Autatrice : lasurvolte (de pseudo) ou mari (mais vous pouvez m'appelez aussi Plectrude si ça vous dit ^^)
Disclaimer : Word of Honor ne m'appartient pas.
Pairing : WenZhou
Note : fic basée sur le drama
Dans le train
« Peut-on parler d'une première rencontre ? »
Zhou Zishu bâilla. Les mouvements du train l'endormaient, et lui, qui n'était pas du matin, devait se lever tôt pour aller au travail. C'était une routine qui s'était installée que de prendre le train tous les matins, et pourtant tous les matins Zhou Zishu avait l'impression que la caféine ne suffisait pas à le maintenir éveillé. Il pensait à son lit bien douillet, bien chaud, tellement confortable. Il se frotta un œil. Un jour peut-être s'y ferait-il. Un arrêt. Deux arrêts. Lui allait au bout de la ligne. Une heure de trajet. Deux pour l'aller et le retour.
Le soir, quand il était un peu plus alerte, il aimait bien observer les gens autour de lui, mais là il avait déjà du mal à garder ses paupières ouvertes, alors à la place il jouait sur son portable. Il ne remarqua pas les gens qui montaient dans le train, pas plus la vieille dame qui boitait que l'homme aux habits aux couleurs chatoyantes – autant dire assez rose – qui s'assit dans la rangée à côté de la sienne.
Wen Kexing se sentait de bonne humeur, il avait rendez-vous avec son éditeur pour son nouveau livre bientôt publié. Gagner sa vie comme écrivain lui convenait bien, mais comme il aimait garder une part de mystère, seul son éditeur était au courant de son vrai nom et de son apparence. Ce n'était pas qu'il était quelqu'un de très secret, simplement ça l'amusait d'être un fantôme. D'où son pseudo sous lequel il publiait Ghost Chief. Personne ne savait s'il était un homme, une femme ou autre, personne ne savait à quoi il ressemblait, ni comment il était dans la vraie vie, et c'était très drôle de les voir s'imaginer qui il pouvait bien être.
Quarante-cinq minutes de trajet, si le train n'avait pas de retard. Wen Kexing s'installa confortablement et sortit son carnet pour écrire dedans. Il aimait le matin, il aimait se lever tôt et avoir l'impression que la journée s'étendait devant lui. Il était assez actif et nota quelques phrases d'inspiration pour son futur roman.
La tête de Zhou Zhishu était ballottée par les mouvements du train, au fur et à mesure du trajet, il se réveillait, et il finit par poser son portable pour regarder le paysage qui défilait à toute vitesse sous ses yeux. Des arbres, encore des arbres, des maisons, à nouveau des arbres et à nouveau des maisons. Ce n'était pas très passionnant, ça ne stimulait guère ses neurones qui petit à petit se connectaient. Mais il s'en fichait. Il serait bien assez réveillé une fois arrivé à son travail. Là-bas, pas le temps de se reposer. Il devait taper quelques chroniques pour le magazine pour lequel il bossait, faire des articles de ceci et de cela. Parler surtout d'histoire ou de la vie de différentes personnalités. C'était un job intéressant qui lui demandait d'être observateur, d'être à l'écoute. Comprendre l'âme humaine n'était pas toujours aussi simple, mais ça lui plaisait d'essayer, d'observer son entourage. Avec son job, il avait emmagasiné pas mal de connaissances et même s'il n'était pas extrêmement social – sans pour autant être un ours - il appréciait d'en savoir autant sur des personnes qui ne savaient rien de lui. C'était rassurant, en quelque sorte.
Quand le train s'arrêta, Wen Kexing referma son carnet dans un claquement. Satisfait, il se leva et dans le minuscule couloir du véhicule, frôla un autre homme. Un peu plus petit que lui, il avait noué une écharpe autour du cou, qui lui cachait la moitié du visage. Poliment, Wen Kexing lui fit signe de passer et l'homme, après un signe de tête en guise de remerciement, avança. Suivit par Wen Kexing qui observa son dos, comme s'il essayait de lire à travers ses omoplates à quoi ressemblait le visage de cet homme. Sans doute quelqu'un de très beau, rit-il en lui-même.
Zhou Zishu descendit du train en s'étirant. Il fit à peine attention à l'homme habillé en rose, même si son parfum entêtant vint chatouiller ses narines et qu'il grimaça. Il n'aimait pas le parfum, encore moins quand on en mettait autant. Il se dépêcha de s'éloigner, le nez dans son écharpe et les mains dans les poches. L'air frais avait au moins cet avantage de finir de le réveiller.
Wen Kexing s'arrêta sur le quai, sans quitter des yeux l'homme à l'écharpe qui s'éloignait à grands pas. Il y avait quelque chose chez ce type, mais Wen Kexing ne savait pas quoi exactement. Il ne saurait sans doute jamais. Tant pis.
Il se dirigea vers le café où il avait rendez-vous avec son éditeur.
xxx
« Une deuxième rencontre dut au hasard. »
Plusieurs jours plus tard, Wen Kexing avait de nouveau rendez-vous avec son éditeur, même heure, même endroit, même train à prendre. Cette fois-ci, il s'était habillé tout de rouge, dans un costume très élégant, si bien qu'on le voyait de loin. Quelqu'un aurait dit qu'il ferait un très mauvais espion, qu'on le remarquait trop pour cela, mais peut-être que c'était justement parce qu'on ne se méfiait pas assez d'une personne si voyante, qu'il pouvait agir sous leurs yeux éblouis par son charisme. L'arbre magnifique qui cache toute la forêt. Et ainsi, même si tout le monde le regardait, personne ne savait vraiment qui il était, c'est-à-dire, un des écrivains le plus connu de tout le pays – au point que certains de ses romans étaient devenus des dramas.
Zhou Zishu, comme chaque matin, se réveillait tout doucement dans le train. Il aurait sans doute fallu le mettre sous intraveineuse de café, mais le trajet, assez long, lui permettait de reprendre doucement ses esprits après la nuit. Comme toujours, il avait trouvé une place près de la vitre, comme toujours il baillait depuis au moins la vingt-deuxième fois lorsque le train s'arrêta pour la deuxième fois. Il ne faisait pas si froid dans le train, malgré ça, Zhou Zishu gardait son écharpe nouée, lui mangeant la moitié du visage.
Un papy s'installa à côté de lui et Zhou Zishu se contenta d'un simple signe de tête en guise de bonjour, avant de totalement ignorer le petit vieux pour se concentrer sur le même paysage de tous les jours. L'homme commenta le temps pourri qu'il faisait puis sorti un magazine pour le lire. Zhou Zishu y jeta un coup d'œil rapide et curieux, il s'agissait du magazine dans lequel il était publié. Le papy lisait d'ailleurs l'un de ses articles. Zhou Zishu ne lui demanda rien à ce sujet, il se fichait bien de ce qu'on pouvait en penser, et sortit son portable de sa poche pour jouer, sans remarquer l'homme en rouge qui s'assit derrière lui.
Wen Kexing l'avait remarqué immédiatement. Même cheveux un peu ébouriffés, même écharpe cachant son visage – que Wen Kexing devinait joli parce qu'il avait l'œil pour ces choses-là – même vêtement banal et discret (chemise blanche, jean noir). Il le reconnut immédiatement et pourtant cela faisait plusieurs jours depuis qu'il l'avait croisé dans ce même train. Il se sentit sourire. La place à côté de cet homme était prise, les places dans l'allée d'à côté aussi, alors Wen Kexing s'assit sur le siège arrière. De cette façon, il ne voyait pas grand-chose, la main de l'homme, ses doigts en train de tapoter sur son portable et pourtant il continuait de sourire. Il aimait bien les coups du hasard. Quelle chance y avait-il de croiser le même homme au même endroit à plusieurs jours d'intervalle ?
C'était le genre d'histoire que les lecteurs adoraient. Wen Kexing sortit son carnet et commença à parler de cette main et imagina son histoire.
Zhou Zishu, ignorant qu'on l'observait – et s'il l'avait su, il n'aurait pas su quoi faire de cette information – continua de jouer un peu. Le papy à côté de lui maugréa :
— Les jeunes de maintenant, toujours sur leur portable !
Zhou Zishu leva les yeux au ciel.
— Nous, à notre époque, on profitait des voyages en train pour s'ouvrir l'esprit avec de bons livres, ou bien on discutait et rencontrions de vraies gens.
Le papy continuait de râler et Zhou Zishu se retint de lui dire que ce serait s'ouvrir l'esprit de ne pas juger les gens parce qu'ils sont sur leur portable. Il tenta de l'ignorer, mais l'homme paraissait avoir envie de causer plutôt que de feuilleter son magasine.
— Je vous jure, je pense qu'on va droit dans le mur avec cette jeunesse sans respect pour personne avec le nez toujours sur l'écran.
Wen Kexing faillit intervenir. Il n'aimait pas ce petit vieux aux idées figées d'arriérés. Il avait envie de l'appeler papy, et de se moquer de lui. Seulement l'homme à l'écharpe se défendit lui-même :
— Monsieur, c'est très aimable de votre part de vous inquiéter pour mon avenir, mais je n'ai pas besoin de vos conseils, je vais donc continuer à jouer et vous à lire votre magazine et ensuite, nous irons chacun de notre côté et tout ira bien. C'est aussi ça le respect, laisser les gens tranquilles.
Le vieux grogna quelque chose d'inaudible, mais se tut. L'homme à l'écharpe reprit son jeu tranquillement, et Wen Kexing poussa un soupir de complaisance, comme un homme qui vient de trouver une perle dans une huître.
Une fois sur le quai, Wen Kexing suivit l'homme à l'écharpe jusqu'à la sortie de la gare. Il prenait une direction opposée à la sienne, alors il se contenta de le regarder jusqu'à ce l'autre tourne dans une autre rue. Wen Kexing aimait bien le jeu du hasard qui les avait remis dans le même train, dans le même wagon, mais il n'était pas le genre de personne à s'en contenter.
xxx
« Une troisième rencontre suite à un pari. »
C'était un pari pour Wen Kexing, de retrouver l'homme à l'écharpe. Il ne savait rien de lui, il ne connaissait même pas son vrai visage, encore moins son nom. Tout ce qu'il avait retenu, c'était sa façon un peu négligée de s'habiller trop simplement, ses cheveux dont quelques mèches rebiquaient, le son de sa voix. Et ces deux rencontres dans le même train.
C'était un pari pour Wen Kexing, mais il était prêt à le tenter. Il n'allait voir personne, il aurait même pu rester chez lui et se concentrer sur son futur roman, à la place, il prit le même train que la veille, même heure. Une fois à l'intérieur, le regard aiguisé, il traversa plusieurs wagons. Quelqu'un d'autre que lui se serait senti stupide, aurait abandonné la recherche au bout du deuxième wagon, ou même n'aurait jamais commencé. Mais Wen Kexing n'était pas quelqu'un d'autre, il ne perdit pas patience, il garda le sourire au contraire, et quand il ne resta qu'un wagon à visiter, plutôt que de s'inquiéter de s'être trompé, il sourit. C'était la loi de Murphy, quand on cherchait quelque chose, on le retrouvait dans le dernier endroit que l'on visitait.
Murphy ne le déçut pas.
L'homme à l'écharpe était bel et bien là.
Zhou Zishu releva la tête de son jeu sans raison apparente. Un homme traversait le couloir avec un grand sourire satisfait et Zhou Zishu se demanda ce qui pouvait rendre tellement heureuse cette personne. Peut-être était-ce à cause de sa tenue vraiment voyante, ou bien avait-il appris une bonne nouvelle, ou encore prenait-il ce train pour rejoindre une personne qu'il aimait et que le bonheur de bientôt la retrouver s'affichait sur tout son visage. Leurs yeux se rencontrèrent l'espace d'une seconde, avant que Zhou Zishu ne rebaisse la tête vers son portable. Il ne pouvait pas deviner que l'homme était heureux parce qu'il venait de gagner un pari. Celui que Zhou Zishu prenait toujours le même train, à la même heure.
La place à côté de l'homme à l'écharpe était déjà prise, mais Wen Kexing put s'asseoir dans l'allée d'en face. Il passa ainsi une bonne partie du trajet à observer l'homme qui l'intéressait et à essayer de deviner ses traits sous son écharpe. Il n'était pas du tout discret, et se fichait de l'être. Et de toute façon, l'autre ne semblait pas y faire attention, il regardait son portable ou le paysage, il ne se préoccupait pas vraiment des gens.
Zhou Zishu aurait pu remarquer qu'on le regardait comme un loup mate le petit chaperon rouge, mais pour cela, il aurait fallu qu'il soit du matin et que les roulis du train ne soient pas en train de le bercer plutôt que de le maintenir éveillé. Et puis, admettons qu'il le remarque, qu'aurait-il fait de cette information ensuite ? Il aurait pensé à un homme qui s'ennuyait, qui n'avait que ça à faire. Il ne se serait pas inquiété outre mesure, ni même vraiment réagit. Il se fichait de la façon dont on le regardait, il ne cherchait ni les conflits ni les rencontres, il n'aspirait qu'à une paix tranquille, quand bien même son travail le force à en connaître beaucoup sur beaucoup de monde.
C'est, tandis que le train s'arrêtait à la dernière gare, que Zhou Zishu remarqua le regard posé sur lui. Une nouvelle fois, ses yeux rencontrèrent celui de l'homme au sourire heureux, et ce sourire s'agrandit à ce moment-là. Zhou Zishu, une nouvelle fois, se questionna sur la raison d'un tel bonheur.
Wen Kexing se demanda s'ils allaient jouer à celui qui cligne les yeux en premier ou détourne le regard avant l'autre, ce qui aurait été drôle et passionnant, mais l'homme à l'écharpe ne parut pas vouloir jouer, il se leva et le quitta des yeux comme s'il ne l'avait pas vu. Wen Kexing se vexa légèrement en pensant aux nombres d'hommes – et même de femmes - qui auraient fait la queue rien que pour avoir droit à un seul des regards. C'était pourtant comme s'il n'avait pas atteint l'homme à l'écharpe. Mégalo, il sortit un petit miroir de sa poche et se regarda. Il était toujours aussi séduisant, pas de problème de ce côté-là. Le temps de ce simple geste et l'autre homme était déjà en train de quitter le train.
Wen Kexing fit la moue devant cette grave indifférence, mais très vite il retrouva le sourire. Si jamais ils se rencontraient à nouveau, ce serait clairement le destin.
xxx
« La quatrième rencontre est due au destin, évidemment. »
Wen Kexing prit le même train, la même heure, et eut la chance de retrouver l'homme à l'écharpe dans le deuxième wagon qu'il traversa. C'était le destin ça, de ces destins que Wen Kexing aimait bien bousculer et provoquer, mais le destin quand même. Quand on rencontrait quatre fois la même personne dans le même train, c'était tout simplement qu'on était destiné. Il y avait bien trop de façons de se rater, pour ne pas voir que quand on se trouvait c'était forcément un signe. Et la place d'à côté était vide, alors Wen Kexing, toujours souriant, en profita pour s'y installer.
Le pouce de Zhou Zishu pianotait nonchalamment son portable, et s'il remarqua qu'on s'asseyait à côté de lui, ce fut la faute d'un parfum capiteux qui lui rentra dans le nez, agressant ses sens olfactifs, malgré son écharpe sur son nez. Les couleurs fuchsia que portait l'homme assis à côté de lui agressèrent, elles, ses yeux. Mais il avait déjà vu ce visage, simplement, il n'était plus sûr de savoir où.
— Quelle joie de nous rencontrer à nouveau fit l'homme en remarquant que Zhou Zishu avait les yeux rivés sur lui.
Ça lui revint alors, c'était l'homme heureux du train, la veille. Pourtant Zhou Zishu mentit d'une voix un peu étouffée par l'écharpe :
— Je ne me souviens pas de vous avoir déjà rencontré.
Oh si, il l'avait déjà vu, mais il était certain qu'ils ne s'étaient jamais parlé.
— Si si, dans ce même train, plusieurs fois, expliqua l'homme fuchsia. Mais c'est vrai que c'est la première fois que nous entretenons une conversation.
Une conversation ? Ils avaient parlé moins de cinquante-sept secondes, et l'homme disait ça comme si cela faisait des heures qu'ils discutaient.
Zhou Zishu considéra que ladite « conversation » était terminé et retourna à son jeu, enfouissant un peu plus son nez dans son écharpe pour échapper au parfum entêtant. Pour lui, c'était fini, mais pour l'autre, ça ne faisait que commencer.
— Je pense que puisque nous nous revoyons, nous pouvons dire que nous sommes les joyeuses cibles du destin.
Quelles sottises sortaient donc de sa bouche ? Zhou Zishu n'était pas assez réveillé pour répondre quoi que ce soit, il se contenta d'un grommellement un peu agacé, de celui qui veut être tranquille et pas noyé de paroles fantaisistes.
Wen Kexing fixait l'homme à côté de lui avec amusement, il ne pouvait s'en empêcher. L'autre fixait son portable, l'air fatigué. Ses cheveux retombant presque sur ses yeux, son écharpe toujours sur le nez, c'était vraiment difficile de savoir à quoi il ressemblait. Cela attisait la curiosité de Wen Kexing, moins il en savait, plus il avait envie de savoir. D'autant plus qu'il était persuadé d'avoir à faire à un bel homme. Il était sûr que derrière cette écharpe, se cachait un visage magnifique. Il aurait pu se dire que c'était le contraire, que peut-être l'écharpe servait à dissimuler une tête affreuse, mais il était persuadé du contraire.
— Je serais curieux de savoir ce qu'il se cache derrière votre écharpe et pourquoi vous vous dissimulez ainsi ?
Zhou Zishu leva un sourcil, mais de quoi parlait cet homme ? Il se tourna de nouveau vers lui :
— Je ne dissimule rien du tout, maugréa-t-il, j'ai simplement froid.
Wen Kexing eut l'air étonné. Le train était pourtant chauffé, au point que même lui avait envie d'ouvrir un peu son costume. Comment pouvait-il avoir froid ?
— D'accord, dit-il d'un air un peu dubitatif.
Puis se reprenant, il ajouta :
— Au fait, auriez-vous l'honneur de me donner votre nom ?
Zhou Zishu avait bien l'impression qu'il ne serait pas tranquille au cours de ce trajet. Qu'est-ce que cet homme lui voulait à la fin ? Il était bizarre et trop curieux, agaçant. Zhou Zishu n'aimait pas ses manières, ni sa façon de parler, et encore moins son parfum. Il tenta de l'ignorer, de ne pas répondre, mais l'autre homme ne paraissait pas du genre à abandonner et il rapprocha son visage jusqu'à ce que Zhou Zishu relève le sien. Se fichant de cette soudaine proximité avec l'inconnu, il lui donna un faux nom, comme d'autres donnent de faux numéros. De toute façon, quelle importance ? Ils ne se reverraient sans doute jamais. Ce n'était qu'une coïncidence.
— Zhou Xu.
— Et je suis Wen Kexing.
— Je n'avais pas demandé, maugréa Zhou Zishu.
— Et je suis ravie de vous le donner tout de même.
Zhou Zishu leva les yeux au ciel et pour échapper au blabla de ce Wen-enquiquinant, il rangea son portable dans sa poche et ferma les yeux pour faire semblant de dormir.
Wen Kexing sourit, et le regarda un moment avant de finalement se détourner et sortir son carnet. Inspiré comme jamais, par ce « Zhou Xu », il écrivit donc quelques phrases sur un homme dans un train, caché derrière une écharpe. Il s'amusa à le décrire comme étant « beau », voire « délicieux », et comment il cachait sa beauté au monde sans doute pour garder sa véritable identité secrète. Superman mettait des lunettes, lui c'était une écharpe. Wen Kexing s'amusait comme un petit fou, ne pouvant s'empêcher de ricaner dans sa manche. Il tenait une histoire là, et tout ça grâce à un bel inconnu.
Zhou Zishu n'ouvrit les yeux que quand le train s'arrêta pour de bon au terminus. L'homme qui disait s'appeler Wen Kexing était toujours là, gribouillant dans un carnet aux couleurs de l'arc-en-ciel. Décidément, cet homme était l'antonyme de la discrétion.
Lorsque Zhou Zishu remua, l'autre se tourna vers lui, toujours souriant.
— Vous avez bien dormi ?
Zhou Zishu lui jeta un regard du genre « en quoi ça vous regarde ? », et attendit que Wen Kexing se lève et s'en aille pour pouvoir descendre du train. Celui-ci sembla comprendre ce qu'on attendait de lui, il ferma son carnet, rangea son stylo (licorne) et se leva. Zhou Zishu le suivit jusqu'à la sortie du train. L'homme voulut lui serrer la main en guise d'au revoir, mais Zhou Zishu s'éloigna vite, à grande enjambée.
Son comportement amusait Wen Kexing plus qu'il ne le vexait.
— À demain, souffla-t-il en le regardant s'éloigner avec un large sourire.
Puis il monta dans un train retour, pour rentrer chez lui.
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Cinquième rencontre : « qui êtes-vous ? que me voulez-vous ? ».
Wen Kexing portait du vert foncé, mais pailleté, il illuminait le train de par sa seule présence, et quand il trouva le wagon où s'était installé Zhou Xu, il s'assit à côté de lui, profitant une nouvelle fois que le siège soit vide.
— Très bien, souffla Zhou Xu de derrière son écharpe, qui êtes-vous et que me voulez-vous ?
— Je vous l'ai dit, je suis Wen Kexing et je souhaite simplement passer un moment avec vous.
— Pas moi.
Wen Kexing cligna des yeux comme s'il avait reçu une flèche en plein cœur, posant sa main sur son torse, l'air de dire qu'il avait mal à cause de ces mots.
Zhou Zishu n'eut qu'une seule pensée en le regardant faire son cinéma. Drama Queen.
— Je n'aime pas être accompagné pour mes trajets, alors faites-le en silence.
Wen Kexing hocha la tête rapidement :
— Oh, mais bien sûr, je sais faire ça, je vais être plus discret qu'un petit vermisseau caché sous la terre.
Zhou Zishu regarda sa tenue, sentit son parfum, et douta grandement que cet homme puisse être discret, il ne devait même pas savoir ce que ce mot signifiait. Il poussa un soupir et tenta, comme la veille, de fermer les yeux pour ne plus être importuné.
Wen Kexing resta silencieux plusieurs secondes, avant de reprendre la parole :
— Cela vous dérangerait si j'enlevais votre écharpe ? Je suis quand même très intrigué de connaître votre minois, que j'imagine très joli, j'en suis sûr.
Zhou Xu bougonna.
— Non.
— Allez, s'il vous plaît.
— Non.
— Pourquoi donc cacher un si beau visage ? C'est une insulte aux dieux qui vous ont créé.
Zhou Xu rouvrit les yeux d'un coup et lui jeta un regard noir. Wen Kexing aurait pu décider de se taire et de laisser couler, mais il n'aurait pas été Wen Kexing s'il l'avait fait. Il tendit la main vers l'écharpe. Avant de pouvoir la toucher, Zhou Xu l'arrêta, attrapant son poignet et le serrant d'une poigne de fer. Tiens donc, Zhou Xu n'était pas faible et il avait de bons réflexes. Leurs yeux se rencontrèrent, ceux de Zhou Xu lançaient des éclairs, ceux de Wen Kexing reflétaient son amusement.
— Ne me touchez pas ! gronda Zhou Xu.
Wen Kexing hocha la tête et l'homme le relâcha.
— Mais c'est tellement dommage, pourquoi dissimuler votre visage ainsi ? insista-t-il.
Zhou Zishu leva les yeux au ciel. Il ne dissimulait pas son visage, il portait son écharpe parce qu'il faisait froid, c'était tout. Quand ce serait l'été, il ferait comme tous les autres et sortirait en short tee-shirt et tong, en attendant, il ne voyait pas pourquoi il aurait dû enlever son écharpe pour un cinglé pervers.
— Vous n'avez rien de mieux à faire dans la vie que d'importuner les gens ? interrogea-t-il.
— Ce qui est sûr, c'est que je n'ai rien de mieux à faire que de discuter avec vous.
Pourquoi cet inconnu sorti de nulle part disait-il des choses aussi gênantes ? Zhou Zishu ne répondit rien. Il avait hâte d'être arrivé. Peut-être pourrait-il faire un article pour son magazine en parlant des harceleurs dans les trains, parce que Wen Kexing ressemblait à ça en tout point.
Zhou Zhishu sortit son portable et fixa l'écran avec concentration.
Wen Kexing sortit son carnet et l'ouvrit pour prendre des notes. Il demanda à Zhou Xu :
— Vous voulez voir ce que j'écris ?
— Non.
— Tant pis, vous ratez quelque chose.
— Je m'en fiche.
— Vous savez, j'écris des paroles d'amour dans ce carnet, je pourrais devenir un coach dans ce domaine tant je m'y connais, mais à la place je préfère discuter avec vous, vous devriez être flatté.
— Je ne le suis pas, maugréa Zhou Xu.
— Dommage, s'amusa Wen Kexing.
Puis il prit quelques notes. Zhou Xu ne tenta même pas de regarder ce qu'il faisait. Dire que d'autres tueraient pouvoir voir le Ghost Chief en chair et en os, et pouvoir jeter un œil sur son carnet. Mais bien sûr, Zhou Xu ne savait pas qui il était vraiment.
— Vous voulez savoir qui je suis ? demanda Wen Kexing.
Zhou Xu releva les yeux vers lui, abandonnant son jeu quelques secondes.
— Vous allez me le dire ?
— Bien entendu, pourquoi vous cacherais-je quoi que ce soit. Voilà, je suis un philanthrope, j'aime remplir le cœur des gens d'amour et de beauté.
Il n'obtint de son petit discours qu'un air exaspéré de la part de Zhou Xu.
— Wen le philanthrope, appuya Zhou Xu avec ironie, mon cœur n'a besoin ni d'amour, ni de beauté, mais de silence.
Le sourire de Wen Kexing ne se fana pas, mais il se tourna vers son carnet :
— Très bien, dit-il.
Zhou Zishu souffla de soulagement, espérant que cette conversation s'arrête et qu'il n'y en ait plus jamais. Le trajet lui parut beaucoup plus long que d'habitude, mais Wen Kexing resta concentré sur ses notes. De temps en temps, il ricanait doucement, mais ne se tournait plus vers Zhou Zishu. Quand le train s'arrêta au terminus, ils en descendirent tous les deux. Wen Kexing lui fit un petit signe de la main :
— À la prochaine !
Zhou Zishu espéra qu'il n'y en aurait pas. De toute façon, le lendemain c'était le week-end, il ne prendrait pas le train. Il souhaita que Wen Kexing ne le prenne plus du tout.
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« Je veux m'asseoir près de vous. »
Zhou Zishu bailla à s'en décrocher la mâchoire, son écharpe glissa un peu, mais il la remit à sa place. Il avait passé un bon week-end, il avait pu faire la grasse matinée, ce qui, pour lui, était une petite définition du bonheur. Ce n'était pas tant qu'il aimait beaucoup dormir, mais pouvoir se lever à l'heure qu'il voulait c'était un vrai privilège. Et l'ado qui vivait avec lui aimait également dormir tard le matin, donc tout allait bien.
Le train s'arrêta à son deuxième arrêt et il ne fallut pas longtemps à Zhou Zishu pour remarquer la présence de Wen Kexing. Cette fois-ci, il portait du violet. Malheureusement pour Wen Kexing et heureusement pour Zhou Zishu, quelqu'un était déjà assis à côté de lui, un jeune qui roupillait le casque sur les oreilles, rattrapant sans doute sa nuit.
Wen Kexing fit une moue déçue en voyant l'adolescent assis à côté de Zhou Xu. Il jeta à ce dernier un regard de chiot battu, comme si l'homme à l'écharpe allait lui dire « attends je change de place pour me mettre à côté de ta personne tellement intéressante », Zhou Xu se contenta d'un vague regard et recommença à pianoter son portable. Insensible.
Wen Kexing s'assit dans l'allée à côté et ses yeux se collèrent sur Zhou Xu. Celui-ci dut le sentir, parce qu'au bout d'un moment, il releva la tête et leurs regards se croisèrent. Wen Kexing arrondit ses yeux comme pour le supplier muettement, Zhou Xu fronça les sourcils, Wen Kexing arrondit encore plus ses yeux, Zhou Xu fronça encore plus les sourcils. L'échange dura ainsi quelques secondes, avant que Zhou Xu articulât :
— Arrêtez de me regarder.
— Mais… Je veux m'asseoir près de vous.
Zhou Xu leva les yeux au ciel.
— Je vais finir par penser que vous êtes un stalker.
— Je suis moins vulgaire qu'un stalker, par exemple, je vous demanderai la permission d'abord avant de vous prendre en photo et de l'afficher chez moi.
— Rassurant, ironisa Zhou Xu.
Leur dialogue finit par réveiller l'adolescent à côté de Zhou Zishu. Il regarda les deux hommes qui se parlaient sans se lâcher des yeux :
— Oh vous vous connaissez, réalisa-t-il d'une voix pâteuse. Désolé, je vais changer de place.
— Pas la peine, fit Zhou Zishu.
— Parfait, fit Wen Kexing en même temps.
Le jeune échangea sa place avec Wen Kexing et se rendormit quasiment tout de suite, se fichant de ce qu'il se passait sous ses yeux.
L'air satisfait qui se peignit sur le visage du stalker exaspéra Zhou Zishu, mais il laissa faire sans rien dire. Quand Wen Kexing se pencha vers lui pour regarder à quoi il jouait, Zhou Zishu se recula pour tenter de récupérer son espace personnel.
— Oh ! Je ne connais pas ce jeu, qu'est-ce donc ?
— Un jeu de zombie, expliqua Zhou Zishu.
L'autre continua de fixer l'écran tandis que Zhou Zishu essayait tant bien que mal de jouer sans être trop proche.
— Ça a l'air amusant.
— Ça l'est, admit Zhou Zishu.
Wen Kexing tourna ses yeux vers Zhou Xu, il était extrêmement proche de lui, il pouvait voir à quel point l'homme avait une belle peau et de jolis yeux. Cela attisait encore plus sa curiosité.
— Vous me regardez moi ou le jeu ? demanda Zhou Xu en tournant son visage, toujours dissimulé par l'écharpe, vers lui.
Il fallut quelques secondes à Wen Kexing avant de se reprendre et de doucement se reculer. Il n'avait pas l'habitude des regards scrutateurs. En général, il avait le droit à des regards d'admiration, des regards pleins de désirs et de passions, mais Zhou Xu le regardait comme s'il allait le disséquer pour comprendre ce qu'il se passait dans sa tête.
De l'avis de Wen Kexing, il ne serait pas déçu.
— Vous voulez essayer ? demanda Zhou Zishu après avoir joué cinq minutes en silence.
Wen Kexing hocha la tête et Zhou Zishu posa son portable dans sa main. Ensuite il lui expliqua les quelques règles du jeu, qui n'avait rien de compliqué, et Wen Kexing tenta. Les petits zombies courraient droit devant pour transformer tout le monde en zombies, il fallait éviter qu'ils tombent dans un trou, ou se fassent exploser par une bombe, il fallait récupérer des pièces et des bonus. Mais au final, la seule chose à faire était de sauter au bon moment. Wen Kexing comprit rapidement comment jouer, Zhou Zishu par curiosité rapprocha son visage pour regarder comment il s'en sortait. Plutôt pas mal. Au bout de quelques minutes, il se prit au jeu et commença à encourager l'autre homme avec quelques exclamations.
Il ne fallut pas longtemps à Wen Kexing pour se déconcentrer. Le visage de Zhou Xu était presque collé au sien et l'homme pouvait sentir son odeur, mélange de lessive et de savon. Il avait les yeux rivés sur l'écran et ne faisait pas attention à Wen Kexing, mais même si celui-ci voulait gagner pour bien se faire voir, ses yeux finirent par dériver vers Zhou Xu et tous les zombies tombèrent malencontreusement dans un trou. Zhou Xu poussa une exclamation déçue. Il récupéra son portable de la main de Wen Kexing et recommença à jouer de son côté.
Zhou Zishu n'allait jamais très loin dans ce jeu, il faut dire aussi qu'il n'y jouait que le matin dans le train alors que ses yeux peinaient à rester ouverts. Mais pour une fois, il se sentait en forme, peut-être parce que Wen Kexing le réveillait. Dans tous les cas, il fit son meilleur score ce matin-là et quand le train arriva au terminus, il se sentait de bonne humeur.
— À demain ! lui lança Wen Kexing sur le quai.
Zhou Zishu hocha la tête, il avait bien compris que l'autre homme ne le lâcherait pas, même s'il ne savait pas bien pourquoi il en avait après lui.
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« Vous écrivez ? »
Zhou Zishu avait pris du retard sur un de ses articles, aussi, afin d'abattre plus de travail pour la journée, il alluma son ordinateur dans le train pour continuer de l'écrire. Il posa des lunettes anti-fatigues sur son nez, comme chaque fois qu'il était sur l'ordinateur ou qu'il bossait. Tellement prit par ce qu'il écrivait, il ne remarqua pas que le train s'arrêta pour la deuxième fois. Il sentit Wen Kexing avant de le voir.
— Bonjour, entendit-il alors que l'homme s'asseyait à côté de lui.
— Pourquoi mettez-vous toujours autant de parfum ? interrogea Zhou Zishu après l'avoir vaguement salué d'un signe de tête.
— Vous n'aimez pas ?
— Ce n'est pas ça, mais je pense que vous n'êtes pas obligé de vider la bouteille entière, ou bien est-ce parce que vous êtes poursuivis par un chien et que vous avez peur qu'il ne reconnaisse votre propre odeur ?
Wen Kexing rit, Zhou Xu avait donc de l'humour. Très bien. Il se pencha sans gêne vers l'ordinateur pour voir ce que tapotait Zhou Xu
— Vous écrivez ? interrogea-t-il les yeux rivés sur l'écran lisant les quelques mots.
Zhou Xu toussota et repoussa lentement Wen Kexing :
— C'est pour mon travail, ne soyez pas indiscret.
Wen Kexing en avait assez vu ceci dit pour savoir qu'il écrivait une chronique sur un auteur un peu connu.
Puisqu'il n'avait pas le droit de regarder l'écran de l'ordinateur, il observa Zhou Xu avec ses lunettes. Ça lui allait bizarrement bien, dommage qu'il y ait toujours cette fichue écharpe. Il aurait vraiment voulu l'enlever, tirer d'un coup dessus pour lui retirer. La curiosité le brûlait, mais il savait que s'il agissait ainsi, Zhou Xu lui en tiendrait rigueur. À la place, il aborda un sujet qui le titillait depuis le début :
— Nous devrions nous tutoyer, annonça-t-il alors, on a sensiblement le même âge, je pense, et maintenant nous commençons à nous connaître n'est-ce pas ? Le destin a décidé de nous mettre sur le même train pour tous les jours de la semaine, alors pourquoi continué à se vouvoyer ?
Zhou Zishu leva les yeux au ciel. Le destin ? Comme s'il n'avait pas d'autres choses à faire que de mettre Wen Kexing sur son chemin.
— Je suppose que si je vous dis non, vous allez le faire quand même.
— C'est très probable.
— Alors dans ce cas, tutoyons-nous.
Zhou Zishu ne le vit pas, mais les yeux de Wen Kexing s'éclairèrent de joie. Ils avaient passé une étape, détruit une barrière.
Tout excité, Wen Kexing lâcha alors :
— C'est bien mieux comme ça tu sais, je suis vraiment content que tu aies accepté.
Il appuyait exprès sur les tu, pour montrer que ça lui plaisait vraiment de les utiliser.
— Si tu pouvais te taire maintenant, j'aimerais finir ça avant d'arriver, lui lança Zhou Xu.
Wen Kexing hocha la tête, faisant semblant de mourir de joie à chaque « tu » de la part de Zhou Xu.
— Pas de problème, je vais être aussi silencieux que le silence lui-même A'Xu.
Zhou Zishu arrêta d'écrire et tourna les yeux vers Wen Kexing. Il venait de l'appeler A'Xu, sans aucune gêne, comme s'ils se connaissaient vraiment bien, comme s'ils étaient amis de longue date, comme s'ils étaient proches. Ils n'étaient rien de tout ça, mais Zhou Zishu se doutait que ce serait inutile de discuter, alors haussant les épaules il maugréa :
— Très bien, Lao Wen.
Wen Kexing ressentit une onde de satisfaction lui remonter la colonne vertébrale, tout sourire, il sortit son carnet et y jeta quelques phrases que l'homme à l'écharpe lui inspirait. En même temps, il menait une sorte d'enquête, essayant d'obtenir des indices sur l'identité d'A'Xu. S'il écrivait des articles pour son travail, il devait être journalise ou quelque chose du même genre. S'il parlait d'auteurs un peu connus, il s'intéressait peut-être à la littérature, et Wen Kexing en aurait gloussé de plaisir à cause de l'ironie de la situation. Parce qu'A'Xu ne le savait pas, mais lui-même était écrivain.
Finalement, ils étaient tous les deux mystérieux. A'Xu à cause de son écharpe, Wen Kexing à cause de son pseudo. Le destin faisait bien les choses, n'est-ce pas ?
Zhou Zishu eut fini son article au moment où le train arrivait. Satisfait il s'étira et referma son outil de travail pour le ranger dans sa sacoche. Il enleva également ses lunettes. Le temps était passé vite, et il s'était si bien perdu dans ce qu'il écrivait, qu'il n'avait plus du tout fait attention à Wen Kexing, ou bien Lao Wen. Celui-ci s'était montré silencieux et concentré également, à écrire dans son carnet. Zhou Zishu mentirait s'il disait qu'il n'était pas au moins un peu curieux de savoir ce que Lao Wen pouvait écrire là-dedans, mais il se disait aussi que des fois, il valait mieux rester ignorants de certaines choses.
Ils se séparèrent tous les deux sur le quai comme cela devenait habituel. Zhou Zishu se questionna sur le travail de Lao Wen, sur la raison pour laquelle il prenait ce train-là tous les jours de la semaine. Ce qu'il ignorait, c'était qu'il était la seule et unique raison de Lao Wen pour prendre le train.
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« Dodo et révélation »
Zhou Zhishu avait mal dormi ce soir-là, il avait fait des cauchemars un peu chelous où il était chef d'une unité d'assassin et voyait tous ses amis mourir les uns après les autres. Pas super agréable donc. Le train le ballottait, mais il n'arrivait pas à garder ses yeux ouverts. Il luttait contre le sommeil, luttait, luttait, jusqu'à ce que celui-ci se referme entièrement sur lui et qu'il y succombe.
Wen Kexing arriva pile au moment où la tête d'A'Xu allait tomber, il le retint avec sa main. L'homme ne se réveilla pas. Wen Kexing s'assit à côté de lui et laissa délicatement glisser sa tête sur son épaule. Il ne bougea pas de tout le trajet, quitte à se chopper des fourmis, il se tint droit et se montra le plus confortable possible pour A'Xu. La seule tentation, qu'il eut, fut d'en profiter pour lui enlever son écharpe, et il y résista – ce qui était rare chez lui. Peut-être valait-il mieux attendre qu'A'Xu décide de l'enlever par lui-même, pensa-t-il, cela prouverait que quelque part, A'Xu en aurait envie et se sentirait en confiance.
Zhou Zishu ouvrit les yeux en sentant qu'on lui parlait à l'oreille. Lao Wen doucement lui disait de se réveiller parce qu'ils étaient bientôt arrivés. Il se redressa et constata d'une voix pâteuse :
— Je me suis endormi.
Lao Wen acquiesça et s'étira les bras, comme s'il avait des fourmis. Zhou Zishu devina qu'il avait dû le laisser dormir sur son épaule sans bouger. Il voulut s'excuser, mais Lao Wen ne le laissa pas faire :
— Si tu te sens redevable, enlève ton écharpe !
Zhou Zishu leva les yeux au ciel. Lao Wen lui sourit, amusé.
— Peut-être un jour, fit-il. Et de toute façon je ne vois pas pourquoi mon écharpe te gêne.
— Je veux voir ton beau visage, c'est évident.
— Et s'il n'est pas beau ? Et si j'avais une énorme cicatrice ?
— Les cicatrices ne sont pas forcément moches, mais est-ce que ça veut dire que tu en as une ?
— Non, répondit honnêtement Zhou Zishu.
Le train s'arrêta au terminus, Wen Kexing commença à se lever pour partir, mais A'Xu le retint par le poignet, puis en soupirant, il déroula son écharpe lentement. Wen Kexing le savait déjà, qu'A'Xu était beau sous son écharpe, cela ne l'empêcha pas de le regarder fixement et d'effectivement le trouver magnifique. Son nez fin, ses joues rondes, son menton carré. Il lui fallut quelques secondes pour s'en remettre, et il se dit que peut-être que si A'Xu se planquait derrière son écharpe, c'est qu'il avait peur d'éblouir le monde. Wen Kexing retrouva ses esprits, il attrapa l'écharpe, la roula en boule et la garda contre lui :
— Je te confisque ça, tu ne pourras plus cacher ta beauté ainsi.
— J'ai d'autres écharpes tu sais, marmonna A'Xu, rends-là moi !
— Pas aujourd'hui, je la garde !
— Mais je vais avoir froid, se plaignit l'homme sans écharpe.
Wen Kexing haussa les épaules, et pour empêcher A'Xu de récupérer l'écharpe, il s'enfuit du train – de manière gracieuse.
Zhou Zishu hésita à lui courir après, mais finalement il ne le fit pas. Il referma son manteau contre lui, et enfouit son nez dans son col. Ses oreilles et ses joues rougirent à cause du froid, mais il eut tout de même un fin sourire en pensant à cet enfant de trois ans qu'était Lao Wen.
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« Coup de fil »
C'était rare, mais Zhou Zishu dut aller aux toilettes au cours du trajet. Il avait sans doute un peu abusé du café ce matin-là. Comme Lao Wen n'était pas là et que personne ne s'était assis à côté de lui, il en profita pour se lever et rejoindre les toilettes dans le couloir entre deux wagons. Il pensait que c'était bizarre que Lao Wen ne soit pas encore là, mais il n'y réfléchit pas trop. Il n'y réfléchit même plus du tout quand il sortit du wagon. Lao Wen était là, il lui tournait le dos et parlait au téléphone, à il ne savait qui. Ce qui était sûr c'était que ses paroles concernaient Zhou Zishu et celui-ci ne put s'empêcher de s'arrêter pour écouter :
— Mais si je te le dis, tu le verrais, heureusement qu'il ne cache plus son visage derrière son hideuse écharpe que j'ai gardé, car il est absolument digne des plus beaux chefs-d'œuvre, son visage est si beau, que rien ne doit l'enlaidir.
Zhou Zishu fronça les sourcils et toussota. Lao Wen se retourna et plutôt que d'avoir l'air gêné de ce qu'il venait de raconter, il sourit en grand, éloigna le combiné et s'avança près de Zhou Zishu :
— Je parle de toi, dit-il sans aucune gêne.
Zhou Zishu regarda le plafond du wagon, exaspéré et un peu gêné. Puis il se dirigea vers les toilettes sans faire attention au sourire amusé de Lao Wen.
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« Wen le philanthrope. »
Zhou Zishu s'habituait à la présence de Lao Wen tous les matins dans le train, comme on s'habitue à quelque chose de fréquent. Il ne savait pas si c'était bien ou mal ou si ça l'indifférait totalement, mais les faits étaient là, ça ne le dérangeait plus tant que ça. Les excentricités de Lao Wen, il s'y faisait aussi. Il avait même pris l'habitude de lui garder la place en mettant son sac sur le siège d'à côté pour dissuader les gens de s'asseoir-là. Bien sûr, rien ne dissuadait Lao Wen qui prenait la place dès qu'il arrivait. Il le saluait souvent d'un « A'Xu » bruyant et souriant. Suivant son modèle, Zhou Zishu prononçait « Lao Wen », plus calmement. Depuis qu'il avait retiré son écharpe devant Lao Wen, Zhou Zishu en mettait une autre, mais il n'y planquait plus son visage, la laissant lui réchauffer seulement le cou.
Il n'avait jamais fait attention à son apparence, pas plus maintenant qu'avant, mais, même s'ils étaient un peu exagérés, ce n'était pas désagréable de recevoir des compliments. Lao Wen était grandiloquent, il aimait utiliser les figures de style, il citait des poètes pour illustrer ce qu'il racontait et Zhou Zishu avait deux réactions. Soit il le laissait causer parce qu'il était trop fatigué pour lutter contre ça, soit il le laissait causer et parfois lui répondait.
Wen Kexing, maintenant qu'il connaissait le visage d'A'Xu, voulait en savoir plus sur lui, et si l'autre homme ne s'étalait pas tellement sur sa vie, parfois, il parlait de ce qu'il faisait. C'est ainsi que petit à petit, un mot après l'autre, une révélation de temps en temps, Wen Kexing en apprit plus sur lui.
D'ailleurs, comme il avait un peu mené l'enquête de son côté, il avait trouvé pour quel magazine il travaillait, bien avant qu'A'Xu ne le lui dise, il avait lu tous ses articles et les avait aimés. A'Xu ne brodait pas, il allait droit au but, avec un ton incisif et parfois caustique, il avait de l'humour et savait très bien manier les mots. Wen Kexing apprit aussi son vrai nom et fut amusé qu'A'Xu lui en ait donné un faux. Ça ne changeait pas grand-chose de toute façon, puisqu'il continuait de l'appeler A'Xu.
— Tu n'as jamais songé à devenir écrivain A'Xu ? lui demanda-t-il.
— Non.
— Pourquoi ?
— Qu'est-ce que je pourrais bien raconter ? Je n'ai pas vraiment d'idées d'histoires.
Wen Kexing fronça les sourcils :
— Mais il y a tant de choses à raconter pourtant.
A'Xu haussa les épaules et demanda :
— Et toi ? Tu y as songé ?
Lao Wen s'en sortit avec une pirouette :
— Oh moi, tu sais, je suis philanthrope, je ferais n'importe quoi pour rendre heureux mes concitoyens.
— Et qu'est-ce que Wen le philanthrope fait comme boulot ? interrogea Zhou Zishu.
— Je distribue du bonheur.
— Avec des flèches, comme Cupidon ? se moqua gentiment Zhou Zishu, pourtant je ne vois ni ton arc, ni ta couche-culotte.
Lao Wen rit.
— C'est parce que je suis plus discret.
Cette fois-ci ce fut autour de Zhou Zishu d'émettre un petit rire amusé. Discret et Wen Kexing ne rimait absolument pas du tout.
— Dis-moi plutôt comment tu t'y prends.
Lao Wen prit un air mystérieux :
— J'ai un instrument magique.
— Désolé Harry Potter, je ne suis qu'un moldu, je n'y connais rien.
Les deux hommes se sourirent, sans se quitter des yeux.
Au tout début, Wen Kexing avait pensé qu'A'Xu était simplement grognon, agacé, bel homme et bien entendu tout ça le rendait adorable. Mais il était aussi beaucoup plus que ça, et chaque fois qu'il en découvrait une nouvelle facette, il se sentait béni. A'Xu n'avait pas que la beauté pour lui. S'il savait soupirer et rouler des yeux comme personne, il cachait aussi beaucoup d'humour, d'autodérision, et de générosité.
Dans son carnet, le personnage à l'écharpe prenait vie, Wen Kexing trouvait que ça n'avait jamais été aussi facile d'écrire. Il avait toujours aimé ça, et il n'avait jamais connu de blocage ou de maladie de la page blanche, mais pour cette histoire-là, il se donnait à fond, une vraie tempête tournait dans sa tête et il arrivait parfois qu'il écrive jusqu'à des heures indues sans se rendre compte du temps qui passait. A'Xu l'inspirait, comme s'il était sa muse.
— Alors, qui es-tu Lao Wen ? insista A'Xu.
Et comme Wen Kexing ne pouvait ni ne voulait répondre à cette question, parce qu'il désirait encore garder son identité secrète, il recommença à raconter mille bêtises. Amusant et exaspérant A'Xu tout à la fois. Et comme il adorait voir son agacement, entendre ses soupirs, et profiter de ses sourires, il continuait.
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« Cet inconnu si intéressant »
Cette fois-là, il y avait beaucoup de monde dans le train. Un homme demanda à Zhou Zishu s'il pouvait s'asseoir à côté de lui, et il accepta. Lorsque Lao Wen arriva, il resta debout dans le couloir, parce qu'il n'y avait plus de sièges dans ce wagon et regarda l'homme à côté de Zhou Zishu avec un regard assez mécontent.
Zhou Zishu ne put résister à l'envie de le taquiner, et se concentra sur l'homme assit à ses côtés. Il lui parla comme s'ils étaient amis de longues dates, comme s'il était très simple pour lui de sociabiliser. Il se fichait bien de cet homme dont il ne connaissait rien, mais voir les grimaces de Lao Wen, qui se vexait, l'amusait beaucoup.
Wen Kexing n'était pas ravi, déjà, on lui avait odieusement pris sa place, mais voilà qu'en plus SON A'Xu parlait tranquillement avec cet inconnu dégarni. Et vas-y que je lui mets la main sur l'épaule, et que je lui souris, et que je lui parle avec intérêt et douceur.
— J'aime bien votre parfum ! lança A'Xu.
Wen Kexing s'offusqua très fort. Il n'était pas jaloux, juste un peu énervé, il serrait les dents et maudissait cet homme qu'il ne connaissait pas. Il surprit les yeux d'A'Xu se poser sur lui, et le vit lui sourire de façon un peu narquoise. Ce petit troll savait exactement ce qu'il faisait, et même s'il ne pouvait s'empêcher d'être énervé, il aimait aussi cette facette chez A'Xu.
L'homme descendit avant le terminus et Lao Wen se précipita sur le siège. Zhou Zishu cacha son rire derrière sa main, très content de son petit jeu. Lao Wen attrapa ses doigts pour les éloigner de sa bouche. Zhou Zishu continua de rire avec amusement :
— Tu t'es bien amusé ? interrogea Lao Wen.
Il acquiesça, tout fier de lui et de sa bêtise. Il trouvait hilarante la réaction de Lao Wen, c'était plus fort que lui.
— Alors comme ça tu aimais son parfum ?
— Sa fragrance m'a envoûté.
— Et ma fragrance à moi, elle ne t'envoûte pas ?
— Elle me donne envie de me moucher.
Lao Wen fronça les sourcils tandis que Zhou Zishu riait de plus belle.
Wen Kexing avait envie de l'embrasser. Normalement, il était le genre d'homme à faire ce qu'il voulait, mais bizarrement, il se sentit presque timide tout à coup. C'était stupide. D'habitude, les hommes qui l'attiraient, il ne se gênait pas pour les embrasser, pourquoi là se retenait-il ?
Parce que c'était A'Xu, c'était différent. Il aurait pu désormais rencontrer mille hommes merveilleux, il n'y en avait qu'un vers qui son regard se tournerait.
A'Xu passa alors sa main devant son visage :
— Eh Lao Wen !
Wen Kexing cligna des yeux.
— Tu es toujours avec moi ?
— Bien sûr, je le serai toujours, fit Wen Kexing en souriant.
A'Xu roula des yeux, mais garda son sourire sur son visage.
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« Ghost Chief »
L'hiver passa. A'Xu arrêta de mettre des écharpes et son gros manteau. Par contre, niveau vêtements, rien ne changea vraiment. Il portait toujours ses chemises blanches ou parfois bleu très clair, ses jeans noirs. Quand Wen Kexing imaginait sa garde-robe, il la voyait comme dans les dessins animés, le même vêtement reproduit à l'infini. Tout l'inverse de lui-même dont le placard débordait de tenues. Même quand il portait du blanc, il se devait d'être extrêmement voyant.
Son dernier livre faisait un carton auprès de son public et Wen Kexing était heureux de le voir partout en libraire. Le prochain, selon lui, serait encore meilleur, puisque c'était A'Xu qui l'inspirait.
Son éditeur lui envoyait par messages les meilleures chroniques et Wen Kexing s'enroulait dedans comme on s'enroule dans une couverture. Oh bien sûr, il avait aussi des critiques négatives, surtout de la part de gens fâchés et ignorants, des personnes qui ne comprenaient rien à son histoire et qui critiquaient le fait que deux hommes puissent prendre du bon temps et se rouler dans le foin. La haine leur faisait dire que les livres de Wen Kexing ne valaient pas mieux qu'une bouse de vache, voir même qu'il valait moins, qu'ils étaient la lie de l'humanité.
Il se vengeait en écrivant encore plus de boy's love. Son but était d'envahir le marché avec ses romances homosexuelles, d'étouffer les connards en leur faisant manger ses bouquins, et que tous les homophobes finissent en PLS à chaque sortie de romans.
C'est pour ça qu'il écrivait de plus belle dans son carnet, il réfléchissait, jetait des idées. Il voulait que son prochain roman soit plus qu'un best-seller, il voulait que ce soit LE roman que tout le monde s'arrache, comme s'il contenait de l'or. Il était tellement concentré, qu'il ne fit guère la conversation à A'Xu et celui-ci, qui avait perdu l'habitude d'être plongé dans le silence, s'endormit et sa joue tomba sur l'épaule de Wen Kexing.
C'était la deuxième fois, mais Wen Kexing n'aurait pas été dérangé que ça devienne une habitude. Une seconde il perdit le fil de ce qu'il écrivait, oublia son carnet. Dans son univers, il n'y avait plus qu'A'Xu, plus que son visage endormi digne de celui des dieux, plus que son odeur de propre qui emplissait les narines de Wen Kexing. Il ne savait pas si le monde avait vraiment disparu ou si c'était juste A'Xu qui en était devenu le centre.
Puis, il retrouva ses esprits, et encore plus inspiré, il recommença à écrire.
Le lendemain, quand Wen Kexing entra dans le wagon, A'Xu portait ses lunettes et écrivait sur son ordinateur.
— Désolé j'ai pris du retard, expliqua-t-il quand Wen Kexing s'assit.
— Qu'écris-tu ? demanda-t-il.
— Les meilleures ventes de livres du moment selon les chiffres que j'ai reçu. Pas quelque chose de très intéressant à écrire, mais nécessaire, et ça plaît aux lecteurs.
Wen Kexing ne put s'empêcher de regarder l'écran, et quand il vit qu'A'Xu parlait du dernier roman de Ghost Chief, il bondit.
Zhou Zishu regarda Lao Wen sans comprendre sa soudaine bonne humeur.
— Tu as déjà lu des livres de Ghost Chief ? lui demanda Lao Wen.
— Non, dit-il, mais il fait partie des meilleures ventes dans la catégorie boy's love. Apparemment il serait très connu dans le milieu, mais personne ne sait de qui il s'agit.
— Je l'ai lu moi, je te prêterai un de ses livres si tu veux.
Zhou Zishu haussa les épaules :
— Tu sais, la romance, ce n'est pas trop mon truc.
Lao Wen eut l'air horrifié :
— Comment ? Mais ce ne sont pas que des romances, il y a aussi parfois de l'aventure, des crimes, du surnaturel, et beaucoup d'obstacles auxquels les héros doivent faire face.
Zhou Zishu sourit, de ce sourire un peu taquin qui faisait chavirer Lao Wen sans qu'il ne le sache :
— Tu es fan de Ghost Chief n'est-ce pas ?
— On peut le dire comme ça, fit Lao Wen.
Zhou Zishu recommença à écrire son article et lui dit :
— Si tu veux, tu pourras me prêter un de ces romans.
— Lequel ?
— Celui que tu préfères.
Lao Wen acquiesça :
— D'accord.
Wen Kexing ne tarda pas, dès le lendemain, il avait un exemplaire de ses romans avec lui et le prêta à A'Xu. C'était une histoire entre deux hommes (évidemment) qui combattaient ensemble des événements bizarres et surnaturels, tout en tombant amoureux l'un de l'autre. Wen Kexing n'était jamais stressé, pourtant, là, alors qu'A'Xu tenait entre ses mains un de ses romans, il ressentit une certaine inquiétude. Et si A'Xu détestait ? Et s'il se rangeait dans le rang de ses « haters » ? Pire encore, et si l'histoire le dégoûtait ? Non. Il pouvait ne pas aimer, mais A'Xu n'était pas ce genre de personne, Wen Kexing était bien placé pour le savoir, il avait appris à le connaître et A'Xu n'émettait pas de jugement aussi facilement, très certainement pas gratuit et irréfléchi. Même pour ses chroniques, il prenait soin de peser ses mots malgré son ton incisif, il savait ce qu'il disait et pouvait argumenter sur son avis.
Jamais un boy's love le dégoûterait simplement parce qu'il s'agirait de deux hommes amoureux l'un de l'autre.
À peine eut-il le livre entre les mains que Zhou Zishu l'ouvrit pour le commencer.
— Tu vas le lire maintenant ? interrogea Lao Wen.
— Pourquoi pas ?
L'homme haussa les épaules et Zhou Zishu se plongea dans l'histoire. Il fut tout de suite happé par l'écriture de l'auteur, Ghost Chief savait placer son environnement et ses personnages et en quelques pages seulement, il sentit que ce livre, il allait l'aimer. Tout en lisant, il se permit de faire des commentaires à Lao Wen, sur des tournures de phrases qui lui plaisaient, sur sa rencontre avec les personnages, sur les événements. Il était tellement dedans, que quand le train s'arrêta au terminus, il regretta de devoir lâcher sa lecture pour aller travailler.
— Alors ? demanda Lao Wen.
— J'ai besoin d'en lire plus, mais c'est très bien parti.
— Pourtant, ce n'est qu'une romance, le taquina Lao Wen.
— Et bien, seuls les imbéciles ne changent pas d'avis, n'est-ce pas ?
— Et tu n'es pas un imbécile.
Zhou Zishu sourit en le regardant. Non, il n'était pas un imbécile, loin de là.
Il ne fallut pas longtemps à A'Xu pour lire le livre en entier, en fait, il le lui rendit dès le lendemain.
— Tu as aimé à ce point ? demanda Wen Kexing, le cœur battant.
A'Xu acquiesça et commença à parler de son avis, des phrases qu'il avait préférées, et de la romance qui était très douce et très belle.
— Ghost Chief est un très bon écrivain, conclut-il, je comprends qu'il ait du succès. Il le mérite selon moi.
Lao Wen ricana :
— Tu es devenu un de ses fans toi aussi n'est-ce pas ?
A'Xu plongea ses yeux dans les siens, et il eut ce sourire qui décrochait le cœur de Lao Wen :
— Tu m'as percé à jour, dit-il. Je pense que je vais continuer ma découverte, en attendant je te rends ton livre.
— Tu veux que je te prête les autres ? Je les ai tous.
— Non merci, monsieur le fan, je vais me les acheter, ce sera une manière de soutenir l'auteur.
Zhou Zishu ne mentit pas, il acheta d'autres livres de Ghost Chief et les lut aussi vite que le premier. Chaque fois il se laissait transporter, et lui qui n'était pas forcément fan des romances, se mettait à espérer à chaque fois que le couple principal réussisse à s'en sortir et à se mettre ensemble. Son préféré pour le moment se nommait « l'armure en verre émaillé », mais il aimait tous ceux qu'il avait lus aussi.
Zhou Zishu aurait voulu écrire un article sur Ghost Chief, mais il y avait très peu d'informations sur l'auteur. Était-ce une femme ? Un homme ? Était-iel jeune ou au contraire assez âgé ? À quoi ressemblait-iel ? Qui était-iel vraiment ?
Zhou Zishu en parla à Lao Wen, comme celui-ci semblait être fan depuis plus longtemps, peut-être en savait-il plus.
Intérieurement, Wen Kexing riait aux éclats. Il jubilait de son petit jeu mystère. Il pensait « si tu savais », chaque fois qu'A'Xu lui parlait de Ghost Chief, et de ses interrogations autour de cet auteur mystère. Mais il était heureux aussi, qu'A'Xu aime ses livres, qu'il soit curieux et même qu'il veuille écrire un article sur lui. S'il devait un jour révéler sa véritable identité à qui que ce soit, ce serait forcément à A'Xu et à personne d'autre, parce que personne d'autre n'en valait la peine autant qu'A'Xu.
Wen Kexing voulut lui laisser un indice, une chance de découvrir qui était réellement Ghost Chief, et il glissa l'air de rien son carnet dans le sac d'A'Xu, tandis que celui-ci était occupé sur son jeu. S'il le lisait, peut-être comprendrait-il tout, peut-être pas, mais Wen Kexing était persuadé d'une chose. Il saurait qui est l'homme à l'écharpe dont parlait le carnet.
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« Trop intime ».
Zhou Zishu avait trouvé le carnet en fouillant son sac la veille, et ce matin dans le train il tenait ce cahier aux couleurs arc-en-ciel dans les mains. Lao Wen l'emmenait tellement partout, que la couverture était abîmée, pliée et cornée, les couleurs se barraient un peu la route. Sans y penser, Zhou Zishu caressait la couverture comme s'il s'agissait d'un trésor. Ça l'était sans doute, vu comme Lao Wen paraissait y tenir.
Lorsque l'homme arriva dans le wagon, Zhou Zishu lui tendit son carnet :
— Tiens, je te rends ça.
Wen Kexing attrapa son carnet et s'assit à côté d'A'Xu.
— Je suppose que tu l'as mis exprès dans mon sac, lui dit A'Xu.
Évidemment, il avait compris.
— Parce que si tu l'avais vraiment perdu ou oublié, pourquoi serait-il dans mon sac ? Donc je pense que tu voulais que je tombe dessus, peut-être même que je le lise.
Son A'Xu était toujours très perspicace.
— Alors ? interrogea Wen Kexing, tu l'as lu ?
— Non, répondit A'Xu.
Zhou Zishu ne mentait pas, il ne l'avait vraiment pas lu, même pas feuilleté. La curiosité était bien là, mais aussi une certaine gêne. Ce carnet, ce n'était pas à lui, ça ne le regardait pas.
— Dommage, je pense que tu aurais aimé, fit Lao Wen l'air déçu.
Puis il ouvrit son carnet à une page au pif et dit :
— Bon et bien, je vais t'en lire des passages.
Zhou Zishu secoua la tête :
— Non ! Pas besoin.
Wen Kexing, qui avait ouvert la bouche pour lire un des passages qui parlaient de l'homme à l'écharpe, la referma en faisant la moue.
— Ça ne t'intéresse pas ?
— J'ai simplement l'impression que c'est personnel, répondit A'Xu.
— Et tu ne veux pas que je te partager quelque chose de personnel ?
— Peut-être pas quelque chose qui me paraît si intime.
Wen Kexing était déçu, et aussi d'une humeur massacrante. Peut-être qu'effectivement A'Xu avait respecté son intimité, mais lui aurait préféré qu'il ne le fasse pas.
Zhou Zishu vit bien qu'il avait énervé Lao Wen. Si l'homme ne cachait pas ses moments de joie, ses moments de folie aussi, il ne cachait pas non plus sa déception et sa contrariété.
— Est-ce que tu es écrivain ? demanda-t-il alors.
— N'est-ce pas trop intime si je te réponds ? rétorqua Lao Wen.
Zhou Zishu sentait bien qu'il l'avait blessé, même si ça n'avait pas été ce qu'il voulait. Il ne savait même pas lui-même ce qui le bloquait ainsi. Peut-être aurait-il dû laisser Lao Wen lui lire certains passages, qu'il aurait partagés avec allégresse et grandiloquence, telle qu'il était. Il aurait parlé fort, aurait lu son texte non seulement à Zhou Zishu, mais également à tout le wagon. Zhou Zishu soupira, il avait déjà dit non, c'était trop tard.
Ce fut la première fois que le trajet en train lui parût si lourd. L'atmosphère entre les deux hommes était très pesante et Zhou Zishu espérait que Lao Wen aurait juste besoin de temps pour se calmer, qu'il ne lui en tiendrait pas rigueur.
Wen Kexing était à un fil de tout lui dire, lui raconter toute la vérité, sur ce qu'il était vraiment, mais A'Xu avait tout gâché. Il avait du mal à avaler la grosse boule qui avait grossi dans sa gorge, il avait du mal à ne pas être en colère, et ce qui le mettait encore plus en colère c'était d'en vouloir à A'Xu. Son A'Xu. Mais c'était comme ça, rien ni personne n'était parfait et parfois la plus grande preuve d'amour, c'était simplement d'accepter ce qui nous mettait en colère en plus de tout ce qui nous faisait du bien. Mais pas maintenant. Juste… Pas maintenant.
Il se sépara d'A'Xu sur le quai, toujours un peu fâché.
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« A'Xu, A'Xu, A'Xu »
Zhou Zishu avait ressassé toute la nuit sur ce qu'il devait faire ou dire le lendemain. S'excuser ? Tenter d'expliquer ? Changer de sujet et faire comme si de rien n'était ? Au final, son réveil avait sonné sans qu'il n'ait trouvé de réponses. S'il avait vécu encore seul, il aurait vidé une bonne bouteille de vin, histoire de chercher à se ressaisir, mais il ne pouvait plus se le permettre depuis qu'il vivait avec un adolescent de quatorze ans, un adolescent qui comptait sur lui et qui le prenait comme exemple.
Zhou Zishu avait si mal dormi que ses yeux se fermaient tous seuls dans le train. Est-ce qu'il avait vraiment fait quelque chose de mal ? Est-ce que cela foutrait en l'air cette relation étrange avec un homme un peu mégalo, bruyant, taquin, et qui disait tout ce qui lui passait par la tête ?
Et que ferait-il si c'était le cas ? Il n'avait ni son numéro de téléphone, ni son adresse, ni rien. Ils prenaient seulement tous les deux le même train tous les jours de la semaine, comme si c'était le destin. Comme s'ils étaient liés.
Zhou Zishu commençait à croire à toutes ces bêtises. Et si le destin les avait réunis ? Pourrait-il aussi les désunir ? Simplement parce qu'il n'avait pas lu ce foutu carnet pour préserver l'intimité de Lao Wen ? Il avait pensé que c'était la chose à faire, mais il c'était fortement trompé.
Wen Kexing n'était plus en colère, il avait beaucoup bu la veille, beaucoup trop. Il avait une gueule de bois digne des enfers, et il ne savait pas comment il réagirait quand il verrait A'Xu. Il ne devait pas être si fâché que ça, puisque sinon, il n'aurait même pas fait l'effort de se lever pour prendre un train qui ne le menait nulle part. Et peut-être que c'était vraiment ça, peut-être que cette relation avec A'Xu allait nulle part. Déprimé, Wen Kexing avança dans les wagons jusqu'à trouver celui d'A'Xu, et il se laissa tomber à côté de lui plus qu'il ne s'assit.
Zhou Zishu sentit tout de suite son haleine avinée et osa demander :
— Mauvaise nuit ?
Lao Wen ne le repoussa pas et se contenta de dire :
— Oui.
Zhou Zishu le regarda un instant, et puis très doucement il tapota sa propre épaule :
— Tu peux te reposer si tu veux.
La terre aurait pu se mettre à brûler, les océans à se déchaîner, le ciel à leur tomber sur la tête, rien au monde, pas même un accident de train, n'aurait empêché Wen Kexing à appuyer doucement sa tête contre l'épaule d'A'Xu.
— A'Xu, murmura-t-il.
— Hm ?
— A'Xu, répéta-t-il.
— Oui ?
— A'Xu.
Zhou Zishu sourit et fit :
— Lao Wen, Lao Wen, Lao Wen.
Et il se sentit soulagé, il se sentit mieux. Ils s'étaient réconciliés, et très doucement, mais sans hésitation, il pressa sa joue contre le crâne de Lao Wen.
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« L'absence »
Lao Wen avait prévenu Zhou Zishu la veille, il ne serait pas dans le train aujourd'hui. Il ne donnait pas d'explication, mais n'avait pas l'air ravi de l'annoncer.
Zhou Zishu pensait que cela ne le dérangerait pas. Qu'il passerait le voyage à somnoler, que ça passerait vite, qu'il ne remarquerait même pas que Lao Wen n'était pas là. Que pour une fois, il n'aurait pas cet homme trop voyant et si peu discret, près de lui, et que ça le changerait.
Ça le changea bien entendu, parce qu'il se rendit compte à quel point c'était… ennuyant… le train sans Lao Wen. Il s'était trop habitué à sa présence, mais ce n'était pas seulement ça. Zhou Zishu avait beau essayer de somnoler, ou de se concentrer sur son jeu de zombies, ou bien de se perdre dans le paysage, rien du tout ne fonctionnait, il n'arrêtait pas de penser à Lao Wen. À ses tenues voyantes, à ses parfums capiteux, à sa voix, ses sourires, son rire, leur façon de se parler, d'échanger des piques parfois. À sa tête sur son épaule et la chaleur qui s'en dégageait.
Zhou Zishu se massa les tempes.
Lao Wen lui manquait, c'était ça la vérité. Il ne prenait pas le train une fois, une seule, dans la semaine, et voilà que son absence grignotait Zhou Zishu de l'intérieur. Par habitude, il avait gardé le siège à côté de lui et personne ne vint s'y asseoir, mais c'était comme si Lao Wen y avait laissé son ombre et son absence.
Zhou Zishu sortit de son sac un roman de Ghost Chief et essaya tant bien que mal de s'y plonger. C'était le dernier qu'il avait publié, et les personnages étaient hauts en couleur, l'histoire complètement folle, l'écriture toujours aussi entraînante. Il aurait voulu faire des commentaires à voix haute, il ne pouvait pas parce que Lao Wen n'était pas là. Zhou Zishu reposa son livre en soupirant.
Il tapota des doigts sur la tablette en face de lui, il trouvait le temps long. Jamais un trajet ne lui avait paru aussi interminable.
Zhou Zishu était plutôt perspicace pas le genre à se demander longtemps ce qu'il ressentait et pourquoi. Ça ne valait pas le coup de s'y appesantir, Zhou Zishu savait très bien de quoi il souffrait à cet instant, et pourquoi Lao Wen lui manquait autant. Sa gorge serrée, ses images qui se déroulaient dans sa tête en pensant à Lao Wen, tout ça n'était pas dû à un étrange rhume de printemps. Inutile de se mentir. Est-ce que ça le dérangeait ? Non et de toute façon avait-il le choix ? Non plus.
Il n'allait pas combattre ce qui lui arrivait.
Il avait simplement hâte d'être le lendemain, quand il reverrait son Lao Wen.
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« Petits flirts entre amis »
Leur relation changea, ni en mal ni en bien. Elle changea c'est tout, elle était sur un chemin et avait pris une direction lorsqu'elle était arrivée à un croisement, elle aurait pu aller à droite ou bien tout droit plutôt qu'à gauche, mais elle ne pouvait plus revenir en arrière. Ni Zhou Zishu, ni Wen Kexing.
Et quelle importance vraiment ?
Zhou Zishu flirtait, il le savait, il assumait. Il taquinait Lao Wen, le cherchait, ils jouaient tous les deux au jeu du chat et de la souris, et ça avait quelque chose d'assez excitant, comme de monter dans une montagne russe, de se retrouver dans la montée et d'appréhender la descente tout en la désirant.
Si Wen Kexing sentit le changement, il n'en parla pas, ne fit aucun commentaire, et suivit le mouvement. A'Xu aurait pu le mener par le bout du nez s'il avait voulu, il aurait sans doute quand même suivi. Wen Kexing avait du mal à écrire ces derniers temps, parce que son homme à l'écharpe était trop présent, trop réel, et qu'il avait du mal à séparer l'écrivain de l'homme qu'il était. Pourtant, il faudrait bien qu'il s'y remette, mais disons qu'il faisait une pause.
Ce jour-là, Wen Kexing avait emmené des gâteaux à manger, les partageant avec A'Xu. Et comme des gamins de trois ans, ils se battirent pour avoir le dernier. Tenant tous les deux un coin sans vouloir lâcher :
— Je ne te savais pas si gourmand, taquina Wen Kexing.
— Tu devrais admettre que tu as perdu et que le dernier gâteau c'est toujours pour l'invité.
— Tu n'es pas un invité, tu es simplement un camarade de train.
A'Xu releva la tête, ses yeux remplis de malice se posèrent sur le visage de Wen Kexing et sans relâcher le gâteau, il s'approcha de Wen Kexing. Toujours plus proche de lui, si bien que Wen Kexing avait l'impression de s'être transformé en statue.
Zhou Zishou avait un sourire taquin, il était le seul à contrôler la situation, et encore même lui ne savait pas vraiment comment allait tourner ce jeu, ce qu'il savait c'était qu'il devait avoir ce dernier gâteau. Rien que pour enquiquiner et taquiner Lao Wen. Celui-ci ne bougeait plus, comme un daim prit entre deux phares. Zhou Zishu se rapprocha un peu plus, jusqu'à ce que sa bouche soit presque collé à son oreille, et là… Il souffla dessus.
Wen Kexing eut un énorme frisson, qui partit de la plante des pieds et remonta jusqu'à sa nuque. Il relâcha le gâteau et A'Xu tout sourire, se recula et mordit dedans.
— Gagné ! s'exclama l'autre homme.
Effectivement. Gagné.
Zhou Zishu en mangea la moitié puis tendit ce qu'il restait à Lao Wen, avec un geste de la main et de la tête pour lui montrer qu'il était généreux.
Wen Kexing n'en resterait pas là, A'Xu n'était pas le seul à vouloir jouer. Il attrapa le poignet de l'homme, rapprocha ses doigts de sa bouche et croqua dans le gâteau, frôlant ses phalanges avec ses lèvres, sans quitter des yeux A'Xu.
C'était un jeu dangereux, si dangereux et délicieux à la fois. Si brûlant. Zhou Zishu et Wen Kexing, avaient tous les deux allumé un incendie, et ils n'avaient rien pour l'éteindre.
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« Qui est Ghost Chief ? »
Zhou Zishu avait fait une chronique pour son magazine sur un des livres de Ghost Chief, et il l'avait montré à Lao Wen, tout en lui demandant son avis. Savoir ce que Lao Wen pensait de son article comptait pour lui. Quand, enfin, Lao Wen releva les yeux, Zhou Zishu demanda d'un air à la fois impatient et presque timide :
— Alors ?
— Et bien, monsieur, je dois dire que vous êtes tombé sous le charme de Ghost Chief.
— Et c'est un mal ? Tu trouves que j'ai l'air trop fan ?
— Non. On sent que tu aimes, tu partages ton enthousiasme, tout en restant les pieds sur terre. Tu donnes envie de découvrir l'auteur avec tes mots et je pense que tu vas permettre à Ghost Chief de conquérir plus de monde.
Zhou Zishu sourit et Lao Wen se rapprocha de lui et chuchota :
— Ghost Chief a de la chance de t'avoir.
Wen Kexing aurait pu être jaloux, si Ghost Chief n'avait pas été lui-même. Il était peut-être temps d'avouer la vérité à A'Xu d'ailleurs. Mais il l'avait caché depuis si longtemps qu'il ne savait pas comment révéler qui il était vraiment à A'Xu. Pourtant, il le fallait, il le savait, il ne pouvait plus continuer à lui cacher, pas à lui. Alors il évita de réfléchir trop longtemps, et lâcha :
— Ça te dirait une interview exclusive avec Ghost Chief ?
— Bien entendu, répondit A'Xu immédiatement, si je savais qui il était, je pourrais le mettre à l'honneur. Mais j'ai eu beau faire des recherches sur lui, le seul moyen de le contacter est d'envoyer un courrier à son éditeur. J'ai bien essayé de lui demander une interview, mais je suppose qu'il refuse toutes les lettres de ce genre. Ghost Chief semble aimer le mystère qui pèse autour de lui.
— Et si je te disais que je pouvais faire en sorte que tu ais une interview avec lui ?
Zhou Zishu fixa les yeux de Lao Wen pour savoir s'il était sérieux, et il l'était.
— Tu le connais ?
Lao Wen sourit sans répondre. Zhou Zishu fronça les sourcils et réfléchit à haute voix :
— Tu es écrivain n'est-ce pas ? Vous êtes dans le même milieu, c'est pour ça que tu le connais !
Le sourire de Lao Wen s'agrandit, il ne nia pas et il murmura :
— Tu y es presque.
Alors, la vérité éclata dans la tête de Zhou Zishu et tout devint clair comme de l'eau de roche. Bien sûr, c'était évident, c'était juste sous son nez. Le carnet aux couleurs de l'arc-en-ciel, l'exubérance de Lao Wen qu'on pouvait retrouver dans les livres de Ghost Chief, sa façon de détourner les sujets qui le concernent, son don pour les pirouettes pour ne jamais dire qui il était, et sa connaissance de Ghost Chief.
— Toi ! s'exclama Zhou Zishu. C'est toi Ghost Chief.
Lao Wen rit doucement et fit signe à Zhou Zishu de parler moins fort, pas besoin que le reste du wagon apprenne la vérité.
Zhou Zishu le regardait les yeux écarquillés.
— Et tu m'as laissé te faire des commentaires sur tes livres, chuchota-t-il.
Il réfléchit un long moment pour être sûr de n'avoir jamais dit de bêtises à ce sujet.
— Oui c'était drôle d'avoir ton avis en direct, avoua Lao Wen.
— C'est toi depuis le début.
— Et bien… Oui.
— Alors ce que tu écris dans ton carnet…
— C'est ma future histoire.
— Je vois.
Il était un peu abasourdi, et s'en voulait de ne pas avoir deviné plus tôt. Pour quelqu'un qui aurait pu se vanter de bien connaître l'être humain, il s'était montré complètement aveugle.
— Est-ce que tu me le feras lire, ton carnet ? interrogea Zhou Zishu.
— Je croyais que c'était trop intime pour toi, le taquina Lao Wen.
— D'accord, touché, c'est de bonne guerre. J'ai changé d'avis, je pourrai le lire ?
— Tu pourras, affirma Lao Wen.
Les yeux d'A'Xu s'éclairèrent et Wen Kexing n'arrivais plus à s'arrêter de sourire. Ils se regardaient sans arriver à se lâcher des yeux. Il n'y avait plus de secret entre eux. Ils avaient encore des choses à se dire pour mieux apprendre à se connaître, bien entendu, mais ils étaient aussi sur un pied d'égalité.
— Je pense ne pas avoir besoin de te dire que tu ne dois en parler à personne, fit Wen Kexing.
— Bien évidemment.
— Et si tu veux m'interviewer, je suis d'accord. Ce sera une interview exclusive, et je répondrai à toutes tes questions, sauf bien entendu celles sur mon identité.
— Tu es sûr de vouloir faire ça ? demanda A'Xu.
Wen Kexin hocha la tête avec sincérité.
— J'en suis sûr.
— Dans ce cas, laisse-moi le temps de préparer l'interview et je t'interrogerai quand je serai prêt. Ça te convient ?
— Tu veux faire ça dans ce train ?
— Et pourquoi pas ?
Wen Kexing regarda autour d'eux, mais personne ne faisait attention à ce qu'ils se disaient.
— D'accord à condition d'être discret.
— Toi, discret ? s'amusa A'Xu.
Puis il hocha la tête avant d'ajouter :
— Ne t'inquiète pas, ce sera discret.
Wen Kexing savait qu'il pouvait compter sur lui. Avec A'Xu, son secret était entre de bonnes mains.
L'interview de Ghost Chief eut un énorme succès et permit au magazine de se vendre beaucoup plus que d'habitude. Zhou Zishu expliqua à Lao Wen qu'il avait été félicité à son travail et avait obtenu une augmentation de son salaire. Même s'il en était satisfait, il expliqua :
— J'espère qu'ils ne s'attendent pas à ce que je dégote des interviews aussi difficiles à avoir, tous les jours. C'était parce que j'apprécie beaucoup tes livres. C'était juste un coup du hasard.
— Ou un coup du destin, sourit Lao Wen.
— D'ailleurs, en parlant de destin, explique-moi pourquoi tu prends ce train tous les matins alors que tu n'as pas d'autre travail que celui d'écrire ?
Lao Wen rapprocha son visage du sien et chuchota :
— Parce que ma source d'inspiration est dans ce train et que je ne peux pas la manquer.
Zhou Zishu était plutôt du genre à contenir ses émotions, mais il ne put empêcher ses joues de rougir un peu. Il sourit d'un air amusé :
— Heureusement que tu as donné un coup de main au destin.
Lao Wen éclata de rire et acquiesça :
— Heureusement en effet.
Wen Kexing ne se recula pas, mais il avait une autre question :
— Et toi, dis-moi pourquoi tu ne déménages pas près de ton lieu de travail ?
A'Xu tourna la tête pour regarder ailleurs, mais il expliqua :
— Je vis avec le fils d'une amie, il a quatorze ans, son père, sa mère et son grand-père sont décédés suite à un accident et depuis il vit avec moi. Je ne voulais pas qu'il change de collège, je ne voulais pas qu'il soit plus déboussolé qu'il ne l'était déjà, il avait besoin de garder certains de ses repères, alors c'est moi qui ai changé de villes. Depuis je dois prendre le train pour aller travailler, mais ça n'a pas d'importance, c'est même mieux ainsi.
— Et pourquoi est-ce mieux ? interrogea Wen Kexing.
A'Xu retrouva le sourire et ses yeux scrutèrent à nouveau ceux de Wen Kexing :
— Parce que je t'ai rencontré.
Le train s'arrêta alors au terminus, mais sans ça, ils ne se seraient pas détournés si facilement.
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« Maladie ».
Zhou Zishu avait un masque noir sur le visage et les yeux fermés, le train le ballottait, mais il n'avait pas assez de force pour l'en empêcher. Il avait mal à la tête et aux poumons. Il avait le nez bouché et de la toux. Mais il était là, et au deuxième arrêt, Lao Wen le rejoignit.
Wen Kexing râla quand il le vit avec un masque :
— Tu ne vas pas recommencer à cacher ton beau visage n'est-ce pas ?
A'Xu ouvrit à peine les yeux :
— Tu sais, murmura-t-il, je me demande si le monde mérite ma beauté et ma grâce.
Wen Kexing allait répondre sur le même ton, mais le crâne d'A'Xu atterrit sur son épaule, et il commença à tousser. Aussitôt, Wen Kexing s'inquiéta et posa sa main sur le front brûlant de l'autre homme.
— Tu es brûlant ! constata-t-il.
— Un peu chaud, tenta de le convaincre A'Xu d'une petite voix.
— Un peu chaud ? C'est un euphémisme ! Mais pourquoi prends-tu le train dans cet état ? Est-ce que tu es devenu idiot ?
— Parce que je ne voulais pas te rater.
A'Xu ferma les yeux après avoir annoncé ça comme s'il parlait du beau temps, comme si ces mots n'étaient pas en train de rendre Wen Kexing plus fou qu'il ne l'était, comme s'il n'avait pas provoqué une tempête dans la tête, le cœur et l'estomac de Wen Kexing.
— Je constate que tu es effectivement devenu idiot, on aurait fini par se revoir, voyons !
— J'avais peur que tu t'inquiètes… Je n'ai pas ton numéro… J'avais peur que tu ne viennes plus.
C'était la fièvre qui faisait parler Zhou Zishu, il n'était même pas sûr lui-même de ce qu'il était en train de baragouiner. Il sentit Lao Wen s'exciter à côté de lui :
— C'est bien beau tout ça, mais tu n'es pas en état, il faut tout de suite t'emmener voir un médecin. Je vais faire arrêter le train.
Il commença à se lever pour tirer la manette d'urgence du train, mais Zhou Zishu attrapa sa main et serra ses doigts, le forçant à se rasseoir.
— Ça va aller, promit-il, ne fait pas de bêtises.
Wen Kexing regarda sa main, A'Xu ne le relâcha pas et il ne fit rien pour récupérer sa main. Il tourna ses yeux vers l'homme malade qui avait bien du mal à garder les yeux ouverts et qui appuyait sa joue sur son épaule.
— Ça va aller, répéta A'Xu, c'est seulement un mauvais rhume.
— Ce n'est pas un mauvais rhume, et je te préviens, une fois que ce train s'arrête, nous sortons et allons te chercher un médecin.
A'Xu n'eut pas la force de contester, mais il murmura :
— Je suis bien là. Je suis bien.
La voix de Zhou Zishu était pâteuse, endormie, mais il ne mentait pas. Malgré sa fièvre et les douleurs dans ses côtes et son crâne, il était bien, parce qu'il était près de Lao Wen. Soudain, il sentit la main de Lao Wen, celle qu'il ne tenait pas, se poser sur l'arrière de son crâne très doucement. Il rouvrit les yeux au moment où les lèvres de Lao Wen touchaient son front.
Zhou Zishu crut qu'il était en train d'halluciner à cause de la maladie, mais il se mit à sourire sous son masque quand même. Il aimait cette hallucination, vraiment beaucoup, vraiment vraiment vraiment beaucoup.
La suite fut un peu floue. Lao Wen lui raconterait plus tard qu'il l'avait emmené à l'hôpital voire un médecin et qu'il avait enregistré son numéro dans son portable, pour que la prochaine fois il n'ait pas peur de rater le train et qu'il reste couché s'il était malade.
Zhou Zishu l'écouterait sans oser lui demander la seule question qui avait de l'importance pour lui. « Est-ce que tu m'as vraiment embrassé sur le front ? »
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« Lumière »
Zhou Zishu n'avait jamais eu de réelle relation amoureuse dans sa vie. Peut-être qu'il avait un peu flirté au lycée, sans jamais que quelque chose se concrétise vraiment. Il pensait à d'autres choses, comme faire de son mieux dans ses études pour pouvoir exercer dans le métier qu'il souhaitait faire. Il était trop sérieux pour son âge, et s'il avait des amis, il ne les avait pas vraiment gardés par la suite, sauf un qui s'était retrouvé à la fac avec lui. Zhou Zishu, à cet âge-là, était obsédé par la réussite, quitte à marcher sur les autres, il faisait tout pour être major de promo, et franchement, de son point de vue d'aujourd'hui, il était imbuvable, orgueilleux même, il se prenait pour ce qu'il n'était pas. Un vrai petit con. Il écrasait si bien les autres, qu'il n'avait pas vu que son seul ami allait mal, ou il n'avait pas voulu voir. Zhou Zishu était concentré sur lui-même, il se disait que tout finirait par rentrer dans l'ordre pour son ami, qu'il devait comprendre que Zhou Zishu n'avait pas de temps pour lui, qu'il visait trop haut pour ça.
Jusqu'à ce qu'il se suicide.
Ça avait été un vrai choc. Zhou Zishu avait eu l'impression de se prendre un mur. À quoi bon être le meilleur partout, s'il n'était pas capable de voir ce qu'il avait à côté de lui et d'y faire attention ?
Zhou Zishu avait alors chuté. Pendant un long moment, il eut du mal à recommencer à se lever le matin et à ne pas se saouler le soir, ses notes diminuèrent drastiquement, pas parce qu'il était moins intelligent, mais parce qu'il avait perdu toute envie et concentration. Cependant, il tint bon, continuer de vivre était une sorte de punition, du moins le voyait-il comme ça. Il réussit à trouver un travail convenable et pas trop déplaisant, il commença à avoir toute sorte de relation avec les gens. Parfois collègue, parfois maître de stages, ou encore compagnons de beuverie. Pas d'histoire d'amour, pas d'amis trop proches.
La seule chose qui le sortit un peu d'une boucle infernale de culpabilité, ce fut l'arrivée d'un enfant – déjà adolescent – dans sa vie. Perdant sa famille dans un accident de voiture, cet ado n'avait plus que Zhou Zishu, un très lointain ami de la mère, le seul à bien vouloir l'accueillir chez lui. Zhou Zishu se devait être là pour lui, c'était une manière de réparer le mal qu'il avait fait à d'autres.
Il n'avait donc jamais été vraiment amoureux, il n'était même pas sûr de vouloir ou de savoir ce que c'était. Mais il était tombé sur Lao Wen et sans qu'il s'en rende compte, tout avait changé. Cet homme était éblouissant, sur le coup on était un peu aveuglé, mais petit à petit, on se rendait compte qu'on s'était habitué à sa présence et qu'on ne voulait plus jamais vivre sans cette lumière. C'était le cas pour Zhou Zishu. C'était la première fois depuis longtemps qu'il avait l'impression d'avoir réellement envie de vivre, de tenir debout et de continuer à avancer, la première fois qu'il se disait « est-ce que j'ai le droit d'être heureux ? ». Peut-être pas, seulement, pour une fois, il avait envie d'essayer quand même.
Maintenant, que devait-il faire pour que ça se concrétise ?
Zhou Zishu raconta son passé à Lao Wen, il voulait que l'autre homme sache qui il était, ce qu'il avait fait, et combien il avait pu être une mauvaise personne. Après ça, peu fier de lui, il n'osa plus le regarder et tourna son visage vers la vitre du train pour observer le paysage.
— A'Xu, entendit-il, merci de m'avoir tout raconté et cela ne change rien pour moi. Je continuerai de prendre ce train et d'être à tes côtés.
— Vraiment ?
— Vraiment.
Zhou Zishu eut un fin sourire, mais il ne bougea pas.
Alors il sentit qu'une main se posait doucement sur la sienne. Zhou Zishu écarquilla un peu les yeux, mais il resta immobile, attendant de savoir ce que ferait Lao Wen.
Wen Kexing avait eu des relations amoureuses, et pas toujours des très bonnes, elles avaient même pu parfois s'avérer assez toxiques. Malgré sa bonne humeur, son amour de l'écriture, son succès dans le milieu littéraire, il avait aussi un côté sombre. Un côté où il ne souriait pas, où il ressentait de la colère, où il se sentait mal. Avec A'Xu, c'était différent. Pour lui, A'Xu était sa lumière au bout du tunnel, il aimait sa façon d'écouter, sa façon de parler et d'être là sans juger. Il aimait son désintéressement et ses taquineries. Peut-être que dans le passé, il s'était montré différent, Wen Kexing n'en avait cure, A'Xu était A'Xu et pour lui, il était le centre de son monde.
Jamais Wen Kexing n'avait ressenti ça auparavant pour personne, jamais il n'avait eu envie de s'engager à ce point avec quelqu'un en se disant qu'il voulait que ça dure toujours, et plus encore. Quelle bonne idée d'avoir provoqué le destin, parce qu'il avait mis sur sa route quelque chose qui ressemblait à une âme sœur.
Et parce qu'il ressentait tout ça, il noua ses doigts à ceux d'A'Xu, pour le soutenir, pour lui dire qu'il était là et pour lui montrer quels liens ils partageaient, tous les deux. Il attendit la réaction d'A'Xu, et celui-ci très doucement, referma ses doigts sur les siens.
Zhou Zishu voyait le reflet de Lao Wen dans la vitre, l'homme ne le quittait pas des yeux, ne lâchait pas non plus sa main, comme si elle était exactement où elle devait être. Un puzzle deux pièces qu'on avait rassemblées. Sa main lui paraissait bouillante et il avait des frissons. Sa tête lui tournait et il avait du mal à réfléchir, du mal à penser. C'est pour cela qu'il fit la seule chose qui avait soudainement du sens, quelque chose qu'ils désiraient tous les deux sans se le dire, sans se l'avouer peut-être. Zhou Zishu se retourna brusquement et posa ses lèvres sur la bouche de Lao Wen, qui ne le repoussa pas.
Le monde entier disparut d'un coup. Il n'y avait plus qu'eux, leurs mains liées, leurs lèvres qui s'embrassaient, leurs yeux fermés et leurs cœurs battants. C'était fantastique, merveilleux, incroyable, extraordinaire, et tous leurs synonymes. Ils étaient exactement là où ils devaient être, avec la bonne personne, au bon moment.
Quand ils se séparèrent et rouvrirent leurs yeux, Zhou Zishu posa son front contre celui de Lao Wen, et lui sourit.
Wen Kexing lui rendit son sourire, serra plus fort ses doigts et frotta son nez contre celui de son A'Xu.
— Lao Wen, souffla A'Xu.
— Maintenant, tu vas devoir changer mon nom, fit Wen Kexing.
— Ah bon ?
— Oui, désormais, tu peux m'appeler Wen chéri, ou même chéri tout court, c'est comme tu préfères.
A'Xu leva les yeux au ciel comme il savait si bien le faire, mais ça ne l'empêcha pas de soupirer tout près de sa bouche :
— Wen chéri.
Et il l'embrassa une seconde fois.
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« Déclaration d'amour »
Dans le train, ils continuaient de se parler, parfois ils s'interrompaient pour s'embrasser ou simplement pour être l'un contre l'autre en silence. Leurs doigts ne cessaient de se frôler, de se toucher, de s'emmêler. Ils avaient du mal à se séparer sur le quai. Ils s'embrassaient longtemps, puis Zhou Zishu partait, avant de faire demi-tour et de prendre Wen Kexing dans ses bras et de l'embrasser à nouveau.
Tous leurs rendez-vous se passaient dans le train, mais il se voyait sans doute plus que d'autres. Lao Wen avait lu des extraits de son futur roman à Zhou Zishu, qui avait été très gêné et avait soupiré et levé les yeux au ciel une bonne centaine de fois, simplement pour cacher son malaise. Le roman parlait de l'homme à l'écharpe, lui-même donc, un super héros des temps moderne, qui tombait amoureux du « méchant » de l'histoire. Un homme mystérieux qui n'aimait rien d'autre qu'escroquer les gens, jusqu'à ce qu'il rencontre l'homme à l'écharpe. Et que leur monde entre en collision.
Lao Wen faisait exprès de lire les passages les plus dégoulinants, les phrases d'amour, les sensations. Zhou Zishu râlait qu'il ne voulait pas faire partie d'un roman aussi bizarre, mais en même temps, il était secrètement content.
Après plusieurs jours d'une relation qui débutait, Wen Kexing avait besoin de rendre ça grandiose et officiel. En gros, il voulait crier à la terre entière dans un mégaphone géant qu'il était amoureux de la personne la plus lumineuse de tout l'univers, et qu'il avait trouvé son âme sœur. De raconter qu'au début, ce n'était que de la curiosité, mais que ça s'était vite mué en autre chose, et pas seulement parce que son A'Xu était beau.
Il n'avait pas de mégaphone assez grand, mais leur petit bout de monde se trouvait dans un train. Ce matin-là, il arriva avec une guitare et une tenue encore plus voyante que d'habitude – ce qu'A'Xu ne croyait pas possible - et quand le train démarra, il commença à gratter les cordes de son instrument.
Zhou Zishu avait vu Lao Wen arriver et avait écarquillé les yeux, mais n'avait pas été assez rapide à comprendre et ne put pas immédiatement empêcher ce que Lao Wen allait faire. Il se mit à chanter, à chanter une sérénade à Zhou Zishu. Il y exposait ses sentiments, il les déposait aux pieds de Zhou Zishu, là, devant tout le monde. Les yeux du wagon tout entier rivés sur eux. Au bout d'un moment, Zhou Zishu réussit à se lever. Il était rouge de la pointe des pieds jusqu'à la pointe des cheveux, il était flatté en même temps, et il s'approcha de Lao Wen qui continuait de chanter sans le quitter des yeux. Quand il eut fini, il posa sa guitare et ouvrit ses bras pour que Zhou Zishu vienne s'y blottir. Tout le monde, absolument tout le monde, assistait à la scène et pourtant Zhou Zishu envoya tout balader, et vint s'appuyer contre Lao Wen.
Ce dernier murmura à son oreille, provoquant tout un tas de frissons :
— Je t'aime.
Zhou Zishu sourit et releva les yeux. Il posa sa bouche sur celle de Lao Wen pour lui donner sa réponse. Lui aussi l'aimait. Quelques personnes applaudirent et quelques autres huèrent, mais ils n'entendirent rien du tout.
Quand ils s'assirent finalement à leur place, A'Xu tenait la main de Wen Kexing et le regardait fixement. Wen Kexing non plus ne le lâchait pas des yeux.
— Tu viens à la maison ce soir ? demanda A'Xu.
Wen Kexing sourit, embrassa la commissure de ses lèvres :
— Avec plaisir, répondit-il.
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« Et ils vécurent heureux… »
Un autre jour, un autre train, un autre moment.
Wen Kexing ne cessait de tourner son alliance à son annulaire et A'Xu lui mit une petite tape sur la main :
— Arrête de faire ça, tu vas la perdre.
Wen Kexing s'arrêta et se tourna vers A'Xu.
— J'ai envie de la montrer à tout le monde !
— Je te signale, commença A'Xu, que c'est ce que tu as fait avec absolument tous les gens que l'on rencontrait au cours de notre lune de miel.
— Mais je veux que les gens sachent à quel point je suis chanceux, heureux, et fou de toi.
— Moi je le sais, fit A'Xu, ça ne te suffit pas ?
Wen Kexing sourit et se rendit à ses arguments :
— Si, ça me suffit.
A'Xu vint appuyer son nez contre le sien pour le frotter doucement, satisfait. Wen Kexing se sentit doucement fondre.
— Moi aussi, je suis fou de toi, murmura A'Xu.
Leurs mains se lièrent et se regardant dans les yeux, ils se sourirent.
Fin.
L'autatrice : voilà une petite fic UA. J'ai essayé au maximum de respecter le caractère des personnages (sachant que je n'avais pas encore vu tout le drama), donc j'espère que ça ira.
