Bonjour, bonjour!

Pfouah, ça faisait un bail que j'avais pas été en retard comme ça. Désolée? J'ai eu pas mal de trucs à gérer et c'était épuisant ne serait-ce que moralement. En bref, la vie des fois c'est une p'tite salope. Mais booooon, j'suis badass ça va, j'vais lui faire sa fête O/

– On s'en bats les couilles.

Mwoui, j'm'en doute. Mais c'est ma fic, mon bla-bla d'auteur teubé avant le début du chapitre DONC J'FAIS C'QUE J'VEUX ET BIM DANS LES CORNES

– LAISSE DONC MES INFERNALES CORNES EN PAIX, IMMONDE MÉCRÉANTE

*Lucifer part dans une énième tirade mégalomaniaque à propos de son Infernale personne*

Bref, après quelque chose comme trois semaines d'absence, me revoilà! Et avec un beau chapitre tout beau tout chaud rien que pour vos beaux yeux!

Allez, sans rien ajouter, je vous laisse à votre lecture! Profitez bien!

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Merci à vous tous qui m'avez laissé des reviews, moi qui ai passé quelques mois difficiles, je vous jure que ça m'a aidée de fou de lire tous ces petits messages que vous me laissez. Écrire, c'est toute ma vie et je compte bien parvenir à faire publier mes manuscrits persos un jour alors lire vos reviews, voir que cette histoire vous fait marrer, vous touche… ou tout simplement, vous intéresse toujours même après 130 chapitres de randomitude cosmique, ben moi ça m'fait tout chaud au cœur. Merci à vous. Vous êtes les vrais boss du game, putain.

Merci à Tara et oui, y'a des bons gros quiproquos en approche avec toute cette histoire de hache (surtout avec Beni, sa subtilité et son mononeurone)! Pour ce qui est de Shyoga et son frangin… héhé, la réponse au chapitre 138!

Merci à Triuss, t'as pas idée à quel point j'ai un sourire de chat du Cheshire dopé à la coke en lisant tes reviews, ça me fait un plaisir pas possible de voir quelqu'un attaquer cette fic sans fin et se marrer à mes conneries sans queue ni tête (ah et oui, j'respecte aucun perso, j'les martyrise tous PARCE QUE C'EST DRÔLE HÉHÉ) (« t'as un humour de merde ») (je sais, je sais)

Et merci à Rizalone, HAHAHA J'AIME TORTURER MES LECTEURS! Mais voilà la suite et promis, promis, tout finira par s'éclairer (d'ici 200-230 chapitres, si si)

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Discalibur :c'te fic est un sacré foutoir beaucoup trop long pour son propre bien avec mes persos et pis ceux de Bleach, de Tite Kubo, et le tout… ben ça donne 750K de mots pondus sous cocaïne.


137. C'est moi qui porte le soleil dans mes yeux, pas elle.


Seireitei, bien des décennies après la disparition de Kaede Amaikoddoku, capitainerie de la troisième division du Gotei. Kira Izuru, vice-capitaine, de ladite division, face-à-face avec l'être mononeuronal le plus légendaire de ce quadrant de la galaxie, Benikyogai Benitsuki Amai-fucking-doku.

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Non, elle n'est pas bourrée. Non, elle n'est pas sous l'emprise de psychotropes – ou en tout cas, si c'est le cas, c'est des psychotropes que je ne connais pas et pourtant j'pensais franchement être calé sur le sujet. Mais rien à faire, je ne capte que dalle à ce qu'elle raconte. À tous les coups, en plus de toutes les blessures qu'elle affiche, elle a pris un coup sur la tête et elle a une concussion et…

– Non mais clairement j'aurais pu le baiser hein mais en vrai c'pas passque j'pète des Steaks sauvages que j'ai pas de conscience quoi… j'vais pas non plus taper les tous maigres format sandwich anémique en goulag. J'ai un peu de dignité quand même.

Hmmm, hmmm, oui, oui, des steaks sauvages et des sandwichs. Évidemment.

– Passque tu vois… aïe-euh, ça pique ton truc… enfin bon, j'allais pas retraumatiser Miss Toast. Normal quoi.

Oui, oui. Bien sûr.

– Mais sans déconner, tout ça, c'est la faute du hérisson, là.

Un hérisson, par rapport à tout ce qu'elle m'a déjà sorti, franchement, c'est tranquiiiiiille.

– Sans c'bâtard, jamais j'me serai retrouvée prisonnière du bide d'un béton albinos, clairement.

… tiens, qu'est-ce que je disais.

– En même temps… ouille, ouille, ouille !

– Arrête de gigoter ou je t'assure que ça va vraiment faire mal, t'as tout l'arrière des genoux tailladé !

– Mais ça piiiiiique !

– C'est du désinfectant.

– … ah j'le connaissais pas ce gros mot, tiens. Allez, j'te le pique !

– Eh, j'ai beau être une fraise barbare, c'pas pour autant que j'continue pas tous les jours à élargir mon répertoire d'insultes. Chuis cultivée ma gueule.

Oh, Kami-sama. Pour la peine, je ne réponds même pas et ajoute une nouvelle dose d'antiseptique sur les plaies de ses genoux d'où de longs filets de sang continuent de couler, ce qui la fait insulter des daronnes de T-Rex. Je suppose qu'il y a une logique quelque part. Il doit y en avoir une.

– Mais comment tu t'es tailladé tout l'arrière des genoux comme ça ?! C'est dingue quand même…

– J'ai fait Rambo par la fenêtre pour m'évasionner du ventre de béton albinos après avoir fait un smash d'humain tout maigre dans la tronche de quelqu'un qui voulait m'arrêter.

… pourquoi j'ai posé la question, déjà ?

– Et tu y es arrivé comment dans cette ruelle ?

Ptêt qu'au bout d'un moment, j'aurais une réponse qui a du sens. Peut-être. On peut toujours espérer.

– Après le bide de béton albinos ? C'pas ma faute, c'est celle du hérisson pervers.

… ou pas. Un hérisson pervers ? Mais d'où est-ce qu'elle me sort ça, franchement ? Tout ce que ça peut m'évoquer, c'est un p'tit hérisson tout choupinet brandissant un sex toy rose fluo d'un air très déterminé. Magique, comme image.

– Après, j'te cache pas que je soupçonne un sale coup de pute des arbres moines shaolins.

… wow. Elle a une concussion, c'est pas possible autrement.

– J'ai pas encore de preuve directe, sûr… mais franchement, dès qu'il y a une couille, y sont pas loin. Ces putains de bâtards chlorophylles.

Ou alors… commence Wabisuke, l'air quand même lui aussi un peu largué quand même, c'est un putain de génie. Genre tellement génial qu'on capte rien.

Ouiiiii, bien sûr, c'est probablement ça.

… elle est possédée.

… c'est sûr que c'est vachement plus crédible comme théorie, tiens.

Lâchant un peu l'affaire pour le moment – c'est-à-dire qu'elle a pas non plus l'air archi réveillée et archi en forme, soyons honnêtes – je me concentre plutôt sur ses blessures. Je l'ai trouvée dans cette petite ruelle complètement déserte il y a quelque chose comme dix minutes, un quart d'heure, et une fois son inconscience quittée, je l'ai amenée à la capitainerie de la troisième. Oui, oui, la capitainerie de la quatrième et son hôpital n'est pas très loin, genre une dizaine de minutes… mais à vol d'oiseau. Alors que notre capitainerie, c'est quasi à côté et c'est en ligne droite. Alors pour transporter une adolescente rafistolée de partout et tout sauf cohérente, c'est déjà plus simple.

Surtout que bon, ce n'était pas non plus comme si elle était en train de se vider de son sang. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé au juste – et clairement, pour l'instant, il ne vaux mieux pas que je compte sur elle pour me l'expliquer – mais j'ai un peu l'impression qu'elle s'est fait tabasser ou quelque chose dans le genre vu le nombre d'ecchymoses qu'elle se trimballe. Rien non plus d'absolument énorme mais tout de même, elle a l'air d'avoir pris un sacré paquet de coups, ce qui me laisse supposer qu'elle avait soit de très bons adversaires soit de très nombreux adversaires. Eh, c'est que mine de rien, je l'ai déjà vue se battre et elle est tout sauf manchotte.

Tiens, ça me fait penser que je n'ai pas vu l'espèce de hache monstrueuse qu'elle se trimballait lorsque je l'ai rencontrée pour la première fois. Non, elle était juste évanouie par terre, étalée de tout son long et la peau un peu trop pâle pour que le tout soit juste une sieste impromptue. Enfin bref, j'allais pas la laisser là et je l'ai ramenée à la troisième, où nous nous trouvons à présent.

Vu que c'est l'heure de la pause déjeuner, la capitainerie est relativement vide – ce qui m'arrange parce que je sens que ça aurait été un sacré binns à gérer. Je lui ai donné à boire et de quoi manger aussi – j'ai jamais vu quelqu'un avaler une quiche entière en moins de deux minutes avant d'enchaîner aussitôt par à peu près deux kilos de tomates crues – et clairement, elle a repris des couleurs. Bon, ce n'est pas encore complètement ça mais c'est déjà pas mal. Et tandis qu'elle déblatère je ne sais trop quoi dans mon bureau, je tente de rafistoler toutes ces plaies qu'elle se trimballe. Heureusement qu'on a une boîte de premiers secours franchement.

– Aïe, aïe, aïe ! Ouille-euh !

Je retire le morceau de ouate imbibé de désinfectant avec un léger sourire – j'ai l'impression de m'occuper d'un gosse qui se serait éraflé les genoux au parc – puis en remets une couche sur une longue estafilade le long de son mollet. J'ai l'impression que la majorité de ses plaies a déjà été nettoyée par la personne qui lui a mis tous ces bandages mais pour les plus récentes, notamment celles des genoux bien tailladés et de ses avant-bras où toute la peau semble avoir raclé contre un truc tout sauf lisse, elles sont couvertes de la poussière qui traîne dans les rues du Seireitei et de gravats. Sauf que du coup elle se tortille comme un asticot.

– Beniiii…

– Mais ça pique ton truc sataniste, là !

Aucune idée de pourquoi elle considère l'antiseptique comme ayant quelque chose à voir avec Satan himself mais je ne vais pas poser la question hein, ça risque de m'embrouiller plus qu'autre chose.

– Mais t'as quel âge ? On dirait une gosse.

– Roh euh mon âge, chais pas trop-trop… J'sais compter hein, c'pas le soucis. Enfin, presque. C'est lire où j'ai du mal parce qu'en vrai les lettres elles se mélangent et au fond, c'est pas non plus super utile. J'sais taper des gens et Tora, elle sait lire donc bon, autant que j'perfectionne mes salto arrière triple vrille au lieu de me pencher sur la lecture… ça s'bouffe même pas en plus.

… c'était pas trop-trop ça ma question hein.

– Aïe ouille, ça pique !

Elle m'en fait un de ces cinémas, je vous jure. Amusé – et quand même un peu déterminé à finir par comprendre comment elle a fini dans cet état – je tends un doigts vers le large bandage qui lui recouvre le bas des côtes à droite et le haut de l'épaule, le tout en passant tout autour de son torse.

– Je suis sûr que celle-là, là, ça a plus piqué.

– Roh putain ouais mon gars ! Caaarrément plus. Putain de hérisson pervers.

L'air de ne toujours pas avoir tous les neurones alignés, elle abaisse tout de même son regard sur ces bandages et pansements courant le haut de son corps.

– C'est le hérisson pervers de mes couiiiiiiilles là, qui m'a fait ça… lâche t'elle d'une voix un peu froide, presque comme si ça la gênait de reconnaître avoir reçue un blessure nécessitant de tels soins. Il m'a eu par surprise, cet enfoiré.

Elle soupire brièvement.

– J'pensais que j'allais gérer ce combat Princesse, je te jure. Mais il m'a pris de vitesse… et schglark, Beni la fraise-kébab.

– Schglark ?

– Schglark, me confirme t-elle en hochant de la tête le plus sérieusement du monde.

– Dis-moi Beni… c'est quoi, comme blessure ? Je veux dire, quelle arme t'a fait ça? je précise avant qu'elle ne me sorte encore un truc complètement random.

– Celle-là? fait-elle en pointant son doigt vers son torse. Un sabre, katana lambda mais sacrément effilé, le genre d'arme qui traîne pas trop dans nos districts pourraves d'habitude… Et c'est le même qui m'a fait celle-ci.

Et cette fois, elle pointe son biceps.

– Eeeet aussi celle-là passque pas deux sans trois, hein. précise t-elle en pointant une autre blessure, sa main gauche.

Donc un sabre lui est bien passé en travers du corps. Trois fois. La vache.

– Okay, okay… et celle-là? je demande, désignant l'épais bandage qui entoure sa cuisse. Le même katana ?

– Nope, faut bien changer les plaisirs, hein. fait-elle avec un sourire grinçant. Celle-là, c'était euh… presque un sabre.

Presque ? Je fronce les sourcils.

– Tiens, tu vois le sabre sur ton bureau ?

Intrigué, je hoche de la tête. Oui, j'ai un sabre sur mon bureau, et non, il ne s'agit pas de mon sabre. Pas vraiment. Enfin… c'est compliqué. Pour faire simple, c'est un azauchi qu'on m'a livré il y a peu.

– Bon, ben tout pareil mais avec une lame plus longue… et sans garde. Juste une pointe effilée de chaque côté, comme ça, explique t-elle en dessinant rapidement la forme de l'arme en question dans les airs.

Attendez une minute…

– Crois moi, ça pissait le sang. Pis le pire, c'est qu'il y en avait plein, de ces drôles de sabres qui piquent des deux côtés. Et y tombaient du ciel. En vrai, c'était balaise, genre fléau divin pourri du slip qui vient faire un tour sur terre et tenter de tous nous kébabiser… mais ça picote sévère à l'impact, ah !

… oh, merde. Oooooooooooooooooooh, merde. Ça me rappelle quelque chose de bien trop précis, ce qu'elle me raconte. Sauf que c'est impossible. Je brûle d'envie de la presser de questions mais clairement, je ne capterais que dalle à ce qu'elle raconte dans l'état où elle se trouve et en plus, là elle a franchement l'air à deux doigts de s'endormir sur place. Elle a les paupières qui tombent et l'air tellement K.O. qu'elle a un œil qui dit merde à l'autre.

– Bon, tu sais quoi, je fais, tu vas aller te reposer un bon coup et on en parlera après, okay ?

– Yayyyyy, le noble et saint art de la sieste…

– Exactement !

J'ai fini de rafistoler et désinfecter ce que je pouvais à coup de kido et d'antiseptique-qui-pique et surtout, j'ai ôté le sceau qui bridait son reiatsu, ça va l'aider à se remettre bieeeen plus vite. Je n'ai aucune idée de ce qui lui est arrivé ou de pourquoi quelqu'un a décidé de restreindre son énergie spirituelle mais clairement, il y a anguille sous roche et il va falloir qu'elle m'explique tout ça sans me causer de béton albinos, de hérissons pervers ou d'arbres moines shaolins – et j'ai comme qui dirait l'impression que ça risque de pas être simple, tout ça.

Mais d'abord, elle a besoin de repos urgent alors je l'aide à se relever et la guide patiemment juste à côté de mon bureau tout en la soutenant vu que ses jambes ont l'air à deux doigts de la lâcher. D'ailleurs, elle est tellement fatiguée que je ne comprends plus grand-chose aux grommellements qu'elle marmonne à moitié dans sa barbe, probablement d'énièmes insultes sorties d'on-ne-sait-où à l'intention de l'univers.

Juste sur la gauche de mon bureau où je viens de la soigner de mon mieux, il a une annexe qui devait avoir une utilité bien précise à une époque mais dont on se sert plutôt comme d'un fourre tout depuis pas mal d'années et de chambre de repos inopiné, ce qui peux toujours être utile. Donc oui, il y a un lit – perdu au milieu d'un fatras sans nom, de trois cafetières, d'un stock de PQ et de biscuits au caramel au beurre sale, d'une des guitares du capitaine Ôtoribashi, de boîtes de thé vert, d'un parasol orange pétant et encore un paquet d'autres trucs improbables - et elle va pouvoir y dormir tranquillement autant de temps que nécessaire. D'ailleurs, c'est avec un soupir de contentement et un sourire béat qu'elle s'y laisse tomber avant de me lâcher un pâteux :

– Par contre Princesse… j'te préviens… ben j'ronfle comme un grizzly asthmatique alors si mes ronflements badass d'ours qui pète des gueules y font trembler les murs… bah voilà quoi. Z'êtes prévenuuuus…

Et ses paupières se ferment enfin pour de bon, me laissant supposer que d'ici quelques secondes, elle va effectivement ronfler. Puis j'éteins la lumière et sort de la pièce, la laissant dormir tranquillement.

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Quelques heures plus tard, capitainerie de la troisième division, Izuru Kira.

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J'ai beau essayer de me concentrer sur autre chose, rien à faire, mon esprit revient sans cesse à ce que Benikyogai a pu me dire et j'ai beau tourner et retourner ce qu'elle m'a dit en tous sens, je n'arrive pas à y voir clair. Parce qu'elle avait beau me sortir des trucs quasiment sans queue ni tête, le coup de cette lame de sabre effilée des deux côtés… ça veux forcément dire quelque chose.

Les coïncidences, ça va bien un moment. Et ça ne sent pas un de ses délires chelous et assez absurdes – à un moment, elle s'est lancé sur une tirade à propos d'une carpette cauchemardesque voulant tirer les moustaches d'une crevette rayée, là j'ai lâché l'affaire, c'était trop pour mon cerveau.

Ou alors elle est juste… ben super débile? propose ma conscience d'une voix qui se voudrait un peu innocente – ce qu'elle n'est pas tant que ça vu à quel point elle aime être une langue de vipère parfois.

non mais j'vais te maraver la face, connasse. rétorque Wabisuke en faisant une rime probablement involontaire, ayant apparemment décidé que cette ado toujours en train de piquer un somme dans l'annexe de mon bureau – et pour l'instant, toujours pas de murs qui tremblent – est un genre d'être parfait ou presque.

Oh eh, on se prends pas le chou là-haut ! Les deux andouilles que j'héberge dans mon monde intérieur cessent un instant de s'échanger amabilités peu aimables et autres noms d'oiseaux.

Là-haut? fait Wabisuke en faisant cligner ses grands yeux jaunes d'un air un peu largué, pas sûr de capter à quoi je fais référence

Tss, idiot, « là-haut » au sens « au paradis » parce que je suis un ange et tout ça.

… oooooh putaaaaain. Les psychotropes, c'est pas Beni qui se les ai enfilés, c'est ma conscience.

« Psychotrope, adjectif et nom masculin, se dit d'une substance chimique qui…

TA GUEEEEEEEEEULE !

Non mais tous les deux vous la fermez en fait.

Mais elle fait rien que me péter les couilles ! Et m'emmerder, là! couine Wabisuke.

Mais c'est une blague, je vous jure que ma vie est une blague. Vice-capitaine et je me coltine un zanpakuto qui couine.

Aha ! Tu vois que c'est moi sa préférée !

Et une conscience très miss-première-de-la-classe.

Et dans tes dents, pétasse !

OH ! ÇA SUFFIT !

Surpris par mon brusque haussement de voix, ils ferment brusquement leur clapet tous les deux. Wow, un peu de silence, ça fait du bieeeen…

Non mais c'est de sa faute, c'est elle qui…

Wabisuke !

Ah, tu…

Toi aussi ! Les deux là, sans blague, vous la mettez en sourdine.

Mais… fait Wabisuke de sa voix aiguë, l'air peiné.

Écoutez… je vous aime très fort, tous les deux. Tous les deux, je répète aussitôt en insistant bien avant qu'ils ne repartent en énièmes revendications à deux balles. Non, il n'y en a pas un de vous que je préfère et franchement, j'apprécierai que vous cessiez de vous prendre le chou dans mon monde intérieur. À un moment, je vais finir par virer chèvre.

Pfff, n'importe quoi, lâche ma conscience d'une voix un peu boudeuse, t'es trop parfait pour devenir une chèvre. Trop distingué pour ressembler à un vulgaire herbivore à cornes.

… Mmm, on va dire que c'est un compliment, hein.

É-vi-de-mment! pépie t-elle de sa voix aiguë, l'air très satisfaite d'elle-même. Je t'aime vraiment moi, pas comme…

EYH ! J'VAIS T'FUMER PÉTASSE !

C'EST MOI QUI VAIS VOUS FUMER SI VOUS CONTINUEZ COMME ÇA !

Gros silence dans mon monde intérieur.

Ahlàlà, j'aime pas m'énerver mais là franchement… ouais, j'en ai un peu ras-le-bol. Bon okay, beaucoup ras-le-bol. Sérieusement, ce n'est pas comme si j'avais légèrement plus préoccupant sur les bras, je ne sais pas moi, à tout hasard une gamine trouvée dans un ruelle il y a quelques heures à peine, qui me cause du shikai d'un ancien traître normalement mort. Mon zanpakuto et ma conscience ont un sens du timing relativement naze… enfin, si on peut parler de timing.

Parce que concrètement, ils se cherchent des noises à peu près H24. J'ai d'ailleurs la vague impression qu'ils continuent même quand je suis endormi. Enfin bon, j'ai beau avoir l'habitude, là j'en ai ma claque. Marre que mon crâne serve de foire d'empoigne pour deux êtres spirituels dont les disputes frôlent le niveau de la moyenne section de maternelle.

Surpris par ce nouveau coup de gueule, cette fois ils se taisent tous les deux et j'ai l'impression qu'ils partagent un peu le même air penaud. Tant mieux, qu'ils se rendent un peu compte à quel point ils peuvent me pourrir la vie de temps en temps. Kami-sama que je les adore tous les deux mais punaise qu'est-ce qu'ils peuvent être chiants parfois. Non Wabisuke, ne chiale pas.

Maaaais…

Je soupire mentalement. Je t'aime et tu le sais, d'accord ? Alors sèche-moi ces larmes pas badass et reprends toi mon vieux.

Mais c'est à cause d'elle, là! fait-il d'une voix un peu brisée.

Pour une fois, ma conscience ne réponds rien. En fait… ce n'est pas vraiment ma conscience.

Disons que c'est juste comme ça que je l'appelle parce que bon, fallait bien que je trouve quelque chose. Et comme elle a un côté très jeune fille sage, on va dire que l'appeler ma conscience collait bien. Mais elle n'est pas… juste une voix dans ma tête, un signe de schizophrénie latente, une hallucination ou je ne sais quoi encore. Elle existe.

Je peux la sentir dans mon monde intérieur, contre mon âme, presque autant que je peux sentir Wabisuke. Et plus le temps passe, plus sa présence se fait ressentir, se fait concrète. C'est pour ça qu'elle et Wabisuke se prennent le chou à peu près H24. Et encore, ça s'est calmé, à une époque il se mettait à hurler dès qu'elle faisait mine de vouloir prendre la parole – et croyez-moi, il a une voix très aiguë, on dirait le cri d'un oiseau de proie… mais mille fois plus strident, un truc infernal – quand il n'essayait pas carrément de la buter. Comme quoi, même si parfois j'ai envie d'en chopper un pour taper sur l'autre, y'a des progrès.

En fait, elle a toujours été là, en moi, latente, au même titre que l'était Wabisuke avant que je n'entre à Shin'Ô et reçoive mon azauchi. Seulement voilà, c'est Wabisuke qui s'est développé, pas elle. Il a pris corps, s'est affirmé dans mon monde intérieur qui a pu naître et est devenu mon zanpakuto. Quant à elle, c'est plus compliqué que ça. Déjà, il m'a fallu des années par me compte qu'elle existait.

En fait, ça n'a commencé à se faire sentir qu'à l'époque où je suis devenu vice-capitaine, voir un peu avant. Ça correspond à un moment où j'ai pas mal pris en puissance – d'où ma nomination – et ce n'est que là que je me suis rendu compte qu'il y avait quelque chose en plus dans mon monde intérieur. Ça n'a pas été simple de m'en rendre compte puisque, tout comme Wabisuke, elle a toujours été là. Seulement là, elle s'est à son tour mise à prendre en consistance et à peu à peu prendre vie et forme à côté de mon sabre. Et au bout d'un moment, oui, j'ai fini par capter que cette présence un peu floue que je ressentais dans mon monde intérieur, à côté de Wabisuke il s'agissait bien de quelqu'un.

Ouais, ouais, je sais… chelou. Tellement chelou que la première fois où j'ai entendu sa voix j'ai eu un petit moment de panique. Je me rappelle que ça avait d'ailleurs fait beaucoup rire le capitaine Ichimaru parce qu'apparemment j'avais tiré une tronche assez improbable. D'un autre côté, faut bien reconnaître qu'entendre une deuxième voix dans sa tête, ça fout un sacré choc. Déjà que la première fois où j'ai entendu Wabisuke, alors que j'étais à Shin'Ô, que je savais que ça allait arriver, et que les profs ne cessaient de nous en parler, de nous prévenir que ça allait arriver, ça m'a fait un choc bien balaise. Alors je vous laisse imaginer le truc lorsqu'une deuxième voix débarque de nulle part, des décennies après la manifestation de votre zanpakuto, sans que personne ne vous ai jamais dit que c'était même possible.

J'ai cru que je devenais dingue. Ou que c'était un signe de surmenage, quelque chose comme ça faut – faut reconnaître que le capitaine Ichimaru était un champion pour me déléguer un paquet de trucs à faire et que moi j'étais un sacré champion dans mon genre à me coller des charges monumentales de travail sur le dos. Ça aurait pu être le surmenage hein… hmm, ou non, probablement pas. J'avais beau être K.O., j'allais pas non plus me mettre à entendre des voix pour autant.

Mais je suppose que sur le coup, c'était plus rassurant, à sa façon, de me dire qu'il s'agissait de surmenage plutôt que d'un début de schizophrénie ou je ne sais quoi d'autre de pas forcément plus rassurant. En fait, sur le coup, j'ai plutôt enfoui le truc sous une énième montagne de travail – non, c'était pas du tout un réflexe sain, oui j'arrive de plus en plus à me débarrasser de cette mauvaise habitude qui ne me voulait que du mal, merci bien – et j'ai tout fait pour minimiser le truc et ne plus y penser.

Et pourtant, elle était là. Elle était bel et bien là, en moi. J'ai tout fait pour l'ignorer mais lentement, avec les années, eh bien… eh bien, sa présence s'est faite familière, presque naturellement. Je crois que je me suis habitué à elle, tout simplement. Faut dire que ça a été progressif – et au tout début, Wabisuke ne hurlait pas dès qu'il l'entendait donc bon, ça aidait à faire ça tranquillement hein – un murmure par là, un soupir par-ci, de temps en temps une phrase… Et puis elle a fini par faire part de mon quotidien, tout simplement, au même titre que Wabisuke.

Non. gronde t-il aussitôt, faisant tomber sa voix sur des registres graves qu'on n'attendrait absolument pas d'un être avec une voix aussi aiguë que la sienne.

Se prendre la tête avec elle, rétorquer dès qu'il peut, l'envoyer bouler à la moindre occasion et répondre à chaque pique par une autre, c'est presque devenu son quotidien. Mais si moi je me suis habitué à elle, ce drôle de deuxième esprit en moi que j'appelle ma conscience, lui, il en a peur. Oh, ce n'est pas d'elle qu'il a peur – elle n'a même pas de corps pour l'instant, juste… une présence et une vague zone de brouillard lorsque je me rends dans mon monde intérieur donc niveau menace physique franchement, on repassera. Non, il a peur de ce qu'elle pourrait être, de ce qu'elle représente. Il a peur qu'elle prenne sa place.

Ça n'arrivera jamais.

Wabisuke… tu sais très bien que c'est le cas. Tu es mon zanpakuto et tu le seras toujours. Elle, pour l'instant, ne dit rien. Eh oui, il y a des moments où elle n'ouvre pas la bouche dès que Wabisuke ouvre la sienne et où elle ne dit plus rien, comme si elle voulait un peu qu'on oublie sa présence. Ce genre de moment-là en fait partie, lorsque les yeux jaunes de Wabisuke virent presque au blanc sous le coup de ce qu'il ressent.

Mon zanpakuto est d'ordinaire quelqu'un de plutôt simple, bon vivant, franc déconneur et toujours dernier à se faire du soucis. Son nom, c'est Wabisuke, aide à l'abandon, et lui il le voit comme un abandon des prises de tête. Il est là, dans l'instant présent, et rejette à peu près tout ce qui pourrait le contrôler. Non, non, ce n'est pas un gros bourrin fêtard avec la subtilité d'un mammouth qui charge – un peu, mais pas que.

Il peut paraître simple de prime abord mais Wabisuke est bien, bien, bien plus complexe et profond que ça. Il y a une certaine simplicité, une candeur presque, dans la manière dont il fonctionne. C'est-à-dire qu'il abandonne tout, donc tout contrôle. Résultat, il n'a aucun filtre, ou presque – toutes ses émotions en sont bien plus pures, bien plus simples. Elles viennent tout droit de son cœur et émanent de lui sans que rien ne vienne les filtrer, les altérer… les contrôler, en quelque sorte. Il vit, le plus simplement et purement qui soit. C'est ça, son abandon.

En fait, si je devais le résumer à son essence, je dirai qu'il est libre. Il n'y a qu'à le voir se languir tranquillement dans mon monde intérieur, perché sur l'une des deux falaises qui le composent. Rien ne semble pouvoir l'atteindre, lui qui balade sa silhouette dégingandée avec la plus innocente des nonchalances, laissant le vent marin siffler doucement dans les longues plumes blanches à bout noir qui ornent les côtés de son crâne tatoué.

En fait, c'est quand je plonge mon regard gris dans le sien, d'un perçant jaune pâle que je peux pleinement percevoir tout ça. Lorsque je suis dans mon monde intérieur, ses grands yeux soulignés de noir, ce même noir qui parcourt son corps osseux à la peau laiteuse, m'évoquent toujours ceux d'un oiseau de proie. Après tout, entre sa langue noire et pointue, ses mains qui ressemblent à des serres, son rire qui évoque le cri d'un rapace et sa voix aiguë dans son ensemble ou encore la queue en plumes d'oiseaux qui s'étire dans son dos du bas de ses hanches jusqu'à la moitié de ses mollets, il faut dire qu'il tient pas mal de l'oiseau.

Il n'a pas d'ailes, c'est tout juste quelques plumes, une queue et ce drôle de drap noir et ample autour de son corps fin qui claque au vent lorsque celui-ci se lève. Mais quand il vient jusqu'à moi, je peux vraiment voir ce chaos primordial qui l'habite, cette liberté absolue qui ne subit aucune entrave et existe tout simplement sans limite dans ses prunelles d'un étrange jaune pastel.

La plupart du temps, quand je me rends dans mon monde intérieur, il garde plutôt ses distances, restant à deux-trois mètres de moi, voire plus. C'est comme ça, c'est tout. Enfin, pour la majorité du temps. Parce que sinon, c'est dans mes bras qu'il se trouve : que je sois fatigué ou pas, de bonne humeur ou pas, c'est le dernier de ses soucis, il avance vers moi d'un pas calme, tapote mes bras du bout de ses doigts qui évoquent des serres puis ouvre les siens en mode « allez porte moi maintenant, de toutes façons t'as pas le choix, j'en ai décidé ainsi alors abouuuuuule ».

Franchement, ça pourrait être cocasse – voire juste galère en fait – de me retrouver à prendre un type qui a une tête de moins que moi dans mes bras, passer un bras sous ses cuisses et le porter ainsi d'un bras, un peu comme on porterait un gosse. Mais bon, faut reconnaître qu'il est particulièrement léger… anormalement léger s'il avait été humain, ça c'est sûr vu qu'il ne dépasse clairement pas les vingt kilos. Un poids plume, littéralement. En fait, même s'il pesait plus de cent quatre vingt kilos, je pourrais tout de même continuer à le porter ainsi des heures durant dans mon monde intérieur. Probablement parce que c'est mon monde intérieur et que Wabisuke est mon zanpakuto hein, pas parce que je suis une montagne de muscles.

Mais j'ai beau soupirer pour la forme à chaque fois ou presque, au fond, j'apprécie tout particulièrement ces moments avec lui lorsqu'il vient presque se percher sur mon bras, battant doucement des pieds dans le vide comme un enfant. Généralement, lorsque c'est comme ça, on ne se dit pas grand-chose. C'est ça l'avantage d'avoir un esprit qui vit en vous, pas besoin de mots de toutes façons, y'a des moments, les mots ne suffisent pas. On ne se dit rien et on regarde tranquillement la falaise jumelle à celle sur laquelle nous nous trouvons perchés ou la mer en contrebas, avec ses eaux aux milles et un bleu qui viennent s'écraser avec fracas dans d'immenses gerbes d'eau et d'écume contre les roches pâles.

Et puis, après un moment, systématiquement ou presque, Wabisuke tourne sa tête ronde et chauve vers moi et plonge ses grands yeux jaunes dans les miens. Il ne dit rien et se contente de me regarder, sachant pertinemment qu'il n'a rien besoin de dire. Ses yeux sont jaunes, d'un jaune pâle tirant un peu vers un doux pastel qui rappelle presque le blond cendré de mes cheveux, et c'est tout ce qu'on voit la plupart du temps.

Mais lorsqu'il vous laisse vous plonger dans son regard, ah… là c'est autre chose. D'abord, ce sont des stries jaunes, d'un jaune aussi éclatant que les boutons d'or au printemps sous un soleil chaud, qui apparaissent et se mettent à s'étirer en étoile, du centre de l'iris vers sa couronne. Puis c'est celle-ci qui se met à se parer de reflets dorés, comme s'il y avait effectivement de l'or liquide dans les prunelles de mon zanpakuto. Puis différents jaunes éclatent, se mêlent les uns aux autres et se mettent à danser dans ces iris qui semblent contenir le monde entier en leur sein et c'est un spectacle incroyable, comme si deux soleils primordiaux se mettaient à prendre vie juste sous mes yeux.

Voilà, Izuru. siffle Wabisuke de sa voix aiguë et pourtant rendue grondante par cette peur sans filtre qu'il ressent. Rappelle toi bien de ça. C'est moi qui porte le soleil dans mes yeux, pas elle.

Je sais qu'il fait exprès de me rappeler tout ça, ses yeux jaunes et la sensation de plénitude qui me prends à chaque fois qu'il demande à ce que je le prenne dans mes bras. En fait, il a peur de perdre sa place. Il a peur qu'elle ne le remplace, qu'elle devienne mon zanpakuto et que lui disparaisse. Et quelque part, il a peur qu'elle soit apparue en moi parce qu'il ne me suffisait pas, parce qu'il n'était pas assez, ce qui est complètement faux…

Izuru. me coupe t-il calmement malgré toutes ces sensations qui le traversent et que je peux ressentir. Tu n'en sais rien. Personne n'en sait rien putain.

… mentalement, je me pince les lèvres. Il n'a pas tort. On ne sait pas pourquoi celle que j'appelle ma conscience est apparue au juste. Tout ce qu'on a, ce sont des pistes et des hypothèses. Oui parce que bon, au bout d'un moment, j'en ai quand même parlé à quelqu'un, à savoir le capitaine Ichimaru, qui d'ailleurs trouvait ça « aaaaaaabsolument fascinant ! ». Bon sauf que comme moi, il n'avait aucune idée d'à quoi ça pouvait rimer tout ce binns dans ma tête donc je n'étais pas plus avant que ça mais il a pris le temps d'en parler avec moi, d'essayer de comprendre ce qui se passait.

Au final, il s'est renseigné un peu de son côté et il avait bien quelques pistes mais il a fallu que j'aille à la quatrième et les capitaines Unohana et Kurotsuchi – uhhhh, j'en ai encore des frissons dans le dos de ce taré et ses seringues étranges – ont dû se pencher sur mon cas avant qu'on puisse avoir des débuts de réponses concrètes et pas juste de vagues suppositions. En tout cas, ça les a fait pas mal discuter et débattre entre eux avec ma tronche dans le rôle de hamster de laboratoire. Ça avait l'air de clairement les fasciner… Après tout, ce n'est pas tous les jours qu'un deuxième zanpakuto naît chez un shinigami. Parce que ouais, c'est bien ce qu'elle est… un zanpakuto.

C'te connasse coincée du cul. grommelle Wabisuke tandis qu'elle n'ose toujours rien répondre.

Wabisuke… je gronde tandis qu'il hausse des épaules d'un air mécontent.

Oui, il a peur de ce qu'elle représente, peur qu'elle le remplace. Mais elle ne le remplacera jamais. Au fond de moi, je sens la pointe de peur qui tord les entrailles de Wabisuke. C'est compliqué parce qu'apparemment, mon cas précis est inédit dans l'histoire du Seireitei – pour ce qu'on en sait, en tout cas. Donc pour être tout à fait honnête… ouais, on patauge un peu en terrain inconnu. Il semblerait que ce soit un cas de zanpakuto double. Mais pour l'instant, il n'y a jamais eu que deux shinigamis possédant un zanpakuto double, Shunsui Kyoraku et Jushirô Ukitake. Alors bon moi hein, j'fais carrément pâle figure à côté d'eux, on n'est pas duuuuu tout dans la même ligue.

Non c'est pas vrai… fait soudainement la voix de ma conscience.

C'est que je ne m'attendais pas à l'entendre, soyons honnêtes. Me préparant à devoir à nouveau les calmer, j'attends une réaction de Wabisuke mais celui-ci me surprend en ne la rembarrant pas immédiatement. Au contraire, il reste silencieux quelques secondes.

Écoute, mam'zelle plus que parfaite…

Aaaah, j'me disais aussi. C'était trop beau pour durer, hein.

J'ai ptêt envie de te foutre des baffes, j'dois reconnaître que pour le coup t'as pas tort.

… ah bah celle-là, j'l'ai pas vue venir. Comme quoi, la vie peut toujours réserver des surprises, tout ça, tout ça. N'empêche qu'ils sont mignons tous les deux mais on parle quand même de Shunsui Kyoraku et Jushirô Ukitake. Juste deux légendes vivantes du Gotei. Alors bon, insinuer que…

Nan, nan, que dalle. On dit pas que t'es comme eux, une légende ou je ne sais quoi. Tes deux gugusses là, ils ont bien commencé quelque part, nan ?

Oui, évidemment, mais…

Mais quoi ? J'dis pas que l'autre nunuche écervelée est bien un putain de zanpakuto double genre merci, j'ai pas besoin d'une doublure à deux balles… mais je dis que t'as aucune raison de partir du principe que ça ne peut pas être le cas juste parce que tu te rabaisses.

Je ne me rabaisse pas, je…

Alors pourquoi refuser la possibilité que ton cas soit similaire à celui de ces deux individus aux mœurs suspicieuses ?

Aux mœurs suspicieuses?!

Celui avec les cheveux noirs ne fait rien que boire ! Et l'autre eh bah il dort tout le temps !

… Kami-sama, tu m'as fait peur, j'ai cru que j'allais avoir le droit à une énième remarque plus ou moins homophobe.

… homophobe ?

« Homophobie, nom féminin, forme de discrimination basée sur l'orientation sexuelle, rejet de l'homosexualité, hostilité systématique à l'égard de…

Mais ils sont pas gays…

Wabisuke. Wabisuke, ils sont mariés.

Sérieux ?!

Ah bah oui, j'veux dire merde, tout le monde est au courant quand même…

Roohhh, putain mais la bromance ultime quoi… Deux bros unis dans le mariage, bordel c'est beau.

à ce stade-là, j'vois même pas pourquoi je continue à essayer de lui expliquer que si, si, je préfère les hommes et non, non, pas juste comme des potes. Enfin bref, on s'éloigne du sujet, là.

Grave. Laissons les faire leurs trucs de bros entre bros, ça nous regarde pas.

… on va dire ça comme ça, hein. Mais oui, la piste la plus plausible que les capitaines Unohana et Kurotsuchi ont pu m'amener, c'est bien ça : potentiellement, je serai le porteur d'un zanpakuto double. Truc de fou, quand même.

Le souci, c'est qu'il y a toujours zéro certitude à ce sujet en fait. Le capitaine Kyoraku a toujours sur qu'il avait deux esprits en lui, c'est ce qu'il m'a dit. Comme une sorte d'intuition qui aurait toujours été là. Alors que moi… ben que dalle hein. Et puis pour son cas, les deux se sont manifestés en même temps, pas à des décennies d'écart comme c'est mon cas. D'ailleurs, c'est pour ça qu'il porte deux sabres, une paire daisho, autrement dit, un katana et un wakizashi : dès que les profs ont commence à leur parler d'azauchi, il a tout de suite précisé qu'il lui en faudrait deux, un pour chaque esprit.

Ben écoute, autant j'suis prêt à faire des putains d'efforts pour cohabiter avec l'autre grogna-… avec elle, là, autant…

Pour ce qui est de cohabiter avec elle Wabisuke, tu n'as pas franchement le choix. Et crois moi t'as intérêt à faire des efforts parce que si vous continuez vos guéguerres de gosses de cinq ans, j'vais finir en cellule capitonnée.

Gni-gni, grogne t-il en balayant ce que je viens de dire d'un geste impatient de la main. Ce que je voulais dire, c'était qu'il y a carrément intérêt à ce qu'on lui file un bout de métal à squatter parce que moi c'est hors de question que je me coltine sa tronche de chieuse là aussi.

Je soupire vaguement. Wabisuke, on n'en sait rien. Peut-être que mon cas se rapprochera du cas du capitaine Kyoraku ou peut-être pas du tout. Peut-être que ça se passera comme pour le capitaine Ukitake, qui lui n'a qu'un seul sabre.

C'est moooooort… lâche t-il en faisant mine de se faire vomir – la classe, toujours.

Visiblement, l'idée ne lui plaît pas. Quant à elle… Elle ne dit rien et reste silencieuse. J'ai la sensation que tout cela l'inquiète encore plus que Wabisuke – après tout, c'est elle la première concernée quand même… pour l'instant, elle n'a même pas de corps – mais j'ai du mal à savoir ce qu'elle ressent au juste.

Oui, oui, je perçois sa présence… mais à peine, un peu comme quelque chose en arrière-fond, bien présent mais plutôt diffus. Alors pour arriver à ressentir ce qu'elle ressent au même titre que ce dont je suis capable pour Wabisuke, autant vous dire que c'est carrément une autre paire de manches. Je ne sais pas vraiment ce qu'elle pense de l'idée de se retrouver dans un azauchi rien qu'à elle… ou à partager celui que j'ai avec Wabisuke.

D'ailleurs, c'est pour ça, l'azauchi posé sur mon bureau. Ils me l'ont livré il y a quelques jours –… voire quelques semaines en fait, j'ai été pas mal occupé par le taf ces derniers temps, chut – et en théorie, je dois… hum, essayer de voir si ça pourrait être un réceptacle pour elle. Mais on ne sait même pas si ça donnera quoi que ce soit.

Elle a même pas encore de corps, la pimbêche. grommelle Wabisuke dans son coin, l'air plus boudeur qu'en colère désormais.

Je pince quelque peu mes lèvres et mes longs doigts fins tapotent rapidement sur le tissu noir de mon hakama. Je sais, je sais, je devrais lui parler davantage, à cet esprit en moi. La questionner, l'accompagner peut-être, apprendre à la connaître. Mais elle a beau être en moi, tout ça, ce n'est pas si naturel que ça… Il faudrait que j'essaye d'avantage et oui, oui, au fond de moi, je sais que je fais un peu tout pour ne pas y penser, ne pas m'y pencher, ne pas y réfléchir. C'est juste que… Wabisuke, j'ai l'habitude. Il est là depuis si longtemps ! Et aujourd'hui, aujourd'hui il faudrait que j'ai une relation semblable avec ce nouvel esprit ? Oh, elle ne fait pas figure d'intruse dans mon monde intérieur, non, non, non, je l'y sens à sa place et il y a quelque chose de parfaitement naturel dans sa présence… ça n'empêche que ça n'a rien d'évident, tout ça. Rien d'évident du tout.

Subrepticement, je la sens qui se recroqueville un peu plus en moi, comme si elle voulait se faire encore plus discrète, et une pointe de culpabilité me prend. Tout ce que je ressens, tout ce que cette situation me pose comme inquiétudes et soucis, elle en est parfaitement consciente. Eh, c'est qu'elle est directement branchée sur mon âme. J'ai pas moyen de lui cacher tout ça.

– Je suis désolé… je lâche tout de même à voix haute en un bref murmure discret, seul dans ce couloir.

Ah mais non, ne t'excuse pas ! Tout va bien, je vais bien, tout le monde va bien! fait-elle aussitôt.

Mais moi j'entends bien qu'elle se force à mettre un sourire dans sa voix. Je passe une main dans ma nuque, un peu gêné. J'avoue que je ne sais pas trop quoi faire.

Ben déjà, arrête de gamberger.

Wabisukeeeee…

Ben quoi, j'ai tort ? Cet azauchi dans ton bureau, tu l'as même pas encore touché.

Non mais j'attends le capitaine Otoribashi, il a dit qu'il me filerait un coup de main…

Un coup de main pour quoi, tu sais plus tenir ton sabre tout seul ?

– Si, bien sûr qu'il sait ! Mon Izuru, c'est le meilleur !

Évidemment que c'est le meilleur ! Mais c'est mon Izuru.

Oui, oui, bon, je pourrais aller le prendre en main mais… euh…

C'est quoi l'excuse que tu vas me sortir, hein ?

Ben j'aurais voulu en parler avec le capitaine Ukitake… vu que lui, il a bien un seul sabre avant libération. Donc peut-être que son cas de figure est plus proche du mien et…

Ukitake ? Euh, c'est lequel déjà ?

Le bro marié à son bro.

Ah ouiiiiiii ! Il a l'allure distinguée d'un parfait gentleman.

– Il est surtout malade H24 et ça pète les couilles.

Wabisuke ! Ce n'est pas sa faute et…

Ah mais j'ai pas dit le contraire. C'est juste que ce relou parce que ça fait quoi, trois-rendez vous qu'il annule ?

Personne devrait avoir le droit d'annuler des rendez-vous avec mon Izuru !

Notre Izuru. Si tu choppes un logement dans ce putain d'azauchi là, miss sainte nitouche, j'suis presque prêt à l'partager avec toi, mon shinigami. Un peu.

Maiiiiis… fait-elle d'une voix un peu couinante, un peu mal assurée, on sait même pas si ça va marcher !

– Ben autant tester tout de suite, hein !

Quoi, maintenant ?

Ben… ouais ? Tu veux attendre quoi, l'ouverture des bars à putes ?

Moi je veux bien essayer…

Mais tu n'as même pas de corps !

Peut-être que ça m'aidera… ? S'il-te-plaît ?

Un court silence passe tandis que j'hésite. J'hésite, j'hésite, j'hésite – et dans mon monde intérieur, Wabisuke lâche un rot absolument immonde. Oh et zut à la fin, pourquoi pas ?

'Xactement ! Arrête de te prendre la tête, fooooonce !

Bon, bon, d'accord… je fais en me relevant de quelques mouvements rapides.

YEAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! ÇA, C'EST MON IZURU À MOI !

Un sourire passe rapidement sur mes lèvres. Au fond, je sais que j'aurais dû au moins prendre ce sabre en mains il y a un bail et je sais que j'ai surtout… esquivé le sujet. Mais après tout, pourquoi pas, hein ? Si ce n'est pas maintenant, je me trouverai encore des excuses pour repousser le truc au lendemain… Alors que là, j'sais pas, je le sens bien. Et puis merde, c'est pas non plus comme si le machin risquait de me péter à la figure non plus, c'est juste un azauchi. J'avoue que j'appréhende un peu ce qui va se passer au juste mais je ne peux pas non plus repousser ça éternellement.

Vas-y mon Izuru, fais péter ton SLIP !

Peut-être pas non plus, merci.

Rooooh…

Pas de dévergondage !

Ah si ! PLEIN DE DÉVERGONDAGE !

Allez, c'est reparti avec ces deux-là… Mais cette fois, j'ai comme qui dirait l'impression que le ton est plus léger et c'est avec un sourire sur le visage que j'avance vers mon bureau et ce fameux azauchi qui m'y attends.

Euh… fais soudain Wabisuke, s'interrompant au milieu d'une énième tirade sur les joies de la débauche et de la picole sans retenue. On est d'accord que tout à l'heure la porte était fermée ?

… exact. Et maintenant, elle est grande ouverte. En quelques pas rapides, j'y suis et je peux constater que la serrure a été forcée.

– Meeeerde… je lâche, complètement pris de court.

Et avant que je n'ai le temps de me poser davantage de questions sur le pourquoi du comment, la voix de ma conscience s'élève à nouveau dans mon monde intérieur, cette fois empreinte de douleur.

Pourquoi mon azauchi il n'est plus là… ?

Oh. Oh mais c'est pas vrai !

Mais elle a bien raison, sur mon bureau, plus aucune trace de l'arme dans son fourreau si simple. Il ne reste plus que mes innombrables dossiers, comme d'habitude.

Hem, c'pas pour foutre la merde mais le coupe-papier pour Miss Parfaite est pas le seul aux abonnés absents.

Quoi encore ?! Je fais un bref tour sur moi-même et c'est là que je remarque ce que j'aurais dû remarquer bien plus tôt si je n'avais pas été pris dans mes pensés avec toutes ces histoires d'esprit double et de zanpakutos doubles – et de prises de tête doubles. La porte de l'annexe où j'avais laissé Benitsuki se reposer est elle aussi grande ouverte et il n'y a plus aucune trace de son reiatsu.

Elle s'est fait la malle avec MON azauchi ! LA SALOPE !

… Merde.

Yup. Comme tu dis. Merde. Mais en vrai… je sens qu'on va se marrer. Héhéhé.

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Et une Beni sauvage en liberté dans le Seireitei, une!

Éwé. La conscience de Kira n'en est pas une!

Hmmmmmmm, sinon… J'ai eu un mal fou à écrire ce chapitre et je sais même pas pourquoi! Vas-y que j'te coupe ce passage pis que je déplace celui-là pis qu'en fait je rajoute trente-quatre paragraphes avant d'en supprimer la moitié… Alors que d'habitude ça vient sans trop forcer là, j'peux vous dire que ça n'a pas été qu'une partie de plaisir. Pourtant, il n'est pas particulièrement complexe ou quoi mais je sais pas, j'ai ramééééééé…! J'espère qu'il était quand même cool et intéressant à lire!

Alors, comme j'ai déjà du le dire un paquet de fois, par rapport au plan de départ que j'avais pour Feu et Foudre (et qui était quand même vachement plus parodique et loufdingue), j'ai dû couper pas mal de trucs, notamment un paquet de péripéties complètement teubé qui n'aurait plus vraiment d'intérêt aujourd'hui. Y'avait notamment une invasion de poussins T-Rex de prévue, c'est vous dire (ouaaaaais, c'était supposé être un simple délire sans queue ni tête… BEN SEPT ANS PLUS TARD, ON PEUT DIRE QUE C'EST UN PEU PARTI EN COUILLES QUAND MÊME)

Bref! J'avais prévu quelque chose d'assez gros autour de Kira (sans savoir comment j'allais rattacher ça au reste de l'histoire hein, c'était pas non plus hyper cogité ma connerie) et en vrai, ça m'aurait frustré de ouf de ne pas pouvoir vous dire pourquoi il se trimballe une « conscience » en fait… Bon, vu que j'essaye de ne pas encore mettre sept ans à arriver à la fin de cette fic, j'ai un peu condensé tout ça mais j'espère que ça ne fait pas trop « avance rapide » pour vous tout de même.

MAIS PUTAIN LA FRUSTRATION GENRE, AAAAAAAAAAAAAAAAAAH! J'avais tellement de choses à dire sur notre Kiki national et son Wabisuke, aaaaaaah je suis la tristesse ;-;

Enfin, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé parce que franchement, je l'ai tellement modifié et remodifié celui-là que je ne sais plus trop où j'en suis!

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Le chapitre 138. Ils t'ont coupé la langue, ces salauds de la neuvième? arrive théoriquement le mercredi 7 juillet! (en plus, j'ai déjà fini de l'écrire, tout ce qui me reste à faire c'est le taper, ça devrait le faire pour être dans les temps)

Faites péter les reviews si le cœur vous en dit, moi j'vous fais plein de bisous HYPER BAVEUX et je vous dit à la prochaine mes potos d'amouuuuuur!

*Lucifer fait mine de se faire vomir devant tant d'amour et de bons sentiments*