Note de l'auteur: Bonjour ! Et voilà le chapitre 36 de Sauver la princesse ! On arrive sur une brochette de chapitres un peu plus calmes, pour ceux et celles qui trouvent que je torturerais trop mes personnages... Avec pas mal de présence de ce cher Hyôga pour ce chapitre. J'espère que tout ça vous plaira.

Comme d'habitude, merci beaucoup pour les reviews qui m'encouragent, et à vous tous de me lire jusqu'ici.

Bonne lecture !


Chapitre 36 – Emois adolescents

« 'Tain ! Mais j'y crois pas ! Fit la voix irritée de Milo dans le sommeil de Camus. T'es encore en train de me plumer, c'est pas possible ! »

Un bruissement de cartes. Puis un autre. Et encore un autre, plus nerveux. Cela, et des voix. Elles finirent par le tirer de sa léthargie.

« Milo, pas si fort, maître Camus dort toujours, retentit la voix plus soucieuse de Hyôga.

- Pff, grogna Milo au-dessus de lui, mais plus bas. Tu gagnes, et en plus t'a raison. T'arranges pas ton cas, gamin. »

Camus, finalement réveillé par les voix autour de lui, n'ouvrit pas les yeux tout de suite. Sous lui, il y avait quelque chose de chaud. Un corps, sous sa tête. Il était vraisemblablement toujours appuyé contre les jambes de Milo. Il se demandait quelle heure il pouvait bien être. En fait, il s'en fichait. Il était bien, là. Un peu engourdi, c'était vrai… Mais bien.

Quand il reprit davantage ses esprits, et entendant les deux comparses jouer aux cartes ensemble, ce fut la curiosité qui prit le relais dans son ressenti. Pour le moment, il n'avait ni bougé, ni ouvert les yeux. Alors… Il pouvait se contenter d'écouter. Il n'avait pas beaucoup vu Milo et Hyôga interagir. Il avait bien envie de savoir de quelle manière se comportait son disciple quand il ne s'adressait pas à lui, son maître. Et quand il était… Absent. Enfin, plus ou moins. Le sommeil était une forme d'absence tout de même discutable. Mais tous les deux étaient encore convaincus qu'il dormait… S'il ne montrait pas qu'il s'était réveillé, il pourrait sans doute apprendre des choses intéressantes. Et puis, rester dans cette position, sur Milo, le détendait. Il n'avait pas envie que cela cesse. Le corps de son amant contre le sien était réconfortant. Il avait tellement lutté pour qu'il soit en vie… Qu'il considérait que le moindre battement de son cœur dans sa poitrine, était une victoire.

Le mage, qui avait appris un contrôle de lui-même tout à fait remarquable au cours de sa vie, s'attacha à garder le même rythme de respiration et la même immobilité que celle qu'il avait eue avant de s'éveiller.

« Tu me fais penser à Ikki », rit Hyôga de bon cœur.

Tu ? Releva Camus dans son for intérieur. Depuis quand est-ce que Hyôga tutoyait Milo ? Le mage s'empêcha de froncer les sourcils. Il lui avait bien semblé avoir ordonné à son disciple d'être respectueux envers son amant.

« Ikki ? Répéta la voix curieuse de Milo au-dessus de lui.

- Tu ne le connais pas, le renseigna Hyôga.

- Ben, oui, tu t'en doutes, si je te pose la question », ironisa Milo.

Camus retint un sourire amusé. Rien ne bougea sur son visage aux yeux clos.

« Alors, c'est qui, cet Ikki ? Reprit Milo.

- C'est le patron de l'auberge à laquelle on va tout le temps, quand on passe à la Citadelle Bénite, maître Camus et moi, expliqua Hyôga. On reste toujours à la même parce qu'il juge qu'ils font du bon travail. Avec le temps, je suis devenu vraiment ami avec lui et son petit frère. Enfin, surtout Shun. Même si j'aime bien Ikki aussi.

- Shun, c'est le petit frère, donc ?

- Oui.

- Et pourquoi tu dis que je te fais penser à Ikki ? »

Hyôga laissa échapper un léger rire, pour la seconde fois. Apparemment, se dit Camus, les relations avaient l'air détendues entre Milo et son disciple. C'était une très bonne chose.

« Parce qu'il s'énerve toujours contre moi quand on joue aux cartes, s'amusa-t-il. Il est très mauvais perdant.

- T'es en train d'insinuer que je le suis aussi ?

- Je ne sais pas. Je ne te connais pas assez pour le dire. Mais tu t'énerves tout pareil.

- En même temps, soit t'as beaucoup de chance, soit tu triches, bougonna Milo.

- Ou soit c'est toi qui es mauvais aux cartes », lui asséna Hyôga.

A ces mots, Camus faillit sursauter. Il croyait bien avoir dit à son disciple d'être respectueux ! Là, c'était vraiment limite !

« Peut-être. Ou peut-être que t'es meilleur que la moyenne, prononça le chevalier sans se vexer. C'est Camus qui t'a appris à jouer comme ça ?

- C'est lui qui m'a tout appris, tu sais, le renseigna Hyôga.

- Oui, je m'en doute… Répliqua calmement le chevalier. Enfin, tout cas, si c'est grâce à lui que t'es aussi bon, tu me rappelleras de ne jamais essayer de jouer contre ton maître.

- C'est vrai qu'il me bat toujours aux cartes, réfléchit Hyôga.

- Ah, ouais, là… Je suis très mal barré, dans cette maison », rit franchement Milo.

Camus faillit rire, lui aussi. Oui… Il était plutôt bon aux cartes. Trop bon, d'ailleurs, si bien qu'il évitait de beaucoup jouer. Les gens le soupçonnaient de tricher, et il détestait que l'on pense de lui une chose aussi fausse. Il était simplement bon stratège, et calme en toutes circonstances, ce qui était un atout considérable au jeu. L'idée que Hyôga vainque régulièrement Ikki, colérique comme il l'était, l'amusait beaucoup.

« Et du coup, cet Ikki et ce Shun, ce sont tes amis, tu as dit ? S'enquit Milo, curieux. Tu les connais depuis longtemps ?

- Depuis assez longtemps, oui, confirma Hyôga. Je les ai connus à peu près à la même époque que mon maître et moi nous sommes installés sur l'île. Ikki a repris l'auberge de leurs parents quand ils sont morts, et il est vraiment très courageux de la tenir comme ça à son âge. Shun l'aide comme il peut, même s'il est encore jeune.

- Il a quel âge, ce Shun ?

- Treize ans, comme moi, le renseigna Hyôga. On se connait depuis assez gamins, mine de rien. Lui et moi, on s'adore.

- Tu dois être content d'avoir des amis à la Citadelle, en dehors de ton entraînement, commenta Milo. Ça doit être sympa de changer d'air de temps en temps.

- Oui. J'aime pas trop quand maître Camus part tout seul en mission, parce que je suis content d'être à ses côtés pour m'entraîner. Mais au moins, quand il part, il me laisse à l'auberge, et j'y passe vraiment du super bon temps. Ikki me fait un prix un peu réduit quand je reste longtemps là-bas. Il a mauvais caractère, mais il est gentil, au fond.

- Et Shun ? Il est comment ? Se renseigna Milo. Tu as dit que tu t'entendais davantage avec lui.

- Oui… Shun, il est… C'est mon meilleur ami, lui indiqua Hyôga d'une voix un peu plus timide. Il est vraiment très gentil. Il est serviable, généreux… A tel point que parfois, il oublie trop de prendre soin de lui. Des fois, il m'inquiète, mais… Il a son grand-frère pour le surveiller. Ikki n'aime pas trop le voir vouloir se sacrifier pour les autres. Il ne comprend pas, je crois. Moi, je trouve ça noble, pourtant. Même s'il ne faut pas pousser trop loin… Je trouve vraiment que Shun est quelqu'un d'exceptionnel. »

Il y eut un silence. Camus entendit Milo jouer une carte.

« Et il te manque, quand tu n'es pas à la Citadelle ? L'interrogea encore le chevalier.

- Euh, oui… Balbutia Hyôga. Il me manque beaucoup, même. Je passerais bien davantage de temps avec lui, mais il y a mon entraînement, et… Je veux d'abord que maître Camus soit fier de moi…

- Ne t'en fais pas pour ça. Il est déjà très fier de toi, Hyôga », le rassura Milo.

Le disciple ne répondit rien. Camus sentit son cœur se serrer. Encore une preuve des nombreuses insécurités présentes dans le psychisme de Hyôga. Milo était très gentil de lui parler ainsi. Camus s'étonnait même que son amant soit aussi attentionné envers son disciple. Il trouvait cela immensément touchant. Et il savait que Hyôga avait encore du chemin à faire avant d'avoir vraiment confiance en ses capacités. Mais cela viendrait, il en était sûr.

« Il n'est jamais venu sur votre île, ce Shun ? Reprit posément Milo.

- Hein ? S'étonna Hyôga. Euh… Non…

- Tu n'as jamais pensé à l'inviter ? C'est toujours toi qui viens le voir ?

- Ben, euh, oui… C'est-à-dire que… C'est pas trop moi qui décide des allées et venues à travers la mer… Je me contente de suivre les ordres de mon maître.

- Mais… Ça te ferait plaisir, qu'il vienne, non ?

- Oui… Admit le plus jeune d'une petite voix. Ça me ferait très plaisir. Même… Enormément. Ce serait… Un peu comme un rêve, sans doute… Parce que j'ai du mal à m'imaginer… Qu'une telle chose se produise. Mais… Je ne décide pas pour maître Camus…

- Est-ce que tu lui as seulement demandé, à ton maître ? L'interrogea Milo avec douceur. Tu lui en as parlé, du fait que tu avais envie de passer du temps avec Shun ?

- Euh… Ben, il sait sans doute qu'on s'entend bien, se hasarda Hyôga.

- Mais tu ne lui parles pas de lui ? Jamais ?

- Si, si… parfois. Mais… Je ne veux pas le déranger dans ce qu'il veut faire, et… Et ça me va de suivre ses ordres, vraiment.

- Tu penses qu'il ne serait pas d'accord pour qu'il vienne, si tu lui demandais à ce que Shun passe quelques jours ?

- Je ne crois pas que j'oserais lui demander une telle chose… C'est pas vraiment ma place… Et… Et je ne veux pas lui faire penser que je ne me soucie pas de mon entraînement.

- Franchement, tu ne donnes pas l'impression de t'en foutre, loin de là, lui assura Milo. Et ça m'étonnerait sincèrement que Camus ait cette impression, lui aussi. Et puis, c'est dommage, de ne pas essayer… Qu'est-ce que tu as à perdre, à lui demander que Shun vienne te rendre visite ?

- Je ne sais pas… Son estime ?

- Son estime ? Oh, là, là, mais Hyôga… C'est pas en lui posant une telle question que tu vas la perdre, enfin, le gronda légèrement Milo. Je sais qu'il a son petit caractère, ton maître, mais quand même, il mord pas. Si ?

- Non, agréa Hyôga, un brin amusé.

- Ben alors ! Tu vois.

- Mais le truc, c'est que… Notre île est assez secrète. Maître Camus est très soucieux de notre sécurité ici. A part le maçon qui nous a aidés à construire cette maison quand on s'est installés, jamais personne n'est venu sur notre île.

- Faux ! Le reprit Milo. Il y a moi.

- Oui, mais maître Camus a fait cela pour te soigner, et…

- Et quoi ? C'est pas un hôpital, ici, que je sache. Si je suis là, c'est bien parce que Camus m'a invité, tu ne crois pas ?

- Si. Sans doute.

- Alors ? Tu vois que j'ai raison. Et puis franchement, ton Shun, il sait se repérer en mer ?

- Non, je ne crois pas. Je ne sais même pas s'il a jamais quitté la Citadelle Bénite un jour dans sa vie.

- Dans ce cas, il ne pose quand même pas un problème de sécurité majeur, raisonna posément Milo.

- Oui, mais je dois toujours m'entraîner avec mon maître à apprendre ma magie, lui rappela le disciple. Maître Camus ne veut jamais perdre une seule seconde, concernant ce qu'il m'enseigne. Je le vois mal m'autoriser des vacances gratuites.

- Et alors ? Shun ne t'empêcherait pas de t'entraîner quand même, s'il était là, si ? Continua le chevalier. Regarde, moi, je suis avec vous, et je ne vous empêche pas de travailler. Enfin, si… Un peu. Mais c'est pas de mon plein gré. Et quand je serai complètement rétabli, je ne vous en empêcherai plus du tout. »

Hyôga garda un instant le silence. Camus se demanda ce qu'il allait dire. A la place, ce fut Milo qui reprit la parole.

« Tu voudrais que j'essaye d'en toucher un mot à Camus, moi ? Lui proposa-t-il. Je peux, si tu veux. Pour préparer le terrain. Voir ce qu'il en pense. Ça ne me gêne pas de le faire, si tu as besoin.

- Oh, non, s'empressa le disciple. Non… Ne te donne pas cette peine. C'est vraiment très, très gentil de proposer, vraiment… Mais… Non. Je te jure que tout va bien. Et puis… Je trouverai bien le temps de revoir Shun à un autre moment. C'est pas grave. Je tiendrai bien jusqu'à ce que Camus choisisse de m'emmener de nouveau avec lui pour le voir.

- Comme tu veux, capitula Milo. Mais si tu changes d'avis… Tu peux toujours me demander de le faire. »

Hyôga ne répondit rien. Camus supposa qu'il avait acquiescé en silence. Les deux comparses ne dirent rien pendant un moment. Seul le bruit des cartes qui se posaient sur les couvertures du lit vint troubler le silence. Jusqu'à ce qu'au bout d'un petit moment, Milo ne pousse un autre cri rageur.

« Ah, bordel, c'est bon, j'abandonne, s'énerva-t-il. C'est mission impossible d'essayer de gagner contre toi. Je préfère encore sauver une princesse une deuxième fois. J'aurais davantage mes chances.

- On arrête, alors ?

- Ouais, c'est bon, range le jeu de cartes. Je crois que tu as assez prouvé que je suis très mauvais.

- D'accord », agréa Hyôga avec un léger rire.

Camus choisit ce moment-là pour ouvrir les yeux et enfin montrer qu'il s'était réveillé. En le sentant bouger, l'attention de Milo se focalisa instantanément sur lui.

« Il est quelle heure ? Marmonna Camus en croisant son regard.

- Bientôt l'heure de dîner, le renseigna tranquillement Milo.

- J'ai commencé à faire la cuisine, maître. Le repas cuit, déclara le disciple.

- C'est bien, Hyôga, le loua Camus en se redressant. Merci de l'avoir fait.

- De rien, maître. Vous étiez fatigué, c'est normal.

- Vous vous êtes débrouillés, aujourd'hui ? Voulut savoir le mage en s'asseyant sur le matelas. Vous avez mangé correctement ?

- Oui, ne t'en fais pas. Hyôga a fait tous les repas, très gentiment, le rassura Milo avec un sourire. Pas vrai, gamin ?

- Oui, confirma le disciple. Vous devez avoir faim, maître.

- J'avoue que manger quelque chose ne serait pas de refus.

- Ça va être bientôt prêt. Je faisais simplement une petite partie avec Milo en attendant.

- Vous vous êtes bien entendus, tous les deux, pendant mon absence ?

- Oui, Camus, confirma Milo en faisant un sourire à Hyôga. Ton disciple a été adorable. Ne t'en fais pas. Tu l'as très bien éduqué. »

A ces mots, Hyôga baissa légèrement la tête, confus d'entendre des louanges qu'il ne trouvait pas tant que ça méritées.

« Milo a été très gentil avec moi, appuya-t-il cependant. Ne vous inquiétez pas, maître.

- Je n'en doute pas une seule seconde. »

Camus s'empêcha d'aller prendre la main de Milo. Il était en présence de son disciple… Et dormir sur les jambes de son amant avait dû lui sembler suffisamment bizarre comme ça. Le maître des glaces avait bien sûr pour projet de lui expliquer, mais… plus tard. Un peu plus tard. Il voulait laisser passer du temps, pour que tout le monde se fasse au nouvel équilibre dans la maison… Et il verrait ensuite comment il voudrait lui annoncer. Il était sûr que Milo comprendrait.

« Comment tu te sens, Milo ? Demanda alors Camus en le dévisageant attentivement. Comment est-ce que ton état a évolué ?

- Je me sens bien, le rassura le chevalier. Je n'ai presque plus besoin de faire de siestes, maintenant. Et ne t'en fais pas. J'ai mangé toutes les assiettes que m'a présentées ton disciple, pendant ton absence. Tu confirmes, gamin ?

- Je confirme, fit l'intéressé depuis sa chaise.

- Il cuisine très bien, d'ailleurs. Je suppose que tu lui as appris, comme tout le reste ?

- Effectivement. »

Milo fit un sourire entendu. Camus choisit ce moment-là pour se lever de son lit et venir aux côtés de son amant.

« Va vérifier l'état du repas, Hyôga, lui ordonna son maître. Je me charge de porter Milo.

- Tu vas me porter ? Lui demanda le chevalier, circonspect. Où ça ?

- A table, dans la cuisine, bien sûr, lui indiqua posément Camus. A moins que tu ne t'en sentes pas les épaules ? Je crois que tu devrais pouvoir tenir assis sur une chaise, à présent.

- Oui, je pense aussi.

- Très bien, dans ce cas, Hyôga, mets-moi trois couverts sur la table, lui enjoignit Camus en passant les mains sous les genoux de son amant.

- Tout de suite, maître ! » Fit le disciple en se levant de sa chaise, et en sortant prestement de la pièce.

Camus se retourna pour vérifier que Hyôga était bien parti de la chambre, et il posa furtivement ses lèvres sur celles de Milo. Celui-ci ne put pas s'empêcher de se fendre d'un sourire malicieux devant la caresse dérobée. La discrétion du mage l'amusait beaucoup.

« Alors, c'est le moment que tu as choisi pour me faire visiter la maison ? L'interrogea Milo sur un ton espiègle, une fois qu'il fut calé dans les bras de Camus.

- Tu l'as bien mérité, déclara le mage en retrouvant son air impassible. Je suis heureux de savoir que tu as gardé le rythme, Milo. Je suis sûr que d'ici la semaine prochaine, tu remarcheras sans trop de problèmes.

- On verra, fit Milo en haussant légèrement les épaules. Ce qui est sûr, c'est que grâce à vous deux, je me sens beaucoup mieux.

- Tu m'en vois ravi, Milo », déclara sincèrement Camus.


Ce soir-là, Milo put enfin visiter plus avant la maison de Camus, bien calé entre ses bras. Il découvrit ainsi des pièces qu'il n'avait jamais vues auparavant. La demeure n'était en fait pas très grande. Elle était principalement composée d'un séjour, muni d'un canapé, quelques fauteuils, et surtout, surtout, une bibliothèque conséquente. Plus loin, il y avait une cuisine, qui jouxtait ce salon bien rangé et confortable. Une petite table en bois trônait au milieu de la pièce, avec quelques chaises autour. Camus, en passant près du canapé, attrapa un coussin pour caler Milo plus confortablement sur l'une des modestes chaises de la cuisine.

Le mage expliqua à Milo qu'à part sa chambre, qui donnait sur le même couloir, où il y avait aussi la salle de bain et la chambre de Hyôga, à l'autre bout, il y avait une pièce qui lui servait parfois de bureau, s'il avait des choses à rédiger. Il ne s'en servait pas beaucoup, c'était donc la raison pour laquelle l'espace était davantage utile pour du stockage.

Ce soir-là fut très particulier pour l'ensemble des occupants de la maison. Avoir soudainement Milo à table, avec eux, dans la cuisine, fit un effet particulier à la fois pour l'intéressé, mais aussi pour les deux hôtes. Milo était assez intimidé d'envahir une intimité routinière entre le maître et le disciple, et de bousculer ainsi leurs habitudes. De fait, il ne parla pas beaucoup, se contentant d'observer. Il avait un peu peur de commettre une bourde en ouvrant la bouche à un moment inapproprié. Ou quoi que ce soit d'autre. Et puis, c'était la première fois depuis longtemps qu'il remangeait à une table. Comme un humain normal. Tout ceci lui enjoignit à garder le silence.

En fait, ce ne fut pas grave. Car Camus, lui, était nettement ravi que Milo se trouve là. Cela se voyait dans son regard. Le mage était plus qu'heureux. Déjà, de voir son amant recommencer à fonctionner correctement, et aussi simplement… De l'avoir avec lui sur son île. Dans sa maison, comme il l'avait rêvé. Imaginer un quelconque quotidien avec Milo… Lui avait semblé utopique. Et voir ce souhait-là devenir réalité le comblait plus qu'il ne se l'était imaginé.

Alors pour une fois, ce fut Camus qui guida la conversation. Il raconta, à la demande de son disciple, ce qu'il s'était passé à la Citadelle Bénite. Comment il avait réussi à faire gracier Milo. Il dit à son amant qu'il avait d'ailleurs recroisé Dôhko, durant son audience, et que sa présence avait grandement permis de rendre le pardon de Shion possible. Milo sourit en repensant à l'aubergiste. Il trouvait ça toujours très difficile à imaginer que ce type avait dans les deux cent ans, et qu'il était pote avec le Grand Pope, mais soit. Il savait que Camus ne lui mentirait jamais.

Milo trouva le récit touchant. De toute manière, il n'en revenait pas que son amant ait volontairement choisi de s'exposer au danger pour sauver sa vie. Pour obtenir un pardon qu'il n'était pas sûr lui-même de mériter. Camus avait construit un petit argumentaire, apparemment. Sans même exposer un seul instant son ami Aiolia, ce qui était très généreux de sa part. Milo lui en était vraiment infiniment reconnaissant. Il espérait que son meilleur ami allait bien, à la Tour de Garde. Et qu'ils avaient trouvé quelqu'un pour remplacer son poste de responsable vacant. Il savait que Seiya serait sans doute le plus à même de reprendre ses tâches. Il était très jeune, mais il était très doué, et persévérant. Il avait le courage et l'aplomb nécessaire pour guider une équipe. Milo pensait que de toute manière, la succession se ferait plutôt naturellement.

Ce qui lui serrait le cœur, en revanche, c'était qu'il ne pourrait plus jamais revoir Aiolia de sa vie. Celui-ci s'était tout de même beaucoup inquiété pour lui lorsqu'il avait été dans son état de lente décomposition. Il était venu le voir tous les jours avec une régularité touchante. Milo se demandait si son meilleur ami avait finalement eu le courage de déclarer son amour à Marine. Il ne savait pas s'il le saurait un jour. En tout cas, Aiolia avait dû se faire un sang d'encre pour lui en le laissant partir.

Le repas se termina, finalement, et Camus, qui avait à cœur de veiller au confort de Milo, décida de le ramener rapidement jusqu'à sa chambre. Son amant serait tout de même mieux assis dans un lit moelleux que sur une chaise dure. Hyôga rangea gentiment toutes les affaires pendant que Camus emporta Milo avec lui.

Le disciple des glaces était un peu mélancolique à l'idée d'encore passer une soirée tout seul. Pour être tout à fait honnête, avoir droit à des face à face avec son maître lui manquait. Il n'avait pas fait d'entraînement, pendant deux jours, et Camus avait dormi toute la journée… Milo avait été très aimable avec lui, pendant l'absence de son mentor, certes… Mais ce dernier finissait par toujours lui manquer, à force.

Une fois qu'il eut fini de ranger et de laver tout ce qui avait été utile à leur repas, Hyôga passa dans le salon pour attraper un livre. Bon… il avait l'impression d'avoir lu cent fois toute la bibliothèque de Camus, et surtout ces derniers jours, à force de veiller sur un Milo plus ou moins alerte… Mais enfin, celui-ci ferait l'affaire, se dit-il en tirant un livre d'une étagère à sa hauteur. Ayant choisi ce qu'il voulait lire, il traîna la patte jusqu'à sa chambre, passant de ce fait devant la porte de celle de son maître, qui était fermée. Un rai de lumière dessous suggérait qu'elle était habitée, et c'était bien tout.

Hyôga entra dans ses pénates et referma doucement la porte derrière lui. Il se dirigea vers son lit, et avec un soupir, il s'affala dessus. Il ne tarda pas à ouvrir son livre pour en feuilleter le premier chapitre. Il n'y aurait que cela à faire, ce soir…

Le jeune homme était au beau milieu de sa lecture lorsque quelques coups ténus et discrets résonnèrent à sa porte. Celui-ci releva la tête, étonné. Quoi, il aurait oublié de laver une assiette ?

« Oui ? » Appela-t-il, intrigué.

Le battant de la porte s'entrouvrit alors doucement, lui révélant la silhouette gracieuse de son mentor.

« Je peux entrer, Hyôga ? S'enquit celui-ci en posant son regard océan sur lui. Je ne te dérange pas ?

- Oh, bien sûr que non, vous ne dérangez jamais, maître ! S'empressa Hyôga en se redressant en position assise sur son lit. Entrez, venez. »

Celui-ci étira un sourire imperceptible, et il s'invita davantage dans la pièce. Une fois qu'il fut à l'intérieur, il referma délicatement la porte derrière lui.

« Je venais simplement vérifier comment tu allais, lui expliqua posément Camus. Après tout, je ne t'ai pas vu pendant trois jours, ou presque. Je peux m'asseoir ?

- Bien sûr, maître, l'invita le plus jeune en lui faisant de la place sur son lit. C'est gentil à vous de vous soucier de moi.

- Je me soucie toujours de toi, Hyôga, appuya gravement son aîné. Je pensais qu'après toutes ces années, tu l'aurais intégré.

- Je le sais, maître. Mais ça reste gentil quand même. »

Camus ne répondit rien, et s'assit à côté de Hyôga sur le lit.

« Je t'ai dérangé pendant ta lecture ? Lui demanda-t-il. Qu'est-ce que tu lisais ?

- Oh, pas grand-chose. Une vieille histoire que j'ai déjà lue dix fois, sans doute.

- Tu aimerais un peu de changement dans notre bibliothèque, c'est bien ce que je dois comprendre ?

- Ben… Je ne sais pas, fit timidement Hyôga. Peut-être… Mais je conçois que ce ne soit pas urgent là tout de suite.

- Alors je suppose que tu seras heureux que je te donne ceci », déclara le mage en lui tendant un objet.

Hyôga regarda ce que Camus avait dans les mains. C'était un livre. Un très beau livre, avec une reliure finement ouvragée. Le jeune homme écarquilla les yeux.

« Quoi ? C'est pour moi ? Lui demanda-t-il d'une petite voix.

- Evidemment, Hyôga, si je te l'offre, répliqua Camus avec une ébauche de sourire. C'est pour te remercier pour ces trois jours. Milo m'a dit que tu t'étais montré très serviable avec lui, et je suis très content de toi. C'est la moindre des choses. Et puis… J'avais envie de te faire plaisir. Ça te fait plaisir ?

- Oh, oui, maître, ça me fait très plaisir ! Sourit franchement le disciple. C'est vraiment très gentil à vous d'avoir pensé à moi.

- C'est normal, voyons », affirma Camus en élargissant son sourire.

Hyôga prit doucement l'ouvrage que Camus lui tendait. Il l'ouvrit et commença à le feuilleter.

« Ça a l'air très bien, maître, fit-il en en tournant distraitement les pages. C'est de l'aventure ?

- Il me semble, lui confirma celui-ci. Cependant, je ne l'ai jamais lu. Il faudra que tu me dises si c'est bien.

- Je vous le dirai, maître. Merci. Vous êtes incroyablement généreux…

- Et toi, tu te comportes très bien. Il est normal que je te récompense de temps en temps. »

A ces mots, Hyôga baissa un peu le regard. Lui, il n'était pas si sûr de se comporter si bien que ça.

« Qu'est-ce qu'il se passe, Hyôga ? L'interrogea Camus en le voyant prendre un air mélancolique. Tu as l'air triste. Tu ne me crois pas ?

- Non, ce n'est pas ça, nia rapidement ce dernier.

- Qu'est-ce qu'il y a, dans ce cas ? Voulut savoir son maître. Je croyais te faire plaisir en t'offrant ce livre, et tu te mets à faire la tête.

- Si, si, ça me fait très plaisir, maître ! Croyez-moi ! C'est juste que…

- Que ?

- Que je ne suis pas sûr de le mériter, lui avoua Hyôga avec une grimace embêtée.

- Qu'est-ce ce que tu racontes, Hyôga, le gronda Camus en fronçant les sourcils. Tu t'es comporté de manière exemplaire, et tu ne mérites pas que je te récompense ?

- De manière exemplaire ? Releva le disciple. C'est… C'est Milo qui vous a dit ça ?

- Eh bien, oui, lui affirma Camus. Il me l'a dit tout à l'heure, quand je l'ai réinstallé dans le lit. Il m'a assuré que tu avais été très serviable, que tu avais fait tous les repas, et que tu l'avais aidé comme tu avais pu. En plus d'avoir été courtois avec lui. Il avait l'air très content de ton comportement. D'ailleurs, il l'a dit plusieurs fois, même avant ça. Et il avait l'air sincère. Qu'est-ce qui pose problème ? »

Hyôga détourna un instant le regard. Camus n'y comprenait rien. Il savait que la culpabilité était monnaie courante chez son disciple, mais là, il ne s'était pas attendu à ce qu'il le démontre au point de faire la tête devant un cadeau.

« Je suis désolé, maître ! S'exclama soudainement l'apprenti. Milo a été très patient avec moi, et très gentil, et… Et qu'il me couvre comme ça, ça me fait me sentir encore plus mal !

- Qu'il te couvre ? Répéta Camus, qui laissa la surprise envahir un instant son expression. Qu'est-ce que tu veux dire ? Tu as oublié de faire un repas, c'est ça ?

- Non, nia le disciple.

- Tu t'es réveillé trop tard, alors ? Hasarda le mage.

- Non, non, j'ai fait en sorte de prendre le petit déjeuner avec lui.

- Et tu l'as bien aidé, comme il l'a dit ?

- Oui.

- Dans ce cas, Hyôga, je t'avoue que je ne comprends pas ce qui ne va pas, fit Camus en haussant un sourcil. A mes yeux, ta conduite mérite largement d'être récompensée. Tu t'es débrouillé de manière mature et autonome, et je suis fier de toi. Arrête de faire la tête, maintenant. »

En voyant Hyôga prendre un air encore plus triste sur ces paroles, Camus fit de son mieux pour ne pas se mettre en colère. Qu'est-ce que son disciple ne comprenait pas, à la fin ? Il fallait qu'il lui dise en quelle langue, qu'il était content de lui ?!

« Non, maître… Vous ne pouvez pas être fier de moi… Si vous aviez été là… Vous auriez été tellement déçu de mon comportement…

- Hyôga, tu vas arrêter de tourner autour du pot, maintenant, le réprimanda sévèrement Camus. Soit tu acceptes ce que je te dis sans faire d'histoires, soit tu t'expliques clairement, mais tu fais l'un ou l'autre. »

Il y eut un silence entre eux. Camus se contenta de dévisager son élève. Il ne savait pas ce qui arrivait à Hyôga, mais il pensait clairement qu'il se faisait du mouron pour trois fois rien, comme d'habitude.

Tout prenait des proportions dantesques, avec son élève.

« J'ai été odieux avec Milo, le jour où vous êtes parti en bateau. Et lui… Il vous dit que j'ai été parfait alors que je me suis comporté comme un idiot ! Et je ne peux pas accepter ni sa gentillesse ni vos louanges alors que je ne les mérite pas.

- Bon, on ne va pas y passer la nuit, Hyôga, répliqua froidement son maître. Qu'est-ce que tu as fait ?

- Je me suis énervé contre lui, lui révéla Hyôga d'une voix chagrine. J'étais inquiet pour vous… Et je lui en voulais d'être en partie responsable de la peur que j'avais de vous voir risquer votre vie… Et… Quand il m'a raconté les circonstances dans lesquelles vous vous étiez rencontrés… Parce que je lui avais posé la question… Je me suis mis en colère et je lui ai dit… Je lui ai dit qu'il était dangereux, et malveillant, et qu'il ne méritait pas que vous essayiez de le faire gracier. »

A ces mots, Camus pâlit de plusieurs tons. Il se passa une main sur le visage.

« Oh non… Hyôga, tu ne lui as pas dit ça… Prononça-t-il d'une voix blanche.

- Si, confirma le disciple d'une petite voix. Je croyais qu'il allait s'énerver contre moi… Mais… A la place, il m'a dit que j'avais raison… Qu'il ne le méritait pas. Il m'a ensuite dit qu'il vous avait sauvé la vie, dans une montagne, en se battant contre un méchant… Et j'ai compris mon erreur… Je me suis excusé, mais quand il a appris que… Que vous n'aviez pas été très bien après la mission, il… Il s'est mis à pleurer, et… Il a dit qu'il ratait tout, que j'avais raison, qu'il ne méritait pas qu'on le gracie, et qu'il ne faisait que faire souffrir les gens autour de lui… Je suis désolé, maître, je lui ai dit n'importe quoi, et j'ai vraiment l'impression de l'avoir blessé, et… J'ai compris que Milo était quelqu'un de bien, et il avait l'air tellement malheureux que… Que je n'arrive pas à supporter qu'il vous dise que je me suis bien conduit, parce que ce n'est pas vrai. Je mériterais de passer une semaine tout seul dans la nature pour ce que j'ai dit, comme vous aviez menacé qu'il m'arrive avant de partir… »

Hyôga sentit ses yeux s'embuer à la fin de son récit. Il savait que son maître serait amèrement déçu de lui… Mais il préférait être honnête. Il avait l'impression d'avoir trahi un de ses ordres, et il n'arrivait pas à vivre avec ce sentiment. Il préférait encore avouer la faute. Se prendre la colère légitime de son mentor au visage. C'était plus juste, ainsi.

Camus se contenta de hocher de la tête négativement, sombre.

« Mais quel abruti… Marmonna le mage dans sa barbe… Il ne perd rien pour attendre, celui-là. »

Hyôga sentit ses larmes se mettre à couler malgré lui. Il se sentait misérable, tout à coup. Et il ne comprenait pas comment son maître ne lui avait pas hurlé dessus, déjà.

Camus, en voyant son disciple se mettre à renifler, leva les yeux au ciel. Il passa néanmoins machinalement une main derrière ses épaules pour attirer son élève à lui. Hyôga écarquilla les yeux en le sentant faire. Il se mit à pleurer davantage. Voyant cela, le mage poussa un soupir, et il finit par étreindre complètement son disciple pour qu'il cesse de pleurer. Hyôga, ne comprenant pas sa chance, se blottit contre son torse comme un enfant.

« Calme-toi, Hyôga, lui ordonna posément Camus.

- Pardonnez-moi, maître, retentit la voix étouffée de Hyôga contre lui.

- Que je te pardonne ? De quoi donc ? L'interrogea Camus d'une voix atone. Il me semble que ce n'est pas à moi de pardonner quoi que ce soit. Et Milo n'a pas l'air de t'en vouloir, au vu de la façon dont il parle de toi.

- Mais je me suis comporté comme un idiot ! S'exclama Hyôga à travers ses larmes.

- Oui. Ton comportement n'a pas été brillant à ce moment-là, et tu as dit des choses maladroites, confirma platement le maître des glaces. Cependant, cela n'invalide pas le fait que tu t'es bien comporté par ailleurs, que tu as été serviable et autonome, et cela n'invalide pas non plus le fait que je suis tout de même fier de toi pour ces choses-là. »

A ces mots, Hyôga se blottit davantage dans l'étreinte protectrice de Camus.

« Vous ne pouvez pas dire ça… A cause de moi, il s'est mis à pleurer, et…

- Et c'est cela qui t'a autant impressionné, pour que tu ne t'en remettes pas à ce point ? L'interrogea plus doucement son maître.

- Mais maître, c'est grave, et il a dit des choses tellement horribles sur lui-même…

- Hyôga, écoute-moi, le coupa Camus. Tu m'as bien dit que tu t'étais excusé pour tes paroles maladroites ?

- Oui. Dès que j'ai compris que j'avais dit une bêtise.

- Bon. Et il a accepté tes excuses ?

- Oui, tout de suite, il a dit que ce n'était pas grave, mais…

- Hyôga, l'interrompit encore Camus. Je n'étais pas présent, et je ne suis pas bon juge. Cependant, si Milo a accepté tes excuses, et qu'il ne t'en veut pas, tu n'as pas à te sentir coupable. Puisque Milo t'a pardonné pour tes paroles maladroites, il faut que tu acceptes de te pardonner toi-même, toi aussi. Je ne pourrai pas le faire à ta place. »

Hyôga ne répondit rien. Camus lui caressa distraitement ses cheveux rebelles.

« Cesse de pleurer, Hyôga, fit-il calmement. Si cela peut te rassurer, sache que ce n'est sans doute pas de ton fait que Milo ait pleuré.

- Si. C'est parce que j'ai dit des bêtises.

- Cela a dû jouer, mais tu n'es pas responsable de ses pleurs, Hyôga.

- Mais dans ce cas… Pourquoi est-ce qu'il a pleuré, si ce n'est pas de ma faute ? »

Il y eut un silence, dans la chambre. Camus réfléchit à la meilleure façon d'expliquer les choses à son jeune disciple.

« Dis-moi, Hyôga… Qu'est-ce qui fait que cette discussion t'ait impressionné à ce point, pour que tu en pleures même deux jours plus tard ?

- C'est juste que… Je ne croyais pas déclencher tout ça… Il… Je croyais qu'il me démentirait… Je croyais qu'il s'énerverait, qu'il me trouverait injuste… Et à la place… Il a tout accepté en bloc, comme si je disais des choses normales, alors que moi, j'avais cherché à le blesser, dans ma colère. Il a dit que j'avais raison, alors que j'avais pas raison, et, et j'ai peur qu'il pense des trucs horribles à cause de moi, et…

- Chhhht, Hyôga… L'apaisa Camus. Ne t'inquiète pas… Tu as dit des bêtises, mais tu n'es pas pour autant responsable de ce qu'il peut penser de lui-même. C'est ça qui te fait peur ?

- Oui. Parce que c'était n'importe quoi, ce que j'ai dit, et lui, il avait l'air de penser le contraire, et…

- Et ce n'est pas de ta faute, compléta le mage sur un ton rassurant. Crois-moi, ce n'est pas de ta faute, Hyôga… C'est plus compliqué que cela. Et c'est en partie pour cette raison que je t'avais dit d'éviter de dire des choses désobligeantes à son encontre.

- Parce que vous aviez peur qu'il les croie ?

- Non. Ce n'est pas pour cela.

- Je ne comprends pas, maître.

- Tu veux que je t'explique ? Lui demanda-t-il avec sérieux.

- Oui.

- Très bien. »

Camus prit le temps de choisir ses mots.

« Ecoute, Hyôga, Milo… C'est quelqu'un de méritant et de valeureux, mais… Il a parfois du mal à le croire. Et ce n'est ni de ta faute, ni de la mienne. Il a simplement vécu des choses difficiles par le passé… On lui a fait beaucoup de mal. Vraiment beaucoup… Alors, parfois, la douleur qu'il a ressentie subsiste, tu vois ?

- Comme moi quand je suis triste à cause de maman ?

- Un peu de cette même manière, sans doute, oui, lui expliqua posément son maître. De temps en temps, il est encore triste, il a encore mal… Et en ce moment, il revient de très loin, tu l'as vu toi-même. Il est toujours très fatigué, même s'il va mieux, et cela ne doit pas arranger son moral. Et ce n'est pas de ta faute. Je sais que c'est impressionnant pour toi… Mais avec le temps, il va aller mieux. C'est un peu comme une blessure qui met longtemps à se refermer, tu comprends ? Il faut prendre le temps de la soigner, et des fois, elle fait encore mal, et on n'y peut rien. Dans ces moments-là, la seule chose qu'on peut faire est d'être simplement là pour l'autre. Parfois, Milo a besoin qu'on lui rappelle qu'il mérite les choses positives qui lui arrivent. Et s'il est persuadé du contraire, ce n'est pas de ton fait, Hyôga. C'est à cause des mauvaises personnes qui lui ont fait du mal par le passé. Alors, si Milo a accepté tes excuses, et s'il me dit qu'il est ravi d'avoir passé du temps avec toi, il faut que tu le croies. Ne te torture pas avec des choses dont tu n'es pas responsable. »

Il y eut un silence dans la pièce.

« De plus, tu as compris ton erreur, désormais, n'est-ce pas ?

- Oui.

- Tu ne la referas plus ?

- Non.

- Dans ce cas-là, tout va bien, lui affirma Camus. Maintenant, Hyôga, calme-toi, et cesse de te sentir coupable. Il n'y a aucune raison pour cela. Milo ne t'en veut pas, je ne t'en veux pas non plus. Tu vois ? Il n'y a pas de quoi en faire un drame. »

Hyôga acquiesça dans l'étreinte de son maître.

« Merci, maître, murmura-t-il en se calmant.

- De quoi donc ?

- Pour tout ça. De m'avoir expliqué. Et de ne pas m'en vouloir.

- Je n'aurais aucun motif pour cela. Et toi, je t'en prie, essaye de ne plus penser que tout est de ta faute si jamais tu revois Milo… S'énerver, ou pleurer. Je préfère t'avertir qu'il a quand même son caractère… Et qu'il a des douleurs en lui qui te dépassent, et dont tu ne seras jamais responsable. D'accord ?

- D'accord, maître.

- C'est bien. »

Camus lâcha alors doucement son disciple, voyant qu'il s'était calmé.

« Maître… L'interrogea-t-il timidement, en revenant le regarder. C'est qui, les gens qui ont fait du mal à Milo ?

- C'est compliqué, Hyôga, soupira Camus. Il a été militaire, et son entourage n'a pas été tendre avec lui. Je crois que ce ne sont pas des choses que je devrais te raconter moi. C'est la vie de Milo. Cela ne concerne que lui.

- Mais c'est très triste qu'il dise des choses aussi horribles de lui-même, non ? Fit encore Hyôga d'un air soucieux.

- Oui, ça l'est. Assurément… » Confirma Camus, la mine grave.

Puis son expression se radoucit un peu.

« Mais ne t'inquiète pas trop. Un jour, je suis certain qu'il ne les dira plus. »