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La Nuit des Sortilèges – 13 juin
L'horloge dans la chambre d'Itachi signala qu'il était pas loin de dix-neuf heures et Naruto bougea paresseusement. Il était installé sur le ventre de son petit-ami depuis qu'il était sorti de la douche, après le travail. Itachi était en train de lire un livre de finances avancées pendant que lui-même commençait à s'endormir sous la caresse qui effleurait ses cheveux.
— Faudrait que j'y aille avant que Sasuke rentre, lança-t-il.
La suggestion ne sembla pas prendre corps, puisqu'il ne bougea pas. Itachi ne cessa pas de lire avant la fin de son paragraphe, après lequel il referma l'ouvrage.
— Peut-être que ça vaudrait mieux, lâcha-t-il à contrecœur.
La veille, Sasuke avait refusé de lui adresser la parole. Il avait continué la soupe à la grimace le matin quand ils s'étaient croisés. Il n'avait pas desserré les mâchoires, se contentant d'un jappement exaspéré lorsque Naruto était venu les saluer en arrivant sur le chantier. Ensuite, il avait disparu pour le reste de la journée, laissant Itachi totalement seul, se demandant ce qu'il pouvait faire pour améliorer la situation et qui n'exigeait pas qu'il quitte Naruto.
Bien entendu, ça lui avait effleuré l'esprit, mais ça ne garantissait même pas un retour à la normale avec son frère. Et puis, il n'en avait pas envie. Surtout, il n'en avait pas envie.
Naruto amorça un geste pour se relever, mais il n'alla pas au bout, murmurant « je suis bien, là, j'ai pas envie de partir ».
Il était presque en train de s'endormir quand, quelques minutes plus tard, Mikoto entra dans la chambre de son fils aîné :
— Itachi, tu peux venir m'aider à– Oh, Naruto, je ne savais pas que tu étais là.
Précipitamment, le blond se releva et bégaya un peu en tentant de s'écarter. Son coming-out auprès de sa famille d'adoption avait eu lieu la veille et il n'avait pas vraiment pu jauger les réactions que ça avait suscité. Et ils n'en avaient pas parlé, quand il avait rejoint Itachi dans sa chambre, ils étaient occupés à s'embrasser.
Mikoto lui adressa un sourire doux et Itachi le ramena contre lui en fronçant les sourcils, ce qui acheva de détendre Naruto qui retourna un regard sincèrement reconnaissant à la mère de famille.
— Tu restes dîner avec nous ? demanda-t-elle en déviant totalement de sa pensée.
— Non, il ne vaut mieux pas. Si je reste, ça va devenir une zone de guerre. Et j'ai du travail, soupira-t-il.
— C'est pour ton bien, commenta Itachi. Je vérifierai demain, j'ai aussi préparé le contrôle.
Il avait envoyé un mail à Naruto avec des cours qu'il devrait apprendre, pour qu'il participe à ce concours de malheur. Le menuisier roula des yeux avec exaspération, mais c'était parfaitement feint : il adorait comment Itachi avait confiance en ses capacités. Et il aimait assez se laisser guider par quelqu'un d'aussi assuré que son petit-ami.
Quand il avait appelé Sakura, la veille, pour lui en parler, la phrase avait flotté entre eux pendant quelques secondes et il avait répété « j'ai un petit-ami » qui n'avait pas eu de prise immédiate. Elle avait soupiré, dit à Karin qu'elle savait que ça finirait comme ça et elle avait branché le haut-parleur. Il avait alors raconté la soirée, omettant peut-être volontairement de dire de suite qu'il s'agissait d'Itachi. Il avait voulu ménager l'effet de surprise. Donc quand elles avaient demandé « Et comment s'appelle ce substitut d'Itachi ? », il avait souri béatement : « C'est pas un substitut. Je sors avec Itachi. » et elles avaient mis quelques secondes à le croire. Ce n'était qu'après ça qu'il avait raconté la réaction de Sasuke.
— Naruto, appela Mikoto, tu restes le bienvenu ici. Sasuke s'y fera.
Il refusa tout de même de prendre part au dîner de la famille, se dépêchant de quitter les lieux, saluant au passage Fugaku, qu'il croisa dans les escaliers.
Le repas fut plombé par une atmosphère lourde. Personne n'osait prendre la parole, quand d'ordinaire, les dîners étaient rythmés par leur conversation, où chacun racontait ce qu'il avait fait de sa journée. Aucun des quatre Uchiha n'avait pourtant souhaité prononcer le moindre mot. Sasuke regardait fixement devant lui, feignant de ne pas voir son aîné assis en face. Mikoto se tortillait d'inconfort alors que Fugaku gardait les yeux rivés sur son assiette, attendant visiblement quelque chose.
Ce fut finalement au moment du dessert qu'Itachi se dit que c'était peut-être lui qui devait entamer la discussion.
— Papa, Maman, je vous demande pardon pour m'être donné en spectacle, hier.
Fugaku eut un geste évasif de la main.
— Un seul de mes fils s'est honteusement donné en spectacle, hier, et ce n'était pas toi, Itachi.
Le patriarche porta son regard sur son cadet qui roula des yeux.
— Et bien sûr, c'est encore de ma faute.
Il repoussa son assiette avec une moue dégoûtée.
— Qu'est-ce qu'il faut que je fasse pour que tu sois de mon côté, Papa ?
— Avoir raison serait un bon début, fils. Ton comportement envers Naruto était indigne de–
— Mon éducation ? interrompit Sasuke en ricanant.
Il ferma les paupières quand son père abattit son poing sur la table.
— De l'amitié qu'il te porte, éructa Fugaku. Les coups de canif que tu donnes à l'éducation que ta mère et moi t'avons offerte, j'en ai pris mon parti et je fais avec. Ton attitude avec la seule personne qui sera à tes côtés quoiqu'il arrive était honteuse et tu es trop vieux pour faire des caprices d'enfant.
Le cadet encaissa difficilement les reproches qui lui étaient adressés. Par réflexe, il alla chercher du soutien du côté de sa mère, mais elle le lui refusa d'un mouvement de tête, se levant finalement pour emporter le reste des assiettes vers la cuisine. Suffoquant d'indignation, Sasuke fusilla son frère du regard.
— Y en a vraiment que pour toi, dans cette maison.
— Je–
Itachi ne put aller au bout de sa phrase, interrompu par son père.
— Ton ingratitude n'a d'égale que ta mauvaise foi, siffla Fugaku. Y en a que pour ton frère, dis-tu ? Qui sommes-nous allés chercher en garde à vue quatre fois ? Toi, ou ton frère ?
— Moi, répondit Sasuke en portant ses yeux sur son père.
— Pour qui me suis-je battu pour qu'il ne soit pas condamné à plus que des travaux d'intérêt général et pour que ça n'apparaisse pas sur son casier judiciaire, toi, ou ton frère ?
— Moi, soupira le cadet.
— Pour qui avons-nous dû batailler pour trouver une école qui accepterait son dossier malgré ses antécédents, dont « violence envers un professeur », toi ou ton frère ?
— Moi.
— Qui a réclamé à avoir la plus grande chambre et à qui avons-nous cédé ? Toi ou ton frère ?
— Moi…
— À qui avons-nous acheté une voiture ? Toi ou ton frère ?
— Les deux.
Fugaku lui jeta un regard de travers, il se corrigea en roulant des yeux.
— Moi.
Il était vrai que la voiture, son frère se l'était payée tout seul. C'était avant qu'il parte à l'étranger. Il avait pris un petit boulot après les cours et Sasuke n'avait jamais su pourquoi. Sans doute pour se payer cette voiture. Depuis, il l'avait revendue : il n'aimait pas conduire et ne trouvait pas grand intérêt à posséder un véhicule dont il ne se servait pas.
Et ce que disait son père était entièrement correct : il avait bénéficié de tout ça. Ses parents l'avaient sorti de toutes les emmerdes dans lesquelles il s'était fourré. Cependant, lui, ce qu'il retenait, c'est que son père était avare en compliments à son égard alors qu'il se démenait pour mettre derrière lui cette mauvaise passe de son adolescence.
Et, pour cette histoire, il aurait voulu que quelqu'un comprenne ce qu'il ressentait. Il se sentait trahi. Par son meilleur ami et par son frère. Il secoua la tête.
— C'était pas le propos, osa-t-il. Il a couché avec mon meilleur ami le premier soir ! La dernière fois que j'ai fait quelque chose comme ça, j'ai dû subir vos discours moralisateurs pendant des heures entières. Et lui, vous lui dites rien ?
Fugaku laissa ses yeux traîner sur son fils aîné qui avait réussi l'exploit de pâlir et rougir en même temps, puis il revint vers le plus jeune qui tremblait de colère. Le patriarche devait en convenir : quand son cadet avait commencé à découcher les premiers soirs, rentrant le cou parsemé de suçons, il lui avait servi un discours mal à l'aise sur les choses du sexe et de l'amour. Il ricana avec acidité.
— Il y a peu de chances que ton aîné mette Naruto enceinte par inadvertance. Ou que Naruto mette ton frère enceinte, peu importe, je ne veux pas savoir. Il n'est donc pas nécessaire d'avoir un « discours moralisateur », comme tu le dis. En outre, tu étais bien plus jeune et bien plus… empressé.
— Vous n'aviez aucune confiance en moi, Maman et toi.
Il tapa juste. Effectivement, la période de l'adolescence de Sasuke avait été tellement difficile que ses parents s'attendaient souvent au pire, venant de lui. Le pire n'était pas arrivé aussi régulièrement qu'ils le pensaient et ils s'en réjouissaient, finalement, dans l'intimité de leur chambre. Mais leur cadet n'avait jamais cessé d'avoir l'impression qu'il devait faire ses preuves et chaque fois qu'ils lui disaient qu'ils étaient immensément fiers de lui – peut-être même plus que d'Itachi – il ne les croyait pas.
— Et que voulais-tu que nous disions ? interrogea Mikoto d'une voix douce. Naruto n'est pas un jouet que vous disputeriez, mon cœur. C'est une personne.
— Vous comprenez rien à rien, s'indigna Sasuke en se levant.
Il quitta la table précipitamment et grimpa les marches qui menaient à sa chambre, s'y enferma et se jeta sur son lit. Il empoigna son téléphone et expédia sans y penser un message à Hinata : « Naruto et mon frère sortent ensemble. Eux aussi, ils sont trop différents, comme nous. »
C'était ridicule de faire ça. Il savait qu'elle ne répondrait pas, elle n'avait répondu à aucun des autres. Elle était partie, elle lui avait clairement affirmé qu'ils n'avaient plus rien à faire ensemble, parce qu'ils étaient bien trop différents et qu'ils ne pourraient jamais se comprendre. Pourtant, il avait toujours ressenti l'inverse à ses côtés. Il avait l'impression qu'elle savait, qu'elle entendait tout ce qu'il avait à dire sans qu'il prononce un seul mot.
Mais elle, elle aurait compris ce qui l'inquiétait tant. Elle aurait compris qu'il pensait au long terme et qu'il craignait que ces différences les séparent, qu'il redoutait le moment où il devrait se ranger d'un côté ou de l'autre, choisir entre son grand frère et son meilleur ami.
Elle aurait compris sans qu'il ait besoin de lui dire qu'il avait peur de perdre cette relation si particulière avec Naruto, qu'il avait la trouille d'être dépossédé de cette amitié, comme son aîné l'avait malgré lui dépossédé de la fierté de leurs parents, parce que c'était dur de rivaliser, c'était dur d'exceller quand on passait après un génie. Elle aurait compris à l'instant même où elle aurait aperçu son visage qu'il était très heureux pour eux, mais qu'il ne pouvait pas s'empêcher de voir plus loin, de penser rationnel, d'envisager toute relation comme un échec avant qu'elle ait vraiment pu débuter.
Par réflexe, il jeta un coup d'œil à son portable. Le message qu'il avait envoyé à Hinata était passé en « lu ». Et pire encore, il y avait l'icône qui montrait qu'elle était en train de rédiger une réponse. Il eut un coup au cœur. Ses mains tremblèrent, sa respiration s'emporta, il paniqua un instant et quitta le menu des messages pour que la réponse ne passe pas directement en lu, il attendit quelques minutes de plus et rien n'arrivait, donc il retourna sur la messagerie pour vérifier qu'elle écrivait toujours et la réponse apparut au moment où accédait à son historique avec elle.
« Arrête d'avoir peur. »
Et voilà, elle le connaissait mieux que personne. Elle savait tout de lui et elle l'avait aimé quand même. Et elle était partie. Il ne lui restait que Naruto et lui aussi allait partir. Avec Itachi. Il ferma les yeux pour retenir la vague d'horreur qui l'envahissait.
Il hésita un instant et tapa un court message : « Impossible. Tu n'es plus là. »
Ce texto-là n'eut aucune réponse.
Il termina la nuit à pleurer dans son oreiller.
À demain !
