Note de l'auteur: Oui, je suis encore vivant ! Bonjour tout le monde, et navré du délai pour la publication de ce chapitre. Il faut dire que j'appréhendais un peu de le publier celui-ci, étant donné qu'il s'agit probablement de celui que je préfère sur cette fiction (alors je l'ai travaillé, travaillé et retravaillé). Mais à un moment il faut lâcher la bride et se dire que le chapitre est terminé, et je le fais aujourd'hui ! En tout cas, j'espère qu'après cette attente il sera à votre goût.

Je remercie toujours les personnes qui prennent le temps de me reviewver, et merci de me lire encore malgré le rythme plus déstructuré en ce moment.

Je vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre 37 – Démesure

« Ouh là, c'est quoi, tout ce bazar que tu me ramènes ? » S'enquit un Milo circonspect, assis contre un oreiller sur la tête de lit.

Camus était justement en train d'entrer dans la chambre avec un grand sac. Celui-ci avait l'air assez lourd. En croisant son regard, le mage fit un simple sourire énigmatique. Il ferma bien vite la porte derrière lui et il s'approcha, avant que de poser son fardeau à côté de lui sur le matelas. Le chevalier regarda le sac qui trônait désormais à côté de lui sans comprendre.

« Ce bazar, comme tu dis, mon cher Milo, c'est pour toi, s'amusa Camus. Cadeau. »

En voyant la taille démesurée du sac en question, l'intéressé écarquilla les yeux.

« Quoi ? Fit le chevalier, éberlué. Cadeau ?

- Oui, confirma le mage.

- Tout ce qu'il y a dans le sac ? Mais il est énorme ! T'es tombé sur la tête ?

- Je vais très bien, je te remercie. »

Milo haussa les sourcils. Apparemment, Camus était on ne pouvait plus sérieux. Son expression demeurait impassible, comme d'accoutumée. Le mage regardait simplement le chevalier dans l'expectative qu'il n'ouvre le contenu de son cadeau. Il y avait même une lueur légèrement impatiente au fond de ses yeux perçants.

Voyant cela, le chevalier accéda à la demande muette, hésitant malgré tout. Il se pencha sur le sac pour fouiller avec précaution ce qu'il y avait à l'intérieur. Il était tout de même assez curieux de voir ce qu'il contenait, au vu de la tête que faisait Camus.

Ses doigts agiles tombèrent bien vite sur du tissu, une fois qu'ils furent à l'intérieur du sac. Un tissu très doux. Milo sortit un vêtement du grand contenant en cuir. Un haut très élégant. Une tunique. Au toucher soyeux et bien ouvragé. Il l'admira un moment, soufflé par sa délicatesse. Les fermetures étaient très bien cousues, la couleur bleue, très agréable… Où Camus avait-il acheté ça ?

Milo échangea un regard avec Camus. Celui-ci s'était assis au bord du lit, auprès de lui, et il observait simplement sa réaction.

« Ça te plaît ?

- C'est magnifique, déclara Milo, qui n'en revenait pas qu'on lui offre un vêtement aussi bien fait.

- Content que tu aimes. »

Le chevalier ne sut quoi répondre. Il n'était pas habitué à ce qu'on lui offre des choses… Et le sac était encore plein ? Qu'est-ce que Camus avait fabriqué, au juste ?

Milo laissa le vêtement qu'il avait pris, et plongea de nouveau ses mains à l'intérieur du sac. Il en sortit de nouveau un habit très beau. La couleur n'était pas semblable, et le toucher du tissu était un peu différent… Mais tout était très délicat, comme le premier vêtement. Cette fois, c'était une veste, dont les bordures avaient été brodées de motifs végétaux. Les couleurs étaient éclatantes, et harmonieuses. Cet habit était au moins aussi beau que le premier. Et surtout aux yeux de Milo, qui n'avait jamais eu le privilège de s'habiller beaucoup en civil, en dehors de ses fonctions militaires. Il n'en revenait pas de l'éclat du tissu.

Le chevalier, compulsivement, farfouilla pour trouver la suite de ce qu'il y avait dans le sac. Un troisième habit. Cette fois, un pantalon. Puis un quatrième vêtement, une belle chemise. Et des écharpes. Des étoffes diverses. Voyant des tissus tous plus magnifiques les uns que les autres défiler devant ses yeux et tomber sur ses jambes, il marqua une pause, pour dévisager une nouvelle fois Camus.

« Mais t'es sérieux… ? S'ébahit-il. Et… Et y'en a encore beaucoup, des comme ça ?

- Tout le sac est rempli de vêtements, oui », lui indiqua Camus en le regardant en déballer le contenu.

Milo, incrédule, en sortit encore un. De la soie, analysa-t-il en touchant l'habit. D'une couleur bleu azur étourdissante. Merveilleuse. Milo n'avait jamais vu d'aussi beaux vêtements de si près. Et ces bordures… On aurait dit qu'elles étaient incrustées de petites pierres précieuses… Etaient-ce ses yeux qui lui jouaient des tours ?

« Mais… Mais t'es vraiment sûr que tout ça… Tout ça c'est pour moi ? » Reprit le chevalier, en contemplant d'un air ahuri les habits éparpillés devant lui. Les différentes étoffes étaient étalées devant ses yeux, formant un arc-en-ciel de couleurs éblouissant. Et le sac était loin d'être vide.

« Oui, confirma posément le mage. Tu ne possédais que des vêtements militaires peu confortables, dans tes affaires. Puisque je suis passé à la Citadelle pour plaider pour ta vie, j'en ai également profité pour remédier au problème. »

En se saisissant et en dépliant devant ses yeux un manteau d'un magnifique rouge écarlate, finement brodé de fil d'or, Milo poussa une exclamation émerveillée. Visiblement, il n'en croyait pas ses yeux. Camus le vit se mettre à rire nerveusement. Il en fut satisfait. Il était heureux que Milo apprécie ce qu'il lui avait acheté. Dans ces habits, il serait magnifique, le mage n'en doutait pas une seconde.

« Camus, mais t'es un grand malade ! S'exclama le chevalier à travers son rire. T'es devenu complètement dingue, ou quoi ? C'est beaucoup trop !

- Je ne vois pas en quoi, répliqua l'intéressé sans se perturber.

- Te fous pas de moi ! S'écria l'autre. T'as vu tout ça ?! J'ai jamais rien contemplé de plus beau de ma vie… à part toi ! Chaque pièce est une merveille en soi ! Rien qu'une seule, et ça aurait déjà été beaucoup trop !

- Ce n'est pas trop. J'ai simplement pris tout ce qui me plaisait, lui indiqua le mage.

- Mais t'as dû te ruiner, en plus ! S'épouvanta Milo.

- J'ai récemment reçu une prime d'un demi-million de pièces d'or, je te rappelle, lui remémora Camus, impassible. A moi d'utiliser cet argent comme je l'entends.

- Non mais Camus… Vraiment, là… Là, c'est… Je peux pas accepter tout ça, je… Hésita Milo, perdu.

- Tout est pour toi, décréta Camus avec fermeté. Ce n'est pas négociable.

- Non, mais, essaya le chevalier. Déjà que tu m'invites chez toi, tu me soignes, tu risques ta vie pour que je puisse survivre, et maintenant, maintenant ça ?! T'es complètement fou ?!

- De toi, oui », répliqua tranquillement Camus.

Milo, en sortant encore un vêtement souple et aux motifs harmonieux du sac, partit dans un rire incontrôlé. C'était n'importe quoi, bordel !

Camus finit par faire un sourire en le voyant aussi incrédule. La conjoncture entre l'émerveillement, la joie et la surprise de Milo dans son expression était plutôt drôle à observer.

« Camus, je ne peux pas, c'est trop… Arriva à articuler Milo, une grande nervosité dans la voix. Je ne mérite pas… Je ne mérite pas…

- Tu ne mérites pas quoi ? » L'interrogea Camus sur un ton soudain sec.

Son visage se ferma immédiatement, à la grande surprise de son amant.

« Mais tout ça, Camus ! S'écria Milo sans se démonter. C'est juste impossible, tu ne peux pas… Tu ne peux pas te ruiner ainsi pour moi, tu ne peux pas… Je ne le mérite pas.

- Milo, je t'entends dire encore une seule fois que tu ne mérites pas tout ça et je te vire de ma chambre ! Le menaça le mage, manifestement en colère. Je ne plaisante pas !

- Mais, Camus…

- Non ! Tais-toi ! S'énerva-t-il vivement. Tu vas arrêter de dire cela de toi immédiatement ! Tu mérites parfaitement tout ceci ! Je t'interdis de penser le contraire ! Tu mérites même davantage qu'un pauvre sac avec trois bouts de tissu à l'intérieur comme celui-là ! Même des cargaisons entières de diamants et de pierres précieuses ne seraient pas à la hauteur de ton mérite ! Tu es un véritable miracle à toi tout seul, et tu ne sais que te dénigrer ! Ça me met hors de moi !

- Camus…

- Répète après moi ce que je vais te dire ! Lui ordonna Camus. Je mérite tout ceci.

- Cam…

- Tu répètes après moi ou tu dors sur le canapé », tonna le mage d'une voix glaciale.

Il y eut un silence. Milo regarda son amant, complètement secoué de la tournure des évènements. Camus avait vraiment l'air très fâché contre lui, d'un seul coup. Et ce dont il était sûr, c'était qu'il ne voulait pas dormir sur le canapé. Camus lui avait beaucoup trop manqué, ces derniers jours. Alors…

« Je mérite… tout ceci… ? Prononça-t-il d'une voix hésitante.

- Mieux que ça, imposa Camus.

- Je mérite tout ceci, articula plus clairement Milo.

- Merci, ponctua le mage, satisfait. Maintenant, répète ça : je mérite qu'on m'aime.

- Camus…

- Tu répètes, Milo, lui asséna-t-il sur un ton dur. Tout de suite.

- Je mérite qu'on m'aime », obéit l'intéressé d'une voix tremblante.

Camus acquiesça, heureux de l'entendre devenir raisonnable. Il bougea alors et monta sur le lit. Il mit de côté quelques vêtements qui reposaient sur les jambes de Milo, et il vint s'asseoir à leur place, à califourchon sur ses cuisses, face à lui. Une fois installé, celui-ci planta son regard océan dans le sien, et il posa une main contre sa joue. Milo le regarda faire, interdit.

« Bien… Répète une dernière chose, dans ce cas, lui enjoignit-il plus calmement. Je mérite que tu m'aimes. »

Milo crut se perdre un instant dans les yeux profonds de Camus. Ceux-ci ne souffriraient aucune contradiction. Le chevalier prit une inspiration maladroite.

« Je mérite que tu m'aimes… » Murmura Milo d'une voix rauque.

Camus ne manqua pas la lueur proprement bouleversée dans les yeux clairs de Milo. Le chevalier avait l'air… Secoué, d'avoir prononcé une telle chose. Ce constat serra le cœur du mage.

« Tu vois ? Ce n'était pas si compliqué, l'encouragea son amant d'une voix douce. Tu mérites que je t'aime… Milo. Tu mérites que je t'aime… »

Camus s'avança davantage pour prendre ses lèvres. La main qui était sur sa joue trouva sa nuque, dans le mouvement. Pour illustrer son propos, le mage gratifia son amant d'un baiser avide. Milo se laissa faire. Il eut l'impression de fondre sous la passion que Camus mettait dans ce baiser. Il fut complètement submergé. Par ses émotions, par l'affection manifeste de son amant, par ce qu'il venait de lui faire dire, et par le présent qu'il trouvait démesuré. Tout était beaucoup trop, pour lui. L'intensité de ce qu'il ressentait était telle qu'il avait l'impression que son esprit ne tiendrait pas.

« Tu vas me rendre taré, Camus… Souffla Milo lorsque celui-ci consentit à lâcher ses lèvres.

- Tu l'es déjà.

- Ouh… C'était… Direct, quand même.

- Oui.

- Mais je persiste à croire que toi aussi.

- Quoi ?

- T'es taré.

- Je sais. Tu avais dit qu'on s'était bien trouvés. »

Milo laissa échapper un rire nerveux.

« Non, mais quand même, Camus… Tu ne m'ôteras pas de l'idée que c'est beaucoup trop…

- Je te préviens, le canapé est nettement moins moelleux que mon lit, grinça Camus.

- Ok… Reçu, capitula Milo dans un soupir. J'ai au moins le droit de te remercier ?

- Tu peux, oui, le renseigna posément son amant.

- Et qu'est-ce que je peux faire pour ça, dans ce cas ?

- Embrasse-moi encore. Ce sera un bon début. »

Milo lui fit un sourire amusé. Ce genre d'invitations ne se refusait jamais. Il s'avança donc pour attraper les lèvres de Camus, qui semblait attendre avec impatience qu'il ne le fasse. Pour une fois que c'était lui qui initiait le contact entre eux… Avec sa fatigue, il n'avait pas vraiment pu… Depuis qu'il reprenait vraiment des forces, c'était un peu mieux, tout de même.

Camus sembla ravi de cet état de fait, d'ailleurs. Il lui rendit un baiser langoureux, profond. Ce faisant, ses mains passèrent dans le dos de Milo pour rapprocher davantage leurs corps, et les coller. Une fois que Milo brisa leur baiser, Camus laissa sa bouche s'échouer dans son cou mat. Il parsema sa peau tiède de baisers délicats et fascinés. L'odeur réconfortante de Milo lui emplit les poumons. Ses doigts, dans son dos, s'enfoncèrent avec possessivité dans le tissu de son vêtement.

« Tu sais ce que je trouve ironique ? Murmura Milo alors que Camus mordillait sa peau.

- Quoi ? Prononça-t-il entre deux baisers.

- Que tu m'offres des vêtements alors que tu me préfères clairement sans.

- Hors de question que tu te promènes nu, fit Camus en malmenant son épiderme. Je te signale que nous ne sommes pas seuls, dans cette maison.

- Et si on l'était ? Tu me laisserais me balader… Nu ?

- Non. Tu prendrais froid. »

Milo éclata d'un rire rauque. Camus planta un baiser ferme légèrement sous son oreille.

« Alors tu m'offres ces habits pour pouvoir me les enlever, c'est ça ? S'enquit-il d'une voix espiègle.

- Exactement.

- Eh ben… Commenta Milo, laissant montrer une faible surprise dans son ton de voix. T'es affamé, à m'embrasser comme ça ? »

Camus ne répondit rien. Il continua de presser ses lèvres à divers endroits de la peau offerte de Milo. Il était avide de la goûter… Il était avide de lui… Ses mains, dans son dos, se promenaient, désireuses, contre le tissu de sa chemise. Foutu vêtement… Il se mettait dans le passage…

Milo se fendit d'un sourire attendri. Oui, c'était effectif... Il adorait quand Camus le désirait. Il pestait intérieurement d'être toujours aussi fatigué pour pouvoir lui faire l'amour en bonne et due forme, mais il devait bien avouer qu'il aimait ça. Qu'il ressente de l'excitation ou non… L'un de ses plus grands plaisirs restait tout de même de rendre Camus extatique. Et dans cette optique…

« Si ma chemise te gêne, tu as droit de me l'enlever, proposa Milo en sentant son amant chercher un contact plus ferme.

- Non… Si je te déshabille, ça va être encore pire…

- Ou encore meilleur, à toi de voir…

- Tu n'es pas assez en forme pour faire ça, et je…

- Enlève ma chemise, Camus, lui ordonna Milo avec grand sérieux. Et fais la même chose avec la tienne. T'as envie de moi, je le vois bien.

- Milo… Si on fait ça… Je ne vais pas tenir…

- J'espère bien. »

Camus retrouva ses lèvres pour les embrasser, sans aucune douceur. Milo en profita pour essayer de glisser ses mains sous le haut de son amant. En le sentant déposer ses doigts sous son vêtement, le mage lâcha une respiration incontrôlée. Le chevalier fit un sourire malicieux. Oui. Il aimait vraiment rendre Camus fou. Il se délectait littéralement de le voir ainsi. Son autre main alla trouver l'intérieur d'une de ses cuisses, au-dessus du tissu de son pantalon.

« Alors, qu'est-ce que tu attends ? Lui demanda-t-il avec fermeté. Retire ta chemise et aide-moi à enlever la mienne. Je veux que tu prennes le plus de plaisir possible. »

Camus hocha silencieusement de la tête, et il capitula. Il ôta très vite sa chemise en question, et la laissa quelque part sur le lit. Puis, il souleva Milo de son assise sur les oreillers pour faire glisser son vêtement hors de son corps.

Milo lui fit un simple sourire lorsqu'il se retrouva torse nu. Camus vint de nouveau recouvrir sa bouche de ses lèvres. Ses mains trouvèrent leur place dans son dos désormais offert. Sa peau douce était un véritable paradis. Paradis qu'il aurait le droit d'arpenter… Autant de fois qu'il le voudrait, désormais.

« Tu vois ? C'était pas compliqué, rit Milo lorsque le mage daigna lâcher ses lèvres. Je vais m'occuper de toi, comme la dernière fois. Ce sera peut-être même mieux, parce que j'ai davantage de forces. Tu devras sans doute m'aider encore un peu, mais…

- Merci, Milo… Souffla Camus en lui offrant un baiser léger sur sa joue. Tu es généreux de bien vouloir faire ça pour moi.

- Tu parles… C'est la moindre des choses, répliqua son amant. Tu risques ta vie dehors pour moi… T'as bien le droit à une petite compensation… Sans même revenir sur la montagne de vêtements que tu viens de m'offrir…

- Non… Ce n'est pas rien, Milo », le contredit néanmoins Camus, qui ponctua son propos d'un baiser dans le cou.

Le chevalier sourit sous l'attention.

« Je te promets que quand je serai vraiment en forme… Je te ferai tellement crier que tu t'en souviendras toute ta vie.

- J'aimerais bien voir ça.

- Je n'en doute pas une seule seconde. »

Camus lui fit un sourire amusé. Milo en profita pour l'embrasser délicatement à l'angle de la mâchoire.

Ce dernier, guidé par quelques ordres discrets de Camus, caressa et cajola comme il put le corps qu'il avait face à lui. Il commençait à le connaître, désormais… Mais il ne s'en lassait pas. Il avait l'intuition qu'il ne s'en lasserait jamais. Il aimait tellement ces belles courbes, cette odeur de neige, la clarté de cette peau délicate qu'il caressait… Et bien sûr, les cris de plaisir que Camus laissait échapper de temps à autre. Il aimait le voir progressivement devenir fou sous ses caresses. Sentir sa respiration devenir profonde, puis s'accélérer, puis s'emballer… Comme il était en train de le faire là. Milo regrettait vraiment de ne pas pouvoir faire mieux… D'être encore trop faible pour ressentir de l'excitation franche, mais… Mais il voulait vraiment faire cela. C'était important. C'était la seule chose qu'il arrivait à trouver pour remercier son amant pour tout ce qu'il faisait pour lui. Il avait l'impression d'avoir une dette monstrueuse envers lui. En fait, ce n'était pas qu'une impression. Il ne pourrait jamais rendre à Camus sa générosité, il le savait, et il le déplorait. Et malgré toutes ces choses, Camus avait quand même réussi à lui sortir qu'il était égoïste… C'était vraiment n'importe quoi qu'il ait dit ça, d'ailleurs… Vraiment, parfois, il y avait des claques qui se perdaient, pensa Milo, amusé, en faisant un mouvement profond sur Camus, face à lui. Celui-ci poussa un long gémissement de plaisir sous la caresse.

C'était une situation bizarre, dans l'ensemble. Être chez Camus, et être diminué au point de ne pas pouvoir marcher… Et lui faire ça… L'entendre mourir de plaisir sur sa bouche… Cela avait quelque chose de singulier.

Puis Milo eut une idée. Encore une de ces fameuses qui faisaient tout très bien ou très mal tourner.

« Redresse-toi devant moi », lui ordonna-t-il en cessant un instant son mouvement.

Il avait envie d'améliorer ce qu'il faisait à Camus par rapport à la manière dont il l'avait aimé la dernière fois, sous les couvertures. Il ne savait pas qu'il serait capable de supporter l'exercice très longtemps, mais Camus ne semblait plus très loin de sa délivrance… Il avait envie de tenter. Puisqu'il avait envie de le remercier…

« Qu'est-ce que tu veux faire… Milo ? Haleta Camus en obéissant tout de même. Celui-ci apposa ses mains au-dessus du chevalier, contre le mur, pour y prendre appui.

« Te faire du bien, évidemment », répliqua l'intéressé sans se perturber.

Lorsque son amant le dévêtit entièrement de son pantalon en le faisant glisser sous ses cuisses, Camus comprit alors ce que Milo avait en tête.

« Tu es vraiment sûr de toi ? Objecta-t-il, inquiet malgré son désir.

- J'ai envie de tenter, lui répondit posément l'intéressé. Tu ne veux pas ?

- Ne dis pas de bêtises, dans l'état où je suis… Répondit Camus dans un souffle. Je m'inquiète simplement de savoir… Si tu vas supporter…

- Je vais faire de mon mieux, lui assura Milo. Tu vas bientôt venir, là, non ?

- Je… Je crois…

- Ça va le faire, je pense… Détends-toi. »

Camus n'eut en fait pas d'autre choix que de le faire. Il sentit les lèvres de Milo l'embrasser délicatement. Et il laissa échapper un cri lorsque cette bouche délicieuse le laissa s'enfoncer un peu en elle. Camus ne se l'avouait pas, mais… Il adorait quand Milo lui faisait ça. Il aimait cela de manière… Trop intense pour être vraie. Sentir sa langue humide sur lui… Et ses doigts tièdes qui aidaient à finir le travail… Était beaucoup trop pour lui. Milo lui faisait perdre l'esprit lorsqu'il l'aimait de cette manière. En se sentant plonger ainsi dans un plaisir brûlant, Camus se souvint de son ressenti de leur première fois, à la Cité des Glaces, quand Milo lui avait fait exactement la même chose. Il n'avait pas réussi à supporter la déferlante d'émotion qui s'était abattue sur lui alors qu'il l'avait cajolé ainsi… Ni l'intensité hyperbolique de son désir pour lui à ce moment-là… Mais désormais, il se laissait glisser dans l'extase avec ravissement. Il se retenait simplement de donner un coup de reins pour épargner son amant. Il avait du mal à se maintenir en place sous la caresse linguale, mais c'était nécessaire. Misère, se dit-il en sentant son assouvissement approcher à grands pas. Même ainsi… Même fatigué… Milo était doué. Vraiment doué. On aurait dit… Qu'il savait pratiquement malgré lui ce qu'il fallait faire, même tombant de fatigue. Camus ne savait pas comment c'était possible. Il ne voulait pas le savoir. De toute manière, il n'arrivait plus à penser. Il n'arrivait qu'à ressentir, en cet instant-là. C'était bien tout ce qu'il comprenait, et tout ce qu'il avait envie de comprendre. Milo l'aimait… Il l'embrassait… Il lui faisait l'amour. Et c'était tout le miracle de Milo, à ses yeux. Le chevalier était la seule personne qui avait réussi à le faire cesser de penser. De réfléchir, d'être raisonnable… Il le laissait simplement exprimer ce qu'il y avait au plus profond de lui. Sa tempête d'émotions personnelle. Il la mettait au grand jour en l'aimant. Il le faisait s'abandonner… Il lui faisait perdre toute parcelle d'esprit…

Et il adorait ça.

Heureusement pour Milo, qui était malgré lui en train de commencer à se sentir épuisé, à force de le stimuler, Camus finit par venir. Il crut exploser. Ce faisant, et sans qu'il puisse le contenir, un « Milo » raque de désir s'échappa de ses lèvres. Le chevalier, quant à lui, continua à le caresser tant bien que mal pendant tout le temps où il se tendit d'extase. Il était à bout, il le sentait. Cependant, il se devait d'accompagner le plaisir ultime de Camus. Milo fut partagé entre la satisfaction de le sentir se déverser sur sa langue, et une fatigue soudain extrême. Lorsqu'il fut sûr qu'il avait terminé, il le lâcha subitement. Et il eut l'envie irrépressible de sombrer.

Ses paupières se fermèrent d'elles-mêmes sans qu'il n'y puisse rien. Il ne comprenait pas… Il n'avait pas eu l'impression de faire grand-chose, pourtant. Mais c'était assez tard, et il n'avait pas fait de sieste, dans l'après-midi, courageusement. Il essayait de tenir des journées entières pour se réhabituer, mais cela le fatiguait, surtout le soir. Cela lui faisait d'ailleurs bizarre de s'endormir aussi tôt, habitué qu'il l'avait été des insomnies et des veillées tardives pendant ses fonctions militaires.

« Milo » résonna la voix lointaine de Camus dans son oreille. Elle était un peu inquiète, analysa le chevalier, distant. Celui-ci se força à rouvrir les yeux. La première chose qui apparut sur sa rétine furent les iris marins et soucieux de son amant. Celui-ci avait trouvé le temps de se rassoir sur ses cuisses sans qu'il ne s'en aperçoive. Ouh là, pensa-t-il, confus. Il avait dû avoir une absence momentanée.

« Milo, l'appela une nouvelle fois le mage. Ça va ? Tu ne me répondais pas.

- Ça va… Le rassura Milo d'une voix incertaine. Pardon, j'ai dû… Je ne sais pas trop.

- Ne t'excuse pas, lui ordonna Camus. Dis-moi simplement si tu te sens bien.

- Je vais bien… Mais je crois que j'ai un peu poussé…

- Tu veux te rallonger ?

- Oui, je crois que… Ce serait bien. »

Camus lui fit prestement un baiser tendre sur son front, et il se dégagea de son assise pour l'aider à bouger. Il réinstalla d'abord les oreillers, puis Milo dessus, pour lui permettre de retrouver une position allongée.

« C'est mieux ? L'interrogea-t-il une fois que son amant fut étendu correctement.

- C'est mieux… Acquiesça Milo. Je suis désolé… J'ai pas dormi de la journée, c'est sans doute pour ça.

- Je t'ai déjà dit de ne pas t'en faire, le gronda gentiment Camus, qui passa une main douce sur sa joue.

- C'était pas trop nul ? S'enquit Milo d'une voix hésitante.

- C'était très bien, Milo, le rassura Camus avec un sourire. Tu es le meilleur, ne t'en fais pas.

- Menteur, s'amusa son amant.

- Menteur ? Tu crois que je te mens ? Fit le mage en fronçant les sourcils.

- J'aimerais tellement faire mieux… Ça me frustre, d'être dans cet état…

- Je comprends, Milo. Mais… Ne t'en fais pas. Tu as été parfait, comme d'habitude. Je ne comprends pas comment tu réussis à m'affoler à ce point. »

Camus ponctua sa phrase d'un sourire lumineux. Il n'y avait que de la sincérité dans ses beaux yeux océan. Tant que cela toucha profondément Milo.

« Tant mieux… Si j'ai été satisfaisant, répondit celui-ci en lui rendant un sourire.

- Tu l'es toujours… Quand il s'agit de me faire perdre l'esprit… Tu arrives toujours à tes fins, lui avoua Camus.

- Ravi de le savoir », déclara Milo en élargissant son sourire.

Il y eut un silence confortable entre eux. Les deux amants se regardèrent amoureusement pendant un temps indéfini.

« Tu ne veux pas m'embrasser encore ?

- Tout ce que tu veux, mon Milo… »

Camus obéit amoureusement à l'invitation. Il déposa un baiser tout doux sur les lèvres de Milo. Simple. Délicat. Tendre. Sa main pâle alla se perdre dans ses boucles indigo pour les caresser, lentement. Milo sentit son cœur se gonfler d'affection sous cette attention simple.

« Je t'aime, chuchota à peine Camus.

- Je t'aime aussi… Camus… Je t'aime… De toute mon âme. »


Ce soir-là, une fois que Camus eut soigneusement rangé tous les vêtements que Milo avait sortis du sac, et que tous les deux furent prêts à dormir, les amants retrouvèrent une position d'enlacement très familière, à laquelle ils n'avaient étrangement pas eu recours jusqu'alors. Ils étaient allongés, l'un contre l'autre, sous les draps, dans l'obscurité. Ils savouraient simplement leur présence mutuelle. Milo avait fermé les paupières. Camus, lui, s'était calé dans son cou, comme il l'avait fait maintes fois pendant leur mission. Cette position était rassurante, pour lui. Il avait vraiment l'impression qu'ainsi, avec son nez qui chatouillait sa peau offerte, et ses lèvres qui venaient embrasser distraitement la gorge face à lui de temps à autre, plus rien de mal ne pourrait arriver sur terre. Camus se sentait terriblement bien. Protégé. Même si Milo n'était pas en état de brandir son épée en prenant son air belliqueux bien rôdé… Le corps de son amant, contre le sien, était terriblement apaisant. C'était une forme de communion extrêmement douce qu'il adorait, tout simplement. Milo était toujours son point d'ancrage… Et Camus, qui le voyait reprendre du poids, et des forces, était le plus heureux des hommes. Il avait manqué perdre toutes ces choses de peu… Il avait bien failli perdre sa lumière… Sa raison d'aimer. Mais non. Désormais… Le monde était plus clair. Beau, et de plus en plus beau à mesure que Milo allait mieux. Il n'y avait rien de plus simple.

« Camus, murmura la voix de Milo, qui brisa de fait leur silence confortable.

- Oui, Milo ?

- Juste pour savoir… T'es au courant que ton disciple est amoureux ? »

Le mage écarquilla les yeux dans l'obscurité de la chambre.

« Pardon ?

- Tu ne t'en es pas rendu compte ? Le taquina-t-il. Quel genre de maître t'es ? Je l'ai compris au bout de cinq minutes de discussion avec lui.

- Cesse de te moquer de moi, Milo, grogna Camus contre lui. Tu sais bien que ce genre de choses, ça n'est pas mon fort.

- Oh, t'es dur avec toi-même. Tu ne te débrouilles pas si mal, avec moi, retentit la voix espiègle de Milo.

- Si tu le dis, bougonna le mage.

- Je t'assure, fit sincèrement son amant.

- Avec toi, c'est une chose… Mais… C'est toi.

- Je vois ce que tu veux dire », admit Milo avec un rire grave.

Il y eut un silence entre eux. Camus posa très légèrement ses lèvres dans le cou de Milo, en un effleurement. Il aimait faire cela. Se rappeler qu'il avait sa peau tiède toute proche, de temps en temps.

« Alors ? Murmura Camus. Tu dis qu'il est amoureux. De qui ?

- Un certain Shun, lui révéla Milo, un brin amusé. Soi-disant son meilleur ami. Tu parles… Vu la façon dont il en parle… Y'a plus que de l'amitié, de son côté. J'ai jamais rencontré ce Shun, mais… »

Camus fit un sourire discret en entendant la nouvelle. Ce que disait Milo ne le surprenait pas des masses, en fait.

« Je m'en étais un peu douté, déclara-t-il pensivement. Mais… Je n'ai pas osé faire de conjectures. Et… Après tout, ce n'est pas mon rôle que de m'immiscer dans sa vie privée.

- Ce que tu peux être coincé, parfois, le taquina Milo.

- Et toi, trop curieux. Ce sont ses affaires, après tout.

- D'accord, d'accord. C'est toi qui l'élèves, et j'ai pas mon mot à dire. Je comprends. Mais… Je pense que ce serait bien que tu en prennes note.

- C'est moi qui l'ai élevé… Oui. Mais… Tu es là, désormais. »

A ces mots, Milo garda le silence, interdit. Qu'est-ce que Camus voulait dire ?

« Je ne suis pas sûr de te suivre…

- Eh bien, tu es avec nous sur cette île, maintenant… » Réfléchit le mage à voix haute.

Puis il s'interrompit instantanément dans son discours.

« A moins que… A moins que tu ne veuilles en partir, quand tu seras en état, fit Camus avec une légère anxiété dans la voix. Tu voudras en partir ? Tu sais… Je t'aime, certes… Mais… Je ne veux pas que tu te sentes obligé de rester, si ce n'est pas ton souhait. Je t'aime trop pour t'empêcher de partir si tu le veux, Milo, sache-le.

- Ouh là, Camus, tout doux… Ne t'inquiète pas, le rassura immédiatement Milo. Je ne me sens absolument pas obligé de rester. Tu ne me forces pas à faire quoi que ce soit. S'il y a bien un endroit où je veux me trouver, après tout ce cirque, c'est entre tes bras. Je ne serai comblé nulle part ailleurs. »

Camus poussa un soupir nettement soulagé en l'entendant. Ses lèvres vinrent une nouvelle fois trouver l'épiderme de son amant. Celui-ci fit un sourire bienheureux en le sentant faire. Ces baisers spontanés… Etaient si doux…

« Tant mieux… Je me sens tellement perdu sans toi, mon Milo… Lui avoua Camus tout bas.

- Oui, j'ai cru comprendre que… Que tu n'avais pas très bien vécu notre séparation, prononça Milo d'une voix embêtée.

- Comment l'aurais-je pu ? Soupira Camus. Tu n'étais plus avec moi… C'était affreux. Je n'en dormais plus.

- Je sais… Ton disciple m'a dit qu'il s'était inquiété pour toi, lui révéla Milo. Il a raconté que tu ne mangeais plus.

- Il exagère, décréta Camus sur un ton plus sévère. Il a tendance à tout dramatiser.

- Je ne suis pas sûr que pour ça, il ait exagéré, lui fit remarquer le chevalier sereinement. Tu sais que la vérité sort de la bouche des enfants ?

- Hyôga n'est plus un enfant.

- Oh… C'est encore un gamin, quand même.

- Mettons. Il est surtout trop bavard. J'aurais bien aimé que tu n'apprennes pas ces choses. »

Cette affirmation ne plut pas beaucoup à Milo.

« Tu me l'aurais caché ? Mais pourquoi ? S'enquit-il, légèrement blessé.

- Pour ne pas te rendre plus malheureux que nécessaire, le renseigna platement Camus.

- Mais… Je t'ai dit, moi… Ce qui m'était arrivé, pendant deux mois, plaida son amant.

- C'était nécessaire, Milo, raisonna Camus. Je devais savoir pour toi… Pour t'aider à te rétablir.

- Et moi ? Se vexa Milo. Tu crois que ça ne compte pas, pour moi, ta santé ? Tu crois que je m'en fiche ?

- Justement, non. Tu as déjà beaucoup de choses à combattre… Je ne veux pas te rajouter mes problèmes.

- Camus… Si je vis avec toi… Si nous sommes ensemble, et que nous partageons autant de choses… J'estime qu'il en va de même pour nos soucis. Tout ce qui te concerne… Le moindre problème que tu puisses avoir… Je m'en inquiète. Je ne dis pas que j'y pourrai forcément quelque chose… Mais je m'en soucie. »

Le mage poussa un soupir résigné.

« Tu n'as pas à porter tous les maux de la terre sous prétexte que je suis alité, continua Milo avec sérieux. Tu es un être humain, tu as tes limites, toi aussi. Je veux pouvoir te rendre ce que tu me donnes. Un tel déséquilibre ne serait pas juste, ou même sain, tu ne crois pas ?

- Je ne sais pas, Milo, murmura Camus sur un ton soucieux. J'ai toujours peur pour toi. En plus… »

Camus s'interrompit.

« En plus ? Releva Milo pour l'inciter à parler.

- En plus, tu t'es comporté comme un sinistre abruti avec Hyôga, Milo, espèce d'andouille, finit par lâcher Camus. Tu es au courant que tu l'as à moitié traumatisé ? Je l'ai récupéré en pleurs, ce soir, parce qu'il t'a dit des idioties et que tu t'es amusé à les confirmer. »

Milo fronça les sourcils devant l'irritation soudaine de Camus.

« Je ne comprends pas ce que ça a à voir avec ce que tu as dit avant, fit-il, confus.

- Le rapport, c'est que lorsque Hyôga t'a appris ce qui m'était arrivé, clairement, tu n'étais pas en état de recevoir de telles informations. Alors, tu comprendras que je n'ai pas souhaité te les dire.

- Camus… Prononça Milo en secouant légèrement la tête. Tu te doutes bien que ça n'allait pas me faire plaisir… Tu ne vas pas me le reprocher, quand même ?

- Oui, mais de là à lui dire ce que tu as dit… Fit Camus, avant de s'interrompre dans son fil de pensée. C'est vrai, ça, que tu lui as dit que tu pensais faire souffrir tout le monde autour de toi ?

- C'est possible que j'aie laissé échapper ça, répondit Milo de mauvaise grâce.

- T'es vraiment un abruti fini, Milo, bougonna sévèrement Camus. Déjà, pour l'avoir pensé, et ensuite, pour l'avoir dit devant Hyôga.

- J'ai fait de mon mieux avec le gamin, je te le jure, déclara le chevalier d'une voix soudain triste. Mais j'étais fatigué, tu étais parti, j'avais tellement peur pour toi… Et… »

Milo n'arriva pas à finir sa phrase. D'un seul coup, il trouvait Camus incroyablement dur avec lui.

« Et tu as raison. Je suis un abruti. Je sais que ton disciple n'a pas aimé ce qu'il s'est passé… J'ai essayé de lui faire comprendre de plein de manières qu'il n'avait pas à s'en vouloir, et que ce n'était pas grave… Il n'a pas l'air d'en avoir démordu… Je suis tellement désolé… Je voudrais être plus fort, mais… Je n'y arrive pas. Je rate tout. »

Camus, en l'entendant prononcer ces paroles particulièrement exagérées et infondées, haussa les sourcils.

« Milo… Mais qu'est-ce que tu racontes ? Déclara-t-il, éberlué. Tu as conscience de l'énormité de ce que tu viens de dire… ?

- Je suis désolé…

- Cesse immédiatement de t'excuser », lui ordonna fermement Camus.

Milo ne dit plus rien. Il n'y arriva pas. Il y eut alors un silence entre eux. Mais lorsque Camus sentit quelque chose d'humide tomber dans ses cheveux, il sursauta.

« Milo ! S'exclama-t-il en se rendant compte qu'il s'agissait sans doute d'une larme. Oh non, non… Ne me fais pas ça, maintenant… C'est moi qui ai été idiot. Je sais que tu as fait de ton mieux avec mon disciple. Je lui ai expliqué que ce n'était pas sa faute, et cette fois, je crois qu'il a compris. Je suis désolé… Je n'aurais pas dû te parler comme je l'ai fait.

- C'est pas grave, prononça le chevalier étrangement sereinement. Ça ne fait rien.

- Si, Milo… Excuse-moi. Moi aussi, je m'inquiète pour vous deux, et… Et je n'aime pas t'entendre te dénigrer de la sorte, tu le sais. J'ai l'impression que… »

Camus ne termina pas sa phrase. Il ne savait pas si c'était une bonne idée. A la place, l'une de ses mains, qui était posée dans le dos de Milo, commença une caresse ferme contre sa peau. Elle était glissée sous le vêtement que son amant portait.

« Que quoi ? Le reprit néanmoins Milo.

- Que lorsque tu parles mal de toi-même, par extension, tu le fais de moi aussi.

- Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ? » Retentit la voix inquiète de son amant.

Il y eut un temps de silence. Le mage des glaces prit une profonde inspiration.

« Milo… Je t'aime… Je t'aime tout entier, lui affirma-t-il sérieusement. Et… Et lorsque tu parles ainsi de toi, j'ai l'impression que… Que tu essayes de me donner tort de t'aimer, et en plus de me mettre en colère, cela me blesse.

- Je suis désolé… Ce n'est pas mon intention, fit la voix plus malheureuse de l'intéressé.

- Milo… Reprit calmement Camus. Est-ce que tu serais honnêtement capable de m'assurer… De toi-même… Que j'ai raison de t'aimer ? »

Il y eut encore un silence, que Camus trouva proprement glaçant. Que Milo ne réponde rien… Valait bien tous les discours du monde.

« Je ne suis pas sûr que la raison ait quoi que ce soit à voir là-dedans, affirma Milo au bout d'un moment.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Je ne crois pas que je t'aime parce que… Parce que j'ai des motifs spécifiques pour ça, explicita-t-il. Je t'aime… Comme ça. J'ai pas vraiment besoin de l'expliquer. C'est pas logique, l'amour. Enfin… Je crois pas. Si l'amour avait été logique, j'aurais sans doute déjà épousé la princesse. Tu vois ?

- On est arrivé trop tard pour ça, de toute manière, lui rappela Camus.

- Oui, mais tu comprends ce que je te dis, non ?

- Oui, je crois. »

Camus poussa un nouveau soupir. Il se gorgea de l'odeur de la peau de Milo au passage.

« Cela n'empêche que cela me brise intérieurement de t'entendre dire des choses aussi terribles de toi-même, Milo, déclara Camus avec fermeté. Je t'en supplie… Essaye de le faire le moins possible. Je sais que tu mettras sans doute un moment avant de cesser cette mauvaise habitude… Mais fais-le pour moi, je t'en prie.

- D'accord, Camus. J'essayerai, c'est promis.

- Merci, Milo. »

Le mage alla de nouveau trouver la gorge du chevalier avec ses lèvres. Le baiser fut un peu plus ferme que les autres. Contre sa bouche, Milo poussa un soupir d'aise.

« Tu as les lèvres douces… » Murmura-t-il béatement.

Camus ne put s'empêcher de sourire. Puisque Milo l'appréciait, il lui fit un autre baiser, plus doux, cette fois.

« Dis-moi, Camus…

- Oui ?

- Tout à l'heure, tu allais dire quelque chose, par rapport au fait que j'étais avec vous sur l'île…

- Oui, c'est vrai, effectivement, se rappela le mage. Je voulais simplement te dire que… Puisque tu décides de rester, ni moi ni Hyôga ne pourrons faire comme si tu n'étais pas là. Ta présence va créer un autre équilibre, ici, et nous devrons le trouver. Mais comme tu es un adulte… Et que… Nous sommes ensemble… Je juge que toi aussi, tu vas avoir ton rôle à jouer…

- Du genre ?

- Pas vraiment dans son éducation, ni dans sa formation, puisque je me charge de lui enseigner ses pouvoirs, et qu'il est grand, désormais… Mais je pense que tu pourrais lui apporter des choses, de près ou de loin. Je ne sais pas encore quoi… C'est un peu tôt pour le dire. Mais une chose est sûre… Je veux qu'il t'obéisse quand tu lui parles, déjà.

- Oooh… Fit Milo sur un ton espiègle. Tu m'invites à faire partie de votre petite famille, c'est ce que je dois comprendre ?

- On n'est pas une famille, Milo, le reprit Camus avec plus de sévérité.

- A d'autres. Tu l'as élevé tout seul, et vous êtes pas une famille ? Tu vas me faire mourir de rire.

- Ce serait contre-indiqué.

- Alors je serai quoi ? Tonton Milo, c'est ça ? Le taquina-t-il.

- Milo, arrête de te moquer de moi, ce n'est pas drôle, le réprimanda Camus.

- Oh, si on ne peut plus rigoler ! Fit-il avec un rire. Enfin, au moins, je t'aurai été utile pour t'informer des amours de ton petit protégé, c'est déjà ça. D'ailleurs, si jamais t'as besoin d'autres renseignements, à l'avenir…

- Arrête de me prendre pour un idiot, Milo, grinça Camus. Je connais mon disciple.

- Allez, laisse-moi au moins savourer cette victoire-là, plaida le chevalier sur un ton malicieux.

- Eh bien, savoure-la, fais-toi plaisir, répliqua platement son amant.

- J'y comptais bien. »

Camus ne répondit rien. Il se contenta d'esquisser un sourire amusé, malgré lui.

« Dis, Camus… A propos de ce Shun… Reprit plus sérieusement Milo. Tu ne penses pas que tu devrais laisser Hyôga le voir plus souvent ? Il me fait de la peine, ton disciple. Il a tellement peur de te décevoir, qu'il n'ose rien te dire. Je crois que ça lui ferait du bien de passer un peu plus de temps avec des gens de son âge, non ?

- Je sais, fit sommairement Camus. Tu sais… Je vous ai entendus discuter, tout à l'heure…

- Tu nous as entendus discuter ? Quand ça ? Fit Milo sur un ton circonspect.

- Quand vous faisiez votre partie de cartes… Et que tu te faisais laminer par mon disciple, lui révéla l'intéressé. Je t'ai entendu lui poser des questions sur Shun… Et sur tout ça. »

A ces mots, Milo éclata de rire.

« Petit cachottier, va ! Tu nous espionnes en douce ?

- Non. Tu m'as réveillé, à force de t'énerver sur ton jeu.

- Oh, Camus… T'es vraiment le champion de la mauvaise foi.

- Maintenant que c'est établi…

- Et du coup, qu'est-ce que tu as pensé de ce que tu as entendu, puisque tu as pris la peine de nous écouter ?

- Eh bien… Hyôga te tutoie, maintenant ?

- Ah, je me demandais quand est-ce que tu allais poser la question, s'amusa immédiatement Milo. Ne t'inquiète pas, c'est moi qui lui ai demandé de le faire. Je suis pas à l'aise avec le vouvoiement.

- Tu n'es pas à l'aise avec le vouvoiement, répéta Camus, circonspect. T'es au courant que tu m'as vouvoyé pendant une bonne semaine et demie, pendant notre mission ? Il a fallu qu'on se fasse l'amour pour que tu me tutoies !

- Oui, mais toi… C'était différent, lui avoua Milo.

- Et en quoi ?

- Je ne sais pas. C'est vrai que pour les autres… Je préfère le tutoiement. Mais… Ça m'a semblé naturel, le vouvoiement, avec toi… Tu me fascinais tellement… Tu étais tellement… Tellement beau, et gracieux que… Que j'aurais eu l'impression de t'insulter, à te parler comme tout le monde. »

En l'entendant prononcer ce discours étrangement touchant, Camus se mit à rire. Un beau rire, mélodieux. Milo fit un sourire béat en l'entendant. Le rire de son amant était un présent dont il avait appris à se délecter, lorsqu'il y avait droit.

« Soit, agréa-t-il en se calmant, finalement. Tu es vraiment impossible, Milo…

- Ah ben tiens, il y avait longtemps, s'amusa ce dernier. Combien de fois tu me l'as dit, ça ?

- Autant de fois que tu l'es, Milo, répliqua posément Camus.

- Ouais, autant dire que ça en fait un paquet… »

Un nouveau baiser s'échoua contre sa gorge. En réponse, Milo fit une légère pression de ses doigts sur l'épaule de Camus.

« Alors, puisque tu nous as écoutés, reprit Milo. Qu'est-ce que tu as pensé de ce qu'on a dit, sur Shun ? Tu crois que ce serait envisageable… Que le petit vienne sur l'île pour passer un peu de temps avec Hyôga ? »

Le mage des glaces haussa légèrement les épaules.

« Je n'en sais rien. Je n'y ai jamais réfléchi, lui avoua-t-il. Mais… Oui, bien sûr. Je m'inquiète plus de savoir si Shun pourra venir. Son grand-frère, Ikki… Il le couve comme un œuf. Il me trouve sans doute raisonnable, mais… De là à me laisser le gamin plusieurs jours en mer…

- Il te trouve sans doute raisonnable ? Répéta Milo avec un grand éclat de rire. Je crois que c'est la chose la plus drôle que tu aies dite de ta vie !

- Milo, je ne te permets pas.

- Misère, mais Camus… S'il y a bien une personne de raisonnable dans cet univers, c'est toi !

- Tu me trouves raisonnable, tant que cela ? Je te signale que je t'ai enlevé d'un édifice militaire sous haute surveillance !

- Oui, tu m'as enlevé. Acte hautement malveillant et désintéressé, se moqua son amant.

- Milo, continues et tu finis vraiment sur le canapé.

- Oh, tu ne vas pas me virer de ton lit, après tous les efforts que tu as faits pour me mettre dedans…

- Un point pour toi. »

Milo baissa la tête pour embrasser les cheveux de Camus.

« Cet Ikki, il est protecteur, protecteur ?

- Oui. Franchement, oui…

- Le pauvre Shun.

- En même temps, il a des gens pour veiller sur lui. A son âge, c'est tout de même mieux.

- Ouais… Mais quand même. Bon, après, c'était une idée comme ça.

- De toute manière, Milo, si Hyôga ne me demande jamais, je ne vois pas comment je pourrais faire quoi que ce soit.

- Mais qu'est-ce que tu lui as fait, à ton disciple, pour le terrifier à ce point ? S'informa Milo. Il n'ose même pas te poser la moindre question de ce genre ! Tu l'as entendu ?

- Ce n'est pas entièrement ma faute, grinça Camus. Le petit a perdu sa mère, je te rappelle… Il doit sans doute avoir peur d'être abandonné une seconde fois.

- Mais tu ne vas pas l'abandonner. T'es pas comme ça.

- Non. Je ne l'abandonnerai jamais, confirma Camus.

- Alors qu'est-ce qui lui fait peur ?

- Tu me connais, Milo. Je ne suis pas… Très expansif, avec les autres. Je fais des progrès depuis que je t'ai rencontré… Mais…

- Mais tu t'en veux, parce que tu as peur de l'avoir fait douter de ton affection, c'est ce que je dois comprendre ?

- Sans doute, confirma le mage, atone.

- Ne t'inquiète pas, Camus… Murmura Milo sur un ton apaisant, en enserrant davantage son épaule. Déjà, tu lui as dit que tu l'aimais. Ça, c'est important. Et puis… Et puis, tu as encore tout le temps que tu veux pour améliorer les choses, non ? Moi, je ne suis pas inquiet. Tu ne peux pas être parfait, Camus.

- Je voudrais l'être…

- Cela n'aurait aucun intérêt que tu le sois… Le rassura encore son amant. Moi, je t'aime comme ça. »

Camus, très touché, embrassa avec fermeté la peau délicieusement tiède face à lui. Puis une nouvelle fois. Et encore. Avidement. Milo resserra un peu sa prise sur lui. Camus agrippa plus franchement son dos nu, sous ses doigts fins.

« Je vais voir ce que je peux faire, pour Shun… Chuchota le mage en continuant de l'embrasser. Peut-être pour son anniversaire, quand il arrivera… On verra.

- Tu vois ? T'es déjà super, comme maître, Camus. C'est une bonne idée… »

Le mage ne répondit rien. Il continua de lui parsemer la peau de baisers.

« Ouh là, commenta Milo, intérieurement ravi de ces attentions de plus en plus brûlantes. Toi… T'as encore envie… »

Camus ne répondit pas plus. Il ne prit pas la peine de le faire. Il se contenta de continuer de l'embrasser. Davantage à la base de ses cheveux, cette fois-ci. Milo le grisait. L'enivrait. Heureusement qu'il s'était empêché le moindre geste de sensualité avant qu'il soit un peu mieux, parce que… Parce qu'il sentait qu'il avait du mal à tenir, en sa présence.

« Camus, tu veux que…

- Que quoi, souffla l'intéressé.

- Je suis crevé, mais… Tu peux utiliser ma main, si tu as besoin.

- Je ne sais pas… Si tu es fatigué, je devrais te laisser dormir… Je te l'ai déjà dit… Ta santé passe avant. »

Milo se contenta de fermer les yeux. Camus continua de le gratifier de petits baisers. Doux.

« T'es en forme, toi, en ce moment… Prononça distraitement Milo.

- Je ne t'ai pas vu pendant deux jours… Se justifia Camus. Moi aussi, j'ai eu peur de ne plus te revoir… Et…

- Et ?

- Et tu m'affoles…

- Je fais rien de spécifique, là.

- Je sais… »

Camus redressa finalement la tête pour embrasser Milo sur les lèvres, dans le noir.

« Je crois que tu as raison… Pour ce que tu as dit, tout à l'heure… Il n'y a aucune logique à ce que je ressens, déclara-t-il sincèrement. Et pour une fois… Je crois que je m'en fiche.

- Eh ben… C'est dire si je te fais de l'effet », retentit la voix espiègle de Milo.

Le chevalier était en fait très fier de lui. S'il y avait quelque chose qui le faisait gonfler d'orgueil, c'était bien d'avoir réussi à séduire une créature aussi retenue et réservée que Camus. Le résultat était… Bien au-delà de ses espérances. Il avait rencontré un homme impassible… Ou presque. Dans des circonstances peu flatteuses pour lui, en plus. Et maintenant… Il était dans son lit. Et celui-ci se collait à lui, et parsemait sa peau de baisers amoureux et enfiévrés. Lorsqu'il pensait à ce contraste, cela le rendait immensément heureux. Parce qu'avoir droit à tout ceci de la part de Camus… Relevait du miracle, de l'exceptionnel, il en avait la profonde intuition. Il n'y avait bien que devant lui que le mage serait ainsi... Et c'était un présent peut-être même davantage démesuré que le sac de vêtements délicats qu'il lui avait offert.

La main de Milo, qui était sur l'épaule de Camus, finit par bouger, pour aller trouver celle que son amant avait apposée sur son torse.

« Tiens, prends-la… Murmura-t-il. Guide-moi comme la dernière fois, ce sera toujours mieux que rien… »

Camus crocheta rapidement ses doigts dans ceux de Milo.

« Ne t'inquiète pas pour mon sommeil, déclara le chevalier. Prends ton temps… Celui qu'il te faudra, d'accord… ?

- Tu es un ange, Milo, le loua le mage à voix basse.

- Non… Je t'aime, c'est tout. Et accessoirement, je suis ton amant… A quoi je sers, si je ne peux même pas t'aider à ça ?

- Tu sous-estimes tes capacités, Milo… Tu es bien plus que… Juste ça…

- Merci, Camus. Quand je serai sur pied… Je t'aimerai… Je te ferai l'amour… Tous les jours. Ça me manque, à moi aussi, il ne faut pas croire.

- Tu ne me surprends pas », soupira Camus en faisant glisser la main de Milo sous son haut.

Il y eut un silence entre eux, pendant lequel le mage aida la main de son chevalier à le caresser. Malgré la prévention de Milo, il ne voulait pas perdre trop de temps. Son amant tombait d'épuisement, et… Même si lui, il se sentait en forme… Trop en forme… Après avoir dormi la moitié de la journée… Il ne refuserait pas son repos à son chevalier.

« Tu sais que j'adore ça ? Finit par dire Milo à voix basse, alors que Camus était en train de commencer à respirer plus profondément, sous la caresse qu'il se faisait avec la main de son amant, toujours bien ancrée dans la sienne.

- Que tu adores… Quoi ?

- Te voir comme ça… Dans cet état…

- Je te retournerais bien le compliment… Mais… Mmmh… Ça fait des mois que je ne t'ai pas vu… Comme ça. »

Seul un rire grave lui répondit.

« J'ai bien peur que tu doives te servir de ton imagination encore un moment, malheureusement…

- Je ne préfère pas… Si je t'imagine comme ça, je… Tu m'as bien dit de prendre mon temps… Et ça ne le fera pas… »

A ces mots, Milo éclata de rire. Oui, décidément, Camus lui aurait tout fait. Vraiment… Le mage cachait bien son jeu. A tous points de vue.

« C'est pas grave… Parce que tu sais ce que je préfère ? Prononça Milo en détachant bien ses mots.

- Non… Quoi… ? Haleta Camus.

- Tes orgasmes », lui asséna son amant d'une voix sensuelle.

A ces mots, Camus fit définitivement entrer la main de Milo en contact avec son entrejambe.

« Dans ce cas-là… Tu n'as plus qu'à savourer le spectacle » prononça le mage au sortir d'un gémissement.

Cela, Milo y comptait bien. De ce genre de choses… Il n'en perdrait jamais une miette.