Bonjour, bonjour ! Merci d'avoir lu le chapitre précédent !
Cendres d'Azur – Partie 4
Enfin, ce n'était pas vraiment Tobirama qui lui avait manqué. C'était une présence. Après deux mois et demi à veiller sur les arrières l'un de l'autre, il était évident qu'un certain sentiment de sécurité s'était développé. Il était donc logique de mal vivre un retour à la solitude.
La seconde conclusion était qu'il s'était attaché à Tobirama, mais il l'avait exclue, non sans l'analyser avec minutie – c'était trop dangereux d'accepter une telle affection, c'était lui céder un peu de ce précieux contrôle qu'il souhaitait obtenir sur les Uchiha et c'était absolument hors de question.
Il avait fini par s'endormir, mais son sommeil n'avait pas été le plus réparateur qu'il eut connu. Il était donc toujours épuisé quand il se rendit auprès d'Hashirama pour pouvoir assister, dès la première heure, au compte rendu de la mission effectuée.
Fronçant les sourcils alors qu'il avançait sur le chemin, il repensa aux informations qu'ils avaient réussi à glaner lors de leur mission. Évidemment, ce serait à l'Hokage de décider de la démarche à suivre, mais elles étaient inquiétantes.
Il arriva au bâtiment de l'Hokage en même temps que son ancien équipier et ils se saluèrent d'un hochement de tête, patientant en silence, durant la procédure de vérification de leurs identités – contrôle du chakra inclus, bien entendu.
Épiant du coin de l'œil le frère de son meilleur ami, Madara eut la maigre satisfaction de constater qu'il n'était pas le seul à avoir mal dormi et à présenter au monde un visage pâle et cerné. Quand Tobirama fit un mouvement vers lui, il détourna les yeux, feignant de se concentrer sur la façade.
Ils attendirent encore quelques secondes, puis la porte de la bâtisse s'ouvrit sur deux membres du clan Senju qui passèrent devant Madara sans paraître le remarquer pour s'arrêter près de l'autre ninja qui patientait, l'interpelant avec joie.
— Tu es rentré, constatèrent-ils d'un bel ensemble.
Puis le premier posa une main sur son épaule et son geste le fit venir dans le dos de Madara qui se tendit immédiatement, se décalant en grommelant.
— On ne s'attendait pas à te voir avec Uchiha.
— Nous ne sommes pas arrivés ensemble, crut bon de corriger Tobirama, mais en même temps.
Il sourit poliment aux deux hommes, ne retenant pas le geste d'impatience qui lui venait. Il était attendu dans le bureau de l'Hokage et n'avait pas réellement envie de s'attarder. Il déclina leur proposition de sortie, affirmant qu'il avait beaucoup de travail en retard, son absence de deux mois et demi pesant lourdement sur son emploi du temps. Ils grimacèrent de compassion quand ils comprirent que ça signifiait qu'il était resté deux mois avec Uchiha.
Tobirama laissa échapper une courte exhalation.
— C'était plutôt tolérable, admit-il en se tournant vers là où se trouvait Madara. D'ailleurs, je vais vous quitter, nous devons–
Quand il se rendit compte que ce satané Uchiha ne l'avait pas attendu pour se rendre dans le bureau de son frère, il ferma les paupières, exaspéré.
— Il aurait pu patienter, nous allons au même endroit pour la même raison, signala-t-il dans le vent avant de saluer les deux autres Senju.
Ils se recroisèrent plus tard dans la journée, dans une taverne du quartier des plaisirs. Madara était installé avec deux Uchiha que Tobirama n'identifia pas quand il regarda vers eux.
Le groupe Senju qui entra grommela face à la présence des Uchiha, comme s'il y avait une règle tacite interdisant les deux clans à se trouver dans le même établissement de façon simultanée.
Ils s'en outrèrent si bruyamment qu'ils finirent par attirer l'attention des Uchiha et Madara releva les yeux sur Tobirama.
Après quelques secondes à s'observer, le ninja aux cheveux gris hocha la tête en direction de Madara, mettant fin par ce geste aux récriminations des membres de son clan qui guettaient la moindre impolitesse de Madara pour démarrer des hostilités.
Il ne leur en laissa pas l'opportunité : il rendit le salut d'un mouvement sec, et ramena sur lui l'attention des deux hommes qui l'accompagnaient.
L'instant dura une fraction de seconde à peine, mais il s'attarda dans la conversation Senju pendant un long moment, les amis de Tobirama cherchant à comprendre pourquoi il avait été aimable avec l'incarnation même de tout ce qu'ils détestaient chez les Uchiha.
« Aimable » était un mot trop gros pour contenir ce qu'il avait réellement fait, mais ce simple hochement de tête était l'équivalent d'une semi-trahison de leur haine ancestrale, s'il en croyait les réactions des autres.
Soudainement ses amis l'ennuyèrent et il eut envie de partir, de quitter leur table et de retourner à son cabinet d'études. Il n'avait pas eu l'impression de trahir son clan en inclinant le menton de quatre degrés vers le bas. Madara lui avait sauvé la vie, lors de leur mission, plus d'une fois, et encore une de plus dans cette grotte. Ce n'était pas trop de le saluer s'ils se croisaient quelque part.
Il resta attablé avec eux, pourtant, les avertissements de son frère ancrés dans son esprit : il avait reçu, tout comme Madara, des menaces de l'Hokage, l'enjoignant à aller s'amuser plutôt que retourner immédiatement au travail. Hashirama était très sérieux, cela allait sans dire.
Quand il leva les rétines, il vit Madara profiter d'une inattention des Uchiha qui l'accompagnaient pour rouler des yeux avec exaspération et regarder fébrilement l'entrée de la taverne.
Bien entendu, Madara savait combien ces sorties entre Uchiha étaient importantes. Il s'était engagé à être présent, mais il avait plutôt envie de se réfugier quelque part où il pourrait lire le rouleau qu'il avait reçu d'Uzushio. Mito le lui avait remis dans l'après-midi et il devait lui servir à mieux comprendre le sceau de silence apposé sur Naori et Naka, peut-être le modifier. Pour l'instant, le garçon ne pouvait qu'à peine se mouvoir, terrassé par la douleur qui cherchait à le faire taire. Naori avait accepté la punition avec bien plus de facilité.
Alors voilà, boire du mauvais alcool en compagnie de ses proches était agréable, mais il avait d'autres priorités immédiates.
Donc il s'était créé une porte de sortie, qui se présenta quelques minutes après sous la forme de Naori.
Elle s'avança vers lui d'un air paniqué, et s'exclama bien assez fort :
— Maître Madara, c'est une urgence !
Les têtes se tournèrent et elle s'approcha de lui pour murmurer à son oreille de sorte que lui seul entende. Bien entendu, elle ne dit rien qui relevait de l'urgence. Elle lui parla de son frère cadet, Kagami, qui avait fait ses premiers pas et ce fut lui qui choisit de l'interpréter comme il le souhaitait :
— Quoi ? s'exclama-t-il avec une sécheresse feinte en se redressant subitement.
Naori hocha la tête d'un air grave et il se leva, amorçant un geste vers la porte. Quand il aperçut le regard envieux de Senju, mu par une impulsion qu'il ne s'expliqua pas vraiment, il s'en approcha, alors qu'il se tournait de nouveau vers ses amis.
Lorsque Madara arriva derrière lui, il se pencha, appuyant les deux mains sur la table, ses lèvres frôlèrent l'oreille de Tobirama et il y murmura :
— Tu sembles vouloir être ailleurs, voici ta porte de sortie.
Les cheveux de Madara avaient glissé, masquant ses lèvres pour tous les autres, prévenant ainsi un déchiffrage à l'aide d'un sharingan. Au passage, ils effleurèrent la peau de Tobirama qui frissonna et peina à se concentrer sur les mots, l'afflux soudain de ce parfum aux accents de pin, de cendre et de pivoine lui tournant la tête avec plus d'efficacité que l'alcool de la taverne.
— Je comprends, j'arrive, prononça-t-il d'une voix claire.
Cet opportunisme-là, cette réactivité à toute épreuve et ce sang-froid presque absurde, en temps normal, Madara les détestait. Pour une fois, la prompte réponse de Tobirama rendait l'histoire crédible, même auprès des Uchiha qui le considéraient de leur table avec circonspection, parce qu'aucun d'eux ne croiraient que les deux hommes pourraient avoir envie de frayer ensemble par plaisir.
Ils sortirent avec empressement, emboîtant le pas de Naori qui leur ouvrait la voie et, parvenus à une intersection, déjà loin de la taverne, ils s'arrêtèrent, prêts à diviser leurs routes.
— Merci, prononça Tobirama.
À retardement, il soupira.
— J'espère que ce n'est rien de grave, cette urgence.
L'air taquin sur le visage de son vis-à-vis le sidéra. Oh, il s'attendait à tout provenant de Madara, bien entendu. À absolument tout. Principalement au pire, certes, mais aussi au reste. Il n'était donc que faiblement surprenant qu'il ait mis en place un plan pour s'esquiver d'une corvée en prétextant l'urgence – Tobirama aurait dû faire de même, à vrai dire, il s'en voulait de ne pas y avoir pensé.
— La seule urgence, confirma Madara, c'était de sortir de ce piège.
Posant une main sur l'épaule de la kunoichi, il sourit encore plus.
— Nous pouvons remercier Naori pour son concours.
Elle s'inclina légèrement devant le futur Hokage, puis revint vers Madara pour demander l'autorisation de se retirer. Si Tobirama nota que quelque chose clochait chez cette fille, il était toujours trop perturbé pour s'y attarder pour le moment.
Parce qu'il était choqué par sa réalisation. Madara avait eu l'opportunité de partir et de le laisser dans cette galère, mais il avait remarqué qu'il souhaitait être n'importe où ailleurs et il avait choisi de l'inclure dans son plan.
Madara avait fait de lui son complice. Et ça, ce n'était définitivement pas quelque chose qu'il avait attendu de lui.
Après le départ de Naori, ils restèrent encore quelques instants à s'entre-regarder, incertains, puis Tobirama baissa les yeux, commença à se détourner.
— Je t'en dois une, Uchiha, dit-il pour conclure l'échange.
L'heure de payer cette dette arriva bien plus rapidement qu'il ne l'aurait cru, un peu plus tard dans la même soirée. Il était retourné à son cabinet d'études, savourant le silence et l'ambiance studieuse qui régnait en maître alors qu'il terminait la lecture d'un document qui avait été volé au pays des vagues.
Ce document contenait de précieuses informations qui pourraient sans conteste lui servir à l'avenir et il était heureux d'avoir réussi à le détourner discrètement.
Ses yeux et sa nuque tiraient délicieusement, lui rappelant qu'il était penché dessus depuis déjà longtemps. Pourtant il redressa la tête, oubliant tout de sa concentration, quand il perçut le chakra de Madara qui parcourait les couloirs menant jusqu'à lui.
Même s'il était exténué, Tobirama ne pouvait pas dissocier l'un de l'autre, donc si le chakra de Madara approchait, ça signifiait que l'homme aussi et ça ne l'arrangeait pas.
Il ne pouvait pas l'admettre sans devoir convenir d'autres choses qui, pour l'instant, ne méritaient pas d'être réfléchies plus que cela : la stature charismatique de Madara dans son bureau d'études troublait sa concentration. Il peinait à penser correctement quand il était là, parce que sa présence envahissait tout l'espace.
Mais une dette étant une dette, il se refusa à prétendre être absent. Alors il ouvrit la porte, observant l'air de Madara, tout aussi fatigué que lui.
— J'ai besoin d'un endroit calme, expliqua le leader des Uchiha. Il y a toute une escouade d'Uchiha qui m'attend chez moi, déterminée à festoyer à mes côtés. Et tu dois être le seul rabat-joie qui travaille encore à cette heure-ci.
Tobirama cilla, ses yeux glissant sur le rouleau scellé que tenait Madara entre ses mains.
— Visiblement nous sommes deux.
— Mais moi, je ne suis pas un rabat-joie, taquina Madara en entrant dans la pièce.
Et c'était la seconde fois en une soirée, en toute une vie même, que Madara le traitait presque en ami. C'était déroutant, mais pas réellement désagréable. Il se surprit à laisser échapper un petit sourire en offrant l'hospitalité au leader des Uchiha.
— Je suis rabat-joie en silence, précisa-t-il, et je m'attends à ce que tu fasses de même.
Docilement, Madara hocha la tête en le suivant du regard alors qu'il revenait s'installer. Rapidement, le frère cadet de l'Hokage retourna à sa concentration et l'autre homme oublia sa présence, ouvrant le rouleau que Mito lui avait donné.
Il lui fallut une heure pour passer l'introduction et le premier chapitre. Son amie avait lourdement insisté sur l'importance de toutes les sections. Elle lui avait expliqué avec calme que c'était là un petit précis de l'art des sceaux, une base commune à tous ceux qui pratiquaient cet art délicat.
Le silence était appréciable, pourtant il fronça tout de même les sourcils, claquant la langue et attirant sur lui le regard de Tobirama qui l'observa un instant.
C'était un spectacle rare qui s'offrait devant lui : un Madara, sans arme, sans armure, l'air tout à la fois fatigué et concentré et perplexe n'était pas une scène qui se présentait tous les matins. Le parfum de cet Uchiha de malheur se répandait dans la pièce à une allure affolante et il réussissait l'exploit d'être à la fois subtil et entêtant.
À chaque fois qu'il pensait s'y habituer, en faire abstraction, Madara faisait un mouvement et l'odeur mélangée de pivoine, cendres et pin se diffusait de nouveau. Quand il se prit à fermer les yeux pour le humer avec plaisir, Tobirama fronça les sourcils et tourna discrètement la tête pour observer quels gestes pouvait bien faire Madara pour parvenir à ce point à occuper tout l'espace de son cabinet d'études.
Il le trouva affairé à la lecture de son rouleau qui semblait rédigé de phrases tracées d'une écriture minuscule et resserrée. L'arrière du parchemin était frappé des armoiries Uzumaki, ce qui laissait entendre, vu l'épaisseur du document, qu'il s'agissait d'un traité à propos de sceau. Ce constat éveilla considérablement l'intérêt de Tobirama qui s'appuya sur son coude et se pencha un peu en avant pour mieux observer la scène.
De prime abord, il tenta de deviner sur quoi portaient les recherches si pressantes de Madara, urgentes au point de monter un stratagème pour esquiver une beuverie avec ses amis pourtant rompus à l'art de l'enivrement.
Puis Madara bougea de nouveau, ramenant une fois de plus son parfum vers l'arrière de la pièce où se trouvait Tobirama qui ne rata rien du geste. Il vit la main de Madara plonger dans sa chevelure pour dégager une mèche épaisse qui ne tenait pas en place et il déglutit, troublé.
Madara leva les yeux, se sentant probablement observé, puis il haussa les sourcils quand il vit Tobirama détourner le regard d'une façon qu'il n'avait jamais notée chez lui : avec gêne. Étonné, il secoua la tête et revint vers les mots qu'il essayait de comprendre.
« Pour une écriture sigillographique de forme ronde, il sera préféré un assemblage… »
Il y eut un cri étouffé qui les fit tous deux relever la tête avec la même alerte, puis un rire suivit, tout aussi lointain, et leurs yeux se trouvèrent de nouveau. Ce fut Madara qui rompit le contact, attiré par un mouvement discret. Ses rétines observèrent les lèvres de Tobirama alors qu'il exhalait doucement, les entrouvrant à peine. Madara cilla et retourna sur son parchemin.
« un assemblage de trois cercles concentriques servant à former le sous-sceau qui contiendra la structure interne du sceau »
La flamme de la bougie avec laquelle il s'éclairait vacilla un peu quand Tobirama se leva pour récupérer quelque chose en haut d'une étagère. Madara le regarda étirer le bras, constata avec une pointe de dépit que la taille compte, finalement, puisque lui-même ne pouvait pas atteindre l'étagère pour trois pauvres centimètres manquants.
« la structure interne du sceau : il s'agira dès lors d'articuler les parties sous-dynamiques et de les relier grâce aux écritures sigillaires de jonction classiques »
Roulant des yeux avec un manque d'enthousiasme flagrant, Madara revint au début de sa phrase, se fustigeant intérieurement de s'être laissé déconcentrer. Ses pensées vagabondèrent encore un peu, il frissonna de fatigue et passa une main sur son visage.
— Souhaites-tu une aide quelconque ?
La voix de Tobirama résonna dans le cabinet d'études et paraissait comme sortir d'un autre espace-temps, tant Madara s'était habitué au silence. Il se redressa pour contempler son ancien équipier. Celui-ci lui jetait une œillade en coin, toujours à moitié concentré sur sa propre tâche.
— J'en suis capable, précisa Tobirama. Sans être un expert comme Mito, je connais l'art des sceaux.
Partagé entre l'amusement provoqué par le début de la phrase qui lui rappela les avances qu'il lui avait faites et son agacement, Madara refusa d'un hochement de tête un peu sec.
— Je te remercie, mais je devrais y arriver seul.
— Je n'en doute pas, tu es intelligent, tu sauras t'en sortir.
Tobirama retourna à son étude sans rien rajouter, laissant Madara foudroyé par le compliment direct et dépourvu de sarcasme qui venait de lui être adressé. Il s'autorisa à scruter sans pudeur celui que le lui avait prodigué, remarquant pour la première fois à quel point le silence lui allait bien, à quel point il était attirant. Tout en lui exhalait le contrôle, de sa respiration lente et maîtrisée à sa posture droite. Même ses doigts se mouvaient avec cette aura qui, pour cette fois, paraissait tellement tentatrice aux yeux de Madara.
Il secoua la tête. Revint une nouvelle fois sur le rouleau.
« d'articuler les parties sous-dynamiques et de les relier grâce aux écritures sigillaires de jonction classiques (voir la section 3, chapitre 17) en prenant garde de ne pas associer des écritures antagonistes (feu-eau, terre-ciel, soleil-lune sont les trois paires les plus communément associées par erreur), sans pour autant s'aventurer à produire »
Il papillonna des cils, lança un regard assassin au parchemin indigeste qu'il essayait de lire et se força une nouvelle fois. Il devait réussir, pour le bien-être de Naori et Naka.
Si le garçon était aussi mal, c'était parce que la rancœur qu'il entretenait envers Madara l'obligeait sans cesse à rappeler Izanagi dans sa mémoire et le sceau réagissait avec force, le condamnant à garder le lit. Et les Uchiha ne pourraient pas retenir Naka loin des missions pour Konoha pour le reste de sa vie sans attirer l'attention sur eux.
Alors, bien sûr, il pourrait aussi demander de l'aide au créateur du sceau de silence, mais malgré tout, il préférait régler ça lui-même. Et plus de connaissances sur les sceaux ne pourraient pas lui faire de mal.
« sans pour autant s'aventurer à produire un couple insipide – par insipide, nous entendons bien sûr un sceau insipide (voir avant-propos; introduction; section 6 du chapitre 14). »
Il compta le nombre de lignes qui séparaient la majuscule du début de phrase au point final, puis il résista à l'envie de s'aplatir le front contre la table qu'il occupait : il avait oublié le début du paragraphe.
Renonçant franchement à élucider le mystère du sens de cette phrase dans l'immédiat, il revint vers son hôte et ouvrit la bouche qu'il referma aussitôt. Il était tenté d'accepter l'aide qui venait de lui être proposée, mais il ne parvenait pas à franchir le pas.
C'était impossible d'oublier que Tobirama Senju était dangereux. Bien sûr, il était moins puissant que son frère, mais Hashirama était le Dieu des Shinobis, difficile à égaler. Il n'en restait pas moins qu'aux yeux de Madara, le cadet, sournois, calculateur et d'une rare intelligence, était une menace bien plus grande que l'Hokage, bien trop loyal pour faire des coups en douce.
Accepter son aide l'obligerait à présenter son dos à Tobirama, le laisser regarder par-dessus son épaule et il s'y répugnait déjà quand il s'agissait de quelqu'un de confiance, alors, bien entendu, il n'était pas question d'offrir à Tobirama la moindre occasion de le poignarder en traître.
Et, puisqu'il devait être honnête avec lui-même, il redoutait la proximité de ce corps qu'il savait brûlant, savoir acquis dans cette grotte, quand il avait dû le plaquer contre la paroi humide. Il avait senti la chaleur de Tobirama se diffuser contre lui alors qu'il avait toujours pensé que la peau était aussi froide que son regard.
Madara soupira discrètement, ramenant ses yeux sur le rouleau qui n'attendait que son attention quand il sentit une ardeur nouvelle monter en lui.
Finalement libéré du regard scrutateur qui pesait sur lui, Tobirama put à loisir relever les rétines pour les orienter sur Madara. Il savait déjà que c'était difficile de réfléchir en présence du meilleur ami de son frère. Mais à ce point, c'était horripilant.
C'était son parfum. Il ne parvenait pas à se concentrer avec une telle odeur partout. Il devenait parfaitement inutile dès lors qu'il se retrouvait enfermé dans un endroit exigu avec Madara à cause de son parfum. Agacé, il souffla par le nez. Il ne savait même pas d'où provenait cette fragrance.
Étaient-ce ses cheveux ? Ses vêtements ? Ou simplement l'odeur de sa peau ?
Ce n'était pas un effluve désagréable, bien sûr, mais à force de la respirer, il se sentait engourdi, il baissait sa garde : malgré lui, il l'avait associée à un sentiment de confort et de sécurité.
Ils passèrent plusieurs heures dans cette absence de concentration, échangeant des regards à demi-capturés, puis Madara craqua, tout simplement.
— Ta proposition tient toujours ?
Tobirama baissa les yeux sur le rouleau un instant.
— Pas celle-là, détrompa Madara.
D'ordinaire, il détestait cette capacité incroyable qu'avait l'horripilant frère d'Hashirama de retourner à son avantage toute situation le mettant en position délicate. Il détestait cette vive intelligence, cette aptitude à une réflexion froide et sans émotion, cet opportunisme patenté qui faisait de Tobirama la créature la plus dangereuse que cette Terre ait portée, sans exagération aucune.
Pourtant à ce moment précis, il aima sans détour et sans condition la lueur calculatrice qui brilla dans les iris rouges qui se posaient sur lui, parce qu'ils voulaient exactement la même chose, parce que l'éclat sournois dans les yeux qui le scrutaient se mêlait à un désir sourd.
L'instant d'après, il se retrouva plaqué sur un lit et il estima que c'était une utilisation pratique, cocasse et novatrice de cette technique de téléport qui donnait du fil à retordre à tant de gens, sur un champ de bataille.
Fin !
J'espère que ça vous a plu et on se retrouve prochainement pour d'autres fanfics !
