Un peu de lumière.

Wen Kexing s'était couché tôt. Ce n'était vraiment dans ses habitudes, il était plutôt couche-tard, lève tôt, et Zhou Zishu préféra aller voir de lui-même si tout allait comme il fallait. Il savait que son ami avait regardé partir Gu Xiang avec mélancolie, il la prenait un peu pour sa petite soeur, et admettait lui-même qu'elle avait été une lumière pour lui. Ça devait être difficile de la laisser partir ainsi, avec la personne qu'elle aimait.

Wen Kexing ne dormait pas. Allongé sur le dos, il scrutait le plafond les yeux grands ouverts. Zhou Zishu s'approcha doucement, si son ami manifestait la moindre envie de se retrouver seul, alors il ferait demi-tour aussitôt, mais lorsque Wen Kexing l'aperçu, il lui fit signe de venir plus près. Zhou Zishu s'avança. Il lui offrit un fin sourire alors qu'il s'asseyait sur le bord du lit pour pouvoir lui parler. Wen Kexing resta silencieux et regarda à nouveau le plafond. Zhou Zishu fut celui qui parla en premier :

— J'ai un peu de vin, si tu le souhaites.

— Tu parles de cette espèce de vinaigre que tu appelles du vin ?

Zhou Zishu acquiesça, s'amusant de la grimace de Wen Kexing.

— Non merci.

Il ne lui demanda pas comment il se sentait, il pensait déjà le savoir.

Wen Kexing ne se sentait pas très bien. Ce n'était pas facile de laisser A'Xiang partir, pas après toutes ces années où elle avait été à ses côtés. Sa seule source de lumière pendant très très très longtemps. Cao Weining avait juré qu'il prendrait soin d'elle, et Wen Kexing était bien obligé de lui laisser le bénéfice du doute. Encore plus, maintenant qu'il savait qu'A'Xiang l'aimait.

Mais.

Mais. Il avait trouvé une autre source de lumière, une où il voulait s'abreuver chaque jour de sa vie, jusqu'à ce qu'il soit devenu trop vieux ou trop fou. Il tourna à nouveau les yeux vers Zhou Zishu. C'était lui et seulement lui. Il n'y aurait personne d'autre.

— A'Xu.

— Hm ?

Il n'avait rien à lui dire, il voulait juste l'appeler. Il voulait ses regards, il voulait sa présence. Il l'avait repoussé quand Zhou Zishu l'avait pris dans ses bras, et pourtant, pourtant, qu'est-ce qu'il en avait envie. D'être dans les bras de Zhou Zishu. Wen Kexing fit exprès de bouger sa main, pour frôler celle de son ami.

Il n'en fallut pas plus à Zhou Zishu pour attraper sa main et la serrer, une source de réconfort pour Wen Kexing, une manière de lui dire « je suis là ». Ce n'était presque rien, un simple geste, mais c'était comme si une douce chaleur remontait le long de ses veines. Le long de leurs veines, parce que, que ce soit l'un ou l'autre, ils se sentaient bien d'être simplement là et de se tenir la main. Zhou Zishu se demanda si Wen Kexing allait s'endormir ainsi, ses yeux tombaient dans les siens quelques instants, puis il regardait de nouveau le plafond, et finalement replongeaient dans ses yeux. Et ce petit jeu aurait pu durer longtemps, mais Zhou Zishu doucement, lâcha sa main. Il remonta la couverture sur Wen Kexing et le borda avec une infinie tendresse, que lui-même ne savais pas posséder. Zhou Zishu se releva, comme prêt à partir pour le laisser se reposer tranquillement, mais aussitôt Wen Kexing l'attrapa par le poignet.

— Je ne me souviens pas t'avoir donné la permission de partir, dit-il.

— Je dois avoir ta permission ?

— Bien sûr.

Wen Kexing avait besoin que Zhou Zishu reste près de lui. Il avait peur, mille fois il s'était répété que c'était trop tard, et si Zhou Zishu apprenait la vérité, alors… Alors ils risquaient de ne plus être amis du tout. Pourtant malgré cette frayeur et ses doutes, ce soir, juste ce soir, il voulait avoir Zhou Zishu avec lui, pour lui.

Il tira fort sur son poignet, jusqu'à le faire basculer et Zhou Zishu trébucha, son corps et sa tête tombant sur Wen Kexing. Celui-ci ne le relâcha pas, ne le repoussa pas non plus, il ne bougea pas, il attendit.

Zhou Zishu se retrouva l'oreille collée à la poitrine de Wen Kexing, et si ses cinq sens avaient de plus en plus tendance à l'abandonner, il entendit parfaitement le cœur de Wen Kexing qui battait dans sa poitrine. Ou plutôt cognait. Vibrait même. Il sentait qu'il allait plus vite qu'il aurait dû, comme si Wen Kexing venait de courir longtemps au lieu d'être allongé sur son lit. Zhou Zishu se sentit sourire et il ne put pas bouger d'un millimètre, il ne voulait pas se reculer, il voulait continuer d'entendre cette douce musique berçante.

Wen Kexing ferma les yeux et presque tremblant, il lâcha le poignet de Zhou Zishu pour venir perdre ses doigts dans ses cheveux. La peur était bien là, presque suffocante, mais il y avait un sentiment encore plus fort qui prenait le dessus. Quelque chose qui lui serrait la gorge et le cœur, qui faisait naître en lui tout un tas de fourmillement bizarre, et qui lui donnait trop chaud. Et ce quelque chose, il n'avait pas la force de le repousser, plus la force. Il la voulait cette étreinte, il la désirait, et soudain il comprenait que c'était tout ce qu'il désirait au monde, encore plus, peut-être, que sa vengeance. Il ne voulait pas perdre ça, jamais. Il voulait que Zhou Zishu guérisse, et n'apprenne jamais la vérité à son sujet. Il voulait que Zhou Zishu reste là, contre lui. Il se sentit perdu quand l'autre homme releva la tête, longtemps après. Wen Kexing eut froid, il n'avait pas envie qu'il se recule, il voulait le garder contre lui.

Zhou Zishu avait réfléchi. Les pensées tournaient dans sa tête, beaucoup, et il essayait toujours de mettre en place les pièces des puzzles que la vie lui présentait. Et Wen Kexing en était un de beaucoup de pièces, assez compliqués, mais qu'il arrivait petit à petit à comprendre. Les choses se mettaient en place doucement. Il y avait encore des zones d'ombre à combler, mais les battements de cœur de Wen Kexing, lui avait indiqué une réponse à une question, qu'il ne savait même pas se poser.

Il approcha son visage de celui de Wen Kexing. Bientôt son nez frôla celui de l'autre homme et il continuait de le regarder, comme pour lui laisser le temps de comprendre ce qu'il comptait faire, lui laisser le temps de le repousser s'il en avait envie. Wen Kexing ne bougea pas, Zhou Zishu prit ça pour un consentement silencieux, et posa sa bouche sur celle de Wen Kexing.

Tout devint lumineux dans l'esprit de Wen Kexing, il eut l'impression de respirer pour la première fois depuis longtemps, et appuya sa main sur la nuque de Zhou Zishu pour l'encourager à continuer. Il ne pouvait pas le repousser, c'était impossible, il lui avait déjà fallu toutes ses forces, toute sa colère et sa douleur, pour rejeter ses étreintes, mais ce baiser… C'était simplement impossible d'y mettre fin brutalement.

Ce fut Zhou Zishu qui se recula le premier et Wen Kexing, pas rassasié du tout, suivit sa bouche avec la sienne pour l'embrasser à nouveau. Faisant sourire un instant Zhou Zishu, qui lui accorda sans problème, un deuxième baiser.

Quand ils se séparèrent une deuxième fois, Wen Kexing se mordit les lèvres comme pour garder le goût et la sensation de la bouche de Zhou Zishu, et celui-ci vint caresser tendrement sa joue avec le dos de ses doigts. Quelque chose avait changé entre eux, ou bien plutôt, disons qu'ils avaient fait évoluer la relation en quelque chose de diablement bon, doux, agréable et peut-être un peu dangereux.

Wen Kexing l'entoura de ses bras et le serra contre lui, et les deux hommes restèrent ainsi une grande partie de la nuit, l'un sur l'autre, dans une étreinte tendre qui leur donnait chaud et qui leur faisait beaucoup de bien. Un câlin reconstructeur. Tous deux en avaient besoin, sans doute pas pour les mêmes raisons, mais si Zhou Zishu était la lumière de Wen Kexing, c'était totalement réciproque.

À un moment, Zhou Zishu attrapa la main de Wen Kexing et noua ses doigts aux siens, et c'est ainsi qu'ils réussirent à s'endormir.

Fin.

L'autatrice : fic écrite après l'épisode 23. J'avais envie d'un moment câlin.