Bonjour, bonjour !

Ceci est une préquelle à ma fanfic "Au Corps et Aux Trousses". Elle est compréhensible sans avoir lu la fanfic principale, mais ça gâche un peu le plaisir de la lire avant. Cependant, elle est lisible à partir du chapitre 73 d'ACAT.

La publication dépendra principalement de l'avancement de la fic principale, parce que sinon, ça va vous donner des infos que je ne veux pas que vous ayez de suite.

En termes de chronologie, par rapport à ACAT, ça se passe longtemps avant. Les indices temporels vous apprendront que Nagato et Yahiko viennent juste d'entrer à l'école de police.


Chapitre 1

Deux coups secs furent frappés à la porte du bureau et Dan Kato soupira, observant la silhouette de Tobirama Senju à travers la vitre fumée. Il n'eut pas à donner l'autorisation à l'homme d'entrer, celui-ci franchit le seuil, présentant son visage fermé.

C'était malheureux, très malheureux, mais Dan n'avait pas le choix. Il connaissait bien Tobirama, ils avaient travaillé ensemble bien avant sa promotion à la place de lieutenant de la brigade criminelle et il détestait l'idée que le métier ait usé son collègue à ce point. Pourtant, c'était bien ce qu'il s'était passé : Tobirama Senju avait sombré, année après année, jusqu'à dépasser la limite.

Tobirama s'arrêta devant le bureau et ne s'installa pas sur la chaise à la disposition des agents qui venaient discuter avec leur supérieur. Il ne s'asseyait jamais, donc ça ne surprit pas vraiment Dan qui ne prit même pas la peine de le lui proposer.

Le carton qu'il tenait sous son bras gauche tirait sur sa veste, sur sa chemise et dévoilait un peu de la peau blanche de sa clavicule. Les cicatrices sur son visage étaient encore rouges et des cernes noirs cerclaient ses yeux à la couleur si particulière.

Dan Kato se prit à sourire : une rumeur courait à propos d'une jeune recrue qui venait d'entrer à l'école de police et qui aurait les yeux violets. Il se demanda si le commissariat avait pour vocation d'accueillir des personnes dotées d'iris aux teintes originales, puis il secoua la tête pour revenir à son subordonné.

Son ancien subordonné. Bon sang !

Dans le carton ouvert que Tobirama tenait sous le bras, il y avait les objets personnels qu'il avait accumulés à son bureau. De là où il se trouvait, Dan pouvait apercevoir un cadre photo de bois clair et sculpté, un étui à lunettes et un pot à crayons. Il se demanda vaguement ce que son collègue avait bien pu mettre d'autre dans le carton. Il n'avait jamais été du genre à ramener sa vie privée dans sa vie professionnelle, il cloisonnait, pour protéger les siens, pour protéger son dernier frère, Itama Senju, chirurgien de renom.

À vrai dire, pensa Dan en repoussant son fauteuil pour se lever et contourner son bureau, Tobirama Senju ferait un bon personnage de roman noir.

— Je suis venu te rendre mon arme et ma plaque, prononça Tobirama.

Sur son visage, il n'y avait rien d'autre que cette amertume qui ne le quittait pas. Les yeux de Dan tombèrent sur la photo dans le cadre alors qu'il se plaçait à moins d'un mètre de celui qui était désormais son ancien collègue.

Il croisa le regard souriant d'un Tobirama Senju bien plus jeune, âgé d'une quinzaine d'années, un peu moins. Un bras passait par-dessus son épaule, mais la photo était pliée et Dan n'avait jamais su qui était la personne qui l'enlaçait aussi chaleureusement. Sur le bord droit de la photo, toutefois, se trouvait un homme plus âgé, son frère aîné Hashirama, radieux.

Dan leva les yeux, croisa le regard de Tobirama.

— Tu sais que je n'ai pas le choix, se justifia-t-il. Uchiha a été gentil de réclamer ta démission plutôt que–

— Gentil ? siffla Tobirama en se reculant. Madara Uchiha n'est certainement pas gentil. C'est un serpent.

Dan leva les mains, tournant un regard anxieux vers la porte.

— Peut-être, ouais, mais il tient le commissaire par les couilles, s'agaça Dan d'un ton sec. Estimons-nous heureux qu'il n'ait pas réclamé la dissolution de Raijin à cause de ta bavure ! Il voulait ta tête et il l'a eue, tu as commis une erreur !

Tobirama maintint le contact visuel pendant quelques instants, puis il baissa les yeux, déglutissant, embarrassé, un air coupable se peignant sur son visage.

— Écoute, marmonna Dan en se rapprochant et en affaiblissant sa voix. Tu l'as sous-estimé, ce sont des choses qui arrivent.

— Cela ne se reproduira plus, garantit Tobirama en faisant un nouveau pas en arrière en direction de la porte.

Dan fronça les sourcils et humecta ses lèvres. Puis il choisit d'ignorer la phrase, préféra ne pas savoir ce qui se tramait dans l'esprit de son vis-à-vis.

— Izuna Uchiha sortira de l'hôpital demain soir.

Tobirama grogna, replaça son carton. Sa frustration se lisait sur son visage, il le savait, mais il n'en avait cure. La Main de Madara n'aurait pas dû survivre à leur dernière entrevue. Et c'était l'erreur commise par Tobirama : il n'avait pas visé la tête, pensant qu'il était préférable de laisser Izuna se vider de son sang et crever dans une hémorragie. C'était sans doute stupide, Tobirama avait réellement espéré que le frère de Madara donnerait des informations sur son lit de mort, que ça pourrait le conduire à faire tomber l'assassin d'Hashirama.

Torture, avait dit le commissaire. Inacceptable.

Tobirama n'aurait pas choisi ce mot pour décrire ce qu'il avait fait à Izuna. « Juste retour des choses » serait plus proche de la vérité. C'était à cet homme qu'il devait les cicatrices qu'il portait au visage, marqué à jamais comme l'ennemi de la famille Uchiha. Mais…

Vous n'êtes pas un héros maudit, Senju ! Vous ne pouvez pas vous prétendre au-dessus des lois sans en payer les conséquences ! Nous avons une éthique, dans ce métier ! Vous avez clairement dépassé les bornes !

Venant du commissaire, c'était culotté. Il avait fait bien pire et qu'il se laisse acheter par Madara était la preuve que son éthique avait foutu le camp depuis bien longtemps. Il déglutit, pinça les lèvres et tendit de sa main libre sa plaque et son arme. Dan les attrapa, le fixa d'un air étrange.

— Je sais que tu n'as jamais eu autre chose que de bonnes intentions et que tu es une personne bien, lança-t-il sans y croire vraiment. Ça arrive de sombrer et de commettre une erreur. Je suis heureux que les Uchiha n'aient pas choisi la voie du procès. Je vais prendre la relève, tu peux compter sur moi.

Un silence flotta entre eux, embarrassé et Dan passa une main dans ses cheveux en cherchant ses mots.

— Tu… C'est toi qui m'as tout appris dans ce métier. Ce ne sera pas oublié, crois-moi. Je t'en suis reconnaissant, vraiment, je… J'aurais voulu pouvoir te sau… t'aider.

Tobirama braqua un regard sévère sur son ancienne recrue, devenue plus gradée que lui. Il n'avait jamais eu le désir de monter en galon : ça lui aurait coûté sa place sur le terrain et il n'était pas fait pour être un gratte-papier.

Son pied bougea légèrement alors qu'il se redressait pour délivrer sa dernière leçon.

— Les méthodes classiques ne fonctionneront pas avec Madara, il est bien trop intelligent pour ça. Quoiqu'il arrive, ne les laisse pas démanteler Raijin. Cette équipe est essentielle et nécessaire pour faire tomber Madara. Sinon, il jouera sur les faiblesses de la police, ces fichues rivalités entre services. Et surtout, surveille le trafic d'armes. Il y viendra. Pour l'instant, il n'a pas besoin d'y toucher, mais sa mainmise s'étend de plus en plus et il est insatiable, il voudra l'hégémonie. Peut-être pas cette année, peut-être pas l'année prochaine, mais il est patient et son esprit corrompu agit toujours avec une grande finesse.

Dan hocha la tête, un peu surpris par les mots, mais finalement pas tant que ça. Depuis le temps que Tobirama courait après Madara Uchiha, il n'était pas si étonnant qu'il ait appris à anticiper ses actions et à planifier sur du long.

— Parfois, j'ai presque l'impression que tu le connais personnellement, s'amusa-t-il. Mais merci pour les conseils. Je vais faire tout ce que je peux.

— Je sais.

Puis finalement, il quitta le bureau, emportant avec lui son si précieux carton et quand la porte se referma, Dan eut l'impression d'avoir manqué quelque chose.


À bientôt pour le deuxième chapitre (sur environ quatre ou cinq) !