Note de l'auteur : Bonjour tout le monde ! Et voici la suite de Sauver la princesse, avec un peu moins de délai que la dernière fois, parce que je vous avais sacrément fait attendre. On va rester sur un chapitre assez calme encore ici, et j'espère que c'est une ambiance qui vous plaît après tout ce drama !
Merci beaucoup de continuer à me soutenir avec les reviews, et de continuer à venir me lire (ça fait quand même bientôt un an que j'ai commencé la publication de ce récit et ça me fait très plaisir de savoir qu'il est toujours lu et attendu !)
Je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre 39 – Le fantôme du passé
Camus fut tiré de son sommeil par un mouvement brusque.
Le mage ouvrit les yeux dans l'obscurité de sa chambre. On devait être au beau milieu de la nuit, estima-t-il à l'aveuglette. Il n'y avait vraiment pas de lumière à la fenêtre, dehors, mis à part celle, ténue, de la lune.
Milo, étendu à côté de lui, s'agitait. Comme Camus était contre lui, et que le corps de son amant avait fait un soubresaut, il avait naturellement été réveillé. En le sentant bouger davantage, Camus poussa un soupir résigné. Un cauchemar, en conclut-il facilement. Il y avait longtemps…
« Je ne peux pas… Arrêtez… » Se plaignit Milo d'une voix douloureuse, confirmant ainsi l'hypothèse de son amant.
Camus ne prit même pas le temps de réfléchir. Les cauchemars de Milo… Il commençait à connaître. Même si cela faisait un moment qu'il n'y avait pas eu droit. Néanmoins, il s'était douté que cela finirait par arriver à un moment ou à un autre. Milo n'avait pas le psychisme en très bon état. Il le constatait tous les jours. Le chevalier avait l'air heureux d'être avec lui, sur son île… Très heureux. Mais il avait toujours ses moments d'absence. Ou quelque chose qu'il laissait échapper de temps en temps, qu'il disait de travers, qui trahissait une douleur profonde et tenace. Camus l'avait littéralement retrouvé en train de se suicider à petit feu, à la Tour de Garde. Autant dire que psychologiquement, cela n'avait pas dû arranger son cas. Même s'il n'avait plus de raisons pour le faire désormais, et qu'il s'était remis à manger avec un courage remarquable, Milo aurait encore du chemin à faire avant que de se sentir vraiment, vraiment mieux. C'était une évidence. Alors en attendant…
Le mage se glissa entre leurs draps et il passa une jambe par-dessus les siennes, pour se positionner à califourchon sur son corps, sur le matelas. Il s'allongea doucement sur lui et le recouvrit dans une étreinte enveloppante. Les mains du mage trouvèrent leur place près du visage du chevalier, qui bougeait de gauche à droite, comme s'il avait mal. Camus essaya de l'aider à s'immobiliser, sans mettre de force dans son geste. Il ne voulait pas effrayer davantage Milo. Il lui faudrait être doux, comme les autres fois.
« Pitié… Gémit le chevalier. Arrêtez de me faire du mal. Je serai meilleur… »
Dans le noir, Camus fit une grimace désolée. Il ne lui fut pas très difficile de déduire ce qui faisait cauchemarder Milo. Au vu de ce qu'il marmonnait dans son sommeil, son entraînement devait toujours le hanter.
Camus, en l'entendant pousser d'autres plaintes, pencha son visage sur celui de Milo, et une main vint caresser ses cheveux. Il finit par poser ses lèvres fermement sur le front de son amant, pour tenter de le calmer. Il avait déjà réussi à le faire, ainsi. Il savait que sa présence rassurait Milo… Autant tout faire pour chasser la vision désagréable de son amant.
Sous ses lèvres, il put sentir faiblement la pulsation accélérée du cœur de Milo. Camus resta dans cette position, immobile, concentré. Le chevalier, sous lui, poussa un semblant de cri de douleur, avant de cesser de bouger nerveusement. Le mage l'entendit prendre une grande inspiration tremblante.
« Camus ? » L'appela la voix incertaine de Milo. Cette voix-là était confuse, mais moins pétrie de sommeil. Il était fort probable que Milo se soit réveillé, se dit-il. Le mage lâcha un instant le front qu'il embrassait sans relâche, pour passer une main sur sa joue.
« Tu es réveillé, Milo ?
- Oui… » Souffla-t-il.
Il y eut un silence, pendant lequel Milo tenta de calmer sa respiration anxieuse.
« Je suis bien réveillé, hein ? S'apeura le chevalier. C'était un rêve… Juste un rêve… ?
- C'était un rêve, confirma sereinement Camus. Tu es dans mes bras, Milo. Ne t'inquiète plus. »
Milo releva un bras hésitant pour poser sa main contre la joue de Camus.
« Tu es là… Murmura-t-il distraitement.
- Oui. Je le serai toujours, lui assura Camus à voix basse.
- Merci… »
Milo poussa un soupir entre soulagement et appréhension.
« Je t'ai réveillé… Constata-t-il d'une voix coupable.
- Aucune importance.
- Qu'est-ce que j'ai fait… ?
- Tu t'agitais contre moi. Tu criais… Alors j'ai simplement voulu te calmer. Tu te sens un peu mieux ?
- C'était horrible… Articula le chevalier d'une voix sourde. Merci… D'avoir fait ça… Ça fait longtemps que t'es penché sur moi, comme ça ?
- Non. Ne t'en fais pas, Milo. Je ne me suis pas réveillé il y a longtemps.
- Tant mieux… Je m'en veux… De te priver de sommeil.
- Ne dis pas de bêtises, Milo. Tu n'as pas à t'en vouloir. »
Il y eut un silence entre eux. Camus continua à caresser sa joue soigneusement.
« Camus… L'appela Milo d'une voix tremblante.
- Oui, Milo ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je crois que… J'ai envie de… S'étrangla-t-il. Je risque de, de…
- De quoi ? L'incita Camus en déposant un baiser sur sa tempe.
- De pleurer.
- Tu as envie de pleurer ?
- Oui.
- Pleure, dans ce cas, si tu en as besoin. Ne te retiens pas. Je suis là pour toi. Je ne bougerai pas. »
Milo acquiesça faiblement. Camus le sentit commencer à sangloter silencieusement. Alors il alla embrasser son amant au creux d'une oreille, amoureusement. Il savait… Que Milo avait besoin de relâcher la tension de ce qu'il avait vu dans son cauchemar. A sa place, il n'en aurait certainement pas mené large, se dit-il. A chaque fois qu'il se souvenait de ce que lui avait raconté Milo sur son entraînement, pendant cette nuit qu'ils avaient passée au Repaire du Sage… Il était glacé d'effroi. Et de colère, également. Une colère immense et irrationnelle. Il repensait à ces choses, et… Et il avait envie de changer l'intégralité du camp de la Place Militaire du Sanctuaire en un champ de ruines gelées. Pour venger Milo. Et pour que personne n'ait plus jamais à souffrir en ce lieu. Que les personnes qui aient fait souffrir autant Milo soient potentiellement encore en vie, pour certaines… Le mettait dans une rage dont il ne se serait pas cru capable.
Camus laissa donc Milo pleurer. Il n'y avait rien à faire d'autre. A part être là pour le rassurer et l'aimer. Ce qu'il fit. Avec ferveur. Ses mains effacèrent régulièrement les larmes qui coulaient des yeux de Milo. Et sa bouche l'embrassa à divers endroits sur sa peau. Doucement. Avec le plus de délicatesse possible. Parce qu'il ne voulait qu'une seule chose : que Milo se sente aimé. Que tout son amour… Puisse aider à panser ses plaies. Qu'il savait béantes. Comment est-ce que quiconque aurait pu seulement penser à faire le moindre mal à une créature aussi craquante et aussi lumineuse que son amant ? Camus ne comprenait pas. La seule chose qu'il arrivait à comprendre, c'était que les pleurs de Milo, qui résonnaient dans son oreille, étaient profondément injustes. Camus, en soignant Milo, en l'hébergeant, en l'aimant, s'était bien juré de réparer cette injustice. Milo aurait une meilleure vie. Une belle vie. Il se mettrait en travers de la route de quiconque qui voudrait l'en empêcher.
Milo finit par se calmer, au bout de quelques minutes, rassuré et touché par les attentions amoureuses de Camus, qui était toujours étendu sur son corps, et qui venait de déposer ses lèvres au-dessus d'un sourcil. Rêver encore de ces choses-là… Avait le don de le décourager profondément. En plus d'être désagréables, et éreintants émotionnellement, ces cauchemars le désespéraient cruellement. Le fait qu'ils surviennent encore… Même là, même sur cette île, même dans le lit de Camus, contre Camus… L'inquiétait beaucoup. Milo avait peur… De ne jamais arriver à s'en sortir. Que ces choses-là le torturent encore pour l'éternité. Et quand il pensait ainsi, il avait envie de tout laisser tomber.
« Je suis désolé, Camus… Fit Milo d'une voix lasse, lorsqu'il fut calmé.
- Ne t'excuse pas, se répéta doucement son amant. Tu te sens mieux ?
- Je ne sais pas.
- D'accord… Ce n'est pas grave. Ça va finir par aller mieux… Tu vas rester dans mes bras.
- Je ne sais pas si ça va finir par aller mieux.
- Si, lui assura plus fermement le mage. Si, Milo. Tu vas te sentir mieux. Est-ce que tu as besoin de me parler de ce que tu as vu ? Tu n'es pas obligé, mais tu peux le faire, si tu as besoin. »
Camus l'embrassa tendrement sur la joue à la fin de sa phrase.
« Mon maître me donnait des coups d'épée, lui raconta Milo d'une voix rauque. Et… Et y'avait Aiolia. Il était là, il ne faisait rien. Il restait planté là pendant qu'il me frappait, l'autre… Et il me disait que j'étais fort… Que j'étais le meilleur. Que j'avais survécu à pire. Et moi j'avais mal, mal… Et personne ne comprenait rien. J'étais seul… Même s'ils étaient tous là. A me regarder… Avoir mal. »
Son amant ne dit rien. Il fit simplement épouser de ses lèvres l'angle de sa mâchoire.
« Camus… Reprit Milo d'une voix tremblante. J'ai… J'ai envie de tout laisser tomber. Je ne crois pas que j'arriverai à guérir. Je n'en peux plus de toutes ces choses... Je crois que je ne sais plus pourquoi je m'acharne… »
Le mage sentit son cœur s'arrêter dans sa poitrine en entendant ces mots glaçants. Il savait ce que cela voulait dire. Il n'aimait pas ça. Il ne fallait surtout pas que Milo retombe dans le même genre de logique que celle qu'il avait eue à la Tour de Garde.
« Milo… Prononça-t-il dans un souffle. Non… Non. Ne songe pas une seule seconde à abandonner. »
Le chevalier ne répondit rien. Il se contenta de pousser un profond soupir résigné. Camus jugea qu'il devait le rassurer davantage.
« La douleur que tu ressens est temporaire, déclara-t-il sur un ton serein. Tu as fait des progrès énormes, ces derniers temps. Et je suis immensément fier de toi, pour ton courage et ta ténacité remarquables. Tu vas guérir, Milo. N'en doute pas une seule seconde. Et moi, j'empêcherai quiconque de te faire du mal. Je ne t'abandonnerai pas.
- Camus… Murmura celui-ci en retour. Je n'en peux plus. Ces cauchemars ne veulent pas me laisser tranquille… Ils ne me laisseront jamais tranquille.
- Tu n'en sais rien, Milo, affirma Camus sur un ton définitif. Rien n'est impossible. Je te l'ai déjà dit. Tu te rappelles, que nous avons cru tous les deux dur comme fer que nous ne nous recroiserions jamais ? Et maintenant, où tu es ?
- Dans ton lit. Entre tes bras, compléta le chevalier d'une voix émue.
- Précisément, agréa Camus d'une voix ferme. Milo… Ecoute bien ce que je vais te dire : si une telle chose a pu arriver, et si tu as pu te remettre à marcher après avoir manqué mourir de faim et d'épuisement… Tu vas aussi te remettre de tes cauchemars. Tu en es capable. Je n'ai aucun doute là-dessus. Je serai à tes côtés pendant que tu les vaincras. Je te le promets. »
Il y eut un silence. Milo essaya de considérer ce qu'il voulait dire. Les paroles de Camus le touchaient… Profondément. Le mage se démenait pour lui… Et parfois, il finissait par se sentir coupable de ne pas arriver à aller plus vite mieux. A ne pas être plus fort.
« Camus, je suis fatigué d'avoir aussi mal…
- Je peux le comprendre, lui assura doucement le mage. Mais tu peux te reposer, ici… Même si je conçois que l'idée de te rendormir ne soit pas engageante après ce que tu as rêvé. Et pour la douleur… Elle va s'apaiser. Je voudrais t'y aider. Tu n'auras qu'à me dire ce que je peux faire pour que tu te sentes un peu mieux. Tu peux me demander n'importe quoi. Je le ferai sans réserve. Tu le sais ?
- Je le sais, confirma Milo, qui de fait, n'en doutait pas une seule seconde.
- Milo, tu es tellement courageux… Chuchota Camus. Et abandonner, cela serait profondément injuste. Tu es le plus bel homme de la terre… A tous points de vue. Tu as plus de force et de lumière en toi que tu ne l'imagines. J'aimerais que tu puisses te voir à travers mes yeux… Pour que tu le comprennes. »
Le mage marqua une pause.
« Et tu me briserais le cœur si tu m'abandonnais », conclut-il dans un murmure.
En entendant ces mots, Milo redressa la tête pour embrasser Camus profondément. Ses lèvres épousèrent les siennes avec émotion. Le chevalier laissa la passion s'emparer de lui. Il embrassa Camus avec une ferveur amoureuse alarmante. Son amant était incroyable. De lui dire tout ça. Personne n'avait jamais été aussi doux, aussi attentionné avec lui. Tant qu'il en était complètement incrédule.
« Je suis vraiment le plus bel homme de la terre ? Chuchota-t-il en lâchant à peine ses lèvres.
- C'est une donnée objective.
- Absolument pas.
- Eh bien, soit. Mais ça ne change pas ce que je dis.
- Tu sais… Toi aussi, tu es beau… Mon Camus. Tu es la plus belle personne que j'aie jamais vue. Tellement que je n'en reviens pas, d'être tous les jours dans ton lit.
- Si je m'écoutais, tu ne le quitterais pas. »
Milo fit un maigre sourire, dans le noir.
« D'accord, Camus… Je n'abandonnerai pas, soupira-t-il en le reperdant.
- Merci, Milo… Merci, fit la voix nettement soulagée de Camus au-dessus de lui.
- C'est toi que je devrais remercier. Tu me portes à bout de bras depuis le début…
- Je fais ce que j'ai à faire.
- Tu parles… Tu n'es obligé à rien. Et pourtant, tu m'écoutes, tu me rassures, tu… Tu es au courant d'à quel point tu es incroyable ? Tu es une bénédiction à toi tout seul, mon Camus. »
L'intéressé avala sa salive, gêné.
« J'ai seulement à cœur que tu sois heureux, Milo, fit-il d'une petite voix. Et rien ne comble davantage sur cette terre que la clarté de ton sourire. »
Milo eut l'impression que son cœur allait exploser tant les paroles de Camus le touchèrent. Comment son amant faisait-il pour le remuer ainsi ?
Faisant ce constat, Milo se jeta une deuxième fois avec passion sur la bouche de Camus. L'une de ses mains trouva sa nuque pour l'attirer à lui, et approfondir le plus possible leur baiser. Ses doigts se perdirent dans la cascade des cheveux lisses de son amant, qui tombaient en un rideau soyeux derrière lui. Camus était si touchant, lorsqu'il se débarrassait de sa carapace de glace, au creux de son lit. Milo avait conscience que son amant se mettait délibérément à nu devant lui, une fois que la porte de sa chambre était refermée sur eux… Et cela le comblait immensément d'avoir droit à autant de confiance de la part de cet être magnifique et unique qu'était le mage des glaces. Milo ne se lassait pas de sa grâce, de ses beaux yeux océan, de ses mains délicates, de sa voix grave et de ses caresses furtives. Sans parler de sa dévotion, de sa gentillesse, de son abnégation… Camus était exceptionnel, et c'était un euphémisme que de le dire. Milo avait vraiment du mal à croire à sa chance, parfois. Peut-être que c'était justement cette chance qui le motivait. Qui l'enjoignait à se lever le matin. Parce que s'il réussissait à être aussi heureux avec Camus… S'il touchait du doigt le paradis à chaque fois que son corps se blottissait contre le sien… Cela voulait dire que le monde était beaucoup plus lumineux qu'il n'en avait l'air. S'il pouvait abriter un miracle comme la présence de Camus… Il pouvait abriter d'autres choses très belles. Et c'était peut-être dommage… De ne pas vouloir leur laisser une chance. Malgré la douleur, malgré les doutes… Peut-être qu'il fallait essayer. Il fallait tenir. Parce que Camus était là, il était son miracle… Et il lui rappelait qu'il en était un en l'aimant, chaque jour depuis qu'il l'avait ramené avec lui de la Tour de Garde. Milo ne pouvait pas l'abandonner. Jamais il ne briserait le cœur d'un aussi bel être. Ce serait faire une injure à la nature qui l'avait créé. Ce serait lui faire une injure à lui, tout court. Et il en était hors de question. Milo ne pourrait s'y résoudre. Quand il l'avait rencontré, il s'était donné pour objectif de le protéger, en tant que coéquipier… Et ce vœu était toujours d'actualité. Il continuerait de le protéger. Même ainsi, même fatigué. Il le protègerait… De toute forme de malheur.
« Tu sais, Camus… Fit Milo lorsqu'il le lâcha. Je suis très heureux d'être ici… Mais ça me rend triste d'être banni.
- Parce que tu aimais le Continent Béni ? S'informa Camus.
- Non… Parce que je ne pourrai plus jamais revoir Aiolia, le renseigna-t-il. Et… Il me manque. Beaucoup. Ça me tue de me dire que je ne le reverrai jamais. Je crois que c'est pour ça que j'ai rêvé de lui. »
Camus ne sut quoi répondre. A cette douleur-là, il n'avait pas vraiment de quoi y remédier. A moins que…
« Ça te dirait de lui écrire un mot et de lui envoyer ? Lui proposa soudain Camus. J'ai un petit accord avec la Citadelle Bénite, pour mes lettres… Shion me laisse faire cela, puisque je suis sous sa protection, et que je lui suis utile… Il y a une balise en mer dans laquelle je laisse mon courrier, et on vient y déposer quelques lettres, parfois, en retour, s'il y a des urgences. Elle est à quelques heures au large de mon île, hors de vue. Un bateau vient régulièrement relever le courrier. Je crois qu'il y a d'autres habitants sur des îles dans le coin, qui font pareil que moi. Alors il passe. Si tu veux, demain, tu pourras lui écrire de tes nouvelles, et moi j'irai déposer ton mot là-bas. Tu voudrais faire cela ?
- Il faut que je lui écrive une lettre ? Répéta Milo d'une petite voix.
- Oui. Seulement si tu as envie, bien évidemment. Je rajouterai une note où je certifierai que je me porte garant de tes paroles, pour que tu n'aies pas d'ennuis. Cela ne te ramènera pas Aiolia, malheureusement… Mais cela te ferait peut-être du bien de lui dire que tu penses à lui. Avec un peu de chance, il te répondra, s'il le peut.
- C'est que… je n'ai jamais été très doué avec les lettres, lui avoua le chevalier. Tu sais que moi, la lecture, l'écriture, tout ça…
- Ne te préoccupe pas de cela. Moi, je suis sûr qu'Aiolia serait ravi de lire quelque chose de toi, même si toi, tu n'es pas satisfait de ce que tu as écrit. Il s'est beaucoup inquiété pour toi… Et je lui ai promis de lui envoyer de tes nouvelles dès que tu irais mieux. Je crois que le temps est venu. Je ne te forcerai pas la main, évidemment, mais…
- Non, ne t'inquiète pas. Je crois que tu as raison. Je vais lui écrire quelque chose, demain. C'est gentil à toi de me le proposer.
- C'est normal.
- Rien de ce que tu fais pour moi n'est normal, Camus, lui rappela Milo. Tu sais que je suis toujours aussi incrédule de ta générosité.
- On en a déjà parlé, Milo… Je ne le fais pas par générosité.
- Tu ne vas pas me ressortir ton couplet sur l'égoïsme, quand même ? Le gronda Milo. Parce que je te préviens, je ne resterai pas là à l'écouter sans rien dire une deuxième fois. »
Il y eut un silence entre eux. Camus esquissa un sourire amusé, dans l'obscurité. Il reposa simplement ses lèvres sur le front de Milo en un assentiment muet.
« Très bien… Je ne le ferai pas, dans ce cas, agréa-t-il.
- Merci bien. Tu es la personne la moins égoïste du monde, Camus… Crois-moi. Je ne veux plus t'entendre dire une bêtise pareille.
- Je m'en souviendrai… »
C'était déjà ça de pris, pensa Milo. Si Camus n'était pas content de l'entendre se dénigrer, Milo n'était pas beaucoup plus heureux de l'entendre nier sa générosité. Camus était tellement exigeant avec lui-même qu'il ne prenait même pas le temps de penser que les exploits qu'il accomplissait valaient d'être soulignés. Milo était heureux d'être là pour le faire.
Cette nuit-là, puisque Milo eut peur de se rendormir, Camus resta à son côté, éveillé, et il continua de l'embrasser doucement pour le rassurer. Il ne bougea absolument pas de sa position au-dessus du corps de Milo. Puisque le chevalier n'avait pas l'air de trouver cela inconfortable, bien au contraire… Il ne se retirerait pas. Ils étaient bien, ainsi, ensemble… Et tant pis pour leur sommeil, s'était-il dit. Il l'avait affirmé à Milo, et il le montrait en actes : il tenait à être à ses côtés pour l'aider à vaincre ses cauchemars. Il le cajolerait et le bercerait à chaque fois qu'il en ferait un, se promit-il. Car il n'était pas dupe. Il savait parfaitement qu'il y en aurait d'autres. Il y en aurait peut-être toute sa vie. Ce genre de choses ne partait pas comme ça. Une blessure si profonde n'était pas anodine… Et elle ressortirait de temps en temps. Mais entre ces moments de crise, il y aurait de la vie. C'était ce qu'il ne faudrait pas oublier. Car Milo ne pourrait pas abandonner une chose pareille… Et Camus ferait tout pour le lui rappeler. Il espérait que ces visions désagréables s'espaceraient au moins avec le temps, si elles ne pouvaient s'estomper complètement. Il était déjà très satisfait de constater que Milo dormait bien, la nuit, de manière générale. Et ce n'était pas quelque chose d'évident après ce qu'il lui était arrivé. Il n'avait même plus l'air de cauchemarder autant que pendant la mission. C'était en fait un net progrès, se rendit compte le mage. Milo s'était découragé en ayant cette vision terrible… Mais en fait, il n'y avait aucune raison de croire que les choses n'iraient pas mieux. Le chevalier allait bien trouver une nouvelle direction à donner à sa vie, même en vivant sur cette île, et en étant banni… Et cela, en plus de vivre leur amour tous les deux, ne pourrait avoir qu'un effet positif sur sa santé mentale. Camus en était convaincu.
Ne restait plus qu'à écrire cette fameuse lettre…
« Alors, Camus, t'en penses quoi ? Tu crois que c'est bien comme ça ? » Fit Milo en le regardant de ses beaux yeux azur. Il lui désigna une lettre qu'il avait passé l'heure précédente à rédiger, avec son adorable écriture brouillonne. Il s'était acharné à écrire un truc bien, et il avait peur de raconter n'importe quoi, de se répandre en platitudes… Il n'était pas doué à ça, jugeait-il facilement. Et il n'avait jamais eu souvenir d'écrire la moindre lettre à son ami… Mais il fallait qu'il se force. Déjà qu'Aiolia devait s'ennuyer à mourir à la Tour de Garde, pensait-il… Autant lui apporter quelques bonnes nouvelles. Ou des nouvelles tout court. Il ne savait pas trop. Tout était un peu confus, pour lui.
« Tu veux que je lise ta lettre ? S'étonna Camus en s'approchant de la table derrière laquelle Milo était assis. Mais… C'est une correspondance privée.
- Ben, non. C'est pas privé. C'est toi qui vas te porter garant de mes paroles.
- Je le fais pour la forme, Milo, objecta son amant d'un air imperturbable. J'ai parfaitement confiance en ce que tu vas écrire, voyons. Je sais bien que tu ne vas pas te mettre à révéler des secrets militaires.
- Oui, mais… Hésita Milo en lui tendant son papier depuis sa chaise. J'ai peur d'avoir écrit un truc trop naze. Aiolia m'a vu partir à moitié mort… Je peux pas lui envoyer n'importe quoi.
- Ce ne sera pas n'importe quoi, Milo, puisque tu lui envoies une lettre de tes nouvelles. Tu as bien des choses à lui dire ?
- Oui, bien sûr… Mais… Jette au moins un œil, s'il te plaît. Je veux vraiment avoir ton avis.
- Très bien, si tu insistes. »
Milo lui tendit sa lettre depuis sa chaise, et Camus la saisit délicatement, debout à son côté, pour la lire. Ses yeux bleu foncé commencèrent à en suivre les lignes. Il prit une minute pour la parcourir, concentré. Le chevalier le regarda faire avec appréhension. Une fois que le mage en eut terminé, un mince sourire étira ses lèvres.
« Alors ? L'interrogea Milo, angoissé. C'est bien ?
- C'est très bien, Milo, le renseigna son amant en lui rendant son écrit. Je suis sûr qu'Aiolia sera ravi.
- C'est pas trop maladroit ?
- Mais non, Milo. C'est très bien, puisque c'est toi qui l'as écrit… Et puis…
- Et puis ?
- Ce ne serait pas toi si tout était parfait », le taquina légèrement Camus.
A ces mots, Milo se fendit d'un sourire joueur.
« Tu te mets à faire de l'humour, toi… ?
- Non… Je suis très sérieux, fit platement le mage.
- Genre. »
Une lueur amusée passa dans le regard océan de l'intéressé. Mais il ne répondit rien. Milo élargit son sourire. Camus était craquant. Et beau, quand il le regardait comme ça. S'il continuait de le fixer avec cet air amoureux, il finirait par se noyer, il en était certain.
« Tu vas écrire un mot, toi aussi ?
- Oui, confirma Camus. Comme je te l'ai dit, je me porte garant de ta lettre. Et puis… Je pense qu'il serait de bon ton que je remercie moi-même ton ami.
- Que tu le remercies de quoi ? S'étonna Milo.
- De m'avoir aidé à te laisser une chance », répondit Camus sur un ton uni.
Milo hocha de la tête positivement, plus grave. C'était vrai… Qu'il devait en partie sa survie à son meilleur ami. D'où l'importance de cette lettre. Il espérait qu'il la recevrait en bonne et due forme.
« J'irai la poster aujourd'hui, lui annonça Camus sans se perturber. J'espère qu'il la recevra vite. »
Un bruit de choc sourd à la porte de son bureau déconcentra Aiolia dans sa lecture de papiers militaires.
« Général Aiolia ! Résonna la voix de l'un de ses soldats, à travers le battant. Votre courrier ! »
Aiolia poussa un soupir, et se leva de sa chaise. Depuis que Milo était parti de la Tour, c'était le bazar, dans sa garnison. Il avait l'impression qu'il n'avait plus une minute à lui. Seiya était tout juste en train d'être formé à reprendre les tâches de son meilleur ami, et l'organisation était parfois bancale, à tel point qu'il devait reprendre certaines de ses occupations. C'était assez fatiguant. Il avait l'impression d'être harcelé toutes les deux minutes pour un oui ou pour un non. Du temps où il y avait Milo, les soldats posaient moins de questions. Avec Seiya, Aiolia avait l'impression qu'ils ne savaient pas à qui s'adresser. A force, c'était usant. L'autorité et le charisme naturel de Milo lui manquaient cruellement. Ses soldats l'avaient craint beaucoup plus, et Milo n'avait jamais toléré de débordements. Alors qu'avec Seiya… C'était une autre affaire. Il était encore très jeune, donc moins respecté, même s'il avait de la ténacité et de l'aplomb.
Enfin… Il n'allait pas jeter la pierre à ce soldat en question. Il s'agissait de l'un de ses hommes à lui, qui avait tous les droits de venir le déranger. D'autant plus qu'il ne faisait que lui apporter son courrier. Sans doute des broutilles de la Citadelle Bénite sans la moindre once d'importance… Mais bon. Il fit quelques pas pour aller ouvrir. Il remercia aimablement le soldat qui lui avait apporté ses lettres, et il referma la porte de son bureau derrière lui, pour signifier qu'il ne voulait pas être dérangé. Cela n'empêchait pas qu'on le fasse quand même, mais bon… Il essayait d'ériger des barrières symboliques, pour voir ce que cela donnait.
Une fois revenu devant son bureau, Aiolia marqua une pause pour contempler le courrier qu'on lui avait donné. Il y avait deux lettres. La première était effectivement une missive de la Citadelle Bénite, mais l'autre… L'autre n'avait pas l'air de venir du même endroit. Aiolia ne prit même pas le temps de regarder plus la première lettre. Il la délaissa en vrac sur son bureau. Il se saisit immédiatement de la deuxième pour l'observer de plus près. Sur l'enveloppe, il y avait une écriture fine, bien calligraphiée, élégante. Il ne l'avait encore jamais vue. Ce ne pouvait être une lettre de son frère. Il en avait reçu une récemment de lui, et il fallait encore qu'il lui réponde. Et puis, il n'avait pas une aussi belle écriture. Ce n'était donc pas lui.
Intrigué, Aiolia se saisit d'un poignard qui reposait sur la table, et il s'en servit pour ouvrir l'enveloppe qui lui était destinée. Il en sortit deux papiers. Sans réfléchir, il se saisit du premier, avec la même belle écriture, et il commença à lire.
« Aiolia,
J'espère que cette lettre vous arrivera sans encombre. La situation étant délicate, il est possible que le courrier soit ouvert avant que vous ne puissiez le lire vous-même. Je tiens à me porter garant des informations qui se trouveront dans cette enveloppe.
Je vous avais promis de vous donner des nouvelles de Milo, une fois qu'il serait en lieu sûr, et rétabli. J'ai le plaisir de vous annoncer que cette entreprise-là est un succès. J'ai pu rapatrier Milo sur mon île comme je l'ai voulu, et je l'ai soigné, comme je vous l'ai promis également. A présent, il est suffisamment rétabli pour se remettre à marcher, avec mon aide. Il a repris du poids et il remange correctement. J'espère que ces nouvelles vous rassureront et vous empliront de joie.
Je tiens à vous remercier une nouvelle fois pour tout ce que vous avez fait pour Milo. Grâce à vous, il a survécu, et il se remet doucement de son état de fatigue. Jamais je ne serais arrivé à le sauver sans votre intervention. De tout cœur, merci.
Et pour appuyer mes propos, je joins à ce courrier un mot que Milo a tenu à écrire pour vous. Je crois que votre présence lui manque. Et si jamais vous pouviez arriver à envoyer une réponse par courrier vous aussi, vous le rendriez très heureux. J'ai laissé mon adresse de balise en mer sur l'enveloppe pour que vous puissiez nous envoyer quelque chose si vous le souhaitez.
J'espère que vous n'avez pas eu d'ennuis à la Tour de Garde, après tous ces évènements. Je vous souhaite le meilleur, Aiolia.
Camus »
Aiolia fit un grand sourire une fois qu'il eut terminé la lecture du premier papier. Une lettre de Camus ! Et il avait dit qu'il avait joint un mot de Milo ?! Il allait immédiatement le lire. Il était si heureux de savoir que Milo allait mieux ! Il s'était mortellement inquiété pour lui…
Aiolia se saisit prestement du deuxième papier. L'écriture était différente. Et cette fois, elle lui était familière. C'était bien celle de Milo. Un soulagement intense le prit en posant les yeux dessus. Il bénissait la déesse et tous les dieux au monde de lui avoir permis de sauver son meilleur ami. S'il lui écrivait, c'était qu'il était effectivement en bien moins mauvais état que la dernière fois qu'il l'avait vu. Camus n'avait pas menti… Et le général était hautement rassuré de constater que le mage des glaces était un homme de parole. Il ne savait pas ce qu'il s'était passé depuis qu'il avait laissé son meilleur ami entre les bras de ce mage, mais… Mais la preuve était là. Cet homme l'avait soigné, et il avait même pris la peine de lui écrire pour lui certifier que tout allait bien. Aiolia était vraiment satisfait et rassuré de savoir qu'il n'avait pas laissé Milo entre de mauvaises mains.
Sur ces pensées, le général commença à lire les mots que son meilleur ami avait écrits pour lui.
« Salut, Aiolia !
Bon, je te préviens… Je suis pas doué pour les lettres. Mais Camus m'a convaincu de t'écrire quelque chose. Et puis, il a raison. Je te dois bien ça.
Depuis que Camus m'a ramené sur son île, je vais mieux. Il a été très gentil et généreux avec moi. Son disciple est un gamin adorable. Bon… Je débarque un peu au milieu de leur vie, mais ils m'ont très gentiment accueilli, tous les deux. Aucun souci. Camus s'est très bien occupé de moi. Il m'a injecté des trucs machin-chose, au début, quand je suis arrivé… Et puis, il m'a fait remanger. Il cuisine très bien, tu sais ? Rien à voir avec la bouffe de la Tour de Garde. Je te plains de rester là-bas, 'Lia. Tu rates quelque chose. Mais je veux pas non plus te foutre la haine, alors je n'en dirai pas plus.
Ça fait quelques jours que je remarche, maintenant. Camus m'aide toujours. Tu le verrais, il est incroyable. Il m'a soutenu à bout de bras, il m'a aidé à tout… Vraiment. Merci de lui avoir fait confiance, Aiolia. Et merci d'avoir essayé de le chercher pour me sauver la vie… Je voulais plus vivre, à la base, mais avec tous ces évènements… Ça m'a fait changer d'avis. Et tout ça, c'est grâce à toi. T'es le meilleur des amis, 'Lia.
Je suis désolé, j'aurais bien aimé te dire au revoir en partant. C'est bête que je ne me souvienne que de quelques bribes de ce qui s'est passé. J'espère que tu ne m'en veux pas trop, pour tout ça… Pour avoir voulu t'abandonner. Et j'espère que je t'ai pas trop mis en galère, à la Tour. C'est Seiya qui a été nommé à ma place, j'imagine ? C'est un bon gamin. Il est un peu jeune, c'est vrai… Mais je me rappelle qu'il s'est bien occupé de moi quand t'étais pas là, avant que je parte. Tu lui diras bonjour de ma part ?
En parlant de la Tour… T'as intérêt à t'être déclaré à Marine. Je plaisante pas. Je te jure, c'est important. J'en pouvais plus de ton air niais et de tes phrases mélancoliques à deux balles. Tu sais… Moi aussi, je suis tombé amoureux… De Camus. Ça m'a fait bizarre, au début. Mais… Je suis vraiment très heureux avec lui. Alors j'aimerais bien qu'il t'arrive le même bonheur. Tu le mérites, 'Lia.
Et puis, franchement, ça m'étonnerait qu'elle t'ait pas remarqué, ta Marine. Vu le temps que vous vous tournez autour…
Je ne sais pas si tu le sais… Mais Camus a réussi à me faire gracier. Il s'est mis en danger tout seul pour aller plaider devant le Grand Pope pour moi. T'as vu comment il est génial ? Moi, il m'épate tous les jours. Alors, grâce à lui, je pourrai avoir la vie sauve… Mais je suis banni du Continent. Ça veut dire que toi et moi… Il y a peu de chances qu'on arrive à se recroiser un jour. Et ça me rend triste. Mais tu resteras toujours mon ami, hein ? Moi, je voudrais que ce soit le cas, malgré la distance. Ça me manque de te parler, Aiolia. De pouvoir entendre tes conneries… Mais c'est comme ça. Camus, lui, il me dit toujours qu'on sait jamais. Que peut-être un jour, on pourra se revoir.
Alors, en attendant, j'espère que tu vas bien, et que tu seras rassuré d'avoir de mes nouvelles. Et si tu revois ton frère, dis-lui aussi bonjour pour moi. Malgré ce que j'ai pu faire penser, je suis vraiment content que tu l'aies retrouvé. T'as de la chance, toi aussi.
J'espère que tu feras pas trop de bêtises, sans moi. Et que tu vas bien.
En tout cas, merci, Aiolia. Merci pour tout. T'es le meilleur.
Milo »
Aiolia, à la fin de sa lecture, reposa la lettre de Milo sur sa table, un sourire ému aux lèvres. Ce crétin de Milo… Il lui avait quand même fait une peur bleue. Il était vraiment content d'avoir de ses nouvelles. En plus… Ce qu'il lui avait écrit… C'était touchant. Aiolia avait eu vent du bannissement de Milo… Et lui aussi, cela le rendait triste de savoir qu'il ne pourrait sans doute plus le revoir. Milo, malgré ses quelques bizarreries, et son bavardage incessant, avait été son confident pendant de nombreuses années. Sa présence lui manquait. Il n'était pas seul, à la Tour de Garde, loin de là… Mais l'absence de son ami Milo avait tout de même créé un vide. Les choses changeaient, c'était ainsi. Il était déjà immensément heureux d'apprendre qu'il avait guéri. Savoir que Milo remarchait, remangeait, alors qu'il avait été dans un état cadavérique… Était probablement la meilleure nouvelle qu'on lui avait donnée depuis un petit bout de temps.
Camus était effectivement quelqu'un de remarquable et de droit, pensa Aiolia, heureux de savoir que Milo était aussi bien avec lui. Son ami le méritait.
De nouveaux coups à la porte vinrent le déranger dans ses pensées. Aiolia poussa un soupir exaspéré, passant du bonheur à la résignation en une fraction de seconde.
« Quoi, encore… ? » Rouspéta-t-il en se levant de sa chaise une nouvelle fois.
La porte qu'il ouvrit lui révéla le joli visage de Marine.
« Ben, t'en fais une tête, commenta-t-elle directement en voyant son air contrarié. Quelque chose ne va pas, chaton ? »
Aiolia se mit à rougir de la tête aux pieds. Il passa la tête dans le couloir pour vérifier qu'il n'y avait personne.
« Marine… M'appelle pas comme ça pendant le service, mon amour », gémit-il, embarrassé.
L'intéressée ne lui rendit qu'un rire cristallin.
« Tu ne te gênes pas pour m'appeler mon amour pendant le service, toi.
- Je suis ton supérieur, techniquement, lui rappela Aiolia.
- Je te préviens que je suis contre l'idée que tu appelles tous tes soldats comme ça, alors », répliqua-t-elle en riant toujours.
Aiolia se mit à rire, lui aussi. Il fit donc galamment entrer sa dulcinée dans le bazar qui lui servait de bureau. La porte se referma bien à clef derrière les amoureux.
En espérant qu'il ne serait pas davantage dérangé pendant les quelques prochaines heures…
« Milo… J'ai quelque chose pour toi qui va te faire plaisir », lui annonça Camus plusieurs jours plus tard.
Ce soir-là, après son entraînement, le mage était allé faire un tour en mer pour vérifier la balise dans laquelle il recevait son courrier. Hyôga était parti se coucher en autonomie, et Milo, pendant le temps où Camus fut sur son bateau, en profita pour aller lire la suite d'un livre qu'il avait laborieusement commencé. Il était confortablement assis dans le lit de son amant, le bouquin entre les mains.
Voyant que Camus venait de rentrer dans sa chambre, avec ce qui semblait être un papier dans la main, Milo s'illumina.
« C'est quoi ? » Fit-il, curieux.
Camus s'approcha doucement de son lit, pour grimper dessus et s'assoir à côté de lui. Ou plutôt, contre lui. Une fois qu'il fut adossé sur les mêmes coussins que son amant, le mage laissa retomber sa tête contre son épaule avec un soupir bienheureux. Milo ne put s'empêcher de sourire davantage en le voyant faire. Dès que la porte de sa chambre était close, en fin de journée, Camus s'autorisait vraiment à se détendre et à s'abandonner beaucoup plus. Il était toujours très discret de jour, et toujours sévère envers son disciple pendant leurs entraînements quotidiens… Mais une fois qu'il était sûr qu'il ne serait plus dérangé… C'était un peu comme s'il se liquéfiait, jugeait son amant, amusé et attendri à la fois. C'était un véritable bonheur pour lui que de voir le maintien de Camus fondre ainsi à son contact.
« Ça ressemble à une lettre d'Aiolia, le renseigna Camus en la lui mettant entre les mains. Tiens, ouvre. »
Milo eut envie de sautiller sur place en entendant la nouvelle, mais il resta aussi calme qu'il put, car il avait la tête de Camus sur son épaule. Il manipula l'enveloppe qu'il avait entre ses doigts. Sur le devant, il reconnut l'écriture de son meilleur ami. Effectivement, c'était bien lui. Aiolia lui avait répondu !
« Milo, arrête de gigoter comme ça, le réprimanda Camus.
- Mais je suis content !
- Peut-être, mais du calme. »
Le chevalier suivit le conseil de son amant, et il ouvrit l'enveloppe en la déchirant grossièrement. A son côté, Camus ferma les yeux. Il glissa un bras derrière le dos de Milo pour le maintenir contre lui. Ses doigts s'échouèrent au creux de sa taille. Le chevalier fit un sourire amoureux sous cette attention tendre.
« Tu ne veux pas la lire ? Fit-il en avisant les paupières fermées de son amant.
- Non, c'est une lettre qui t'est destinée. Je n'ai pas à le faire.
- T'es même pas curieux ?
- La question n'est pas là, Milo, répliqua posément Camus. Ce sont tes affaires, pas les miennes, et je les respecte. »
Milo haussa les sourcils. Camus était franchement un être de principes. En plus, c'était lui qui lui avait permis d'échanger ces lettres avec Aiolia. Il était concerné lui aussi. Mais puisqu'il avait envie de rester en retrait… Milo déplia la lettre. Il commença à la lire, puis, il s'interrompit.
« Cette fois, tu as mal estimé, Camus », lui fit-il remarquer.
Ce dernier, surpris, rouvrit les yeux. Quoi ? Ce n'était pas d'Aiolia, c'était ça ?
« Regarde, fit Milo en posant son index sur le haut du courrier. Tu vois ? Cette lettre t'est aussi adressée. »
Camus plissa les yeux. Effectivement, il y avait bien son nom en haut de la page, à côté de celui de Milo. Surprenant.
« Tiens, je la mets à ta hauteur pour que tu puisses lire.
- Merci. »
Les deux amants commencèrent à lire le courrier d'un même ensemble, Camus toujours sur l'épaule de Milo.
« Chers Milo et Camus,
Je me permets de vous écrire à tous les deux puisque vous avez eu la gentillesse de m'envoyer un mot chacun.
J'ai été très heureux de recevoir des nouvelles de vous deux. Merci beaucoup. Je suis rassuré de savoir que tu vas mieux, Milo. Je m'étais fait beaucoup de souci pour toi. Et je suis content de savoir que vous êtes heureux, tous les deux, sur votre île. J'espère que tout se passe bien entre vous. Et que le rétablissement avance au mieux. Quant à toi, Camus, (je me permets de te tutoyer, puisque tu es l'amoureux de Milo, j'espère que ça ne te gêne pas), merci énormément d'avoir fait en sorte de rétablir Milo. Et surtout, de m'avoir laissé une adresse à laquelle vous écrire. Même si j'ai eu vent du bannissement de Milo, cela me ferait plaisir d'avoir de vos nouvelles de temps en temps, si vous le voulez bien. Le courrier que j'ai reçu de votre part à tous les deux n'a pas l'air d'avoir été ouvert, si cela peut vous rassurer. Je pense que le Grand Pope nous fait confiance à tous les deux, Camus, et qu'au vu de nos grades importants, nos échanges seront laissés tranquilles.
Ici, à la Tour de Garde, tout va bien. Je n'ai pas eu d'ennuis. Certains problèmes de logistique, puisqu'il a fallu te remplacer en catastrophe, Milo. D'ailleurs, comme tu l'as supposé, c'est bien Seiya qui a pris la relève. Malheureusement, il manque cruellement d'autorité, à côté de toi. J'ai confiance en son talent, mais… Il va lui falloir plus de maturité. J'ai pas mal à m'occuper, avec tout ça. D'ailleurs, je lui ai dit bonjour comme tu me l'as demandé, Milo. Il était content de savoir que tu allais mieux.
Au fait, vous serez tous les deux ravis de savoir (tu ne le sais peut-être pas, Milo, mais même Camus m'a conseillé de le faire) que je me suis enfin déclaré à Marine. Je l'ai fait un peu après que tu sois parti de la Tour de Garde. Tu avais raison, Milo. J'ai été bête d'attendre autant de temps. Maintenant, on est ensemble, elle et moi, et je suis très heureux de l'avoir à mes côtés. Toi aussi, tu es un super pote, Milo, même si tu t'es bien payé ma tronche là-dessus. Je ne t'en veux pas. Je crois que je l'avais un peu mérité.
Et je ne t'en veux pas non plus d'être parti, et d'avoir voulu laisser tomber. La seule chose qui me désole, c'est de ne pas avoir pu ou su t'aider alors que tu en avais besoin. Je sais que je n'ai pas été le meilleur ami du monde, là-dessus. Et je m'en excuse. J'espère que toi, Camus, tu réussiras à mieux comprendre les choses que moi. Puisque vous êtes tous les deux amoureux, il y a de plus grandes chances. Je vous souhaite d'être heureux, tous les deux. Je crois que vous le méritez amplement, l'un et l'autre.
Continue de bien te rétablir Milo, et toi, Camus, porte-toi bien. Et merci d'avoir été un homme de parole.
Aiolia »
Milo fit un sourire triste à la fin de sa lecture. La lettre lui avait provoqué différents types de ressentis… Mais celui qui lui resta à la fin fut une mélancolie touchée. Camus, lorsqu'il finit lui aussi de lire les lignes qu'avait écrites Aiolia, redressa légèrement la tête pour regarder l'expression de Milo. En voyant son air chagrin, il lui prit la main délicatement.
« Il s'en veut », prononça platement Milo.
Ce constat le rendait vraiment triste, pour une raison qu'il n'expliquait pas. C'était une vérité, pourtant, qu'Aiolia n'avait pas tout vu, pas tout compris, pas tout su. Et qu'il n'avait pas réussi à l'aider assez tout seul. Le fait qu'il s'en excuse aurait dû le satisfaire, et pourtant… Cela lui laissait un sentiment amer. Parce que Milo savait, au plus profond de lui, qu'Aiolia avait fait ce qu'il avait pu avec ce qu'il avait eu. Et il trouvait les excuses qu'il lui avait présentées… A la fois touchantes, mais aussi… Peu pertinentes, quelque part, pour lui. Aiolia était juste un humain… Il ne pouvait pas tout voir ou tout faire.
Camus ne sut quoi répondre. Oui, c'était évident, qu'Aiolia s'en voulait.
« Ça te rend triste ? L'interrogea-t-il doucement.
- Je ne sais pas, répondit Milo en regardant dans le vague. Sans doute un peu.
- Pourquoi ? »
Milo secoua la tête, désabusé.
« Je suis pas sûr… Je sais juste qu'il a fait ce qu'il a pu. »
Camus ne dit rien. Il se contenta de reposer tranquillement sa tête sur l'épaule de Milo.
« Alors comme ça, tu lui as dit aussi de se déclarer à Marine ? S'enquit le chevalier sur un ton plus espiègle. Quand ça ?
- Quand je suis venu te voir, à la Tour de Garde, répondit Camus. Tu n'étais pas conscient. Aiolia m'a demandé ce que j'étais pour toi. Je lui ai dit que je t'aimais… Comme lui et Marine. On a un peu parlé d'amour, et je lui ai dit… Qu'il devait se déclarer, puisque tu m'en avais parlé. »
Milo eut un petit rire amusé.
« Toi, tu rencontres à peine quelqu'un, et tu lui causes d'amour, direct ? Je n'aurais pas cru.
- Les circonstances étaient particulières, fit Camus d'une voix atone. Je venais de te revoir, j'étais… J'étais bouleversé. Et… Ce n'est pas n'importe qui, que j'ai rencontré, ce jour-là, je te signale. Tu m'avais raconté tant d'histoires sur Aiolia… »
Milo acquiesça silencieusement. Il fit une pression sur la main de son amant, qui tenait encore la sienne.
« Tu dois être content de les savoir ensemble, commenta ensuite Camus.
- Oui. Je suis soulagé de savoir qu'il l'a fait. Franchement, ce n'est pas trop tôt. J'étais sûr que ça marcherait, entre eux. Ça faisait des années qu'ils se tournaient autour. »
Il y eut alors un silence entre les deux amants. Confortable. Camus referma les yeux. Il était bien, là, contre l'épaule de Milo… A se repaître de sa présence. C'était si doux. Milo tourna la tête pour déposer ses lèvres dans ses cheveux. Camus esquissa un léger sourire sous l'attention.
« Merci de m'avoir permis de lui écrire, Camus, chuchota Milo à son attention. Je suis très heureux d'avoir reçu cette lettre.
- Tout le plaisir est pour moi, Milo… » Murmura l'intéressé en ne bougeant pas d'un iota.
Pour faire bonne mesure, le chevalier embrassa une deuxième fois le haut du crâne de son amant. Camus… était tout bonnement le meilleur. C'était un fait définitif…
