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Les Bonnes Intentions – Chapitre 2

Quand il arriva chez lui, il était aux environs de dix-sept heures et le soleil avait déjà bien entamé sa course en direction de l'arrière des montages.

La porte claqua quand il la repoussa d'un coup de talon bien placé, jetant ses clés dans le vide-poches dans un tintinnabulement léger. Son mouvement suivant atterrit sur l'interrupteur qui permit à la lumière d'éclairer la pièce à vivre, puis il s'avança, délaissant le carton sur la table à manger de son appartement, avant de retirer sa veste qu'il posa sur le porte-manteau, les yeux perdus dans le vague.

Le silence de son appartement mordit son cœur dès qu'il eut terminé de retirer ses chaussures et il resta immobile un long moment, ne réalisant pas encore complètement qu'il s'était fait virer de la police.

Il finit par s'ébrouer, passant une main fébrile dans ses cheveux blancs, puis sur son visage et il reprit le fil de sa routine, traversant la pièce pour aller fermer les épais rideaux sur le télescope braqué sur les fenêtres du penthouse de l'immeuble d'en face. Avant de tirer le tissu isolant – d'un gris souris douteux –, Tobirama jeta un regard vers les vitres adjacentes, constatant qu'elles étaient allumées.

Il est chez lui.

Il fit claquer sa langue et termina son mouvement, se rendant dans la chambre pour fermer les volets, un peu contrarié par le bruit de la circulation qui résonnait dans la pièce. Elle n'était pas très meublée, il n'avait jamais accordé le moindre soin à la décoration de son appartement. Il y avait un lit dans lequel il n'avait pas dormi depuis un long moment, les couvertures étaient en vrac et un de ses oreillers avait chuté sur le sol.

La porte du placard grinçait, ne se fermait plus tout à fait et il la laissa comme elle était, renonçant par avance à lutter pour parvenir à la maintenir close. Sur les différents rayonnages se trouvaient ses vêtements.

Parmi eux, en cherchant bien, il y avait de petits sachets de poudre blanche qu'Itama aurait probablement traqués avant de les remettre à Toka et, de concert, ils lui auraient jeté des regards déçus qu'il connaissait extrêmement bien.

Avec un soupir, il s'assit au bord de son lit, se massant les paupières et les tempes dans l'histoire de chasser un début de mal de crâne qui pointait sous la peau. Le klaxon d'une voiture résonna dans la pièce et il fronça les sourcils.

Il avait toujours détesté vivre en ville. L'air y était lourd, puant, les gens grouillaient comme des insectes, il n'y avait ni calme ni intimité, la nature était sous contrôle et les simulacres de forêt érigés en parcs disséminés partout en ville ne parvenaient pas à l'apaiser, peu importe combien il y marchait.

Sa campagne natale lui manquait chaque jour, depuis qu'il avait emménagé en ville. Il avait choisi cet appartement spécifiquement pour la vue offerte sur le Ristretto et le penthouse au-dessus et il usait des heures entières, l'œil braqué dans la lunette de son télescope, jouant les voyeurs, annotant avec soin les allers et retours dans l'appartement d'en face.

Il était venu ici avec un objectif en tête et que son commissaire lui ait forcé la main pour qu'il démissionne lui avait ôté toutes ses chances de pouvoir l'atteindre.

Faire tomber Madara Uchiha de son trône d'os et d'épines.

Tobirama se releva avec force, une nouvelle vague de contrariété le forçant à faire les cent pas sur le parquet bon marché de sa chambre. Un sentiment d'injustice très peu crédible s'infiltrait à lui et juste assez de puérilité pour qu'il ait envie de hurler, de dire que c'étaient les autres qui avaient commencé, que les cicatrices sur son visage valaient bien le trou dans le flanc d'Izuna.

Appuyer sur la plaie béante avec sa semelle avait souillé sa chaussure à jamais. Elle trônait avec sa sœur dans le placard, toujours tachée et ça ne lui avait pas traversé l'esprit d'essayer de les nettoyer. Peut-être que ça avait aussi souillé son âme, après tout. Il se souvenait encore des couinements de douleur qu'il était parvenu à arracher à Izuna et quand il y repensait, il y prenait un plaisir malsain. Il avait enfin eu la chance de rendre un peu des souffrances infligées par ce monstre.

Torture. Inacceptable.

Un grognement lui échappa alors qu'il quittait sa chambre, se dirigeant vers le carton qu'il avait abandonné dans l'entrée. Il en écarta les rabats avant de plonger ses mains dedans pour en retirer le cadre qu'il posa vitre contre la table. Il fit longuement tourner le pot à crayons entre ses doigts, réfléchissant à l'usage qu'il pourrait en faire, l'abandonna à son tour pour récupérer ce qui était caché au fond du carton.

Avant de partir, il avait réussi à photocopier le contenu d'un dossier ultra confidentiel qui irait rejoindre la collection qu'il dissimulait déjà chez lui. La boîte d'archive aux teintes bleues était miraculeusement passée inaperçue aux yeux de Dan, Toka ayant bien entendu détourné le regard quand elle l'avait aperçue alors qu'elle examinait le contenu du carton qu'il allait ramener chez lui.

Les lèvres pincées de sa cousine en disaient long sur ce qu'elle pensait de lui quand il agissait de la sorte, mais elle ne savait pas. Elle ignorait tout de l'implication de la famille Uchiha dans la mort d'Hashirama, il n'avait jamais eu le cœur à le lui dire.

Pour Toka, comme pour Itama, l'engagement de Tobirama dans les forces de l'ordre avait été parfaitement inexplicable. Avant, il était en bonne voie pour étudier la médecine, mais il avait renoncé peu de temps après la mort de son frère et personne, dans sa famille, n'avait compris le lien entre les deux événements.

Ses doigts trouvèrent l'arrière du cadre qu'il avait finalement fait glisser vers lui et il tâtonna pour redresser les crochets de métal et retira la plaque qui maintenait la photo en place, l'attrapant entre ses doigts et la dépliant.

Il l'observa un instant, puis l'abandonna sans cérémonie sur la table, s'approchant du tiroir d'un meuble qui traînait dans l'entrée pour en tirer de nouveaux clichés. Il remplaça la vieille photo par une nouvelle, plus récente, qui le représentait en compagnie d'Itama et Toka, lors de leur dernier séjour à Uzushio.

Il la plaça dans le cadre et le referma, le posant sur le meuble de l'entrée, puis, finalement, il saisit le dossier pour aller s'écrouler sur le canapé et le feuilleter. Le rapport était détaillé et documenté, contenant des informations confidentielles sur les prochaines opérations de Madara. Il tourna une page et s'arrêta attentivement pour contempler l'image qui sauta à ses yeux, représentant Madara alors qu'il sortait d'une voiture aux vitres teintées, encadré par Izuna et Setsuna.

Il mordit sa lèvre inférieure pour contenir la colère qui surgit quand ses rétines effleurèrent les contours de la silhouette de Madara.

Cet homme était une nuisance et à présent, il ne pourrait rien faire pour l'empêcher d'exister. Rien. Les jointures de ses doigts blanchirent au fur et à mesure qu'il les serrait sur le papier, les yeux perdus dans le vague, à moitié orienté vers les fenêtres d'en face.

Ce serait tellement facile de simplement traverser la rue, de passer par l'entrée dérobée et peu gardée, de profiter de l'absence d'Izuna pour vider son chargeur sur Madara et enfin débarrasser le monde de cette raclure…

L'idée était tentante, puisqu'il était privé de la possibilité de simplement le faire condamner pour tout ce qu'il avait fait jusqu'à présent.

Il resta longtemps à observer les fenêtres du penthouse au-dessus du Ristretto.

Tobirama détestait vivre en ville. Vraiment, il avait horreur de ça. Le vent était lourd, ici, chargé de pollution, d'odeurs rances et détestables, il y avait trop de monde et de béton. Pourtant, quand il avait eu l'opportunité d'emménager dans cet appartement qui faisait face à ce qu'il avait découvert être le point de chute de Madara à Konoha, il n'avait pas hésité une seule seconde.

Il referma le dossier et se leva dans un mouvement vif et colérique, mais il n'eut pas le temps de se diriger vers sa chambre que des clés cliquetaient dans la serrure. Surpris, il dirigea ses yeux vers la porte d'entrée qui s'ouvrit, laissant apparaître Itama emmitouflé dans un manteau trois-quarts chaud et sombre, ses mains gantées serrées sur les poignées d'un sac de courses.


À bientôt !