Bonjour ! Et voici le dernier chapitre !


La Nuit des Sortilèges – 15 juin

Naruto avait réussi à s'esquiver de l'atelier de Yamato suffisamment tôt pour pouvoir se rendre près de l'école vétérinaire où Hinata avait accepté de le rencontrer. Le ciel s'était couvert, mais l'atmosphère restait lourde et suffocante. Appuyé contre sa moto qu'il avait garée bien en évidence devant l'entrée principale, les bras serrés en une attitude fermée, les lunettes de soleil protégeant ses yeux clairs de la luminosité blanche et agressive, il répétait intérieurement le discours qu'il servirait à son amie quand elle approcherait.

Il n'avait pas vraiment prévu de le lui tenir sur un bout de trottoir, mais il ne connaissait pas vraiment les cafés alentour. Il était parti si vite qu'il n'avait pas pensé une seule seconde à vérifier sur son téléphone, qu'il avait oublié à l'atelier après avoir expédié un court texto à Itachi pour lui souhaiter bonne chance pour son entretien.

Oh, bien sûr, il n'avait aucun doute sur la future embauche de son petit-ami – un sourire retenu glissa sur ses lèvres quand il réalisa une nouvelle fois qu'Itachi était son petit-ami et il se demanda s'il se ferait à l'idée un jour. Le plus nerveux à propos de cet entretien devait être Nagato Uzumaki, puisque son parent éloigné n'avait jamais été réellement à l'aise dans les rapports sociaux. Il était aussi timide et renfermé que Naruto était enjoué et social. Ça ne collait pas vraiment entre eux, ils se saluaient quand ils se croisaient, mais il n'avait pas vraiment d'affection pour lui, ils se connaissaient trop peu pour ça.

Hinata arriva quelques minutes après que la cloche stridente de l'établissement eut retenti, signalant la fin de cours qui n'avaient plus lieu, puisque tous les étudiants étaient actuellement en période de révisions. La seule raison pour laquelle Sasuke ne venait pas à la bibliothèque de l'école et préférait se cloîtrer dans sa chambre – surtout à présent que Naruto ne jouait plus de la scie dans le jardin – était parce qu'il ne voulait pas croiser la jeune femme.

Hinata était jolie, constata Naruto une fois de plus. Elle ne ressemblait pas du tout à ces filles fil-de-fer qui angoissaient si leurs cuisses se touchaient. Elle avait des formes généreuses, de ses seins lourds à son bassin large et elle avait subi, dans sa jeunesse, les remarques âpres de camarades de classe manquant de bienveillance : son poids l'avait longtemps complexée. Son visage était arrondi par ses joues, ses yeux si clairs tranchaient nettement dans le cadre de son carré noir et de sa franche droite. Elle lui tendit un sourire maladroit, les bras serrés sur un livre qui ne rentrait pas dans le sac en bandoulière qu'elle portait à l'épaule et quand elle arriva près de lui, il constata qu'elle souffrait de la chaleur, la respiration courte, les vêtements collés contre son corps.

— Félicitations, lança-t-elle quand il fut à portée de voix, pour Itachi et toi.

Surpris, il lui jeta une œillade par-dessus ses lunettes.

— Comment tu l'as su ?

— Sasuke m'a envoyé un texto, confessa-t-elle.

Elle humecta ses lèvres et détourna le regard. Les bras de Naruto tombèrent le long de son corps alors que sa bouche se tordait en une grimace.

— Justement, je voulais te parler de lui.

Elle hocha la tête, modifia ses appuis, serra son livre contre son sein gauche et sa main droite commença la ventiler. Mal à l'aise, Naruto passa ses doigts dans ses cheveux.

— Tu… Tu veux qu'on aille dans un endroit plus frais ?

— C'est gentil, mais ça ira. J'ai l'habitude d'avoir chaud. Que se passe-t-il, avec Sasuke ?

Dodelinant de la tête, Naruto essaya de retrouver le discours qu'il avait préparé et se maudit d'être plus éloquent dans son esprit que lorsqu'il devait prendre la parole. Il déglutit.

— J'ai suivi toute votre histoire depuis le premier rang, tu le sais, j'étais votre premier supporter, vous êtes beaucoup trop mignons ensemble. Et je connais les défauts de Sasuke mieux que personne, j'ai subi de plein fouet à peu près cent pour cent de ses crises sasukesques.

Hinata esquissa un sourire presque nostalgique, un peu douloureux, puis elle hocha la tête pour l'inciter à continuer. Il se rappuya sur sa moto.

— Il a mis plus de cinq ans à admettre que j'étais son ami. Du coup, forcément, je comprends. Je comprends pourquoi tu as fait ce que tu as fait, je comprends tes motivations et… Et je sais que c'est pas facile de se trimballer un engin pareil. Il est irritable, de mauvaise foi, incroyablement pessimiste et son bro-complex est insupportable, parce qu'il a toujours l'impression de ne pas être à la hauteur et il se rend pas compte qu'il est le seul à penser ça. Il est cynique, et sarcastique, et… Donc je comprends ton ras-le-bol, vraiment.

Il prit une respiration profonde, poussa un caillou du bout de sa chaussure.

— Mais pas lui. Lui, il comprend pas. Parce que, tu vois… Il est pas programmé pour ça, il… Il comprend pas les messages cachés, ou de travers, il est pas très doué avec ça. Tu voudrais pas… Hina, chérie, je sais que tu l'aimes de tout ton cœur et je sais qu'il t'aime aussi de tout son cœur, mais il fera pas ce que tu attends de lui. Pas parce qu'il n'en a pas envie, mais parce qu'il ne sait pas que c'est ça que tu veux. Parce qu'il est nul à chier pour ce genre de trucs. Il fait pas exprès et je suis sûr que si tu lui disais « cours-moi après », il ferait un marathon pour toi. Mais si tu lui dis pas clairement ce que tu veux, il comprendra pas.

Hinata baissa les yeux sur ses chaussures et se trémoussa. Naruto enchaîna.

— Mais il est malheureux sans toi, il traîne sa peine comme un fardeau partout où il va. Je te jure, Hinata, son but, c'était pas de te faire du mal, il est pas doué, c'est tout.

— Je sais, soupira-t-elle.

— Tu voudrais pas lui parler ? demanda Naruto d'une voix suppliante. Pour lui expliquer ce que tu attends de lui ? Et après, après, s'il réagit pas, ce sera qu'un con qui te méritait pas et t'auras raison de partir pour trouver quelqu'un d'autre. Et je serai le premier à le dire. Mais là… Là…

Elle exhala par le nez, prit quelques goulées d'air rapides en fronçant des sourcils, agitant sa main plus vite encore.

— Tu es sûre que tu ne veux pas qu'on se mette ailleurs ? s'inquiéta Naruto.

Elle secoua la tête et eut une grimace contrite.

— Il ne vient plus à l'école, expliqua-t-elle. Même si je le voulais, je ne pourrai pas lui parler.

— Tu le veux ? Lui parler, je veux dire. Tu le veux ?

Hinata laissa son regard se promener alentour, examinant avec soin le décor le temps de sa réflexion. Elle finit par hocher la tête et Naruto lui rétorqua par un sourire éblouissant.

— Monte sur ma moto, je t'amène chez lui.

Elle eut un mouvement de recul qu'il n'eut aucun mal à interpréter. Sasuke n'avait jamais voulu lui présenter sa famille. Principalement parce qu'il craignait qu'elle tombe amoureuse d'Itachi, supposait Naruto. Mais à présent que l'aîné avait fait son coming-out, ça ne devrait plus poser de problème. Il insista tant et tant qu'elle finit par céder, glissant son livre dans le coffre où elle récupéra le second casque que Naruto gardait toujours au cas où.


Avachi sur le canapé, ayant renoncé à se concentrer pour réviser, Sasuke contemplait le plafond sous l'œil inquiet de sa mère qui, si elle n'avait pas osé poser de questions sur la tristesse soudaine qui accablait son cadet, n'en était pas moins surprise.

À intervalles réguliers, il soupirait, lançant une balle rebondissante qu'il s'amusait à récupérer, toujours perdu dans ses pensées. Entre ses partiels et Hinata – et la relation de couple d'Itachi et Naruto – il avait de quoi occuper ses réflexions et tout s'entrecroisait méchamment.

Quand quelqu'un sonna à la porte, il échangea un regard avec sa mère, mais ne fit pas mine de bouger. Ce fut elle qui se leva. Il l'écouta aller ouvrir la porte et dire « Oui, il est dans le salon », sans réussir à identifier ce qu'il y avait de si bizarre dans le ton employé.

Quelques pas feutrés suivirent et s'arrêtèrent près du canapé. Il soupira.

— J'ai pas envie de te parler, Naruto.

— D'accord, répondit une voix douce et claire, mais je ne suis pas Naruto.

Sasuke manqua de tomber du canapé tellement il était surpris. Il se redressa, les paupières écarquillées, le plus lentement possible et, au fur et à mesure qu'Hinata apparaissait dans son champ de vision, il sentait son cœur s'emballer.

Derrière elle, il y avait Mikoto et Naruto, mais le cadet Uchiha ne vit aucun d'eux, tant il était happé dans le regard d'Hinata. Il bafouilla une seconde, foudroya Naruto du regard, ramena ses yeux sur Hinata.

— Qu'est-ce que tu fais là ?

— Moi aussi, je suis contente de te voir, répondit-elle sans ironie.

Elle s'en voulut de ne pas avoir retenu le réflexe de traduction puis contourna le canapé pour aller s'asseoir dans le fauteuil traditionnellement investi par Fugaku. Sasuke la suivit des yeux, relativement éberlué – pour ne pas dire totalement choqué. Un mouvement attira son regard quand Naruto murmura à Mikoto « je vais attendre Itachi dans sa chambre », à quoi elle répondit « tu restes dîner ? Je compte six personnes ? ».

Sasuke réalisa que cette question lui était adressée et sa bouche s'ouvrit sous le choc quand Hinata affirma qu'elle était d'accord pour partager leur repas. Puis elle croisa les jambes, glissant ses mains sous ses cuisses et elle l'observa, alors qu'il hésitait à prendre la parole.

— C'est Naruto qui m'a amenée, dit-il après la porte de la cuisine se fut refermée sur Mikoto. Il m'a demandé de te parler.

Sasuke roula des yeux.

— Je ne veux pas de sa pitié, grommela-t-il. Me parler de quoi ?

— De pourquoi je t'ai quitté.


Quand, plus de quarante-cinq minutes plus tard, la porte d'entrée claqua, suivi par un « Je suis rentré ! » étouffé, Naruto sursauta, allongé sur le lit d'Itachi, tiré de sa sieste par le fracas de son petit-ami qui rentre.

Il n'avait pas voulu s'assoupir, bien sûr, mais entre la semi-obscurité de la pièce, le confort du matelas et l'odeur apaisante d'Itachi sur les draps, il avait fini par piquer du nez. Se redressant, il s'étira à l'instant où la porte s'ouvrait, Itachi le considérant avec un peu de surprise, rapidement remplacée par une joie immense de le trouver là. Il se débarrassa de sa veste, puis de sa cravate et Naruto émit un bruit de déception.

— Oh ben non, tu es beau avec ta cravate, l'enlève pas.

Embarrassé et ravi du compliment, Itachi sourit, secouant la tête d'un air timide, puis il s'approcha du lit, pour s'asseoir près de Naruto, glissant un baiser rapide sur ses lèvres.

— C'est Hinata, en bas, c'est ça ?

Naruto approuva en récupérant un autre baiser, puis un autre. Entre les deux, il murmura.

— Oui. Ils en sont où ?

— Enlacés dans le canapé, je crois qu'ils étaient en train de s'embrasser. Je ne me suis pas attardé, mais les oreilles de Sasuke étaient écarlates.

Le rire de Naruto emplit la pièce et la voix de Mikoto fusa pour les inciter à descendre prendre le repas.

Quand ils parvinrent dans la salle à manger, Fugaku était en bout de table, attendant patiemment que tout le monde s'installe, inspectant Hinata d'un air curieux. Elle n'osait pas vraiment bouger, assise près de Sasuke, les yeux rivés vers son assiette. Le silence était épais et un peu inconfortable, mais Naruto fit semblant de ne rien remarquer pour scander à la cantonade :

— Bonsoir Fugaku !

— Bonsoir, Naruto, bonsoir, Itachi.

— Bonsoir, Père. Sasuke et… Euh…

Hinata leva les yeux vers Itachi, esquissa un rictus gêné.

— Hinata, se présenta-t-elle.

Itachi coula vers son frère un regard explicite qu'il saisit au vol.

— Ma petite-amie, lança-t-il. Hinata est ma petite-amie.

Personne ne fit attention à l'accentuation du pronom possessif, Itachi s'installant aux côtés de Naruto. Mikoto finit par les rejoindre avec le premier plat.

— Que faites-vous, dans la vie, Hinata ? demanda-t-elle.

La jeune femme, timide, bégaya à peine, puis souffla discrètement avant de se lancer :

— Je fais des études pour devenir vétérinaire équine.

— Oh, vous aimez les chevaux ?

La question de Fugaku était un peu stupide, aussi se rattrapa-t-il immédiatement.

— J'ai fait de l'équitation quand j'étais jeune. Je pratiquais le tir à l'arc à cheval. Vous êtes cavalière ?

La glace était brisée. Il fallut moins de dix minutes pour que le naturel se réinstalle à table, la conversation entre Hinata et Fugaku s'enrichissant de Mikoto et, rapidement, ce fut comme si Hinata avait toujours été présente. Timidement, entre le plat principal et le dessert, Sasuke approcha sa main de celle de sa copine.

Naruto le charria, Sasuke l'envoya se faire mettre, Itachi piqua un fard quand le premier l'investit de cette dure mission.

Ce soir-là, Hinata ne rentra pas chez elle. Naruto non plus.

Et chacun des frères Uchiha passa une nuit magique.


FIN