lui, il était totalement dépourvu du moindre jugement. Si Deidara s'était moqué pendant des jours – et continuait encore à brandir sa virginité à tout bout de champ –, Naruto, lui, recevait simplement l'information, sans émettre d'avis.
Il s'engagea dans une autre ruelle, hésitant rapidement sur la direction à emprunter, puis il ralentit pour qu'ils soient de nouveau au même niveau.
— As-tu déjà tenu la main à une fille ?
— Dans un but romantique, tu veux dire ?
— Oui.
— Alors non.
— Tu n'as jamais eu de petite copine ?
Itachi secoua la tête. Naruto le considéra avec une pointe d'hallucination sur le visage.
— Si ça trouve, tu es un ange. T'as déjà vérifié qu'il ne te poussait pas des ailes dans le dos ?
— Oui.
— Vraiment ?
— Non, sourit Itachi. Je ne suis pas un ange.
Naruto ouvrit un portillon qui menait vers le jardin d'une maison et s'engagea sur un chemin pavé, Itachi s'arrêtant pour murmurer :
— Mais qu'est-ce que tu fais ? On ne peut pas entrer en pleine nuit chez quelqu'un qu'on ne connaît pas !
Sous le lampadaire qui éclairait le chemin, Naruto sourit malicieusement.
— Fais-moi confiance, demanda-t-il. J'aimerais te faire faire un truc fou.
Le cœur battant d'appréhension, Itachi hésita et, finalement, s'engagea à la suite de Naruto, la nervosité chevillée au corps. Son cavalier semblait à l'aise à parcourir le chemin pavé qui traversait le jardin et qui débouchait sur une terrasse avec piscine. Quand Naruto posa un pied sur le premier carreau, les spots de la piscine s'illuminèrent et Itachi sursauta, pivotant pour faire demi-tour.
Naruto le retint par le coude, plongeant ses yeux dans les siens.
— Fais-moi confiance, répéta-t-il. D'accord ? Je ne suis pas en train de te mettre en danger, je ne ferai jamais ça.
Le brun hésita un instant, amplement suffisant pour se figurer les conséquences s'ils étaient pris. La police, le poste, la garde à vue, le blâme de son père, son échec à son entretien d'embauche puisqu'il aurait finalement un casier judiciaire… Il déglutit et ouvrit la bouche. Naruto sourit davantage encore. Itachi laissa ses réticences de côté et suivit le meilleur ami de son frère jusqu'à un transat.
Naruto défit le bouton de sa veste et la retira, s'attela aux attaches de son gilet qu'il posa sur le premier vêtement et, quand il commença à déboucler sa ceinture, Itachi se retourna, rougissant.
— Mais qu'est-ce que tu fais ?
— Je me déshabille, convint Naruto. Un bain de minuit, ça se fait pas habillé.
Un jappement échappa à Itachi alors qu'il tournait à peine la tête, pour placer Naruto dans sa vision périphérique. Il était en train de retirer ses chaussures, puis son pantalon.
— Nous n'avons pas le droit de faire ça, commenta Itachi. Tu veux que je te regarde sauter nu dans une piscine ?
— Nan, je veux que tu viennes avec moi. T'es même pas obligé d'être nu. Je vais garder mes sous-vêtements.
Le temps qu'Itachi comprenne tout ce que ça impliquait, un bruit d'éclaboussure résonna dans le silence nocturne. Quand il accepta de se retourner pour essayer de convaincre Naruto de sortir de la piscine, il resta figé devant le spectacle envoûtant qui s'affichait sous ses yeux. Statique, il observa Naruto nager un long moment avant que celui-ci ne s'approche du bord pour attraper son attention.
— Allez, viens, l'eau est bonne !
Le regard qui se posait sur lui était à la fois confiant et encourageant, alors Itachi se sentit hocher la tête et porter les doigts à ses boutons pour se dévêtir. Là où Naruto avait jeté ses habits sans soin, Itachi s'appliqua, les plia et les rangea en ordre, ne pouvant s'empêcher de penser « Mais qu'est-ce que je suis en train de faire ? ».
Il se sentait ridicule, ainsi, en caleçon dans le jardin quelqu'un qu'il ne connaissait pas, le regard de Naruto qui le surveillait avec une grande attention. Il s'approcha du bord et hésita de nouveau. Le blond recula pour lui laisser la place d'entrer dans l'eau.
— Ne fais pas demi-tour, incita Naruto. Au point où tu en es, tu serais mieux dans l'eau, la piscine est chauffée !
Les volutes de vapeur légères qui planaient sur la terrasse lui donnaient bien entendu raison et la chair de poule qui commençait à envahir la peau d'Itachi vainquit ses réticences. Il s'immergea petit à petit, jusqu'à plonger la tête sous l'eau, s'étonnant de ne pas sentir les relents de chlore qu'il s'attendait à percevoir.
Ce constat réduisait considérablement la nervosité qu'il ressentait à l'idée de faire trempette chez un inconnu. Il s'en ouvrit à Naruto qui se laissa flotter avant de répondre :
— C'est une piscine au sel.
— Tu viens souvent ici ?
— Plusieurs fois par semaine, en été, j'adore nager la nuit !
Ils s'installèrent sur les marches de la piscine, laissant l'eau clapoter tout autour d'eux et le regard de Naruto se chargea de malice.
— Allez, dis-moi. Il y a forcément un truc auquel je ne pense pas et que tu as fait.
— Hm, non. Je suis quelqu'un de plutôt ennuyeux.
Itachi joua un peu avec l'eau, savourant la sensation étrange, à mi-chemin entre l'excitation d'avoir fait quelque chose d'interdit et la détente que lui procurait l'ambiance. Fermant les paupières, il finit par admettre :
— Il y a peut-être quelque chose.
Naruto tourna si vite la tête qu'il lui sembla avoir un léger vertige. Il porta le regard sur le profil délicat d'Itachi, ses yeux en profitant pour parcourir le corps presque nu qui se tenait à ses côtés. Pas longtemps. Assez pour se dire qu'il aimerait tellement, tellement, pouvoir être avec lui. Pas uniquement pour son corps.
Il aimait aussi cette sagesse, celle qui le conduisait à poser toutes ces questions, le calme de l'aîné de Sasuke était étrangement apaisant. Il aimait cette intelligence vive et cette façon de ne pas le considérer comme un idiot quand il lui expliquait quelque chose. Il aimait aussi sa manière de se mouvoir, le son de sa voix.
La main d'Itachi effleura la surface de l'eau, s'émerveillant des remous qui finissaient par s'apaiser. Naruto demeurait pendu à ses lèvres, dans l'attente d'une explication qu'il n'osait réclamer avec trop d'entrain.
— Je ne l'ai jamais dit à personne, convint Itachi.
Il était de plus en plus difficile pour Naruto de contrôler son impatience. L'idée d'apprendre quelque chose qu'Itachi n'avait jamais révélé signifiait qu'ils partageraient un secret et c'était intime, un secret, c'était porter en soi un bout de quelqu'un qui avait confiance.
Naruto adorait garder des secrets, parce qu'il aimait savoir que les gens le considéraient comme digne d'une telle confiance.
Il exhala par le nez, Itachi remua dans l'eau et la surface presque immobile se troubla un peu, le clapotis se brisant sur leurs corps, sur les rebords de la piscine.
— J'ai déjà couché le premier soir.
Naruto se redressa, le cœur un peu tordu de jalousie, ce sentiment restant infime comparé à l'envie de taquinerie qui lui montait.
— Nooooon ? s'exclama-t-il. Sérieusement ? Toi ? Coucher le premier soir ?
— Oui, c'était pendant mon séjour à l'étranger, c'était mon voisin de chambrée. On était sortis pour rejoindre les autres étudiants internationaux, on faisait une soirée pour apprendre à se connaître et on avait tous les deux un peu bu, et on a couché ensemble. Et c'était ma première fois, ajouta-t-il à retardement. Ça compte ?
— Perdre sa virginité dans les bras d'un inconnu à l'étranger, un peu que ça compte comme truc dingue ! scanda Naruto.
Itachi esquissa un sourire, ravi de l'effet que cette nouvelle avait eu sur son cavalier, puis, petit à petit, il commença à réaliser ce qu'il avait prononcé, à peu près en même temps que Naruto, dont le sourire narquois s'atténua au fur et à mesure qu'il comprenait.
Itachi venait de faire son coming-out.
Non ?
La respiration de Naruto se troubla alors que son rythme cardiaque accélérait, il déglutit plus fort qu'il ne le pensait. Il hésita un peu plus et se lança :
— Tu… Tu as parlé au masculin, non ?
Itachi se décala à peine, évita le regard de Naruto.
— Je, ou-oui. Je…
Il ne termina pas sa phrase, ne sachant quelle fin il pourrait bien lui trouver et Naruto se renfonça dans l'eau.
— Ok, souffla-t-il, ok.
Il avait un peu l'impression d'être assommé par l'information, par le nombre de possibles qui s'offraient à lui à présent qu'il se rendait compte que, qu'il comprenait qu'Itachi aussi aimait le salé. Selon la métaphore, pas en vrai. En vrai, c'était l'inverse.
Il ne pouvait pas simplement lâcher un « Moi aussi, je suis gay ». Pas alors qu'ils étaient à moitié nus dans une piscine, ça faisait vraiment chien de chasse. Mais en même temps s'il restait sans bouger et sans rien prononcer, un silence gêné s'installait et, merde, comment avait fait Sasuke pour réagir à une telle annonce, déjà ?
Mordillant sa lèvre, sentant sur lui le regard inquiet d'Itachi, il finit par soupirer.
— Quoi d'autre ? demanda-t-il. Je suis sûr qu'il y a d'autres choses !
Itachi sentit sa nervosité le quitter quand Naruto ne releva pas davantage son aveu, puis il secoua la tête.
— Rien d'autre, jura-t-il. Je te l'ai dit, je suis plutôt ennuyeux.
— Dis pas ça, refusa Naruto, c'est pas vrai. T'étais mon héros quand j'étais plus jeune. Je te trouvais tellement classe, je rêvais de te ressembler.
— Vraiment ? s'étonna Itachi en tournant les yeux vers lui.
Naruto hocha la tête, sans se sentir dériver dans l'eau. Son pied gauche toucha celui d'Itachi.
— Je t'assure. Tu m'intimidais grave, t'étais brillant partout, hyper élégant et Sasuke t'admirait tellement, ça m'impressionnait.
Itachi secoua la tête, se sentant rougir, et Naruto baissa les yeux.
— Et tu es incroyablement beau, aussi.
Il sut à l'instant même où il termina sa phrase que celle-ci était de trop. Il battit les pieds, espérant que les éclaboussures détourneraient l'attention d'Itachi, mais celui-ci gardait les yeux fixés sur lui. Et il était beaucoup, beaucoup trop proche.
Naruto finit par se redresser, dans le bassin, feignant de tendre l'oreille.
— T'as entendu ?
Immédiatement, Itachi s'écarta et se redressa, ses yeux se portant sur la maison et les alentours pour tenter de trouver d'où pouvait provenir le son qu'avait perçu Naruto qui bougeait déjà pour s'extirper de l'eau.
— Viens, enjoignit-il, partons !
À demain !
