Bonjour ! Bienvenu sur ce tout petit OS qui a popé dans mon esprit, j'espère que ça vous plaira !
L'Interdit
— C'est demain, rappela Hashirama d'une voix guillerette. Je peux compter sur toi, n'est-ce pas, Madara ?
Relevant la tête des formalités administratives qu'il était en train de terminer, le chef du clan Uchiha lança à l'Hokage une œillade mêlant avec brio aussi bien indifférence que questionnement poli. Hashirama soupira et finit par s'asseoir en tailleur de l'autre côté de la table sur laquelle son ami avait étalé les papiers qu'il se chargeait de remplir : il était un des rares Uchiha qui savaient lire.
Leur projet d'école et d'éducation commune pour tous les enfants des clans de Konoha avançait à son rythme et la paix relative qui s'était installée depuis la trêve entre les Senju et les Uchiha leur permettait enfin de réfléchir à offrir une instruction complète à leurs têtes blondes.
— Mon mariage avec Mito, éclaircit-il quand il réussit à saisir les prunelles onyx qui restaient rivées sur la paperasse depuis qu'il était entré. C'est demain et je voudrais que tu sois présent dans l'assistance.
— Non merci, rétorqua poliment Madara. Je ne souhaite pas être présent au mariage de l'homme que j'aime avec une autre femme.
Hashirama cilla et força un sourire sur ses lèvres.
— Tu es si rancunier, soupira-t-il. Je suis certain que Tobirama ne souhaitait pas sous-entendre une telle chose en pointant ton célibat persistant. Il a seulement l'étiquette très à cœur et sans descendance de ta part, le clan Uchiha devra choisir parmi les branches cadettes pour avoir une direction, avec tout ce que ça entraîne de tension. Ça ne te plairait pas, toi, de voir tes enfants jouer avec les miens ?
Hashirama n'obtint aucune réponse. Seul le frottement des parchemins sur la table brisa le silence. Il resta encore quelques instants dans cette position, espérant que Madara finirait par lui rendre un peu d'attention, puis il roula des yeux, abandonnant. Il avait donné l'information à son ami, ce dernier savait qu'il était attendu pour la cérémonie, c'était bien suffisant.
Il finit par quitter la pièce, lançant un ultime regard à Madara qui ne leva pas la tête vers lui pour le saluer.
— Tu n'es pas venu.
La déception qui vibrait dans la voix d'Hashirama saisit Madara alors qu'il inspectait une dernière fois le terrain d'entraînement alloué à son clan. C'était un vaste espace qui jouissait d'une zone d'eau – extrêmement pratique pour s'exercer au katon – et qui réunissait plusieurs types de terrains. Se redressant finalement, le chef du clan Uchiha pivota vers Hashirama qui s'approchait d'une allure de guingois, visiblement toujours sous le contrecoup des festivités qui avaient eu lieu la veille pour célébrer ses noces avec Mito Uzumaki – et l'alliance avec Uzushio qui allait de pair avec cette union.
Étonné par l'émotion qui vibrait dans la voix de l'Hokage, Madara pencha la tête sur le côté et plissa les paupières.
— Exactement comme je l'avais annoncé, je ne vois pas pourquoi tu es surpris. Je t'avais dit que je ne viendrais pas.
— Et comme tu l'as assorti d'une plaisanterie douteuse, je n'ai pas pris ton assertion au sérieux.
Retroussant une lèvre boudeuse, Hashirama darda sur son ami une œillade profondément déçue que Madara esquiva d'une main, avant de se replonger dans ses estimations. Les anciens lui avaient demandé des détails incroyablement pénibles à obtenir et il aurait préféré être en train de faire autre chose, c'était pour cela qu'il voulait terminer le plus vite possible. Il n'avait clairement pas le temps de faire la discussion avec l'Hokage.
D'ailleurs, Hashirama ne devrait pas avoir le temps de courir après Madara dans tout Konoha, estima ce dernier. La fonction était donc si tranquille qu'il puisse se permettre de vagabonder de la sorte ?
Pourtant, Madara fit claquer sa langue, incapable de se concentrer totalement sur ce qu'il était en train de faire. Il redressa la tête, se tourna vers Hashirama.
— Quelle partie de mon assertion était une plaisanterie ? Je suis toujours très sérieux quand nous parlons de ton mariage.
Hashirama sentit l'incompréhension monter en lui alors qu'il dévisageait Madara à la recherche de l'habituelle flammèche ironique de son regard quand il voulait s'engager dans une joute verbale, mais il ne trouva rien d'autre qu'une austérité mortelle. L'Hokage fronça les sourcils.
— Je ne comprends pas. Pourquoi n'es-tu pas venu à mon mariage ? Je croyais que tu appréciais Mito…
C'était vite dit, pensa Madara. Il n'était pas du genre à « apprécier » beaucoup de personnes. Cependant, elle était, en effet, supportable.
— Là n'est pas la question.
Les cheveux de Madara dansèrent autour de lui, ruisselant sur ses épaules et il les rejeta en arrière. Considérant l'air réellement perplexe d'Hashirama, il roula des yeux, agacé. Il pouvait difficilement faire plus clair que ce qu'il avait énoncé à de nombreuses reprises. Même Tobirama ne lui faisait plus l'offense de mettre ce fait en doute.
— Tu as dit, se souvint Hashirama, que tu refusais d'assister au mariage de l'homme que tu aimes… Tu étais… sérieux… ?
— J'espère que tes conseillers sont plus vifs que toi, je ne donne pas cher de notre village, sinon, grinça Madara. Enfin, c'est la démocratie qui t'a mis là, qu'elle fasse avec.
Semblant statufié à deux mètres de lui, Hashirama bégaya un instant et Madara porta un regard au soleil qui continuait sa course inexorable. À ce rythme, jamais il ne pourrait aller s'entraîner et c'était devenu bien trop régulier, depuis l'instauration de la paix.
Il souhaitait savoir s'il existait quelque chose de plus, dissimulé dans les pupilles fabuleuses des Uchiha, si, à présent qu'il jouissait de la lumière éternelle grâce aux yeux d'Izuna, il pouvait les pousser plus loin. Ce ne serait visiblement pas pour ce jour, une fois de plus.
— Mais je suis un homme, informa Hashirama en fronçant des sourcils.
— Ça ne m'a pas échappé, ironisa Madara. Quel est le problème ? J'ai autre chose à faire.
— Attends, attends, tu ne peux pas m'annoncer comme ça que, que tu m'… Que…
L'Hokage se gratta la tête, puis changea un peu la direction de sa phrase, incapable de prononcer ces mots.
— Tu ne peux pas me dire une telle chose, puis simplement retourner à tes occupations, tout de même !
Exhalant avec bruit, Madara accepta de s'asseoir dans la clairière, invitant Hashirama à venir s'installer près de lui, ce que l'Hokage fit avec un peu d'hébétement. Il se passa une minute pendant laquelle aucun des deux ne prononça le moindre mot, puis Hashirama finit par s'éclaircir la gorge, sa main droite arrachant des touffes d'herbe pour essayer de masquer sa gêne.
— Tu m'aimes comme on aime une femme, tenta-t-il de résumer.
Madara grimaça de dégoût, mais Hashirama, tout occupé qu'il était à son arrachage d'herbe, ne remarqua pas cet air.
— C'est interdit, récita Hashirama. L'homme doit aimer la femme et la femme doit aimer l'homme. Ceux qui ne le font pas sont châtiés.
Madara éclata d'un rire clair, un de ceux qui ravissaient tant Hashirama quand ils étaient plus jeunes.
— Ça non plus, ça ne m'a pas échappé. Mais je suis Madara Uchiha. Je me demande bien qui aurait la trempe de venir me corriger.
Il retourna une œillade taquine à Hashirama qui sentit son cœur battre de façon étrange devant l'air joyeux de son ami. Le sourire qui étirait les lèvres de Madara était ce qu'il préférait chez lui. Il ne l'offrait pas souvent, mais quand il le faisait, c'était sans condition et ce sourire avait un petit quelque chose de magique.
Le chef du clan Uchiha se pencha assez pour frôler son ami et murmurer :
— La seule personne capable de me rosser, c'est toi. Me puniras-tu de t'aimer ?
Une décharge de quelque chose poussa Hashirama à avancer, posant ses lèvres sur celles de Madara qui eut un mouvement de recul, surpris. Leurs souffles se mêlaient alors que leurs yeux s'accrochaient pour ne pas se lâcher pendant un long moment. Aucune des mille questions qui venaient à l'esprit d'Hashirama ne trouvait de réponse au fond des prunelles qui l'examinaient avec attention. Il n'en posa qu'une.
— Pourquoi tu ne me l'as jamais dit ?
— Ça aurait changé quelque chose ?
La réponse arriva une seconde trop tard.
— Non.
Et même Hashirama n'y croyait pas vraiment. Son timbre était vacillant, son hésitation palpable. Un mouvement du buste l'approcha encore de Madara, au point de l'effleurer, de s'enivrer de son parfum. Leurs lèvres se touchèrent de nouveau. Madara ne cilla pas et ne s'écarta pas.
— Fais attention à ce que tu fais, murmura-t-il. Tu es observé.
Hashirama abaissa les paupières, reculant un rien, se souvenant douloureusement qu'il y avait de grandes chances pour que son frère renforce sa surveillance lors de ses rencontres avec Madara. Quand il rouvrit les yeux, il avait pris une décision.
— Je suis Hashirama Senju, Hokage du village de Konoha, chef du clan Senju. Qu'ils essaient de me corriger pour ça.
Il s'avança de nouveau avec détermination et, cette fois-ci, aucun des deux n'empêcha le baiser d'avoir lieu.
Merci d'avoir lu, j'espère que ça vous a plu !
