Perdre son âme sœur.
Un instant, un seul instant, ils oublièrent le monde, comme si tous ces gens qui en avaient après Wen Kexing pour de fausses bonnes raisons n'existaient pas. Le regarde de Zhou Zishu disait « je crois en toi, je te connais, tu es mon âme sœur », et il disait aussi « je t'aime ».
Celui de Wen Kexing exprimait du soulagement « merci d'être là, de croire en moi, tu es mon âme sœur » et bien sûr « je t'aime aussi ».
Ils auraient pu s'embrasser, mais ils n'en avaient pas besoin parce qu'ils savaient tous les deux tout ce qu'il y avait à savoir à cet instant. L'amour qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre était si évident que Zhou Zishu ne pouvait s'empêcher de sourire malgré la situation.
Tout ceci était grotesque, Wen Kexing était blessé, Zhou Zishu avait des clous plantés dans le corps, et tous les deux étaient prêts à se battre, rien que pour se garder en vie, mais d'abord, ils se regardaient, ils communiquaient en silence, ils s'aimaient devant les yeux d'un monde aveuglé par l'envie ou la vengeance.
Ils étaient tout l'un pour l'autre, leur vie n'avait aucun sens l'un sans l'autre.
Ça, Zhou Zishu le comprit bien vite, trop vite. Quand il se réveilla dans cette auberge, et qu'il comprit qu'il n'avait pas rêvé. Ce fut comme si le monde s'écroulait, mais c'était pire, c'était lui qui s'écroulait alors que le monde continuait de tourner. Wen Kexing ne pouvait pas être mort, parce que quel sens donner à sa vie ? Avant Wen Kexing il avait voulu mettre fin à ses jours, prenant son temps, trois ans d'agonie où il allait juste profiter. Mais Wen Kexing lui avait redonné goût à la vie, redonné envie d'être là, d'exister, et de passer le reste de ses jours avec Wen Kexing.
S'il n'était plus là, à quoi bon ? Quel intérêt ? Il aurait voulu mourir avec lui et trouva cruel qu'on l'ait sauvé sans lui laisser le choix. Il aurait été tellement mieux, mort dans les bras de son âme sœur, en même temps que son âme sœur. Leur âme envoyée dans le même enfer, ensemble envers et contre tous.
Qu'est-ce qu'il fichait là ? Vivant, mais mort à l'intérieur, mort en même temps que Wen Kexing.
Il ne restait plus qu'un feu en lui, un feu qui lui donnait envie de tout brûler et de mourir en emportant le plus de monde avec lui, de ce monde injuste et pervers, où des hommes pleins de cupidités en tuaient d'autres. Où on avait tué celui qu'il aimait plus que tout, plus que sa propre vie.
Tous les souvenirs se retournèrent dans sa tête, leur rencontre, leurs bagarres et tous leurs moments heureux. Tout l'alcool du monde ne pourrait jamais noyer ça. C'était là, c'était une marque au fer rouge, son bonheur arraché si facilement. Maintenant Zhou Zishu comprenait bien le sentiment de haine, de rage et de vengeance. Cette impression de ne plus rien avoir à perdre, surtout pas la vie, mais vouloir emmener le plus de monde avec soi au fond du gouffre.
Si seulement Wen Kexing pouvait revenir, si seulement il pouvait apparaître devant lui, apaiser sa colère, sa tristesse, sa haine. Prendre sa main, toucher sa joue, coiffer ses cheveux. L'embrasser. L'embrasser encore et encore, jusqu'à en avoir mal à la bouche. Le serrer contre lui, ne jamais le lâcher, ne plus jamais le lâcher.
Mais il restait seul, amputé de sa meilleure partie.
Alors Zhou Zishu allait faire brûler ce monde qui avait sacrifié son âme sœur, puis il le rejoindrait en mourant dans le sang de ses ennemis. « Attends-moi » murmura-t-il. Il n'en avait plus pour longtemps.
Fin.
L'autatrice : écris juste après l'épisode 32, c'est surtout un petit peu d'introspection sur ce qu'il se passe à ce moment-là.
