Waaaaah, j'avais disparu depuis tellement de temps, c'est presque indécent !

Cet OS a été inspiré par le chapitre 60 de Boruto. No spoils, pas besoin de lire Boruto pour suivre !


Racines

Il était déjà plus de minuit quand Hashirama franchit la porte du bureau de son frère qui s'attardait pour terminer un travail administratif qu'il n'avait pas pu achever avant de partir en mission.

Le premier Hokage ne prononça pas un mot, se contentant de faire les cent pas en attendant que son cadet finisse la rédaction de son paragraphe, le grattement du stylo sur le papier s'accordant à merveille aux contractions contrariées des mâchoires d'Hashirama.

Les mains croisées dans le dos, visiblement aussi fatigué qu'agacé, il jetait de fréquents regards à la silhouette de son frère. Le bureau était lourd d'une odeur reconnaissable entre mille, sang séché et sueur, elle suivait les ninjas les plus redoutables à la trace et sans nul doute Tobirama comptait parmi eux.

Il ne payait pas de mine, quand on le voyait ainsi recroquevillé sur une paperasse presque capable de le terrasser, mais il était sans conteste le troisième shinobi le plus puissant du village. Pour autant, Hashirama percevait toujours en lui l'enfant curieux et avide de savoirs qu'il avait été, avant d'être transformé en une impitoyable machine à tuer.

C'était son petit frère. Son petit frère était épuisé, il portait ses cernes comme autant de preuves qu'il travaillait dur, parfois jusqu'à l'évanouissement. Il se tuait à la tâche pour parvenir à compenser les défauts d'Hashirama, comme Hashirama se défonçait pour combler ceux de son petit frère.

Quand Tobirama reposa son stylo et prêta finalement son attention à Hashirama, ce dernier eut une grimace. La fureur flamboyait toujours dans ses yeux, irascible et puissante, presque à l'image de celle que charriait derrière lui le second fondateur de Konoha.

— Je t'aime, prononça-t-il d'une voix chargée de colère.

Tobirama roula des yeux, plus agacé contre ceux qui avaient énervé son aîné que contre le mot d'amour qui avait vibré avec rage dans le bureau silencieux.

— Je sais.

Le regard qu'il porta à son frère en disait bien plus long que ce qu'il aurait pu prononcer. Ce n'était pas dans sa nature de le dire, Hashirama le savait, il le connaissait bien trop pour ignorer ça. Quand leurs yeux se croisèrent, les épaules de l'Hokage se libérèrent d'un coup de la tension qu'il avait accumulée. Il finit par s'asseoir sur la chaise qui faisait face à son cadet, observant ses iris rouges, son teint pâle, ses cheveux si clairs.

— Qui ? demanda Tobirama d'un ton sans âme.

— Le chef de clan Hyuuga.

Beaucoup trop de personnes se permettaient, de plus en plus, de signifier à l'Hokage qu'il n'était pas obligé d'aimer son frère par devoir. Qu'ils comprenaient que leurs différences devaient les séparer pour les rendre aussi éloignés que leurs physiques le suggérait.

— Ils ne comprennent rien, grogna Hashirama, rien du tout.

Tobirama haussa les épaules, oublieux. Ça n'avait pas d'importance, ce que les autres pensaient de lui. Les personnes vraiment importantes savaient qui il était : Toka, Mito, Hashirama… Cependant, Hashirama ne l'entendait pas de cette oreille. Il tapa son poing sur la table.

— Comment osent-ils… ?

Il s'étouffait dans son indignation et Tobirama soupira. Il avait eu vent de ces commentaires. Ça allait si loin que, quelques semaines auparavant, c'était Madara qui avait menacé quelques personnes de les massacrer s'ils ne faisaient pas taire leur langue acérée. Tobirama doutait que c'était pour le défendre lui, c'était sans doute par rapport à Izuna, mais ça avait ébranlé les deux Senju qui ne s'étaient certainement pas attendus à ça.

— Comment peuvent-ils ne pas se rendre compte que sans toi, rien de tout ceci n'existerait ?

Parce qu'Hashirama avait avant tout, au même titre que son ami, voulu fonder ce village pour protéger ceux qui restaient. Pour protéger son frère. Pour qu'il puisse finalement cesser d'être ce ninja que tous disaient dégaigneux et sans cœur et pour qu'il puisse redevenir l'enfant curieux et avide de connaissances qu'il savait se cacher sous les traits froids et peu avenants.

Tobirama en avait parfaitement conscience et lui en était grandement reconnaissant, même s'il pensait sincèrement qu'il ne méritait pas tant d'efforts.

Finalement, Hashirama s'affaissa.

— Konoha est un village où tout le monde peut se sentir à l'aise, y compris les gens comme toi.

Le cadet savait très bien ce qui se cachait derrière ce « comme toi » : solitaire, méfiant, un peu déphasé avec la paix à force d'avoir connu la guerre.

— C'est comme ça que je l'ai pensé. Sinon, il n'y avait aucune raison de fonder le village.

Derrière cette phrase, il y avait l'évidence : « s'ils te mettent mal à l'aise, j'aurais fait tout ça en vain ».

— Ne sois pas déraisonnable, tança Tobirama d'une voix égale. Je ne suis pas mal à l'aise, dans ce village. C'est chez moi, maintenant.

Hashirama eut un sourire un peu moins lumineux que d'habitude puis il exhala bruyamment, rejetant sa tête en arrière.

— J'aime que tu sois différent de moi, pensa-t-il à haute voix. Ça n'aurait aucun intérêt que tu sois mon identique. J'ai besoin de toi pour me recadrer et me guider. J'en deviendrais fou, s'il t'arrivait malheur.

— C'est bien pour ça qu'il ne m'arrivera rien, rassura Tobirama.

Hashirama ne répondit pas, se contentant de laisser son frère reprendre son travail, savourant la présence silencieuse et réconfortante.

Oh, oui, Hashirama aimait son frère. Incroyablement. Déraisonnablement. Au point qu'il avait voulu mettre fin à un conflit presque millénaire. Au point de s'aliéner leurs anciens ennemis, contre l'avis de nombreux des siens.

— Tu es le seul capable de m'enraciner, souffla Hashirama au bout de longues minutes quand il fut finalement apaisé.

Et cette phrase lui attira le sourire de son cadet, un de ceux qui éclairent le monde et qu'il n'offre à personne, personne, à part ceux qui comptent vraiment.

Alors, qu'ils aillent au diable, ceux qui pensaient qu'ils étaient trop différents, qu'ils se toléraient à peine, qu'il n'aimait son frère que par devoir.


Merci d'avoir lu !