Note de l'auteur : Bonjour tout le monde ! Je sais, il y a beaucoup de délai entre mes publications. Mais je tiendrai ma promesse, vous aurez la fin de cette histoire.

Voici donc le chapitre 41 ! Au programme, du calme, et du un peu moins calme. Ne m'en veuillez pas trop pour le cliffhanger à la fin, j'essaierai de vous publier la suite au plus tôt pour me faire pardonner !

Merci de revenir encore me lire après autant de chapitres, et de continuer à me commenter. A ce stade de l'histoire, cela compte énormément pour moi.

Je vous souhaite bonne lecture !


Chapitre 41 – Apprentissages

« Hyôga, l'interpella Camus alors qu'ils venaient d'achever un exercice, en début d'après-midi. Aujourd'hui, la fin de ton entraînement diffèrera un peu de d'habitude. »

Le disciple contempla son maître, surpris. L'entraînement allait différer ? Comment cela ? Camus était pourtant un homme de routine et d'habitudes. Qu'avait-il prévu pour lui ?

Le maître des glaces fit un signe de tête à son amant, qui était assis non loin, avec un bouquin à la main. Il écoutait vaguement l'entraînement depuis le début de l'après-midi, et il avait relevé la tête lorsqu'il avait entendu ce qui l'intéressait.

Milo, voyant que Camus lui faisait signe de s'approcher, se saisit de sa belle épée rouge et s'avança vers le maître et le disciple.

« Cela fait un moment que nous en discutons, révéla Camus à un Hyôga qui n'y comprenait rien. Milo m'a dit que tu avais envie de voir quelques passes à l'épée… Il y a plusieurs semaines. Maintenant qu'il est assez en forme… Il me semble judicieux de t'apprendre à parer ce genre de techniques. »

Le disciple cligna des yeux. Il allait s'entraîner avec Milo ?! Il n'en revenait pas. Il se souvenait bien avoir dit au chevalier qu'effectivement, il serait très curieux de le voir à l'œuvre… Mais c'était une discussion qui remontait à bien longtemps. Milo avait eu le temps de reprendre du poil de la bête, depuis. Il était désormais complètement remis. Et rayonnant. Parfois, c'en était presque fatiguant, dans la maison. Parce que Milo s'était mis à bavarder. Beaucoup. Et à s'affairer de partout. Il mettait un bazar dans la demeure qui irritait un peu Camus. La journée, d'habitude, pendant leur entraînement, soit il restait à les regarder un moment, soit il faisait un petit tour de l'île sur le dos de son cheval, soit il faisait un peu d'exercice. Mais pour le moment, il n'avait jamais été mêlé à quoi que ce soit concernant ses pratiques. Hyôga était médusé que Camus décide de déléguer l'entraînement, même un tout petit peu. L'élève n'avait jamais eu d'autre enseignement que le sien. Et pour être honnête… Cela lui faisait légèrement peur de changer. Milo était beaucoup plus survolté que son maître. L'idée de s'adresser au chevalier lui faisait éprouver de l'appréhension.

« Pour aujourd'hui, tu te contenteras d'observer, lui annonça Camus. Milo n'a pas fait ce genre d'exercice depuis un moment, avec tout ce qu'il lui est arrivé… Il a sans doute besoin de se dérouiller un peu.

- Non, mais vas-y, descends-moi devant le gamin, je ne dirai rien », s'offusqua immédiatement Milo.

Une lueur vaguement amusée passa dans le regard de Camus.

« Quoi qu'il en soit, reprit-il sans se soucier le moins du monde de l'intervention de son amant, je tiens d'abord à te montrer comment contrer ses techniques avant que tu n'essayes toi-même. C'est pour cela que pendant cet après-midi… Tu nous observeras bien. Et demain, si tu as bien tout compris, tu t'essayeras à l'affronter.

- Ouais, quand je serai moins rouillé, c'est ça ? S'immisça le chevalier.

- Silence, Milo.

- Si je veux, oui. »

Camus lui adressa un regard noir.

« Tu auras tout le temps de te défouler sur moi après, lui indiqua-t-il tranquillement. Quant à toi, Hyôga, tu as bien compris ?

- Oui, maître, acquiesça le jeune homme.

- Très bien, ponctua Camus. Dans ce cas, va t'asseoir. Et tu es tenu de bien observer.

- Ouais, observe bien, gamin. Je vais lui mettre la raclée de sa vie, se vanta Milo.

- Que tu crois.

- C'est ce qu'on va voir. Je vais t'en montrer, moi, de la rouille… »

Camus leva les yeux au ciel. Milo avait retrouvé sa susceptibilité, avec ses forces. Hyôga fit ce qu'on lui demandait. Il alla s'asseoir sur la chaise qu'avait occupée Milo pendant qu'il les avait regardés s'entraîner.

Milo dégaina son épée, face à Camus, et il tendit sa lame devant lui.

« Vas-y, lui ordonna-t-il avec le plus grand sérieux du monde. Je ne veux pas d'accidents. »

Camus regarda avec précaution la lame argentée de l'épée de Milo. Il plaça ses mains au-dessus, sans la toucher, et déposa une couche de glace sur toute la longueur de son tranchant.

« J'espère que ça suffira. Il est possible que le poison imprègne la glace quand même… Fit Milo en observant ce qu'il avait fait. Mais je ferai tout mon possible pour ne pas te toucher.

- Merci, fit simplement Camus. Je ne suis pas inquiet. »

Milo, une fois sa lame correctement imprégnée de glace, se posta à quelques pas de Camus, sous l'œil curieux de Hyôga.

« Prêt ?

- Prêt. »

Sans plus discourir, et sous les yeux ébahis de Hyôga, Milo se jeta immédiatement sur Camus, en brandissant son épée. Le magicien déploya instantanément ses pouvoirs de glace. Toute l'atmosphère gela autour de lui. Le mage matérialisa un bouclier de glace pour arrêter l'épée de Milo, juste à temps. Le chevalier se déplaça avec une vitesse incomparable. Il tenta de mettre plusieurs coups à Camus, qui les para admirablement bien de son bouclier. Puis, Camus attaqua. Il envoya une gerbe glacée droit sur Milo, qui l'évita comme s'il s'y était attendu depuis dix ans. Camus ne parvint absolument pas à toucher le chevalier. Celui-ci se déplaçait trop vite. Malgré la glace sous ses pieds, il n'avait pas l'air de glisser du tout. Le mage déploya d'autres boucliers autour de lui pour parer les attaques de Milo. La température baissa encore. Le chevalier donna un grand coup avec son épée, qui réussit à fracasser l'une de ses protections en glace. Il essaya de faire la même chose avec un autre de ses boucliers, mais il dût éviter de peu une autre gerbe de glace. Puis, Camus tenta de l'immobiliser s'attaquant à ses jambes. Milo dût danser d'un pied sur l'autre pour l'éviter. S'il touchait trop longtemps le sol, il risquait de s'y trouver piégé. Alors, il courait, brisant çà et là les défenses de Camus autour de lui, et esquivant à merveille les attaques. Mais il n'arrivait pas à le toucher, et cela commençait à l'énerver. Milo devint plus furibond dans ses attaques, sous l'œil un peu inquiet de Hyôga. Camus ne se laissa pas perturber. Il para toutes ses tentatives énergiques méthodiquement, à coups de renforts de glace. Il essayait toujours de l'immobiliser, mais Milo faisait vraiment extrêmement attention à son équilibre. Il devait avoir appris que rester statique pouvait être dangereux. Et de fait, il était aussi diablement difficile à toucher, pour Camus.

Les deux hommes se combattirent avec force pendant plusieurs longues minutes, sans qu'aucun des deux n'arrive à prendre le pas sur l'autre. Alors, Milo finit par se dire que pour toucher Camus, il lui faudrait prendre un risque. Quand le mage décidait de l'attaquer, il devenait vulnérable, avait-il observé. S'il laissait une gerbe glacée l'atteindre, il pourrait foncer dans le tas pour immobiliser son amant et le vaincre. Milo continua donc son manège. Il donna quelques coups sur les boucliers de Camus, qu'il régénérait au fur et à mesure, et quand il le vit attaquer, il choisit de ne pas esquiver. Il laissa la glace que Camus lui avait lancée lui lacérer un bras. Ce faisant, il poussa un cri de douleur malgré lui, et il fonça droit sur le mage des glaces, qui avait dû retirer un de ses boucliers pour attaquer. Milo, à une vitesse époustouflante, réussit à se glisser derrière Camus avant qu'il n'ait le temps de réagir, et il pointa son épée d'un geste vif devant sa gorge, tout en plaquant un bras ferme sur son corps pour immobiliser ses bras. Camus tenta de le faire lâcher prise en lui gelant le bras qui le retenait, mais Milo ne fit que rapprocher la lame de son cou, sans pour autant le laisser partir de son étreinte. Camus s'immobilisa. Milo avait gagné.

« Alors… Susurra-t-il dans son oreille, l'épée toujours levée devant sa gorge. Je suis toujours rouillé ? »

Le mage ne répondit rien. Il se contenta de déglutir. Effectivement… Milo l'avait eu.

Camus, s'avouant ainsi vaincu, résorba tranquillement la glace des alentours, et Milo le lâcha doucement de sa poigne. Voyant que le mage avait aussi fait disparaître la glace sur la lame de son épée, le chevalier la rangea rapidement dans son fourreau.

« Je dois bien dire que tu es toujours aussi redoutable, Milo, admit Camus en le regardant. Il va falloir que je trouve un meilleur moyen de te contrer.

- Tu ne te défends pas si mal que ça, lui sourit le chevalier. J'ai dû prendre un risque pour t'avoir.

- Ah ! C'est vrai, ton bras ! S'inquiéta immédiatement Camus, qui venait de se souvenir qu'il l'avait touché. Je ne t'ai pas trop amoché ? »

Le mage se porta tout de suite au côté de son amant pour regarder les dégâts. Celui-ci portait un joli manteau rouge brodé d'or (provenant de la collection offerte par Camus), et de fait, la glace n'avait pas traversé le tissu. Le choc gelé lui ferait sans doute un bleu, peut-être une brûlure, mais cela irait.

« T'inquiète pas, Camus, fit Milo à voix basse alors que ce dernier tâtait son bras. Tu ne m'as pas fait grand-chose. »

Le mage fit une moue circonspecte mais il choisit de ne pas insister. Ce n'était guère le moment. Il se tourna alors vers son disciple, qui avait observé la scène avec intérêt et admiration.

« Bon, Milo m'a vaincu, annonça Camus de bonne grâce en s'approchant de son élève. Néanmoins, j'ai su lui tenir tête un moment. Et il s'agit d'un exemple. Cela peut être intéressant pour toi de travailler ces techniques pour contrer un éventuel épéiste. Autant te dire que tu n'en rencontreras pas beaucoup qui ont le niveau et l'excellence de Milo. »

Milo rejoignit Camus en l'entendant parler à Hyôga.

« Tu me flattes, Camus, fit-il avec un grand sourire. Je ne te savais pas aussi bon perdant.

- Je sais déceler du talent et de la technique quand j'en vois, Milo, rétorqua platement Camus.

- Il a raison, Milo, appuya Hyôga, admiratif et terrifié que quiconque ait pu battre son maître. Si tu arrives à vaincre maître Camus, c'est que tu es vraiment doué.

- Merci, gamin.

- Nous allons faire encore quelques passes… Lui annonça Camus. Pour que tu voies bien le genre de technique qu'il utilise, et ce que je fais pour la contrer. Milo, il faudra que tu m'aides à lui expliquer tes mouvements, pour que cela soit plus clair.

- Je ne sais pas si j'arriverai à être hyper précis, mais je vais faire de mon mieux, acquiesça le chevalier.

- Ce sera très bien. La moindre chose nous aidera. Merci de te prêter à l'exercice, Milo.

- Tout le plaisir est pour moi, fit l'épéiste en faisant un sourire. Si je peux vous être utile… »

Puis Milo se tourna vers Hyôga.

« T'as trouvé ça comment, gamin ? Lui demanda-t-il.

- Franchement, c'était génial ! Et impressionnant, de vous voir tous les deux. Mais… Moi, je ne sais pas si je pourrai tenir trente secondes face à toi…

- T'inquiète pas, gamin… J'ai pas prévu de t'esquinter la tête au premier entraînement, le rassura Milo en lui faisant un sourire.

- Oui, Milo, je ne l'apprécierais pas, s'immisça froidement Camus.

- Parce que sinon c'est ton maître qui va esquinter la mienne en représailles, compris, acquiesça le chevalier en ricanant. Tu vois ? Aucun danger. »

Hyôga rit légèrement. Avec maître Camus dans les parages, il savait qu'il pouvait être rassuré. Milo avait l'air dangereux, certes, mais… Son mentor serait là pour le protéger et le conseiller. Tout se passerait bien.

Et puis en fait, il avait hâte. Il trouvait que d'affronter une vraie personne, ce serait extrêmement stimulant. Il avait fait quelques combats contre son maître, mais évidemment, il n'avait jamais gagné. Il doutait de gagner contre Milo, mais enfin, au moins, la technique changerait. Ce serait déjà ça.


Les semaines se suivirent, sur l'île de l'Aurore. Milo s'était à présent complètement fait au train de vie, dans cette demeure. Il avait appris beaucoup de choses, lui-même, et puis aux autres. A présent, Camus lui demandait presque tout le temps de se joindre à eux pour les entraînements. Milo avait en fait réussi à comprendre comment enseigner à la fois des moyens de parer ses attaques, mais aussi, tout simplement, la technique qu'il employait. Un jour, il avait proposé à Camus de leur apprendre à tous les deux à manier une épée. Milo trouvait qu'on ne savait jamais. Camus s'était créé une très jolie épée en glace, et il en avait confectionné une pour son disciple, qui n'avait pas encore assez de précision dans ses pouvoirs pour produire quelque chose d'aussi fin et d'aussi joli. Une fois que Camus fut sûr de maîtriser au moins les bases du combat à l'épée, de la manière que Milo le lui avait expliqué, il aida ce dernier à mieux l'expliquer à Hyôga. Le disciple n'appelait pas le chevalier « maître Milo », puisqu'il ne l'était pas officiellement, mais maintenant qu'ils s'entraînaient ensemble tous les trois… C'était un peu tout comme. C'était bien évidemment Camus qui choisissait quel tour il voulait donner à l'entraînement de Hyôga, mais Milo y apportait vraiment quelque chose. Il s'était adapté à cette atmosphère de froidure naturellement. Et Hyôga appréciait réellement les échanges qu'il avait avec le chevalier. Celui-ci ne pouvait pas juger sa technique de glace, alors il ne se prononçait pas dessus. Par conséquent, dans l'ensemble, il avait un regard vraiment bienveillant sur ce que l'apprenti faisait. Et de fait, Hyôga se sentait encouragé. Autant dire qu'en compagnie de Milo, il n'y avait jamais matière à s'ennuyer. Il était un être vif, spontané, qui avait des intuitions remarquables, et qui mettait facilement à l'aise.

Sauf quelques fois. Les quelques fois où Milo eut des absences. Où quelque chose de dangereux passait dans son regard… Ou quelque chose de triste. Camus avait appris à les déceler facilement, lui aussi. Alors, s'il voyait l'humeur de Milo s'assombrir, il décrétait souvent une pause. Dans ces moments-là, le plus jeune voyait Camus et Milo disparaître dans leur chambre. Pour discuter… Sans doute. Il n'en savait rien. Parfois, il se demandait à quoi Camus et Milo occupaient leurs soirées. Le chevalier ne quitta jamais la chambre de son maître, et Hyôga n'osa faire aucune remarque. Et puis, au fil du temps, cela devint une habitude, et le disciple cessa même d'y penser. La routine s'était créée, et cette situation finit par lui sembler très normale. Et puis, Hyôga était heureux de constater que son maître s'était fait un ami. Parce qu'il ne lui en avait jamais connu. Cela l'étonnait même que Milo, qui était tout de même très différent de son maître, car sociable, bavard et spontané, ait réussi à autant se lier d'amitié avec lui. Leur entente à tous les deux faisait plaisir à voir. Et Hyôga avait l'impression sincère que son maître était heureux. Peut-être même plus que les cinq dernières années. Camus ne lui avait pas paru malheureux avant de connaître Milo, non, mais… Mais il n'avait pas rayonné autant. Même si rayonner était un verbe assez large quand il s'agissait de décrire le comportement de Camus. Celui-ci était toujours caractérisé sa réserve habituelle… Mais il était souvent de bonne humeur. Hyôga le sentait. Même, il le voyait beaucoup plus sourire qu'avant. Chose qui avait été infiniment rare autrefois. Alors le disciple était heureux de la présence de Milo rien que pour ces choses. Même si celui-ci était souvent épuisant, un peu trop moqueur à ses heures, ou parfois inquiétant dans ses sautes d'humeur, Hyôga était content de côtoyer quelqu'un de fondamentalement droit, de souriant, et surtout, il l'avait appris, quelqu'un de généreux. Car Milo l'était. Et le fait qu'il veuille bien enseigner les bases de sa technique en attestait.

Milo fit quelques essais de cuisine, dans la maison, au fil des semaines, et il aida comme il put pour les tâches quotidiennes. Les choses étaient faites moins précisément ou impeccablement que lorsque c'était Camus qui les accomplissait, mais bon… Le mage était plus ou moins maniaque. C'était vrai que le premier repas que Milo avait tenté de faire cuire avait senti le brûlé… Mais ses autres essais avaient été couronnés de succès. S'il y avait bien une qualité que Milo avait, c'était l'adaptabilité. Il savait se fondre dans un environnement naturellement, et surtout, il apprenait vite les choses. Dès qu'il faisait une erreur, on pouvait être sûr qu'il ne la referait pas deux fois. Et c'en était même impressionnant, aux yeux du disciple, qui avait l'impression de se planter encore et encore sur les mêmes choses en entraînement, à la grande exaspération de son maître.

Pendant les quelques mois qui suivirent, Camus fit plusieurs voyages à la Citadelle pour les ravitailler, sans assistance. Il ne voulait absolument pas laisser Milo seul sur l'île, pour une raison que Hyôga ne s'expliquait pas. Il avait l'impression que le mage nourrissait toujours une crainte de fond tenace pour le chevalier, et que celle-ci ne s'envolerait pas de sitôt. Alors Camus préférait encore faire les voyages en mer tout seul, plutôt que d'avoir à laisser Milo isolé. Et pendant les périodes où Camus s'absentait de cette manière, Milo continua de se faire laminer aux cartes, et il apprit à préparer quelques pâtisseries avec Hyôga. Il aimait bien faire la cuisine avec le gamin. Parce que dans cette configuration, les rôles s'inversaient, et c'était le plus jeune qui lui enseignait comment faire correctement les choses, de la manière que Camus lui avait apprise lui-même. Et puis, comme Milo aimait beaucoup les mets sucrés… Il était rarement de mauvaise humeur lorsqu'il faisait ce genre de choses. Alors Hyôga passait de bons moments. Sans même mentionner que dans l'ensemble, Milo était tout de même assez drôle. Chose que Camus… N'était pas vraiment, surtout en contraste. Bon, parfois, le chevalier était lourd, et il fallait lui dire de s'arrêter, surtout qu'il avait le don de toucher instinctivement des points sensibles pour l'asticoter… Mais Hyôga riait de bon cœur à ses plaisanteries. Et puis, quand Camus revenait à la maison, il recadrait gentiment Milo. Hyôga était même fasciné de voir un être aussi charismatique et fier comme le chevalier obéir sans broncher à son maître quand il lui disait de se taire ou de changer de sujet. C'était un peu comme si Camus canalisait l'énergie de Milo, et comme si Milo faisait ressortir la bonne humeur et l'affection bien planquées de Camus. Hyôga avait repéré que les deux avaient cette dynamique, et il la trouvait belle à voir. Parce que voir son maître aussi épanoui le rendait heureux, lui aussi.

Un soir, après un repas, Hyôga arriva à convaincre son maître et Milo de disputer une partie de cartes avec lui. Il aimait bien passer des soirées avec eux. Camus avait jusque-là refusé de jouer aux cartes, donnant comme argument que si c'était pour qu'il gagne à chaque fois, personne n'allait s'amuser. Mais cette fois-là, Milo réussit à avoir raison de la réserve de Camus, en lui indiquant que lui, de toute manière, serait sûr de perdre, et que ça ne ferait rien, parce qu'il était rôdé… Et que le gamin ne perdrait pas, puisque ce serait lui qui se ferait laminer à sa place. Hyôga avait l'air d'avoir vraiment envie de jouer… Donc, ils joueraient pour qu'au moins, celui-ci puisse s'amuser. Camus céda à cet argument attendrissant, et tous les trois s'assirent autour de la table qu'ils avaient dans le salon.

Camus fit l'erreur complètement élémentaire de s'installer face à Milo. Car au moment où les trois joueurs récupérèrent leur jeu, le mage croisa le regard hypnotique du chevalier, et il sut tout de suite que Milo avait prévu de jouer autant avec les cartes qu'avec le feu. Le chevalier avait cet éclat particulier dans le regard qui se traduisait facilement par « je vais te manger tout cru. » Et au fil du jeu, cette impression se confirma. Milo, entre chaque carte, le dévora du regard. Tant que Camus eut du mal à se concentrer sur son jeu. Ces iris clairs étaient aussi brûlants que deux soleils. Le mage fit de son mieux pour éviter de croiser ces yeux intenses, mais mal lui en prit. Le chevalier perçut tout de suite la manœuvre. Et de toute façon, il avait senti son malaise. Ses instincts… marchaient toujours aussi bien.

Camus, qui était en train de réfléchir tant bien que mal à la carte qu'il valait mieux poser, sentit quelque chose lui toucher la cheville. Milo… Le mage ne réagit pas. Il ne fallait pas. Il y avait son disciple, avec eux, qui n'avait rien remarqué du petit manège de son amant.

Camus n'avait pas encore trouvé les mots pour lui expliquer que Milo et lui s'aimaient. Jusqu'alors, le chevalier s'était très bien comporté. Il lui avait bien volé quelques baisers pendant leurs journées, aux moments où Hyôga avait eu le dos tourné, mais le disciple n'avait rien pu soupçonner. Tous leurs gestes un peu romantiques avaient été discrets, dérobés, à la demande de Camus. Et les gestes sensuels, confinés à leur chambre, hors de la vue de Hyôga. Milo lui avait montré, pendant des mois, à quel point il avait pu être un amant formidable. Il lui avait tant fait l'amour que le mage en avait perdu le compte. Et leurs ébats étaient éblouissants à chaque fois. Quelle que soit leur forme. Camus avait l'impression que Milo n'en avait jamais fini d'inventer quelque chose pour le rendre plus fou de lui qu'il ne l'était déjà. Parfois, attendre jusqu'au soir pour se repaître de ses étreintes passionnées était une torture pour lui. Tant que Camus avait l'impression de ne plus rien contrôler. Milo le faisait brûler tous les jours... Parfois, il avait la sensation que c'était même à chaque seconde. Et de ce qu'il voyait, de ce qu'il constatait… Son amant ressentait exactement la même chose. Et pourtant, il faisait l'effort de se cacher, puisque Camus n'avait pas réussi à parler à Hyôga. Milo était extrêmement patient avec lui, et Camus lui en était infiniment reconnaissant. D'autant que la patience n'était vraiment pas une qualité première de Milo. Alors Camus voyait cela comme une autre des nombreuses preuves de son amour inconditionnel. Le chevalier était tout simplement en train de se plier en cinquante pour s'habituer aux règles de vie de sa maison… Ou devrait-il dire, à ses règles de vie à lui. Jusque-là, la seule chose que Camus trouvait réellement à redire de Milo était sa tendance naturelle à mettre du bazar partout, et à être trop peu organisé. Mais celui-ci ne se gênait pas pour lui faire remarquer qu'il était maniaque et psychorigide en retour. Ils aimaient bien se disputer là-dessus, de temps en temps, quand Milo laissait traîner ses affaires n'importe où, ou pire, lorsqu'il posait distraitement un de ses précieux bouquins quelque part, sans se souvenir ensuite de ce qu'il était devenu. Heureusement pour lui, l'ouvrage n'était jamais très loin, et pas difficile à retrouver, mais c'était leur principal point de mésentente. Pour le reste… Milo était parfait, aux yeux de Camus. Divin, étourdissant… Et vivre avec lui lui donnait tous les jours l'impression de vivre un rêve éveillé.

Cela faisait effectivement des mois qu'ils étaient ensemble, qu'ils faisaient tout ensemble… Qu'ils s'aimaient toujours autant… Mais discuter de tout ceci avec son disciple, qui ne savait rien de leur relation, risquait d'être très délicat. Et Camus savait que plus il attendrait, plus cela serait difficile… Et de fait, il laissait traîner, sans trop savoir quoi faire. Il avait peur que Hyôga ne comprenne pas, n'accepte pas… Alors il se taisait. Parce qu'il aimait son disciple, et il savait qu'il aurait du mal à supporter de l'incompréhension ou du rejet de sa part. Car il aimait Milo, et… cela faisait partie intégrante de lui, désormais.

Sa partie intégrante, d'ailleurs, était en train de commencer à le caresser sous la table, sensuellement, d'une jambe contre la sienne. Camus réussit à rester de marbre au prix d'un maintien de lui exceptionnel, parce que Milo, cette espèce de démon, était en train de lui faire perdre toute parcelle de concentration. Au vu du sourire en coin parfaitement décontracté qu'arborait son amant en regardant son jeu de cartes, celui-ci était parfaitement conscient de son petit effet. Camus fut submergé par l'envie d'à la fois le gifler et l'embrasser passionnément. Sentiment qu'il éprouvait souvent. Milo était simultanément insupportable et étourdissant. Ce qui, aux yeux de Camus, faisait son charme, il devait bien se l'avouer. Mais, là… C'était du sadisme. Il n'avait pas le droit de lui faire ça, surtout aussi bien. Sa jambe remontait contre la sienne, en un voyage tout naturel… Et avec ces yeux magnifiques derrière son jeu de cartes… C'était un coup bas, dans tous les sens du terme… Le mage avait du mal à contrôler à la fois sa respiration, son maintien et la maîtrise de son jeu, sous la caresse dérobée. Franchement, c'était déloyal, se dit Camus en se sentant frissonner légèrement. Surtout que son disciple était là… Et cela rendait la chose encore plus insoutenable et stressante.

Hyôga eut donc l'immense surprise de voir son maître… Complètement perdre au jeu qu'ils avaient commencé. De fait, ce fut le disciple qui remporta la partie, suivi par Milo. Le plus jeune n'y comprit absolument rien. Il était très heureux de gagner, sans nul doute, mais… Mais il ne se souvenait pas avoir déjà gagné contre son maître, dans n'importe quelle configuration. Camus était malade, ou quoi ?

Hyôga observa un peu l'expression de Milo. Celui-ci avait un air extrêmement satisfait au visage. Satisfait de quoi, Hyôga n'en savait rien, mais c'était flagrant. Et Camus, lui, était toujours impassible. Comme d'habitude. Il n'avait pas l'air… malade. Et Milo, qui avait de bonnes intuitions, s'en serait sans doute rendu compte avant lui. Il aurait déjà arboré un air inquiet ou dit quelque chose.

Peut-être était-ce de la chance ? Ou peut-être était-ce parce que Camus n'avait pas joué aux cartes depuis longtemps ? Hyôga ne savait dire. Peut-être son maître avait-il trop pensé à autre chose. Ce ne serait pas surprenant de la part de cet être pétri de réflexion, en conclut le disciple.

Jugeant qu'il valait mieux s'arrêter là, Hyôga rangea les cartes, et il proposa à la ronde des infusions. Milo refusa l'invitation. Lui… Et ces machins aux plantes bouillies… Bof. Il trouvait cela triste, à boire. Cela devait être un délire de magiciens des glaces, les infusions. Quand il en prenait une, certains soirs, il mettait trois tonnes de miel dedans pour que cela ait au moins un goût de quelque chose. Camus, en revanche, accepta et remercia son disciple de sa serviabilité sur un ton remarquablement lisse, pour ce que Milo était toujours en train de lui faire sous la table. Hyôga s'exécuta et leur dit qu'il reviendrait dans cinq minutes avec les boissons. Ce faisant, il disparut dans la cuisine.

Milo, sachant que le disciple serait parti quelques minutes pour préparer les boissons chaudes, étira un sourire tendancieux. Camus soutint calmement son regard. Et le chevalier n'y tint plus. Il se leva de sa propre chaise, et il se porta aux côtés de son amant, qui ne le quitta pas de ses yeux sombres. Milo se fit une place sans lui demander son avis sur ses cuisses. Il ne resterait pas longtemps. Juste trente secondes, pour le plaisir.

« Ah ouais, quand même, commenta-t-il en sentant le désir légèrement réveillé de son amant sous ses fesses. Je comprends que tu aies perdu… Je t'ai fait tant d'effet que ça ?

- T'es un démon, Milo, murmura Camus en lui rendant un regard brûlant. Tu ne devrais pas avoir le droit de me mettre dans cet état.

- Ce serait bien dommage… Tu voudrais me priver d'un tel plaisir ? Lui sourit Milo. Enfin… J'imagine que si j'arrive à te faire perdre aux cartes, c'est que l'heure est grave.

- Oui. »

Milo poussa un ricanement sourd, et il embrassa avidement Camus, qui se laissa faire complaisamment. Ce dernier n'avait qu'à bien se tenir, pour la suite de la soirée… Quand ils seraient enfin dans sa chambre… Il lui en ferait voir de toutes les couleurs.

« Maître, j'ai oublié de vous demander ce que vous vouliez comme infu…sion. »

Camus lâcha les lèvres de Milo dans un sursaut, en entendant la voix enjouée de son disciple s'arrêter d'un seul coup. Hyôga se tenait là, devant eux, les bras ballants. Milo tourna simplement la tête vers lui, toujours assis sur les cuisses de Camus. Le mage se sentit devenir livide. Hyôga le regardait, un air parfaitement choqué au visage. Il était revenu sans prévenir, évidemment. Et il avait vu. C'était impossible qu'il n'ait pas pu voir. Camus avait été en train d'embrasser Milo à pleine bouche. Sans retenue. Et la manière dont le chevalier était assis sur ses jambes parachevait le tableau.

Le mage n'arriva pas à parler. Il fut complètement statufié sur place. Il ne put pas réfléchir. Il ne savait pas ce qu'il fallait faire, ce qu'il fallait dire… La seule chose qui tournait dans sa tête, c'était que Hyôga l'avait vu. Milo et lui. Qu'il avait compris.

Face à lui, l'expression de son élève finit par changer. Camus vit son élève serrer les poings. Et devenir progressivement pâle de rage. Cependant, il ne fit rien de plus. D'un seul coup, il s'enfuit de la pièce, d'un pas visiblement furibond. Milo le regarda faire, les yeux écarquillés. Il devait bien avouer qu'il ne s'était pas attendu à ça.

« Merde » prononça Camus d'une voix blanche.

Milo reporta son attention sur le visage toujours livide de Camus. Celui-ci semblait en état de choc. Le chevalier grimaça. Il ne sut pas quoi dire lui non plus. Il avait peur que Camus ne lui en veuille… Parce que c'était lui qui avait initié cet écart, et qui n'avait pas été prudent. Il n'avait sincèrement pas anticipé que Hyôga revienne à l'improviste. Cela avait été risqué, ce qu'il avait fait…

Camus croisa son regard, simplement abasourdi. Et soudain, de la panique envahit son expression.

« Merde, Milo ! Bouge de là ! » Fit-il en se relevant et en flanquant littéralement son amant au sol. Camus déserta sa chaise en courant, dans l'optique de rattraper Hyôga.

Milo se ramassa peu glorieusement sous le geste brusque de Camus. Ce dernier avait déjà filé de la pièce. Le chevalier ne chercha pas à le suivre. Il savait que cela ne servirait à rien. Il se contenta de se relever et de s'épousseter, hébété. Il l'avait dit… L'heure était grave.


Camus courut dans le couloir jusqu'à la chambre de Hyôga, où la porte avait claqué. Il avait l'estomac noué par la peur. Son disciple avait réagi violemment sous la révélation. Il devait être choqué, sans nul doute. On l'aurait été à moins, pensa-t-il en culpabilisant. Il savait qu'il aurait dû en parler à son élève plus tôt. Au vu de sa réaction… Cela avait fait des dégâts. Il fallait qu'il lui expose la situation, qu'il le calme. Il avait toujours su faire.

Camus toqua à la porte de la chambre. Il ne reçut pas de réponse. Il frappa à nouveau. Rien. Son disciple faisait la tête, vraisemblablement. Le maître des glaces décida d'entrer quand même. Il fallait qu'il lui explique.

Le mage pénétra dans la pièce silencieusement. Son disciple était assis sur son lit, le regard fixe devant lui. Il avait toujours l'air très en colère. Il ne regarda même pas son maître entrer.

« Sortez, prononça-t-il.

- Hyôga… Tenta Camus.

- Sortez ! Cria le disciple. Je ne veux voir personne !

- Hyôga, laisse-moi au moins t'expliquer… Essaya Camus en s'approchant quand même.

- Economisez votre salive ! S'exclama Hyôga en le regardant, finalement. Vous n'avez rien à m'expliquer ! Vous êtes meilleur en actes, non ?! J'ai très bien compris ce que j'ai vu ! »

Camus garda le silence un instant. Hyôga n'allait pas être facile à calmer.

« Ecoute, Milo et moi, nous…

- Vous m'avez bien pris pour un idiot, oui ! Hurla Hyôga en se redressant tout net de son lit.

- Non, je ne t'ai pas pris pour un idiot, répliqua calmement Camus. Je voulais simplement trouver le bon moment pour…

- Pour quoi ? Pour me dire quoi ?! Mais j'ai très bien compris ! Qu'est-ce que vous fichez encore ici ?! Je vous ai dit de sortir ! J'ai très bien vu ce qu'il se passe ! Et vous vous envoyez en l'air avec lui sur une base régulière, j'imagine ?! Ou c'est juste votre lubie du moment ? »

Camus pâlit sous l'insulte.

« Hyôga, mais comment tu me parles ! Fit-il d'une voix blanche.

- Je vous parle comme je veux ! S'écria Hyôga, très en colère. Vous accueillez ce type sous votre toit, et vous ne dites rien pendant des mois ! J'aurais dû m'en douter ! C'était trop suspect pour être vrai ! Comme vous avez dû vous foutre de moi, tous les deux, quand vous ne le faisiez pas ensemble ! »

Camus se retint de lui flanquer une claque magistrale.

« Hyôga ! S'exclama-t-il. Je t'interdis de me parler ainsi ! Tu me dois le respect !

- Je ne dois aucun respect à quelqu'un d'aussi pitoyable que vous ! Répliqua celui-ci, hors de lui. Vous vous êtes fait ensorceler par ce psychopathe ! Et vous voudriez que je vous respecte !

- Je t'interdis de dire une telle chose ! Cria Camus. J'aime Milo ! Personne n'a ensorcelé personne !

- Ah oui ?! Vous aimez Milo ! Eh bien sachez une chose ! Je vous déteste ! »

Camus s'arrêta.

« Pardon ?

- Je vous déteste ! Je vous hais ! Vous n'êtes plus mon maître ! Vous n'êtes plus personne ! Je ne veux plus vous voir !

- Hyôga, mais comment est-ce que tu peux me dire des choses pareilles ?! Tu t'entends ?

- Sortez de ma chambre ! Vous me dégoûtez ! Vous, et Milo !

- Quoi ? Prononça-t-il, sonné.

- Vous me dégoûtez ! Hurla Hyôga. Allez donc faire vos trucs immondes avec Milo ! Vous n'êtes plus rien pour moi ! »

A ces mots, Camus ne répondit rien. Il n'y arriva pas. C'étaient des horreurs, ce que Hyôga venait de dire. De telles horreurs que cela lui retourna l'estomac. Le mage crut qu'il allait se sentir mal. Hyôga avait une telle colère sur le visage qu'elle déformait ses traits. Raisonner avec lui serait proprement impossible.

« Très bien, prononça Camus dans un filet de voix. Puisqu'il en est ainsi… »

Le mage se détourna de son élève et sortit précipitamment de la pièce. Cela faisait trop. Beaucoup trop. Derrière lui, la porte claqua violemment.