SALUT MES P'TITS CHOUS À LA CRÈME QUE J'AIME D'AMOUR!
– … ah ouais d'accord, tu fais carrément dans la guimauve dégoulinante d'amour.
Yup.
*Sa Majesté le Lulu Infernal fait mine de se faire vomir*
Bon bon bon! Voilà le nouveau chapitre et j'espère qu'il vous plaira, héhé! J'ai un peu galéré à le terminer, pas du tout parce qu'il était dur à écrire ou quoi que ce soit, au contraire, c'est juste qu'en ce moment, je cours partout à gérer 36 000 trucs à la suite donc j'ai eu un peu de mal à me poser au calme pour juste faire ce qui me plaît le plus au monde, écrire.
Allez, je vous laisse le lire en vous souhaitant une bonne lecture! On retourne un peu voir Shuuhei! (et ce fameux Shuu que Beni a voulu german-supplexer comme une sauvage avant de sauter par la fenêtre du troisième étage parce que c'est un génie notre Beni, que voulez-vous)
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ÉVIDEMMENT, un immense merci à vous tous qui continuez à me laisser des reviews, j'VOUS AIME BORDEL DE SLIP COSMIQUE (et d'ailleurs, je vois que les vues sont en train de remonter roooooh potentiellement de nouveaux lecteurs HÉHÉ! venez me dire coucou!)
Primo, merci à mon p'tit Jésus perso de la relecture aka Rizalone, qui me permet quand même de gagner masse de temps et ça c'est précieux mes p'tits potes! Tu gères O/
Et je suis bien contente que le précédent chapitre t'ait fait plaisir héhé! Je m'éclate autant à écrire Beni et son génie intersidéral que la relation bien perchée comme il faut de Shun et Shyoga et PUTAIN QUE JE LES AIME.
Et merci à Triuss qui continue sa vaillante lecture, VAS-Y MON POTE TU GÈRES, J'AI FOI EN TOI! J'adore lire chacune de tes reviews, à chaque fois, ça me fout un putain de sourire sur la gueule, merciiiii (j'avoue que je suis un peu déçue de pas avoir pu développer plus Kandai mais putain c'que je l'aime ce perso, je suis bien contente qu'il te plaise aussi)
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Discalibur :alors dans c'te fic y'a mes persos et ceux de Bleach, de Tite Kubo, et le tout… ben ça donne 750K de mots pondus sous cocaïne. Wouhouuuuuuuuu
139. Shuu, c'est Shuuhei. Je suis là. Tout va bien.
Shuuhei Hisagi, vice-capitaine de la 9ème division, hôpital des armées de la Cour, Seireitei. Le cerveau un peu à l'envers quand même.
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Alors aux dernières nouvelles, un hôpital, en théorie, c'est plutôt un lieu calme. Je dirais même plus, un lieu carrément calme, pas loin du calme style « silence de mort, fermez-là, la faucheuse passe parmi vous, faites coucou ». J'veux dire… Y'a des malades, des gens qui souffrent, des gens shootés à des doses de morphine suffisamment balaises pour les empêcher de hurler de douleur mais pas non plus trop balaises pour leur faire voir des éléphants roses à pois vert en tutus et gants de boxes. Donc bon, pas le coin où on décide de piquer des gueulantes.
Les hôpitaux, ce n'est pas franchement le lieu où on croise les personnes qui font le plus de bruit, on est loin du PMU ou des matches de foot un samedi soir – quoique les deux se rejoignent souvent, eh. Des patients et du personnel soignant, c'est tout. À la limite, quelques visiteurs venus passer le bonjour à un patient ou deux mais rien de plus, pas de quoi causer un ramdam de tous les diables.
Et puis merde, le Seireitei a beau être bloqué un bon paquet de siècles en arrière par rapport au monde terrestre, on n'opère plus sans anesthésie et à la scie rouillée en mode barbares médiévaux, heureusement. Une bonne vieille anesthésie des familles et l'opération se fait en silence, sans un bruit.
Donc nan, je ne vois aucune raison au bordel sans nom qui m'accueille lorsque je déboule plein pot à la 4ème, manquant de justesse de me prendre un mur en pleine poire parce que j'ai un peu foiré le freinage de mon shunpo à l'arrivée – oh merde hein, la journée n'a pas été facile et j'ai comme qui dirait la nette impression qu'elle ne va pas aller en s'arrangeant.
C'est-à-dire que… ouais, tout ce que je voudrais à l'instant présent, c'est poser une demande de congé d'à peu près 35 ans sur le bureau du capitaine Muguruma, récupérer Kazeshini et me casser loin de tout ce bordel histoire de me faire dorer la pilule sur une p'tite île paradisiaque des familles, en mode Shuuhei sur le sable fin, cocktail avec un p'tit parasol en papier coloré dedans en main et rondelles de citron entre les orteils, à glandouiller sévère et mater les couchers de soleil en souriant béatement. Bon, je suppose que les vacances version Kazeshini, ça serait plus en mode carnage de chatons innocents et pillage de villages en se marrant comme une hyène hystérique mais bon, j'lui filerai quelques punching ball à massacrer allègrement, elle sera contente.
Sauf que soyons honnêtes, c'est pas prêt d'arriver, qu'importe à quel point j'en ai envie, de ces foutues vacances. En fait, je crois que c'est même plus que ça, je n'en ai pas seulement envie, je crois bien que j'en ai besoin. Aujourd'hui est le genre de journée à la con où j'ai a la nette sensation que Kami-sama prends un malin plaisir à me cracher dessus – cette… séquence horrifique avec la Comète, la sensation de ses doigts sur ma peau, dans ma bouche, contre mes dents, à vomir son flot immonde de venin puis l'arrivée du capitaine et maintenant la gamine des montagnes disparue je-ne-sais-où alors qu'elle aurait dû rester K.O. un bon et surtout long moment, sans oublier bien évidemment qu'apparemment, il est arrivé quelque chose à Shuu et ça me tord les tripes rien que d'y penser. Yay.
J'veux dire merde, rien que la rencontre avec la Comète aurait suffi pour justifier une bonne semaine – … un bon mois – de congés bien mérités. Mais non, décidément, l'univers m'aime trop pour cesser de me pourrir la vie plus de 24h – à tous les coups, j'ai dû faire un truc vachement crade dans une vie précédente du style nazi psychopathe qui mange des enfants, ça expliquerait mon karma de chiotte et pourquoi je me tape un zanpakuto hystérique et sanguinaire.
La Comète, c'est clairement le moment le plus… le plus quoi ? Douloureux ? Difficile, de la journée ? Ah ! Je ne sais pas, il y aurait tellement de mots pour décrire ce moment, pour la décrire elle et ce lien tordu qui nous relie… Immonde. Répugnant. Dégoûtant. Terrifiant. Horrible. Atroce. Triste. Désespéré. Amer. Tout ce constat de qui elle est, de ce qu'elle a fait, de ce qu'elle voulait de moi, de ce qu'elle m'a fait, de ce qu'elle ne m'a pas fait… J'ai la sensation que tout ça me dévore, à qui mieux mieux, chacun de ces aspects plongeant férocement ses crocs en moi avant de tirer violemment à eux de toutes leurs forces.
Ouais, un peu comme si toute cette peine, tous ces remords, tentaient de m'écarteler vif. Déchirant, le voilà le mot qui correspond le plus. C'est en moi, toute cette situation, tout ce… Truc avec la Comète. Et à chaque fois que j'ai l'impression de finalement m'en débarrasser, que cette boule de poison en moi se délite enfin, bam, je me prends quelque chose dans la gueule et la douleur éclot de nouveau.
Ça m'a fait du bien de l'envoyer bouler cette connasse, et ça m'a fait encore plus de bien de la voir perdre ses moyens à l'idée de ne plus être si terrifiante que ça, de n'être plus grand-chose d'autre qu'une vieille folle en cage, oubliée de tous, sans mentionner le passage où le capitaine lui a éclaté la face contre un barreau, ça c'était la cerise sur le gâteau. Une putain de magnifique cerise sur le gâteau d'ailleurs, héhé.
Mais maintenant que je me retrouve seul… sans Kazeshini… sans le capitaine… La douleur éclot de nouveau. Pas exactement de la même manière que d'habitude, certes – j'ai clairement la sensation qu'oser enfin la repousser comme je l'ai fait au lieu de me plier à ses jeux tordus m'a fait beaucoup de bien, m'a aidé à franchir un cap… Mais ça n'est pas suffisant pour régler quoi que ce soit. La douleur est quand même là et maintenant que je sais qu'il est arrivé quelque chose à Shuu, elle se remet à gronder en moi de plus belle. Et j'en ai marre. Marre d'avoir mal, j'en ai marre que cette salope de Comète me hante, marre qu'elle ait toujours ce pouvoir sur moi, marre, marre, marre. Marre de chez marre.
Et encore s'il n'y avait que ça ! Bordel, les conneries dans ce genre, à ce point-là ce n'est plus que je les accumule, c'est limite que je les collectionne. Si on remonte à peine dans le temps, il y a cette enfant que j'ai manqué de tuer. Je sais, je sais, j'essaye de me rappeler les mots du capitaine, « tu ne l'as pas tuée et elle n'est pas une enfant », j'essaye de me raccrocher au son de sa voix, au ton calme et posé quand il l'a dit, comme s'il statuait une évidence des plus simples.
Ah ! C'est vrai que tout semble… Plus facile et plus simple avec le capitaine. Bon, il a toujours l'air un peu ronchon et à deux doigts de coller des baffes à la volée – et est absolument putain de magnifique quand cette ronchonnitude quitte quelques instants ses traits mais ça c'est bonus – mais c'est vrai qu'avec lui à mes côtés, je ne sais pas, j'ai l'impression que le bordel monstrueux en moi s'apaise, au moins un tout petit peu. Et putain, c'est déjà ça de pris.
La gamine que j'ai embrochée, le choc sur son visage, son sang chaud sur mes mains… Ca n'aurait pas dû m'impacter autant, je sais, je sais. D'autant plus que je suis soldat des armées de la cour, par tous les cieux. La base de notre métier, c'est quand même de passer des gens par le fil de notre lame, hein. Sûr, les combats, j'ai l'habitude… Mais contre des enf… des adolescents, déjà beaucoup moins. Je me suis pas engagé pour embrocher des gosses. Et vu mon histoire perso, non, clairement, ça n'a rien d'anodin de me retrouver avec mon sabre en travers du corps d'une adolescente.
Pas que ça ne perturberait pas tout être à peu près normalement constitué mais moi, je ne sais pas, ça me… urgh. C'est dur de trouver les bons mots à mettre dessus. Et ce d'autant plus que ça ne fait pas si longtemps que ça que j'essaye de mettre des mots dessus. Haha. C'est un sacré bordel tout ça.
J'ai l'impression que dans ma tête, tous les enfants se confondent un peu. Les amis de mon enfance, Torahiko, Gyûji et tous les autres, ceux que j'ai connus comme ceux dont j'apercevais le cadavre froid au loin au petit matin suite à une nuit trop froide ou à une journée de trop sans pouvoir se nourrir. Les enfants au fond de ces fosses communes, cette foule immobile de corps brisés, la terre froide parsemant leurs visages figés, avec leur gorge tranchée et toutes ces marques et toutes ces plaies sur leurs corps si fins et fragiles… que des gosses, seuls, faibles, livrés à eux-même, que personne n'a voulu protéger, dont personne n'a voulu se préoccuper. Toutes ces images se superposent, s'emmêlent, se mélangent et se confondent. Tu parles que ça m'a laissé des séquelles.
D'ailleurs, j'ai longtemps nié en avoir, des séquelles. Kazeshini avait beau tenter de m'ouvrir les yeux, j'étais franchement balaise pour les garder clos. Et elle est franchement nulle pour ce qui est de la psychologie et de la subtilité alors ça a clairement pas aidé. Ça a pris du temps, beaucoup de temps, ne serait-ce que pour que j'en prenne conscience, de ces foutues séquelles. J'étais en plein déni et à ce niveau-là, ça tient presque du talent à l'état pur. C'est que je suis un champion pour tout enfouir en moi.
Le problème, c'est qu'un truc dans le genre, un truc aussi horrible que la Comète, t'as beau l'enterrer au plus profond de toi, à un moment ou à un autre, ça finit par te péter à la gueule. Et même si ça ne te pète pas à la gueule, crois-moi que ça ne se prive pas pour t'empoisonner tout son soûl. Quoi que t'en fasses, si tu te contentes juste de le garder en toi, qu'importe tes efforts pour l'oublier et faire comme si rien ne s'était jamais passé, ça te pourrit la vie.
Et ouais, ça m'a pourri la mienne – et ça a pas l'air de vouloir vraiment s'arrêter même si eh, faut reconnaître que c'était pire à une époque. J'veux dire, c'est pas pour rien qu'Akon m'a plaqué un peu comme une merde. Allez ciao le Shuuhei, ça suffit tes conneries à gérer, hop, direction la poubelle comme une vieille chaussette trouée, marre de tes cauchemars, de tes pétages de câbles et des non-dits.
Pfff… ça fait déjà quelques temps, cette histoire avec Akon mais comme pour beaucoup d'autres choses dans ma vie, j'ai masse de regrets. Oh, ce n'est pas que lui me manque – je pense que c'est plutôt… d'avoir quelqu'un qui me manque – et depuis le temps, eh bien, la tristesse de la rupture s'en est allée. Non, ce qui continue à me peser, ce sont les regrets. Je regrette la manière dont ça s'est terminé. La manière dont j'ai géré les choses… tout ce que j'ai fait et que j'aurais pu ou aurais dû faire autrement.
Bon, ce n'est pas non plus comme si j'étais tout seul l'unique raison pour laquelle cette relation s'est pris un sacré gros mur dans la gueule, faut reconnaître que niveau communication, Akon est un sous-doué. Moi j'suis juste naze pour communiquer, lui c'est limite un art de vivre. Sans déconner, même à la fin de notre relation – même aujourd'hui – je suis incapable de dire s'il m'aimait vraiment ou si j'étais juste… une distraction, une occupation, quelque chose comme ça. Dire « je t'aime » lui aurait probablement écorché la bouche et on va reconnaître que de base, il n'était pas franchement causant non plus.
Mais ça, au fond, ça ne change rien à mes regrets. Regrets d'avoir gardé toute cette douleur en moi, d'avoir refusé de mettre des mots sur pourquoi je pouvais faire de tels cauchemars qui l'assommaient à moitié – voire l'assommaient pour de bon. Oh, Akon a beau peu parler, il est foutrement perspicace, j'avais beau ne rien lui dire, refuser de lui parler de mon enfance ou de la Comète, garder tout ça en moi et ne pas en lâcher un mot, j'avais comme l'impression qu'il savait. Et ça avait le don de me foutre hors de moi.
Je ne voulais pas en parler, c'était mon histoire, ma douleur et il était hors de question que je confie ça à qui que ce soit. Je n'avais pas envie d'en parler, je refusais que quiconque me questionne à ce sujet, à part le capitaine Tôsen. Et apparemment aujourd'hui, le capitaine Muguruma aussi. Mais Akon, non. Je n'y arrivai pas.
Je gardais ça farouchement en moi, comme si en parler à voix haute allait me faire mal à nouveau. Alors forcément, face à Akon et ce regard qu'il pouvait avoir… Ah ! Il a cet espèce de regard perçant, on dirait qu'il peut voir à travers tout. Parfois, j'avais l'impression d'être comme un livre ouvert devant lui, complètement vulnérable.
Dans ces moments-là, lorsqu'il me fixait de ces prunelles comme deux putains de scalpel, c'était comme s'il était déjà en train de fouiller dans ma tête, ma mémoire et mes traumas. Je haïssais ça. J'avais l'impression qu'il creusait sans gêne dans mon esprit, guidé par une curiosité morbide, qu'il fouillait dans mes souvenirs sans même que j'y consente le moins du monde. Et la plupart du temps, ouais, je pétais des câbles. Méchamment, en plus. Et alleeeeeez, on rajoute ça à ma liste de regrets, youhou.
Je me rappelle qu'une fois, il m'avait regardé comme ça sans ciller, sans bouger d'un pouce alors que je m'étais mis à lui hurler dessus. Ça avait commencé tout connement en plus, et comme à chaque fois : cauchemar de ma part, Akon qui se barre pour dormir sur le canapé – vers la fin, il se cassait même carrément dormir chez des potes à lui ou à sa capitainerie – moi qui me réveille le lendemain matin, capte ce qui s'est passé, me sent super coupable de lui avoir une nouvelle fois fait mal ainsi – ah bah oui, c'est douloureux de se bouffer du reiatsu de vice-capitaine affolé en pleine poire – m'excuse comme une pauvre merde et lui qui se contente de me regarder sans rien dire, sans rien dire, sans rien dire…
J'avais fini par hurler que ça ne le regardait pas tout ça, que c'était rien, juste mon enfance et là il m'avait coupé de sa voix froide en disant « t'en reviens toujours à ton enfance, tu culpabilises… Et de quoi, au juste, on se le demande parce que merde c'était peut-être horrible mais tu t'en es sorti, c'est bon, passe à autre chose »
Tu t'en es sorti. Haha.
Oui, merci, j'avais remarqué. J'ai un toit au-dessus de ma tête chaque nuit, je peux manger à ma faim, je suis devenu vice-capitaine. Sur le coup, sous le choc, j'ai gardé le silence. Puis, après quelques secondes, je lui ai hurlé qu'évidemment, j'étais rongé par la culpabilité, putain, pas parce que moi, je m'en étais sorti, mais parce que, eux ; tous ces gosses que j'ai connus, tous ces gosses des rues qui existaient et qui existent encore, eux ne s'en sont pas sortis. Puis il m'a juste soufflé la fumée de sa clope au nez et m'a planté là comme un bel idiot.
Ah putain j'vous jure, il est glorieux le vice-capitaine de la 9ème… Le plus étrange dans tout ça, c'est que j'ai uniquement commencé à faire face à tout ça quand l'univers a décidé de me foutre une énième tarte en pleine gueule, à savoir le moment où le capitaine Tôsen, mon capitaine, a trahi. Là, haha, je ne sais pas vraiment pourquoi au juste mais c'est comme si tout ce que je voulais enterrer en moi, y compris cette nouvelle douleur d'avoir perdu un homme que j'admirais plus que tout, à qui je devais tant et qui se trouvait être un traître, eh bien ça avait fait brusquement trop : toute ma douleur, tous mes regrets, ça ne rentrait plus. Ça débordait.
Alors je crois bien que je n'ai plus eu le choix. Il a fallu que je m'en occupe, que j'y fasse face, finalement… Évidemment, au milieu de ce long processus, on rajoute mon sabre qui déchiquette la gorge du capitaine Tôsen, son corps qui m'explose sous les yeux juste avant qu'il puisse me voir, l'arrivée d'un nouveau capitaine lui aussi sorti de mon enfance – l'univers a le sens de l'humour le plus naze qui soit – et en putain de bonus sortit de derrière les fagots, ce qui s'est passé juste devant Enkei, lorsque des lames tombées du ciel ont terrassé le hollow qui s'apprêtait à achever la gamine aux cheveux rouges. Je me suis forcé à ne pas repenser à ce moment, à cette silhouette fine et reconnaissable entre toutes, ce… ce foutu fantôme, cette apparition impossible qui ne…
– Euh, vice-capitaine Hisagi, vous vous sentez bien ?
Brutalement ramené à la réalité, je cligne bêtement des yeux. Et encore une fois, histoire de bien me refoutre les yeux en face des trous.
Juste devant moi, à peine sur ma gauche, ce type en uniforme de la quatrième me regarde, l'air un peu inquiet. Il en est carrément à avoir une main devant mon visage, comme s'il venait de l'agiter devant moi histoire de voir si j'suis encore réceptif ou si mon cerveau a fondu par mes trous de nez.
En même temps, je le comprends, ça doit faire une bonne minute voire peut-être même davantage que je suis planté là comme un con, un peu au beau milieu du couloir. J'ai un peu l'impression d'avoir flotté je ne sais où en orbite et là bim, on me ramène d'un seul coup au sol sauf que je ne suis pas encore totalement en phase.
C'est dans ces moments-là que je me rappelle à quel point j'ai besoin de Kazeshini et à quel point je me retrouve perdu sans elle. Je l'aurais eue avec moi, elle m'aurait empêché de laisser mes pensées vagabonder ainsi et égrener un peu tout ce qui peut me faire du mal – à ce niveau là, j'dois aimer me torturer, j'vous jure, Shuuhei Super Maso wouhouuuu. Je peux imaginer d'ici toutes les vannes qu'elle me sortira quand je vais la récupérer, ça va être…
– Vice-capitaine Hisagi ? Vous voulez vous asseoir ?
Oh merde, franchement, je crains. À nouveau j'ai laissé mon esprit partir dans le vague, probablement avec un sourire un peu idiot aux lèvres en pensant à mon zanpakuto. Je sais pas, c'est comme si, elle absente, il me manquait un cadre. Pourtant, tout ce qu'elle fait ma Kazeshini, c'est me vanner, insulter des trucs et se marrer comme une hyène pour un peu tout et n'importe quoi. Et menacer les gens aussi, beaucoup.
Mais avant que le type en face de moi appelle quelques collègues à la rescousse parce qu'il se demande si le vice-capitaine de la neuvième n'est pas en train de lui faire une attaque au beau milieu de leur hôpital déjà en proie à un sacré bordel, je finis enfin par lui répondre.
– Non, non, ça va, je vais bien ! je réponds avec un sourire que j'espère rassurant.
Ben c'est pas un franc succès vu l'œillade soupçonneuse qu'il m'adresse.
– Non, vraiment, je vous assure, je vais bien.
– Nan parce que je peux vous appeler un infirmier hein, si nécessaire…
Amusé, je lâche un sourire un peu plus sincère que le précédent. J'entends déjà d'ici la remarque de Kaze, un genre de « ben tu vois petit shinigami, c'est bien beau de faire la morale à ton capitaine aux beaux abdos mais toi aussi, tu gardes tout pour toi et ne te reposes sur personne… Regarde ducon, tu vois que les gens s'inquiètent pour toi ». Ce à quoi je lui aurais probablement répondu par une vague esquive du style « mais non mais ce gars ça compte pas, c'est son métier, bla-bla-bla ».
… N'empêche que si je me mets carrément à faire des dialogues tout seul dans ma tête avec mon zanpakuto absent, là le gars en question aura de très bonnes raisons d'appeler un infirmier. Bon, ça suffit Shuuhei, allez, on se reprend ! Et oui, oui, ma vie a pas mal de casseroles au cul mais eh, ce n'est pas tout ce qui me définit. Oui, Kaze me manque, me manque atrocement et j'ai besoin d'elle mais je vais très vite la récupérer, ce n'est que temporaire. Alors haut-les-cœurs.
– J'ai juste… Un petit passage à mou. je finis par expliquer parce que je sens qu'il ne va pas me lâcher sinon, me grattant l'arrière du crâne d'un air un peu gêné. Mais rien de bien important.
– Hmmm. Sûr de chez sûr ?
– Sûr.
– J'vous ramène un morceau de sucre et une pomme, juste au cas où ?
Je lâche un rire discret.
– C'est très gentil, merci, mais ça ne sera pas nécessaire, je vous assure.
– Bon. J'espère pour vous. Parce que clairement, si vous vous évanouissez maintenant, au beau milieu du bordel qu'on se tape… Ben je peux pas vous garantir qu'on vous laissera pas évanoui dans un coin vu tout ce qu'on a à gérer.
Shuuhei le paillasson. Je retiens un sourire à cette image et hoche de la tête, histoire de montrer que oui, pas de soucis, j'ai bien capté. Ah oui, parce que faut que j'explique le topo… C'est un peu un bordel cosmique ici.
En fait, quand je dis ici, je ne désigne pas l'hôpital de la quatrième en entier. Bon, faut pas abuser non plus, il s'agit de l'hôpital militaire du Gotei donc ouais, le truc est carrément massif. Je crois même qu'il s'agit d'un des plus gros bâtiments du Seireitei, surtout depuis qu'un hôpital civil s'y est ajouté sous l'impulsion du capitaine Unohana – et d'Aizen, quand ce fils de pute se la jouait Mister Sympatoche avec le cœur sur la main et tout le tintouin alors qu'il n'a jamais eu rien à branler de qui que ce soit.
Donc quand je parle de giga bordel, il s'agit juste de cette aile, relativement fine et toute en longueur, c'est pas non plus l'anarchie à l'échelle de tout le bâtiment. D'ailleurs, m'est avis que ça serait impossible d'étendre l'ambiance d'anarchie qui règne ici au reste de l'hosto, le capitaine Unohana débarquerait en un clin d'œil et il suffirait d'un seul de ses sourires du « oh je suis très gentille mais déconne juste un peu et tu vas carrément le regretter » pour calmer tout ce joyeux petit monde. À sa manière, elle est bien plus terrifiante que le capitaine Zaraki ou le vieux Yamamoto. Clairement pour l'instant, elle n'a pas eu vent du bin's sans nom qui règne ici ou elle serait déjà venue y mettre le holà.
Alors, alors, comment vous décrire le truc… ? Bon, prenez un hôpital de base. Longs couloirs blancs avec néons froids alignés au plafond, une enfilade de chambres de patients et de salles de machins médicaux – oui, j'y connais pas grand-chose, j'ai fait Shin'Ô, pas médecine – et un paquet de médecins, d'infirmiers, d'infirmières, de sage-femmes et tout le tintouin. Avec quelques patients qui se baladent dans les couloirs, aussi, faut pas non plus les oublier.
Bon, eh bien vous gardez cette image en tête sauf que les gens, au lieu de se déplacer tranquillement et en silence afin de respecter la quiétude des lieux, ils courent et beuglent, certains comme des porcs qu'on égorge. Et je suis à peu près certain d'avoir vu des oreillers voler ainsi qu'une ribambelle de scalpels, ce qui est déjà vachement moins bon enfant.
– Je vois ça, je fais, esquivant ce qui me semble être un patient piquant un sprint de tous les diables avec une peluche de lapin à deux têtes dans les bras poursuivi par quatre ou cinq infirmières qui tentent de récupérer toutes les perfusions qu'il sème sur son chemin.
Le gars, qui a enfin cessé de me dévisager d'un air inquiet, fait un pas de côté, apparemment parfaitement confiant en la capacité de ses collègues à récupérer leur patient sprinteur.
– Ouais, je ne vous raconte pas le bin's…
Il a l'air épuisé rien qu'à me raconter ça. Je sais pas depuis combien de temps cette espèce d'anarchie règne mais ça a l'air balaise. Le pire je crois, ce ne sont pas les gens qui courent en gesticulant dans les couloirs, nan, ça, ça va encore. À la limite, c'est plutôt drôle en fait – si, voir un gars se faire courser par cinq infirmières armées de seringues longue comme un bras, c'est drôle. Inhabituel, cocasse, loufoque, mais rien de plus. Le truc qui vous fait vraiment froid dans le dos, ce sont les hurlements.
J'ai du mal à identifier combien de personnes au juste hurlent, de purs hurlements rauques qui ne forment aucun mot, qui expriment juste de la douleur ou de la peur, mais il y en a au moins quatre ou cinq. Je me fais à nouveau dépasser par deux infirmières de la quatrième qui courent et s'engouffrent à toute vitesse dans la chambre d'un patient. Lorsqu'elles ouvrent la porte, je peux entendre de lourds sanglots hystériques. De plus en plus mal à l'aise et inquiet, je me tourne une nouvelle fois vers cet homme qui m'a accueilli.
– Dites…
– Fukuda, mon vice-capitaine.
– Merci. Donc, Fukuda, hem… Vous pourriez m'expliquer ce qui se passe ici ?
Et tout en lui demandant ça, je me mets enfin à avancer. C'est que je n'ai pas oublié pourquoi on m'a fait venir ici, pour Shuu. Quelque part en moi, une petite voix méchante me murmure qu'un vrai vice-capitaine digne de ce nom serait déjà dans les rues du Seireitei, à chercher notre prisonnière qui vient de s'évader. J'écrabouille cette foutue voix sans ménagement. Shuu est la priorité, on verra après pour la gosse surexcitée à cheveux rouges. Donc c'est d'un pas sûr que je me dirige vers sa chambre. Sauf que Fukuda m'attrape par le bras et me dirige vers un autre couloir.
– Non, non, vice-capitaine, il est là-bas.
Ah, donc il sait pourquoi je suis là. Tant mieux. Je suppose qu'à la base, c'est pour ça qu'il s'est préoccupé de moi, on a dû l'envoyer me chercher afin de me guider au bon endroit. Je lui emboîte le pas.
– Quant à ce qui se passe ici… fait-il dans un soupir tout en accélérant son pas pour se caler sur le mien. Disons que votre… détenue a causé une sacrée réaction en chaîne.
– Qu'est-ce qui s'est passé au juste ? Et comment est-elle sortie de sa chambre sans que personne ne s'en rende compte ? J'avais bien posté un garde devant, non ?
– Ah, justement… On a eu une urgence dans le bâtiment B et le médecin l'a réquisitionné pour nous aider à maîtriser un patient alors hem, il n'y avait personne quand elle s'est barrée.
… par tous les cieux, on aurait dû la menotter au lit. Je me sermonne mentalement quelques secondes puis me rappelle qu'elle n'aurait pas dû pouvoir se réveiller de sitôt sachant que j'ai bridé son reiatsu. Allons bon, encore un petit mystère à résoudre. Ils tardent pas à s'accumuler autour de cette gosse.
– Quant à ce qui s'est passé… Pour l'instant, on n'est trop sûr de rien parce que Shuu n'est pas en état de parler et Yuukun…
– Yuukun ?
– Ah oui, excusez-moi, vous ne la connaissez pas. C'est une de nos résidentes permanentes. Shuu s'occupe d'elle de temps en temps. C'est une grande brûlée, amputée des deux jambes, borgne, relativement malentendante et très, très abîmée mentalement parlant. Elle a fait beaucoup de progrès depuis son arrivée chez nous et Shuu a réussi à l'aider à parler à nouveau même si bon, c'est pas toujours ça.
Aaah, si si, ça y est, ça me dit quelque chose ! Non, je n'ai jamais rencontrée cette fameuse Yûukun mais Shuu m'en a déjà parlé. Ce qui me fait penser que ça fait vraiment longtemps que je ne suis pas venu lui rendre visite et qu'on n'a pas simplement discuté tranquillement autour d'un thé vert.
– On lui a fait faire des prothèses pour qu'elle puisse marcher mais elle refuse de les toucher… Shuu a bien réussi à les lui mettre deux-trois fois mais c'était long et laborieux vu que le moindre contact humain peut déclencher une de ses crises de peur panique. Enfin bref ! Votre prisonnière là, elle a… Au fait, elle s'appelle comment ?
– Benikyogai Benitsuki. je réponds mécaniquement.
À la base, je comptais juste l'appeler « la gosse » ou « la dingue » mais le capitaine m'a dit que c'était le nom que lui avait donné Kandai, d'Enkei, à propos de ce qui vivait sur ces montagnes. Soit il causait des tigres, ce qui est peu probable, soit il causait d'elle. Beni, avec des cheveux pareils, ça se tient. Mer du Néant Écarlate, Lune Écarlate, ça fait un peu nom de catcheur inspiré et vaguement poétique – ou de tueur en série décapitant les gens avec les dents – mais eh, qui suis-je pour juger.
Après, je dois reconnaître qu'il ne s'agit que d'une hypothèse et ça se trouve, son vrai prénom c'est Géraldine mais disons que ça reste une hypothèse qui tient la route, en plus d'être la seule dont nous disposons. Et puis ça sera plus simple de l'appeler Benikyogai Benitsuki, tout chelou et à rallonge que soit ce nom plutôt que de juste l'appeler « la gosse » ou « l'évadée », sans parler de « la prisonnière » parce que non, je ne la considère pas franchement comme une prisonnière. C'est juste que je l'ai embrochée et que je n'allais pas non plus la laisser comme ça à se vider de son sang sur ces foutues montagnes hantées. Pis on avait quand même des questions à lui poser, à la base.
– … D'accord, pourquoi pas après tout. lâche Fukuda dans sa barbe, apparemment lui aussi décontenancé par ce blase quelque peu inhabituel.
Toi et moi, idem mon p'tit pote.
– Bref, reprend-t-il avec une voix plus claire, comme je vous le disais, il nous manque des éléments parce que Yûukun ne parvient pas à nous expliquer quoi que ce soit et Shuu… Shuu n'arrive plus à parler.
Mes poings se crispent subrepticement. Je ne sais pas ce que cette gosse lui a fait mais de savoir que Shuu est dans un tel état me donne clairement l'envie de lui coller un bon pain dans la tête, toute gamine qu'elle soit. Voire deux ou trois pains en fait. Merde, c'est pas comme si Shuu n'avait pas déjà suffisamment pris cher dans sa vie.
– Ça fait combien de temps qu'il est non verbal ?
– Quelques heures.
– Quelques heures ?! Et ce n'est que maintenant que vous me contactez ?!
Mon ton étant brusquement devenu sec et cassant – ils auraient dû me prévenir dès le début de sa crise, bordel, pas le laisser des heures dans cet état – je le sens qui devient nerveux à ma droite, continuant toujours à me montrer le chemin.
– Vice-capitaine Hisagi, nous avons bien tenté de vous contacter plus tôt, mais vous n'étiez pas à la capitainerie et vos hommes sur place n'ont pas pu nous donner votre localisation exacte…
Ouais déso, j'étais en train de taper le bout de gras avec le monstre de mon enfance.
– Hmmmhmm, j'acquiesce, le ton tenant un peu plus du vague grognement que d'autre chose. Et c'était il y a combien de temps, ça ?
– Euh… Une demie-heure? fait-il d'une voix pas si assurée que ça, l'air de vaguement se demander si oui ou non je peux lui faire perdre son poste et l'envoyer récurer des chiottes pour les dix ans à venir – pour la faire courte mon vieux, si je suis vraiment motivé… oui, je peux et j'avoue que je considère de plus en plus l'option pour être tout à fait honnête et vive l'abus de pouvoir.
– Et je peux savoir ce qui vous a pris autant de temps ? je grogne tout en tournant vivement à gauche, le suivant d'un pas vif – et oui, on entend toujours ces hurlements qui résonnent dans tous ces couloirs immaculés.
– Eh bien, comme je vous le disais, cette… Benikyogai Benitsuki a foutu une sacrée pagaille et on a dû gérer tout ça, autant Shuu que nos autres patients. Une chose, une autre…
J'empêche de justesse la remarque acerbe qui me brûle les lèvres et souffle un grand coup, me forçant à décrisper quelque peu ma mâchoire.
– Il s'est passé quoi au juste avec cette gosse? je finis par demander sans toutefois parvenir à chasser totalement l'énervement de ma voix.
Non parce que vous êtes mignons mais moi je patauge. Et j'en ai marre d'avoir la sensation qu'il me manque des épisodes.
– Eh bien, reprend Fukuda l'air soulagé de changer de sujet, de ce que nous avons compris elle est sortie de sa chambre et pour une raison et pour une autre, elle s'est retrouvée dans celle de Yûukun, où Shuu se trouvait aussi. À cette heure-ci, c'est plutôt normal.
En effet, maintenant que j'ai relié ce prénom à la fille dont Shuu me parle de temps en temps, je comprends mieux. Cette femme est une résidente permanente de l'hôpital autrement dit, elle vit ici. Du peu que Shuu a pu m'en raconter – mais rien que son apparence physique, c'est assez pour se faire une idée – elle est en effet incapable de vivre seule. Amputée, grande brûlée, borgne… Rien que ses blessures physiques font qu'elle a besoin d'un assez lourd suivi médical. Et mentalement parlant, elle est incapable de se débrouiller seule.
Donc elle vit à l'hôpital, là où on pourra prendre soin d'elle et où, petit à petit, elle pourra aller mieux. Shuu lui, vit également à l'hôpital mais c'est assez différent de Yûukun. Elle, elle est résidente alors que lui… C'est plus nuancé que ça. Disons qu'il y a très longtemps vécu au même titre qu'elle. Mais aujourd'hui, il est presque capable de vivre seul et en autonomie. L'aile des résidents permanents, de son lieu de vie, est devenu son lieu de travail : après des années et des années de progrès, il a pu commencer à se former en tant qu'infirmier et seconder le personnel médical, ce qu'il fait aujourd'hui tout en continuant à disposer de sa propre chambre ici, dans le couloir correspondant aux patients libres d'aller et venir à leur guise, pouvant sortir de l'hôpital et travailler à l'extérieur tout en continuant à disposer d'un cadre médicalisé.
Oh, physiquement, il n'a aucun problème comparable de près ou de loin avec cette Yûukun – à part un petit souci avec la bouffe et sa tendance à régulièrement être en sous-poids, physiquement tout va bien pour lui. C'est mentalement que ça peut être beaucoup plus compliqué. Après tout, ce n'est pas pour rien qu'ils m'ont fait venir.
– De ce qu'on a pu me raconter, les soldats qui ont débarqué dans sa chambre, il semblerait que…
– Que quoi ?! je fais, de plus en plus sur les nerfs qu'il ne me crache pas le morceau.
– Écoutez, ils sont venus parce qu'ils ont senti le reiatsu de Shuu trembler et se tordre de terreur et…
Putain. Là, ce sont mes tripes à moi qui se tordent d'inquiétude. Mais qu'est-ce qu'elle lui a fait putain.
– Enfin, ils ont débarqué, lui était par terre, elle plus ou moins en train de lui faire une prise au sol. De ce qu'ils ont pu en comprendre, eh bien, il semblerait qu'elle était… Enfin, on pense qu'elle le questionnait. Des histoires de menaces de lui briser quelque chose s'il ne répondait pas, il… Urgh !
À ces mots – cette petite morveuse l'a torturé – mon reiatsu a brusquement débordé de rage et je viens tout juste de manquer de l'assommer. Faisant de mon mieux pour le rappeler à moi et éviter d'assommer tout le monde sur un rayon de vingt mètres, je crispe les poings à m'en faire mal sans m'excuser – mâchoire trop serrée pour dire quoi que ce soit – et l'enjoins à continuer d'un geste de la main.
– Lorsqu'elle s'est retrouvée piégée par ces nouveaux venus, elle a… hem, elle leur a lancé Shuu dessus.
… Pardon ?!
– Et c'est là que c'est vraiment parti hors de contrôle. Yûukun s'est mise à hurler de terreur. Shuu n'a pas réussi à contenir sa propre crise, aucun des trois soldats qui a débarqué dans cette chambre n'était formé pour ce genre de situations – eux, ce sont des infirmiers spécialisés en brûlures et plaies par le feu alors forcément, le département psychologie hein…
Il soupire brièvement à l'évocation de ce fiasco.
– Enfin, pendant tout ça, votre Benikyogai Beni-quelque chose a sauté par la fenêtre et nous a laissé gérer derrière elle tout le foutu bordel qu'elle a déclenché. Parce que Yuukun qui hurle, je vous assure que c'est quelque chose… Ça n'a pas aidé Shuu mais de ce que m'ont dit les infirmiers qui ont tenté de s'occuper de lui, ce n'est pas suffisant pour expliquer l'ampleur de sa crise. Il est en plein flash-back là…
D'où le côté non-verbal. Dans ces moments-là, il est parfaitement incapable de parler. En fait, pour faire court, il est relativement incapable de comprendre ce qui l'entoure, revivant son traumatisme. Et c'est carrément violent.
– C'est pour ça qu'on la soupçonne de l'avoir franchement menacé et d'avoir fait usage de la force dans ce but. Ça expliquerait pas mal de choses. Mais de ce qu'on a pu examiner de lui, il ne semble pas physiquement blessé. Si on pouvait l'approcher on pourrait s'en assurer mais pour l'instant… Enfin. On espère que vous réussirez à la sortir de sa crise sinon on risque de devoir y aller de force, ce qu'on préférerait tous éviter.
Il soupire une nouvelle fois en entendant un hurlement reprendre de plus belle.
– Tenez, fait-il, ça c'est Yûukun. Elle est… dans un chagrin inconsolable, à hurler de douleur et on n'arrive pas du tout à la calmer. Surtout que à hurler comme ça, elle a terrifié un paquet d'autres patients. Ici, on traite beaucoup de PTSD alors entendre quelqu'un hurler à la mort ainsi, ça a déclenché pas mal de crises et de flash-back… D'où d'autres hurlements. C'est un incendie qui s'auto-alimente, tout ça. Ils ont tous l'impression de revivre le pire moment de leur vie et on est en sous-effectifs pour gérer le truc…
Finalement, nous nous arrêtons devant une pièce fermée. Effectivement, je peux sentir le reiatsu tremblant de Shuu d'ici. Tout ce que je veux, c'est me précipiter à l'intérieur, le prendre dans mes bras, le sortir de ce lieu devenu fou et le rassurer encore et encore en lui disant que tout va bien, qu'il ne risque rien. Mais vu l'état dans lequel il se trouve, il va falloir que j'y aille doucement. À mes côtés, Fukuda soupire une énième fois, l'air épuisé de cette journée qui n'en finit pas.
– On ne voulait pas déranger le capitaine Unohana pour un truc pareil, surtout qu'elle a beaucoup à faire aujourd'hui mais je crois bien qu'on ne va plus trop avoir le choix. Bon, sur ce vice-capitaine Hisagi…
D'un signe de la tête, il me salue.
– J'ai du travail alors je vous laisse. Prenez soin de Shuu… Et si jamais il y a besoin, les infirmiers ne sont pas loin.
Puis il tourne les talons et s'en repart d'un pas rapide. Désormais seul, j'inspire un grand coup.
Là où se trouve cette pièce, les hurlements qui ne cessaient de résonner tout à l'heure sont bien plus ténus, voire presque plus perceptibles. Tant mieux. D'un coup d'œil rapide, je note les fenêtres et l'escalier de secours qui se trouve à une dizaine de mètres. Pour être déjà venu ici – la chambre de Shuu n'est pas très loin de ce couloir – je sais que cet escalier est un escalier métallique descendant le long de la façade. Dès que j'aurais poussé sa porte rouge avec Shuu, nous nous retrouverons en extérieur. Parfait.
J'inspire lentement puis doucement, je relâche mon reiatsu. Je me concentre pour qu'il soit calme, rassurant, familier et que de l'intérieur de la chambre où il se trouve, Shuu puisse le percevoir. Je veux qu'il sache que je suis là. Je prends mon temps même si une voix en moi me hurle de foncer et le récupérer. Je dois faire ça palier par palier sinon je risque de lui faire peur et son esprit lui hurlera que moi aussi, je vais lui faire du mal.
Puis après une bonne minute, je prends la parole.
– Shuu.
Je l'appelle doucement, sans mettre de force dans ma voix, comme s'il n'y avait aucune porte entre nous et qu'il se trouvait juste à côté de moi.
– Shuu, c'est moi. C'est Shuuhei.
Bien évidemment, aucun bruit ne me parvient en retour.
– Shuu, c'est Shuuhei. Je suis là. Tout va bien.
Et je continue cette litanie rassurante pendant quelques minutes.
– Shuu, je vais entrer, d'accord ?
Lentement, j'ouvre la porte de cette chambre tout en continuant à m'adresser doucement à lui. La pièce est plongée dans l'obscurité et seule la porte que je viens d'ouvrir permet d'y discerner quelque chose. En attendant que mes yeux s'habituent, je fais un pas en avant. J'ai beau ne pas encore y voir très clair, je connais très bien son reiatsu depuis le temps et je peux très précisément le repérer. Shuu est juste là, assis par terre, prostré au milieu de cette pièce silencieuse.
Shuu est un adolescent plutôt grand pour son âge et il l'était déjà quand je l'ai vu pour la première fois. À l'époque, il faisait déjà presque ma taille. Depuis, il a pris facile une tête et approche quasiment des deux mètres. Mais rien à faire, à le voir comme ça, recroquevillé au sol, ses jambes fines dont son hakama ne laisse pas deviner la maigreur repliées sur lui, son dos fin recourbé en avant, avec son cou tombant et sa tête basse qui semble pendre et ses mains fines aux longs doigts délicats repliés posées sur ses genoux, j'ai l'impression de revoir le gosse brisé qu'il était alors.
Je sais qu'il m'a entendu entrer puisque j'ai perçu la perturbation de son reiatsu mais je ne pense pas qu'il m'ait reconnu. Pas pour l'instant, en tout cas. Quoi qu'il en soit, il ne me regarde pas, ses yeux verts baissés vers ses mains aux positions étranges. En fait, aucune des deux n'est réellement posée sur son hakama. Sa main gauche est refermée en un poing, comme s'il tenait quelque chose, comme un couteau, la lame vers lui ou vers l'extérieur – et je le sais, c'est vers lui, la lame qu'il pense être en train de tenir. Sa main droite elle, est un petit peu au dessus, comme s'il la posait sur quelque chose qu'il est le seul à voir. Posé sur les lèvres d'un mort.
– Shuu…? je l'appelle doucement tout en m'accroupissant à sa hauteur.
Il cligne des yeux, signe qu'il m'a entendu mais ne relève pas le regard.
– Shuu, tout va bien. Il n'y a personne ici. Elle n'est pas là.
Sa respiration est lente, laborieuse. Lentement, le plus précautionneusement possible pour surtout ne pas le brusquer, je m'assois juste devant lui, à un mètre de distance pour pas qu'il se sente menacé par ma présence. Il faut que j'y aille doucement. En fait, il a envie de hurler de peur mais son esprit fait tout pour qu'il reste silencieux et fasse le moins de bruit possible. Parce que s'il ne fait aucun bruit, s'il reste immobile, peut-être qu'elle ne le remarquera pas. Je meurs d'envie de poser une main rassurante sur son épaule ou de passer une main dans ses cheveux noirs comme je le fais d'habitude mais je me retiens.
Il revit ce moment en boucle, persuadé qu'elle est là, juste là à darder son regard bleu sur lui, le forçant à achever ce pauvre rouquin dont il n'a jamais su le nom. À cet instant précis, il n'a jamais quitté cette maison et il sait, il sait que dès qu'il ôtera cette lame du cou de son camarade, c'est sur lui qu'elle posera ses mains. La douleur est imminente, inéluctable, et il ne peut que l'attendre. Elle le fera hurler, tout autant qu'elle finira par le tuer.
– Shuu… je fais doucement. Shuu, c'est fini, tout va bien. Elle n'est pas là.
Il cligne à nouveau des yeux. Pour l'instant, il revit son traumatisme. Pour l'instant, il est persuadé de toujours se trouver dans la maison de la Comète, la tête de son camarade mort posé sur ses genoux tandis qu'il lui enfonce un couteau sous la mâchoire et qu'il a sa main plaquée sur ses lèvres pour l'empêcher de faire le moindre bruit.
Shuu est… Le seul à avoir jamais survécu à la Comète. Et là, bloqué dans son flashback, il attends que je vienne le sortir de cette maison, l'arrachant des griffes de ce monstre immonde.
– Elle ne te fera plus jamais aucun mal, Shuu. C'est fini tout ça, je suis là.
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Et allez, j'espère qu'il vous a plu! Bon, que ceux qui avaient capté qui est Shuu avant la fin du chapitre levez la main? (oui, chuis curieuse) Un truc tout con du coup… mais la Comète, c'est la grand-mère de Beni. Du coup, oui, Beni lui ressemble un peu. Et je vous rappelle que quand elle l'a à moitié fusionné avec le sol, elle lui a lâché « si tu gueules, j'te fais bouffer tes dents ». Sachant que la Comète arrachait les dents des gosses qu'elle tuait et que Shuu aurait dû être le prochain sur la liste… héhéhéhéhé.
– Mais t'aimes bien faire souffrir tes persos en fait.
De ouf, mon vieux.
– Comme quoi, t'es pas un cas complètement perdu non plus.
… t'es désespérant.
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Le chapitre 140, que je viens tout juste de commencer à écrire, devrait arriver le 4 juilllet! D'ici là, j'vous fait plein de bisous, BUVEZ MASSE D'EAU ET DÉFONCEZ TOUT! J'vous aime
(pis si vous pouvez me laisser une chtite review ou deux, carrément je valide)
