Amis du soir, bonsoir!

– … c'est quoi cette introduction à deux balles digne d'un présentateur télé rabougri?

L'inspiration mon vieux, l'inspiration. Elle s'est cassée à Bali refaire sa vie, mon inspiration. Donc j'fais avec les moyens du bord.

– T'es juste teubé en fait.

Ouaip!

Sur ce, voilà donc le nouveau chapitre! C'est fou, j'ai l'impression qu'une éternité s'est écoulée depuis le dernier que j'ai posté et pourtant nan même pas, c'était juste y'a deux semaines.

Juste un petit truc avant de vous laisser lire ce nouveau chapitre tout beau tout chaud rien que pour vous, je viens tout juste de commencer un nouveau taf à temps plein, pour l'instant, j'arrive à gérer plutôt bien l'écriture et le taf mais il se peut que je galère un peu à un moment, je vous tiendrai au courant!

En tous cas, merci beaucoup pour votre accueil du dernier chapitre, ça m'a fait super plaisir de lire toutes vos reviews!

Comme d'hab, merci à Taraimpératrice (eh ouais, mon délire allait bien quelque part!) (comme pour le délire des arbres shaolins, en vrai) (enfin… plus ou moins, quoi) En tout cas, ça m'a fait du bien de finalement évoquer ce truc là par rapport à Kira héhé! Sinon, quant au pourquoi Kaede est passée d'Akiuta, son zanpakuto, à une hache de guerre… mystère et boule de gomme! (évidemment, la réponse arrive)

Merci aussi à Rizalone, toujours présente! Je suis super contente que la dernière phrase de la « conscience » de Kira te plaise, j'me suis marrée toute seule à l'écrire! Et

Et enfin, merci à Triuss, qui continue sa vaillante lecture des 140 000 chapitres sans queue ni tête de c'te fic! Un immense merci à toi, c'est avec un plaisir fou que je te vois lire ces chapitres les uns après les autres!

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Discalibur :alors dans c'te fic y'a mes persos et ceux de Bleach, de Tite Kubo, et le tout… ben ça donne 750K de mots pondus sous cocaïne. Wouhouuuuuuuuu


138. Ils t'ont coupé la langue, ces salauds de la neuvième?


Seireitei, capitainerie de la troisième division. Benikyogai Benitsuki Amaikoddoku. Ailleurs.

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Malgré le soleil doux qui me réchauffe les joues de ses rayons tranquilles et les odeurs familières et apaisantes des fleurs des champs aux mille couleurs tout autour de moi, il n'y a aucune trace de sourire sur mon visage. Oh, nan, pas de soucis, je chiale pas – tsss, chuis un viking pyro-barbare, tant qu'il me manque pas deux bras et que j'ai pas une épée dans le bide, j'ai pas le droit de pleurer, c'est contractuel et toc – pas plus que je suis en train de broyer du noir, style Depresso TM regardant la pluie tomber sur une vie de merde avec une musique au piano super lugubre en arrière plan genre Wagner à deux doigts de se trancher les veines.

C'est juste que… ben l'humeur est pas franchement à la déconnade et aux gros rires bourrus de piliers de comptoirs à deux heures du mat' après la douzième tournée de whisky-coca-gingembre-cannelle saupoudrée de feuilles de menthe. Je sais, je sais, en temps normal, j'suis la championne intergalactique de la déconne et du fendage de poire. Me marrer pour un rien, c'est ma spécialité et j'suis tellement teubé que les trois-quarts du temps, j'me marre au lieu de m'inquiéter. Sauf que là… ben nan. Juste nan. En fait, pour dire les choses clairement :

– On est dans la merde.

Face à moi, lui aussi assis dans l'herbe, Mini Charbon Poilu hoche solennellement de la tête, pinçant ses lèvres fines comme si ça l'aidait à se concentrer. Rien à faire, il a beau tirer une tronche un peu grave et taper un poids qui avoisine les 250kg hors taxes de muscles bien vénères accompagnés de crocs gros comme une massue sous stéroïdes et des poings évoquant plus des machins faits pour éclater des crânes à mains nues que pour serrer poliment des paluches avec un sourire courtois de politique habile et démagogue, il reste quand même super choupi.

Pas ma faute, avec son pelage noir et ses p'tites taches blanches partout et ses grands yeux noirs comme deux grandes billes pétillantes de légèreté et de candeur, il a franchement une dégaine de peluche. Une peluche qui bouffe du CRS au p'tit déj', mais une peluche quand même.

Pourtant, son pelage est même pas particulièrement doux, hein. De ce côté-là, un terme de tout-doux-cité du pelage, Tora l'explose dans les règles de l'art. Après, faut dire qu'elle peut passer des heures à léchouiller et pomponner son beau pelage immaculé – certes pas autant que Kyuusoku, notre chère Lady Crevette Rayée nationale pour qui le léchage et pomponnage de pelage tient de l'art le plus sacré qui soit mais tout de même – lui son délire ça a plutôt l'air de crapahuter dans des arbres ou de se rouler dans l'herbe, chacun son kiff, faut pas juger.

J'crois que c'est surtout son attitude générale et son langage corporel qui lui donne cet air de putain de peluche vivante. J'sais pas, y'a un côté trop chou qui ressort de son attitude en général, que ce soit dans la façon qu'il a de regarder tout autour de lui avec ses prunelles noires qui pétillent d'excitation comme s'il découvrait tout pour la première fois, tout le temps, ou dans la manière qu'il a d'agiter sa tête en tous sens dès qu'il est content – autrement dit, H24. Sans déconner, s'il continue à l'agiter comme ça, il va finir par se la décrocher tout seul comme un grand.

Y'a un côté très grand gamin dégingandé chez lui et bordel de cul de la grand-mère à Mitterrand à roulettes, c'est putain d'adorable. En plus là, il s'est laissé tomber assis dans l'herbe avec ses pattes avant – ou alors on dit ses bras ? – devant lui et ses pattes arrières – ses jambes ? – grandes écartées parmi les fleurs qui nous entourent, on dirait carrément un gamin de cinq ans et des poussières à la plage, le cul dans le sable, pelle et râteau en plastique bleu et fluo à la main. L'est choupi, mon Mini Charbon Poilu.

Dangereux sa mère et apparemment imbattable au jeu du chat-torgnole-dans-la-gueule version arboricole mais absolument trop choupi. Ouais, on s'est refait une partie de chat et c'est encore lui qui a gagné et j'avoue que j'ai la haine, j'étais sûre que j'allais réussir à le chopper avant qu'il me choppe c'te fois-ci mais que daaaaaalle, ces bâtards d'arbres moines shaolins m'ont balancée dans les airs un nombre incalculable de fois sans que je parvienne ne serait-ce qu'une fois à effleurer son pelage couleur de nuit. Mais j'désespère pas, un de ces quatre, alliés chlorophylliques ou pas, j'vais l'chopper et là bim, Beni championne du monde du chat-torgnole-dans-ta-gueule-avec-des-arbres-en-plus.

En attendant, c'est toujours Mini Charbon Poilu qui gagne et d'après lui, il en est à 148 victoires à 0. Mon orgueil de pur badass de la badassitude galactique émet de forts doutes à l'idée que la fraise barbare que je suis se fasse ainsi mettre la pâtée mais vu que je n'ai aucun souvenir de lui avant notre précédente rencontre, qui était pour moi une première, j'ai pas trop le choix, faut bien que je lui fasse confiance de ce côté-là. N'empêche que je le soupçonne quand même de gonfler un peu le nombre de ses victoires – ben quoi, moi j'bidonnerai carrément hein, genre j'me gênerai, pfff, vous m'avez prise pour mère Thérésa les gens.

– On est dans la puuuuuuuutain de merde… je répète à mi-voix, comme si c'était pas déjà suffisamment évident comme ça.

Face à moi, Mini Charbon Poilu se dandine quelque peu sur son derrière, triturant un long bout d'herbe qu'il mordille entre ses dents depuis tout à l'heure. Oh, au fait, nan, il s'appelle pas Mini Charbon Poilu hein. Ça c'est juste le surnom que je lui colle. J'ai beau trouver qu'il lui va comme un gant – ce qui est le cas, j'suis prête à foutre la tête du premier qui me contredit dans une friteuse – il m'a bien confirmé que non, ce n'est pas comme ça qu'il s'appelle. Il a bien essayé de me dire son nom mais ça s'est brusquement mis à grésiller et j'ai rien capté. On a ré-essayé plusieurs fois mais rien à faire, dès qu'il me dit comment il s'appelle, j'bite que dalle, la réception est dégueulasse, probablement un problème de satellites.

– Et du coup… on fait quoi ? demande t-il de sa voix toute tranquille.

J'inspire longuement, triturant un coquelicot du bout des doigts sans y faire plus attention que ça.

– Ben franchement mon p'tit pote… Va falloir qu'on la joue futés du slip.

– Ouuuuuh, c'pas notre spécialité ça.

– Tu l'as dit ma gueule. Tout ce qui est stratégie, cogitage et mononeuronation, on craint un peu du boudin.

Sa grosse tête bascule sur le côte et il continue à me regarder d'un air pas inquiet pour deux sous.

– Ouais mais on reste super balaises pour pleeeeiiin d'autres trucs. Genre les concours de rot.

Là c'est sûr, on est imbattables. Par contre, niveau utilité pour nous sortir du guêpier dans lequel on se retrouve sans que j'ai tout suivi au pourquoi du comment…. eyyyh, en vrai, ça peut toujours servir. Tentant malgré tout d'agiter mes syndicalistes de neurones en les menaçant des pires sévices corporels s'ils ne se sortent pas les doigts du cul et viennent me filer un coup de main prompto, je souffle un grand coup, vidant tout l'air de mes poumons. Je sais, je sais, d'habitude, j'suis le genre de nana qui fonce droit dans le tas, sabre au clair et hurlant de bonheur comme une dératée sans me prendre la tête plus que ça. Mais là, rien à faire, j'ai un genre d'inquiétude sourde qui me tord les tripes.

– T'as le droit de dire que t'as peur, hein. fait la voix de Mini Charbon Poilu, me sortant de mes pensées.

– J'ai pas peur. je rétorque aussitôt, presque automatiquement.

Face à moi, pas perturbé pour deux sous, il continue à mâchouiller son brin d'herbe tout en continuant à me regarder de ses grands yeux candides.

– Bordel, j'suis Benikyogai Benitsuki Shiba Amaikoddoku, où t'as vu que j'avais peur ?

Je renifle bruyamment d'un air vexé et ramène mes jambes précédemment étendues dans l'herbe vers moi et les croise en tailleur.

– Non mais n'importe quoi! je continue. Sérieux, t'as vu ma tronche ? J'pète des hollows de trente mètres de haut tous les quatre matins mon p'tit bonhomme, ça c'est un truc de pur badass et les purs badass 100 % pur jus comme ma pomme, ils n'ont pas peur.

Comme pour accompagner mes paroles, je me mets à faire de grands gestes.

– Sans déconner, j'me bastonne avec n'importe qui et j'les fume ! Merde, t'as vu qui m'a entraînée ? J'suis quasi un dieu de la baston ma gueule et y'a personne qui me fait peur. Les connards, j'en prends un pour taper sur l'autre et puis basta, fin de l'histoire, y'a pas à tortiller du cul pour chier droit !

L'air pas franchement déterminé à me couper dans mon monologue passionné, Mini Charbon Poilu fait basculer sa tête de l'autre côté, cette fois vers son épaule droite.

– Nan mais regarde ma gueule! 80Kg de muscle, entraînée depuis mon plus jeune âge par la plus grande bastonneuse de tout le Rukongai, formée au maniement des explosifs par le Diable d'or en personne, même à du un versus quarante-cinq, j'suis à l'aiiiiiise ! Fighter des hollows dégueu suffisamment gros pour raser un patelin d'un coup de cul, bardé de crocs et de griffes et qui crache de l'acide fluo ? Pas de soucis pour Super Beni ! Raser un bled moi-même parce qu'ils ont mal causé de ma pote ? No problemo, j'leur colle suffisamment de TNT au cul pour leur faire rejoindre la stratosphère d'un seul coup !

Le souffle court, j'inspire un grand coup.

– Non mais tu m'as vue ?!

Il hoche vigoureusement de la tête, grand sourire aux lèvres.

– J'suis badass ! Et j'ai encore moins peur, c'te blague !

J'inspire à nouveau, quelque peu fébrile.

– Je suis un putain de guerrier viking sanguinaire et barbare qui n'a peur de rien et personne. D'abord.

Nouveau hochement de tête vigoureux de Mini Charbon Poilu. Le corps agité, je me mords l'intérieur de la joue et laisse ma tête retomber sur mes bras, croisés au dessus de mes genoux.

– J'suis badass, okay… je souffle à mi-voix, fermant les yeux.

– Oh que oui. réponds t-il tranquillement. Et tu as peur.

Ses mots sont calmes, simples, emplis de candeur et de tranquillité. La tête enfouie dans mes bras, je ne dis rien. Le vent chaud souffle doucement autour de moi, faisant danser les herbes hautes dans lesquelles nous nous trouvons et apporte jusqu'à mon nez les odeurs de toutes ces fleurs si familières. Gardant quelques instants le silence, je me concentre sur ces sensations que ce lieu étrange et pourtant si apaisant m'apporte. Puis, la gorge nouée, je finis par relever la tête.

– Ouais. je lâche simplement.

Il me sourit tranquillement, comme pour m'encourager à continuer.

– Ouais, je reprends, j'ai peur.

Son sourire rassurant s'agrandit et une douce émotion me prends, comme quelqu'un que j'aime qui me prendrait dans ses bras en me disant que tout ira bien. Je souffle doucement, tentant de passer outre cette boule dans ma gorge. Parce que putain, ouais, j'ai peur. J'ai peur comme pas permis.

– C'est normal tu sais. fait-il de sa voix candide.

Je renifle bruyamment et laisse mon regard brun chocolat errer sur cette immense plaine qui s'étend à perte de vue.

– Si tu veux même tout savoir, j'claque carrément du fessier. j'fais en tentant tout de même de garder une tronche un peu badass, histoire de.

Visiblement, j'dois faire une gueule assez artistiquement random parce qu'il éclate de rire, de ce rire qui me fait tant de bien à entendre. J'sais pas, y'a un truc chez lui, dans sa présence, qui me fait me sentir putain de bien. En vrai, j'croyais que y'avait que Tora qui en était capable mais apparemment pas, Mini Charbon Poilu aussi. J'dois avoir un genre de fixette sur les peluches de destruction massive qui causent.

– Putain… je souffle toutefois, un peu à court de mots – les insultes, toujours utiles.

C'est juste que… avoir peur, j'ai pas l'habitude. C'est pas comme ça que je fonctionne moi. Je suis forte, je le sais. Et je sais aussi que j'ai appris des erreurs de ma mère, que je n'hésite pas à me tailler s'il le faut. Oui, j'suis balaise, oui j'me farcis du hollow en me marrant comme une baleine mais j'suis bien consciente qu'il y a plus fort que moi dans ce monde ou que, tout bêtement, dans certaines situations, je ne fais tout simplement pas le poids. C'est comme ça, ça arrive. Mais là…

– C'est les mimigamis, hein ? Ils font peur.

Je soupire.

– Ouais. Putain de shinigamis.

Je passe une main dans mes longs cheveux lisses que le vent fait tranquillement voleter autour de moi. Les shinigamis… c'est ça le problème. J'ai beau être un chef-d'œuvre de connerie humaine par moments, j'ai quand même un cerveau encore en état de marche – … c'pas un champion mais disons qu'il sait encore fonctionner de temps en temps quoi. Donc ouais, j'ai capté que Kira est lui aussi un shinigami. Lui, les deux putains de hérissons pervers sur nos montagnes, les gars dans le bide de béton albinos… ils portent tous le même uniforme. Et j'me trouve en plein Seireitei, d'après le type tout maigre que j'ai semble t-il traumatisé pour au moins trente-six générations, autrement dit shinigami-land. Ô joie. J'pouvais pas plus mal tomber, haha.

– Ça va le faire.

– Ouais… je soupire. T'façons, j'ai pas franchement le choix, va bien falloir que je me tire d'ici et le plus vite possible.

– Voui, peut-être.

Je laisse ma tête retomber sur mes bras repliés. J'y peux rien, c'est juste… les shinigamis. Ces putains de shinigamis. Maman les haïssait. D'après elle, c'était de leur faute si Sûuko était morte. Et au final, c'est eux qui l'ont tuée. Les shinigamis ont tué Maman. Mes ongles s'enfoncent dans ma chair.

– Parce qu'elle les tuait.

Surprise – et pas sûre de capter où il veut en venir – je relève la tête en clignant des yeux.

– Hein ?

– Elle tuait chaque shinigami qu'elle croisait, non ?

– Je, euh… ouais. Ouais, à la fin, c'était ce qu'elle faisait.

Elle est complètement partie en vrille après la mort de Sûuko genre… balaise. C'était franchement pas beau à voir. Et oui, elle s'est mise à… à semer les cadavres. Plus rien ne lui importait vraiment.

– Alors ils l'ont tuée. Enfin, ce type dans tes souvenirs l'a tuée.

– Ouais, je fais en un souffle rauque. Même que j'étais aux premières loges. Paye ton souvenir d'enfance, sans déconner.

– Ce que je veux dire… c'est que toi, ils n'ont aucune raison de te faire du mal, si ?

Me forçant à respirer calmement et à garder l'esprit clair, je hausse les épaules.

– Pff, j'sais pas, je suppose… mais je sais même pas pourquoi ils m'ont ramenée jusqu'ici. Ni même ce qu'ils foutaient sur nos Montagnes.

J'inspire lentement, m'imprégnant de tout ce que ce lieu peut m'apporter. J'pensais à la base qu'ils venaient pour Tora mais… haha. Ptêt que c'est moi qu'ils cherchaient… ou alors, c'est à cause de Maman et… pfff. De toutes façons, ça ne change pas grand-chose de savoir le pourquoi du comment, pas pour le moment.

Distraitement, je me mets à jouer avec une de mes mèches de cheveux.

– Seule, au milieu de shinigamis sans savoir ce qu'ils me veulent au juste, sans Tora et sans armes…

La boule dans ma gorge revient avec force. C'est que je pensais savoir quand fuir, savoir me protéger et protéger les miens, Tora et la Meute. Résultat, j'ai fini avec un sabre à travers un poumon. Franchement, niveau plantage cosmique, ça s'pose là.

– Bah, fait-il en haussant les épaules, l'air pas plus inquiet que ça. Maintenant, tu sais qu'il faut te méfier et qu'ils sont balaises, ces mimigamis.

– Me méfier bien plus que ce dont j'ai l'habitude, ça c'est clair. C'est plus le Rukongai ici…

– Héhé! se réjouit-il tout en se frottant les mains avec joie, un grand sourire révélant ses larges crocs. C'est tant mieux ça !

Je hausse un sourcil interrogateur.

– Ah ?

– Ben ouais, carrément ! T'imagines les progrès qu'on va faire, à s'bastonner avec de vrais balaises et pas juste des pouilleux qui savent à peine tenir un sabre ?

Tout excité, il se redresse et bondit deux-trois fois, tournant sur lui-même.

– Et puis ça va être sans commune mesure avec les hollows ! Là on va avoir des adversaires, des vrais ! Ahlàlà, ça va être ouf !

– Euuuuh… je lâche tout de même face à son enthousiasme de gamin devant un pot de confiture géant rien que pour lui.

– Ben quoi? fait-il en remarquant ma tronche clairement bien moins emballée que lui alors qu'il est carrément en train de piétiner l'herbe clair d'excitation. De la BASTON !

– Euh ouais, ouais, c'est cool la baston, je lui concède, mais… j'ai pas envie de crever en fait.

Étonné, il fait clignoter ses grandes prunelles noires d'un air d'incompréhension totale comme si je venais de lui annoncer que je me lançais dans la confection de petits bonnets en tricot pour les yétis désœuvrés du Tadjikistan oriental.

– Écoute Mini Charbon Poilu, je kiffe ton enthousiasme et tout mais… on est au Seireitei ! Entourés de shinigamis. Bordel de cul, même Kira en est un ! Qui aurait cru que notre bien-aimée Princesse des Patates soit lui aussi un shinigami… monde de chiens. je grommelle, serrant à nouveau mon crâne entre mes mains, la boule au ventre.

S'avançant sur ses quatre pattes, ses gros poings écrasant l'herbe tendre sur son chemin, il se rapproche quelque peu de moi. Sa tête épaisse s'abaisse au niveau de la mienne, comme s'il voulait pouvoir encore mieux plonger ses yeux noirs dans les miens.

– Mais Beni… t'es allergique à la mort, même que t'as un mot du médecin.

… wow.

Sur le coup, mes yeux bruns plongés dans dans son regard innocent, je suis incapable de répondre quoi que ce soit. C'est que j'l'ai pas du tout vue venir celle-là. Puis toute l'absurdité du truc m'éclate au nez, l'angoisse éclate comme une bulle de savon tendue du slip et moi, eh bien moi, j'éclate de rire, faisant voleter de longues mèches de cheveux écarlates.

Par tous les putains de slips sacrés de Terminator, que je l'aime, ce foutu gorille que je connais à peine mais qui me donne l'impression d'avoir toujours été là, quelque part en moi. C'est con mais sa petite phrase… de sa voix si candide… ça m'a tellement prise au dépourvu que ça a balayé au loin le reste.

– P'tit génie, va! je m'esclaffe entre deux éclats de rire digne du pur viking achevant sa pinte d'hydromel frais après avoir fini de raser un énième monastère peuplé de chtits moines de la fragilitude.

C'est qu'il a raison ce con. Me marrant de plus belle, je bondis sur mes pieds. Merde, c'est que ça me ressemble pas de me morfondre comme ça. Tout content, il étire un peu plus son sourire, révélant ses crocs inquiétants, et vient poser sa tête contre mon ventre. Revigorée, je lui gratouille le haut du crâne et balaie le paysage calme d'un regard assuré. Ouais, j'ai peur, peur de ne pas être à la hauteur, peur de jamais revoir Tora, peur de crever. J'ai peur d'échouer et je sais que j'suis en terrain hostile. Ouais, Beni versus wild version Super Beni versus Shinigami Land, ça va être terrifiant. Mais putain, c'que ça va être drôle aussi. J'dirai même que ça va être cosmiquement drôle et que ça risque de l'être suffisamment pour créer une fissure dans la réalité.

– Eh, Mini Charbon Poilu…

Tout content, il redresse son visage vers moi, l'air lui aussi carrément chaud bouillant à l'idée d'aller foutre un bordel monstre dans ce cher Seireitei. D'ailleurs, il est déjà en train de foutre des droites de forain à l'herbe autour de nous, probablement pour s'échapper.

– T'sais quoi, c'est vrai que ça va être chaud patate, surtout sans Kamishini et sans Tora. Mais eh, j't'ai toi.

Cette fois, son sourire s'agrandit tellement qu'on dirait qu'il est à deux doigts d'aller dévorer l'univers entier.

– Héhé, oui ! Tu m'as !

Moi aussi, mon sourire s'agrandit. À nous deux, on dirait qu'on fait un concours de celui qui imite le mieux le piranha.

– Et puis j'ai vu un katana sur le bureau de Princesse… Ça m'embête un peu de le lui piquer parce que c'est un mec cool et que j'l'aime bien.

– Mais c'est un mimigami nan ?

– Ouais. N'empêche que j'l'aime bien. Et que pour l'instant, il n'a fait que m'aider et être un chic type. Ça compte pour quelque chose. Mais j'vais quand même lui piquer son sabre vu que Kamishini est allée promener son slip de hache badass je ne sais où. J'ai besoin d'un truc qui coupe, juste mes poings de justicière cosmique, j'ai peur que ça ne suffise pas.

– Héhéhéhé! s'exclame t-il tout content en battant des mains de plaisir. Ça, ça m'plaît !

Évidemment que j'ai peur. Peur de crever comme ma mère, que je croyais pourtant invincible. Peur de tout perdu et de ne jamais revoir Tora. Peur de me faire à nouveau transpercer comme un putain de kebab sans rien pouvoir faire. En gros, j'ai peur de ne pas être assez forte.

– Et du coup, du coup, c'est quoi le plan ? Hein, hein c'est quoiiiii? demande Mini Charbon Poilu avec plus d'excitation qu'un mec avec 47g de coke dans le sang – y va finir par se péter une durite s'il continue à s'exciter tout seul comme ça.

Ouais, j'ai peur de tout ça mais y'a un truc tout con à prendre en compte : j'ai pas le choix. Peur ou pas, faut que je me casse d'ici. Quelle que soit la raison pour laquelle le gang des hérissons tendancieux m'a ramenée ici, faut que je me tire à vitesse grand V, aussi bien pour la préservation de mes miches que celles de Tora, qui va tout faire pour débouler ici sauver ma face de fraise transgénique. Si je veux la protéger, me protéger, faut que j'me casse et prompto, tout connement.

Donc au fond, que j'ai peur ou pas, balec, ça ne change rien à rien. Au contraire, j'me dis que garder un bon niveau de flippomètre peut pas faire de mal : garder en tête ce qui est arrivé à Maman devrait même pouvoir m'aider à éviter de m'embringuer dans des trucs où je risquerai clairement de clamser. Garder les risques en tête, se concentrer sur le principal.

– Ben écoute mon p'tit pote, j'pensais à un plan hautement stratégique du tonnerre du style foncer tout droit et défoncer tout ce qu'il y a sur notre chemin, t'en penses quoi ?

Je sais, je sais, stratégiquement parlant, j'suis un génie. Non, je ne vous signerai pas d'autographes, contenez vos hormones.

– J'en pense qu'ils n'ont aucune chance contre nous! rigole t-il tandis qu'un air de malice sombre lui passe sur le visage.

Bien. Bien, bien, bieeen… Ouuuh, je sens que ça va être épique !

– PLAN SUPER BENI ET MINI CHARBON POILU VERSUS MIMIGAMI SAUVAGES, GO! je beugle à pleins poumons histoire de bien marquer le coup – pis gueuler comme une teubé quand ça sert absolument à rien, ça fait toujours du bien.

Et tandis qu'il martèle le sol de ses poings en hurlant de bonheur, les arbres qui nous entourent se mettent à tendre leurs branches vers le firmament clair. Ooooh, gare aux yeux, ça va envoyer des pâtés ouzbèques dans les gencives !

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Au même moment, pas si loin que ça. Capitainerie de la 9è division, quartier des cellules, cellule n°4. Shyoga Dosaimeki.

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Gardant ces yeux bleus que lui et moi tenons de notre mère braqués sur mon visage, Shun fait rapidement glisser un de ses doigts graciles le long d'un des barreaux métalliques qui me tient enfermé ici. Il a l'air aussi tranquille que si on se retrouvait autour d'une tasse de thé, sans grande surprise.

Il me détaille du regard calmement, comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes et que je n'étais pas enfermé entre quatre murs dans une des foutues cellules de la neuvième. C'est comme si tout cela était des plus normal alors que de nous deux, je suis clairement le seul à ne jamais avoir rien commis de franchement illégal – bien sûr, quelques vols d'archives, mensonges et autres dissimulations dans le genre… mais je n'ai jamais ni torturé ni tué, moi.

Puis, l'air de m'avoir suffisamment observé dans ma cage, il ôte sa main des barreaux et vient taper du dos d'un doigt contre ceux-ci, produisant un bref son métallique.

– Bon, cher petit frère… fait-il de sa voix chantante avec un de ses sourires habituels qui vient encore augmenter la nervosité d'Asatsuyu.

Shyoga, je n'aime pas ça du tout…

Ça, c'est peu dire qu'elle ne l'aime pas. Oh, ce n'est pas comme si grand-monde avec un cerveau en état de marche pouvait l'aimer, ce monstre au visage d'ange, mais à chaque fois qu'il est à proximité de moi – autrement dit une fois par décennie et encore – elle est pas loin de la panique. En même temps, elle vit en moi, elle sait parfaitement qui il est et ce dont il est capable. Alors évidemment, elle a peur de lui, surtout quand il est proche de moi. Mais je te l'ai déjà dit Asa, il ne me fera rien.

Ça reste un plan horrible…

Horrible, horrible, tu exagères.

Faire appel à ton taré de frère pour pouvoir récupérer la hache d'une morte, j'appelle pas ça un plan de génie.

Hmmm, ça se comprend. Mais ne t'inquiètes pas. J'ai juste besoin qu'il me sorte de là, c'est tout. Seul, j'en suis incapable. Lui, ça ne devrait pas lui poser trop de soucis.

– Et si tu me disais ce que tu fiches là-dedans? chantonne t-il doucement.

Je m'apprête à lui répondre un très simple « ça ne te regarde pas » mais quelque chose d'infime dans l'expression de son visage me retient. Quelque chose dans le ton de sa voix, aussi. C'est… presque parfait, son petit numéro.

Shyoga… ? fait Asa en trottinant rapidement le long d'une arrête rocheuse, pas sûre de comprendre.

Il est en train de mentir.

Ah bon ?

Hmmm, c'est léger, presque imperceptible. Il fait comme si… il joue au Shun d'habitude, celui qui ne se préoccupe de rien et se contente de jouer avec les gens. M'est avis qu'il trompe tout le monde avec ça. Sauf que moi, manque de pot pour lui, je le connais et le décrypte relativement bien. Comme si on avait grandi enfermés dans la même maison, tiens.

– Tss, tss, tss mais franchement… continue t-il de son ton qui semble si parfait et qui pourtant ne l'est pas. Tu m'expliques comment tu t'es retrouvé dans cette situation ?

Sans rien dire, je me mets à mon tour à scruter son visage à la recherche du moindre indice qui pourrait m'indiquer pourquoi mon frère n'est pas dans son état normal. Ce n'est pas comme s'il était quelqu'un qui pouvait être facilement perturbé… Rien n'a de prise sur lui, ou presque.

Shyoga, ça ne me rassure pas…

Et moi, ça m'intrigue. Non, pour être honnête, vu tous ces souvenirs de ma jeunesse qui remontent aujourd'hui, ça fait bien plus que simplement m'intriguer.

– Shyoga, Shyoga… finit-il par faire devant mon silence qui se prolonge, passant ses bras à travers mes barreaux et venant s'y appuyer, glissant sa tête entre deux d'entre eux. Ils t'ont coupé la langue, ces salauds de la neuvième ?

Toujours ce même sourire dans la voix, toujours ce minuscule petit détail infime qui sonne faux.

– Tu sais, poursuit-il d'un air faussement ennuyé, ton grand frère a du travail, ce n'est pas bien de le déranger pour un simple caprice.

C'qu'il faut pas entendre, je vous jure.

– Et si tu disais à ton cher grand frère pourquoi tu l'as fait venir, hmm ?

– Sors moi de cette cellule.

Amusé de m'entendre enfin, il cligne des yeux d'un air faussement candide. Franchement, il ne peut jamais s'empêcher de faire tout un cinéma dès qu'il peut.

– Ouh, sacré demande petit frère…

Il m'agace à sans cesse rappeler qu'on est frères. C'est bon, vu nos tronches de blonds à yeux bleus, c'est assez évident comme ça qu'on est frangins, pas non plus besoin d'insister.

– Je ne sais même pas pourquoi tu te trouves ici. s'amuse t-il en écartant les bras d'un geste théâtral. T'as finalement tué quelqu'un ?

– Tu sais bien que non.

Tout content que je m'embarque à mon tour dans la conversation, son sourire se fait plus mielleux.

– On peut toujours rêver, petit frère…

– C'est ça, oui. Sors moi de là. je répète.

J'ai autre chose à foutre que de rentrer dans un de ses énièmes jeux.

– Voyons, voyons, te rends-tu compte de ce que tu me demandes là ? Une évasion en bonne et due forme, rien que ça.

– Tout ce que je te demande, c'est d'ouvrir la porte de cette cellule. Rien de plus.

– Et me retrouver complice d'une évasion ? Ooooh, Shyo…

– J'te demande pas de faire péter le bâtiment. Ouvre la porte de cette cellule, c'est tout.

– Me demander ça à moi, l'homme en probation qu'un rien renverrait aussi sec en prison! s'exclame t-il d'un air faussement dramatique.

– Prison que tu n'aurais jamais dû quitter. je siffle.

Cette fois, pas de geste théâtral ou de sourire enjôleur. Non, son regard bleu plongé dans les miens, ses lèvres s'étirent un peu, agrandissant son sourire et révélant un bout de ses dents.

– Shyoga, Shyoga… gronde t-il sans se départir de son sourire – et il y a une lueur mauvaise dans son regard.

Shyoga, arrêêêêête… !

Asatsuyu, du calme. Il ne me fera rien.

– Tu as le chic pour aborder les sujets qui fâchent, petit frère. ricane t-il doucement, ses yeux pétillant d'une malice malaisante.

Asa, tout va bien, je te l'assure. Il ne me fera jamais rien.

Ce n'est pas ce dont je me souviens !

… il ne me fera plus jamais rien, si tu préfères. Fais moi confiance.

J'aime pas ça…

– Et toi, je fais tranquillement en esquissant même un vague sourire, tu as le chic pour ne rien me refuser.

Il cligne lentement des yeux. Lui comme moi, on le sait, ce que je viens de dire n'est rien d'autre que la pure vérité. Je sais déjà que malgré tout son cinéma, il finira par me sortir d'ici, tout simplement parce qu'il est incapable de me le refuser. Sans se départir de ce sourire plein de mauvaises promesses, il déploie lentement son bras à l'intérieur de ma cellule, tendant sa main vers mon visage comme s'il voulait la poser sur ma joue – ou m'arracher un œil.

Shyoga !

Sans un mot, je ne bouge pas. De toutes façons, il ne me touchera pas. Et effectivement, quelques centimètres avant que nos peaux n'entrent en contact, sa main s'immobilise dans les airs. Quelques secondes passent où nous nous regardons l'un l'autre sans rien dire puis avec un soupir, il ramène sa main à lui.

– Ah, petit frère… ce que je ne ferai pas pour toi ! rigole t-il d'un air faussement amusé.

Je ne réponds rien. Shun est… une abomination humaine. Et de ce fait, il est incroyablement seul. Il n'a personne dans sa vie, à part la Comète et moi. Et ma mère ne le perçoit que comme un être qui lui appartient au simple prétexte qu'il est sorti de son ventre. La Comète n'est pas quelqu'un qui aime qui que ce soit tout ce qui compte pour elle, ce sont ses désirs malsains et elle a beau adorer Shun, son si beau et si parfait Shun, au fond, il n'est qu'un outil pour elle. Shun n'a personne, absolument personne. À part moi. C'est pour ça qu'il ne me fera rien.

Haha. siffle Asatsuyu d'une voix tordue par la peur. Ou alors il peut décider de t'attraper et t'enfermer dans une maison comme l'a fait l'autre malade et là, il t'aura vraiment rien que pour lui.

Asa…

Il pourrait ! Il en rêverait, ce malade !

Oh, je ne doute pas qu'il en ait envie. Mais il se rappelle de notre enfance dans la maison, de notre mère, enfermés tous les deux avec tous ces pauvres gosses qu'elle ramenait sans jamais voir la lumière de soleil.

Et ?! Ça ne l'empêchait pas de… de te faire tout ce qu'il t'a fait !

Oui. Je me rappelle de tout ça. Mais Asa, n'oublie pas que c'est grâce à lui que j'ai pu fuir cette foutue baraque perdue dans les bois.

Mais…

Sans Shun, jamais je n'aurais pu fuir loin de la Comète. C'est lui qui m'a permis de m'en aller, parce que ma mère l'adorait et qu'elle n'a jamais songé que son précieux fils si parfait finirait par lui enlever la possibilité de s'amuser avec ce deuxième fils qu'elle méprisait tant.

Mais c'est Shun ! Il est…

Taré ?

Dangereux !

Ça, oui et pas qu'un peu. Mais je suis tout ce qu'il a, la seule chose qu'il ai jamais voulu protéger. C'est pour ça qu'il ne me fera rien, ne me refusera rien. Je suis tout ce qu'il a.

Mais Shyoga…

Oh et puis de toutes façons, ce n'est pas si je lui demandai quoi que ce soit d'habitude. Je l'évite comme la peste alors pour une fois que je le fais venir à moi, crois moi qu'il ne pourra pas me dire non.

– Bon, bon, bon… fait-il en souriant tranquillement à nouveau – il n'aime pas qu'on parle de son séjour en prison, ça non. Et qu'est-ce que tu me files en échange, hmmm ?

– Que dalle.

– Roooh… ce que tu es dur en affaires, petit frère. Tout de même ! Ce n'est pas que l'idée de te garder en cellule me déplaise, bien au contraire, mais je risque gros moi dans cette affaire… Et puis tu es si beau, enfermé dans cette cage. Si, si beau.

Je soupire brièvement. Mon frère me soûle.

– Tu ne risques rien. je fais. J'ai juste quelque chose à récupérer. Ensuite, je reviendrai en cellule, ça ne comptera même pas comme une évasion.

Enfin… pas vraiment, quoi. Tout ce que je veux, c'est récupérer la hache de Kaede et la mettre en sécurité loin de ces rapaces de la neuvième qui cherchent je-ne-sais-quoi. Bon, je vais bien tenter de fouiller un peu plus avant de retourner en cellule pour ne pas être considéré comme un fugitif mais ça, ça ne le regarde pas.

– Oh, récupérer quelque chose ? Dis m'en plus !

Cette fois, l'ombre d'un sourire passe sur mes lèvres.

– Nan. Ou alors… tu me dis ce qui ne va pas.

Il fronce des sourcils.

– Comment ça, ce qui ne va pas ?

– À d'autres. Il y a quelque chose… quelque chose qui te pèse.

Et pour que quelque chose pèse sur mon frère, franchement ça tient quasiment de l'impossible. À part moi ou ma mère, je ne vois pas ce qui pourrait le perturber. Et me voir en cellule n'est clairement pas du genre à le perturber au contraire, je sais parfaitement que ça lui plaît même beaucoup. Peut-être notre mère mais… pour que ça le secoue à ce point, je ne pense pas que ce soit le cas. Ce qui me laisse… ben que dalle pour comprendre ce qui le perturbe.

Son regard bleu se fait plus sombre et lentement, toute trace de sourire disparaît de son visage. Voilà, ça, ça c'est Shun. Le vrai Shun, sous son masque souriant et séducteur. Il me scrute de ses prunelles couleur océan, comme un boucher réfléchissant à où pratiquer la première incision dans la chair qui lui fait face.

– T'inquiéterai tu pour moi, ô mon frère ? fait-il d'une voix sourde dépouillée du moindre sourire.

– Ben tiens ! Tu sais bien que non.

– Dommage, dommage… me murmure t-il froidement. Un homme peut toujours rêver, pas vrai ?

– Si tu veux. Je suppose que tu ne me diras pas ce qui t'arrive?

– Et pourquoi cela t'intéresserait-il? gronde t-il doucement.

Je hausse les épaules.

– Simple curiosité. je fais.

Et ça fait un peu trop de trucs bizarres qui se passent simultanément mais ça il n'a pas besoin de le savoir non plus.

– Bien sûr, bien sûr… fait-il tout en chassent ses mots d'un geste nonchalant de la main. Et tu ne me diras pas comment tu as atterri là ?

– Nan. Ouvre cette cellule.

– Tu as l'air bien confiant en mes capacités et mon savoir-faire, non… ?

– Shun. Sors moi de là.

Il soupire brièvement et recule d'un pas, déçu comme un gosse à qui on aurait dénié une faveur. Mais la lueur froide dans ses yeux me dit qu'il s'agit de plus que ça.

– Dis moi juste pourquoi tu veux sortir de là si c'est pour y retourner aussitôt.

– Je te l'ai dit, j'ai quelque chose à récupérer.

– Quelque chose d'important ?

– Pour moi, oui.

Shyoga… ne te lance pas dans une conversation avec lui.

Mais Shun ne réplique pas tout de suite, comme s'il pesait le pour et le contre. Cependant, l'air amusé qu'il aurait d'ordinaire repris ne revient pas sur son visage. En temps normal, il aurait… joué avec moi. Là, la partie n'a même pas commencé qu'elle s'arrête aussitôt.

– D'accord, finit-il par souffler. J'te sors de là, tu récupères je-ne-sais-quoi puis tu reviens là-dedans. Je ne retournerai pas en tôle pour tes beaux yeux. On a un marché ?

Je hoche lentement de la tête.

– On a un marché.

J'avoue que je ne dirai pas non à hurler sur tous les toits que c'est lui qui a ouvert ma cellule, juste pour le plaisir qu'on le renvoi en prison mais je sais très bien que ça n'arrivera pas. C'est un petit génie, le Shun, et pas seulement en ce qui touche au dépeçage d'êtres humains encore en vie. Il est trop utile au BdT pour qu'ils le coincent à nouveau en cellule.

Un court silence passe, son regard bleu plongé dans le mien. Puis lentement, son masque habituel de légèreté et d'insouciance revient sur son visage, parvenant presque à cacher parfaitement ces imperceptibles signes que quelque chose ne tourne pas rond. Il soupire tranquillement et son regard bleu me quitte enfin pour glisser sur cette serrure qu'il va devoir crocheter sans déclencher aucun des systèmes d'alarme veillant sur ces cellules.

– Ce que je ne ferai pas pour tes beaux yeux, petit frère. souffle t-il doucement tout en s'accroupissant à la hauteur de la serrure.

Je retiens de justesse un lever d'yeux au ciel d'anthologie. Non, il ne me fait pas – plus – peur, contrairement à Asatsuyu, qui en est toujours terrifiée. Mon frère m'agace, c'est tout. Je sais qu'Asa préférerai que je le craigne pour de bon, que ce dont il est capable me fasse peur à nouveau mais moi, ça me va très bien de ne pas avoir peur de lui – enfin, tant qu'il continue son jeu idiot de frangin soi-disant aimant. Tant qu'il se comporte ainsi, je ne vois pas pourquoi j'aurais peur de lui. Tant que je suis libre et pas dans une cage rien que pour lui, à sa merci, je n'aurai pas peur de lui.

Tu devrais. N'importe qui…

Sauf que je ne suis pas n'importe qui.

Oui, bien sûr! s'agace mon zanpakuto, chutant deux-trois fois de suite dans le vide de mon monde intérieur. Ça ne change rien au fait que tu ne te méfie clairement pas assez de lui et la peur est…

Franchement Asatsuyu. Si j'avais peur de lui, alors je l'aimerais. Donc merci mais c'est hors de question. Cette fois, elle se tait et je laisse mon regard errer dans les méandres cotonneuses des quelques épais nuages d'été surplombant actuellement le Seireitei. Shun lui, se concentre sur la serrure mais ça ne l'empêche pas de relever régulièrement son regard bleu vers moi, tantôt froid et glaçant, tantôt malicieux et amusé.

J'ai bien envie de l'envoyer bouler – rien à faire, Asa a beau trembler face à lui, moi il m'agace follement – mais je me retiens au dernier moment, me rappelant qu'il n'est pas dans son état habituel. Or un Shun qui diffère, même d'une manière à peine perceptible, c'est un Shun dont je peux moins bien prévoir les réactions. Il a beau être prévisible la majorité du temps, ça fait longtemps que j'ai essayé de trouver du sens à toutes ses actions. Parfois, il est juste parfaitement imprévisible. Et si on pouvait éviter d'en arriver là, j'apprécierai.

– Ceci-dit, reprend t-il à mon intention, après avoir marmonné à quelques reprises je-ne-sais-quoi pour lui-même, tu as bien confiance en mes capacités.

– Je ne t'aurais pas fait venir à moi, sinon.

Il acquiesce d'un hochement de tête.

– Je t'ai donc manqué? rigole t-il avec un sourire glacial tandis qu'il ramène un court instant ses pupilles froides et malicieuses sur moi.

– Nan.

– Tu pourrais sortir d'ici tout seul…

– Probablement pas, non. Faudrait que je sois expert en kido…

– Ce que tu n'es pas.

– Pas plus que toi. Mais j'ai surtout pas envie d'attirer l'attention. Alors que toi…

Tapotant d'un ongle un morceau de la serrure, il acquiesce à nouveau. Lui pourra être bien, bien plus discret que moi. Personne ne remarquera rien.

– Ouais.

– Tu l'as toujours, hein ?

– Évidemment. réponds t-il un peu sèchement, même si j'entends toujours un léger sourire dans sa voix. Sinon je ne pourrais pas te sortir de là.

Et tu n'aurais alors aucune utilité pour moi ai-je envie d'ajouter mais je garde ça pour moi. Pas besoin d'appuyer là où ça fait mal alors que je suis encore en cage. Alors je reste silencieux et je le laisse travailler, me concentrant plutôt sur les rares allées et venues quelque part dans la capitainerie des quelques shinigamis de la neuvième pas encore en pause déjeuner. Quelques minutes s'écoulent ainsi puis la serrure cliquette une dernière fois et la porte métallique s'entrouvre enfin. D'une main, il l'ouvre d'un geste grandiloquent.

– Mon très cher frère…

Je fais un pas en avant pour sortir mais il reste immobile sur mon chemin, me bloquant la sortie.

– Shun…

Son sourire félin s'agrandit.

– Tu sais quoi, frangin ?

Je ne réponds pas et me contente de l'observer, quelque peu sur mes gardes.

– On va dire que tu m'en dois une, hmmm ?

– Non.

Il hausse des épaules.

– Que tu es têtu. Alors que je pourrais hurler et rameuter tout le monde ici… Là, c'est sûr, ils t'enferment à double tour dans une jolie cage. Pour mon plus grand plaisir.

– C'est toi qu'ils refoutraient en tôle, ouais.

– Peut-être. sourit-il. Peut-être pas.

Il lève à nouveau la main vers mon visage et à nouveau, je ne bouge pas. Il joue, c'est tout. La seule chose qu'il veut, c'est une réaction. Il ne me touchera pas.

– Bouh? siffle t-il avec un sourire mauvais.

Et avant que j'ai le temps de percevoir son mouvement, sa paume se plaque avec force sur ma bouche, enfonçant ses ongles dans ma chair. Aussitôt, je bondis en arrière, d'un shunpo qui mettra le plus de distance possible entre lui et moi. L'arrière de mon crâne heurte le fond de ma cellule mais c'est à peine si j'y prête attention tandis qu'il éclate de rire.

– Ah, petit frère, petit frère… !

Pourquoi est-ce qu'il a fait ça, pourquoi pourquoi pourquoi, je ne aaah, pourquoi POURQUOI POURQUOI POURQUOI

– Voilà. On va dire que j'ai reçu quelque chose en échange de ma faveur! chantonne t-il d'un air très content de lui-même.

L'air plus que satisfait alors que la sensation de sa main adulte sur ma bouche me donne envie de vomir et de fuir le plus loin possible, il s'écarte enfin de la porte de ma cellule et recule de quelques pas, libérant le passage. Puis son sourire s'atténue quelque peu.

– Shyoga… Fais attention à toi.

Plaqué contre le mur du fond, les jambes tremblantes malgré mes efforts, je le fusille du regard, incapable de prononcer le moindre mot.

– Tu sais… je crois que les fantômes reviennent tous nous hanter, un jour ou un autre. dit-il doucement, la voix teintée d'une étrange amertume.

Puis il disparaît d'un brusque shunpo, me laissant seul assailli d'une multitude de questions au fond de cette cellule désormais ouverte.

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Putaaaaaain ce que je me suis éclatée à écrire cette scène avec Shun et Shyoga aaaaaaah! Pour rappel, Shun à ce moment-là, revient tout juste de la tour des Regrets, où il est allé voir sa mère après avoir appris de Kazeshini que Kensei et Shuuhei étaient allés sur les Montagnes et en avaient ramené quelqu'un. C'est suite à cette rencontre avec sa mère qu'il est un peu… zarb. (enfin, par rapport à d'habitude quoi)

Bon, ça reste encore mystérieux mais Shun a bien « quelque chose » qui lui permet de faire sortir Shyoga de sa cellule, vous finirez par comprendre ce que c'est au juste… (ET PUTAIN, COMMENT J'AI TROP HÂTE DE VOUS RACONTER ÇA!)

Et sinon, j'ai aussi beaucoup aimé écrire le passage avec Beni et Mini Charbon Poilu, JE KIFFE CE GORILLE OKAY

– … chacun ses goûts.

… Lulu putain t'abuse

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Le chapitre 139. (non il n'a pas encore de titre, chhhhut) arrive théoriquement le mercredi 21 juillet!

Faites péter les reviews si le cœur vous en dit, moi j'vous fais plein de bisous HYPER BAVEUX et je vous dit à la prochaine mes potos d'amouuuuuur!

*Lucifer fait mine de se faire vomir devant tant d'amour et de bons sentiments*