Re!
Il est plus long que le prologue et du coup la correction a pris un peu plus de temps! Si tout va bien, Lundi 11 Juillet 2021vous aurez droit aux deux prochains chapitres!
Encore une fois, merci à Kizzbloo qui non seulement a dessiné l'image dont je me suis servie pour représenter cette histoire mais dont le travail de relecture et de correction m'a littéralement sauvé la vie à plus d'une reprise!
Enjoy!
Cinderella Complex
Chapitre 1: Royal Summoning
The Selection
Eren
Lorsque la guerre opposant Paradise à l'empire voisin Mare prit fin au bout de cinq longues années, Eren accueillit la nouvelle de leur victoire avec le même engouement que les autres habitants du continent.
Tous espéraient à présent que la couronne se concentrerait à reconstruire sur les cendres du champ de bataille : le commerce redeviendrait florissant, les restrictions dues à l'effort de guerre prendraient fin, chacun mangerait enfin à sa faim, les taxes s'allègeraient et la sécurité longtemps délaissée serait à nouveau une priorité sur les routes et dans les petites villes de Paradise. De son côté, Eren espérait davantage de ce retour 'à la normale', notamment du côté de l'Empire vainqueur. Les nobles permettraient-il enfin un assouplissement des lois régissant l'établissement d'une affaire ? Même si son identité d'Oméga rendait l'aventure plus dangereuse et illégale, Eren était prêt à prendre ce risque si ça lui permettait de prendre son indépendance.
Le jeune Oméga devait impérativement réussir à monter un commerce suffisamment rentable s'il voulait réussir à prendre la poudre d'escampette le plus vite possible.
Quitter le manoir familial n'était pas une idée qui lui était venu naturellement, ni même du jour au lendemain. Cependant, Dinah avait fait preuve d'une inventivité qui confinait à l'admiration lorsqu'il s'agissait de lui faire sentir et comprendre à quel point il n'était plus le bienvenu sur ces terres. Depuis la mort de son père, Eren peinait à trouver de bonnes raisons de s'acharner à rester et souffrir dans la région de son enfance. Son traitement quotidien était bien pire que celui qu'on réservait aux serviteurs. Il se réveillait à l'aurore pour allumer toutes les cheminées du manoir, dont l'entretien lui incombait entièrement depuis plus de trois ans maintenant. Sous prétexte qu'en sa qualité d'Oméga, on le supposait bien plus habile de ses mains et plus menu que l'entièreté du personnel. Eren commençait à éprouver une haine irrationnelle envers ces constructions. Si auparavant il avait apprécié profiter de leur chaleur lorsqu'il était encore confortablement installé dans le giron de sa mère, il se retrouvait aujourd'hui bien plus souvent couvert de suie. C'était pour ça que les servants s'étaient mis à l'appeler Cendrillon.
« Je prends déjà la peine de te nourrir et t'habiller ! Beaucoup de femmes à ma place t'auraient déjà jeté à la rue ! Il faut bien que tu rentabilises mon investissement à perte ! » C'était la tirade favorite de sa marâtre. Mais quand bien même Dinah n'aurait pas pris la peine de le lui rappeler aussi souvent, Eren se refusait déjà à lui être redevable ne serait-ce que d'un sou. Alors il travaillait dur pour gagner sa maigre pitance. Il coupait lui-même le bois dont il se servait en hiver pour chauffer sa remise. Il mangeait seul, assis à même le sol dans son petit espace, s'appuyant sur la table basse un peu caduc qu'il avait récupéré in-extremis lorsque la nouvelle maîtresse de maison avait décidé de jeter tous les anciens meubles choisis par l'ancienne Dame Jaëger. Pourtant Eren ne suppliait pas, et n'avait jamais demandé d'aide ou tenté de diffamer Dinah. Elle avait bien pris garde à l'isoler le plus possible du 'beau monde' et personne ne le connaissait assez pour vouloir se la mettre à dos en l'aidant.
Du moins, dans la peu probable éventualité où quiconque serait parvenu à savoir qu'Eren avait besoin d'aide en premier lieu.
Car s'il y avait une chose à laquelle excellait Dinah Jaëger, c'était de conserver parfaitement les apparences. Aux yeux de la haute société qu'elle se plaisait à fréquenter, quitte à dépenser sans compter, elle s'apitoyait qu'Eren était un jeune Oméga chétif à la santé bien trop fragile. Des excuses qu'elle renouvelait sans cesse, trouvant toujours une excuse pour empêcher quiconque de rencontrer son beau-fils. Si bien qu'elle avait même trouvé un moyen d'annuler sa participation au bal 'intronisation' au monde de la noblesse comme la coutume l'exigeait lors de son quinzième anniversaire. Dinah passait aux yeux de tous pour une mère adoptive attentionnée et courageuse, qui en dépit de la mort de son second époux, avait pris soin du rejeton malade issu de son précédent mariage. Dépensant des trésors de patience et d'attention afin que le pauvre Oméga survive à sa pauvre condition physique, qu'elle présentait comme très coûteuse en soin pour expliquer l'état déplorable des finances actuelles du domaine Jaëger.
Voilà déjà des années donc qu'Eren alternait entre le ménage de la demeure qui l'avait vu grandir en tant que futur seigneur et la conception des repas que sa belle-famille dégustait bien au chaud dans le salon. Salon où il avait pourtant fait ses premiers pas sous les regards bienveillants de ses défunts parents. Il n'aurait sans doute pas passé tant de temps à souffrir en vain si l'émotion qui le liait indéniablement aux tombes de Carla et Grisha, discrètement érigées au fin fond du jardin, ne l'avait pas si longtemps retenu au manoir. Mais son avenir avait été scellé lorsque Dinah était parvenue à modifier le testament de son père. Profitant du peu d'esprit cohérent de son second époux dans ses derniers instants, elle et son fils Sieg étaient devenus les seuls véritables héritiers des biens du Baron Jaëger.
**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**
Eren était bien au fait de ce qu'on racontait de lui au village de Shiganshina.
Pourtant il n'estimait pas sa vie plus pathétique qu'une autre, et il n'avait nullement le temps de s'apitoyer sur son propre sort. Comme sa mère avait pris soin de lui raconter son histoire de son vivant, il se savait issu d'une longue lignée de survivants. Les origines de la défunte Carla Jaëger demeuraient pour tous un secret, et Eren comptait bien le garder farouchement. Ce mystère le liait à jamais à sa mère, une histoire qu'ils partageaient même au-delà de la mort. C'était ce qui lui donnait des racines auxquelles se raccrocher, quelque chose en quoi croire.
Il était convaincu que la magie ancienne qui lui coulait dans les veines veillait sur lui, et qu'un jour, une nouvelle destinée s'offrirait à lui.
Avant de décider de tout quitter pour épouser Grisha, Carla faisait partie d'un ancien peuple de magiciens. C'était une Eldienne. Un peuple mythique qui avait été chassé de Paradise par les ancêtres de l'actuel Empereur. A l'origine, un Pacte avait été mis en place pour lier le sang de l'Empereur à celui des régnants Eldiens pour protéger et unifier le continent de Paradise. Leurs pouvoirs étaient tels qu'à l'époque ils avaient érigé une puissante barrière magique autour de leur territoire. C'était ce que le culte des Trois Déesses, religion principale de Paradise, appelait les Murs. Mais au moment d'honorer leur part du contrat, le premier Empereur et son entourage firent accuser les Eldiens de magie noire, se mirent à persécuter les Eldiens. Qui pour survivre, avaient fini par s'exiler. Ce que la plupart des habitants de l'Empire ignorait, c'était qu'après le départ des magiciens, une terrible malédiction avait peu à peu rongé les Murs protégeant Paradise. L'efficacité du rituel magique avait fini par s'estomper. Et c'était très exactement la 'chute des Murs' qui avait conduit l'Empire actuel à la guerre qui l'avait affaibli et rongé pendant une demi-décade.
Mis à part la jouissance d'avoir pu constater l'existence d'une certaine rétribution karmique frappant les traîtres impériaux, cette guerre avait été aussi catastrophique pour Eren que pour le reste des Paradisiens. L'Oméga savait que les Eldiens continuaient de traverser Paradise encore aujourd'hui, même si les affrontements avaient dû les tenir éloigner de ces terres ces dernières années. Carla lui avait avoué avant sa mort qu'ils se faisaient passer pour un peuple nomade spécialisé dans les arts du spectacle, ce qui avait ainsi permis à ses parents de faire connaissance.
A présent que la guerre était terminée, Eren comptait saisir l'opportunité de prendre un nouveau départ. En sa qualité de fils unique de Carla, ancienne 'princesse' eldienne, il savait qu'une place de choix n'attendait que lui auprès des siens. L'Oméga avait promis à sa défunte mère, sur son lit de mort, de garder sa magie secrète. Mais jamais il n'avait oublié que la force, qu'il possédait si bien enfouie en lui, pourrait s'exprimer et se fortifier une fois qu'il aurait retrouvé la troupe des Eldiens.
Même si son peuple ne suivait aucun itinéraire fixe et qu'il était extrêmement difficile de les localiser, Eren avait gardé espoir.
La guerre était à présent terminée, la troupe allait sans aucun doute suivre le mouvement et participer à l'énorme festival qui aurait lieu à la fin de la Sélection à Sina, la capitale de Paradise. C'était d'ailleurs l'occasion à ne surtout pas manquer pour se faire beaucoup d'argent et participer à l'Histoire avec un grand H. La Sélection était le processus d'élection de la future Impératrice de Paradise, qui après la victoire contre Mare, était aujourd'hui l'Empire le plus puissant du monde. En dépit- ou surtout à cause- de leur histoire personnelle avec la lignée impériale, les Eldiens allaient très assurément vouloir assister à cet évènement. Et c'était très exactement le moment qu'attendait Eren pour enfin quitter sa condition misérable.
Il ne lui restait plus qu'à trouver un moyen de se rendre à la capitale…
**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**
Bien entendu, trouver des fonds et l'occasion parfaite pour sa fuite était loin d'être simple.
Eren était doué pour beaucoup de choses. Mais faire des plans, ce n'était pas vraiment son fort. Dans son enfance, il passait le plus clair de son temps puni car on le surprenait souvent en pleine bêtise. C'était justement parce qu'il était incapable de voir assez loin qu'il devait rester sur ses gardes. Mais depuis, il avait nettement mûri et Dinah lui avait appris à la dure l'importance de bien réfléchir avant d'agir. Eren était donc bien décidé, mais pas encore assez préparé pour mettre son plan à exécution. Contrairement à lui, Armin était un véritable génie tactique. Armin était son meilleur ami d'enfance, petit-fils de l'ex-majordome Frank Arlert, fils du forgeron de Shiganshina. Lorsqu'ils étaient enfants, Armin avait toujours été capable du meilleur comme du pire pour se tirer de toutes situations inextricables sans un seul souci. Eren subissait alors seul, les punitions, bien trop maladroit pour se justifier, tandis qu'Armin s'en échappait in extremis.
Aujourd'hui, le blondinet serait sans doute capable de lui pointer du doigt les détails qu'il était incapable de prévoir seul.
Eren avait profité d'un peu de répit en fin d'après-midi pour se faufiler hors de la propriété, afin de se diriger vers Shiganshina. Etrangement, en dépit de ce qu'elle pouvait dire et penser de lui, Dinah prenait un soin tout particulier à ce qu'Eren 'ne fasse pas honte' au nom Jaëger. Du coup, elle estimait que sa place était exclusivement au fin fond de son cagibi et non auprès des 'gueux' qui vivaient au village. Elle ne cessait de lui répéter qu'elle trouverait un moyen de le faire disparaitre, lui et la honte qu'il apporterait avec lui, si un jour il revenait au manoir les entrailles souillées par la présence du bâtard d'un miséreux quelconque. Elle savait qu'il s'échappait malgré tout et partait occasionnellement s'amuser au village, mais elle n'avait rien fait de particulier pour l'en empêcher jusqu'ici. Mis à part, bien sûr, d'augmenter significativement sa charge de travail pour lui laisser le moins de temps libre possible.
Peut-être était-ce dû aux pouvoirs qu'il se savait posséder, mais Eren n'avait jamais éprouvé de crainte particulière lorsqu'il se retrouvait seul dans les bois environnant le manoir des Jaëger.
Il y avait une certaine plénitude dans le silence relatif du bosquet. Les ombres et les lumières qui jouaient dans le sous-bois étaient fascinantes, presque rassurantes. Pour lui, l'anonymat et le sentiment de liberté qui l'envahissait à chaque fois qu'il quittait les terres maudites du manoir n'avaient pas de prix. Et c'était très exactement cette liberté à laquelle il aspirait aujourd'hui plus que tout et qui avait fini par renforcer sa décision. L'automne était déjà là et le froid hivernal ne tarderait plus à s'abattre sur le territoire. Eren n'avait aucune intention de passer un hiver de plus dans la misère à grelotter de froid, s'accrochant désespérément aux tombes glaciales de ses défunts parents. La période de deuil était passée et il était grand temps de tourner la page. C'était ce qu'ils auraient voulu pour lui de toute manière. Il en était convaincu dans le fond, il lui avait juste fallu du temps pour l'accepter.
Il avait un peu l'impression de fuir face à l'ennemi et sa fierté l'avait longtemps trompé. Eren s'était laissé croire qu'un jour la roue tournerait, et que Dinah finirait par rencontrer la fin qu'elle méritait vraiment. Cependant, Eren le sentait au plus profond de lui. Plus le temps passait, plus la marâtre s'impatientait de le voir là, vivant, à lui rappeler sans arrêt par sa simple existence qu'elle n'était pas la véritable maîtresse des lieux. Le regard de l'Oméga lui faisait comprendre comme en cent mots qu'il était témoin des crimes dont elle s'était rendue coupable. Celui de tromper un homme bon sur son lit de mort, afin de dépouiller son fils légitime de tout son héritage. Jusqu'ici, elle s'était surtout montrée mesquine, tyrannique et froide. Mais Eren était loin d'être naïf. Au fond, il savait que le temps qu'il avait déjà passé sous son joug n'avait fait qu'aider à augmenter petit à petit sa cruauté.
Elle perdait peu à peu de sa réserve, et elle craignait de moins en moins l'avis public.
Elle n'allait pas tarder à trouver d'autres façons bien plus violentes et sadiques de passer ses nerfs sur lui. C'était visible dans la manière qu'elle avait ces jours-ci de le vriller du regard. Ses contacts physiques étaient de plus en plus virulents : des objets lancés à travers la pièce, lui agripper le bras, le secouer quand elle estimait qu'il n'était pas assez réceptif aux insultes colorées qu'elle lui balançait de plus en plus fréquemment. Elle était également de plus en plus réticente à l'idée qu'il puisse piocher dans les réserves de nourriture… Eren n'avait vraiment aucune intention de laisser sa marâtre aller jusqu'au bout de ses pulsions destructrices, pas plus qu'il ne s'estimait responsable de ses humeurs.
Il arriva d'un pas tranquille aux abords du village de Shiganshina.
N'ayant jamais quitté les alentours du manoir Jaëger de sa vie, ce petit village était à ses yeux un véritable monde à part. L'effervescence relative de l'endroit lui donnait souvent l'impression de pénétrer tout à coup dans une fourmilière multicolore où les senteurs, les bruits et le mouvement étaient démultipliés. Il savait pourtant que le hameau abritait moins de deux milles personnes, mais il osait à peine imaginer à quoi pouvait ressembler la capitale. Personne ne nota son arrivée. Il traversa les sentiers et ruelles avec l'aisance de l'habitude. La forge était plutôt facile d'accès, c'était l'un des commerces les plus rentables de Shiganshina. La maîtrise du père d'Armin était telle que même quelques grandes figures de la haute lui rendait parfois visite pour profiter de son travail d'orfèvre : quand ce n'était pas les paysans de la région s'y retrouvaient pour faire poser les fers de leurs chevaux de trait, les soldats venaient lui demander de réparer ou leur fabriquer de l'équipement.
Mais tout comme son grand-père avant lui, Armin était plutôt un 'homme d'esprit'.
Il n'avait pas son pareil pour la gestion des matériaux ou des gains de la forge. Il avait davantage hérité des talents de son grand-père que de son père, mais c'était tout de même un trait qu'appréciait sa famille. C'était son administration qui avait sans aucun doute permis à la forge Arlert de prendre son essor. Toutefois, son meilleur ami avait d'autres ambitions que de reprendre l'affaire familiale. Dieter Arlert comptait par conséquent léguer son établissement à son apprenti Jonas, qui faisait quasiment parti de la famille depuis son plus jeune âge. Celui-ci était orphelin depuis ses cinq ans, et la famille Arlert avait immédiatement pris soin de lui afin d'honorer l'amitié qu'ils entretenaient avec ses défunts parents. Tout ce qu'il lui manquait, c'était sans doute leur nom de famille. D'après ce qu'Eren avait compris de leur échange, Jonas comptait garder le nom de la forge intact et consacrer sa vie à travailler pour les Arlert. Il espérait même que sa descendance et celle d'Armin finirait par se retrouver à nouveau pour travailler ensemble dans l'établissement.
Pour les villageois de Shiganshina, quitter le village était une aberration.
Les routes n'étaient pas sûres, les opportunités ne valaient pas la tranquillité et l'assurance évidentes qui caractérisaient une vie bien remplie de villageois. Eren savait qu'Armin nourrissait en secret les mêmes aspirations que lui : celles d'un monde plus vaste, celles de pouvoir changer les choses à une plus grande échelle. Voir la mer de leurs propres yeux, parcourir des étendues de neige et de sable, explorer les terres leur colossal empire… Les livres qu'Eren lui avait offert d'année en année étaient empilés sous son lit : ils contaient tous des voyages et de paysages enchantés… Armin avait toujours rêvé d'évasion, lui aussi. C'était pour cela qu'Eren savait qu'il pouvait compter sur lui pour l'aider à finaliser son plan de fuite.
Comme d'habitude, Dieter et Jonas étaient occupés lorsqu'Eren pénétra dans la forge. Ils prirent tout de même la peine de le saluer d'un sourire ou d'un geste de la tête, et Eren rendit leur salut rapidement. Quand il passa dans l'arrière-boutique, Amalia Arlert lui fondit dessus pour l'enlacer avec force presque immédiatement : « Petit maître ! Qu'est-ce que je suis contente de vous revoir ! » Puis elle l'avait écarté pour l'observer d'un œil critique. Elle avait claqué de sa langue : « Vous avez encore que la peau sur les os ! Je vous ai déjà dit de venir boulotter ici plus souvent si Madame continue à vous faire des misères… » Ses sourcils étaient froncés et la réprobation qui suintait de son ton grave fit à Eren l'effet d'un baume au cœur. C'était toujours quand il rendait visite aux Arlert qu'il se rappelait qu'il n'avait rien fait pour mériter la vie misérable qu'il vivait. C'était dans ces moments qu'il se rendait compte que d'autres que lui trouvaient cette situation anormale et injuste. Il n'avait malheureusement pas besoin de 'jouer les victimes' pour qu'on accepte la réalité des mauvais traitements de sa marâtre.
Mais Eren avait pleinement conscience que d'autres personnes qu'eux le considéreraient comme un menteur éhonté, un ingrat d'Omega orphelin qui tentait de nuire à sa belle-mère pleine de courage.
Amalia lui tapota le dos avec force et le conduisit d'une poussée de main vers la table de la cuisine : « Je m'en vais essayer de vous remplumer un peu ! » Eren protesta faiblement, mais légèrement honteux lorsque son estomac décida que c'était le moment idéal pour protester bruyamment. Amalia se contenta de lui lancer un regard appuyé. Eren rougit et s'installa à table sans demander son reste. Amalia avait travaillé un moment dans les cuisines du manoir Jaëger. Elle avait vu Eren naître et adorait Carla. Elle avait donc fait partie de la première grande vague de licenciement de Dinah. Heureusement pour la jeune femme, Frank l'appréciait tout particulièrement et Dieter s'était immédiatement entiché d'elle lors de leur première rencontre. Après avoir perdu son travail au manoir, elle s'était contentée d'enfin emménager avec son jeune époux. Armin et sa petite sœur Dorothea étaient nés de leur union.
A la voir s'affairer derrière les fourneaux, sa stature imposante, ses épais cheveux blond noués dans une natte grossière, c'était à se demander d'où Armin avait pu tirer sa fine silhouette. Dieter était forgeron, court sur pattes mais aux muscles saillants, un Alpha parmi les Alphas. Armin avait pourtant hérité du statut d'Alpha de son père, alors pourquoi était-il si chétif ? Frank, son grand-père était un Bêta, mais il était élancé et plutôt imposant… Plongé dans ses réflexions, Eren remarqua à peine l'arrivée de son meilleur ami dans la pièce. Armin s'exclama avec enthousiasme : « Eren ! » Il l'enlaça avec la même emphase que sa mère. Eren lui rendit son embrassade, toujours un peu surpris d'avoir fini par dépasser l'Alpha d'une bonne tête et d'être capable de le prendre entièrement dans ses bras sans effort… « Je ne pensais pas te voir en ce moment ! D'habitude, tu es beaucoup trop occupé à cette période de l'année pour nous rendre visite… » Bien qu'il n'ait rien dit quant à l'apparence légèrement échevelé d'Eren, le regard scrutateur du blondinet en disait long.
Eren baissa légèrement la tête et tapota nerveusement des doigts sur l'épais bois mal dégrossi de leur table. Il savait qu'il avait dû perdre pas mal de poids ces derniers jours, mais c'était un mal pour un bien. Il était bien trop occupé à préparer son évasion pour perdre son temps à contrecarrer les mesquineries de Dinah. Pour réussir à se procurer un bon repas chaud dans le manoir, il devait souvent esquiver la surveillance constante du vieux cuistot bedonnant à qui elle avait confié leur cuisine. Armin s'installa à son tour autour de la table et lui tapota avec compréhension sur la main : « Je suis content que tu aies pu nous rendre visite ! Maman a fait un ragoût de bœuf absolument délicieux. Mais comme d'habitude, elle en a fait beaucoup trop ! Et je crois que si tu n'étais pas venu nous aider à faire descendre notre réserve de restes, je serais devenu allergique au bœuf… » Amalia lui lança un regard noir peu convaincant. Eren se retrouva à sourire malgré lui, un peu moins embarrassé.
Une fois le ragoût chauffé et servi, Armin et Eren remercièrent Amalia et se mirent à manger en silence. Ils attendirent qu'elle quitte la pièce pour se lancer un regard appuyé. Eren se racla la gorge et demanda : « Où sont grand-père et Théa ? » Armin plissa les yeux et répondit : « Papy a décidé de continuer à enseigner les lettres aux gamins du coin. Il ne demande qu'un sou par famille, alors c'est un cours plutôt populaire. Dorothea à décider d'aller l'aider. C'est une façon assez simple d'arrondir les fins de mois. Maman et Papa pensent qu'ils sont subtils, mais je suis presque sûr que la famille va encore s'agrandir sous peu… » Eren haussa les sourcils d'étonnement avant de sourire à pleines dents : « Un nouveau bébé Arlert ! Félicitations ! » Armin lui sourit en retour pendant un instant, avant de retrouver son sérieux et d'agiter la tête : « Merci ! Mais je ne peux pas te laisser tourner en rond trop longtemps, Maman risque de revenir d'une minute à l'autre… Qu'est-ce qui t'emmène réellement ici ? L'hiver approche, il n'y a pas moyen que tu ne sois pas en train de crouler sous le travail… » Eren poussa un long soupire.
Il prit encore quelques bouchées de ragoût, appréciant tout particulièrement le fondant des pommes de terre. Il finit par lâcher : « La guerre est terminée, l'Empire se reconstruit. Les routes de commerces sont de nouveau ouvertes et la Sélection aura lieu cette année à la capitale… » Le visage d'Armin s'assombrit : « Eren ne me dit pas que tu penses à…
- C'est le moment idéal ! J'ai commencé à faire des réserves de nourriture. Je suis sûr que le temps que j'atteigne Sina la Sélection sera bien avancée. Je suis prêt à travailler incognito dans une caravane marchande ou bien…
- Eren, l'hiver arrive ! Tu n'as clairement pas assez d'argent ou de vivres pour survivre sur les routes. Et même si les règles de commerce s'assouplissent, tu ne sais toujours pas comment dissimuler ton statut d'Oméga et les routes sont loin d'être sûres !
- Je sais, mais j'ai vraiment la sensation que c'est maintenant ou jamais ! Je sens qu'elle arrive à bout de sa patience, et je suis prêt à tourner la page… » Ils marquèrent un silence. Armin se frotta nerveusement les sourcils d'une main avant de pousser un grognement empli de frustration : « Un dernier hiver ! S'il te plait, juste un ! Et je réussirais à trouver comment tu pourrais t'en sortir sans mettre ta vie en danger… » Sa voix était suppliante.
Le cœur d'Eren se serra.
Il restait si peu de gens qui tenait à lui comme Armin et toute sa famille le faisaient. Il lui était extrêmement difficile de les abandonner comme ça et de les laisser s'inquiéter pour lui alors qu'il battait la campagne sans véritable chance de survie. Eren s'efforça de sourire sans joie : « D'accord. Encore un an, mais ensuite je passe à l'acte… J'espère juste que ce ne sera pas l'année de trop…
- Tu le promets ? » Ils se fixèrent un moment, Eren déglutit puis acquiesça sans énergie : « Oui, je le promets ! Et puis tu sais que je ne risquerais pas de rater la naissance du nouvel Arlert ! » Armin lui saisit les deux mains et les serra fort : « Je te promets de mettre au point un plan fiable pour l'année prochaine. Je sais à quel point c'est dur. Tu peux venir ici à n'importe quel moment, tu sais qu'on trouvera toujours de la place pour t'accueillir et que Maman fait toujours beaucoup trop de nourriture de toute façon… » Eren s'était extrait de sa poigne pour lui tapoter l'épaule : « Merci Armin, je sais tout ça ! Pas la peine d'être dramatique, je te fais confiance. Et je pense pouvoir encore tenir Dinah à distance pendant un an…
- Tu es sûr que ça va aller ? Ça ne te ressemble pas d'être alarmiste. Si tu dis que l'année à venir ne présage rien de bon, c'est qu'il y a forcément une raison… est-ce qu'il s'est passé quelque chose ? » Eren marqua un silence. Est-ce qu'il s'était réellement passé un événement de choquant ces derniers jours ? Non. C'était plus de l'ordre d'un mauvais pressentiment, quelque chose de viscérale. Ces derniers temps, la quiétude du manoir était inquiétante. L'air calculateur qui s'était glissé dans les regards pernicieux de sa marâtre n'aidait pas non plus à le rassurer.
Eren haussa les épaules et mentit par omission : « Non, rien de spécial. Tu sais comment je peux devenir douillet à l'arrivée de l'hiver. Je suis toujours plus plaintif pendant cette période. » Le regard bleu hyalin d'Armin se fit un peu plus suspicieux, mais il choisit de laisser Eren s'en sortir avec son explication scabreuse. L'Omega savait que son ami allait tenir sa promesse. Avant l'année prochaine, Armin aurait réussi à concocter le plus parfait des plans d'évasion.
Eren espérait juste que d'ici là, Dinah aurait oublié qu'il allait bientôt avoir dix-huit ans…
**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**
Il eut le pas lourd lorsqu'il rentra ce soir-là.
Non seulement parce que son étrange pressentiment ne faisait qu'empirer à mesure qu'il se rapprochait du manoir, mais aussi parce qu'Amalia s'était mise en tête de lui faire prendre trente kilos en moins de vingt-quatre heures. Déjeuner, goûter, en-cas et dîner... Eren avait l'impression d'avoir de la nourriture prête à lui sortir des yeux. Quitter la chaleur et l'affection inconditionnelle du foyer Arlert pour retourner à la froideur malveillante du manoir Jaëger, c'était comme prendre une douche glaciale en plein hiver.
Lorsqu'Eren pénétra enfin dans le jardin du manoir. Il avait la ferme intention d'esquiver le bâtiment principal, même s'il serait obligé d'y mettre les pieds le lendemain pour accomplir ses corvées de la journée. Il essayait encore de ne pas être trop déçu de l'absence d'applaudissements d'Armin concernant son initiative de prendre la poudre d'escampette au plus vite. Il lui était toujours difficile de retourner dans la remise lugubre du jardin, de ce qui était autrefois sa maison d'enfance. Il était réduit à l'état de fantôme ou de nuisible sur ses propres terres, obligé d'observer en retrait les lueurs et l'activité qui agitait le manoir à toute heure.
Alors qu'il s'approchait de son habitat de fortune, il remarqua la présence de M. Ashton, le majordome assigné par Dinah après le départ de Frank. L'homme lui avait toujours laissé une drôle d'impression. Il était quasi inexpressif, silencieux, et son regard vert vous perçait comme s'il cherchait à tout instant à voir à travers votre âme. Sa présence, pour Eren du moins, n'impliquait rien de bon. Il se figea une fraction de seconde avant de prendre une grande inspiration et choisir de faire face au danger : « M. Ashton. Qu'est-ce qui vous amène dans mon humble 'résidence secondaire' à cette heure de la nuit ? » Si l'homme s'était rendu compte du ton moqueur de sa demande. Même s'il était courant des mensonges éhontés que Dinah servait à son entourage en parlant des conditions d'hébergement d'Eren, il n'en montrait rien.
Son regard vide le détailla à peine avant qu'il lui déclare : « Madame vous attendait au dîner, mais elle va devoir se contenter de votre présence pour le thé digestif. Allez donc vous vêtir de quelque chose de plus approprié et veuillez-vous rendre dans le salon dans les plus brefs délais. » Et sans attendre de réponse, il tourna les talons. Surpris, Eren prit un moment avant de se mettre en branle. Il n'avait bien évidemment rien qui puisse correspondre aux attentes vestimentaires de Dinah. Mais au moins, il allait apparaître le plus propre possible. Il était déjà assez nerveux quant aux raisons qui avaient poussé sa marâtre à réclamer sa présence pour en plus risquer de l'antagoniser davantage.
En dépit des efforts que Dinah avait mis en place pour s'approprier le manoir, Eren ne pouvait faire autrement que d'y retrouver des traces de son enfance heureuse.
La marâtre avait refait toute la décoration : remplacer le mobilier et le papier peint, les rideaux, les tapisseries et les peintures étaient toutes différentes que dans ses souvenirs. Mais l'âme du manoir, son architecture chaleureuse, ses couloirs, tout était identique et aussi avenant. Eren ne pouvait s'empêcher de se dire que Dinah aurait beau y mettre toute son âme, elle ne réussirait jamais à vraiment capturer l'âme de la résidence Jaëger. Il pénétra d'un pas décidé dans le salon favori de sa belle-mère. Mais son pas se fit moins confiant lorsqu'il vit que Sieg, contrairement à l'accoutumé, était également présent.
Son cœur lui battait dans la poitrine et il avait une boule en travers la gorge lorsqu'il les salua avec raideur : « Vous m'avez fait appeler Madame ? » Dinah le détailla des pieds à la tête avant de claquer la langue avec désapprobation : « Regarde un peu, Sieg. Je ne sais pas pourquoi l'Empire fait autant de cas des Omégas. Je veux dire, s'ils sont tous comme celui-ci, il n'y a vraiment pas de quoi en faire toute une affaire… Eren, n'es-tu même pas capable à ton âge de mieux présenter tes tenues ? D'y ajouter un soupçon de caractère ou même de simplement raccommoder tes vieilles guenilles ? N'as-tu pas la moindre once de fierté ? » Eren crispa la mâchoire et serra les poings.
Il savait parfaitement coudre. Carla adorait la couture et lui avait passé une bonne partie de son savoir-faire depuis l'enfance. Mais non seulement Eren n'avait pas une seconde à lui pour se mettre à coudre ou confectionner ces derniers temps, mais en plus, il ne possédait aucun matériau premier lui permettant ce genre de luxe. Dinah était très bien placée pour le savoir. Elle tentait donc seulement de l'humilier ou le provoquer, comme à son habitude. Eren repensa à son 'plan' caduc d'évasion, à l'année qu'il avait encore à passer entre les griffes de cette harpie… Il inclina la tête et s'excusa sur un ton monotone : « Désolé Madame. Je prêterais dorénavant plus d'attention à mes tenues. » Dinah agita la tête : « Humph. » Eren se redressa, le sang encore bouillant de sa rage contenue. Il demanda sur le même ton monotone : « Que puis-je faire pour vous ? » Dinah marqua un court silence.
Comme à l'accoutumé, Sieg faisait face à sa mère et assistait à toute la conversation, installé nonchalamment depuis le sofa, comme s'il n'était qu'un spectateur. Il observait Eren à travers les verres réfléchissants de ses lunettes rondes sans que celui-ci ne soit capable de déchiffrer son expression. L'Alpha avait des yeux bleu dérangeants. Eren peinait encore à comprendre d'où l'avis public avait pu tirer sa confusion entre le vert d'eau des yeux de Grisha et le bleu terne que Sieg partageait avec sa génitrice, ni même pourquoi on disait que l'homme ressemblait au défunt Docteur. Mis à part leur intérêt certain pour la médecine et le barbe que le blond s'évertuait étrangement à tailler comme celle de Grisha, rien ne les rapprochait physiquement.
Dinah reprit finalement la parole sur un ton agacé, comme si elle ne supportait d'avoir à lui expliquer la situation : « La guerre est terminée et la couronne souhaite que le pays puisse bientôt fêter un heureux évènement… » Eren fronça les sourcils. Il se savait isolé, mais de là à ce qu'elle croit qu'il ignore tout de la Sélection… Il garda le silence, la laissant continuer son monologue : « Le Prince Couronné va commencer sa Sélection très bientôt. Il a été demandé à toutes les familles nobles de l'Empire ayant un enfant en âge de procréer de présenter un candidat pour le processus. » Eren fronça davantage les sourcils. Oui, il était un Omega, et donc il était effectivement capable d'enfanter par définition.
Mais Dinah l'avait toujours tenu loin de toutes les affaires de la Cour. Elle avait même trouvé un moyen de le priver de son bal d'intronisation aux cercles de la Haute Société. Elle avait tout fait jusqu'ici pour que 'le beau monde' ignore l'existence de l'orphelin des Jaëger, il n'était donc personne. Et l'idée même qu'il puisse avoir la moindre chance d'être choisi pour participer à la Sélection était risible : sa famille ne possédait rien qui puisse intéresser la couronne. Eren ne bénéficiait d'aucun soutien à la Cour, quand bien même son père avait su s'y faire des amis hauts placés. Depuis le temps, ils devaient avoir oublié l'existence du fils biologique de leur défunt camarade…
Dinah poussa un soupire et continua sur sa lancée : « C'est sûrement à cause de ce mythe ridicule sur les Paires Alpha/Oméga, mais ta candidature a été retenu pour faire partie des dix derniers Candidats. Ça en dit long sur l'état de l'Empire… » Eren faillit en perdre la voix : « Qu…quoi ?! » Dinah prit une gorgée de thé et haussa les épaules comme si tout ça était d'une trivialité affligeante : « Je ne comprends pas plus que toi. Mais bon, l'Empire a toujours fait en sorte de 'récompenser' de façon complètement aberrante les parents d'Omega, comme si c'était un fait d'arme d'avoir réussi à enfanter une créature aussi chétive et inutile que toi… Ça doit sûrement être en rapport avec l'Amant de l'Empereur…
- Mère. » L'intervention de Sieg la fit s'interrompre en pleine tirade. Eren cligna des yeux, hébété avant de répéter avec incrédulité : « Moi ? Un Candidat à la Sélection ? Mais comment ils ont su que j'étais un Omega ? Est-ce qu'ils n'en connaissent pas des plus nobles ou… ?» Il se sentait complètement pris de court et désespéré. Dinah gloussa amèrement : « Est-ce que tu plaisantes ? Il y a une limite à l'ignorance, même pour toi ! Uli Reiss, le concubin de l'Empereur, cette petite arriviste de la plèbe Rico Bretzenska, la fille du Marquis Iglehaut Rita et toi êtes les seules anomalies de votre espèce dans tout l'Empire. » Eren écarquilla les yeux. Il allait réellement être expédié au palais impérial ? Donné en pâture à l'opinion publique pour une raison aussi stupide que son statut ?!
''L'Empire a toujours fait en sorte de 'récompenser' de façon complètement aberrante les parents d'Omega, comme si c'était un fait d'arme d'avoir réussi à enfanter une créature aussi chétive et inutile que toi…'' Une récompense ? Quelle récompense ? La tirade de Dinah lui était revenue en tête d'un coup. Est-ce qu'elle venait, sans gêne, d'avouer qu'elle gagnait un revenu de la part de l'Empire juste parce qu'elle avait accepté de le garder ? Mais alors, toutes ces années passées à le culpabiliser et à lui dire sans arrêt qu'il n'était à ses yeux qu'une perte de temps et d'argent… Eren explosa : « Vous avez profité de moi ! Et pendant toutes ces années vous osiez dire que j'étais un gouffre financier ?! Maintenant que j'approche de mes dix-huit ans, vous aviez peur qu'on arrête de vous donner votre petite pension ?! Vous êtes… » Les yeux de Dinah se mirent à le foudroyer. D'un bond, plus agile et rapide qu'on était en droit de s'y attendre d'une femme affublée d'une robe comme la sienne, elle le gifla.
Les yeux révulsés par la rage, elle s'époumona : « Un peu de respect ! » Eren se plaça une main sur la joue, incrédule. Comme il s'y était attendu, la violence physique n'avait pas tardé à arriver. La subir en réalité était une tout autre affaire. Dinah vociféra : « Ton père était un homme bon, travailleur et élégant. Son titre de noblesse lui a été accordé par l'Empereur en personne. Mais toi, toi, petit idiot, tu n'as pas une once de sa dignité ! Ta mère n'était qu'une catin ! Une miséreuse, mendiante et vagabonde, qui a su s'accrocher aux basques d'un noble lors d'un moment de faiblesse. Tu as la même peau sale et dégradante qu'elle. Personne ne m'aurait blâmé si je m'étais déjà débarrassé d'un rat tel que toi ! Mais au nom de Grisha, j'ai tenu bon jusque-là ! Il était évident qu'il finirait par épouser une femme, une vraie après le décès de cette… » Dans un élan plus instinctif que prémédité, Eren se retrouva à gifler Dinah en retour.
Sa main le picotait encore et le visage de la marâtre avait déjà commencé à rougir de façon inquiétante quand Sieg s'interposa, lui saisissant le poignet avec fermeté. Sa voix était glaciale lorsqu'il s'écria : « Il suffit. » Un silence pesant suivit son ordre. Le regard de Dinah s'était fait tout simplement meurtrier : « Tu quittes ce manoir dès ce soir. Je me doute bien qu'il est impossible que le Prince Couronné ne t'accorde plus qu'un vague regard. Mais tu as intérêt à profiter des trois premiers mois de la Sélection pour te trouver un époux. N'importe quel idiot incapable de résister à ton 'charme d'Omega' fera l'affaire. Si jamais une fois viré de la compétition comme un malpropre tu oses espérer remettre les pieds ici, je veillerais personnellement à ce que tu sois vendu au bordel le plus reculé de l'Empire. » A ces mots, elle s'avança vers la sortie. Mais avant de claquer la porte, elle ajouta : « Oh. Et ne pense pas à essayer de porter atteinte à ma réputation en allant raconter n'importe quoi à la capitale. Je suis soutenue par les Reiss. Personne ne croira un Oméga que personne ne connait à la Cour. »
Le cœur d'Eren battait à tout rompre.
Il ne savait même pas s'il était plus estomaqué, enragé ou effrayé. Il allait être catapulté à la Cour, sans soutien, sans plan. Il n'avait déjà plus nulle part où revenir. Fuir la Sélection était une insulte au pouvoir impérial. S'il s'échappait, il allait devenir un fugitif. Il n'avait pas assez d'économie. Monter un commerce allait devenir impossible et il ne savait même pas si la troupe des Eldiens allait réellement se rendre à la capitale à la fin du processus de Sélection de la prochaine Impératrice…
Ce fut lorsqu'il se mit à trembler qu'Eren se rendit compte que Sieg lui tenait toujours aussi fermement le bras. L'Omega, irrité, s'agita pour se défaire de sa poigne en vain. Il finit par grogner : « Lâche-moi ! » Mais L'Alpha se contentait de l'observer avec son regard fixe et son manque complet d'expression. Lorsqu'un éclair de curiosité traversa ses yeux bleus, Eren sentit un frisson lui remonter le long de l'échine. Il déglutit : « Sieg, lâche-moi… » Le blond remonta sa paire de lunette de sa main libre et les reflets sur le verre rendirent son regard invisible. Puis il déclara : « J'ai personnellement toujours trouvé fascinant vos traits physiques… et contrairement à Mère, je sais qu'il existe une raison scientifique et médicale parfaitement plausible à l'attrait entre Alpha et Omega. » Eren sentit de la bile lui remonter dans la gorge. Sieg ne semblait toujours pas prêt de le libérer.
L'Alpha reprit : « Elle peut faire preuve de cruauté, mais tout ce qu'elle dit n'est pas nécessairement sans fondement. Très peu viendront à ton secours s'il lui prend l'envie de te faire disparaitre. Et l'anomalie qu'est ton statut d'Omega offre autant d'avantages que d'inconvénients… Quel était le statut de ta mère ? Est-il possible que tu transmettes le gène à ta descendance ? L'idée me parait assez intrigante pour que je te propose un marché. Je pourrais t'épouser. De cette manière, non seulement tu récupèrerais légalement accès à tous tes biens, mais en plus ma mère ne pourra plus jamais t'atteindre… » Eren sentit le sang lui refluer du visage. Il avait la voix tremblante lorsqu'il répliqua : « Tu plaisantes ?!
- Non.
- Tout le monde croit que mon père était ton père biologique ! » Sieg se contenta d'hausser les sourcils : « Parce que tu prêtes attention aux rumeurs ? Je pensais que tu te moquais pas mal de ce qu'on pouvait bien dire de toi. Sinon pourquoi continuer à t'acharner pendant toutes ces années, à subir les sévices et les humiliations de Mère ? » Eren serra les dents. D'un mouvement brusque, il parvint enfin à se libérer : « Non. Plutôt mourir. » S'il était évident que Dinah avait quelques sérieux problèmes mentaux, Sieg venait quant à lui de mettre en lumière qu'il était complètement cinglé. Eren était encore trop secoué pour prêter attention au sentiment de dégoût qui lui retournait l'estomac. Il tourna les talons, et sans plus perdre une seule seconde, se dirigea vers sa remise sans regarder en arrière.
Ce ne fut que lorsqu'il se retrouva paqueté dans le carrosse familial avec ses maigres possessions, encore ébranlé par les derniers évènements, qu'il prit pleinement la mesure des choses.
Il n'allait plus jamais pouvoir se recueillir sur les tombes de ses parents, et il avait aussi très peu de chances de revoir Armin. La chaleur des Arlert lui semblait déjà être un rêve lointain. Le carrosse commença son voyage sans que personne ne vienne lui dire au revoir. La nuit était noire et l'obscurité couvrait sans peine l'immense tristesse qui lui étreignait le cœur. Eren n'aurait jamais imaginé une fin pareille à son histoire avec le domaine des Jaëger. Il passait d'un enfer à l'autre. Jeté en pâture à la Cour impériale, sans personne pour l'aider. Le seul impératif qu'il avait à suivre : trouver un époux pour éviter d'être vendu dans un bordel.
Bien qu'il n'eût aucune intention de suivre les ordres de Dinah, il ne disposait plus d'un an pour mettre au point un plan viable de fuite… Les trois premiers mois de la Sélection risquait déjà de lui coûter plus que la vie… Il déglutit, ferma les yeux et se laissa retomber sur la banquette confortable du carrosse qu'il empruntait pour la première fois de sa courte vie. Il n'avait plus que son pouvoir sur lequel compter.
Et s'il prenait les choses de manière positive ? Au moins pendant trois mois, il serait nourri, logé et blanchi…
To Be Continued….
Et ainsi débute officiellement l'aventure d'Eren dans l'Empire de Paradise...
Comme vous avez pu le remarquer, j'ai décidé d'exploiter le profond dégoût que m'inspire le couple Sieg/Eren pour ajouter un élément tout simplement creepy à l'histoire.
De rien.
Alors qu'en avez vous pensé? Vous aimez détester Dinah autant que moi? Des prognostiques sur le fait que Sieg soit oui ou non le demi-frère d'Eren? Des idées pour la suite?
J'ai hâte de vous lire!
Plein de Love Easyan
