2. Course poursuite.
Zhou Zishu n'avait pas envie de se lever. Alors pourquoi fallait-il que Wen Kexing rentre dans sa chambre et ouvre les volets, faisant entrer le soleil ? Zhou Zishu chercha à se cacher sous sa couverture, mais l'autre commença à tirer dessus :
— Allez ! Debout A'Xu. Une belle journée commence !
— Fiche-moi la paix, grommela Zhou Zishu.
— J'ai très envie d'aller me balader avec toi, mais il faut que tu te lèves.
Zhou Zishu se tourna sur le côté, lui montrant son dos, mais Wen Kexing ne le laissa pas tranquille, l'enquiquinant jusqu'à ce qu'il se lève, de plutôt mauvaise humeur. Il ne parla pas tant qu'il n'eut pas pris son café et un bon petit déjeuner. Chengling était déjà levé et restait assis devant la télé sans rien dire.
— Bon, on va faire le marché, annonça Wen Kexing à la fin du petit déjeuner, A'Xiang, on te confie Chengling, ne sois pas trop dure avec lui.
La jeune fille fit la moue :
— Je voulais aller au marché moi aussi, pas faire du baby sitting.
— Je n'ai pas besoin qu'on me garde, et je peux venir, annonça Chengling.
Ce n'était pas spécialement prudent, mais malgré le danger que ça représentait, ils décidèrent d'y aller tous les quatre. C'était mieux que laisser Chengling seul devant la télé à ressasser. Ça lui changerait les idées. Et puis, Zhou Zishu protégerait Chengling, il s'en savait capable. Pour éviter qu'on reconnaisse l'adolescent, on lui mit à nouveau un chapeau et des lunettes. Ce n'était pas parfait mais ça irait.
Au marché, A'Xiang s'amusa comme une gamine, elle était jeune donc ce n'était pas un problème. Mais Wen Kexing semblait tout aussi foufou qu'elle. Il voulait acheter toutes les babioles qu'il croisait, des coques de portables qu'il trouvait mignonnes, ou des foulards de toutes les couleurs, des portefeuilles arc-en-ciel. Il prit du nougat aux noix et partagea avec Zhou Zishu, Chengling et A'Xiang.
Ça faisait longtemps que Zhou Zishu n'avait pas été accompagné. Il était resté seul depuis combien de temps ? Il n'avait pas compté les jours. Tout à coup avoir beaucoup d'animation à côté de lui, lui paraissait bizarre, sans être totalement désagréable non plus.
— Regarde A'Xu, s'exclama Wen Kexing comme un enfant de trois ans en le tirant par la manche, un ventilateur à main. Il suffit d'appuyer sur le bouton et hop on peut se rafraichir. C'est très pratique non ? Plus qu'un éventail.
Zhou Zishu secoua la tête comme s'il était exaspéré, mais il y avait une pointe de divertissement dans son geste. De quelle planète descendait Wen Kexing ?
— Les éventails sont plus jolis, dit-il au hasard.
Wen Kexing sortit alors celui qu'il portait sur lui et le déplia pour se faire de l'air :
— Tu as raison, dit-il, l'éventail fait ressortir ma classe naturelle.
Zhou Zishu sourit de façon narquoise, comme s'il doutait de cette fameuse classe naturelle, mais ses yeux pétillaient d'amusement. Wen Kexing eut un instant l'impression d'être un iceberg un jour de canicule.
— Si seulement tu me montrais ton joli visage, je pense que ton sourire serait encore plus beau dit-il.
Zhou Zishu leva les yeux au ciel, tandis que Wen Kexing le fixait. A'Xiang mit fin à la scène en venant tirer son maître par le bras afin de lui montrer quelque chose de génial qu'elle avait vu. Chengling, depuis le début, était assez silencieux.
— Ça va ? lui demanda Zhou Zishu sachant que ça n'allait pas. Ils ne te donnent pas le tournis ?
Chengling secoua doucement la tête.
— Ils sont amusants, dit-il.
Zhou Zhisu posa sa main sur l'épaule de Chengling en un geste affectueux, pour le soutenir. Le gamin n'allait pas se remettre du jour au lendemain d'une telle perte, mais il restait debout et courageux. Il n'était pas seul, cela devait aider.
Les ennuis arrivèrent quand ils quittèrent le marché. Des affiches de Chengling étaient affichées et les informations dans les journaux et à la télévision parlaient de lui. Même avec sa casquette et ses lunettes de soleil, quelqu'un le reconnut et appela la police.
Attablés à la terrasse d'un café, Wen Kexing et Zhou Zishu buvaient un verre de vin et ne se méfiaient pas suffisamment. Chengling sirotait un diabolo et A'Xiang un jus de fruits. Ils étaient tranquilles jusqu'à ce qu'un homme pose sa main sur l'épaule de Chengling.
— Zhang Chengling ?
Le gamin leva les yeux, deux policiers en uniforme se tenaient derrière lui. Même s'il ne répondit pas, les deux hommes lui demandèrent de les suivre. Zhou Zishu, Wen Kexing et A'Xiang froncèrent tous les trois les sourcils.
— Nous avons des questions à vous poser sur ce qu'il s'est passé chez vous, insistèrent les policiers.
Chengling devenait plus pâle au fur et à mesure que les hommes parlaient. D'autant plus que la poigne avec lequel on le tenait était désagréable et absolument pas bienveillante. Cela ressemblait plus à une menace qu'à une demande. Zhou Zishu intervint :
— Vous devez vous tromper de personne, dit-il. Nous ne connaissons pas de Zhang Chengling.
— Tout à fait surenchérit Wen Kexing, cet enfant est mon fils.
Il le disait si sérieusement qu'on aurait presque pu le croire. Presque.
— Veuillez nous suivre, insista le policier ignorant les deux hommes.
Sur ces mots, il força Chengling à se mettre debout. Aussitôt les trois autres se retrouvèrent sur leurs pieds.
— Suivez-nous, répéta le policier, à moins que ses hommes ne vous tiennent en otage et que vous ne savez pas comment leur échapper ?
A'Xiang ouvrit la bouche comme pour s'offusquer, mais Wen Kexing l'empêcha de parler. Zhou Zishu fut le premier à réagir. Il attrapa le bras de l'homme en uniforme et le tordit pour qu'il lâche Chengling.
L'autre policier tenta une approche, il se reçut un coup de pied dans l'estomac de la part de Zhou Zishu. Puis il poussa Chengling vers Wen Kexing et A'Xiang :
— Gardez un œil sur lui pendant que je m'occupe du problème.
D'autres hommes arrivaient de tous les côtés et encadrèrent Zhou Zishu. Celui-ci n'éprouva aucune peur, seulement un agacement profond. Il ne savait pas si ces hommes étaient réellement des policiers, ou bien s'ils étaient des gens déguisés, dans un cas comme dans l'autre, il s'en fichait, leurs intentions paraissaient mauvaises, il protégerait Chengling. De toute façon, avec son passif, Zhou Zishu n'avait pas vraiment peur des autorités, même s'il aurait aimé ne pas se faire remarquer.
Un des policiers attaqua, tentant de l'assommer avec sa matraque électrique, Zhou Zishu fit un pas de côté pour l'éviter et lui enfonça son coude dans les côtes. Tous les autres se jetèrent sur lui en même temps, mais aucun n'arriva à le toucher. Zhou Zishu était insaisissable, il se défendait très bien et évitait tous les coups, une vraie anguille. Les policiers (ou gens déguisés) n'utilisaient pas leurs pistolets, sans doute pour ne pas blesser les gens autour qui s'affolaient de ce combat en plein jour, et cela arrangeait Zhou Zishu.
Tout en combattant, Zhou Zishu gardait un œil sur Chengling. Wen Kexing était toujours assis à la table avec A'Xiang et tous deux buvaient tranquillement en admirant le spectacle. Chengling était debout, les yeux écarquillés. Un des policiers tenta de l'approcher, mais Wen Kexing lui fit un croche-pied et lui donna un coup sur la nuque avec le plat de sa main pour l'assommer.
— Pas touche au petit, dit-il, j'en ai la garde.
Zhou Zishu avait beau savoir se battre, sa douleur à la jambe le rattrapait, il n'était plus aussi opérationnel qu'avant sa blessure. Il se fatiguait beaucoup plus vite aussi. Et les policiers étaient nombreux. Pourtant, malgré la situation, aucun des hommes ne réussissait à le toucher. Zhou Zishu ramassa une matraque électrique et l'utilisa sur les assaillants qui s'approchaient trop près.
Wen Kexing admirait le spectacle depuis les premières loges. Il souriait et était à deux doigts d'applaudir cet homme qu'il trouvait sublime, jusqu'à ce que ce dernier ait une faiblesse à cause de sa jambe. Zhou Zishu posa un genou à terre, reprenant sa respiration. Wen Kexing fit signe à A'Xiang qu'il était temps de partir. Celle-ci attrapa la main de Chengling pour l'entraîner avec elle. Wen Kexing se leva et se mit devant Zhou Zishu :
— À moi de m'amuser maintenant !
Il sortit une bombe lacrymogène et ne se gêna pas pour en asperger ceux qui s'approchaient. Zhou Zishu se releva. Ils se retrouvèrent à deux, dos contre dos, défiant les hommes autour d'eux plus nombreux qu'eux mais aussi plus faibles. Ils profitèrent que les policiers se frottent les yeux pour déguerpir tous les deux à leur tour.
Wen Kexing semblait connaître chaque ruelle par cœur et guidait Zou Zishu qui le suivait, malgré la douleur à sa jambe qui devenait de plus en plus forte.
Ils s'arrêtèrent finalement pour se cacher derrière les poubelles d'une ruelle étroite. Zhou Zishu s'assit pour reprendre son souffle et se massa la jambe. Wen Kexing resta silencieux et vérifiait si les assaillants étaient toujours à leur trousse.
— Je pense qu'on les a semés, fit Wen Kexing au bout d'un moment.
Zhou Zishu tenta de se relever, mais la douleur lui fit comprendre qu'il allait devoir rester assis quelques minutes de plus.
— Une vieille blessure ? interrogea Wen Kexing.
Zhou Zishu ne répondit pas.
— J'avais remarqué que tu avais un léger boitement quand tu marchais, je ne savais pas si ça faisait partie de ton déguisement ou non.
Une nouvelle fois, Wen Kexing fit face au silence.
— Dans tous les cas, ça faisait longtemps que je n'avais pas vu quelqu'un se battre aussi bien, tu as appris ça où ?
Zhou Zishu haussa les épaules pour toute réponse.
Devant son mutisme, Wen Kexing n'insista pas plus longtemps. Il l'aida à se relever et passa un bras autour de lui pour le soutenir. Zhou Zishu serra les dents. Il se détestait, il ne supportait pas de se sentir aussi faible, parfois, il regrettait de ne pas être mort tout simplement. Une balle dans la tête plutôt que dans la jambe.
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A'Xiang et Chengling avaient réussi à rejoindre l'hôtel sans encombre. Zhou Zishu se laissa tomber sur le canapé quand ils arrivèrent et lorsque Wen Kexing lui proposa de lui masser la jambe, il poussa un soupir et affirma qu'il allait bien et que ce n'était pas la peine. Wen Kexing approcha quand même ses mains de la jambe, mais Zhou Zishu le repoussa mécontent. Chengling vint s'asseoir à côté de lui, avec dans les yeux autre chose que de la tristesse. Une sorte d'admiration :
— Vous êtes vraiment très fort oncle Zhou, dit-il, j'aimerais vraiment être fort comme vous. Comme ça je pourrais me venger sans problème.
— Ce n'est pas parce que tu connais quelques prises que tu deviens imperméable aux balles, lâcha Zhou Zishu.
— Mais quand même, j'aimerais que vous soyez mon maître !
Zhou Zishu secoua la tête :
— Ne raconte pas de bêtises !
Il se releva et alla se reposer dans sa chambre. Wen Kexing consola Chengling en lui disant de ne pas abandonner.
— A'Xu est peut-être froid à l'extérieur, mais je suis sûr qu'il est chaud à l'intérieur. Donc, accroche-toi.
Chengling écouta ce conseil en hochant la tête d'un air déterminé. Il ferait tout pour apprendre de celui qu'il appelait Zhou Xu, parce qu'il avait découvert à quel point cet homme était fort. Et il l'avait protégé envers et contre tout. Chengling sentait que c'était quelqu'un de bien.
Wen Kexing demanda à A'Xiang d'aller voir ce qu'il se passait en ville, d'enquêter sur les policiers qui avaient attaqués. Il doutait fortement qu'il se soit agi des véritables forces de l'ordre. Pour lui, c'était un clan qui voulait récupérer Chengling à tout prix. Peut-être qu'ils étaient déguisés, peut-être avaient-ils des connaissances dans les forces de police, peu importait, c'était bien Chengling leur cible. Oui, mais pourquoi ? Pour l'empêcher de parler de ce qu'il s'était passé cette nuit-là ? De dire ce qu'il avait vu ? Ou bien y avait-il autre chose ? Pourquoi avoir attaqué la famille de l'enfant, et pourquoi s'intéresser à lui ?
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Zhou Zishu se massa longuement la jambe, seul dans la chambre. Il réfléchissait lui aussi, et il en venait aux mêmes conclusions que Wen Kexing. Les policiers ne devaient pas en être (ou bien étaient-ils vendus). Quelqu'un voulait récupérer Chengling. Le gamin était en danger.
Il soupira. Dans quels ennuis était-il tombés ? La paix et la tranquillité, auxquelles Zhou Zishu aspirait, semblaient l'avoir fui. Lui qui voulait finir sa vie avec une bouteille de vin et un peu de soleil, il se retrouvait mêlé à une affaire qui ne le regardait pas, une affaire dangereuse qui attirait les ennuis jusqu'à lui.
Mais abandonner un gosse, c'était au-dessus de ses moyens. Avant de retrouver sa tranquillité, il allait devoir d'abord confier Chengling a une personne de confiance. Mais qui ? Chengling lui-même disait qu'il n'avait pas d'autres familles et que son père était en froid avec ses anciens amis. N'y avait-il vraiment personne pour prendre soin de cet enfant ?
La douleur à sa jambe le quitta doucement tandis que les questions sans réponse le hantaient.
Que faire de Chengling ?
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Le soir, alors qu'ils dinaient un repas préparé par Wen Kexing, A'Xiang revint avec des informations. Comme Wen Kexing et Zhou Zishu l'avaient deviné, les policiers n'en étaient pas et le grabuge qu'ils avaient provoqué en ville avait fait grand bruit.
— Du coup, Chengling et vous Zhou Xu, vous êtes tous les deux recherchés et vos portraits sont placardés partout.
— Et pas nous ? interrogea Wen Kexing.
— Comme on n'a pas pris part au combat ou suelement vers la fin, je suppose qu'on s'est moins intéressé à nous, ou bien qu'ils vous ont mal vu.
Zhou Zishu se frotta les cheveux. Génial, il était recherché, lui qui devait faire profil bas. Il poussa un soupire et Wen Kexing lança :
— On n'a qu'à bouger d'ici, ce sera plus simple. Le temps que ça se tasse.
— Ils ne vont pas abandonner les recherches simplement parce qu'on bouge, constata Zhou Zishu.
— Mais, ça ne leur facilitera pas la tâche, rétorqua Wen Kexing.
C'était vrai. Il fallait leur mettre des bâtons dans les roues, et le meilleur moyen c'était de bouger.
Et de se déguiser ou, dans son cas, d'enlever son déguisement.
A'Xiang avait arraché une des affiches de recherches. Une photo de Chengling et un dessin approximatif de Zhou Zishu. Un homme avec les cheveux en bataille et une grosse barbe. Zhou Zishu souffla. Il était peut-être temps de changer de look. Il s'enferma dans la salle de bain, emprunta le rasoir de Wen Kexing et commença à éliminer cette barbe à laquelle il avait fini par s'habituer. Il se nettoya les joues et le visage, coiffa ses cheveux et les attacha en arrière avec un élastique.
C'était étrange, c'était bien son visage, mais il avait du mal à se reconnaître. Il avait passé trop de temps à être quelqu'un d'autre. Ses joues étaient rondes, son menton carré. Il avait l'impression d'être plus jeune.
Il sortit de la salle de bain et Wen Kexing le fixa longuement.
— Un homme entre dans la salle de bain et un autre homme en sort, commenta-t-il.
— C'est toujours moi, fit Zhou Zishu.
— Oh oui, c'est bien toi. Je savais bien que tu cachais tout ton charme derrière cette barbe affreuse.
Zhou Zishu leva les yeux très haut au ciel tandis que Wen Kexing continuait de l'admirer. Zhou Zishu posa sa main sur ses yeux pour qu'il arrête.
— C'est bon, n'en rajoute pas, dit-il.
— Mais tu es tellement beau, je suis obligé de t'admirer.
Soupir de la part de Zhou Zishu qui retira sa main :
— Bon, fais comme tu veux.
Chengling, qui était en train de se reposer dans sa chambre, ne le reconnut pas tout de suite quand il le vit. Il cligna plusieurs fois des yeux avant de comprendre que Zhou Zishu s'était rasé et avait attaché ses cheveux. A'Xiang, tout aussi surprise, s'approcha de lui pour caresser ses joues en le complimentant. Il lui sourit et Wen Kexing se renfrogna :
— Pourquoi A'Xiang a le droit de te toucher et pas moi ?
— Tu n'es pas une jolie fille, rétorqua Zhou Zishu l'air amusé.
A'Xiang fut toute fière du compliment indirect. Zhou Zishu taquinait Wen Kexing, il semblait trouver drôle de le voir prendre l'air boudeur. Il ne le connaissait pas bien, mais Zhou Zishu se surprit à trouver amusant de l'embêter.
Ils décidèrent de partir de nuit. A'Xiang ne les accompagnerait pas, mais Wen Kexing lui avait longuement parlé de ce qu'elle devrait faire pendant son absence. Zhou Zishu était sur le balcon à boire du vin, sans les écouter. Chengling vint le rejoindre.
— Maître, l'appela-t-il, j'aimerais vraiment apprendre avec vous.
— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, et puis que sais-tu de moi ?
— J'en sais suffisamment pour vous faire confiance.
— Ah bon ?
Chengling hocha la tête, affirmatif. Zhou Zishu soupira. C'était bizarre que quelqu'un lui demande de devenir son « maître », de lui apprendre à se battre. Il pensait qu'il n'aurait plus jamais l'occasion d'apprendre à quelqu'un ce qu'on lui avait appris plus jeune, et en même temps, était-ce une bonne idée ?
Se battre pouvait être une tellement grande souffrance.
Se battre pouvait signifier faire la guerre. Et Zhou Zishu ne souhaitait ça à personne, et surtout pas à un gosse d'à peine quatorze ans. Qu'il veuille ou pas venger sa famille.
On pouvait bien maîtriser les arts martiaux, on n'en devenait pas invincible non plus. On pouvait se prendre une balle et mourir, se prendre une bombe et mourir. Ce n'était pas un jeu.
C'était peut-être pour préserver Chengling de tout ça, qu'il refusait.
Mais c'était stupide.
Parce que se battre pouvait signifier « savoir se défendre » et parfois même « protéger les autres et se protéger soi-même ».
Zhou Zishu resta silencieux, jusqu'à ce qu'à son tour, Wen Kexing les rejoigne. Celui-ci prit le verre de Zhou Zishu pour boire une gorgée de vin dedans, et Zhou Zishu essuya son verre avant d'y apposer ses lèvres. Wen Kexing s'en amusa et ne le prit pas mal, de toute façon Zhou Zishu était tellement beau, qu'il était trop ébloui pour lui en vouloir de quoi que ce soit. Chengling décida de les laisser seuls tous les deux et rentra à l'intérieur de la suite.
— Il y a un endroit où tu voudrais aller A'Xu ? demanda Wen Kexing une fois l'adolescent partit.
Zhou Zishu pensa à sa maison, son chez lui, laissé à l'abandon. Mais il savait qu'il ne pouvait pas y retourner, parce que c'était sans doute là qu'on le chercherait en premier.
— Quelque part où on peut voir les étoiles, répondit-il alors simplement.
— J'aime bien cette idée, fit Wen Kexing.
Zhou Zishu se servit un nouveau verre.
— Dis-moi quelque chose Lao Wen.
— Oui ? Que veux-tu savoir ?
— Qui es-tu vraiment ?
Wen Kexing prit l'air mystérieux avant de répondre :
— Je te l'ai déjà dit, il me semble.
— Oui oui, un héros des temps modernes, mais encore ?
— Et toi A'Xu, tu veux m'en dire plus sur toi ? Par exemple, pourquoi caches-tu un si beau visage ?
Zhou Zishu savait qu'il noyait le poisson, mais lui-même ne répondit rien. Qu'avait-il à dire de toute façon ? Le passé était le passé, il n'avait pas envie d'y revenir. Pas pour le moment.
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Zhou Zishu regardait le coupé rouge de Wen Kexing d'un air blasé :
— Tu n'as pas une voiture plus discrète ?
— Pourquoi ? Celle-ci est très bien et va très vite.
— Je pense plutôt qu'on va tout de suite se faire repérer.
— Sinon j'ai une Porsche.
— Il n'y aura pas assez de place. Tu comptes mettre Chengling dans le coffre ?
Wen Kexing se décida donc pour une twingo bleue, après tout, elle servait pour ce genre de choses, être discret. Wen Kexing ne l'utilisait donc que très rarement. La discrétion, ce n'était pas son truc.
Au bout de moins de deux kilomètres, Zhou Zishu lui ordonna d'arrêter la voiture.
— J'ai peur que si tu continues à être au volant, nous allons finir plus vite que prévu parmi les étoiles, dit-il
— Tu trouves que je conduis mal ? demanda Wen Kexing d'une voix penaude.
— Euphémisme, grommela Zhou Zishu.
Wen Kexing laissa donc sa place à Zhou Zishu.
— Est-ce que tu te prends pour un papy ? demanda-t-il au bout de quelques minutes.
— Non, c'est ce qu'on appelle respecter le code de la route.
— Je vois, j'imagine qu'à cette allure, on n'est pas près d'atteindre l'endroit où on va.
Endroit sur lequel ils ne s'étaient pas encore totalement décidés d'ailleurs. Pour le moment ils pensaient surtout à sortir de cette ville. Chengling était assis à l'arrière et les roulis de la voiture le berçaient, il préférait largement quand c'était Zhou Xu au volant.
— Je crois qu'on va avoir un problème, lâcha alors l'homme qui conduisait.
Il venait d'apercevoir les flics (des faux ? Des vrais ?) qui arrêtaient certaines voitures pour les fouiller.
— Un contrôle, constata Zhou Zishu, Chengling allonge toi.
L'enfant obéit. Zhou Zishu ralentit, prit son visage le plus sincère et honnête, Wen Kexing faisant pareil à ses côtés. Il ne fallait surtout pas qu'on les arrête, pas maintenant, car ils ne pourraient pas expliquer la présence de Chengling dans la voiture. Zhou Zishu avait eu une bonne idée de se raser la barbe, le rendant méconnaissable. Il ne ressemblait plus du tout à l'autoportrait qu'on avait fait de lui.
Malgré ça, un policier lui fit signe de s'arrêter. Zhou Zishu savait qu'il ne pouvait pas faire ça. À partir du moment où l'on reconnaitrait Chengling dans la voiture, ils auraient des ennuis et ne pourraient pas s'enfuir comme c'était prévu.
— Accrochez-vous, ça va un peu secouer ! Lâcha-t-il alors.
Il appuya sur l'accélérateur subitement. Fini la conduite douce et tranquille. Il roula très vite pour échapper aux flics, mais ceux-ci montèrent dans leur voiture pour les poursuivre.
Zhou Zishu était concentré sur la route et sur les bagnoles derrière lui, sachant qu'il fallait qu'il les sème à tout prix. Il doublait n'importe où, faisait des queues de poisson, dérapait dans les ronds-points, faisait des demi-tours où c'était interdit, prenait des rues à sens unique. Il ne connaissait pas vraiment la ville, mais il agissait au feeling et surtout, il ne quittait pas la route des yeux. Trop occupé pour se préoccuper de ses passagers qui se cramponnaient. Il fit même voler la voiture en prenant un dos d'âne à une vitesse peu recommandée. Une scène d'action digne des meilleures cascades dans les films hollywoodiens. Il ne se calma qu'après avoir enfin semé les voitures de flics et être enfin sortit de la ville.
— Est-ce qu'il y a une crevasse pas loin ? demanda-t-il.
— Pourquoi ? interrogea Wen Kexing, tu veux nous jeter dedans ?
— En quelques sortes.
Même Wen Kexing, qui avait une conduite sportive, ne s'attendait pas à ce qu'A'Xu et sa conduite pépère, se transforme en fou du volant. Il n'avait même pas eu le temps d'avoir peur et maintenant il se sentait admiratif. Chengling, lui, était sur le point de vomir son dîner.
Wen Kexing lui indiqua une route peu fréquentée qui longeait un long fossé. Tomber de là c'était signer son arrêt de mort.
— Tu es sûr de ce que tu fais ? lui demanda Wen Kexing.
— Oui. Tu ne tiens pas trop à cette voiture j'espère, annonça-t-il.
— Mais je tiens à la vie, et à la tienne aussi, et à celle de notre enfant, cru bon de dire Wen Kexing.
Zhou Zishu ne prit pas la peine de répondre, il fit une manœuvre et la voiture se retrouva face à la crevasse.
— Okay, au moins si nous mourrons ensemble, ça a quelque chose de romantique, lâcha Wen Kexing. Un dernier mot avant de faire le grand plongeon ?
Zhou Zishu l'ignora et ouvrit sa portière, il ordonna :
— Bien, descendez maintenant, il va falloir pousser.
Wen Kexing comprit qu'il voulait se débarrasser de la voiture, mais pas de leur vie. Zhou Zishu avait laissé le moteur allumé, et à force de pousser, la voiture dégringola la crevasse.
— Maintenant, il va falloir marcher, dit-il, ce sera plus discret pour le moment.
Il faisait nuit, il fallait qu'il regarde où mettre les pieds. Wen Kexing parlait :
— Je ne savais pas que tu étais aussi doué en voiture, dit-il, y a-t-il quelque chose que tu ne saches pas faire ?
— Te faire taire, répondit-il à moitié pour plaisanter.
Wen Kexing sourit. Chengling suivait. Au bout de plusieurs kilomètres, ils atteignirent un petit village. Chengling paraissait épuisé et Zhou Zishu boitait de plus en plus, il était temps de faire une pause. Ils se posèrent tous les trois sur un banc dans un parc d'enfants pour souffler. Zhou Zishu se massa la jambe et Chengling s'endormit la tête sur son épaule. Wen Kexing voulut poser la sienne de l'autre côté, mais Zhou Zishu le repoussa :
— Tu n'es plus un enfant !
— Mais ton épaule a l'air si douce, si confortable, parfaite pour ma tête.
Zhou Zishu soupira.
— En fait, tu es encore un enfant, râla-t-il.
Sa jambe le faisait souffrir, il lui en demandait beaucoup ces derniers temps. Wen Kexing s'accroupit devant lui et posa ses mains sur sa jambe :
— Tu devrais me laisser t'aider.
Zhou Zishu n'eut pas la force de le repousser, lui-même se sentait fatigué. La montée d'adrénaline pendant la course poursuite était retombée.
— J'aimerais savoir où tu as appris à conduire comme ça, est-ce que tu es un ancien délinquant ? l'interrogea Wen Kexing en le massant.
— Non, répondit Zhou Zishu. J'ai réagi par instinct, avoua-t-il.
— Tu n'avais jamais fait ça avant ?
— Sur GTA(1) peut-être.
Wen Kexing se mit à rire doucement, ses mains continuant de masser la jambe de Zhou Zishu qui se détendait petit à petit. C'était étrange, sa jambe lui faisait moins mal. Peut-être que Wen Kexing savait masser comme il fallait. Peut-être que des fois, il pouvait un peu se reposer sur quelqu'un d'autre. Sur quelqu'un comme Wen Kexing.
Même s'il ne savait rien de lui.
Wen Kexing vint se rassoir sur le banc à côté de lui. Zhou Zishu ferma les yeux, il allait s'endormir. Il avait l'habitude de faire des micro siestes dans des positions désagréables. Son sommeil serait si léger qu'il ne ferait pas de cauchemar au moins. Wen Kexing garda les siens ouverts. Il s'éloigna un peu et appela A'Xiang pour savoir comment ça se passait là-bas.
— La police est à la recherche d'une twingo bleue, ils connaissent son matricule aussi, et désigne le conducteur comme fou dangereux, annonça-t-elle. Tout va bien ?
— Tout va bien, la rassura Wen Kexing, disons qu'on a été un peu poursuivi, mais on s'est débarrassé de la voiture.
— Et vous êtes où ?
— Dans un village, mais on va continuer à bouger. Tu en as appris plus sur les assassins de la famille Zhang ?
— Non, dit-elle, mais nous continuons d'enquêter. Ça irait plus vite si je pouvais mettre au courant les hommes du clan en plus des femmes.
— Non ! Je ne leur fais pas confiance, ce qui les intéresse c'est trouver un moyen de me remplacer, ils vous mettraient des bâtons dans les roues.
— Comme vous voulez maître. Sinon, j'en sais un peu plus sur ceux qui étaient autrefois les amis du père de Chengling.
A'Xiang lui raconta qu'ils étaient en froid, parce que le père de Chengling avait pris position pour la paix, tandis que les autres venaient de clans qui profitaient de la guerre, afin de s'enrichir en vendant des armes.
— Ce ne sont pas des personnes de confiance, conclut Wen Kexing, on ne peut donc pas leur confier Chengling.
Il donna de nouveaux ordres à A'Xiang, et raccrocha. Zhou Zishu et Chengling dormaient toujours. Il sourit et les rejoignit.
À suivre.
(1) GTA est un jeu vidéo.
L'autatrice : voilà le chapitre deux. Comme je suis pas très douée avec les scènes d'action, je sais que j'écourte pas mal les choses, mais j'espère que malgré ça ça continue de vous plaire.
