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La Nuit des Sortilèges – 14 juin
Quand Naruto poussa la porte de leur base secrète, elle grinça, le faisant froncer des sourcils. Il regretta une seconde de ne pas avoir de WD40 pour régler le souci et porta son regard sur Sasuke qui ne prit même pas la peine de lever la tête vers lui, restant obstinément allongé sur le canapé, les rétines rivées sur le plafond.
— T'es tout seul, lança le futur vétérinaire d'une voix acide.
Naruto haussa les épaules, refermant la porte.
— C'est notre base secrète, j'y ferai venir personne d'autre.
Ironiquement, Sasuke jappa. Naruto s'avança jusqu'à la seconde assise et s'y installa, liant ses doigts sur ses genoux et scrutant son meilleur ami. Il n'était pas trop difficile de comprendre à qui Sasuke faisait référence.
Le silence qui suivit ces répliques pesa lourdement sur le cœur de Naruto qui cherchait à savoir s'il pouvait entamer la conversation, ou si Sasuke allait lui sauter à la gorge. Il examina dans le détail le corps de son ami. Légèrement plus négligé que d'habitude, il serrait son téléphone de sa main gauche, la droite frôlant presque le sol et jouant distraitement avec les franges de la housse du canapé.
Naruto voulut prendre la parole, mais le chuchotement de Sasuke l'en dissuada :
— Tu es devenu ami avec moi pour te rapprocher de mon frère.
Sentencieuse, l'affirmation était tellement fausse, tellement offensante, que Naruto manqua de se redresser sur ses pieds pour secouer Sasuke jusqu'à lui remettre les neurones dans le bon sens.
— Non, se contenta-t-il de répondre. Je n'ai pas fait exprès de tomber amoureux de ton frère pour te faire du mal, Sasuke.
— Alors pourquoi ?
— J'en sais rien.
Naruto retint de justesse sa tirade sur combien Itachi était incroyable, et beau, et intelligent, et doux, et drôle, et prévenant, et un amant extraordinaire, puis il déglutit pour ravaler son sourire extatique.
— Je ne comprends pas, soupira Sasuke. Vous êtes trop différents. Ça ne fonctionnera jamais entre vous, vous êtes trop différents. Quand l'attrait de la nouveauté sera passé, vous vous ferez du mal.
Mal à l'aise, reconnaissant les propos d'Hinata lorsqu'elle avait quitté Sasuke, Naruto ferma les paupières avec force.
— Tu veux en parler ? D'Hinata, tu veux en parler ?
— Ça la fera pas revenir, d'en parler.
Bah peut-être que si, pensa Naruto.
Mais la promesse qu'Hinata lui avait arrachée l'empêcha de prononcer le moindre mot. S'il n'avait pas prêté ce serment, il aurait hurlé à son meilleur ami « Imbécile, elle veut que tu lui coures après ! Elle veut que tu lui montres que tu l'aimes ! » et il l'aurait jeté à l'arrière de sa moto pour parcourir la ville jusqu'à la demeure des Hyuuga, le balançant sur le sol pour qu'il fasse ce qu'il était censé faire : dire à Hinata combien il l'aime, lui prouver qu'il ferait tout pour elle, y compris ces efforts que personne ne parvenait à obtenir.
— Elle a fait un choix en son âme et conscience, termina-t-il.
Naruto exhala, se renfonça dans son assise.
— Je ne comprends pas de quoi tu as peur. Pour Itachi et moi. Je vois que tu as peur, mais je ne comprends pas ce qui peut bien te faire ça.
Sasuke ne répondit pas immédiatement. Il prit le temps d'apaiser le soulagement qu'il ressentait et qui faisait monter des larmes à ses yeux, la preuve que Naruto aussi le connaissait mieux que personne, qu'il n'y avait pas qu'Hinata, qu'il n'avait pas perdu tout le monde – pas encore. Il grogna.
— Je comprends pas ce que tu lui trouves.
Le changement de sujet était malhabile, mais Naruto le respecta, humectant ses lèvres.
— Tu veux vraiment une réponse ?
Sasuke haussa les épaules.
— Je pense pas. Et si ça ne marchait pas, entre vous, hein ?
— Et si ça marchait ? rétorqua Naruto avec un doux sourire.
Du vent bruissa dans les arbres et siffla sous la porte de la cabane. Naruto se trémoussa un peu en constatant que Sasuke s'était un rien détendu.
— Et si ça marchait au point qu'on construise une famille ? Jusqu'à présent, nous arrivons à accorder nos différences.
— Ça fait trois jours, calme-toi, pesta Sasuke. Moi, ça faisait trois ans et elle est partie quand même. Tu sais pas ce que c'est, d'avoir le cœur brisé.
Naruto pouvait difficilement nier et il n'avait pas l'intention de découvrir ce que ça faisait dans l'immédiat. Il ne se risqua donc pas à formuler de réponse et ils passèrent un long moment dans cet épais silence, inconfortable, à couper au couteau. Il pianota discrètement sur son téléphone.
« Faut qu'on parle, Hinata. Je viens te voir demain. »
Finalement, il redressa la tête pour chercher les yeux de Sasuke et s'y plonger.
— Je peux aimer deux personnes en même temps, tu sais. Je peux t'aimer toi et aimer Itachi. J'ai le cœur gros, je peux vous y garder tous les deux. Et tu sais que c'est possible, non ?
Sasuke grommela, embarrassé, puis il détourna le regard.
— Vraiment, tu aurais pu tomber amoureux de quelqu'un d'autre, reprocha-t-il.
Le rire de Naruto à cette réplique n'était pas vraiment la réaction que le brun espérait. Il était gêné, mal à l'aise, bien loin de ceux que Naruto avait habituellement.
— Crois-moi, j'ai essayé. Mais ça se contrôle pas, et ça aussi, tu le sais.
— Ouais, admit Sasuke.
Il finit par soupirer.
— De toute façon, j'imagine que je n'ai pas le choix. Si vous faites pas ça devant moi, je pourrai peut-être faire comme si ça n'existe pas.
Le deal était raisonnable, aussi Naruto l'accepta d'un hochement de menton. De toute façon, il ne pouvait pas espérer beaucoup mieux venant de Sasuke quand il faisait sa tête de con.
Quand Deidara lui fila un coup de coude, Itachi se rendit compte qu'il n'avait absolument pas prêté attention ce que lui disait son meilleur ami.
Par habitude, ils s'étaient retrouvés à l'école. Le blond jetait de fréquents regards à son camarade qui ne l'écoutait pas, les yeux perdus dans le vague, alors qu'ils étaient censés préparer son entretien avec Nagato Uzumaki. Vexé, il lui donna un second coup de coude, même après avoir récupéré son attention.
— Qu'est-ce que tu as ? Je ne pense pas que ce soient les taux d'actualisation qui te fassent montrer tes dents, comme ça.
Itachi cilla, répéta les derniers mots et chercha le regard de Kurotsuchi qui secoua la tête d'un air effaré.
— Tu souris, annonça-t-elle. Depuis que tu es arrivé, tu souris.
— Oh.
Deidara fit claquer sa langue puis referma le livre qu'il tenait dans un bruit sourd. Ils s'étaient installés en terrasse du bureau des élèves, qui gérait aussi un café. Kurotsuchi caressait distraitement l'avant-bras de son petit-ami, plongée dans un roman qui la passionnait et sirotant un soda bien frais pendant que les deux autres préparaient cet entretien qui inquiétait bien plus Deidara qu'Itachi.
Le blond refusa tout net d'utiliser le verbe sourire dans une phrase qui concernerait Itachi.
— Tu ne souris pas, toi. Tu étires ta bouche vaguement et tu émets un imperceptible gloussement de joie quand tu es content. Là, je vois tes dents et elles sont parfaites, bien sûr, mais ça te rend encore plus énervant. Qu'est-ce qu'il y a ?
— Rien, esquiva Itachi. Pardonne-moi, je ne pensais pas t'offenser en étant heureux.
Il y avait de l'ironie dans sa voix et Deidara roula des yeux, pendant que sa petite-amie pouffait.
— Tu m'offenses pas en étant heureux, mais en refusant de m'expliquer pourquoi, bouda-t-il.
— Je sors avec quelqu'un, révéla Itachi de façon parcellaire.
Deidara, incrédule, pivota franchement vers son meilleur ami.
— Que veux-tu dire par là ?
— Je suis impliqué dans une relation de couple.
— Et elle est au courant ?
L'œillade blasée qu'il reçut en retour, tant de Kurotsuchi que d'Itachi, le força à se reprendre et à secouer la tête pour réfléchir. Les deux se connaissaient depuis longtemps maintenant. Ça faisait une quinzaine d'années et jamais le brun n'avait montré le moindre signe d'intérêt pour quiconque. Deidara cligna des paupières.
— Donc tu es heureux parce que tu sors avec quelqu'un. Si ça te rend heureux et pas seulement content, c'est que c'est quelqu'un à qui tu tiens et pour qui tu as des genres de sentiments.
Kurotsuchi roula des yeux avec force, puis sourit à Itachi.
— Tu passeras le bonjour à Naruto. Tu le vois quand, du coup ?
— Où est le rapport ? s'indigna Deidara en pivotant vers sa copine.
Elle garda le silence, haussant les sourcils, puis tourna la tête vers Itachi, guettant sa réponse.
— Il passe me récupérer après le travail. Je vais devoir déserter la maison pendant quelque temps, soupira-t-il finalement.
Deidara fit la moue, retenant toutes les remarques qui lui venaient face à l'annonce de Naruto et Itachi formant un couple pour se concentrer sur le désarroi qui perçait dans la voix de son ami. La dernière fois qu'Itachi avait volontairement déserté la demeure familiale, c'était quand il avait pris un job d'étudiant pour éviter de rester trop souvent en présence de son frère, parce qu'ils finissaient toujours par en venir aux mains. Cette époque ne manquait à personne. Il avait semblé, pourtant, que les trois années passées avaient été plus calmes.
— Sasuke a viré dark-emo quand il l'a appris, c'est ça ?
Un hochement de temps, le blond soupira.
— Ton frère est une telle diva… Mais en même temps, depuis sa rupture avec la petite Hyuuga, il est pas vraiment dans son assiette. Ah, mais c'est pour ça qu'il était plus tranquille, il avait une nana…
Itachi hoqueta, les glaçons dans son verre tintèrent dans le mouvement.
— Quoi ? Quelle copine ? Quelle rupture ? Pourquoi je ne suis pas au courant de ça ?
Deidara haussa les épaules, incapable de fournir une réponse.
— Tout ce que je sais, c'est que j'ai déjà croisé ton frère en ville avec la petite brune aux yeux clairs qui traînait toujours dans les pattes de Naruto. Ils étaient ensemble depuis un moment, mais je ne sais pas pourquoi ils ont rompu. L'autre jour, j'ai entendu Hinata en parler, tout à fait par hasard… Ok, corrigea-t-il, c'était pas un hasard, j'ai entendu le nom de ton frère, donc je l'ai suivie, elle discutait avec sa petite sœur. Ils ont rompu et apparemment, ça venait pas de lui.
Il prit une respiration.
— Enfin, le mieux serait que tu demandes à ton petit-ami… J'arrive pas à croire que tu m'aies caché tout ce temps que tu es gay ! Je suis censé être ton meilleur ami, ça craint si t'as pas assez confiance en moi pour me dire ce genre de choses…
Itachi s'excusa dans une grimace, affirma doucement qu'il n'était pas prêt, avant cette soirée, pour en parler, et qu'il ne l'avait jamais dit à personne. Deidara bougonna un peu et le silence revint pour un petit moment avant qu'il éclate de rire, visiblement ravi.
— Donc tu m'as tout de même écouté et tu as bel et bien invité quelqu'un que tu voulais faire grimper aux rideaux !
Malgré la chaleur, Itachi était coulé tout contre Naruto qui avait passé son bras autour de lui, et enfoui dans les oreillers, un léger drap recouvrant leurs peaux nues, leurs yeux étaient rivés sur l'écran de l'ordinateur d'Itachi sur lequel ils regardaient un film.
Aucun d'eux n'avait eu l'envie de sortir après le repas et ils avaient préféré se rouler sur le lit, profitant l'un de l'autre. Leur histoire n'avait pas encore besoin d'être montrée publiquement. Chacun en avait parlé aux personnes dont ils étaient proches, le reste n'avait que peu d'importance.
Le générique de fin faisait défiler tous les noms de l'équipe qui avait travaillé sur le film et Naruto soupira avec force.
— J'ai pu parler avec Sasuke, aujourd'hui.
Itachi leva les yeux vers lui et il baissa la tête pour se plonger dans ce regard.
— Qu'a-t-il dit ?
— Il est d'accord pour essayer de faire comme si nous n'étions pas ensemble, si nous ne sommes pas trop démonstratifs devant lui.
— C'est déjà ça de pris, commenta Itachi avant de s'agiter et de se redresser au souvenir de la révélation de Deidara. Que s'est-il passé avec Hinata ?
Naruto grogna et tendit le bras pour enclencher la barre espace, interrompant le générique. Il referma l'ordinateur portable et le déposa au sol, avant de contempler Itachi avec hésitation. Il pesa longuement le pour et le contre puis finit par se réinstaller, laissant son petit-ami faire de même.
— C'est une longue histoire… Hinata, c'est une de mes plus vieilles amies, mais j'avais jamais eu l'occasion de les présenter et c'est arrivé parce qu'elle cherchait des informations pour se réorienter. Tu sais, les Hyuuga tiennent un haras et elle adore les chevaux, l'équitation, tout ça. Elle voulait être cavalière pro, mais ça n'a pas marché, donc elle a décidé de devenir vétérinaire équine. Comme Sasuke voulait aussi être vétérinaire, je me suis dit que je pouvais les présenter, parce que Sasuke, c'est le genre à tout prévoir mille ans à l'avance, donc il savait déjà tout et j'étais sûr qu'il avait envisagé une éventuelle passion pour les chevaux.
La main d'Itachi se leva et effleura son ventre avec tendresse et dévotion. Naruto sourit en savourant la caresse un instant.
— Ils sont tombés amoureux. Lui d'abord, je pense. Hinata, c'est… Si j'étais pas pédé, je crois que je serais tombé amoureux d'elle, elle est géniale, cette nana. J'avais jamais vu Sasuke comme ça, il était vraiment complètement dingue d'elle. Sauf que tu le connais… Il est pas spécialement doué pour montrer ses sentiments. Je crois qu'elle s'est fatiguée. Elle a tenu trois ans durant lesquels elle a tenté d'anticiper toutes ses pensées, de le rassurer, de le comprendre, mais… Elle n'a jamais eu l'impression d'être aimée en retour. Elle l'a quitté.
Une vague de tristesse s'abattit sur Naruto qui grogna.
— Le pire dans tout ça, c'est qu'elle l'aime vraiment énormément. Elle espérait qu'il comprendrait ce qu'elle voulait dire, comme elle décrypte tous ses comportements et qu'il lui courrait après. Sauf qu'il ne l'a pas fait.
— Pourquoi ?
Le murmure d'Itachi fit cligner des yeux à Itachi.
— Il estime que si elle est partie, ce n'est pas pour être poursuivie par un ex collant. Ce n'est pas vraiment le genre de Sasuke… Et moi, eh bien, moi, j'ai promis à Hinata de ne rien dire, de simplement le soutenir dans cette épreuve, si jamais il ne comprenait pas seul. J'aurais jamais dû accepter une chose pareille.
L'aigreur dans sa voix incita Itachi à l'enlacer de plus belle.
— C'est triste, affirma l'aîné de Sasuke, je ne savais pas du tout…
— Nan, c'est un des trucs qui blessaient Hinata. Il cachait leur relation. Pas parce qu'il a honte d'elle, hein, mais parce qu'il voulait la protéger. Il se disait que si personne ne savait, personne ne pouvait s'immiscer dans leur bonheur. Il avait peur que quelqu'un lui prenne Hinata.
— Comme il a eu peur de te perdre, comprit Itachi. C'est pour ça qu'il a réagi comme ça…
— Ouais… Pas que, mais ouais…
Naruto hésita, puis fronça les sourcils.
— Mais ça ne peut plus durer. Demain, je vais aller parler à Hinata. Je vais lui dire de faire quelque chose. Qu'est-ce que tu en penses ?
Itachi approuva l'idée d'un hochement de tête, respirant l'odeur de Naruto tant qu'il le pouvait. Ce genre d'histoires d'amour tristes – particulièrement si elle concernait son frère – avait tendance à faire monter en lui une vague de mélancolie.
Naruto dut le sentir, car il s'empressa d'inonder Itachi de tendresse et de caresses, tentant de lui faire oublier ce récit.
À demain pour le dernier chapitre de cette fic !
