Quand le cœur prend les rênes.
C'était un désir brûlant, étourdissant et douloureux à la fois. C'était le cœur qui prenait les rênes à la place du cerveau, et le corps qui refusait de bouger. C'était essayer de réconcilier la raison et la folie. Zhou Zishu avait comme une voix dans la tête qui hurlait si fort qu'il se demandait comment il faisait pour continuer d'écouter et de parler normalement, comme si de rien n'était, comme s'il n'y avait pas une espèce de bestiole en son sein qui le grignotait par petit bout. Au fur et à mesure qu'il comprenait toute l'histoire, qu'il voyait Wen Kexing s'écrouler à côté de lui, son désir augmentait.
Ce n'était pas l'envie de pleurer, il était au-delà des larmes, ce n'était pas la colère non plus. C'était quelque chose comme une tornade qui détruit tout sur son chemin et ne laisse que des miettes de soi-même.
Et tout ce qu'il trouvait à faire, c'était une main sur l'épaule, c'était suivre Wen Kexing de près, prêt à le retenir s'il s'écroulait sous la douleur, c'était ne pas le quitter des yeux, c'était ressentir sa douleur. Wen Kexing était au bord des larmes, et même comme ça, il trouvait le moyen de demander si on pouvait sauver Zhou Zishu.
Zhou Zishu en aurait ri, un rire douloureux, de ceux qui venait quand pleurer ne suffisait plus. Wen Kexing voulait le sauver alors que lui-même avait sans aucun doute le cœur brisé en tout petits morceaux difficiles à recoller.
Zhou Zishu voulait… il aurait aimé… il désirait plus que tout faire quelque chose, ne pas laisser Wen Kexing comme ça, sentir sa détresse et sa tristesse en restant planté là sans rien faire comme un idiot. Il n'avait pas beaucoup d'option. Parler, prendre sa main peut-être, rester là. S'il avait appris les arts martiaux, qu'il avait une grande mémoire sur beaucoup de choses, il restait désemparé face à Wen Kexing qui retenait ses larmes et qui, malgré ça, trouvait la force de demander si on pouvait sauver Zhou Zishu.
Ça faisait mal des deux côtés. L'un souffrait, l'autre s'emmêlait lui-même et essayait de se dépêtrer de mille sentiments contradictoires.
Wen Kexing sentait le regard de Zhou Zishu sur lui, et il aurait vraiment fallu qu'il ne soit qu'un meuble pour ne pas le sentir et encore, un meuble vraiment stupide. C'était à la fois une brûlure et une caresse, et c'était la seule et unique chose qui l'empêchait de totalement s'écrouler. Zhou Zishu était là, près de lui. S'il tendait à peine la main, il rencontrerait la sienne. S'il perdait ses forces, l'autre le rattraperait à coup sûr. Alors il tenait bon.
Et bien sûr qu'il demandait s'il pouvait sauver Zhou Zishu, c'était son A'Xu, qui aurait douté qu'il ne cessait de penser à ça ? Comment sauver cette personne si proche de lui, c'était ce qu'il désirait sans doute le plus au monde, maintenant qu'il savait pour Zhou Zishu.
Il tourna une seconde les yeux vers lui. Une seconde de trop ou une seconde de pas assez.
Zhou Zishu savait pourquoi il tournait en rond dans sa tête. Parce qu'il mettait sa main sur l'épaule de Wen Kexing, parce qu'il le soutenait, était là, près de lui. Parce qu'il faisait tout ce qu'il pouvait, tout ce qu'un ami ferait sans doute. Et qu'il avait l'impression de ne pas en faire assez, que lui-même avait besoin de beaucoup plus.
Mais qu'est-ce que ça signifierait de donner plus ? Est-ce qu'il en avait le droit, est-ce qu'il pouvait être le seul à prendre cette décision ?
Il se déchirait entre un oui et un non.
Mais le regard de Wen Kexing sur lui, ses yeux dans les siens, une seconde. Une seule minuscule petite seconde, et tout bascule.
Le cœur gagne.
C'est comme s'il n'y avait plus personne autour d'eux. Pas de vieillard prisonnier, pas d'enfant maléfique et plein de frustration, pas de Cheng Ling non plus.
Juste Zhou Zishu et Wen Kexing.
Les bras de l'un se refermèrent autour du corps du deuxième, et Zhou Zishu tira Wen Kexing contre lui, l'enserrant dans une longue étreinte. Il pensait qu'il serait repoussé, mais Wen Kexing, bien au contraire, s'accrocha à lui. Il s'accrocha si fort, qu'il lui fit presque mal et pourtant Zhou Zishu s'en fichait. Il s'en fichait complètement. Wen Kexing aurait pu l'étouffer, il ne se serait pas débattu. Pas en le sentant trembler contre lui, pas alors qu'il pleurait sur son épaule. Zhou Zishu posa sa main sur son dos et tapota doucement, pour le consoler. Je suis là semblait-il dire, je suis là et je le serai autant de temps que tu en as besoin.
Et si maintenant on lui disait « je vais te guérir » il répondrait « oui fais-le », rien que pour pouvoir rester auprès de Wen Kexing, aussi longtemps que celui-ci le voudrait.
C'était une étreinte forte et douce à la fois, de celles où les cœurs se parlent à la place des mots, et qui signifiait « je t'aime ».
Et entre deux sanglots c'est ce que Wen Kexing dit :
— Tu es vraiment mon âme sœur et je t'aime.
Zhou Zishu se recula suffisamment pour pouvoir prendre le visage de Wen Kexing entre ses mains, sentant ses joues toutes mouillées sous ses doigts. Peu importe qu'on les voie ou qu'on les juge, Zhou Zishu posa son front contre celui de Wen Kexing, il ferma les yeux, resta silencieux. Son cœur cognait « moi aussi, moi aussi, moi aussi ».
Il posa sa bouche sur celle de Wen Kexing. Un baiser tendre et à la fois affamé. Wen Kexing ne le repoussa pas, Wen Kexing rendit le baiser. Impatient et caressant.
Personne ne les arrêta, où ils n'entendirent pas si on le fit, et se perdirent dans ce baiser qui dura quelques secondes, quelques minutes, une éternité.
Ils rirent doucement, comme des gamins, quand ils se séparèrent, et se tombèrent à nouveau dans les bras l'un de l'autre. Rien n'était résolu, la douleur était toujours là pour plein de choses, mais quand même, ils se sentaient tous les deux un peu plus léger. Le cœur avait bien eu raison de prendre les rênes, il guidait mieux que la tête.
Fin.
L'autatrice : j'ai écris cette fic directement après avoir vu l'épisode 19, je n'avais pas vu la suite.
