Auteur : kitsu34
Origine : Saint Seiya
Couple : CaMilo, parce que ce sont les seuls qui conviennent niveau caractère avec ce que je veux faire… J'ai essayé avec d'autres, notamment mes jumeaux préférés, mais ça ne marche pas… Par contre, il y aura des couples secondaires qui apparaîtront petit à petit.
Disclaimers : Rien à moi dans l'univers Saint Seiya…
Note : La santé revient doucement. C'est un soulagement infini. Après une longue descente aux enfers de presque un an, le bout du tunnel est enfin là. Alors, tout n'est pas encore tout rose, il y a encore pas mal de fatigue, mais les choses s'améliorent lentement. Je vous remercie tous de votre soutien. Il m'a touché plus que je ne pourrais le dire et vraiment j'en avais besoin. Merci. Merci vraiment. Merci de tout coeur.
En ce qui concerne l'écriture, on dirait que plus ma santé s'améliore, moins l'écriture va : elle est laborieuse et rugueuse la plupart du temps à présent, ce qui explique les délais rallongés. Je m'en excuse auprès de vous, sincèrement : vous attendez plus longtemps des textes moins bons… J'espère que je reviendrai dans un futur proche à une meilleure qualité.
Réponse aux reviews anonymes :
A Skeletal Death : Merci pour ta review ! Oui, je suis d'accord avec toi, il y a trop de blonds dans Saint Seiya^^ : pour trouver des nuances dans les descriptions, c'est un poil compliqué…
En effet, Lilian est Aphrodite et Vitale est Deathmask. En fait Iéros regroupe les douze chevaliers d'or qui sont douze tueurs de haut niveau avec chacun sa spécialité : arbalète pour Sagittarius, fusil pour Scorpio, poison pour Pisces, « dissolution » pour Cancer, arme blanche pour Capricorn etc. Et oui, on les verra tous, bien entendu, au fil de l'histoire.
Désolé que tu n'aies pas été bien en lisant le flash-back de Camus. Je comprends. Je l'ai vécu aussi donc je sais ce que c'est et l'écrire n'a pas été facile non plus. J'espère que les choses vont mieux pour toi depuis.
A Lilith : Merci beaucoup pour ta review. Je dois dire que je l'apprécie d'autant plus que tu en laisses rarement. Merci d'avoir, pour moi, surmonté ta réserve et d'avoir pris un peu de temps pour laisser un petit encouragement sur cette histoire. Il y a des moments où on en a plus besoin. C'en était un. Merci de l'avoir vu et compris. Bonne continuation à toi et encore merci.
A C : Merci pour la review ! Ne t'inquiète pas, il n'y a pas d'obligation de reviewer à chaque chapitre. Je suis heureux de savoir que tu apprécies et continues de suivre cette histoire ! Tu as bien saisi l'inversion des rôles : Camus se reprend de plus en plus et sa force est assurée tandis que Milo « s'effrite » de plus en plus. Effectivement la mission s'annonce délicate, tu l'as bien compris également...
A Araignee : Merci pour ta review ! En effet le couple Camus et Milo est quand même un point assez important de l'histoire ^^. Mais il y a aussi, comme dans Saint Seiya, deux Organisations qui se font la guerre : Iéros (le Sanctuaire) qui lutte contre Inferno (Hadès). Ce sont deux Organisations « mafieuses », de tueurs à gage, et tous les chevaliers d'or sont des tueurs, sauf Camus, pour une raison qui sera expliquée dans le cours de l'histoire, donc que je ne détaille pas ici.
La dualité de Milo/Red est ce qui a lancé cette histoire à la base : je voulais me pencher sur un tueur à gage séducteur qui tombe amoureux pour la première fois et qui « redevient » humain après avoir été déshumanisé. Tant mieux si cela te semble intéressant et pas trop raté, alors!^^
Red Love – Chapitre 13
La façade de bon goût s'ouvrait discrètement sur la rue et projetait une luminosité feutrée distinguée. Lilian leva son regard limpide sur l'enseigne élégante et simple : Sur Mesure. Après un bref temps d'hésitation, il fouilla sa poche et en sortit un carton blanc sur lequel était imprimé le même nom avec une adresse qu'il vérifia soigneusement. En bas du carton, bien détaché, un nom lui procura un imperceptible frisson.
Gemini.
Le sourcil presque blanc se fronça légèrement et les lèvres rosées tressautèrent. Mais soudain, le jeune homme se durcit et se reprit et, d'un air décidé, il poussa la porte. Un tintement l'accueillit ainsi qu'un serveur en uniforme.
« Bonsoir monsieur. Avez-vous réservé ?
- Oui. Au nom de Gemini.
- Je suis désolé, mais je n'ai aucune réservation à ce nom.
- Je vois. Regardez à Pisces alors, je vous prie.
- Je n'ai rien non plus, je suis navré.
- Oh… Je ne comprends pas... »
Un instant décontenancé, Lilian hésita puis sur une impulsion, il indiqua au serveur :
« Et au nom d'Aphrodite, avez-vous quelque chose ?
- En effet, j'ai bien une réservation à ce nom. Pour une personne. A vingt heures. Veuillez me suivre, monsieur. »
Le regard presque transparent du jeune homme prit un éclat métallique en se posant sur le serveur qui lui indiquait le chemin et l'expression douce du jeune client devint soudainement coupante et dangereuse. Le serveur marqua un temps d'arrêt et eut un tressaillement que remarqua Lilian. Il se reprit immédiatement et dissimula toute trace de sa colère et de l'ombre qui venaient de lui échapper.
Car il était en colère, ça oui ! Gemini jouait avec le feu en utilisant ce surnom de cette façon. Il n'allait pas se priver de le lui rappeler ! Il suivit néanmoins le serveur avec un calme parfait en souriant doucement, comme s'il n'était qu'un jeune homme de la bonne société ordinaire.
Une fois installé à une table reculée, dans un angle discret, on lui servit son repas, déjà commandé. Après un bref instant d'hésitation, Lilian goûta les mets savamment préparés, aux intitulés et aux dressages extravagants. Avec plaisir, il fut forcé de le reconnaître. La cuisine était excellente. Et novatrice. Il grinça silencieusement des dents. Gemini avait parfaitement bien choisi.
Le serveur lui apporta alors le dessert : des perles d'alginate prises dans une assiette de fumée aux fruits rouges. Malgré l'apparence, une fois de plus déroutante du plat, celui-ci était succulent, du moins jusqu'à ce que que quelque chose ne crisse sous la dent et ne surprenne Lilian. Discrètement, il porta la main à sa bouche et jeta un coup d'oeil. C'était une gélule dissimulée dans l'une des perles du dessert. Elle contenait un message.
D'un mouvement discret de la main, il appela le serveur et demanda l'addition, mais le garçon lui répondit que tout avait déjà été réglé et lui souhaita une bonne soirée. Sans se presser, il prit son manteau, se vêtit, laissa un pourboire généreux et répondit aux remerciements du serveur par un gracieux sourire avant de sortir sans presser le pas. Mais dans la rue, il gagna un porche dérobé et sortit de sa poche la gélule qu'il ouvrit. Elle contenait un numéro de téléphone.
Son ventre se creusa puissamment quand une voix sinistre, aux inflexions vides, comme dépourvue de vie et d'humanité, retentit.
« Aphrodite, quel plaisir.
- Arrête immédiatement d'utiliser ce nom.
- Mmh, je vois, il n'y a que lui qui puisse l'utiliser ?
- … Que veux-tu ? Il y a quelque chose de changé à la mission ?
- Non. Je voulais savoir si Cancer et toi étiez prêts.
- Parfaitement.
- Tu es sûr ? L'échec n'est pas envisageable, tu le sais.
- Oui, je le sais.
- Très bien. Et l'autre mission, celle que je t'ai confiée spécifiquement ? Où en es-tu ?
- Tout va bien là aussi.
- Pisces, tu n'oserais pas me mentir, quand même. Dois-je te rappeler qui je suis ? »
La voix déformée et inhumaine s'assourdit dangereusement, se faisant gutturale. Le danger chargea l'air comme l'électricité un soir d'orage. Lilian avala nerveusement sa salive et ne put s'empêcher de jeter un coup d'oeil autour de lui mais il ne vit rien qu'une rue déserte à Paris, une soirée avancée de début d'hiver.
« Je ne te mens pas ! Il me fait confiance ! Je vais réussir, ce n'est plus qu'une question de temps.
- Et Red ? »
Le poing gracieux se serra sur le combiné et le regard transparent se durcit encore.
« Oui, c'est vrai. Il n'était pas prévu au programme. Mais je ne pouvais pas prévoir qu'il…
- L'énoncé de tes erreurs et de ton incapacité ne m'intéresse pas. Règle le problème, tu entends ? Ou je m'occuperai de toi. »
Un frisson parcourut Lilian tandis que le téléphone raccrochait d'un claquement sec. Le regard translucide aux éclats d'acier tomba sur une photo de Red, en train de fendre une foule de journalistes, un bras en protection autour de Camus qui se dissimulait le visage et l'autre qui écartait les paparazzis sur leur passage. Une lueur de haine éclaira le regard transparent.
« Toi, je t'avais prévenu. Tu es mort... »
oOoOo
Le chauffeur s'arrêta et ralentit le long du trottoir, devant un hôtel discret et chic du centre de Paris. La masse de journalistes qui encombrait la chaussée l'empêchait de s'approcher davantage. Il hésita un instant, incertain de devoir rompre le silence tendu qui régnait dans l'habitacle, puis il jeta un regard dans le rétroviseur intérieur. Les deux hommes se regardaient toujours en silence, d'un bout à l'autre de la banquette arrière.
Son client, le journaliste blond assez connu qu'il avait emmené prendre le second, le roux aux cheveux longs, semblait abasourdi et venait de pousser un cri en lâchant l'autre. Que devait-il faire ? Il risqua un coup d'oeil sur le second jeune homme, qui ne quittait pas le blond du regard. L'avait pas l'air commode, celui-là… Quand ils étaient entrés dans son taxi, il avait commencé par frapper le journaliste, le frapper vraiment, en criant, en l'insultant, lui tirant les cheveux. Il avait même failli se garer pour les séparer ! Mais le blond n'avait pas répliqué, ne s'était même pas défendu. Alors il avait continué de rouler. Et puis le rouquin s'était calmé et le journaliste l'avait pris dans ses bras et lui avait caressé les cheveux en lui chuchotant des mots doux. C'est là qu'il avait compris.
Ils en étaient. C'était donc ça. Il réprima un frisson de dégoût. Bon, ce n'était pas ses affaires. Ils faisaient bien ce qu'ils voulaient, mais pas dans son taxi. Et puis les autres journalistes s'agglutinaient contre ses vitres.
« Red ! Red ! Êtes-vous allé le retrouver ?
- Êtes-vous avec lui, Red ?
- Qu'est-ce qui a changé, Red ?
- Vous êtes arrivés. Ça fera 75 euros tout rond.
- … Oui, tenez, gardez la monnaie. Écoute Aloïs, je… Je sais que tu te pose de nombreuses questions…
- Ça, tu peux le dire, en effet !
- Oui, je m'en doute. C'est mon hôtel. Ton appartement n'est plus suffisamment sûr, je te propose donc de venir avec moi. Les journalistes te laisseront tranquilles. Tu y seras en sécurité. »
Le rire bas et grinçant de Camus décontenança Milo encore un peu plus. Les yeux d'ambre rouge du jeune homme semblaient le transpercer et le clouer sur place.
« Bien entendu ! Je serai en sécurité ! Dans ton hôtel ! Dans ta chambre, même ! Mais tu te fiches vraiment de moi !
- Aloïs, je…
- Je m'appelle Camus ! Et j'en ai assez, tu m'entends, assez d'être ta marionnette !
- Attends, tu n'y es pas…
- Ah non ? Tu ne voulais pas « un alibi » ? Une « love affair » ? Cela ne va pas exactement dans ton sens toute cette merde ?
- Au début, c'est vrai, mais…
- Mais maintenant ça suffit je te dis ! Alors à présent, c'est moi qui vais décider ! Et pour commencer, puisque je n'ai plus le choix, j'accepte de te suivre dans cet hôtel, mais pour que nous y jouions cartes sur table. Tu vas tout me dire, Milo, tu entends. Allez, descends de cette voiture et fraie-nous un passage ! »
Et sans attendre, Camus ouvrit la porte de la voiture. Aussitôt, les flashs crépitèrent et il dut détourner la tête avant de la relever fièrement et de darder à nouveau son regard à la teinte si particulière droit sur les objectifs avec une assurance froide et hautaine que Milo admira. Le photographe contourna la voiture et rejoignit le jeune homme déjà en butte aux questions insistantes et intrusives de certains de ses confrères. Puis ils entamèrent leur progression sans desserrer les lèvres vers l'entrée de l'hôtel. Le portier vint à leur rencontre pour les aider à pénétrer à l'intérieur et se mettre à l'abri. Les journalistes furent forcés de rester dehors.
Camus se retourna et poussa un long soupir de soulagement en apercevant la foule compacte sur le perron. Puis il se redressa et, d'un pas assuré et décidé, emboîta le pas à Milo vers les étages. Dans l'ascenseur, ni l'un ni l'autre n'ouvrit la bouche. Puis Milo le laissa patienter quelques instants dans le couloir avant de lui autoriser l'entrée dans sa chambre. Camus entra, jeta un regard curieux alentour vite déçu. Ce n'était qu'une chambre d'hôtel, élégante mais impersonnelle. Il s'assit sur le lit, tandis que Milo allait se réfugier dans l'embrasure de la fenêtre.
Les deux hommes se regardèrent longuement en silence. Assis sur le lit, bras et jambes croisées, Camus regardait Milo avec détermination. Le jeune homme détournait régulièrement les yeux sous son regard fixe. Mais Camus attendait résolument. Il voulait absolument savoir. Milo lui devait des explications ! Pourquoi s'était-il déguisé ? Pourquoi ces deux noms : son nom et ce nom d'emprunt ? Pourquoi deux expositions ? A moins que Milo soit un autre nom de plume ou de photo ? Que ce ne soit encore pas celui-là son vrai nom ? Combien de noms et de visages possédait cet homme ? Il voulait la vérité ! Concentré, il attendait.
Milo se passa la main dans les cheveux, cette incroyable crinière de boucles d'or. Ça, apparemment, c'était bien sa véritable apparence, au moins. Il avait tiré dessus lors de leur lutte dans le taxi. Camus poussa un soupir. Plutôt il avait tiré sur les boucles de Milo quand il l'avait frappé dans le taxi, car le photographe ne lui avait rendu aucun coup et s'était contenté d'esquiver ou d'adoucir les coups les plus violents… Cela ne lui ressemblait pas, une telle violence… Il leva les yeux sur l'homme face à lui, détaillant sa silhouette, à contre jour. Les courbes des muscles fermes, l'éclat doré de la peau, l'eau translucide du regard… La chaleur monta aussitôt en lui. Un nouveau soupir lui échappa. Cela non plus, ça ne lui ressemblait pas…
On frappa à la porte, les faisant tressaillir tous les deux en même temps. Camus réprima un léger sourire. Au moins, ils étaient tous les deux aussi tendus l'un que l'autre apparemment. Une voix s'éleva à travers la porte, étouffée par le montant de bois. C'était le service d'étage. Milo avait l'air presque soulagé que l'on vienne interrompre ce face à face où aucun mot n'était prononcé. Il régla la transaction et remercia le serveur, puis il revint avec un plateau contenant de l'alcool et des sandwichs avec des fruits.
« J'ai pensé que tu voudrais te restaurer, peut-être... »
Camus darda un regard peu amène sur lui et ne dit pas un mot, ne fit pas un geste. Milo abandonna le plateau sur une petite table, près du lit et se servit un verre d'alcool. Puis il regagna l'embrasure de la fenêtre et lui lança un regard hypnotique hésitant, en coin, avant de boire une rasade d'alcool. Camus décroisa les bras et se tourna franchement vers Milo.
« Bien. Je crois que j'ai été assez patient. Tu me dois des explications, je pense, Milo. »
Il accentua le nom, exprès. Milo cilla et marqua le coup.
« Si, bien entendu, Milo est ton nom et non encore un visage et un nom d'emprunt…
- C'est mon nom. Celui que mes parents m'ont donné et que je n'utilisais plus depuis très longtemps.
- Alors pourquoi l'avoir repris pour cette exposition ? Et pourquoi l'avoir quitté ? Tu ne l'aimais pas ? Je peux comprendre…
Aloïs, Aloïs, enculé par l'équipe de tennis ! Aloïs, Aloïs, j'ai attrapé la chaude-pisse !
« Oui… Je peux comprendre ça…
- Non. J'aimais ce nom. Mais ils me l'ont enlevé quand…
- Quand ?
- Quand j'ai été adopté, à six ans.
- Oh… Mais c'est cruel de priver un enfant de ce repère. Pourquoi tes parents adoptifs ont-ils fait cela ? »
Le rire sans joie, grinçant, de Milo le prit au dépourvu. C'était un rire en pleurs qui le mit profondément mal à l'aise.
« Je n'ai pas été adopté par des parents en fait. Plutôt par une... structure qui a… pris soin de moi et s'est occupé de mon… éducation.
- Je vois. Et pourquoi t'es-tu déguisé alors ?
- Parce que je voulais être quelqu'un d'autre pour cette exposition. C'était important pour moi. Quelqu'un d'autre que... Red... »
La voix veloutée s'était assourdie sur le nom. Presque comme si elle voulait le nier, le cracher, le jeter. Camus ouvrit de grands yeux sous la compréhension brutale qui s'imposa à lui, comme toujours sans explication et fondement autres que son intuition. Milo détestait Red. Il n'avait pas choisi de l'être, n'avait pas voulu le devenir. Il était prisonnier de ce nom, de ce personnage et de sa notoriété. Pourquoi ?
« Je voulais redevenir moi. Avant… Avant tout ça…
- Tout ça ?
- La célébrité. Les photos vides, juste bonnes à faire de l'argent. Les amants et les maîtresses d'un soir. »
Une piqûre vive transperça Camus. Il plongea en lui-même pour comprendre. Pourquoi cette dernière phrase de Milo lui causait-elle une souffrance si forte, presque physique ? Après tout, ce que celui-ci avait bien pu faire de sa vie ne le regardait pas… Alors pourquoi avait-il tout à coup envie de hurler, de frapper, de mordre ? Pourquoi avait-il envie de se ruer sur la porte de cette chambre pour la fermer à double tour et en jeter la clé ? Il savait pourtant. Il avait vu Red monter avec l'actrice. Il avait lu en cachette les articles qu'il avait pu trouver sur ce journaliste aux mœurs dissolues et à la beauté étourdissante qu'il avait admiré. Il savait. Mais alors Milo n'était qu'à lui quand Red était à tout le monde. Et voilà que soudain Milo et Red n'étaient qu'une seule et même personne et qu'il lui fallait faire face à cette terrible phrase et cette affreuse réalité. Le pourrait-il ? Le voudrait-il ?
Il releva le regard vers l'homme toujours dans l'embrasure de la fenêtre qui guettait son attention et croisa un envoûtant regard de mer d'été. Il se noya dans ces yeux translucides, à l'expression intense, à la couleur miroitante, hésitant entre le vert et le bleu. Et surtout, il fut submergé par une certitude immédiate, absolue et pénible.
Il décela une profonde tristesse et un dégoût terrible de lui-même chez Milo. Et il ne comprenait pas. Si le photographe n'aimait pas ce qu'il était devenu, pourquoi continuer ? Quelque chose semblait lui échapper. Sans savoir comment, comme toujours, Milo lui apparut prisonnier d'un destin terrible, incapable d'échapper à une effroyable machination, presque comme un pantin magnifique manipulé par une ombre menaçante. La scène effrayante lui apparut avec une netteté impressionnante et une précision insoutenable. Il secoua la tête et tout disparut. Oui, quelque chose lui échappait… Et apparemment Milo ne comptait pas lui expliquer davantage de choses : il s'était détourné et lui tournait le dos, absorbé par la rue baignée de pluie.
« Si « tout ça » te dérange, tu n'as qu'à arrêter et exposer tes photos réelles, celles que tu aimes, celles qui sont si belles! »
Le rire de Milo lui déchira le cœur une nouvelle fois. Pourquoi était-il si triste ? Comme une marionnette brisée dont l'existence ne tenait plus qu'à un fil effiloché ?
« Ce n'est pas si simple. Je ne peux pas.
- Pourquoi ? Explique moi !
- Tu ne comprendrais pas. Et d'ailleurs je ne veux pas que tu comprennes.
- Pourquoi tu ne veux pas m'expliquer les choses ?
- Pas toi. Je ne veux pas que tu saches.
- Pourquoi ? Je peux comprendre beaucoup de choses, tu sais.
- Non. Tu ne peux pas. Pas ça, je le sais.
Le silence retomba sur les deux hommes qui se regardaient intensément. L'expression des yeux de ciel d'été était intense, à nouveau, presque magique. Et triste, tellement triste. Camus frissonna profondément. Sa colère était tombée. Plus rien n'existait que ce puits de tristesse sans fond.
Qui était réellement Milo ?
oOoOo
Charis hurle. Brutalement le débris de porte qui les protégeait du monde extérieur a volé en éclats. Des bottes s'encadrent à présent dans le trou. Beaucoup de bottes de soldats. Milo attrape sa petite sœur et la jette derrière lui. Il essaie d'être brave et de faire face pour la protéger, mais il n'a que six ans, il a froid et il a faim. Et il a peur, tellement peur.
Une main surgit et l'attrape violemment. Il mord de toutes ses forces et l'homme pousse un hurlement. Deux autres mains le tirent du trou et le lancent à terre. Il se réceptionne mal sur les décombres. Du sang l'aveugle d'un seul coup. Il a dû s'ouvrir le cuir chevelu. Il a mal. Il entend Charis crier mais n'a pas le temps de se redresser qu'un coup de pied en plein ventre l'envoie rouler plus loin. Charis crie toujours et appelle son nom.
Et une main l'attrape par les cheveux et le met debout comme un pantin. La douleur est cuisante, comme si un milliard d'aiguilles lui piquaient la tête. Le sang l'aveugle et son ventre lui fait mal. L'homme qui le tient par les cheveux le lance au milieu des soldats avec Charis.
« C'est le fils et la fille d'Angelos et d'Irini.
- Tuons-les !
- Oui, tue-les ! Après tout les parents étaient nos opposants politiques !
- Mais les enfants sont innocents. »
Milo lève la tête. Parmi les larmes de sang qui coulent sur son visage, il aperçoit la silhouette et le visage d'un homme étrange. Son regard vert est grave et son visage est accusé, comme taillé à la serpe. Ses cheveux mi-longs, la forme de ses yeux et la couleur de sa peau font penser à un chinois : il en a vu un, une fois, à la ville avec papa. L'homme s'agenouille devant lui et essuie doucement le sang sur son visage avec sa manche.
« Nous devons les tuer ou le garçon reviendra se venger plus tard.
- Les temps ont changé. Nous ne sommes plus sous l'Antiquité où l'on éradiquait la descendance d'un ennemi pour éviter les représailles.
- Ça vous va bien de dire ça ! Ce n'est pas vous qui leur rendrez des comptes, à ces gamins.
- Eh bien si, ce sera moi. Je les emmène avec moi. Iéros se chargera d'eux. Allez, prends la main de ta petite sœur et viens avec moi. »
L'homme se redresse et tend la main à Milo. L'enfant la regarde avec suspicion, cette grande main rugueuse, abîmée de cicatrices.
« Où on va ?
- Loin d'ici. Il n'y a plus rien pour vous, ici, à présent. »
Milo baisse la tête tandis que son coeur se déchire. Il a la confirmation de cette douleur insupportable qui ne le quitte pas depuis des heures. Ils n'ont plus de papa ni de maman. Charis, du haut de ses quatre ans, regarde son grand-frère, apeurée, sans bouger.
« Allons, viens maintenant. Comment t'appelles-tu ? Et ta sœur ?
- Je m'appelle Milo. Et elle, c'est Charis. Et vous, monsieur ?
- Je m'appelle Dohko. »
oOoOo
« Comment va-t-on faire ? Pour dormir, je veux dire.
- Tu n'as qu'à prendre le lit. Je vais dormir sur le sol.
- Sur le sol ? Mais…
- Ne t'inquiète pas, j'ai l'habitude. En Syrie, je ne dormais pas dans un bon lit, tu t'en doutes.
- Oui, sans doute, mais…
- Quoi ? Tu es déçu ?
- Dans tes rêves ! Bonne nuit ! »
Milo esquissa un léger sourire en entendant le froissement vexé des draps du lit et le clic d'extinction de la lampe de chevet. Il avait bien cherché la réponse cinglante qu'il avait reçue, mais il appréciait beaucoup le tempérament d'Aloïs, il devait bien l'avouer. Il s'appliqua à feindre une respiration calme et guetta celle de son voisin de chambre. Aloïs mit un certain temps à s'endormir. Sa respiration ne se calma et n'indiqua un sommeil paisible qu'une bonne heure plus tard. Aussitôt, dans le noir de la chambre, en silence, Milo s'habilla et quitta la pièce. Il descendit rapidement par l'escalier pour ne croiser personne et prit la sortie de derrière. Quand il fut sûr d'être assez loin de l'hôtel, il héla un taxi de nuit.
« Au Silencio, s'il vous plaît.
- Tout de suite, monsieur. »
La voiture remonta le boulevard Sébastopol avant de bifurquer vers le second arrondissement et de remonter par la rue du Louvre, puis la rue Montmartre. Elle s'immobilisa devant une porte imposante avec un simple néon bleu portant le nom du club. Milo descendit, régla la course et frappa à la porte. Celle-ci glissa et s'ouvrit en deux et un videur impressionnant, en smoking, inspecta le photographe des pieds à la tête avant de se tourner vers son collègue, moins spectaculaire, en retrait, qui hocha la tête avec un sourire appréciateur.
« C'est bon, monsieur, vous pouvez entrer, avec plaisir. Passez une excellente soirée. »
Milo les salua et leur glissa un billet, puis il prit un long couloir éclairé par des néons de couleur qui produisaient une ambiance lumineuse étrange, comme sortie d'un film de science fiction aux effets spéciaux psychédéliques. Il arriva enfin dans la salle d'un club hype, éclairée avec des néons bleus, aux murs décorés de briques recouvertes de feuilles d'or. Au fond de la pièce se trouvait un bar en bois sculpté avec de vieux tabourets comme dans les vieux bars de l'ouest américain lors de la ruée vers l'or. L'alliance des deux atmosphères produisait un décalage puissant et plongeait le visiteur dans une impression onirique.
A l'entrée de la salle, Milo balaya les hommes et les femmes présents du regard. De nombreux yeux rencontrèrent les siens et bon nombre lui transmirent une franche invitation. Mais soudain, il sembla se décider et sans hésitation se dirigea vers le bar et s'assit sur l'un des tabouret de bois, aux côtés d'un jeune homme vers lequel il se tourna avec un sourire éclatant et séducteur.
« Je vais prendre la même chose que ce que boit monsieur. Ça a l'air délicieux.
- Ça l'est, vous pouvez y aller sans crainte.
- Me voilà donc rassuré, je vous remercie. Je me présente, je suis…
- Red, je le sais, je vous ai reconnu.
- Oh, je suis flatté, vraiment. Puis-je vous offrir un verre en remerciement de votre aide, monsieur ?
- Avec plaisir. Je m'appelle Io Rojas. Je suis enchanté de faire votre connaissance, Red. »
oOoOo
