Auteur : kitsu34
Origine : Saint Seiya
Couple : CaMilo, parce que ce sont les seuls qui conviennent niveau caractère avec ce que je veux faire… J'ai essayé avec d'autres, notamment mes jumeaux préférés, mais ça ne marche pas… Par contre, il y aura des couples secondaires qui apparaîtront petit à petit.
Disclaimers : Rien à moi dans l'univers Saint Seiya…
Note : Merci à tous de votre soutien pour cette histoire ! Red Love approche de la centaine de reviews, c'est incroyable ! Je ne m'y attendais pas du tout, étant donné qu'il s'agit d'un UA, donc forcément d'une transposition de l'univers d'origine avec adaptation des caractères et des caractéristiques des personnages que nous connaissons et apprécions. Pour votre soutien si précieux, infiniment merci. Il m'a aidé à passer une période difficile et longue, éprouvante !
Pour ces derniers temps, si certains ont été surpris de mon moral en berne, cela peut arriver pour un auteur de ne pas être satisfait de ce qu'il écrit, de ne pas avoir le moral parce que sa vie personnelle part en sucette, parce qu'il a des soucis, parce qu'il a un ressenti négatif sur son écriture… Ce sentiment peut corroborer le vôtre ou être en désaccord, parce qu'un auteur est humain aussi et qu'il peut se tromper ou avoir une autre idée de ce qu'il voulait écrire. Alors si je vous ai inquiétés ou que vous n'avez pas compris cette baisse de moral, je m'excuse platement. Ce n'était pas pour pleurer aux reviews, mais juste parce que garder la tête hors de l'eau quand tout fout le camp, c'est dur pour tout le monde, et pour moi aussi… Merci à ceux qui l'ont compris.
Réponse aux reviews non loggées :
A Araignee : Camus est très intuitif dans ce monde, presque une sorte de mentaliste, donc il comprend beaucoup plus de choses que ne le disent les gens autour de lui, ce qui explique que même sans les mots, il rejoint presque Milo dans sa réalité sans le savoir (le pantin manipulé dans l'ombre). Oui, Dohko est là, comme dans Saint Seiya. Ils sont tous là, puisque je reprends la trame de l'univers existant.
Red Love – Chapitre 14
Au bar du Silencio, dans l'ambiance colorée par les néons, deux jeunes hommes étaient absorbés par leur conversation. Par moment l'un d'eux faisait signe au barman, qui leur servait à nouveau un verre d'alcool multicolore, puis ils replongeaient dans les yeux l'un de l'autre, souriant des lèvres, des yeux, de toutes les fibres de leurs corps, de ce sourire de connivence qui est un consentement. Aussi lorsqu'ils se levèrent ensemble et partirent l'un derrière l'autre, le barman ne fut pas surpris. Pas le moins du monde. Ces deux-là se tournaient autour depuis près d'une heure et il ne faisait pour lui aucun doute sur l'issue de la soirée – et de la nuit – qu'ils allaient à présent passer ensemble.
Dans le couloir underground qui menait du bar jusque dans la rue, Io attrapa Milo par le bras et le plaqua contre le mur. Le corps du jeune homme d'affaire était étonnamment musclé et visiblement il lui plaisait. Beaucoup à ce qu'il sentait contre lui. Parfait. Les choses jusque là se déroulaient comme prévu. Ouvrant la bouche, il rendit le baiser avec un savoir-faire consommé. Après tout, il embrassait comme il respirait, non ? Autant que cela serve...
Io s'écarta le souffle court, les yeux brillants.
« Viens. On va chez moi.
- Comme tu veux. »
Milo retint un sourire de triomphe. Il avait atteint son but, encore une fois avec une facilité déconcertante. C'était presque trop facile…
Dans le taxi qui les emmena vers le luxueux appartement terrasse de la rue Richelieu, ils ne prononcèrent pas un mot, mais Milo sentait la jambe d'Io glisser lentement contre la sienne. Visage tourné vers la rue, il souriait doucement. Il avait gagné l'accès à son angle de tir pour le lendemain.
Le taxi se gara devant une façade d'immeuble haussmannienne élégante et raffinée, parfaitement entretenue. Io sonna et un portier vint ouvrir en s'inclinant. Il ne fit aucun commentaire en voyant Milo lui emboîter le pas mais se contenta de les guider vers l'ascenseur discret, un peu plus loin. Celui-ci s'ouvrit au dixième étage sur un léger tintement et Milo admira le palier, de marbre clair et de bois sombre, sobre mais d'un goût certain.
Il n'y avait une seule porte sur le palier. L'appartement d'Io, que celui-ci ouvrit avec une clé étoilée renforcée, puis il s'effaça pour laisser son invité le précéder. Milo pénétra dans un luxueux duplex, aux pièces immenses, meublées avec soin et dans un style minimaliste bien que visiblement aux meubles hors de prix. Aux murs, des toiles abstraites, de maîtres et originales, de ce que le jeune homme put en juger en un coup d'œil, tranchaient avec la blancheur aseptisée du reste des pièces.
Immédiatement, l'œil exercé du sniper repéra l'immense terrasse qui ouvrait sur la rue Richelieu et au loin, dans une minuscule fenêtre de tir basse, sur l'entrée de l'hôtel Drouot. Ce serait très serré comme angle de tir, en effet, même pour lui. La distance, l'angle, la foule, le timing. Là pour le coup, l'enjeu et le défi étaient énormes. Un frisson d'excitation le parcourut. Un défi à sa mesure, pour une fois.
Cette mission était vraiment particulière. L'une des plus spectaculaires de sa carrière, sans aucun doute.
Un visage merveilleux de porcelaine délicate aux grands yeux d'ambre rouge et aux incroyables cheveux de vif argent rouge sombre se superposa en filigrane sur la rue éclairée par les lumières de la nuit.
Et la plus belle de toutes, indéniablement.
Un corps musclé se coula contre le sien et deux bras le ceinturèrent. Une pression désagréable vint brutalement se plaquer contre ses fesses et un souffle chaud et court résonna dans son cou. Des lèvres avides fondirent sur sa nuque et une voix à l'accent étranger chuchota avec urgence contre son oreille.
« La chambre est à l'étage. »
Et le visage magnifique vola en éclats sous le vent violent et sordide de la réalité qui se pressait derrière lui. Milo redescendit brutalement sur terre et reprit son souffle d'un seul coup, comme sonné après un coup. Les caresses d'Io se faisaient plus précises et intrusives et soudain elles lui parurent insupportables. Il se retourna en se forçant à sourire à l'homme qui commençait à le déshabiller.
« Ça ne te dirait pas, un dernier verre ? Il y a une vue incroyable de cette terrasse.
- Je la vois tous les jours. J'ai plutôt envie d'une autre vue. Mais on peut le faire ici, ça ne me dérange pas, au contraire.»
Et les mains d'Io repartirent de plus belle à l'assaut de ses vêtements. Sa chemise était déjà tombée au sol et son pantalon la rejoindrait bientôt au train où le Chilien y allait. Les mains hâlées le parcouraient sans douceur, s'appropriant son corps et Milo sentait un puissant dégoût s'emparer de lui. Il était surpris : Io était un très beau jeune homme et en général, celui lui suffisait pour réussir à coucher sans souci avec ses cibles. Mais là, il ne comprenait pas. Pour la première fois, l'aspect esthétique ne suffisait pas. Au contraire, alors que son partenaire était l'un des plus beaux qu'il ait pu avoir depuis longtemps, il n'avait qu'une envie : le repousser violemment et s'enfuir.
Et il ne pouvait pas. C'était le boulot. Il devait le faire. Les choses étaient graves.
Mentalement, Milo se secoua et tenta de s'extraire de cette aversion profonde qui le faisait se rétracter sous les caresses d'Io et de s'impliquer physiquement. Il se mit également à le déshabiller et le caresser et bientôt il furent nus, tous les deux.
Mais Milo gardait désespérément la tête froide et son corps refusait obstinément de lui obéir et se cabrait de plus en plus sous les attouchements de plus en plus exigeants d'Io. Celui-ci allait immanquablement finir par s'en rendre compte…
Mais au moment où le jeune Chilien le renversa sur le vaste canapé de cuir et le surplomba, Milo comprit. Avec force, surgi des profondeurs de son être, une image s'imprima en lui. Celle d'un jeune homme sublime aux yeux fermés poignants, aux lèvres tremblantes et qui pourtant s'ouvraient toutes seules, aux jambes écartées devant lui et pourtant à l'être qui se refusait de toute ses forces.
Aloïs.
Il avait tout changé.
Il l'avait changé.
Lui également refusait les autres, tous les autres. Sauf lui. Aloïs…
Le consentement et sa force invincible…
D'un geste précis et puissant, il écarta Io, se dégagea et se redressa.
« Ça alors… Red qui recule, je ne l'aurais jamais cru. Alors comme ça tu n'es qu'un vulgaire allumeur ? Très bien. Mais claque bien la porte derrière toi et oublie mon adresse, surtout. »
Le Chilien se détourna avec un geste d'humeur et attrapa son pantalon. Milo sentit un intense sentiment de détresse l'étreindre. La mission ! Il ne pouvait pas faire cela ! Il n'était pas libre.
Survivre. Pour deux. Il l'avait promis.
oOoOo
Le voyage depuis le Kosovo a été fatigant, surtout pour Charis. Milo a pris sur lui, car il est plus grand, mais ses yeux se ferment tous seuls dans la jeep qui les secoue sa petite sœur et lui. Le Chinois – c'est ainsi que Milo appelle Dohko dans son for intérieur – a été gentil avec eux. Il les a protégés, nourris et habillés. Les autres voulaient les tuer, mais lui les a défendus et il les emmène à présent vers leur nouvelle maison.
Milo n'a pas bien compris de quoi il s'agissait au juste, mais Dohko lui a bien dit de faire ce qu'on lui disait et de ne pas poser de problème car « ces gens-là ne plaisantent pas, Milo, tu as compris ? »
Soudain, la jeep s'arrête et des voix retentissent dans une langue inconnue. Les lampes torches trouent la nuit et on les descend de la voiture sans ménagement. Charis pousse un petit cri et Dohko intime à Milo l'ordre de s'occuper de sa petite sœur et de veiller à ce qu'elle ne fasse aucun bruit, surtout.
Puis on les entraîne. Ils traversent une sorte de forteresse faite de plusieurs pièces différentes, un peu comme uns sorte de palais, ou de sanctuaire, et ils arrivent dans une grande pièce où se trouve un homme inquiétant. On ne le voit pas très bien car il est assis dans l'ombre, à moitié caché par une tenture et il porte un masque mais il est très grand. Il fait peur. Milo frissonne et Charis a un hoquet et frémit contre lui. L'homme parle. Sa voix est très grave, presque caverneuse, à cause du masque.
« Qu'est-ce que cela signifie, Libra ? Qui sont ces enfants ?
- La mission a été accomplie. Ce sont les enfants de la cible.
- Que font-ils ici dans ce cas ?
- La faction politique rivale voulait les tuer.
- Et alors ?
- Alors ce sont des enfants. Ils sont innocents.
- Je m'en moque complètement.
- Pas moi. »
La voix de Dohko s'est durcie comme la pierre, comme la cascade puissante qui gronde en tombant sur la roche. L'homme assis sur le trône se redresse et se lève, se fait plus menaçant.
« Attention, Libra. Oserais-tu me défier ?
- Loin de moi cette idée. Mais le code moral de l'ombre existe : pas d'enfant.
- Ah oui, le code moral de l'ombre.
- Vous avez tort de vous en moquer : c'est en le respectant qu'on gagne le respect de ses hommes et leur fidélité. Ce n'est pas par la violence et la peur que l'on assoit un pouvoir légitime.
- Tu me fatigues avec tes maximes d'un autre âge ! Tu veux la vie de ces enfants ? Très bien ! Je te l'accorde. Prends-la. Mais tu te rendras compte que tu ne leur as pas forcément rendu le service que tu crois. »
Le ton de l'homme masqué s'est fait plus guttural et il a actionné un cordon à sa gauche. Un homme entre et s'incline.
« Votre Majesté ?
- Prenez la gamine et emmenez-la avec les esclaves.
- NOOOON !
- Libra, attrape le gosse et tiens-le fermement. Tu l'emmèneras aux baraquement des apprentis. Il rejoindra le programme. Autant qu'il serve à quelque chose maintenant qu'il est là.
- Charis ! Charis !
- Miloooo ! Milo ! Je ne veux pas ! Je ne veux pas ! »
Deux hommes entraînent Charis qui hurle et se débat en pleurant, mais elle est si petite… Sa résistance est si dérisoire… Milo se débat à son tour contre les mains solides de Dohko qui le retient fermement. Il est en colère, tellement en colère contre ces hommes qui lui ont tout pris : son père, sa mère, sa sœur, toute sa famille, sa vie…
« Eh bien, Libra, n'es-tu pas satisfait ? Les gosses ont la vie sauve. Bon, la gamine devra travailler dur pour gagner sa croûte et quand elle aura l'âge si elle n'est pas trop vilaine, on verra à… l'apprécier. Et le gamin a une chance sur vingt de survivre à son entraînement, mais c'est mieux que rien, non ? »
Milo se fige d'horreur. Il n'a pas bien tout compris, mais la poigne de Dohko qui se resserre sur ses petites épaules à lui faire mal suffit à le convaincre que le sort de Charis et le sien sont suffisamment horribles pour mettre le gentil Chinois dans tous ses états.
L'homme masqué semble très satisfait de lui et se dresse de toute sa taille face à Dohko. Milo est sûr qu'il sourit, peut-être même qu'il rit sous son affreux masque. Et soudain, tout devient clair, il sait ce qu'il doit faire. Il desserre les mains de Dohko sur lui et du regard lui enjoint de le laisser faire, puis il s'avance vers le personnage cruel en face de lui. Les deux hommes le laissent faire. Après tout, il n'est qu'un petit garçon de six ans, sans force. Il n'est rien, face à eux.
Il se campe face au monstre et le regarde bien en face, de ses grands yeux d'eau claire miroitant à mi chemin entre le vert et le bleu et lui lance de sa voix cristalline d'enfant :
« Et si je relève le défi. Si je survis et que je prends cette chance sur vingt dans votre entraînement pour devenir votre marionnette, est-ce que vous laisserez ma sœur tranquille ? »
L'homme masqué marque un temps d'arrêt, surpris par cet enfant à la beauté lumineuse qui se dresse ainsi contre lui, assuré, sans crainte. Puis il répond gravement.
« Te rends-tu compte de ce que tu promets ?
- Oui, parfaitement. Je survivrai et je vous appartiendrai. Je le promets.
- Très bien. Alors si tu survis et si tu me sers, je laisserai ta sœur tranquille et je prendrai même soin d'elle, je te le promets également et Libra, ici présent, en sera le témoin.
- Vous en prendrez soin ?
- Je l'enverrai loin d'ici dans un bon pensionnat pour jeunes filles. Elle recevra une bonne éducation et aura une vie normale. Elle pourra trouver un travail, se marier et avoir des enfants. Tu as ma parole. Une vie pour une vie. Telle est la loi de l'ombre. Marché conclu ?
- Marché conclu. »
oOoOo
Le dégoût intense, difficilement soutenable, lui étreignit la gorge et coula dans son ventre tandis qu'il posait la main sur l'épaule d'Io et le tournait vers lui avec un sourire. Au visage du jeune homme se superposa un autre, aux magnifiques yeux d'ambre rouge et aux cheveux de mercure incandescent. Mais il le chassa rapidement. Il n'avait plus le droit de penser à ce visage-là. Il ne s'appartenait plus, depuis si longtemps déjà. Sa vie était à une machine implacable, qui le broyait doucement et finirait sans doute par l'anéantir.
Mais Charis serait sauvée. Il aurait tenu sa promesse faite à maman. Sa promesse de grand-frère, sa promesse d'enfant.
« Allons pourquoi dire des choses blessantes inutiles ? Reprenons où nous en étions. Je suis d'humeur, finalement. Pas toi ? »
Il ferma les yeux en rendant le baiser et en s'allongeant docilement à nouveau sur le canapé. Pourtant le poids attendu sur son corps ne vint pas immédiatement et il les rouvrit, étonné. Io, les yeux mi-clos le contemplait, immobile. Dans l'obscurité, son visage était impénétrable et son expression indéchiffrable. Mais son regard n'était ni passionné, ni bienveillant et Milo s'étonna de son attitude. Il semblait presque étreint de dégoût, lui aussi.
Puis d'un geste sec, presque brusque, il s'empara de ses genoux, qu'il écarta presque violemment, se plaçant entre ses jambes. Il se pencha sur lui, s'arrêtant à mi-chemin, en appui sur les mains, de chaque côté de son visage.
L'aversion tordit et souleva l'estomac de Milo mais il n'en laissa rien voir et se força au contraire à sourire à l'homme qui s'apprêtait à le posséder. L'effort lui parut quasiment surhumain. Un pauvre sourire… C'était le bout de ses forces. Il ferma à nouveau les yeux, horrifié de les sentir s'humidifier légèrement sous le regard toujours indéchiffrable d'Io. Son souffle se faisait de plus en plus difficile dans sa gorge qui se nouait sous la nausée. Il se sentait presque défaillir.
Et Io ne bougeait toujours pas, semblant surveiller ses réactions, guettant ses gestes. Milo ne comprenait pas ce qui se passait, pas du tout. C'était la première fois qu'un de ses plans cul se déroulaient de cette façon étrange. Mais c'était aussi la première fois qu'il réagissait, lui, de cette manière.
Puis soudain, le corps du Chilien s'abattit sur le sien, le clouant au canapé. Il eut un haut le cœur de dégoût qu'il ne put retenir en sentant la force du désir d'Io contre lui et s'attela à museler les autres réactions d'aversion de son corps qui auraient pu le trahir.
Il tourna la tête, ferma les yeux avec force et serra les lèvres dans l'attente de ce qui allait suivre. Il savait. Il l'avait fait des centaines de fois. Et pourtant cette fois, il avait l'envie de vomir chevillée au corps. Sous ses paupières obstinément baissées, le visage d'Aloïs qui lui souriait, nuancé de mille facettes, et celui, lointain et mangé par le temps, de Charis, l'accompagnaient et le soutenaient tandis qu'Io le possédait dans un râle de plaisir.
Au fond, bien à l'abri, derrière la façade brillante et le bleu limpide et translucide de ses yeux enchanteurs, Red pleurait ses larmes invisibles, une fois de plus.
oOoOo
« Tu es sûr que tu ne veux rien boire ?
- Non, je te remercie. Je dois rentrer avant que les autres ne reprennent la planque devant mon hôtel.
- Ah oui, la « love story » avec ce serveur. C'est vrai, cette histoire ?
- Bien sûr que non, enfin. Tu as oublié à qui tu parles ? »
Milo ébaucha vaillamment un sourire crâneur. Que c'était dur de sourire et de plaisanter sur Aloïs… De plus en plus dur, en fait. Quand était-ce devenu si difficile ? Il ne s'était rendu compte de rien. Il ne s'était pas méfié, trop sûr de lui et certain de tout maîtriser, de tout planifier à la perfection et voilà où il en était rendu… Lui… Il n'arrivait même plus à donner le change pour son alibi lors d'une mission. Il était tombé bien bas… Il secoua la tête, comme quelqu'un qui a fait un rêve et s'éveille soudain.
Un alibi pour une mission ? Aloïs ? Allons, il lui fallait être plus honnête avec lui-même sur ce coup : cela faisait bien longtemps qu'il était devenu bien plus que cela. Infiniment plus. Et après la nuit dernière, il ne pouvait plus se voiler la face… Pour la première fois de sa vie, une autre personne comptait à ses yeux, autant que Charis. Une autre personne pour laquelle, il aurait donné sa vie sans aucun doute.
Etait-ce cela, être amoureux ?
La pensée le frappa comme une balle, il faillit pousser un cri. Que venait-il de penser ? Amoureux ? Lui ? Allons ! C'était ridicule ! Il ne pouvait pas être amoureux ! Quand on était amoureux, on ne faisait que penser sans cesser à l'autre… On voulait toujours être avec l'autre, le voir, le toucher… On voulait découvrir son univers… On voulait le protéger… On ne voulait être touché que par lui… On ne voulait lui faire aucun mal, même pour son propre bien ou sa satisfaction personnelle…
Milo se mordit la lèvre nerveusement à l'évocation de tous ces "symptômes" qui résonnaient étrangement en lui avec ses actes de ces derniers jours. Mais alors...
Il était amoureux ? Lui ? C'était possible ?
Les bras d'Io l'enlacèrent doucement par derrière et Milo se tendit. Il devait absolument maîtriser les réactions de son corps ou le Chilien se douterait de quelque chose. Et il avait encore besoin de lui pour ce soir. Mais il se sentait si dérouté et plongé dans un tel état d'esprit tourbillonnant et dangereux... Il devait s'échapper avant de faire une faute. Et vite.
Mais avant il lui fallait obtenir son laissez-passer pour ce soir, ou tout cela n'aurait servi à rien. Il se gifla en pensée, se retournant dans les bras d'Io. Allez, Red, au travail. Museler ce frisson d'aversion pur qui allait le trahir, cet éclat d'hostilité dans l'eau de son regard. Voilà. Sourire. Allumer la tendresse et la grâce. Il savait faire. Il l'avait fait un millier de fois. On lui avait bien appris. Allez, Red, la jolie poupée obéissante, fais-le. Pourquoi était-ce si dur, à présent ? Qu'est-ce qui résistait autant, maintenant ?
Io lui prit le menton et lui tourna le visage vers lui pour le regarder dans les yeux. Il détourna la tête, encore. Il ne fallait pas qu'il fasse cela ! Ce n'était vraiment pas bien. C'était grave, même. Il n'y arrivait plus du tout. Il ne savait plus donner le change comme avant. Son masque cruel se fendillait de plus en plus. Bientôt il serait nu, vulnérable… Et alors ? Que se passerait-il ? Qu'arriverait-il ? Pour Charis ? Pour Aloïs ? Pour lui ? C'était très grave… Milo eut un frisson qui courut le long de sa colonne vertébrale sur l'or fauve de sa peau et se perdit dans ses reins. Pour la première fois, il avait peur. Est-ce que la découverte de l'amour signerait la fin de ses prodigieuses capacités dans le monde de l'ombre ?
« Eh bien ? Pourquoi cette histoire alors ?
- Pour la pub. Il faut bien faire parler de soi, rester dans le coup. Mon agent trouvait que j'avais un peu trop l'air « sans coeur » et voilà.
- Sans coeur ? C'est amusant… Je ne dirai pas ça.
- Que veux-tu dire ?
- Oh là, pas la peine de prendre cet air dangereux. Que du bien, je t'assure. Tu m'as… surpris. Je pensais que tu serais plus… dur. »
Milo tressaillit sous la réflexion dite d'une voix légèrement amusée. C'était extrêmement grave. Même un gars rencontré la veille comme Io s'en rendait compte. Il se mordit les lèvres, son regard se voila. Comment faire ? Comment continuer ? Comment accomplir sa mission maintenant ? Le risque d'un échec était de plus en plus grand. Un gouffre béant, vertigineux, s'ouvrait sous ses pieds. Son monde se désagrégeait à toute vitesse, de toutes parts. Même lui semblait se dissoudre et disparaître. Plus rien n'était reconnaissable ni assuré.
Il se détourna, saisit sa veste et posa la main sur la poignée. Les mots lui écorchèrent les lèvres mais il devait les dire.
« J'ai passé un moment merveilleux avec toi. J'ai… adoré.
- Mmmh, moi aussi, je t'assure. Bien plus que prévu.
- Est-ce que tu acceptes qu'on se revoie ?
- Oh, je suis très flatté, vraiment. Mais avec un très grand plaisir, bien entendu.
- Que fais-tu ce soir ?
- Mais je te vois, évidemment. Chez moi ? 19 heures ?
- C'est parfait. Je m'en fais une joie. A ce soir. »
Rendre le baiser avec un sourire. Ne rien montrer. Le soulagement autant que le dégoût se partagèrent son être. Il avait réussi. Encore une fois. Peut-être la dernière. Il fallait vraiment songer à tirer sa révérence, mais comment ? Il ne voyait aucune issue… A moins que... Peut-être que Dohko pourrait l'aider... Après cette mission, s'il s'en tirait, il lui demanderait son aide pour sortir Charis des griffes d'Arès, même si Libra n'était plus vraiment en odeur de sainteté depuis la trahison d'Ariès. Apparemment le nouveau bras droit de l'ombre était Gemini. Et le moins qu'on puisse dire était que celui-là ne plaisantait pas !
Il se dégagea de l'étreinte d'Io avec un sourire et ouvrit la porte. Puis il s'enfonça avec soulagement dans le couloir luxueux, au marbre blanc et au bois sombre. La porte d'entrée se referma sans bruit.
Io demeura un instant immobile les yeux attachés sur la porte d'entrée qui venait de se refermer, perdu dans ses pensées. Puis à pas lents, il se dirigea vers la luxueuse cuisine d'acajou sombre et se servit une tasse de café. Il savoura quelques gorgées et se dirigea vers la terrasse et sa vue incroyable sur les toits de Paris. En avisant le superbe panorama, il eut un sourire sombre et portant la main à son oreille droite, il sembla se mettre à parler seul dans l'atmosphère vibrante de l'aube à peine naissante.
« Tout s'est bien passé. Mais je suppose que tu n'as pas pu t'empêcher d'écouter, comme d'habitude ? »
Un grésillement se fit entendre et une voix faible, comme sortie de l'oreille d'Io, retentit
« Voyons, tu couches avec Red, le journaliste le plus sexy des journaux à scandales, tu penses bien que j'étais aux premières loges, enfin. Pour ta sécurité, bien entendu.
- Bien entendu. Pour rien d'autre.
- L'homme superbe que tu viens de t'envoyer est aussi Scorpio, l'un des tueurs les plus efficaces de ces vingt dernières années. C'est un as du combat rapproché autant que du tir. Donc, oui, pour ta sécurité, il fallait que j'écoute. Tu le sais, c'est la procédure.
- Mouais. Je ne suis pas convaincu.
- Pas convaincu de quoi ?
- De ce côté « super tueur ».
- Pourtant, il ne semble plus y avoir aucun doute : les infos de la source ont été vérifiées et sont absolument fiables, tu le sais.
- Oui, oui, je ne dis pas que ce n'est pas lui.
- Eh bien ?
- Je ne sais pas. Je l'ai trouvé plus… humain que ce à quoi je m'attendais.
- Attention ! Ne tombe pas dans le panneau ! Tu sais ce que c'est, le boulot sous-couverture. Ne t'attache pas à lui.
- Tu vas en référer à Julian ?
- Évidemment. Encore une fois, c'est la procédure. Je suis ton agent de liaison. C'est mon boulot. Et je suis ton ami aussi. C'est mon devoir. Deux raisons d'en référer.
- Merci Sorrente.
- De rien. Va dormir. La nuit prochaine sera rude.
- Oui, sans aucun doute.
- Bonne nuit. »
oOoOo
