11. À la recherche d'une solution.

Neferupitô ressemblait à un chat humain et androgyne. Des oreilles de chat sur la tête, une queue de chat dans le dos. Était-ce de vrais attributs ou simplement un genre de cosplay bizarre ? Kirua et Gon l'ignorait, et si le premier s'en fichait, le deuxième manquait de tact :

– T'es un chat ?

Neferupitô ne parut pas vexée. Sa mine devint chafouine, moqueuse aussi.

– Miaou, fit-elle.

Kirua roula des yeux.

Les deux garçons n'avaient pas attendu pour se rendre chez Neferupitô. Si la maison semblait facile à trouver d'un premier abord, se tenant un peu à l'écart de la ville, ce n'était qu'une illusion. Entouré de hautes haies, d'arbres et les murs recouverts de plantes grimpantes, elle se fondait si bien dans le paysage qu'on aurait pu passer cinq cents fois devant sans la trouver. Gon et Kirua ne la remarquèrent que parce qu'ils en connaissaient l'emplacement. Ils étaient entrés dans le jardin, avait sonné à la porte et Neferupitô était apparue et les avait fait entrer dans sa maison. L'intérieur ressemblait plus à un laboratoire gigantesque qu'à une maison de sorcière comme on pourrait l'imaginer. Elle les avait fait s'asseoir sur un canapé blanc, dans une pièce aseptisée. Après la remarque de Gon sur son apparence de chat, ils passèrent aux choses plus sérieuses.

– Je suis Neferupitô, se présenta-t-elle, mais je suppose que vous le savez déjà si vous êtes ici.

Les deux garçons acquiescèrent. Depuis qu'ils étaient entrés dans cette baraque, Neférupitô ne cessait de renifler, comme si elle sentait une odeur agaçante, ou bien agréable, Kirua n'était pas sûr.

– Donc, tu es l'enfant maudit, dit-elle en se tournant vers Gon.

– Comment vous le savez ?

Elle rit :

– Comment pourrais-je oublier l'enfant qui est né grâce à moi ? dit-elle. Et puis ta malédiction pue à des kilomètres, je savais déjà que tu étais en ville, et je savais aussi que tu finirais par venir me voir. Si tu es sorti de ta prison, il était évident que nous finirions par nous rencontrer.

– Vous êtes au courant que Gon a vécu dans une crevasse ?

– Bien sûr, c'est Ging lui-même qui me l'a dit. Il voulait que je lui retire la malédiction.

– Et vous ne l'avez pas fait, constata Kirua.

– Non.

– Pourquoi ?

– Et bien parce que ce n'est pas si facile de retirer une malédiction. Cela nécessite un grand sacrifice.

Pamû leur avait déjà dit ça, et Gon n'aimait pas ces paroles.

– Quel genre de sacrifice ? questionna Kirua.

– L'enfant maudit doit perdre la personne la plus précieuse à ses yeux pour mettre fin à la malédiction.

Gon se tourna vers Kirua et Kirua vers Gon. Est-ce qu'elle était en train de dire que Gon devait sacrifier Kaito pour retirer la malédiction ? C'était sans doute ce que pensait Gon à cet instant, alors qu'il plongeait ses yeux d'ambres dans le froid lagune de Kirua. Gon bondit de son siège d'un coup, rompant le contact avec Kirua en se tournant vers la sorcière :

– Neferupitô ! s'exclama-t-il.

– Je t'en prie, appelle-moi Pitô.

– Il est absolument hors de question que je sacrifie quoi que ce soit.

– Alors tu resteras maudit jusqu'à ta mort.

– Non ! affirma-t-il. Il y a forcément un autre moyen et je le trouverai.

Et sur ces mots, il commença à partir :

– Tu viens Kirua ?

Et comme une tornade il quitta la maison. Kirua le suivit, mais avant de passer la porte, Pitô le retint :

– On se reverra, lui assura-t-elle.

– Cause toujours, je ne remettrai jamais les pieds ici, rétorqua Kirua.

La sorcière gloussa :

– Tu le feras, quand tu te rendras compte que tu n'as pas d'autre choix.

Kirua grimaça, lui fit un geste obscène, et se carapata de cette baraque puante.

Kirua se sentait furieux après cette rencontre. Ce qu'il en retenait c'était que Ging leur avait raconté des craques, il savait très bien comment retirer la malédiction de Gon, il devait aussi être au courant d'où vivait Neferupitô, et il ne leur avait rien dit. Les envoyant à la place chez une autre sorcière, moins puissante. Dans quel intérêt ? Kirua l'ignorait.

Gon avançait devant lui, à grands pas, les poings serrés. Kirua le rattrapa et aperçut sa mine sévère, énervée. Ses yeux dorés étaient comme éteints, la colère rongeant Gon de l'intérieur. Kirua posa doucement sa main sur son épaule, il avait beau être contrarié lui aussi, il sentait qu'il devait calmer Gon. Son ami tourna son visage vers lui et Kirua l'appela tout légèrement, d'une voix douce :

– Gon…

Alors Gon parût craquer, s'ébrécher, passant de la colère à la déprime en une seconde. Ce fut trop pour Kirua. Il était peu habitué aux marques d'affection, ce n'était pas son truc, il n'avait jamais vraiment reçu de tendresse et ne savait pas trop comment en donner, mais son corps prit les commandes et agit, copiant ces scénarios de films à l'eau de rose que Kirua n'avait pourtant jamais regardés. Il prit Gon dans ses bras et le serra contre lui.

– Je ne veux sacrifier personne, souffla Gon la tête logée contre le cou de Kirua.

– Je sais, on trouvera un autre moyen.

Gon le laissa dire. Ni l'un ni l'autre ne savait s'il existait vraiment un autre moyen, mais ils allaient quand même chercher une solution.

xxx

Six mois, le temps qu'il leur fallut pour décider qu'ils avaient tout essayé pour retirer la malédiction et que rien ne marchait. Du moins, du côté de Kirua, parce que Gon refusait d'abandonner, quitte à s'en rendre malade. Gon voulait tellement retirer cette malédiction, il ne voulait pas être un poids pour Kirua. Sauf que Kirua ne pensait pas du tout que son meilleur ami était un poids, c'était plutôt l'inverse. Être avec Gon lui avait offert des ailes, il avait abandonné son ancienne vie d'assassin, il avait laissé tomber sa famille possessive, et il n'avait aucun regret du tout. Il n'avait jamais été aussi bien que depuis qu'il avait rencontré Gon.

Au cours de leurs recherches, les deux enfants faisaient des jeux, Gon continuait de découvrir le monde et de s'extasier, même sur des choses qu'il connaissait déjà. Il était comme une éponge qui absorbe tout, il voulait tout savoir, tout comprendre, mais en même temps il ne perdait pas de vue son véritable objectif. Retirer sa malédiction sans sacrifier personne.

Kirua s'était rendu à l'évidence après les nombreux témoignages qu'ils avaient reçus, retirer une malédiction nécessitait forcément un sacrifice. Si Pitô n'avait pas retiré la malédiction à Gon quand il était bébé, c'est parce qu'il n'avait encore rien de précieux à perdre.

Gon tournait en rond dans leur chambre d'hôtel, et il avait de quoi marcher parce qu'il s'agissait d'une suite immense. Même s'ils avaient assez d'argent tous les deux pour vivre encore convenablement pendant un bout de temps, ils aimaient bien essayer d'en gagner par eux-mêmes et organisaient des spectacles de rue, où des gens devaient tenter de battre Gon au Janken, ou Kirua au skateboard. Ce genre de choses. Ils amassaient ainsi plus d'argents qu'ils en avaient besoin et de temps en temps, ils se faisaient plaisir sur l'endroit où ils pouvaient dormir. Comme ce soir-là. Kirua avait voulu la meilleure suite du meilleur hôtel pour tenter de remonter le moral de Gon qui descendait en flèche depuis quelque temps. Ça faisait quasiment un an qu'il avait quitté sa crevasse, mais il était toujours coincé avec cette malédiction.

– Gon, tu vas finir par creuser une tranchée si tu ne t'assois pas.

– On devrait retourner voir Pitô, il y a forcément une autre solution.

Kirua se frotta les tempes :

– Je ne pense pas qu'elle nous le dirait, tu sais.

– Et pourquoi pas ?

– Parce que j'imagine qu'elle n'a rien à y gagner.

– Et si on allait demander à Ging ?

Sauf que Ging était de nouveau introuvable. Gon finit par s'arrêter de marcher, il s'assit par terre sur la moquette et garda la tête baissée. Ce n'était pas son genre de baisser les bras, de rendre les armes, mais il se sentait épuisé par tout ça.

– Gon… Souffla Kirua.

Gon releva les yeux vers lui, son meilleur ami vint s'accroupir en face de lui et murmura :

– Tu ne veux sacrifier personne n'est-ce pas ?

C'était évident, Gon aimait trop Kaito pour le sacrifier, mais même s'il s'était agi de quelqu'un que Gon n'appréciait pas, le garçon n'aurait jamais voulu qu'il soit sacrifié pour le sauver lui.

– Non, répondit Gon.

– Et s'il n'y a que cette solution ?

– Il y en a forcément une autre.

– Mais imagine qu'il n'y en a pas ?

– Alors quoi ? Tu me dis que je dois te sacrifier pour pouvoir vivre librement ?

Kirua bugua.

– Qu'est-ce que tu as dit ?

– Qu'il était hors de question que je te sacrifie.

– On ne parle pas de moi là.

– On parle de quoi alors ? Pitô a dit que je devrais sacrifier la personne en qui je tenais le plus.

– Mais il y a Kaito… bégaya Kirua.

– J'adore Kaito, vraiment, il m'a élevé, il est comme un grand frère un peu bougon pour moi, mais toi c'est pas pareil Kirua. Toi tu es mon meilleur ami, tu es ce que j'ai de plus précieux.

Kirua se transforma en écrevisse.

Gon ne remarqua pas la gêne qu'il avait provoquée chez Kirua, car il n'avait fait que dire la vérité. C'était ce qu'il ressentait. Il se frotta les cheveux avec énervement, puis il commença à faire des étirements pour gérer toute cette agitation qu'il accumulait. Kirua retrouva peu à peu son calme et les rougeurs sur ses joues diminuaient. Dans sa tête, tout se bousculait, il se sentait trop heureux, trop bien. Il avait envie de crier à Gon « toi aussi tu es ce que j'ai de plus précieux », à la place il lâcha :

– Peut-être qu'on n'est pas obligé d'enlever la malédiction.

– Comment ça ? demanda Gon.

– Et bien, actuellement tu vis très bien avec cette malédiction, non ?

– C'est parce que tu es avec moi.

– Oui alors pourquoi on ne resterait pas juste ensemble ?

Gon s'arrêta de faire des pompes et le regarda bien en face :

– Tu… Tu voudrais ?

– Oui.

– Tu n'as pas envie de vivre ta vie ? Tu serais obligé de la vivre avec moi !

– Ça me va, assura Kirua, cette vie me plaît bien.

– Vraiment ?

– Oui vraiment.

Kirua fixa Gon pour lui prouver son honnêteté. Pour lui, vivre avec Gon n'était pas une obligation, c'était un choix. Un choix qui le rendait heureux.

Gon se leva, s'approcha de Kirua, passa ses bras autour de son cou et vint se blottir contre lui.

– Merci.

Kirua eut l'impression que son cœur allait éclater tellement il battait vite.

Les deux enfants firent part de leur décision à Kaito. Celui-ci ne la trouva pas vraiment judicieuse.

– Et si vous êtes séparé ? demanda-t-il.

– On ne se séparera pas, assura Gon

– Comment pouvez-vous en être sûr ? insista Kaito.

– Parce que ça fait peut-être un an qu'on se côtoie et qu'on n'a jamais été séparé. Si on a pu tenir aussi longtemps, on peut sans doute tenir toujours, répondit Gon sûr de lui.

– Et Kirua ? Tu ne crois pas qu'il a envie de vivre sa vie ?

– Je fais ce que je veux de ma vie, fit Kirua, et pour l'instant j'ai choisi de rester avec Gon.

– Pour l'instant, souligna Kaito, et si jamais vous tombez amoureux de quelqu'un ou si vous ne vous supportez plus, vous allez continuer à vivre comme ça ?

– On n'a pas réfléchi aussi loin, avoua Gon.

– Comme si j'avais que ça à foutre de tomber amoureux, grommela Kirua.

– Toi peut-être, fit Kaito au bout du fil, mais Gon ? Si jamais il aime quelqu'un ou que quelqu'un l'aime, cette personne mourra. Si jamais vous vous séparez, même juste par accident, vous mettrez en danger d'autres vies que les vôtres.

– Alors je n'ai qu'à ne pas tomber amoureux, fit Gon.

– Et tu crois que tu peux empêcher ça ?

– Je peux essayer.

Kaito poussa un si gros soupir que le combiné grésilla.

– Est-ce que je peux vous faire changer d'avis ?

Kirua et Gon se concertèrent d'un seul regard.

– Non. Répondirent-ils tous les deux en même temps.

– Je vois, je m'en doutais. Bon ! Faites comme vous voulez, et prenez soin de vous. Vous allez continuer à voyager ?

– En fait j'avais une autre idée, expliqua Gon.

Et quand il expliqua à quoi il pensait à Kaito, Kirua fit la moue. Cette idée ne lui plaisait pas beaucoup, mais peu importait, il suivrait Gon partout.

xxx

Léolio décrocha le téléphone. Il reconnut immédiatement la voix dans le combiné, même si cela faisait six mois qu'il n'avait pas de nouvelles.

– Allô Léolio ?

– Gon !

– Bonjour. Tu vas bien ?

Léolio répondit à la question par une autre :

– Vous avez besoin de notre aide ?

– Ben… Je crois que oui.

– Qu'est-ce qu'il y a ? Dites-nous, Kurapika et moi on fera tout pour vous aider.

– Et bien, en fait, Kirua et moi on se demandait si vous accepteriez qu'on vienne vivre avec vous.

– Mais bien sûr, fit Léolio, vous êtes les bienvenus ! Vous pouvez rester autant qu'il vous plaira.

– Avant de dire oui, j'ai quelque chose à vous dire, continua Gon.

– Quoi donc ?

Kirua n'aimait pas beaucoup ce plan, mais Gon avait si bien insisté qu'il avait rendu les armes, comme presque à chaque fois. Allez contre Gon, c'était tenter d'arrêter un ouragan à main nue.

– En fait… Je suis maudit, lâcha Gon.

Léolio avait mis le téléphone sur haut-parleur pour que Kurapika puisse entendre la conversation.

– Je m'en doutais un peu, fit Kurapika, il y a quelque chose autour de toi qui semble diminuer quand tu es près de Kirua.

– C'est parce que Kirua est ma barrière rituelle.

Gon raconta donc toute l'histoire aux oreilles attentives de Kurapika et Léolio. Quand il en eut fini avec les révélations, il expliqua la décision que lui et Kirua avaient prise de rester ensemble. Léolio fut le premier à dire qu'ils avaient fait le bon choix.

– Si vous restez ensemble, alors Gon pourra vivre une vie normale, et vous n'aurez besoin de sacrifier personne.

Les deux garçons sentirent un poids disparaître de leur estomac. Ils prenaient la bonne décision en restant ensemble, ils en avaient la confirmation.

Kurapika intervint :

– Il est vrai que pour retirer une malédiction aussi forte, il y aura forcément besoin d'un sacrifice. Je pense aussi que c'est mieux si vous restez simplement ensemble.

Gon et Kirua se regardèrent longtemps, même après que Kurapika et Léolio aient raccroché. L'un comme l'autre se sentait heureux. Même si Kirua n'était pas spécialement content d'aller vivre chez Léolio et Kurapika, au contraire de Gon, ça le remplissait de joie de savoir qu'il allait continuer à être avec Gon. Réciproquement.

Tout allait bien se terminer, comme dans un conte de fées. Gon refaisait déjà l'histoire dans sa tête. Ils vivraient avec Kurapika et Léolio, ils inviteraient Kaito de temps en temps, ils se feraient d'autres amis, et quand ils auraient la bougeotte, ils iraient faire un petit tour du monde ensemble, lui et Kirua. Gon y croyait vraiment et son optimisme rendait Kirua optimiste. C'est sans doute à cause de ça qu'il ne s'est pas méfié, qu'il n'a pas cherché la faille, qu'il n'a pas essayé d'imaginer le pire afin d'être prêt pour toute éventualité.

En même temps, comment aurait-il pu penser qu'il se ferait kidnapper dans leur chambre d'hôtel, et serait ainsi séparé de Gon ?

À suivre.

L'autatrice : je sais que je mets du temps à publier entre chaque chapitre, mais c'est la flemme. J'ai déjà écrit tous les chapitres, donc normalement je devrais tous les poster, c'est simplement qu'il faut que je prenne le temps de les corriger. En attendant, j'espère que l'histoire continue à vous plaire.