Auteur : kitsu34
Origine : Saint Seiya
Couple : CaMilo, parce que ce sont les seuls qui conviennent niveau caractère avec ce que je veux faire… J'ai essayé avec d'autres, notamment mes jumeaux préférés, mais ça ne marche pas… Par contre, il y aura des couples secondaires qui apparaîtront petit à petit.
Disclaimers : Rien à moi dans l'univers Saint Seiya…
Note : La santé ne s'améliore pas aussi vite que mon médecin, mon entourage et moi ne l'espérions. Mais enfin elle commence doucement à s'améliorer, on dirait. Par contre, c'est le moral qui a sombré dernièrement et je suis désolé si j'ai omis de répondre à des commentaires ou des réponses. Le découragement m'a étreint et j'ai écouté sa voix pernicieuse qui me soufflait que ce que j'écrivais n'était pas digne d'être posté ou lu. Cela m'arrive de temps en temps, particulièrement quand la vie est plus difficile à cause du travail, ou là de la santé. Je m'excuse donc de l'attente de ce chapitre et de sa qualité, car il m'a été très difficile à écrire, vraiment. S'il est mauvais, ne soyez pas trop sévères : je fais ce que je peux, en ce moment…
Réponse à Skeleton Death : Merci beaucoup pour ta review et tes compliments sur l'histoire et le style (cela me fait très plaisir que le style te convienne, qu'il soit agréable à lire, c'est un très beau compliment!^^ )
En effet j'ai gardé les couleurs du manga quasiment dans toutes mes fics car je les préfère, déjà, et ensuite, que ce soit la série Iéranissia ou bien cette histoire, j'aime ancrer mes scenarii dans notre réalité. Aussi, comme tu le remarques justement, la longueur des chevelures saintseiyesques est déjà inhabituelle, je ne voulais pas rajouter des couleurs improbables.
Merci aussi pour les liens avec le manga que tu as remarqués et pour te répondre, en effet, Albérich est sous cocaïne, amis je ne voulais pas trop insister là dessus, il est donc possible que je n'ai pas été assez clair.
Pour ce qui est de Milo/Red, c'est tout à fait cela, une dualité qui flirte presque avec une sorte de dédoublement de la personnalité : c'est une défense psychique lorsque la réalité devient impossible à surmonter et/ou accepter. Et ta comparaison avec le chat est tout à fait juste puisque j'utilise essentiellement pour Milo la comparaison avec un félin, mais plus gros et plus dangereux, comme la panthère ou le tigre. Beauté et dangerosité, allié à une certaine forme de sadisme et de cruauté, puisque le chat joue bien souvent avec sa proie avant de la dévorer…
Merci encore pour ta review et si tu la lis, j'espère que la suite ne te décevra pas trop...
Red Love – Chapitre 12
La cuisine était parfaitement propre, les surfaces chromées luisaient doucement dans l'éclairage blanc et tranchant du plafonnier. Les batteries, les plats et les assiettes s'empilaient dans un ordre net et parfait. Lilian engloba du regard avec un mince sourire la pièce rangée et nettoyée presque avec rigidité. Dans l'arrière cuisine, les derniers bruits de pas et de voix s'effacèrent doucement. Et le silence de la nuit bien avancée tomba sur le restaurant. Il ferma les yeux avec une certaine forme de volupté. Son heure était arrivée, cette heure sombre où régnaient les hommes de l'ombre, comme lui. Un pas appuyé, bien que léger, lui parvint et il rouvrit les yeux sur le visage à la peau mate, aux traits fermes et décidés qu'il aimait tant.
« Cazzo ! j'ai bien cru qu'ils ne partiraient jamais ces abrutis !
- Tu es sûr qu'on ne pourra plus être interrompus ?
- Tu me prends pour le dernier des demeurés, Aphrodite ?
- Bien sûr que non, voyons. Je ne me permettrai pas…
- T'as pas intérêt à te foutre de ma gueule, je te préviens !
- Bon ! Mettons-nous au travail. On n'a pas toute la nuit.
- Juste. Bouge ton joli cul de ma crédence. J'en ai besoin.
- Ah oui, tu le trouves joli, mon cul ?
- Aphrodite. Arrête ça. Tout de suite.
- Mmmh, pourquoi ? Je n'arrive pas à comprendre tes réactions : tu n'arrêtes pas de me dire que ma sexualité ne te pose pas de problèmes et que tu t'en fous, mais dès que je fais une blague, tu pars au quart de tour. C'est pour le moins contradictoire, tu ne crois pas ?
- Une blague ? Vraiment ? Tu es sûr qu'il ne s'agit de rien d'autre ? »
Les deux hommes s'affrontèrent un moment du regard, en silence dans la cuisine lustrée et mangée d'ombres. Puis Lilian poussa un profond soupir, rejeta ses cheveux en arrière et sauta avec grâce de la crédence étincelante où il était assis.
« Laisse tomber…
- Ouais, c'est ça. Je préfère. Sans compter qu'on a du pain sur la planche. Et Gemini a été très clair. Il vaut mieux pour nous qu'on n'échoue pas sur ce coup. »
Un frisson traversa Lilian à l'évocation de la voix métallique et sinistre, qui lui avait glacé le sang. Une voix aux inflexions vides, comme dépourvue d'humanité. Le frisson s'accentua et il dut faire un effort sur lui-même pour se reprendre sous le coup d'œil surpris et circonspect bleu nuit de Vitale.
« Hé, ce n'est pas le moment de flancher !
- Idiot. Cela ne m'arrivera jamais, tu le sais bien. Allez, commençons.
- Bien. Voilà le plan du bâtiment. Ça n'a pas été facile de l'obtenir, mais passons…
- Tu n'as pas laissé de traces, j'espère ?
- Putana, tu me prends vraiment pour un con ce soir !
- Calme-toi. C'était une simple question. Nous devons être très prudents.
- La cible arrivera par cette entrée, à l'arrière.
- Je vois… Judicieux. Aucune possibilité de l'atteindre au moment où elle quittera son véhicule blindé…
- Voilà pourquoi Iéros nous a chargé de la mission : corps à corps impossible car le traître sera là pour assurer la protection de la cible et nous savons tous qu'il excelle au combat rapproché.
- Mmh, et l'arbalète de Sagittarius ou le fusil de Scorpio sont inutiles dans cette configuration… Très habile, vraiment.
- Pas tant que ça, puisque nous serons en place, dans les cuisines.
- Oui, mais le mode opératoire de Pisces est connu : ils auront sans doute prévu le coup et il y aura un goûteur…
- Ça, c'est ta partie, Aphrodite. A toi de faire en sorte de passer cette défense.
- Ne t'inquiète pas. J'ai plus d'un poison dans mon sac. Occupe-toi juste de m'ouvrir la voie et d'assurer mes arrières, comme d'habitude. Mon joli cul compte sur toi pour ne pas se cramer les miches. »
Cette fois un léger sourire amusé voltigea rapidement sur les lèvres fines du chef et il échangea un long regard de connivence avec Lilian. Cela faisait si longtemps qu'ils opéraient en duo qu'ils finissaient par parfaitement se connaître…
« Te bile pas pour ça, Dite. C'est déjà parfaitement prévu. Après le coup, on filera par là et un chauffeur nous attendra.
- Un chauffeur ? Il a intérêt à être fiable ! Parce qu'on dépendra tous les deux de lui !
- Il le sera. C'est Capricorn.
- Oh ? Je vais enfin voir à quoi il ressemble, celui-là ! Tu le connais ?
- Tu sais bien que non. Dans l'Organisation, il n'y a que toi que je connais. Les autres ne sont que des noms de code.
- La mission doit vraiment être cruciale pour que Iéros déploie de telles forces… Mais restera les flics français, sans compter le FBI et Interpol… Dès qu'ils sauront, et ils sauront vite, ils débarqueront.
- Non, ils seront attirés sur un autre front.
- Comment cela ?
- Tu n'as pas à le savoir, mais Iéros a prévu une autre opération dimanche pour couvrir la nôtre et attirer l'attention des forces de l'ordre.
- Oh… Et quel est celui d'entre nous qui risque d'être sacrifié ?
- Scorpio.
- Je vois… Il faisait du bon boulot, pourtant.
- Personne n'est irremplaçable, apparemment. Et il est un peu trop spectaculaire dans son mode opératoire. Il attire trop l'attention du FBI.
- Oui et pourtant il réussit à leur échapper depuis des années à présent.
- Oui, mais tôt ou tard, il fera un faux pas. Je suppose que Iéros a compris cela et préfère sacrifier un pion qui chutera tôt ou tard.
- Nous ne sommes que cela… Des pions…
- Tiens le toi pour dit, Aphrodite. Tu as fait ce que je t'ai conseillé ?
- Prévoir une issue de secours pour disparaître le cas échéant ? Je n'avais pas attendu que tu me le conseilles.
- C'est ce que j'aime chez toi encore plus que ton cul : ton sens de la survie à tout épreuve.
- Et donc voici la cible ?
- Oui. C'est un chef yakuza extrêmement riche et puissant. Son organisation tient toute l'Asie dans sa main. Même la mafia chinoise compose avec lui. Il a réussi à fédérer plusieurs branches yakuzas sous son commandement. Et à, présent, il tend la main à Inferno. C'est la raison pour laquelle, il doit être éliminé.
- Je vois. Et ceux-là ?
- Ses hommes. Inutile de te présenter le traître : tu le connais déjà.
- En effet. Aries…
- Voilà. A éliminer également, avec le vieux.
- Et lui ?
- Le secrétaire particulier du vieux. Sans doute le goûteur aussi. Les autres ne sont que des hommes de main. Aucun intérêt.
- Aries donc… Il va poser problème, parce qu'il me connaît.
- Tu vois pourquoi il est utile que nous ne nous connaissions pas.
- Oui… Je dois trouver un moyen de le contourner. Je vais réfléchir.
- Il nous faudrait une personne de confiance dont il ne se méfierait pas… Tiens, et pourquoi pas ton très joli rouquin de l'autre jour à la galerie ?
- Camus ?
- Peu importe son nom. Mais oui. Il est parfaitement inoffensif et très séduisant : Aries est de ton bord. Ça devrait lui plaire.
- Mmmh, ça ne me plaît pas d'impliquer Camus dans cette histoire…
- Ne me dis pas que t'es amoureux de lui ? »
Lilian tiqua sous le mépris sous-jacent qui perçait dans la voix de Vitale, dissimulé en partie par une certaine forme de colère. Un dédain palpable, dont le jeune homme ne savait s'il était dû à son hypothétique coup de cœur ou à l'erreur grossière que signifierait un attachement quelconque dans leur position. Son regard très clair se durcit et s'étrécit en se posant sur le chef.
« Ça n'a rien à voir, je te rassure. Mais c'est hors de question. Et non négociable.
- Et pourquoi ?
- Tu n'as pas à le savoir, ça ne te concerne pas.
- Très bien. Alors à toi de te débrouiller. Il te reste deux jours pour trouver.
- Pas de souci, je trouverai. On a fini ? J'ai cours moi, tout à l'heure.
- Je ne comprends pas cette couverture que tu as choisie. Elle est inutile pour cette mission.
- Mmh, pour cette mission, oui. Mais pas pour autre chose. »
La main s'abattit sur son avant-bras, si rapidement que Lilian ne put l'esquiver. La poigne était dure, presque à faire mal, mais le jeune homme ne broncha pas et darda son regard translucide dans les yeux sombres qui le détaillaient sans complaisance.
« Aphrodite… Tu n'oserais pas agir dans mon dos, contre moi, n'est-ce pas ? Tu sais ce qui t'arriverait si jamais tu faisais cela, n'est-ce pas ?
- Non, je ne ferais pas cela. Et je ne le fais pas. Mais j'ai une autre tâche qui m'a été confiée et qui n'a rien à voir du tout avec notre mission ou avec toi, tu as ma parole. Et je ne la donne pas souvent car étrangement, je la tiens, comme tu sais.
- Oui, je sais que tu es un homme d'honneur, autant que nous pouvons l'être. »
Vitale desserra son étreinte et relâcha son bras. Puis il rangea le plan annoté dans une serviette de cuir et vérifia que tout était en ordre pour le service du lendemain. D'un geste chevaleresque et moqueur qui serra péniblement le cœur de Lilian, il s'inclina et, balayant sa poitrine de son bras, lui ouvrit le passage.
« Après vous, ma belle Aphrodite. »
Le regard transparent miroita. Lilian savait que c'était une plaisanterie entre eux et que Vitale ne voulait pas lui faire de mal ou se moquer de lui, que c'était une façon pour lui d'accepter quelque chose qui n'appartenait pas à sa conception du monde. Mais ça faisait mal. A chaque fois…
Le chef bascula l'interrupteur et la nuit engloutit la cuisine rutilante.
Allons, la mission allait pouvoir commencer. Il allait vraiment falloir jouer serré, cette fois.
oOoOo
Le brouhaha l'attira jusqu'à la fenêtre, dont il écarta nonchalamment le rideau. Le perron de l'hôtel était noir de monde et les deux portiers avaient du mal à contenir la foule de journalistes qui tentaient de pénétrer dans l'édifice. Les lèvres sensuelles s'arquèrent dans un sourire sombrement satisfait, révélant des dents blanches parfaites. Allons, la ruse avait parfaitement fonctionné et les paparazzis étaient lancés sur ses traces. Aloïs ne pouvait plus lui échapper. Le regard translucide de mer d'été turquoise se fit transperçant et le sourire s'effaça.
C'est parce que je pensais qu'il s'agissait de quelqu'un d'autre. Pas de toi, évidemment ! Comme si je pouvais être attiré par toi après ce que tu m'as fait ! Tu es vraiment un être abject ! Jamais je ne ressentirai autre chose que du dégoût pour toi !
La ligne pure de la mâchoire se contracta et quelque chose de sinistre apparut dans le regard enchanteur qui se posait pensivement sur la foule grouillante en contrebas. Qu'il le veuille ou non à présent, le destin d'Aloïs venait d'être irrémédiablement associé au sien. La main qui écartait le rideau de la fenêtre se crispa soudain sur le voilage, faisant naître de nombreux plis dans toutes les directions, comme un labyrinthe d'étoffe, comme une toile d'araignée de tissu. Qu'il le veuille ou non, il serait sien…
La bouche aux lèvres pleines se pinça fugitivement et les traits du visage admirable se figèrent. Qu'il le veuille ou non ? Dans ce cas, pourquoi ne l'avait-il pas fait sien la veille ? Pourquoi s'était-il arrêté dans son entreprise de possession ? Et qu'étaient cette voix murmurante et ironique qui résonnait dans son esprit, ces scrupules invraisemblables qui ne l'avaient jamais effleuré auparavant ? Qu'est-ce qui était différent, cette fois ?
Qu'il le veuille…
Un regard hésitant et émerveillé qui se baisse sous le sien. Le frémissement d'une peau blanche sous son souffle, contre lui. Et l'acceptation. Le consentement et sa force invincible…
La différence était là... Il fallait qu'Aloïs le veuille, l'accepte sans réserves, pour ce qu'il était.
Comme si je pouvais être attiré par toi après ce que tu m'as fait ! Tu es vraiment un être abject ! Jamais je ne ressentirai autre chose que du dégoût pour toi !
L'air lui manqua soudain, il lâcha le rideau et envoya se briser au sol un vase qui avait le malheur de se trouver sur une commode, à portée. La colère lui serra la gorge. Une colère rouge, dirigée contre lui-même et contre cette voix moqueuse dans son esprit. Il ne voulait plus l'écouter !
Sur une impulsion, il saisit son blouson et ses lunettes de soleil et sortit précipitamment de sa chambre. Il n'eut pas la patience d'attendre l'ascenseur et s'engouffra dans les escaliers, avalant les marches à toute vitesse. L'urgence devenait presque physique. Il devait le voir, il en avait besoin. Sans une hésitation, il s'avança vers la porte d'entrée de l'hôtel et la masse de journalistes. Aussitôt les questions fusèrent, en même temps que les flashs.
« Red ! Red ! Est-ce vrai ? Êtes-vous en couple ?
- Red, est-ce enfin l'amour ?
- Comment êtes vous tombé amoureux, Red ?
- Red, allez-vous le rejoindre ? »
Fendant la foule un sourire de circonstances plaqué sur les lèvres, se protégeant de la main des photos agressives et marchant précipitamment, Red frappa de l'index sur la vitre d'un taxi garé le long du trottoir. Puis il se retourna et d'un geste réclama l'apaisement. Une fois l'effervescence de sa sortie imprévue un peu calmée, il lança de sa voix chaude et sensuelle, à la légère pointe d'accent étranger :
« Je vous prierai de bien vouloir respecter notre intimité, à Aloïs et à moi. C'est un jeune homme sensible, qui n'est pas habitué encore à tout ceci. Et puis nous sommes tout juste au stade « lune de miel » à nous découvrir l'un l'autre. Merci de respecter cela. Je sais pouvoir compter sur vous. »
Et sans répondre aux cris qui reprenaient de plus belle après sa courte déclaration, il indiqua précisément l'adresse d'Aloïs au chauffeur en lui recommandant de se dépêcher. Le taxi démarra et se dégagea non sans mal de la foule qui l'entourait. Le plan se déroulait à merveille. Les paparazzis ne marchaient pas, ils couraient. Plus personne ne se poserait la moindre question sur sa présence prolongée à Paris. Il avait encore gagné la partie.
Alors pourquoi son cœur sombrait-il ?...
oOoOo
Camus claqua violemment la porte de son bouge, les clés dans la bouche, se débattant avec son manteau qu'il tentait de boutonner à la va-vite, tout en maintenant son sac de cours sous son bras dans un équilibre précaire. L'entrevue de la veille avec Red et toutes les implications qui en avaient découlé l'avaient empêché de fermer l'œil. Il n'avait sombré dans le sommeil que sur le petit matin et n'avait pas entendu son réveil. Il allait être en retard pour le module de littérature comparée, s'il ne se dépêchait pas ! Jetant un coup d'œil contrarié à sa montre en bataillant pour fermer sa porte brinquebalante, Camus poussa un juron sourd. S'il arrivait trop tard, il n'aurait pas de place dans l'amphi. A moins que Lilian ne lui en ait gardé une ?
Ayant enfin réussi à verrouiller sa porte, le jeune homme s'élança dans les escaliers et avala rapidement le huitième étage. La cage d'escalier résonnait de ses pas précipités, mais pas seulement, s'avisa-t-il soudain, étonné des bruits de voix plutôt nombreux qui lui parvenaient. Sans réfléchir, par curiosité, il s'arrêta sur le palier du septième étage et tendit l'oreille.
Un homme frappait fortement à une porte quelques étages en dessous de lui et d'autres voix lui parvenaient ainsi que des bruit de pas qui gravissaient les marches. Apparemment la porte frappée venait de s'ouvrir et un dialogue s'engagea. De plus en plus curieux, Camus retint sa respiration et se pencha par dessus la rambarde pour mieux entendre.
« Bonjour monsieur, excusez-moi, je cherche un certain Aloïs de Montclar. Il habite ici mais je ne sais pas exactement où.
- J'en sais rien ! J'connais pas les voisins et je m'en fous !
- Allons, faites un petit effort, s'il vous plaît. C'est très important. C'est un étudiant. Un très beau jeune homme avec de longs cheveux rouges.
- Fred ! C'est l'rouquin du huitième ! T'sais : çui qui nous regarde toujours de haut, comme si qui valait mieux que nous !
- Ah oui, j'vois c'est qui. Le petit homo bourge du haut. Il habite la porte de gauche, au fond du couloir. »
Le coeur de Camus s'arrêta brusquement et le froid le saisit aux entrailles. « Le petit homo bourge » « qui nous regarde toujours de haut ». Pourquoi ces gens le voyaient-ils ainsi ? Il ne leur avait rien fait pourtant, peut-être leur avait-il dit poliment bonjour une ou deux fois. Rien de plus. Alors pourquoi le dénigrer ainsi ?
Il s'adossa au mur du palier du septième étage. La tête lui tournait et il avait le cœur au bord des lèvres. « Le petit homo » tournait en boucle dans son esprit, de plus en plus vite. Est-ce que cela était écrit sur son visage. Avaient-ils tous raison ? Pourquoi ? Pourquoi était-il ainsi ? Etait-il malade ? Anormal ? Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez lui ?
oOoOo
Le cours de sport se termine dans l'amertume et la crainte, comme à chaque fois. Camus lance des regards en biais pour vérifier qu'ils ne se regroupent pas pour faire bloc contre lui. Il a peur, sans cesse, d'eux, ces autres qui le poursuivent, le harcèlent et se moquent de lui. Il se sent tellement faible et misérable, tout seul contre eux tous. Mais les autres filent dans les vestiaires sans s'occuper de lui, l'évitent et le laissent seul. Pour l'instant encore, c'est la trêve… Il regagne sa place de pestiféré, au fond du vestiaire, loin des autres, et prend sa douche le plus rapidement possible, sans se retourner, en se faisant le plus invisible possible. Encore une fois, personne n'a voulu de lui dans l'équipe.
« Intello ! », « Tes trop nul, on veut gagner, nous », « Le rugby, c'est pas pour les pédales ! », « Tu pourrais te casser un ongle, princesse Fiona ! » Les phrases blessantes ont jailli de toute part et face à l'afflux, il n'a pas pu se défendre. Il ne peut plus, ils sont trop nombreux à présent. Et ça ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Il y a encore les graffitis sur les tables, dans les toilettes, sur la porte de son casier. Les SMS qui le réveillent la nuit, les moqueries acerbes et les insultes sur internet.
« Disparais ! » « Suicide-toi ! » « Tu n'es pas digne de vivre » « Sale pédé dégueulasse » « Anormal » « Honte de ta famille » « Ta mère la pute aurait dû crever au lieu de te chier » Il ne les compte plus.
Mais ce n'est pas le pire. Il y a encore les menaces qui le terrifient et l'empêchent de dormir.
« Je sais où tu habites : avec les potes on va venir t'en foutre plein le cul » « T'aime ça, hein, que les mecs t'enculent ? Tu ne vas pas être déçu, je vais m'occuper de toi » « Ta mère est au courant, que son fils se fait enfiler par tout ce qui a une queue ? » « T'aime sucer ? J'ai trop envie de te la fourrer dans la bouche ». Et tellement d'autres saletés qui le violentent à chaque fois, le meurtrissent un peu plus. L'humanité est-elle si laide et sale ?
Pour un baiser ? Un tel déferlement de haine pour une chose aussi simple ? Qui devrait être si belle et innocente ?
Soudain son ventre se tord comme s'il contenait de l'acide et le brûlait. Il jette des regards éperdus tout autour de lui et se fait le plus petit qu'il peut. Dans l'ambiance moite et lourde des douches du vestiaire que les autres ont quittée, elle lui parvient pourtant parfaitement, joyeuse, cruellement claire et enjouée.
La chanson… Elle s'élève dans les vestiaires, tandis que ses yeux se remplissent de larmes et qu'il se mord les lèvres pour n'émettre aucun son. Ce serait pire, il le sait.
« Aloïs, Aloïs, mes cheveux ont la jaunisse ! Aloïs, Aloïs, parce que je les teins avec de la pisse ! »
Tout ça, toute cette souffrance muette et désespérée, pour un simple baiser… Et un baiser qu'il n'a pas voulu, en plus. Un baiser qu'on lui a imposé, pris par surprise… Pourquoi a-t-il fait cela ? A-t-il voulu se moquer, lui aussi ? Le salir ? N'étaient-ils pas amis ?
Au fond, il le sait. La meilleure défense, c'est l'attaque… Quand le bruit s'est répandu, lui, le fier capitaine de l'équipe de foot, il a préféré se protéger et lancer toute la « faute » sur lui. Et il faut croire que c'est une faute bien grande et impardonnable, quand deux garçons s'embrassent… Un crime insurmontable et dégoûtant, contre l'humanité…
« Aloïs, Aloïs ! Enculé par l'équipe de tennis ! Aloïs, Aloïs, j'ai attrapé la chaude-pisse ! »
Il baisse la tête, se recroqueville, enroule ses bras en protection et glisse au pied du mur de la douche. Ses larmes coulent. Il les déteste. Se déteste. Déteste son prénom...
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Les yeux clos, appuyé de plus en plus lourdement contre le mur crasseux du septième étage, Camus se sentait plonger de plus en plus profondément en lui-même, comme si la sirène de ses souvenirs l'entraînait avec elle au fond de son océan de mémoire douloureux. Soudain la cavalcade de bruits de pas pressés dans l'escalier le rappela urgemment à lui. Les journalistes sur ses traces arrivaient ! En panique, il remonta précipitamment, gagna en toute hâte sa porte qu'il ouvrit à toute vitesse et claqua avec force avant de la verrouiller à double tour. Il recula lentement vers le fond de sa misérable chambre de bonne jusqu'à rencontrer le mur opposé, sans quitter la porte des yeux. Soudain, celle-ci frémit sous les coups qui s'abattirent contre le battant et des voix d'hommes s'élevèrent dehors.
« Aloïs ! Sortez-vous avec Red ?
- Êtes-vous tombé amoureux quand il vous a sauvé ?
- Allez-vous le suivre et abandonner vos études ?
- Comment vivez-vous sa célébrité ?
- Qu'est-ce qui vous a attiré en lui, à part son physique, bien sûr ? »
Les cris voltigeaient tout autour de lui, de plus en plus forts. Éperdu, lançant des regards de détresse autour de lui, Camus se prit la tête dans les mains et se recroquevilla. Enroulant les bras autour de lui en protection, il glissa le long du mur.
Il était piégé, irrémédiablement. Son misérable appartement n'avait qu'une seule issue et elle était bloquée. Il ne pouvait pas s'enfuir. Combien de temps la porte brinquebalante allait-elle résister aux coups de plus en plus forts des journalistes ? La serrure était vieille… Elle céderait tôt ou tard. Et de toute façon, il faudrait bien qu'il sorte : sans réfrigérateur, il n'achetait pas beaucoup de provisions, pour ne rien perdre. Il n'avait pas de quoi tenir plus de quelques jours…
Un coup plus fort fit pleurer le bois et Camus tressaillit, aux abois. Il étendit les bras en protection dérisoire au dessus de sa tête, comme pour disparaître. La porte allait-elle lâcher ? tenir ? Allaient-ils faire irruption chez lui ? Il gémit en se plaquant la main sur la bouche. Ses yeux se remplirent d'eau, mais il ravala ses larmes bravement. Pleurer ne le sortirait pas d'affaire, au contraire. Il le savait depuis longtemps à présent. Les larmes rendaient les gens plus cruels encore.
Tout allait-il recommencer ? Les insultes, les messages par SMS, sur internet, les moqueries, les menaces... Il gémit à nouveau, plus fort. Survivrait-il, cette fois ? Il avait tellement voulu, la première fois, se dissoudre, se détacher de son corps et s'envoler, enfin libéré de cette cruauté sale qui le souillait… Résisterait-il une seconde fois à cette voix insidieuse qui l'appelait de l'autre côté, vers cette rive éternelle et calme ? Une clameur s'éleva, un prénom scandé, comme une chanson « Red ! Red ! » Une rage impuissante et désespérée le saisit. Comme il pouvait détester ce nom maudit !
« Dégagez ! Tous ! Bande de charognards ! Reculez ! »
Une voix claqua, chaude et puissante, comme le tonnerre. Une voix harmonieuse, mais dont les inflexions granitiques le firent frissonner et réduisirent le charivari général au silence. Un silence épais et tendu régna tout à coup dans le couloir. Camus releva la tête lentement et se redressa, aux aguets. Puis un mouvement se dessina de l'autre côté de la porte. Le bruit précipité de gens qui s'écartent précautionneusement face à un danger soudain indiqua à Camus que quelqu'un fendait la foule. Des coups impérieux ébranlèrent à nouveau la porte et Camus poussa un cri étranglé.
« Aloïs, c'est moi, ouvre ! Je suis venu t'aider, tu ne peux pas rester là. »
Camus reconnut aussitôt cette voix veloutée et grave qui lui remuait le sang à chaque fois, qu'elle s'accompagnât d'un regard brun-vert ou d'yeux de mer d'été. Avec hésitation, lentement, il ouvrit la porte. Il était là. Beau à couper le souffle, ses boucles d'or incroyables décoiffées par la course et la lutte avec les journalistes. Red. Milo.
Red se mordit la lèvre inférieure et s'assombrit en constatant la pâleur et la détresse manifeste d'Aloïs. Le jeune homme était livide et son regard de bête traquée en disait long sur la panique qui venait de l'étreindre. Il semblait hagard et ne cessait de serrer les bras sur lui ou de jeter des regards dérobés, comme s'il cherchait une issue où fuir ou un recoin où se cacher. L'amertume et la colère s'accentuèrent encore dans l'esprit du photographe. Il savait pourtant de quoi ces hyènes étaient capables… Le piège avait fonctionné… Le regard transperçant devint terrible devant l'étendue des dégâts. La rage crispa sa mâchoire et son ventre se mit à bouillonner. Il était terriblement en colère contre lui-même, il avait envie de hurler, de frapper, de tuer. Le piège avait fonctionné… Et Aloïs était terrifié et souffrait. Et c'était entièrement et seulement sa faute...
Mâchoire serrée, visage inflexible et fureur rentrée difficilement contenue, dans le silence anormal qui continuait de régner autour d'eux, Red attrapa Aloïs par le bras, le sac de cours que l'étudiant avait laissé tomber et l'entraîna vigoureusement avec lui, le protégeant de ses bras. Son visage terrible et son regard de ciel d'été redoutable suffirent à dissuader les paparazzis d'intervenir ou de les empêcher de passer. Ils descendirent quatre à quatre les huit étages, sans une parole, les journalistes sur les talons. Red ne desserrait pas les dents et se contentait de maintenir une poigne d'acier sur son poignet, l'entraînant sans mot dire dans sa course.
Le photographe le poussa dans un taxi auquel il donna une adresse avant de le rejoindre sur le siège arrière. Il se tourna vers lui et tendit les bras pour l'enlacer, tandis que le véhicule démarrait et que les flashs crépitaient. Mais brusquement la peur, la détresse, la souffrance et la colère de Camus explosèrent et le lancèrent contre Red, toutes griffes dehors. Il se jeta sur lui et sans réfléchir, sans se retenir, le frappa aussi fort qu'il put et de toutes les façons possibles. Red ne se défendit pas, se contentant d'amortir les coups les plus violents. Puis la fatigue gagna Camus et Red lui attrapa les poignets, le réduisant à l'immobilité, avant de l'attirer avec force contre lui.
« Chut, là, c'est fini, je te le promets.
- C'est entièrement de ta faute ! De ta faute ! J'étais bien tranquille, moi, avant toi ! Je te déteste ! Te déteste ! »
Il se débattit à nouveau mais cette fois, Red resserra son étreinte sur son corps de façon à le contraindre à l'immobilité tandis qu'il soufflait doucement des mots apaisants contre son oreille, dans ses cheveux. Camus se raidit jusqu'à ce que l'étreinte du photographe se relâche puis il s'écarta légèrement pour le regarder droit dans les yeux, plantant ses yeux d'ambre rouge dans le regard bleu-vert incroyable.
« Pourquoi m'as-tu fait ça, Milo ? »
Red émit un cri étranglé et le lâcha rapidement comme si son corps était devenu brûlant. Ils se regardèrent en silence tandis que le taxi filait dans les rues gagnées par l'obscurité d'un ciel de nuages bas, éclairées par les vitrines des magasins, comme des trouées de lumière au milieu de la pluie.
oOoOo
