Hello à tous !
Et non, vous ne rêvez pas : un second chapitre publié en moins d'une semaine ! Et pour celui-ci, je marque le coup en le publiant le jour d'Halloween ! Merci encore à Sarachan, qui a corrigé ce chapitre en un éclair !
Pour les derniers arrivés : n'oubliez pas de lire la 1ère partie avant de démarrer celui-là n_n
! Attention, disclaimer !
Les scènes qui vont suivre peuvent potentiellement heurter la sensibilité de certaines personnes.
J'avais hésité à le mettre, mais je n'ai pas eu besoin de demander à ma bêta qu'elle me l'a tout de suite recommandé (la pauvre qui n'a rien vu venir… mais elle se porte bien ! XD). Donc si vous êtes sensibles à certaines scènes horrifiques, je vous aurais prévenu (le rating M n'est pas forcément que pour le lemon n_n').
Bonne lecture !
- J'apprécie toutes les critiques, même négatives du moment qu'elles sont constructives. Merci de signaler les fautes, ce serait rendre service pour corriger ça au plus vite n_n -
Bande-son (le retour !) : « Vivarium » Kristian Eidnes Andersen (1ère scène) / « The Crawling » de Kansuke Ushio
-xXxXxXXxxXXXxxXXxXxXx-
Chapitre 24 : Filature (partie 2)
Eren resta figé, les ordres de ses supérieurs résonnant dans son oreille. Il restait tout bonnement incapable de prononcer quoi que ce soit.
Pas parce qu'il était effrayé, mais juste déconcerté.
Dans ce petit placard, une multitude de caissons étaient encastrés dans le cagibi et bourraient le moindre petit espace d'étagères. Il n'en avait aucune idée de leur nombre. Peut-être vingt, ou trente… ? Au premier regard, ce type de capharnaüm demeurait plutôt commun à n'importe quel placard. Pourtant, ses autres sens restaient en alerte. Une odeur atroce et des petits bruits étranges ne lui disaient rien de bon.
Lorsqu'il s'approcha et découvrit le contenu d'une de ces boîtes, ses yeux s'écarquillèrent de plus belle. Il se sentit vaciller.
Dans chaque petite caisse exposée, des sortes de poupons y étaient emmitouflées d'une petite couverture. Elles ressemblaient toutes à des sortes de poupons.
Mais en remarquant les pantins en train de remuer légèrement, il réalisa alors qu'il s'agissait de nourrissons.
« Surprenant, n'est-ce pas ? » gloussa Klarissa en agrippant son bras, avant de venir blottir sa tête contre son épaule. « Je parie que c'est la première fois que tu vois ça ! »
Eren resta muet, en état de choc. Il avait du mal à réaliser ce qu'il se passait exactement. Il réussit à émerger de sa transe, déboussolé.
« C'est pas possible… », dit-il, le visage blême.
Klarissa explosa de rire.
« Finalement, tu es bien plus spontané que je ne le pensais ! » déclara-t-elle avec un large sourire.
Elle se décolla ensuite de lui et attrapa une des caisses. Elle y extirpa un enfant, qu'elle vint ensuite bercer dans ses bras. En voyant le nouveau-né autant s'agiter, Eren s'attendait à ce qu'il se mette à gazouiller quelque chose. Mais étrangement, il demeura silencieux.
Klarissa esquissa son plus beau sourire, tout en tenant le bambin contre elle. Ce dernier était pâle, son visage se déformait comme s'il criait. Pourtant, aucun son ne sortait de sa gorge…
« Je l'ai fait tout beau pour aujourd'hui », fit-elle en ignorant les gigotements du petit être.
Sans un mot, et comme si ses jambes le mouvaient sans qu'il en prenne pleinement conscience, Eren suivit la jeune femme dans la salle de bain. Silencieux, il restait encore stupéfait. Lorsqu'ils atteignirent la petite pièce, une forte odeur de javel lui irrita les narines. Klarissa se tourna de nouveau vers lui, la voix toujours aussi mielleuse. Elle lui tendit délicatement l'enfant.
« Tu veux t'en occuper ? »
Eren la dévisagea, ne comprenant pas ce qu'elle voulait dire. Face au manque de réaction, son hôte haussa les épaules.
« Ne sois pas gêné. Je te le passe après, si tu veux. »
Eren eut à peine le temps de réagir. La bouche de Klarissa s'élargit brutalement et se referma violemment contre le cou potelé du nouveau-né.
Ce fut si irréel, si soudain. La vision d'Eren s'embrouilla et sa poitrine se compressa, comme s'il manquait d'air. Un frisson glacé lui parcourut tous ses membres. Un parfum doux et sucré masqua peu à peu l'odeur des produits nettoyants.
Après quelques secondes d'absence, son regard n'arrivait plus à se détacher de cette scène d'horreur : la jeune femme et le bébé éclaboussés d'un liquide cramoisi, qui s'étalait sur le carrelage en plusieurs petites flaques. La serveuse ramena une mèche de ses cheveux derrière son oreille, le visage maculé de la substance rougeâtre et aqueuse. La petite masse de chair dans ses bras remua par d'étranges à-coups, comme parcourue de spasmes. Lorsqu'elle releva la tête, une masse fibreuse restait emprisonnée entre ses dents. Un bruit de déglutition sinistre résonna depuis sa gorge.
Elle le fixa de ses yeux noirs aux pupilles rouges, un sourire béat sur les lèvres. Lentement, elle lui tendit le petit corps en partie décharné.
-oOoOoOo-
« Eren ! Dis-nous quelque chose ! »
Livaï persistait à l'appeler, mais aucune réponse. Hanji marmonna, son regard ne quittant pas les écrans de contrôle : « Il se passe un truc vraiment bizarre. Mais s'il y avait quelque chose, Eren se serait manifesté. Je n'aime pas ça… »
Et puis un bruit sourd, comme un claquement, suivi d'un hurlement. Un hurlement glaçant à en donner la chair de poule, que Livaï n'avait jamais entendu jusqu'alors…
Ce cri, c'était celui d'Eren.
Le Capitaine bondit de la camionnette et se précipita vers l'immeuble.
Le silence qui suivait le cri était bizarre. Il avait un mauvais pressentiment…
Hanji et ses foutus plans à la con !
« Alerte au faucon ! Pies noires, au plus vite au nid ! L'hirondelle ne chante plus ! »
Livaï se précipita devant l'entrée, brandissant son passe-partout pour ouvrir la porte verrouillée du bâtiment. Il eut à peine le temps d'entendre le léger déclic qu'il s'y engouffrait, faisant claquer les battants au passage. Il monta précipitamment les marches, les poignées de ses quinques déjà en mains. Il bouscula un résident dans sa précipitation et se rattrapa de justesse, sans prendre la peine de se retourner. Il entendait le reste de son escouade franchir l'entrée, ils s'occuperont de l'isoler.
Livaï pesta. Qu'est-ce que ce type fichait encore à traîner dans les couloirs ? Veilleurs de merde ! C'était leur job de s'assurer de sécuriser les habitants de ce fichu bâtiment !
Il arriva enfin sur le palier et se hâta d'ouvrir la porte. Cette dernière semblait verrouillée.
« Fait chier ! » jura-t-il.
Il frappa à grandes coups d'épaule, pour finalement l'éclater au talon. Cette fois-ci, il remerciait l'univers que toutes les entrées ne respectent pas les normes de sécurité mises en vigueur…
Il rentra dans l'appartement, aux aguets et prêt à attaquer. Pourtant, un silence morbide l'accueillait. La pièce principale demeurait vide. Il eut à peine le temps d'inspecter ce qui l'entourait qu'il entendit une respiration lourde. Il se précipita immédiatement vers le bruit.
A peine franchit-il le seuil de la salle de bain qu'il s'arrêta net.
Des éclaboussures sanguinolentes tapissaient les murs, s'étendant du sol au plafond. Des membres et organes déchiquetés étaient éparpillés partout. Une poche RC arrachée scintillait d'une lueur morbide à ses pieds. Au milieu de ce massacre, Eren restait figé, à genoux. Il était poisseux de sang, devant un amas de chairs et d'os complètement déchiquetés. A ses pieds, il distingua un petit corps. Il ressemblait à un nourrisson, mutilé affreusement au niveau du cou et des épaules.
Livaï reprit doucement son calme. A pas lents, il se rapprocha lentement d'Eren. L'adolescent tremblait affreusement, sa poitrine se soulevant de manière erratique. Livaï s'avança prudemment.
« Eren… ? Tu m'entends ? »
L'adolescent tourna la tête vers lui. Livaï pouvait distinguer très nettement ses pupilles rougeâtres. Pourtant, le gamin n'affichait aucun signe d'agressivité ou de panique. Au contraire, il semblait hébété mais tout à fait conscient. Malgré sa figure calme et un léger hochement de tête, des larmes continuaient de rouler le long de ses joues. Le cœur de Livaï rata un battement.
Ce n'était pas la première fois qu'il assistait à une scène aussi violente. Pourtant, la vision du gamin dans cet état éploré le rendait mal à l'aise.
Calmement, il s'agenouilla près de lui. Il tendit la main vers l'apprenti, afin de l'encourager à poser sa tête contre son épaule. Un geste bénin, une habitude que Livaï avait adoptée par automatisme afin de le calmer.
Alors que le bout de ses doigts effleurait l'une des mèches éparses de l'adolescent, ce dernier brandit violemment son bras pour le stopper. Ce geste le désarçonna.
« Ça va aller… » lui dit-il, les yeux à la fois fuyants et paniqués. « Je vais bien, ça va aller… »
Livaï ne prononça pas un mot, mais garda sa position. Il ne s'écoula que quelques secondes avant que le reste de l'escouade ne débarque. Brutalement pris de nausées, Eld s'isola. Il n'arrivait pas à supporter la vue d'un tel carnage.
Les autres les fixèrent, en quête d'explications.
« Eren, tu vas bien ? » tenta Petra, déconcertée.
- Oui… », lui répondit-il, en hochant légèrement la tête.
Mais à peine la couleur verdoyante de ses yeux revinrent que son corps bascula en avant. Livaï le rattrapa de justesse. Le gamin s'était évanouit.
« Il a dû épuiser ses dernières réserves », déclara Livaï.
« C'est complètement fou… », dit Gunther, encore stupéfait par cette scène macabre. « Qu'est-ce qu'il s'est passé… ? Comment…
- On se posera les questions plus tard », coupa Livaï. « Appelez les secours et le fourgon. Auruo et Gunther, restez sur place. Petra, Eld et moi ramenons Eren. »
Il se releva, tout en prenant soin de garder Eren dans ses bras. La tête posée contre sa poitrine, le gamin devait être suffisamment influencé par son odeur pour éviter une quelconque crise de folie.
« C'est étrange… », déclara Petra.
Livaï tourna un œil interrogateur vers elle.
« Si Eren n'était pas équipé, comment aurait-il fait ça sans son kagune ? »
Intrigué, Livaï inspecta rapidement le tee-shirt de l'adolescent. Malgré le sang imbibant le tissu, le haut ne présentait aucune déchirure…
-oOoOoOo-
Il fallut plusieurs heures avant qu'Eren ne reprenne vraiment ses esprits. Il avait l'impression d'émerger d'un épais brouillard.
Des miliciens le dévisageaient étrangement, sans parler du sang qui le tachait de la tête aux pieds. Son état était si épouvantable qu'on avait dû le recouvrir et agrandir le périmètre de son escorte afin d'éviter d'effrayer les regards un peu trop curieux. Eren s'efforçait de faire bonne figure et avait répondu comme il pouvait à la flopée de questions d'Hanji. Mais malheureusement, la scientifique semblait d'autant plus frustrée que lui par le manque de réponses.
Pas qu'il refusait de coopérer, bien au contraire. Mais tout simplement parce qu'il ne se souvenait plus de rien.
Les dernières images qui lui revinrent en mémoire restaient cette fille et cet enfant. Puis tout s'était brusquement assombri comme s'il était plongé dans le vide, le néant…
D'après Hanji, ceci semblait être associé à un choc traumatique. Pourtant, cette justification ne lui convenait pas. Pourquoi ce serait-il effondré à cet instant, alors qu'il avait connu déjà bien des horreurs auparavant ?
La Cérémonie, l'attaque de Shiganshina, Marco, la dernière image de sa mère…
Il subissait déjà suffisamment ses cauchemars, pas besoin que s'ajoutent des crises d'amnésie.
Il sentit son corps tomber de fatigue. Il avait été examiné jusqu'à la tombée de la nuit. Le fait qu'il puisse commettre une attaque sans preuve d'apparition de Kagune intriguait. Pourtant, et c'était bien une première, il préférait ignorer la question. Comme s'il s'était résigné à subir toutes les bizarreries provoquées par son propre corps et son subconscient. Et puis il était bien trop crevé. Tout ce qu'il souhaitait, c'était regagner sa cellule pour se décrasser et fusionner avec son matelas. Il remercia encore intérieurement le Caporal d'avoir interrompu l'examen d'Hanji pour qu'il puisse enfin se doucher. Il empestait et souhaitait se débarrasser de cette crasse au plus vite. Une fois rentré dans la salle d'eau de sa cellule, il se déshabilla. Il ne savait pas quoi faire de ses vêtements : ils étaient tellement souillés qu'ils étaient bons à être brûlés… Lorsqu'il pénétra dans la cabine de douche et actionna le robinet d'eau chaude, il soupira d'aise. Il laissa le jet parcourir sa peau un moment. De longues trainées rouges coulaient le long de son corps jusqu'au siphon. Eren préféra ignorer cette couleur macabre et se concentra sur le récurage de sa chevelure poisseuse et indisciplinée. Il soupira.
Même si personne ne lui avait fait de reproches, il savait qu'il avait failli à sa mission. Il s'en voulait d'avoir perdu le contrôle, une fois de plus. Malgré ses efforts, il fallait toujours que ça foire. Sans parler de sa crainte de se transformer, qui rejaillit de nouveau dans son esprit. Et même si personne n'arrivait à expliquer comment il avait pu commettre une telle boucherie, il semblait bien en être l'auteur…
Sans parler de ses réactions concernant l'odeur du Caporal. Lorsqu'il s'était rapproché de lui, son parfum l'avait fait sortir de sa léthargie. Comme si quelque chose s'était éveillée en lui. C'était discret, comme la dernière fois à l'entraînement. Mais cette sensation indescriptible le rendait très mal à l'aise. Il ne savait comment l'appréhender. Son corps se crispa rien qu'en y repensant.
Eren essaya de balayer ses souvenirs de sa tête. Sans doute qu'il se focalisait bien trop dessus et qu'il se prenait trop la tête. Cela faisait plus de deux mois qu'il restait à ses côtés, et rien d'alarmant ne s'était passé jusqu'à présent. Il se dit que cela devait être juste une crainte irrationnelle suite aux évènements d'aujourd'hui et que cela lui passerait.
Eren restait las. Il voulait persévérer, croire que tout cela s'arrangerait. Ces histoires d'absences, de perte de contrôle et d'odeur...
-oOoOoOo-
Livaï restait silencieux tandis qu'Hanji rangeait son matériel. Ou plutôt : 'pendant qu'Hanji déplaçait son foutoir vers un coin moins chaotique' serait la situation la plus juste.
Il fronça les sourcils, repassant le film sans cesse dans sa tête. Les derniers sons dans les oreillettes, son entrée dans l'appartement, le cadavre en charpie, l'enfant, Eren…
Il avait envoyé le gamin se récurer, son état étant vraiment épouvantable. Il profita par la même occasion pour interroger Hanji.
« Comment tu es venu à soupçonner la fille ? » demanda Livaï. « Ne me dis pas que tu as encore fait de la rétention d'infos ?
- Pas du tout ! » se retourna Hanji en levant les bras. « Tu as vu tout comme moi que cette fille avait patte blanche dans le système ! Je me suis dit que c'était judicieux de la suivre, mais je ne m'attendais vraiment pas à de tels débordements ! Je ne pensais vraiment pas que mon feeling qu'elle pouvait être une goule pouvait être véridique…
- Ton feeling ? » répéta Livaï en levant un sourcil.
Hanji soupira, puis vint s'adosser contre le mur à proximité de son homologue.
« Au début, je pensais qu'il était judicieux qu'Eren la suive. C'était un proche de notre cible, donc glaner quelques informations supplémentaires n'étaient pas du luxe. Et puis j'ai repensé à certains éléments… »
Hanji lui jeta un coup d'œil avec un petit sourire malicieux avant de poursuivre.
« Imagine : tu es une goule et tu dois survivre dans un monde hyper connecté. Ton activité est sans cesse tracée, et le moindre de tes déplacements peut être traqué par n'importe quel appareil géolocalisé. Que ferais-tu pour vivre parmi les humains sans te faire débusquer ?
- Je suppose que je resterais planqué constamment avec des faux papiers.
- C'est une option, mais risquée ! Tu es bien censé chasser à un moment ou à un autre, donc tu ne peux pas te cacher éternellement. Si j'étais une goule, je pense que je ferais en sorte que mes activités soient camouflées par celles d'un autre. »
Hanji se redressa, ayant soudainement la bougeotte. Le voir tourner autour de lui tout en poursuivant ses spéculations l'agaçait, mais Livaï préféra le laisser continuer.
« Klarissa profitait de son patron comme couverture. Il lui donnait directement sa paie en liquide, et il lui prêtait même sa carte bleue sous prétexte qu'elle l'égarait ! Il n'est donc pas surprenant que le système suspecte Rolf Kutt… Je suis prête à parier que notre cible est parfaitement humaine, et qu'elle n'est en fait qu'une victime collatérale des machinations de notre chère Klarissa.
- Et ce serait la raison pour laquelle on se serait plantés », en déduisit Livaï. « Et possible également qu'elle ait repéré Eren comme l'un des leurs, et qu'elle ne voyait pas forcément d'un très bon œil qu'il puisse considérer son alibi comme un casse-croûte.
- C'est exactement ce que je pensais ! » s'exclama Hanji en claquant des mains. « Au final, elle était plutôt astucieuse !
- Et assez dangereuse », trancha-t-il. « Elle aurait pu continuer longtemps ses activités, et se serait sans doute trouvée une bonne poire si elle avait vu la MAG mettre le grappin sur son patron. Et vu le trafic de nourrissons qu'elle assurait, elle avait de la ressource. S'il n'y avait pas eu Eren, nous aurions sûrement mis pas mal de temps avant de la débusquer. »
Livaï restait encore nauséeux. De ce que lui avait rapporté Auruo après que les secours aient récupéré les enfants, les soignants avaient déclaré qu'ils étaient tous dans un état pitoyable. Ils avaient tous été confinés les uns sur les autres dans cette espèce de cagibi, sans voir la lumière du jour depuis des semaines, et en baignant dans leurs propres excréments. Leurs gorges comportaient des lésions provoquées par des reflux gastriques à force d'être gavés. Et s'ils ne hurlaient pas, c'était parce que leurs cordes vocales avaient été sectionnées.
Même du bétail aurait été mieux traité… Et malgré leur très jeune âge, ils porteront tous des séquelles physiologiques et psychologiques à vie. Sans parler de l'enquête épineuse qui s'ensuivre afin de retrouver leur famille respective.
« Il faudrait voir comment peaufiner les algorithmes », murmura Hanji d'un air songeur. « J'en toucherai deux mots à Erwin, pour qu'ils puissent se rapprocher des techniciens.
- En parlant de lui, qu'est-ce qu'il a dit vis-à-vis des résultats de cette mission ? »
Hanji grimaça.
« Il reste mitigé. Même si la goule s'avérait être extrêmement dangereuse, c'était un véritable massacre. On peut toujours prétexter qu'Eren jouait sur la légitime défense, mais nos appels ont été enregistrés et il n'y avait aucune preuve de lutte. Sans parler du bébé décédé à ses pieds… On arrivera à justifier qu'Eren n'a pas tué l'enfant et mettre tout sur le dos de la goule, mais cela va prendre un peu de temps. Sans parler des Élites qui pointent l'instabilité d'Eren à tout bout de champ…
- A croire qu'ils n'arrivent pas à faire des choses plus constructives que de lécher les culs », pesta Livaï.
« Mais toi, que penses-tu d'Eren ? »
Livaï fixa Hanji un moment, sans trop comprendre sa question.
« Où tu veux en venir ? » lui demanda-t-il.
« Tu es celui qui est censé surveiller Eren. Tu dois bien avoir une idée sur ce qu'il s'est passé.
- Attends, attends », stoppa-t-il. « C'est toi le scientifique et qui l'examine !
- Mais tu passes la plupart du temps avec lui ! » insista Hanji. « Tu passes plus d'une douzaine d'heures par jour à ses côtés, tu dois bien constater quelques variations de comportements depuis ces dernières semaines !
- Je suis pas psy.
- Ça, je n'ai aucun doute là-dessus, merci ! », soupira Hanji en levant les yeux au ciel. « Mais tu n'as rien constaté d'étrange ? Des cauchemars ? Une raison qui pourrait expliquer son excès de violence par rapport aux autres fois ?
- Rien d'anormal par rapport à d'habitude », répondit-il avec un léger haussement d'épaules. « Il reste plutôt tranquille, et il fait sans problème ses nuits. A croire que ses crises sont passées. »
Livaï fronça les sourcils. A vrai dire, il y avait bien quelque chose qui le travaillait, mais c'était bien trop prématuré pour en faire part à Hanji.
Lorsqu'il l'avait découvert au milieu de toute cette masse sanguinolente, le gamin demeurait étrangement calme. Difficile de déduire s'il était bien revenu à lui lorsqu'il s'est rapproché de lui ou parce qu'il sortait naturellement d'un état de choc, mais il semblait en possession de ses moyens. Il se rappela de son regard écarquillé lorsqu'il l'avait repoussé. Comme s'il était effrayé…
« Tu penses vraiment qu'il a subit un choc traumatique ? » l'interrogea-t-il.
« C'est une hypothèse. Du moins, du peu de ce que je connais du sujet, il semble avoir eu l'ensemble des symptômes.
- Je doute qu'il lui suffise de ça pour basculer dans cette espèce d'amnésie. Il en a vu passer. Sans parler que ce n'est pas la première fois qu'il attaque sans se souvenir de rien.
- Mais cette fois, c'est différent ! Il ne semblait pas avoir été attaqué, être tombé dans une rage folle, ni même d'avoir eu peur ! Tu m'as dis toi-même qu'il était resté bizarrement serein quand tu l'avais retrouvé ! Et puis les fois où ses souvenirs étaient altérés, c'était après de lourdes blessures et une totale perte de contrôle suite à un manque de cellules RC ! Sans parler de l'absence de manifestation de son kagune ! »
Hanji prit la tête entre ses mains, comme pour s'arracher les cheveux. Livaï attendit qu'il se reprenne avant de poursuivre.
- Je penche plus sur un rappel de souvenirs traumatiques », suggéra Hanji. « Rappelle-toi de son dossier : juste après les attentats, on l'avait découvert en train de déambuler seul dans un hôpital, en pleine crise de somnambulisme ! Sans doute qu'il a vécu la même chose, mais en plus violent… ?
- Il était loin de piquer un roupillon », maugréa Livaï.
« Peut-être, mais je suppose qu'il y a eu un élément déclencheur. J'ignore lequel, mais parfois, un rappel suffit à notre subconscient pour nous faire court-circuiter le cerveau. Comme une sorte d'hypnose, si tu préfères.
- Je ne vois pas trop le rapport entre cette goule, une salle de bain et un nourrisson », déclara Livaï.
« J'aurais tant de choses à dire là-dessus, mais je ne peux malheureusement pas trop tarder. Je dois faire mon rapport suite à l'examen d'Eren avant demain. Si je tarde trop, Erwin va me tomber dessus… »
Avant que Livaï ne puisse ajouter quoi que ce soit, Hanji se redressa d'un bond et récupéra quelques affaires sous son bras. Moblit eut à peine le temps de débarquer pour leur roulement qu'elle en profitait pour s'échapper.
Livaï roula les yeux vers le ciel. Pour une fois qu'il souhaitait un peu plus de détails de sa part, il fallait qu'Hanji s'éclipse.
-oOoOoOo-
La nouvelle lui fit l'effet d'une bombe à son réveil. L'échec de ses épreuves pesait sur son estomac, tel une nausée persistante. Et il savait que ce n'était que le commencement : il allait devoir affronter encore une fois les regards compatissants de Mikasa et Armin, mais aussi toutes les remarques des autres gamins du foyer. Pas qu'il en avait quelque chose à faire de leurs opinions, mais il savait qu'ils ne le lâcheraient pas aussi facilement après des années et des années où il scandait haut et fort qu'il intègrerait la Milice.
Mais le pire pour lui restait à venir : affronter Hannes.
Il avait pourtant demandé à rentrer seul, mais le personnel médical avait insisté pour qu'il soit accompagné. Et le seul semblant de tuteur qu'il avait, c'était lui.
Son cœur se serra lorsqu'il vit Hannes l'attendre à l'accueil. Il s'était avancé vers lui, la tête basse. Le Veilleur resta silencieux tandis qu'Eren se limita à lui emboiter le pas en direction de sa voiture. Eren ne protesta pas lorsque le milicien lui ouvrit la portière. En d'autres circonstances, il aurait pesté en refusant toute aide. Mais actuellement, il se sentait tellement fatigué qu'il ne trouvait pas la force de protester. Une fois son corps enfoncé dans le siège passager, Hannes alluma le contact et le véhicule s'élança.
Eren ne se souvenait plus combien de temps le milicien et lui étaient restés muets. Peut-être quinze minutes, ou plus de trente. Son regard s'était perdu dans le paysage urbain qui défilait à travers sa vitre. Hannes se prononça enfin :
« J'ai demandé à ce que tu repasses une seconde fois l'épreuve. A la fin de l'été. »
Eren tourna la tête vers lui, le fixant avec des yeux écarquillés.
« Tu as fait tellement d'efforts pour aller jusque là », se justifia Hannes. « Tu t'es entrainé sans relâche et tu n'avais que le mot 'milice' dans la bouche depuis tout gamin. Je ne pouvais pas me résoudre à ce que tout soit perdu pour toi.
- … mais… mais c'est pas possible ! » s'exclama Eren. « Il faut au moins deux ans avant de se représenter !
- Et bien si.
- Mais… comment tu as pu… !
- On va dire que j'ai eu les bons mots ! Et aussi le bon réseau. Ainsi qu'une bonne bouteille de whisky en cave… » ricana-t-il.
« Tu es vraiment parvenu à les convaincre grâce à tes vieux principes d'alcooliques ? » dit Eren, à la fois choqué et amusé.
« Tu me connais depuis le temps », ricana le milicien. « Et puis un peu d'aide pour écouler mes bouteilles ne me ferait pas de mail si je ne souhaite pas crever d'une cirrhose. »
Hannes profita de l'arrêt à un feu pour le taquiner en lui ébouriffant les cheveux. Alors qu'il passait sa main dans la tignasse ébouriffée de l'adolescent, il se stoppa en voyant ses grands yeux humides.
« Qu'est-ce que tu as ? » s'étonna-t-il.
« Je… Je pensais que c'était vraiment foutu… Et le fait de le repasser… Je ne sais pas si je dois être heureux ou être hyper angoissé de rater encore une fois. »
Eren renifla bruyamment et épongea ses larmes d'un revers de manche.
« Je ne suis pas sûr que j'arriverai à m'en remettre si je rate de nouveau…
- Si tu n'affrontes pas tes peurs maintenant, tu le regretteras tôt ou tard. Crois-moi. Profite de cette opportunité pour te reposer, te recentrer et donner le meilleur de toi-même lorsque tu te représenteras.
- Mais si j'échoue…
- Ce n'est pas grave. Tu feras partie de ce gros pourcentage de la population ne pouvant pas devenir un héros. Ce n'est pas la fin du monde. »
Eren soupira, la boule au ventre et les yeux fuyants. Se rendant compte de sa maladresse, Hannes pesta.
« Ce que je veux dire, c'est que tout le monde ne peut pas devenir milicien. Mais dis-toi bien que ce que j'ai fait pour toi, je l'aurais fait à Armin et Mikasa. Je crois en vous, vraiment ! Et encore, parmi vous trois, je suis convaincu que tu porterais le mieux l'uniforme. »
Eren le regarda, un peu gêné mais réconforté par ses mots.
« Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
« L'expérience ? L'instinct ? Bref, pour te dire que je crois sacrément en toi si je parie l'un de mes meilleurs whiskies. »
Eren ne put s'empêcher de laisser échapper un rire. Le Veilleur lui sourit, l'air bienveillant.
Les lèvres d'Eren s'étirèrent lentement en se remémorant le soutien d'Hannes. Malgré leurs maladresses, Hannes et le Caporal réussissaient à le réconforter à leur façon.
Il aurait bien voulu partager ses appréhensions avec Armin et Mikasa. Il n'était pas du genre à se confier, mais cette situation le pesait. Il regrettait même ses conversations avec Hannes.
Hannes… Il aurait tellement aimé qu'il soit là… Mais, à défaut de sa présence, il devait appréhender les événements et avancer avec plus d'optimisme. Enfin, du mieux qu'il le pouvait...
Lorsqu'Eren quitta la salle d'eau, le Caporal était déjà installé dans son fauteuil. Ce dernier décrocha son regard de la pile de feuillets entre ses mains pour lui accorder un peu d'attention. L'adolescent préféra s'avancer sur le lit, silencieux. Il était déjà habillé d'un bas et d'un tee-shirt bleu clair délavé qui lui faisaient office de pyjama.
« Caporal, je peux m'endormir plus tôt ? » lui demanda-t-il, les yeux creusés pas ses cernes. « Je suis vraiment fatigué… »
Son supérieur émit un léger hochement de tête en signe d'approbation. Il se releva et déposa sa pile sur son siège, puis laissa Eren s'allonger avant de préparer les sangles. le regarda faire, avec un certain malaise.
Son odeur flottait dans l'air… C'était léger, mais cela le perturbait qu'il sente aussi bon. Il s'efforça de faire abstraction.
« Ça va mieux ? » lui demanda le Capitaine d'une voix grave.
Eren déglutit, sans vraiment comprendre pourquoi.
« Oui… » répondit-il. « Cette journée était horrible… Vraiment désolé…
- Pourquoi tu t'excuses encore ? »
Eren sentit une légère boule dans la gorge.
« La mission, ce qu'il s'est passé, le fait que je ne me souvienne plus de rien…
- Ce n'est pas la première fois que tu nous piques ta crise, et sûrement pas la dernière. On aurait dû prévoir le coup également, donc arrête de te flageller inutilement. »
Le Caporal termina de resserrer les attaches, puis vint se réinstaller sur le fauteuil près de la tête de lit. Il soupira en affichant un air las.
« Toutes les responsabilités du monde ne reposent pas sur tes épaules. Dis-toi que c'est notre rôle de t'accompagner. »
Un silence plana. Son supérieur restait le dos enfoncé dans son dossier, sans pour autant réattaquer ses dossiers. Eren se demanda si ce n'était pas une manière de montrer qu'il restait à son écoute. Il se détendit doucement.
« Merci… Pour ce que vous dites, mais aussi de ne pas me poser plus de questions. Surtout sur la façon dont j'ai… enfin, que je crois avoir tué…
- Je pense que tu as eu ton quota d'interrogatoires pour la soirée », trancha le Capitaine. « Mais je reste attentif si tu as des choses à raconter.
- Je vous dirais tout si jamais cela me revient », assura l'adolescent.
Eren marqua une pause, avant de reprendre.
« Et vous, Caporal, la journée n'a pas été trop difficile pour vous ? »
Son supérieur le regarda, les yeux légèrement arrondis. Eren devina qu'il était surpris.
« Ce n'est pas fréquent qu'on me pose la question », dit-il. « Mais oui. Pénible, pleine de paperasse, stressante.
- Oh… », fit Eren, un peu gêné. « La découverte de la goule…
- Pas vraiment », contesta-t-il. « J'ai assisté à beaucoup trop de boucheries pour que ça m'atteigne. Malheureusement.
- Qu'est-ce qui vous a rendu anxieux, Caporal ? »
La gorge de l'adolescent se serra lorsque le regard du Traqueur se braqua sur lui. Ce dernier marqua un temps avant de lui répondre.
« Lorsqu'on a perdu ta trace, avec le micro-oreillette. Et quand je t'ai retrouvé au milieu de tout ce sang. »
Eren se pinça les lèvres, embarrassé.
« Je suis désolé…
- Arrête d'être désolé… », soupira-t-il sur un ton grinçant.
« Je… Je veux dire, je ne comptais pas m'échapper ou vous attaquer ! » se justifia Eren. « J'ai juste eu une sorte de blocage… !
- Je sais, pas besoin de réexpliquer », le coupa-t-il. « Je ne pensais pas du tout à ça. Je craignais juste qu'il te soit arrivé quelque chose. Une transformation qui se passe mal, une attaque de goule… »
Le Caporal se tut, puis se mit à croiser ses bras. Lui déclarer ça semblait l'ennuyer.
« Vous vous êtes inquiété pour moi ? » s'exclama l'adolescent sur un ton incrédule.
Son supérieur le dévisagea, un air blasé plaqué contre son visage.
« Tu as l'air surpris » dit-il en fronçant les sourcils. « Je ne suis pas non plus complètement apathique. »
- Ce n'est pas ça ! Enfin, je veux dire… »
Eren essaya de se rattraper, mais trouver les bons mots lui était difficile. En toute franchise, son supérieur se montrait froid et insensible la plupart du temps. Et même s'il avait réussi à un peu mieux décrypter les légères expressions de son visage de marbre, il restait quelqu'un d'assez introverti. L'apprenti se reprit.
« … Vous vous exprimez rarement vos inquiétudes. Enfin, devant moi… Du coup, je suis un peu surpris.
- Un chef d'escouade reste généralement soucieux de ses hommes », déclara le milicien. « Notamment si des missions peuvent leur porter atteinte. Mais je reste habitué. Un milicien doit savoir a minima absorber ce type de pression avant de se voir décerner le titre de Capitaine. Même si je t'exprime sur mon ressenti, ce n'est pas pour autant que je me laisse submerger.
- Est-ce une manière de me dire que je dois travailler un peu plus sur moi-même pour espérer grimper les échelons ?
- Je n'ai rien dit. C'est toi qui le sous-entends. »
Les lèvres de son supérieur s'étirèrent. Eren se sentit heureux de le voir sourire.
« Allez, endors-toi », lui ordonna le Capitaine. « Quand tu commences à trop parler, c'est que tu es déjà trop fatigué. »
Eren acquiesça, puis ferma les yeux. Il n'avait pas tort : toutes les fois où il se sentait épuisé et au bord de l'endormissement, ces quelques échanges avec le Caporal le revigoraient. Comme s'il souhaitait profiter des rares moments où ils pouvaient entretenir une conversation avec lui. Enfin, rares… Ça faisait un moment que ces discussions nocturnes se répétaient dans sa cellule, mais il n'arrivait pas à s'en lasser. Même s'il restait intimidé la plupart du temps, découvrir une nouvelle facette sur le caractère ou la vie de son Capitaine le captivait.
« Bonne nuit, Caporal.
- Bonne nuit, gamin. »
-oOoOoOo-
Armin était nerveux. Son estomac resta noué tout le long de son trajet du Camp des Loges à l'Ecole Militaire. Lorsqu'il arriva enfin sur les lieux, ce fut la première fois qu'il se présentait dans un bureau aussi luxueux. Accompagné de son Capitaine, il s'avança vers le fond de la pièce. Derrière le secrétaire finement orné, il reconnut immédiatement leur Commandant : Erwin Smith.
Ce dernier lui paraissait tout aussi imposant que pendant son discours à la Cérémonie. Lorsqu'il se rapprocha, ses yeux azurés se braquèrent sur lui. Il avait tellement envie de rebrousser chemin pour se réfugier dans un petit trou de souris…
Mais Armin s'efforça de garder son calme. Ce n'était pas le moment de flancher : ce qu'il avait à dire était d'une importance cruciale, il en était convaincu. Il fallait qu'il garde la tête froide sans se laisser impressionner.
Une fois devant leur Commandant, le Capitaine et lui firent le salut de la Milice. Leur supérieur se leva et leur répondit par les mêmes salutations.
« Merci pour votre présence. Capitaine Ness, vous pouvez disposer. Je souhaiterais m'entretenir avec la recrue Arlet un petit moment, seul à seul. »
Le Traqueur s'inclina puis disposa. Armin sentit une immense pression tomber sur ses épaules lorsque la porte se referma derrière lui. Il prit une grande inspiration avant de se prononcer, tout en essayant de ne pas se laisser trop impressionner.
« Merci, de m'accorder de votre temps pour me recevoir, Commandant.
- Pas besoin d'autant de formules de politesse », répondit-il en se rasseyant.
D'un geste de la main, il invita son interlocuteur à s'installer sur la chaise en face de lui. « A vrai dire, ton rapport a attisé ma curiosité. »
Il alluma un de ses écrans, puis fit défiler une multitude de petites fenêtres.
« Tu as réussi à te procurer certaines informations confidentielles. Des informations du système OTRAC, qui n'auraient pas dû tomber entre tes mains sans qu'elles n'aient exercées quelques méthodes frauduleuses », déclara son supérieur. « C'est ça ? »
Armin hocha timidement de la tête, en s'efforçant de regarder le Commandant en face.
« Tu risques de te faire retirer de la Milice, sans parler de l'encours à une peine d'emprisonnement », continua-t-il. « Et ta relation avec Eren Jaeger ne risque pas d'arranger ta défense. »
Armin sentit ses oreilles se chauffer, mais ne se déroba pas. Il prit la parole, en s'efforçant de conserver une attitude assurée.
« Si vous me le permettez, Commandant Smith, je n'avais aucune intention malveillante. Et je suis moi-même surpris qu'il ne soit pas si complexe de contourner certains paramètres de sécurité dans le système… J'ai voulu être honnête en vous adressant ce rapport, tout en détaillant les moindres gestes que j'ai pu effectuer pour vous présenter ces éléments.
- Ce n'était pas une réprimande », répondit le Commandant. « C'est plutôt une bonne chose qu'un white hat ait rejoint nos rangs (1). Bien que la sécurité de nos systèmes reste une de nos priorités, tu as pu démontrer qu'elle était malheureusement loin d'être infaillible. »+25+
Son supérieur esquissa un sourire qui se voulait rassurant. Armin en ressentit un profond soulagement : il craignait vraiment qu'on lui reproche les moyens qu'il avait dû employer pour transmettre son message, sans s'intéresser au fond de son rapport…
« Mais revenons-en au fait », poursuivit le Commandant. « Qu'est-ce qui t'a mené à ces déductions ? »
Armin se racla la gorge, puis reprit la parole en s'assurant d'être le plus clair possible.
« Pour être tout à fait franc, ma découverte était un concours de circonstances. Mon équipe et moi-même étions assignés à remplir des informations concernant le rapport de la Cérémonie. Et en relisant certains dossiers reliés aux événements, je suis tombé sur la description de la scène de crime de deux Veilleurs. Il s'agissait de deux miliciens tués, que j'avais découverts lors de ma fuite de la Cérémonie.
- Avec Eren Jaeger ? » lui demanda le Commandant.
Armin approuva d'un signe de tête.
« La description des faits était plutôt fidèle, rien de très intrigant à première vue. Mais en me remémorant certains souvenirs de cette nuit-là, un détail m'a intrigué. »
Plongé dans sa réflexion, Armin continua sur un ton plus calme et soutenu.
« Dans les descriptions des deux corps, on sous-entend que les deux Veilleurs se sont battus contre leurs agresseurs. Toutefois, mon témoignage ne semblait pas avoir pris en compte un élément : lorsqu'on les avait découverts, ils semblaient bien avoir été pris par surprise. Leurs armes n'avaient pas été dégainées, que cela soit leur revolver ou leur quinque. Sur le moment, j'avais trouvé cette situation bizarre. Mais ce n'est qu'après coup que j'ai réalisé que ce n'était clairement pas normal. C'est lorsque j'ai relu ce rapport et en me remémorant la scène que j'ai établi un lien. »
Armin releva doucement les yeux vers le Commandant, qui semblait l'écouter d'une oreille attentive. Il continua sur sa lancée.
« Les deux Veilleurs étaient situés près d'une entrée très dégagée, sans qu'aucun obstacle puisse permettre à quelqu'un de se dissimuler facilement. Et au regard de leur profil, ils étaient tous deux expérimentés. Ils auraient tout de suite réagi au moindre bruit ou mouvement suspect. Et pourtant, ils semblaient avoir été tués sans avoir esquissé un geste défensif. Il est donc très fortement probable que l'attaque ait été initiée par une personne qui n'éveille soupçon. Et selon moi, cela ne peut être que soit un autre milicien, soit un invité de la Cérémonie… »
Armin fronça les sourcils, soucieux.
« Il ne s'agissait que d'une hypothèse, après l'attaque. Mon esprit était confus, et je pensais que c'était une théorie sans réel fondement. Mais en examinant de nouveau les rapports dans OTRAC et en constatant l'erreur, je me suis attardé d'un peu plus près. Et c'est en investiguant et en contournant certaines sécurités que j'ai pu identifier ces modifications. Et c'est là que j'ai découvert le rapport avait été trafiqué intentionnellement : la version initiale des documents avait été écrasée, sans trace de mise à jour apparente, afin de faire croire qu'il s'agissait bien d'une attaque provenant de l'extérieur. Il n'y a donc pas de doute : un ou plusieurs miliciens ont dissimulé un élément concret de l'affaire de la Cérémonie pour nous éloigner de la vérité. »
Armin se tut, puis regarda le Commandant. Son visage paraissait grave.
« Il est trop tôt pour faire des suppositions », admit Armin. « Mais il serait intéressant de se concentrer sur leur adresse IP de l'escouade ayant falsifiée ces informations. La localisation semble bien être au sein de l'Ecole Militaire, il ne manquerait plus que de vérifier les appareils…
-… puis faire une comparaison entre le roulement des équipes et l'heure où les mises à jour ont été réalisées sur cette machine. Une fois fait, il devrait être plus simple d'identifier l'individu concerné. »
Son supérieur resta silencieux. D'un air sérieux, il lui demanda :
« D'après toi, qui est l'ennemi ?»
Armin le regarda, surpris, ne sachant pas quoi répondre. Le Commandant reprit calmement.
« Excuse-moi de t'avoir posé une question aussi bizarre.
- Non, ce n'est rien, Commandant », répondit Armin.
Le Commandant se redressa, semblant plutôt satisfait de ce compte-rendu.
« Vos qualités d'investigations et de déductions sont très intéressantes.
- Merci, Commandant », répondit Armin en se sentant aussi flatté qu'intimidé.
« A tout hasard, avez-vous partagé vos découvertes avec qui que ce soit ?
- Personne », affirma Armin. « Même mon Capitaine et mes camarades d'escouade l'ignorent. J'ai préféré éviter que cela s'ébruite
- Sage décision », approuva le Commandant. « Merci encore pour vos découvertes, Arlet. Sachez que je prends votre rapport très au sérieux, mais je tiens à le traiter de manière très confidentielle en interne. Je n'hésiterai pas à vous contacter si jamais j'ai d'autres questions. »
L'entretien terminé, Armin sortit du grand bureau pour rejoindre son Capitaine. Il lâcha un long soupir pour décompresser.
Il appréhendait depuis un moment sa présentation auprès du Commandant Smith, mais il était plutôt rassuré d'avoir été pris au sérieux. Beaucoup trop d'éléments louches survolaient l'affaire de la Cérémonie, et sans doute d'autres encore. Ce qu'il avait fait était nécessaire.
Toutefois, les paroles du Commandant l'intriguaient.
« D'après toi, qui est l'ennemi ?»
Certes, il ne doutait pas qu'il y ait des personnes douteuses au sein de l'organisation. Il ne serait pas surpris qu'il ait mis le doigt sur l'un des plus gros scandales au sein de la Milice Anti-Goule. Toutefois, la formulation de sa question demeurait bizarre.
A part les goules, qui pourrait bien vouloir porter atteinte à la MAG ?
(1) les white hats sont des hackers éthiques qui dénoncent les failles de sécurité. Ils s'opposent aux black hats, qui sont eux des hackers mal intentionnés.
-xXxXxXXxxXXXxxXXxXxXx-
C'est officiel : vous pouvez me prendre pour une psychopathe (rire nerveux)… J'espère en tout cas que ce chapitre reste bien dans l'ambiance d'Halloween !
Du coup, avez-vous venir sur ce que contenait le placard ? Et sur ce qui allait suivre ? :D
Des hypothèses concernant l'absence d'Eren ? Sur ce qu'il s'est passé (est-ce vraiment lui qui a attaqué ? et pourquoi les absences ?)
Les POV Eren et son feedback ?
Les échanges entre Livaï et Hanji ?
La rencontre d'Armin avec Erwin ?
Et bien sûr : le rapprochement d'Eren et Livaï ! (ça se décante un peu :3 ).
Je préfère vous prévenir de suite : le prochain chapitre sera moins rapide (le plan est là, mais je n'ai pas encore démarré sa rédaction…). Mais je suis à fond, et il n'est plus quesiton de vous faire autant trainer ! On y croit !
Au plaisir de lire vos avis et théories dans les reviews !
