Note de l'auteur: Bonjour tout le monde ! Je sais, ça fait un moment que vous n'avez rien eu... Mon rythme ne s'améliore pas en vitesse, j'en ai peur, mais c'est promis, vous aurez à un moment donné l'histoire dans son intégralité, ça prendra juste le temps que ça prendra ! Au programme, un chapitre assez calme, qui j'espère vous plaira !
Merci à tous de me suivre jusqu'ici et pour le soutien avec vos reviews, ça me fait toujours immensément plaisir.
Sur ce, bonne lecture !
Chapitre 38 - Vouvoiement
Les jours suivants passèrent calmement. Tout le monde dut se faire à la nouvelle situation dans la modeste maison de l'île de l'Aurore. Milo, pour le moment, se remettait doucement. Il reprenait vraiment son intégrité avec un rythme remarquable, pensait Camus, intérieurement ravi de le voir se remettre aussi bien. Cela se vérifiait : Milo avait tendance à récupérer de manière exceptionnelle à la plupart de ses afflictions physiques. Sa dénutrition était encore visible sur son corps, mais désormais, elle était loin d'être aussi flagrante que lorsque Camus l'avait trouvé à la Tour de Garde.
Deux matins après que Camus était revenu de sa mission de plaidoirie à la Citadelle Bénite, celui-ci proposa à un Milo qui semblait assez réveillé de tenter de se lever, et de se mettre à marcher, avec son aide. Celui-ci avait réussi à se redresser de lui-même lorsqu'il l'avait retrouvé, mais cela avait été une tentative de courte durée. Milo devrait réentraîner ses muscles à marcher, après ce temps d'immobilisation.
« Appuie-toi sur moi, prononça Camus alors que Milo était assis au bord du lit, les jambes dans le vide, semblant hésiter sur la marche à suivre. Je sais que pour le moment, il y a peu de chances que tu arrives à tenir seul, mais… Que tu arrives à tenir d'une manière ou d'une autre sera déjà très bien. »
Milo se contenta d'acquiescer.
« Tiens, prends appui sur mes bras, proposa Camus en le regardant attentivement.
- Merci. »
Le mage lui tendit ses deux bras en une prise stable, et Milo posa ses mains dessus fermement.
« Prêt ?
- Prêt. »
Milo prit une grande inspiration, et en agrippant avec de la force la prise que lui offrait Camus avec ses bras, il mit avec hésitation un peu de poids sur ses jambes. Voyant que cela avait l'air de marcher, il se redressa lentement, sous l'œil attentif de son amant. Le sentant trembler de tous ses muscles dans sa tentative de rester droit, le mage l'attrapa au niveau de sa taille, pour l'aider à tenir debout.
« Mets tes mains sur mes épaules pour te stabiliser. C'est très bien, Milo.
- Je vais pas tenir longtemps à ce rythme, souffla-t-il en sentant ses jambes vaciller sous lui.
- Je vais te soutenir un peu, pour commencer. On va y aller doucement, Milo. Rien ne presse.
- Tu parles… Au moins un mois que je m'étais pas levé d'un lit…
- Il faut que tu sois patient avec toi-même.
- Patient ? C'est pas vraiment une de mes vertus.
- Je sais, fit Camus avec un sourire en coin. C'est pour cela que je suis là.
- C'est pour faire une moyenne entre nous, c'est ça ? S'amusa le chevalier.
- Si tu veux. »
Camus attendit un petit peu, le temps que Milo arrive à s'habituer à la position debout.
« Comment tu te sens ?
- Ça me fatigue…
- Je m'en doute. Est-ce que tu veux quand même essayer de marcher ?
- Oui… Mais je crois que je ne pourrai pas sans ton appui.
- Je n'ai pas prévu de te laisser faire sans assistance, rassure-toi. »
Camus aida alors Milo à caler un bras derrière ses épaules, pour soutenir le haut de son corps, et passa l'autre main derrière sa taille afin de le maintenir contre lui.
« Toutes ces années d'entraînement pour finir comme ça, grinça Milo sombrement.
- Ça va revenir, Milo, lui assura sereinement Camus. Tu as encore des muscles… Il faut juste que tu continues à te nourrir, que tu les rééduque un peu… Et tu redeviendras une terreur en un rien de temps. Je n'ai aucun doute là-dessus.
- Tu trouves que j'étais une terreur, avant ? S'informa son amant.
- Je ne sais pas. Il faudrait demander à tes gardes.
- Ça va être compliqué, je suis banni, je te rappelle. »
Camus ne répondit rien. Milo tenta de faire bouger ses jambes sous lui. Il fit un pas en avant, bien lové contre le mage des glaces.
« C'est bien, Milo, l'encouragea doucement Camus.
- Bien… ? Pour un nouveau-né, sans doute.
- Milo, je t'ai déjà dit d'être patient.
- Et moi, je t'ai dit que je ne l'étais pas.
- Eh bien, tu vas apprendre.
- Tu me surestimes.
- Non. Si tu peux remarcher après avoir frôlé la mort, tu peux aussi apprendre à être patient.
- Franchement, l'un me semble plus envisageable que l'autre.
- Fais un deuxième pas, dans ce cas. »
Milo obtempéra. Il avança une nouvelle fois. Camus suivit son rythme, attentif.
« Tu veux essayer de marcher jusqu'au salon ? Lui proposa le mage. Si ça ne va pas, en chemin, je te porterai.
- D'accord. »
Pas à pas, Milo arriva à sortir de la chambre, Camus toujours là pour soutenir sa taille. Au fur et à mesure, le chevalier put marcher plus vite. Il redécouvrait avec ravissement la motricité de ses jambes. Elles étaient faibles, mais elles fonctionnaient toujours. Il avait même l'impression bizarre que plus il les utilisait, plus elles gagnaient en vivacité. Comme si… De l'énergie venue d'il ne savait où les réparaient au fur et à mesure de leur avancée.
« Tu te débrouilles vraiment très bien, Milo, commenta son amant à son côté. Je suis impressionné.
- Impressionné ? Pour ça ? Ça m'étonnerait. T'es jamais impressionné de rien, en plus.
- Milo, arrête. Tu te comportes comme Hyôga quand je lui dis que son travail est satisfaisant.
- Ah non ! Se vexa le chevalier. Tu ne me compares pas au gamin !
- Dans ce cas, cesse de réfuter mes paroles. Je suis heureux de te voir remarcher. J'ai tout mis en œuvre pour ton rétablissement. Laisse-moi apprécier tes progrès, s'il te plaît. »
Milo garda le silence. Puisque cela lui faisait plaisir…
En arrivant dans le salon, courageusement, le couple croisa Hyôga. Celui-ci haussa les sourcils en voyant le chevalier marcher péniblement au côté de son maître.
« Milo ! Tu remarches ! S'exclama-t-il en s'approchant.
- Bonjour, déjà, Hyôga, prononça sévèrement Camus.
- Pardon, maître. Bonjour.
- Salut, gamin, fit plus aimablement Milo. Oui, tu vois, je remarche. Vaguement. Exercice pratique. Camus a insisté.
- Parce qu'il sait que tu en es capable. Maître Camus ne se trompe jamais.
- Cesse de dire des inepties, Hyôga. Et va plutôt faire bouillir de l'eau pour le thé.
- Vous voulez que j'installe le petit déjeuner ?
- Oui. Merci. »
Le disciple disparut au pas de course dans la cuisine, sans demander son reste. Lorsqu'il fut hors de vue, Milo éclata de rire.
« Comment tu l'as rembarré, le pauvre ! Fit-il, très amusé.
- Il n'avait qu'à dire bonjour. Cela fait des années que je m'échine à essayer de lui apprendre les bonnes manières.
- Oh, Camus… Il avait rien fait de bien méchant. Moi j'aurais réagi pareil, je suppose, en voyant quelqu'un remarcher après un long alitement.
- Peut-être, mais tu n'es pas mon élève.
- Ouais, et je commence à me dire que ce n'est pas plus mal. Tu m'aurais détesté.
- J'ai l'air de te détester, Milo ? Vraiment ? Ironisa platement le maître des glaces.
- Je suis sûr que ça t'arrive, le taquina l'intéressé.
- Non. Pour ta gouverne, non.
- Même pas un tout petit peu ?
- Tu es éreintant, mais pas détestable. Il y a une énorme nuance.
- Je vois.
- Ravi de l'entendre.
- En fait, t'avais juste envie de le rabrouer, ton disciple, non ? » S'amusa ostensiblement le chevalier en avançant pas à pas dans le salon.
Camus ne prit même pas la peine de répondre. Milo partit dans un grand éclat de rire devant son silence. C'était clairement un oui, ça. Mais le mage ne l'admettrait jamais. Ce n'était même pas la peine de tenter.
Milo fit l'effort de même carrément marcher jusqu'à la cuisine, dans l'étreinte de son amant. Camus ne lui dit pas, puisque le chevalier n'avait pas l'air de vouloir l'entendre, mais il était très fier de lui. Si Milo continuait comme ça… Il n'aurait plus besoin d'aide dans très peu de temps. Et cette nouvelle le rendait immensément heureux. Il avait l'impression de toucher au but. Après tous ces moments de doutes, et toutes ces difficultés, Milo recommençait à fonctionner pratiquement comme avant.
C'était la meilleure chose du monde. Car il commençait à s'en apercevoir, désormais, en posant un Milo un peu essoufflé sur une chaise, devant la table de la cuisine : il avait réussi…
Ce jour-là, Milo eut même le privilège de sortir à l'extérieur, sur sa demande. Comme Camus et Hyôga s'entraînaient tous les deux habituellement dehors, devant la maison, Milo n'avait pas très envie de rester seul à l'intérieur. Et puis… Il voulait les observer. Il n'avait pas vu Camus utiliser sa magie depuis des lustres… Et tant de merveilles lui manquaient.
Camus installa alors Milo sur l'une des chaises longues qu'il y avait à l'extérieur de leur maison, sous l'œil timide de Hyôga. Celui-ci était appréhensif d'avoir un spectateur. Personne n'avait jamais, au grand jamais, posé de regard sur ses pouvoirs.
« Milo, je te préviens, au moindre commentaire, tu rentres dans la maison, le menaça Camus avec le plus grand sérieux, à voix suffisamment basse pour que Hyôga ne l'entende pas.
- Je ne dirai rien, c'est promis, lui assura sincèrement son amant. Je sais que ce n'est pas ma place. Je veux juste regarder.
- Bon. Très bien… Acquiesça le maître des glaces. Hyôga n'a jamais montré ses pouvoirs à personne…
- A part peut-être à ce Shun.
- Ce n'est guère le moment de discuter de cela, le reprit le mage sur un ton glacial.
- Ok, ok, pardon…
- Donc, reprit Camus plus aimablement, cela va lui faire bizarre. Alors facilite-nous la tâche et n'ouvre pas la bouche.
- Tu as ma parole.
- Merci. »
Camus se noya un instant dans les yeux de ciel d'été de Milo, et se retint de faire un geste tendre à son encontre. Ce faisant, il se détourna, laissant son amant posté sur sa chaise, avec un livre qu'il lui avait préventivement laissé, au cas où il ne s'ennuie. Le chevalier doutait fortement que cela arrivât, néanmoins.
Camus alla se poster face à Hyôga, qui l'attendait à quelques mètres de là, sans rien dire. Le mage des glaces reprit sa posture professorale aussi naturellement qu'il respirait. Il prit le temps de jauger son élève, qui faisait tout pour ne pas montrer sa nervosité.
« Ne fais pas attention à Milo, consentit-il à prononcer. J'attends de toi que tu te concentres et que tu t'appliques, Hyôga. Milo est simplement curieux des pouvoirs des glaces, et il n'est pas là pour te juger. Nous ferons comme d'habitude.
- Oui, maître.
- Bien. A présent, commençons. Je veux que nous continuions ce que nous avons entamé hier. Tout d'abord, montre-moi si tu maîtrises toujours cette plaque de glace. »
Hyôga posa un regard hésitant sur Milo, puis il fit de son mieux pour se concentrer. Une aura de fraîcheur se mit à l'enrober doucement. Surtout au niveau de ses mains, qui se mirent à briller de cristaux de glace en suspension. Le chevalier le regarda faire avec ravissement. Oh oui. Il adorait toujours autant la magie.
Milo vit ensuite le sol autour des jambes de Hyôga geler rapidement. De la glace se forma dans l'herbe, pour venir l'enrober, et même l'engloutir. Une couche plus épaisse apparut autour de l'élève. Bien dure. Elle s'étendait à quelques mètres autour de lui, pour aller environ jusqu'aux pieds de Camus, qui le regardait très attentivement.
« Trop peu étendue, trop irrégulière, commenta Camus en posant la main par terre. Fais mieux que ça. »
Hyôga tenta de mettre plus d'énergie dans ses pouvoirs. De la glace en plus se rajouta sur sa plaque, mais il n'arriva qu'à l'élargir un peu, et la faire gondoler. Il avait du mal. L'exercice était difficile, et ils ne l'avaient commencé que très récemment. Et il était anxieux. Il ne voulait pas passer pour un nul devant Milo.
En fait, il y avait peu de chances. Milo contemplait la scène sans se départir de son air curieux. Il ne pourrait pas porter le moindre jugement sur la qualité de ce que faisait Hyôga. Il ne savait pas faire la moindre chose dans un quelconque domaine magique… Alors il serait très mal placé pour se moquer.
« Concentre-toi ! Claqua l'ordre sec de Camus en le voyant aggraver son travail au lieu de l'améliorer. Je te demande de faire une plaque de glace ! Pas de me faire des vagues ! »
Hyôga s'interrompit, penaud. Cela commençait bien.
« Recommence, lui ordonna fermement Camus. Fais disparaître celle-ci. »
Milo vit la glace qu'avait invoquée Hyôga se résorber progressivement. L'herbe dans les alentours retrouva toute sa souplesse. Impressionnant, pensa-t-il. Camus n'avait pas l'air satisfait du tout, mais… Lui, il trouvait quand même que c'était quelque chose.
Celui-ci croisa les bras sur sa poitrine. Il toisa son élève froidement.
« Deuxième essai, fit-il. Tu mets trop d'énergie dans tes pouvoirs. Le but n'est pas de créer un iceberg, mais une couche suffisamment fine et lisse pour qu'elle soit glissante. Il faut que tu contrôles davantage. »
Hyôga fit une deuxième tentative. Milo vit le sol geler à nouveau. Lui, il trouvait que c'était très bien, ce que Hyôga faisait, mais Camus n'eut pas l'air content.
« Non ! Fit-il en posant sa main sur la glace. Cette fois, tu ne mets pas assez de pouvoirs ! Je t'ai dit de te concentrer ! Ce n'est pas l'énergie qui ne va pas, mais le contrôle ! Tu m'écoutes, quand je te parle ?
- Pardon, maître. Je fais de mon mieux.
- Tu ne fais pas assez de ton mieux, Hyôga, prononça Camus sur un ton glacial. Enlève-moi cette plaque du sol. C'est ridicule. »
L'élève baissa la tête. Sa maigre plaque de glace disparut dans un même mouvement.
Le pauvre, pensa Milo. Effectivement, il commençait à comprendre la crainte que Hyôga nourrissait de décevoir son maître. Camus était… Il n'était pas cruel, non, loin de là, mais exigeant et sévère, clairement beaucoup. Mais, enfin… A côté de son maître à lui, Camus était doux comme un agneau, avec Hyôga. Lui, pour un entraînement qui commençait mal… Il se serait déjà pris plusieurs roustes pour son inefficacité. Camus avait beau être sec… il n'avait rien d'un tortionnaire comme son maître.
« Regarde, à présent, prononça platement le maître des glaces. Et observe bien, parce que je ne le ferai pas quinze fois. »
Milo sortit de ses pensées pour observer lui aussi attentivement ce qu'allait faire son amant. Connaissant Camus… Il s'attendait à quelque chose de magnifique.
Et il ne fut absolument pas déçu. D'un geste vif vers le sol, le magicien fit apparaître soudainement une couche de glace impeccable sous les jambes, qui s'étendit brusquement au moins jusque derrière la maison. Toute l'atmosphère se rafraîchit d'un seul coup. La couche de glace par terre était plus fine que celle que Hyôga avait fait apparaître, mais elle était aussi lisse qu'un miroir. Les silhouettes de Camus et Hyôga se reflétaient dedans, du point de vue de Milo. Celui-ci fit tout pour éviter de pousser une exclamation émerveillée. Camus semblait avoir adapté la glace pour combler les diverses imperfections et aspérités du sol. C'était vraiment magnifique, se dit Milo en se penchant pour poser sa main sur le gel à côté de sa chaise. Cette glace était… Parfaitement lisse. Très belle. Joliment polie. Comme une mer d'huile. Les pouvoirs de Camus étaient une merveille, se dit Milo, un air complètement béat au visage. Son amant était vraiment un être exceptionnel.
Et celui-ci avait cru un instant qu'il risquerait de s'ennuyer ? Aucune chance.
« Je ne te demande pas de faire quelque chose d'aussi grand, déclara Camus avec sérieux, à l'intention de son élève. Ce que je veux, c'est que ta glace soit lisse. Ce n'est pas la quantité d'énergie que tu vas mettre dans cet ouvrage qui est importante pour moi, pour l'instant. Je veux simplement que tu apprennes le contrôle. C'est une technique inutile si tu ne sais pas affiner le grain de ta glace. Il est parfaitement idiot de geler le sol si tu ne peux ralentir aucun ennemi. Autant t'en épargner la peine.
- Et pour ralentir un ennemi, il faut que la glace soit bien lisse, pour qu'elle n'offre aucune chance d'avoir une prise dessus, compléta Hyôga pensivement, en regardant l'ouvrage de son maître.
- Précisément. »
Camus fit alors l'erreur de couler un regard vers Milo. Celui-ci avait un air complètement émerveillé au visage. Le mage, en le voyant ainsi, fut immédiatement rappelé au jour où le chevalier avait découvert ses pouvoirs. Il avait la même expression béate et émue. Camus détourna les yeux. Il ne fallait pas qu'il regarde Milo, sinon, il risquait de devenir pivoine. C'était parfaitement contre-indiqué. Il ne devait pas se laisser perturber.
Mais tout de même… Milo ne devrait pas avoir le droit d'être aussi craquant, se dit-il malgré lui. Son air amoureux risquait de le déconcentrer, lui aussi, et il en était parfaitement hors de question.
C'est donc en prenant l'air le plus impassible du monde qu'il reprit sa leçon et qu'il expliqua davantage à Hyôga comment il avait procédé et ce qu'il attendait de lui.
Milo, qui avait parfaitement surpris la manœuvre, fit tout ce qu'il put pour ne pas ricaner tout haut. Il n'avait même pas dit quoi que ce soit, cette fois, pour louer sa magie, et cependant, il avait tout de suite noté cette lueur confuse et embarrassée dans le regard de son amant lorsqu'il l'avait croisé un instant. Même aux éloges non-verbales, Camus ne s'y faisait pas, et pour Milo, c'était à mourir de rire. Il fit un effort monstre pour s'en empêcher. Il savait que Camus lui en voudrait s'il le déconcentrait sciemment. Et il le respectait trop pour avoir envie d'empiéter sur la bonne marche de ses enseignements.
Milo avait bien conscience que sa présence était très inhabituelle à la fois pour le maître et le disciple… Et lui-même, cela lui faisait bizarre d'avoir accès à un morceau du quotidien de Camus. Il avait passé le plus clair de son temps avec lui soit dans la nature à marcher, soit dans une chambre, entre ses bras… Et il n'y avait pas eu grand-chose d'autre. Cela lui faisait bizarre de mettre son nez dans une sorte de « normalité » pour les deux résidents de l'île de l'Aurore, alors que pour lui, tout ceci n'avait absolument rien de normal.
Ces pouvoirs étaient tout bonnement merveilleux, et il enviait presque Hyôga d'avoir droit à ce spectacle depuis qu'il était enfant, et pratiquement tous les jours. Il pensait « presque » parce que… Il devait bien avouer qu'il avait quand même une préférence pour le côté plus doux et attendrissant de Camus, auquel il avait droit derrière des portes closes. En tant que professeur, son amant revenait à cet état taciturne et impassible que le chevalier lui avait connu au départ, en une mécanique apparemment bien rôdée. C'en était fascinant, de voir à quel point le mage des glaces pouvait se métamorphoser lorsqu'il se retrouvait seul avec lui. Milo en était bien convaincu, désormais. La manière dont Camus se déridait, à son contact… Était tout bonnement exceptionnelle et miraculeuse. Il n'y avait pas d'autre mot. Camus était incroyable… Et Milo était très fier d'avoir droit à ce privilège.
Vivre avec lui promettait…
Milo resta à regarder l'entraînement toute la journée. La magie des glaces le fascinait. A chaque fois que Camus faisait démonstration de ses pouvoirs, le chevalier avait l'impression de vivre un rêve. Tout lui semblait somptueux, puissant, propre, magnifique. Hyôga, qui finit par s'habituer à sa présence, fit des prestations plus honorables, lui aussi. Milo trouvait qu'il se débrouillait tout de même très bien, même si Camus lui demandait sans cesse de faire mieux, et de pousser davantage. Sans doute parce qu'il savait que son élève en était capable… Et sans doute parce qu'il avait foi en lui. Hyôga possédait une énergie magique plus brouillonne, et c'était sa principale faiblesse. Mais elle était puissante. Milo la soupçonnait même d'être limite plus puissante que celle de Camus, qui maniait en revanche une magie impeccable, et très bien exécutée. Cela dit, il ne savait pas trop. Il ne les avait vus travailler qu'une seule journée, et il était sans doute un peu tôt pour qu'il se fasse un avis définitif. Mais Hyôga avait vraiment l'air d'avoir de l'énergie en lui. Les deux maître et disciple avaient les mêmes dispositions à leurs pouvoirs, mais pas la même façon de s'en servir. Camus maniait sa magie de manière fine, entraînée, délicate, précise. Presque… Chirurgicale. Il était puissant car il savait quels pouvoirs utiliser, dans quelles circonstances, et avec quelle intensité et précision. Hyôga avait davantage l'air d'être du type à mettre le paquet et à réfléchir ensuite. C'était ce qui se passait souvent pendant leur entraînement. Camus lui ordonnait de faire un exercice, Hyôga y allait brut de fonderie, et son maître lui faisait corriger le tir ensuite.
Milo comprenait parfaitement pourquoi Camus était exigeant envers Hyôga. Il voyait sans doute en son élève un potentiel monstre, et il devait lui sembler intolérable que celui-ci ne l'exploite pas autant que possible. Si le chevalier avait réussi à repérer tout ceci sans rien connaître à la magie, c'était que cela devait être vrai. Et après, de toute manière, Camus était un homme exigeant. Cela, c'était une évidence.
Camus décida d'interrompre leur entraînement quotidien en début de soirée, déclarant qu'il devait aller préparer leur repas. Hyôga résorba le gel résiduel de leur entraînement dans les environs, et Camus se dirigea vers l'entrée de la maison à grands pas, passant devant un Milo toujours installé confortablement dans sa chaise longue. Le mage disparut dans la demeure sans demander son reste, et Hyôga, une fois qu'il eut fini de nettoyer, s'approcha de Milo d'un pas appréhensif. Il s'assit à côté de lui sur une autre chaise longue. Une fois qu'il fut dessus, il poussa un soupir fatigué. Les entraînements étaient tout de même éreintants. Surtout aujourd'hui. Il avait vraiment trouvé que Camus l'avait beaucoup poussé, et lui avait demandé des efforts plus soutenus que la moyenne. La présence de Milo n'y avait sûrement pas été étrangère.
Le chevalier, en le voyant s'asseoir avec lui, lui fit un simple sourire, pour lui signifier que sa présence était la bienvenue.
« T'as l'air crevé, gamin, commenta-t-il devant sa mine fatiguée.
- Ça va », nia courageusement Hyôga.
Le sourire de Milo s'élargit en l'entendant le contredire. Le jeune élève devait avoir à cœur de montrer que ses efforts faisaient de lui quelqu'un de fort et de stoïque, mais… Ça ne marchait pas vraiment. Il était beaucoup trop expressif pour cela, jugea le chevalier.
« Dis, Milo… Fit sa voix hésitante après un silence.
- Oui ? L'invita ce dernier, avec de la curiosité dans la voix.
- Tu as trouvé ça comment ?
- De quoi ?
- Mon entraînement. Ce que j'ai fait.
- C'est pas vraiment une question qu'il faudrait me poser à moi, répondit Milo en haussant les épaules. C'est davantage à Camus qu'il faut demander.
- Oh, mais, lui, je sais ce qu'il doit en penser… J'ai été décevant, aujourd'hui, fit-il, chagrin.
- Il ne t'a pas dit ça, pourtant, objecta doucement Milo.
- Oui… Mais je l'ai senti, répliqua Hyôga avec une moue triste. Je n'aime pas, quand je ne suis pas à la hauteur de ses espérances.
- Je peux comprendre, le rassura Milo.
- Mais, et toi, alors ? Tu ne veux pas répondre à la question ?
- Moi, je ne suis pas vraiment un expert. Et de toute manière, j'aime beaucoup votre magie, à tous les deux. Moi, je trouve ça très bien, ce que tu fais, Hyôga. Ce n'est pas comme si je savais faire.
- Merci, Milo. C'est gentil. Toi, tu sais te battre avec une épée, c'est ça ? S'informa Hyôga.
- Oui. C'est bien ça, confirma tranquillement le chevalier.
- Tu me montreras, un jour ? Lui demanda le plus jeune. Quand tu seras plus en forme.
- Tu voudrais que je te montre ? S'étonna Milo, qui ne s'attendait pas à ce que quiconque trouve ses techniques militaires intéressantes.
- Ben, oui… Moi, je n'ai jamais vu personne se battre avec une épée. Je suis curieux.
- Ah… Je ne m'y attendais pas… Lui avoua le chevalier. Mais… Si tu veux, oui. Je pourrai te montrer quelques passes.
- Tu ne t'y attendais pas ? Se surprit Hyôga. Mais… Pourquoi ? Camus m'a dit que… Tu étais un très bon épéiste. Moi, ça m'intrigue.
- C'est-à-dire… Qu'il n'y a pas de magie, dans mes pratiques, et je ne trouve pas que ce soit… Très fascinant. Mais… Peut-être que ça fait l'effet inverse à quelqu'un d'habitué à la magie ? Je ne sais pas.
- Ça m'intéresse », fit plus fermement Hyôga.
Le disciple avait bien noté dans un coin de sa tête que Milo avait besoin qu'on le rassure sur sa valeur, d'après ce qu'avait dit Camus. Et puis, c'était vrai qu'il était intéressé. Il avait lu tant de récits sur des chevaliers qu'il ne pouvait en être autrement. Camus lui avait lu maintes et maintes fois les exploits du Chevalier d'Or du Scorpion… Cet être vif, implacable mais droit… Hyôga le trouvait à la fois puissant et terrifiant, le chevalier de ce récit. Il savait que c'était le personnage préféré de son maître… Alors qu'il ne lui ressemblait pas beaucoup, en plus. Lui, dans cette histoire, il se serait davantage rangé du côté des petits soldats peu gradés.
Mais quoi qu'il en soit, il avait bien envie de voir ce que cela donnait en vrai, des combats à l'épée. Cela devait être impressionnant.
« Milo, tu es chevalier, n'est-ce pas ?
- Oui, gamin, confirma l'intéressé.
- Et tu as un titre de chevalier ? T'es le chevalier de quelque chose ?
- Oui, fit Milo en le regardant attentivement. Mon titre, c'est le Chevalier au Scorpion. »
En voyant l'expression soudain stupéfaite du disciple, Milo se fendit d'un sourire nettement amusé.
« Ah, toi, tu as lu le bouquin préféré de ton maître, en conclut le chevalier sur un ton espiègle. C'est pour ça que tu tires cette tronche, non ?
- C'est… C'est vraiment ton titre ? Sans blague ?
- Oui, lui confirma Milo en ne cessant pas de sourire.
- Et maître Camus, il sait que… ?
- Bien sûr, rit légèrement Milo. Il n'a pas beaucoup sourcillé quand il l'a entendu, mais… Il m'a expliqué ensuite. C'est vrai que je trouve la coïncidence étrange, mais… C'est plutôt drôle. Tu l'aimes bien, ce bouquin, toi ?
- Oui… C'est une bonne histoire. Maître Camus me l'a souvent racontée, quand j'étais petit. Mais ça fait longtemps que je n'ai plus vu le livre sur notre étagère. Je me demande où il est.
- Ah ça… C'est moi qui l'ai… Révéla Milo, un peu embarrassé tout de même. Ton maître me l'a offert lorsque nous nous sommes dit au revoir, après notre mission. »
A ces mots, Hyôga écarquilla les yeux.
« Quoi ? S'exclama-t-il. Maître Camus… T'aurait offert… Son livre préféré ?! Mais… Mais il ne se sépare pratiquement jamais de ce bouquin ! Je ne comprends pas.
- Il voulait que je puisse terminer de le lire… Déclara Milo, un peu d'émotion dans la voix.
- Eh ben… Si je m'y attendais, à ça ! Quand même… Maître Camus fait des choses super bizarres depuis qu'il t'a rencontré… »
Milo faillit partir dans un grand rire nerveux, mais il fit tout pour se contrôler. A la place, seul un sourire un peu crispé se fixa sur ses lèvres.
« Peut-être… Je ne sais pas. Je ne saurais pas dire, puisque je ne l'ai pas connu avant, forcément. »
Hyôga haussa les épaules. Franchement, il trouvait que concernant Milo… Ce fameux Chevalier au Scorpion… Son maître n'était vraiment pas rationnel. Milo avait débarqué sans prévenir dans sa vie… Et Camus était littéralement aux petits soins avec lui. Hyôga n'y comprenait vraiment rien. Il voulait bien que son maître et ce chevalier se soient liés d'amitié, d'accord… Qu'ils se soient mutuellement protégés, aussi… Mais il n'aurait jamais cru autant d'irrationalité de la part de son maître. Cela lui faisait un peu peur, pour être honnête.
« Hyôga, moi aussi j'ai une question à te poser, fit Milo en interrompant le fil de ses pensées. Ça me taraude depuis que je suis ici…
- Et qu'est-ce que c'est ? S'enquit l'intéressé, curieux.
- Je me demandais… D'où ça vient, que tu vouvoies Camus ? »
Le disciple se figea. Ben ça… C'était bien la première fois qu'on lui demandait une telle chose !
« Ça a l'air de t'étonner, que je te pose la question, remarqua Milo.
- Ben… Oui, confirma Hyôga. Je t'avoue que… Personne ne m'a jamais rien dit… Moi-même… Je ne me suis jamais posé la question.
- C'est vrai, ça ? S'étonna franchement Milo. Moi, ça me semble pas évident du tout, de te voir le vouvoyer.
- Ah bon ? Je l'ai toujours fait, je crois. Aussi loin que je m'en souvienne.
- Sans déconner ? Mais… Tu le connais depuis quand, Camus ?
- Depuis que j'ai eu sept ans, par là… Estima Hyôga. Ça doit faire cinq ans qu'il m'entraîne, maintenant.
- Et même quand t'étais gamin, tu le vouvoyais ? Vraiment ?
- Ben… Oui. Techniquement… Maître Camus est mon supérieur hiérarchique », lui expliqua-t-il.
Milo le dévisagea, interdit. Puis il se souvint qu'effectivement… Lui aussi, il avait vouvoyé son maître. Mais… La situation avait été très… Différente. A tous points de vue.
A cela près que son maître ne l'avait pas aimé. Ne l'avait jamais aimé. Il n'avait vu en lui que son potentiel successeur, et meurtrier, car il l'avait simplement entraîné pour qu'il prenne sa place. Ils n'auraient certainement pas pu être proches. Pourtant… Même si son maître l'avait roué de coups… Fait goûter au supplice de l'Aiguille Ecarlate des jours durant… Cela l'avait déchiré de le tuer pour lui prendre son épée. Il avait eu l'impression d'y perdre un fragment de son âme, tant cela avait été affreux pour lui.
« Milo ? L'appela Hyôga en voyant le visage de son interlocuteur soudain s'assombrir.
- Ah, pardon, se reprit le chevalier en se rendant compte que ses pensées avaient dérivé.
- Ça va ? Tu avais l'air bizarre. J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?
- Non, non… Excuse-moi. J'ai eu une absence. Ne t'en fais pas pour moi.
- Tu es sûr ?
- Oui. Ne t'inquiète pas, gamin. »
Hyôga lui rendit une moue peu convaincue, mais il choisit de ne pas insister. Il se rappelait simplement ce que son maître lui avait dit. Que si Milo avait l'air triste, parfois, ce n'était pas sa faute. Alors, il ne valait mieux pas commettre d'indiscrétion.
« C'est Camus qui t'a demandé de le vouvoyer ? L'interrogea Milo après un silence.
- Je t'avoue que je n'en sais rien… Je crois que je l'ai fait d'office. A l'Académie des Mages, tous les apprentis vouvoyaient leur maître. Honnêtement, je n'y ai jamais réfléchi jusqu'à aujourd'hui. »
Milo hocha de la tête, pensif.
« Mais c'est lui qui t'a élevé, depuis que tu l'as rencontré, réfléchit-il à voix haute. Il était comment avec toi, Camus, en dehors des entraînements ?
- Un peu moins sévère, fit Hyôga d'une voix émue. Maître Camus s'est toujours très bien occupé de moi, il n'a jamais négligé quoi que ce soit pour mon confort. Il a fait en sorte que je mange à ma faim, et que je dorme bien. Je n'ai jamais connu mon père, mais… J'aurais aimé en avoir un comme lui. »
Le chevalier lui fit un sourire attendri. De toute évidence, Hyôga nourrissait une affection et une admiration tenace pour Camus. Cela faisait plaisir à voir.
« En plus, Camus devait vraiment être jeune, quand il a commencé à s'occuper de toi, non ? S'informa Milo. Si tu me dis que ça fait cinq ans qu'il t'entraîne…
- Maître Camus a toujours été très doué, affirma Hyôga d'une voix transpirant l'admiration. Il a maîtrisé sa magie très tôt, et à la perfection. Et il a été très courageux de vouloir enseigner sa technique aussi vite.
- Je vois. C'est vrai que c'est impressionnant, agréa Milo. Tu as de la chance, Hyôga.
- Je sais. Je m'en rends compte tous les jours. »
Il y eut un silence entre eux.
« Et… T'aimerais bien le tutoyer ? S'enquit Milo en le toisant de ses yeux clairs.
- Quoi ? S'étouffa Hyôga.
- Fais pas cette tête, lui enjoignit le chevalier en se mettant à rire. C'est juste une question !
- Mais je… Ce n'est pas à moi de décider… Je dois le respect à maître Camus.
- Mais mettons qu'il veuille bien que tu le fasses. Tu voudrais ?
- Je… Je ne sais pas. Ça me ferait bizarre, mais…
- Mais ?
- Mais… Euh… Oui, ça me ferait sans doute plaisir… Lui concéda le plus jeune. Mais je ne peux pas faire ça tant que je n'ai pas mon grade de mage. Ce serait de l'irrespect.
- Oh, Hyôga, ne me sers pas ce genre de raisonnement, ronchonna Milo. Franchement, de là d'où je suis, je vois un gamin vouvoyer une figure parentale, et je trouve ça étrange. Je tutoie Camus alors que je le connais depuis trois mois, environ, et toi, depuis cinq ans, et tu le vouvoies ? On marche sur la tête, de mon point de vue.
- Oui, mais maître Camus reste mon supérieur, et un mage accompli, s'entêta le disciple.
- Et s'il te demandait de le tutoyer, tu le ferais ?
- Oui. J'obéis à ses ordres. Mais de toute façon, il ne ferait jamais une telle chose. Je suis sûr qu'il refuserait catégoriquement que je le fasse. Ce n'est pas ma place.
- Il t'a élevé comme son fils. Je ne vois pas ce que ça a de choquant. Tu veux parier, qu'il refuserait ? Moi, je n'en suis pas aussi sûr que toi.
- Quoi ? S'alarma Hyôga. Oh, non, Milo, je ne sais pas ce que tu veux faire, mais… Tu ne vas pas lui en parler, quand même ?
- Et pourquoi pas ? Juste pour savoir ce qu'il en pense ?
- Oh, non, je t'en supplie, s'exclama le disciple, sincèrement apeuré. J'en mourrais de honte !
- Voilà qui serait dommage, Hyôga », retentit une voix froide derrière eux.
Les deux comparses se retournèrent dans un sursaut vers Camus, qui arrivait calmement vers eux, son masque insondable bien plaqué sur son visage. Milo fit un sourire espiègle devant la mine complètement décomposée du pauvre disciple. Celui-ci semblait mortifié à l'idée que son maître n'ait entendu quoi que ce soit de leur conversation.
« Eh bien, tu en fais une tête, Hyôga, commenta Camus en se postant à sa hauteur. Qu'est-ce que Milo t'a dit de si traumatisant ?
- Rien, maître, on discutait juste, s'empressa de nier le disciple.
- Vous discutiez juste ? Releva sévèrement Camus. Et je peux savoir ce qui te ferait mourir de honte, dans ce cas ?
- T'es un peu indiscret, Camus, daigna s'immiscer Milo pour le sauver. Tu interviens dans une conversation, comme ça, sans prévenir… »
Le mage des glaces tourna son regard toujours sévère dans celui de Milo, qui ne se démonta absolument pas.
« Je suis indiscret ? Prononça-t-il sur un ton glacial.
- Oui, fit Milo en haussant les épaules. J'ai bien le droit de discuter tranquillement avec lui, quand même. »
Camus plissa légèrement les yeux, puis il reporta de nouveau son attention sur Hyôga.
« Bon, toi, au lieu de mourir de honte, va donc mettre le couvert. Le repas cuit, et il est presque prêt. C'est pour cette raison que je venais vous déranger. Allez. »
Le disciple ne se fit pas prier. Il sauta de sa chaise longue pour fuir le plus vite possible cette situation gênante.
Camus le regarda entrer dans la maison au pas de course, sans montrer la moindre perturbation sur son visage lisse. Lorsque le disciple fut hors de portée, Camus reporta son regard acéré sur Milo, qui se fendait distraitement d'un sourire en coin.
« Qu'est-ce que tu lui as dit, Milo ? Fit Camus en laissant montrer davantage sa contrariété.
- Franchement, trois fois rien, se défendit calmement celui-ci. Tu devrais croire ton disciple quand il te parle, Camus. On discutait, c'est tout.
- Bien sûr. Et à l'issue de cette discussion banale, il te supplie de ne pas faire je ne sais pas quoi, sous prétexte de mourir de honte. Cesse de me prendre pour un abruti, Milo.
- Ben, c'est à toi de choisir. Sois je te dis et tu seras satisfait, et ton disciple en mourra de honte, comme il dit, soit… Tu choisis de me faire confiance et de le laisser tranquille. »
Camus le considéra un instant. Son visage se radoucit sensiblement.
« Je te fais confiance, Milo », lui assura-il en se penchant sur lui. Il releva prestement la tête pour vérifier que Hyôga n'allait pas revenir au mauvais moment. Son inspection faite, il échangea un baiser rapide avec Milo. Puisque le chevalier le demandait… Il n'insisterait pas.
« Tu me jures que ce n'est rien de grave ? Fit-il tout de même.
- Evidemment, Camus. Je te l'aurais dit tout de suite, si c'était grave », lui sourit franchement Milo.
Le mage, en réponse, le gratifia d'un deuxième baiser sur les lèvres, tout aussi furtif que le premier.
« Merci. Maintenant, viens avec moi à l'intérieur. Tu as passé la journée dehors… Il est temps de rentrer. Le repas va être prêt, de toute manière. Tu n'as pas eu froid, aujourd'hui ?
- Non, ne t'en fais pas. Tout va bien.
- Tant mieux. »
Camus posa un instant sa main sur celle de Milo.
« Alors, on remarche jusqu'à la maison ?
- T'as fini avec ton disciple, donc c'est l'heure de mon entraînement ? Le taquina-t-il.
- Si tu veux. Quoique je sois loin d'en avoir fini avec Hyôga.
- Il se débrouille très bien, le gamin, je trouve.
- Oui.
- Il trouve qu'il a été nul, aujourd'hui.
- Moi non plus, je n'ai pas été brillant, lui avoua Camus. Je ne lui jetterai pas la pierre.
- Quoi ? Tu trouves que tu n'as pas été bon ? Je suis allé de merveille en merveille, aujourd'hui, moi ! »
Camus lui fit un faible sourire.
« Je sais. Tu me déconcentrais avec ton air ahuri. »
Milo émit un ricanement sourd. Camus l'aida simplement à se relever pour qu'il puisse marcher. Le chevalier se redressa sans trop de difficulté. Le mage en fut intérieurement ravi. Il lui garantit une prise ferme sur sa taille pour qu'il ne se fatigue pas trop.
« Je suis si heureux que tu remarches, Milo… Murmura-t-il à son côté. Tu ne peux pas savoir à quel point. »
L'intéressé fit un simple sourire tendre.
