Autatrice : lasurvolte (de pseudo) ou mari (mais vous pouvez m'appelez aussi Plectrude si ça vous dit ^^)

Disclaimer : Word of Honor ne m'appartient pas.

Pairing : WenZhou

Note : fic basée sur le drama


1. La rencontre.

Le printemps était là. Le soleil brillait, accompagné d'une petite brise, réchauffant les alentours, mais pas de façon étouffante. Les gens étaient de sortis, ils bavardaient, s'asseyaient aux terrasses, riaient, se promenaient. Certains étaient pressés d'autres non. Zhou Zishu regardait cette masse grouillante sans trop savoir quoi en penser. Peut-être même n'avait-il aucun avis, et n'était pas obligé d'en avoir un. Ces personnes-là avaient l'air plutôt heureuses, les enfants qui couraient dans tous les sens, les parents qui souriaient, les familles et les amis. Zhou Zishu n'avait rien de tout ça. Pas qu'il se sente seul non plus, pour le moment, il avait surtout l'impression d'être anesthésié contre la douleur et également contre la joie. Il avait fini par s'installer dans une ruelle un peu à l'écart. Le soleil le réchauffait, de même que le vin qu'il buvait.

Zhou Zishu aurait pu se montrer envieux de cette insouciance, mais il ne l'était pas. Lui-même, voulait juste profiter du soleil, du vin, et d'être là plutôt que dans une tranchée ou à tirer sur des gens qu'ils ne connaissaient pas, mais qui était comme lui, coincés dans un cauchemar.

Assis par terre, le nez en l'air, il souriait. Il n'irait pas jusqu'à dire qu'il se sentait vivant, mais au moins, il n'était pas mal. C'était même plutôt bien, agréable.

Zhou Zishu avait une allure qui pouvait porter à confusion, ses cheveux avaient trop poussé et étaient mal coiffés et emmêlés, une barbe mangeait ses joues. Il était sale. Pas étonnant qu'un gamin en passant le prit pour un clochard. Mais Zhou Zishu n'avait pas de problèmes d'argent, et ne manquait pas d'un toit, disons plutôt qu'il se laissait aller et que tout cela était comme un déguisement pour qu'on ne le retrouve jamais. Peu importe qui était à ses trousses. S'il y avait vraiment quelqu'un pour le rechercher. Dans tous les cas, il était méconnaissable et cet enfant voulut lui donner un peu d'argent, lui proposa un peu de nourriture. Zhou Zishu refusa. Il n'était pas le genre de personne à profiter de la gentillesse et crédulité d'un enfant.

— Je suis Zhang Chengling, se présenta le jeune.

Puis il sortit une carte de sa poche et la tendit vers Zhou Zishu :

— Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à venir à l'adresse indiquée, c'est chez moi, vous serez le bienvenu.

Zhou Zishu leva un sourcil. Est-ce que ce Chengling invitait tous ceux qu'il considérait comme mendiant, chez lui ? Ou était-il simplement touché par l'inintérêt de Zhou Zishu pour son argent ?

Il se contenta de sourire à l'enfant et le regarda partir.

D'autres personnes passèrent et se montrèrent beaucoup plus condescendantes et presque dégoûtées, mais Zhou Zishu n'en avait cure. Au final, il profitait simplement du vin et du soleil, assis tranquillement dans cette ruelle où peu de gens passaient.

Peut-être parce qu'il avait bu, peut-être parce qu'il rêvassait, les yeux à moitié fermés, il n'entendit pas tout de suite qu'on s'approchait de lui, et se retrouva avec le flingue appuyé sur son front avant d'avoir le temps de réagir. Il leva les yeux vers la jeune femme qui le menaçait ainsi.

— Qu'est-ce qu'un mendiant vient faire sur notre territoire ?

N'importe qui d'autre aurait sûrement paniqué, mais Zhou Zishu réagit comme si rien ne menaçait sa vie.

— Je ne suis pas un mendiant, jeune fille, dit-il.

— Tu te fous de moi ?

Elle appuya plus fort l'arme contre son front, l'air vexé qu'on la prenne pour une idiote.

— Je ne mens pas, assura-t-il.

— Mais tu es vraiment un mendiant ! insista-t-elle. Et tu n'as rien à faire ici.

— La ruelle est une propriété privée ? interrogea Zhou Zishu.

La fille tira en l'air, pour tenter de montrer son autorité, mais Zhou Zishu n'eut aucune réaction. Ni peur ni transpiration, pas même de la surprise. Il resta étonnamment stoïque. Cela énerva sans doute un peu plus la jeune femme qui devait attendre de lui une réaction de peur. Elle leva l'arme comme pour lui donner un coup de crosse plutôt que de lui tirer dessus, mais Zhou Zishu eut le réflexe de bouger et d'échapper à l'attaque. Il se leva ensuite, mais fit semblant de trébucher pour échapper au nouveau coup. Il était évident que la jeune fille ne cherchait pas vraiment à le tuer, sinon elle aurait juste tiré, mais elle n'était pas non plus là pour faire la paix. Zhou Zishu n'avait ni envie de se battre ni envie de se prendre la tête et il ne voulait pas blesser la jeune femme, peu importe qu'elle le menace.

Le troisième coup ne vint jamais. Zhou Zishu leva les yeux, une main venait d'attraper les poignets de la fille.

— Allons A'Xiang, je ne t'ai pas demandé de frapper des innocents.

— Il n'est pas innocent, il mendie sur notre territoire ! grommela la fameuse « A'Xiang ».

Les yeux de Zhou Zishu rencontrèrent ceux de l'homme qui avait arrêté la jeune femme dans son attaque. Celui-ci repoussa gentiment la femme et approcha son visage du sien.

— Je ne suis pas un mendiant, assura Zhou Zishu en reculant pour éviter cette proximité. L'autre sourit :

— Je n'en doute pas. Un simple mendiant n'aurait sûrement pas pu éviter les coups d'A'Xiang.

— Ce n'était qu'un coup de chance, fit Zhou Zishu calmement comme s'il n'était pas en train de mentir.

Le sourire de l'homme s'agrandit de plus belle. La jeune femme attrapa son bras :

— Maître, pourquoi est-ce que vous m'avez arrêté ! Ce sale type n'a pas le droit de mendier là.

— Tu as entendu ce qu'il a dit ? Il ne mendie pas. Tout le monde a le droit de profiter du soleil.

La dénommée A'Xiang tapa du pied pas convaincu, mais se rendit devant le regard insistant de son maître. Zhou Zishu en avait assez vu et entendu, il n'avait pas envie de se retrouver mêler à des gens bizarres et violents, il préféra donc s'éloigner. Il trouverait un autre endroit tranquille pour boire et profiter de la journée. L'homme lui fit de grands signes du bras :

— J'espère que nous nous reverrons, comptons sur le destin !

Zhou Zishu ne répondit rien et partit.

A'Xiang regarda son maître et marmonna :

— Pourquoi vous voulez le revoir ?

— Disons qu'il m'a tapé dans l'œil, sourit l'homme.

xxx

Zhou Zishu aurait pu aller à l'hôtel, mais il n'aimait pas comment on le regardait et le jugeait immédiatement, comment on lui demandait de payer immédiatement. C'était plus pratique et moins risqué que de dormir dehors sur un banc, mais c'était en même temps lourd. Il regarda la carte visite que l'enfant lui avait donnée. Zhang Chengling. Il n'était pas certain d'être bien accueilli, peut-être que le jeune voulait bien le voir venir, mais ses parents en décideraient autrement. Zhou Zishu hésitait, assis sur un banc pour attendre un bus qu'il ne prendrait peut-être pas, il pesait le pour et le contre. Jusqu'à ce qu'une personne s'assoie à côté de lui :

— Si vous voulez, j'ai ma voiture, je peux vous conduire où vous voulez, dit-il.

Zhou Zishu tourna la tête vers l'homme qui venait de parler. Il s'agissait du même, rencontré dans la rue un peu plus tôt dans la journée.

— Non, lâcha Zhou Zishu.

— Ma voiture sera bien mieux qu'un bus, insista l'homme.

— Non, répéta Zhou Zishu.

Et comme il n'avait envie que l'autre homme le colle comme il semblait le faire, Zhou Zishu monta dans le bus immédiatement lorsque celui-ci s'arrêta à l'arrêt. Au moins, cela l'avait-il aidé à prendre une décision. Il ne comprenait pas qui était ce type, il n'avait pas envie d'être mêlé à des trucs louches. Il avait seulement envie de vivre en paix, tranquillement, sans être dérangé par personne. Il était plus un vagabond qu'un mendiant.

Il fut bizarrement très bien accueilli chez la famille Zhang. Ces gens semblaient se fiche de son allure, et lui trouvèrent un endroit où dormir et lui emmenèrent même à manger et du vin à boire. La chambre était minuscule et devait normalement servir de débarras, mais c'était largement suffisant pour Zhou Zishu. Il n'avait pas envie de vivre dans un palais, tant qu'il avait la paix, celui lui suffisait largement.

La nuit, il sortit de la maison pour prendre un peu l'air avant d'aller se coucher. L'endroit était magnifique. Zhang Chengling vivait dans une immense maison, au milieu de cerisiers en fleurs. L'endroit était apaisant et même si on se doutait que les gens qui y habitaient étaient riches, il n'en avait pas l'air dans leur façon d'être. Ils ne méprisaient pas Zhou Zishu malgré sa dégaine, et personne ne s'était montré condescendant avec lui. Ils ne semblaient pas non plus étaler leur richesse, malgré la taille de leur demeure.

Zhou Zishu lui-même était riche, il avait une maison immense lui aussi, un endroit qui était à l'abandon et dans lequel il n'était pas retourné depuis des années. Il s'appuya contre un arbre, regardant le ciel à travers les branches tout en buvant tranquillement son vin. Il se sentait presque apaisé, peut-être réussirait-il à dormir sans faire de cauchemar.

Cette fois-ci quand l'attaque vint, il réagit instantanément et bougea pour l'éviter. Malgré la nuit, il reconnut son assaillant. L'homme qui le suivait, celui qui trainait avec la jeune femme qui avait essayé de le tuer. Aussitôt, Zhou Zishu passa à l'attaque, pas question de se laisser faire par cet inconnu, peu importe qui il était. Aucun des deux n'avait d'armes, ils se battaient et se défendaient avec leurs bras, leurs mains et leurs pieds. Bien que Zhou Zishu sentît la douleur dans sa jambe parce qu'il était moins en forme qu'il l'avait été à une époque, il se débrouillait quand même très bien. Si l'homme avait été quelqu'un de banal, Zhou Zishu l'aurait écrasé sans aucun problème, mais son assaillant n'était pas quelqu'un de lambda.

Ils s'arrêtèrent sur une égalité, tous les deux prêts à frapper l'autre en même temps. Zhou Zishu avait les sourcils froncés, tandis que l'autre souriait :

— Ah je suis désolé, dit-il, je voulais juste vous tester un peu, par curiosité. Vous vous débrouillez très bien.

Zhou Zishu poussa un soupir, cet homme avait l'air décidé à perturber sa tranquillité. Il voulait l'éviter à tout prix et se demandait pourquoi l'autre s'obstinait à le suivre. D'ailleurs, comment l'avait-il retrouvé ?

Pour échapper à cette rencontre, Zhou Zishu allait retourner dans sa chambre pour prendre un peu de repos quand une explosion retentit. Aussitôt Zhou Zishu se mit en alerte, observant autour de lui ce qu'il était en train de se passer. L'homme à ses côtés resta calme, presque amusé.

La maison de Chengling était attaquée. Pourquoi ? Par qui ? S'agissait-il de terroristes ou de personnes qui avaient une autre raison d'être là ? Des ennemis de la famille Zhang ? Ou des victimes latérales ?

Zhou Zishu n'avait pas envie de s'en mêler, malgré les cris et les coups de feu. Mais qui était-il s'il ne bougeait pas ?

Il tenta de rentrer dans la maison lorsque Chengling en sortit lui-même, accompagné d'un vieil homme. Aussitôt l'enfant, voyant Zhou Zishu, courut vers lui. Le vieil homme paraissait blessé et s'approcha avec méfiance. Il ne vit pas l'ennemi qui s'avançait derrière eux et c'est Zhou Zishu qui réagit le premier, sautant sur celui-ci, qui tenait une arme. Le désarmant au passage et l'assommant ensuite.

Peut-être à cause de cette action, peut-être parce que Chengling l'avait reconnu, en tout cas le vieil homme parut moins suspicieux. Prenant le poigné de l'enfant, il le tendit vers Zhou Zishu :

— S'il vous plaît, sauvez cet enfant !

Zhou Zishu n'avait pas envie d'être mêlé à cette histoire, mais il ne pouvait pas s'enfuir en abandonnant un enfant. Qui aurait-il été pour faire une chose pareille ?

— Sauvez-le, insista le vieil homme, je dois retourner à l'intérieur.

Zhang Chengling réagit alors :

— Non, mon oncle, non !

— Je dois protéger votre famille, c'est mon devoir.

Puis se tournant de nouveau vers Zhou Zishu il répéta pour la troisième fois :

— S'il vous plaît.

Zhou Zishu attrapa alors le poignet de l'enfant et hocha la tête :

— Je ferai tout mon possible.

Le vieil homme le fixa, puis décida de lui faire confiance, il relâcha Chengling. Il le regarda longuement alors que le jeune le suppliait de ne pas y retourner, les larmes aux yeux.

— Sois fort, lui dit l'homme.

Puis sous le cri de Chengling, il retourna à l'intérieur de la maison, où le bruit des balles continuait de troubler le silence de la nuit.

Zhou Zishu ne relâcha pas l'enfant, même quand celui-ci tenta de se débattre. L'homme bizarre qui l'avait suivi jusqu'ici, s'approcha d'eux :

— Venez dans ma voiture, dit-il, mettons-nous à l'abri.

Zhou Zishu aurait voulu se passer de l'aide de ce type louche, mais s'il fuyait en courant, il y avait des chances qu'on les poursuive. Alors en tirant l'enfant derrière lui, il suivit l'homme.

Zhou Zishu fit monter Chengling dans la voiture, l'enfant se laissa faire, comprenant sans doute que c'était ce qu'il y avait de mieux pour lui pour le moment, ou parce qu'il n'avait plus la force de protester.

L'homme étrange conduisait de façon brutale et à toute vitesse, il doublait n'importe où, il était sûr de lui et souriait comme si la situation n'était pas mauvaise. Chengling restait silencieux et ne paraissait pas voir la conduite dangereuse de l'homme. Zhou Zishu qui s'était assis à l'arrière avec lui le regardait en devinant l'état du garçon.

Finalement, l'homme se gara dans un parking souterrain, et ils sortirent tous de la voiture.

— Merci de nous avoir conduits, dit Zhou Zishu.

— C'est normal, je ne peux pas abandonner une beauté cachée et un enfant en détresse.

Zhou Zishu fronça les sourcils, mais de quoi parlait ce type ? Une beauté cachée ? Était-ce vraiment le moment de dire n'importe quoi ?

— On va se débrouiller maintenant, fit Zhou Zishu.

L'homme prit l'air déçu :

— Mais j'ai fait exprès de vous emmener chez moi.

— Il vaut mieux qu'on parte chacun de notre côté. Le vieil homme m'a demandé à moi de m'occuper de cet enfant. Aucune raison de rester ici.

— Mais ici, vous serez en sécurité.

— Ah bon ? demanda Zhou Zishu méfiant, pourtant ce matin, il me semble avoir été attaqué par quelqu'un que vous connaissez.

— A'Xiang ne vous fera pas de mal, juré ! Elle n'est même pas ici.

Zhou Zishu se sentait épuisé, sa jambe lui faisait mal, il n'avait pas envie de se battre. Il se tourna vers Chengling :

— Qu'est-ce que tu veux toi, gamin ?

L'enfant releva la tête pour la première fois depuis qu'ils étaient ensemble. Il le regarda.

— Vous allez m'aider ?

— Je vais essayer, lui dit Zhou Zishu.

Il tourna sa tête vers l'autre homme :

— Et vous ?

Celui-ci se tourna vers Zhou Zishu pour répondre :

— Et bien j'ai vraiment envie de vous aider, dit-il comme si c'était Zhou Zishu qui avait besoin d'aide et non Zhang Chengling.

Il ne paraissait pas choqué par la violence de cette attaque, comme s'il connaissait déjà ce genre de moments.

L'enfant prit sa décision :

— Pour l'instant on peut rester ici, dit-il l'air épuisé.

Puis serrant les dents et les poings, il ajouta :

— Mais je dois vite aller retrouver mon père et mes frères.

Zhou Zishu et l'autre homme échangèrent un regard. Ils n'étaient pas sûr de l'état dans lequel l'enfant retrouverait sa famille.

L'homme bizarre avait une suite dans l'hôtel très riche où il les avait emmenés. Il expliqua que l'endroit tout entier était à lui et qu'il aimait y vivre. C'était un lieu très riche et bien sécurisé, pas facile d'accès pour des personnes lambda ou mal intentionnés. C'était donc une planque pratique. C'est ce que l'homme expliqua, alors qu'ils étaient tous les trois assis autour d'une table. L'homme avait servi du vin pour lui et Zhou Zishu et un jus de fruits pour Chengling qui n'y toucha pas.

— Au fait, je me présente, Wen Kexing.

Puis il pencha la tête sur le côté, attendant que les autres se présentent à leur tour.

— Zhang Chengling fit l'enfant.

Zhou Zishu mit plus longtemps, réticent.

— Zhou Xu, mentit-il.

Wen Kexing avait les yeux rivés vers lui et souriait, ce qui mettait Zhou Zishu mal à l'aise et il but une gorgée de vin, l'ignorant sciemment.

— On ferait mieux d'aller dormir, proposa Wen Kexing.

Il montra deux chambres vides. Une pour Zhou Zishu l'autre pour Chengling. Mais l'enfant s'accrocha à la manche de Zhou Zishu.

— Oncle Xu, dit-il poliment.

Puis il commença à hésiter, baisser les yeux aussi. Zhou Zishu comprit qu'il n'avait pas envie de rester seul, pas après ce qu'il venait de se passer, mais qu'il n'arrivait pas à l'exprimer, sans doute par peur de passer pour un lâche.

Zhou Zishu attrapa son poignet et entra dans la chambre avec lui. Wen Kexing les suivit tout sourire :

— Je peux vous accompagner, ce sera comme une soirée pyjama.

Zhou Zishu secoua la tête et lui jeta un regard noir. Wen Kexing ne cessa pas de sourire, mais il accepta la défaite et se retira.

— Toi, gamin, fit Zhou Zishu, tu peux prendre le lit.

— Et vous ?

Zhou Zishu se laissa tomber sur le canapé de la chambre.

— Ici, ça ira, affirma-t-il.

L'enfant ne discuta pas, il s'allongea sur le lit. Zhou Zishu écouta sa respiration, sentant bien que Chengling avait du mal à trouver le sommeil. Ce qui était plutôt normal vu la situation. Zhou Zishu avait de la pitié pour ce gosse, même s'il n'avait pas envie d'être mêlé à tout ça, il ne pouvait pas abandonner Chengling à son sort.

xxx

La nuit fut courte. Ils avaient tous très peu dormi. Les infos à la télévision, que Wen Kexing avait allumé, parlaient déjà de ce qu'il s'était passé dans la demeure des Zhang. Zhou Zishu fut le plus rapide pour éteindre le poste, mais c'était trop tard. Chengling avait entendu que la maison avait été brûlée et que les membres de sa famille étaient tous décédés. Il ne put rien manger au petit déjeuner, il ne put que rester là à regarder la table, sans trouver la force de pleurer.

— Il faut que j'aille voir, finit-il par dire.

Ce n'était pas prudent, chaque personne dans la pièce le savait, mais Zhang Chengling releva les yeux et l'air déterminé, il répéta :

— Il faut que j'aille voir, je dois le voir de mes propres yeux, sinon je n'y croirai jamais. Mon père… Mes frères… Ils sont forcément vivants. Forcément.

Zhou Zishu resta silencieux. Wen Kexing en revanche, acquiesça :

— Bien sûr, nous allons y retourner.

— C'est dangereux, grommela Zhou Zishu.

— Et bien, nous prendrons le risque.

Zhou Zishu se frotta les tempes et regarda l'enfant :

— Tu sais que ça ne changera rien à la réalité ?

Chengling hocha la tête fermement, et Zhou Zishu baissa les armes.

— Alors on peut y aller.

Zhou Zishu dut raisonner Wen Kexing quand il le vit porter une chemise beaucoup trop voyante.

— Mettez quelque chose de plus discret, le but n'est pas d'être vu !

— Que dois-je mettre alors ?

— Du blanc, ou du noir.

— C'est d'un triste.

Zhou Zishu fronça les sourcils et Wen Kexing s'exécuta. Dans les affaires de l'homme, ils trouvèrent des chapeaux et Zhou Zishu en enfila un sur la tête de Chengling, il lui mit aussi des lunettes de soleil sur le nez. Tous deux portaient les mêmes vêtements que la veille, mais Zhou Zishu se disait que ça irait. Lui-même portait du noir et du bleu marine, l'enfant portait un simple jean et un tee-shirt blanc.

Wen Kexing se gara assez loin de la demeure des Zhang, ils feraient le reste à pied. Ils ne parlèrent pas au cours du trajet, sans doute parce que le plus jeune avait l'air à la fois déterminé et déprimé.

Ils restèrent en retrait de la demeure, observant la scène depuis la ruelle d'en face. La maison, ou du moins ce qu'il en restait, était entourée de ruban jaune, montrant qu'une enquête était en cours. Chengling se mordit le poing en voyant ce qu'il restait de son chez lui. Le toit était effondré, les murs étaient brûlés, les arbres avaient eux aussi mauvaise mine. Il ne restait pas grand-chose de cette maison où il avait vécu. La police était encore là, ainsi qu'un médecin légiste et des journalistes.

Impossible de s'approcher plus près sans se faire remarquer, mais en voyant les dégâts, Chengling avait compris qu'il avait réellement perdu sa famille. Le choc fut rude pour cet enfant, il resta là les bras ballants, empli de tristesse et de colère. Zhou Zishu et Wen Kexing finirent par le tirer en arrière et tous s'éloignèrent de l'endroit.

— Pour l'instant, rentrons ! proposa Wen Kexing.

N'ayant aucune objection, ils retournèrent à la voiture et montèrent dedans.

L'enfant pleura tout le long du trajet, d'amères larmes coulaient de ses yeux tandis qu'il serrait les dents. Il ne verrait plus jamais son père ni ses frères. Sa famille. Il était seul au monde désormais, il ne lui restait plus que ces deux hommes qui l'avaient par hasard sauvé. Deux hommes dont il ne savait rien, si ce n'était comment ils s'appelaient.

Celui qui se nommait Wen Kexing avait l'air bavard, enjoué et un peu beau parleur. Il ne semblait guère affecté par ce qu'il se passait, mais ça ne l'empêchait pas de garder un œil sur Chengling. Celui qui se faisait appeler Zhou Xu paraissait froid et distant, il était difficile d'apercevoir son visage derrière sa barbe, ses cheveux longs et la saleté, mais il n'avait pas hésité une seule seconde et avait sauvé Chengling. Bizarrement, à leur manière, ils donnaient tous les deux envies de leur faire confiance. Peut-être qu'il avait tort, mais en qui pouvait-il croire alors que sa famille venait de se faire décimer ?

— Je peux vous payer, dit-il une fois qu'ils furent de retour à l'hôtel.

Zhou Xu balaya la proposition d'un geste de la main et Wen Kexing, tout sourire, s'exclama :

— L'argent n'est pas un problème ! En revanche, ce qui l'est, c'est la dégaine de Zhou Xu.

Puis se rapprochant de l'autre homme, il fit :

— Je suis sûr que vous dissimulez votre beauté derrière cette affreuse barbe.

Le concerné se recula en levant les yeux au ciel. Chengling observa ce manège, puis s'agenouilla sur le sol :

— Merci de prendre soin de moi, dit-il.

Aussitôt les deux hommes attrapèrent l'un de ses bras pour le forcer à se relever. Zhou Xu lui demanda :

— As-tu de la famille où nous pourrions te conduire ? En qui tu as toute confiance ?

Chengling secoua la tête.

— Mon père était en froid avec ses anciens amis et je n'avais que lui et mes frères comme famille. Je ne sais pas où aller, conclue Chengling tristement.

— Tu peux rester ici autant que tu le veux, proposa Wen Kexing. Vous aussi Zhou Xu.

— Non, dit celui-ci, je n'aime pas rester longtemps au même endroit.

— Dans ce cas-là, on peut bouger ensemble.

Zhou Zhishu regarda Wen Kexing comme quelque chose de gênant sur son chemin et celui-ci, plutôt que de se vexer, agrandit son sourire. Zhou Zishu l'ignora et se tourna vers Chengling :

— Tu as quel âge ?

— Quatorze ans.

C'était jeune pour perdre sa famille, mais Zhou Zishu avait perdu ses parents plus jeunes encore. Il s'approcha de lui, et protecteur, il posa une main sur son épaule :

— Et qu'as-tu envie de faire ?

— Venger ma famille, dit-il.

— C'est une voie dangereuse, assura Zhou Zishu.

— Mais je dois le faire, je ne peux pas rester sans rien faire.

— Et comment vas-tu t'y prendre ? Est-ce que tu sais qui a fait ça ?

— Non.

— Et même si tu le savais, est-ce que tu sais te battre ?

— Non.

— Tu as déjà tenu une arme ?

— Jamais.

— Sans parler de tuer quelqu'un…

Chengling regardait le sol, les larmes lui remontant aux yeux. Wen Kexing intervint :

— Pour le moment, va prendre un bon bain chaud, ça te fera du bien et te remettra les idées au clair. C'est normal de vouloir se venger, mais il faut faire les choses une par une. Inutile de se précipiter.

Zhou Zhishu regarda Wen Kexing, il parlait comme quelqu'un qui sait ce qu'est l'envie de se venger. Ceci dit, il ne fit pas de commentaire. L'enfant s'exécuta et se rendit dans la salle de bain. Pendant qu'il se lavait, Wen Kexing passa un coup de fil et une demi-heure plus tard, la jeune femme qui avait menacé Zhou Zhishu dans la rue se présentait à la porte.

— Vous ! s'exclama-t-elle en le reconnaissant et en le pointant du doigt.

— Moi, dit-il.

— Maître, qu'est ce que ce clochard fait chez vous ? Je croyais que je devais acheter des habits pour un ado de quatorze ans !

— C'est exact A'Xiang. C'est bien ce que je t'ai demandé.

— Alors que fait ce type ici ?

Avant qu'on ne puisse lui répondre, Chengling sortit de la salle de bain. Il avait remis ses vêtements sales et A'Xiang le fixa un moment avant de lui tendre les habits qu'elle avait achetés. Chengling la remercia d'une petite voix et retourna s'enfermer dans la salle de bains pour se changer. A'Xiang se tourna vers son « maître » pour obtenir des explications. Wen Kexing la fit s'assoir et lui raconta tout. Zhou Zishu resta silencieux, pensif.

Il repassait la soirée dans sa tête, essayait de comprendre ce qui avait pu se passer. Est-ce que le père de Chengling était en conflit avec quelqu'un ? L'enfant avait parlé d'amis avec lesquels il était en froid, est-ce qu'un de ces hommes aurait pu vouloir abattre toute la famille Zhang ? Son cerveau tournait à toute vitesse, mais il sentait le regard de Wen Kexing sur lui. Qui était cet homme ? Était-ce un hasard s'il s'était trouvé là cette nuit-là ?

Pouvait-on lui faire confiance ?

Quand Chengling sortit enfin de la salle de bain, Wen Kexing ricana gentiment. A'Xiang devait avoir l'habitude des affaires très voyantes de son « maître », et avait pris à Chengling un tee-shirt jaune fluo. Ce dernier ne réagit même pas, surement pas d'humeur à rire.

Wen Kexing indiqua la salle de bain à Zhou Zishu :

— Si ça vous dit.

Zhou Zishu accepta la demande. Même si la saleté faisait partie de son « déguisement », il avait envie de se sentir plus frais. Tant qu'il resterait ici de toute façon, qui le reconnaîtrait ?

Il se lava sous la douche, se débarrasser de la crasse lui fit du bien, il se shampouina les cheveux longtemps et frotta tout son corps avec le savon. Il ne se gêna pas pour se rincer longuement. Wen Kexing lui avait prêté des vêtements à peu près sobres, l'homme était un peu plus grand que Zhou Zishu, mais ça irait. Il sécha vite fait ses cheveux avec une serviette et les coiffa pour enlever les nœuds, tout en les laissant faire leur vie sur sa tête. Il sortit de la salle de bain et Wen Kexing aussitôt sourit comme s'il venait de découvrir un trésor.

— Magnifique, dit-il, c'est déjà beaucoup mieux ainsi.

Zhou Zishu leva les yeux au ciel, il n'était plus sale okay, mais il lui restait sa barbe et ses cheveux pour dissimuler son visage.

Ils mangèrent tous ensemble, Chengling ne parla pas et toucha à peine à son repas. Ce qui énerva A'Xiang qui lui fit remarquer qu'il avait de la chance de pouvoir manger. Wen Kexing tenta de l'arrêter, mais c'était trop tard, les larmes de Chengling recommencèrent à couler. Il se força cependant à tout manger. Ensuite, il alla directement se coucher.

La jeune fille s'occupa de la vaisselle, nettoya un peu et alla se coucher à son tour, dans sa chambre à elle.

Wen Kexing et Zhou Zishu restèrent seuls, le premier proposa à l'autre d'ouvrir une bouteille de vin et Zhou Zishu accepta. Ils allèrent s'asseoir sur le balcon. Il faisait frais, mais cela faisait du bien. Les lumières de la ville illuminaient le monde, et on ne voyait guère les étoiles. Zhou Zishu se disait qu'il partirait bien à la campagne quand il reprendrait son périple.

— Parlez-moi de vous, demanda finalement Zhou Zishu.

— Ooooh, vous voulez en savoir plus sur moi ? Je suis tellement flatté, s'excita Wen Kexing.

— Laissez tomber ce que je viens de vous demander, soupira Zhou Zishu.

— Et bien on peut dire de moi que je suis un genre de héros des temps modernes, fit Wen Kexing ignorant la remarque de l'autre homme, un peu comme Robin des Bois.

— Vous volez aux riches pour donner aux pauvres ? Pourtant, il me semblait que votre servante disait qu'il était interdit de mendier sur « votre territoire ».

— A'Xiang s'emballe bien vite, elle ne connait pas grand-chose du monde. Mais de mon côté, je fais de mon mieux pour punir les méchants.

— Vous portez des collants et votre slip sur votre pantalon ?

Wen Kexing éclata de rire et même Zhou Zishu eut un sourire.

— Non, j'imagine que votre costume est plutôt une chemise fuchsia ou quelque chose de ce genre.

— Vous tombez juste.

Un petit silence s'installa, pas désagréable. Zhou Zishu buvait tranquillement son vin.

— Et vous ? demanda Wen Kexing. Vous voulez me parler de vous ?

— Il n'y a pas grand-chose à en dire, fit Zhou Zishu.

— Je suis curieux de savoir ce qu'est ce « pas grand-chose ».

Zhou Zishu leva son verre et doucement cogna sur celui de Wen Kexing puis il but sans répondre. Ce n'était pas qu'il se voulait mystérieux, c'était simplement que pour le moment, le passé était bien là où il était : derrière lui.

— Je n'aspire qu'à une chose, dit-il finalement.

— Quoi donc ?

— La paix.

— C'est tout ? Vous ne rêvez pas de gloire ? De richesse ?

Zhou Zishu fit signe que non avec la tête.

— Il ne s'agit que de cupidité. Au final, la paix, la tranquillité, compte beaucoup plus.

Wen Kexing eut un sourire tendre. Il aimait cette façon de penser.

— Tu as raison A'xu, lâcha-t-il.

Zhou Zishu tourna ses yeux vers lui, sans doute parce que Wen Kexing en plus de l'avoir tutoyé, l'avait appelé assez familièrement. Pourtant il ne réagit pas. Cet homme n'en ferait qu'à sa tête, il le sentait. Inutile de se battre pour une chose comme celle-ci. À la place, il le resservit en vin et remplit son verre en même temps.

À suivre.

L'autatrice : hey, une nouvelle fic sur Word of Honor. C'est un univers alternatif, mais j'ai essayé de coller au drama, et aux personnages. Comme je ne suis pas douée pour tout ce qui est action, ça peut être un peu brouillon peut-être, malgré ça, j'espère que cette fic vous plaira.