Bonjour, bonsoir tout le monde !
A peine une semaine après la fin de Dans son regard, je reviens déjà pour un nouvel OS défi.
DouceVelane m'a demandé cette fois-ci d'écrire un petit OS sympa où, comme vous l'aurez deviné avec le résumé, Drago se retrouve télépathe après un accident de potion. Elle a rajouté un petit plot-twist dont je vous ferai part à la fin, sous peine de gâcher le suspense !
J'étais d'abord partie sur un petit truc léger et humoristique, mais... l'inspiration fut trouvée ailleurs !
Je vous préviens, c'est spécial, mais contre toute attente, j'ai ADORÉ écrire cet OS !
Bref, assez de blabla et bonne lecture !
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Un bourdonnement résonne dans ses oreilles. Le bruit désagréable l'accompagne depuis plusieurs semaines déjà et il ne peut signifier qu'une seule chose : il n'est pas seul.
Drago ouvre doucement les yeux, incapable de se rappeler de l'endroit où il est ni de comment il a atterri ici. Il se relève péniblement de sa position allongée et observe autour de lui sans reconnaître l'endroit. Il se trouve vraisemblablement dans une petite chambre aux tons et à la décoration impersonnelle. Des murs blancs, du mobilier clair, du linge de lit écru : on aurait presque pu croire à une chambre d'hôpital.
Toujours sonné, Drago se lève et une douleur sourde martèle impétueusement son crâne. Il décide de l'ignorer pour aller vers la porte et ainsi sortir de cette pièce qu'il ne connaît pas. En posant sa main sur la poignée, un étrange pressentiment l'assaille tandis que le bourdonnement s'intensifie. Il appuie sur la poignée mais rien ne se passe : la porte est fermée à clé.
Pris de panique, il tente inutilement d'ouvrir la porte hermétiquement fermée. Les battements de son cœur s'accélèrent : où est-il ? Pourquoi n'arrive-t-il pas à se souvenir de ce qu'il fait là ? D'où vient la douleur lancinante au-dessus de son front ?
Il regarde autour de lui en essayant de trouver une échappatoire. Près du lit, il y a une petite fenêtre qui, évidemment, ne s'ouvre pas quand il tente sa chance. Sa respiration s'intensifie tandis que son esprit semble s'éclairer d'un coup et l'absurdité d'avoir oublié quelque chose d'aussi élémentaire le ferait rougir de honte. Il glisse sa main dans la poche de son pantalon mais ses doigts ne trouvent que du vide. Sa baguette a disparu.
Cette fois-ci, l'affolement commence à sérieusement prendre le pas sur le reste. Il retourne devant la porte et se concentre autant qu'il peut pour la forcer à s'ouvrir sans l'aide de sa précieuse amie d'aubépine. Mais rien ne se passe, malgré le talent qu'il a toujours eu pour la magie sans baguette. Doit-il mettre son inefficacité sur le compte de la peur qui s'insinue peu à peu en lui ? Il l'ignore mais une réponse lui serait de toute façon inutile : il est coincé dans cette chambre.
Dans ses oreilles, le bourdonnement devient de plus en plus clair, signe que quelqu'un se rapproche. Il colle sa tête contre le bois de la porte, espérant grappiller un son, des bruits de pas, n'importe quoi, mais la seule chose qu'il entend fait écho directement dans son esprit. Il s'arrête de respirer en reconnaissant cette voix qu'il ne connaît que trop bien. Ses mains deviennent moites et ses jambes ne semblent plus en mesure de supporter son poids. La phrase se répète en boucle dans sa tête, d'une voix implacable et si sûre d'elle que Drago se sent complètement pris au piège.
"Maintenant que je t'ai, Malefoy, je ne te laisserai plus jamais partir."
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Quatre semaines plus tôt
- Tu as l'air épuisé, Drago. Tu devrais vraiment prendre ton après-midi.
Le visage d'Hermione trahissait largement son inquiétude, mais le fait qu'elle l'appelle par son prénom était un indice encore plus flagrant. Drago ne put s'empêcher de sourire devant l'angoisse de celle qui fut autrefois son ennemie.
- J'y suis presque, Granger. Il est hors de question que je me ramollisse si près du but.
- Je suis persuadée que personne ne t'en voudra si tu finis ce projet dans quelques jours. Ça fait des mois que tu travailles dessus, alors quelle importance ?
La terrasse du petit restaurant dans lequel ils déjeunaient était bondée et le brouhaha empêchait d'entretenir une conversation à un volume agréable. Drago en profita pour se pencher, se rapprochant ainsi d'Hermione qui n'eut, fort heureusement, aucun mouvement de recul.
- Tu me connais, je suis têtu, répondit-il avec un sourire en coin qui, il le savait, la faisait toujours rougir.
Il eut le plaisir de redécouvrir encore une fois qu'il avait raison quand de jolies rougeurs couvrirent ses joues alors qu'il la regardait dans les yeux.
- La potion est presque terminée, j'en suis sûr. Je peux même la finir aujourd'hui si je me débrouille bien.
- Sauf que tu tiens à peine debout, sermonna la sorcière en reprenant cet air sévère qu'il lui connaissait bien. Tu t'es pratiquement endormi en attendant les plats.
- Ça c'est juste parce que ce nouveau serveur est extrêmement lent.
- Malefoy…
- On revient aux "Malefoy", alors ? Je pensais que nous avions dépassé ce stade ?
Elle eut un petit gloussement qui lui ressemblait si peu, mais auquel il était devenu coutumier depuis plusieurs mois. Hermione releva les yeux vers lui et Drago eut une violente envie de l'embrasser, d'enfin goûter ces lèvres qui l'appelaient depuis si longtemps qu'il n'arrivait même plus à se souvenir avec exactitude du moment où ce désir l'avait envahi pour la première fois.
- Drago ?
L'appel les fit brusquement s'écarter l'un de l'autre et Drago se retourna pour découvrir Pansy plantée là, ses yeux brillants oscillant entre lui et Hermione. Cette dernière se recroquevilla dans son siège, visiblement mal à l'aise.
- Bonjour, Pansy, salua-t-il d'une voix un peu trop sèche pour être polie.
Son ex petite-amie se racla la gorge avant de forcer un sourire.
- Je ne pensais pas te voir ici.
- Ah bon ?
L'ironie était aisément perceptible. Il était de notoriété publique que Drago venait manger ici pratiquement tous les midis. Il était également de notoriété publique qu'il partageait pratiquement toutes ses pauses déjeuner avec Hermione Granger et cela, il savait pertinemment que Pansy avait du mal à le digérer.
Drago lui lança un regard qui lui fit comprendre qu'elle était loin d'être la bienvenue et heureusement, Pansy était une fille assez intelligente pour s'en rendre compte.
- Bon et bien, je vous laisse. Bon appétit.
Le jeune homme la remercia d'un bref hochement de tête et Pansy continua sa route sur le chemin de Traverse. Hermione la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse avant de se retourner vers Drago.
- Je vois que c'est toujours aussi tendu, constata-t-elle avec amertume.
- Je ne comprends pas pourquoi elle est comme ça… ça fait des mois qu'on a rompu, il serait vraiment temps qu'elle tourne la page.
Drago se souvenait encore des cris et des pleurs quand il avait annoncé à la jeune Parkinson qu'il souhaitait mettre un terme à leur relation. Cela faisait presque un an qu'ils étaient ensemble mais Drago était incapable de se projeter dans un avenir avec elle, qu'il soit plus ou moins lointain. Ce qui avait commencé par une forte attirance physique ne s'était malheureusement jamais transformé en amour, au grand dam de la concernée. Les sentiments étaient malheureusement quelque chose qu'on ne pouvait contrôler et, malgré les explications de Drago, Pansy eut beaucoup de mal à l'accepter. Et vue la façon qu'elle avait de le suivre partout, c'était toujours le cas.
- Je peux la comprendre, dit Hermione.
- Ah oui ?
- Tu es quelqu'un de terriblement attachant. C'est horripilant, même.
Incapable de se retenir, les lèvres de Drago s'étirèrent en un sourire débile provoqué par ces simples petits mots.
- Attachant, hein ?
- Un peu trop, même.
A nouveau, Drago eut le soudain besoin de se pencher pour l'embrasser. Combien de temps cela faisait-il qu'ils se tournaient autour ? Il savait bien qu'elle ne le repousserait pas s'il venait à cueillir ses lèvres, là, maintenant, mais il voulait quelque chose de plus magique pour leur premier baiser. Une vraie occasion spéciale et pas un moment volé dans un restaurant au milieu de leur pause déjeuner.
Ils reprirent leur conversation précédente au sujet du travail de Drago et, très vite, le ton d'Hermione se revêtit de cette inquiétude presque maternelle qu'il avait appris à tant aimer.
- Je reste persuadée que tu en fais trop.
- C'est adorable de t'inquiéter pour moi, mais tu ne me feras pas changer d'avis. Il est tout simplement hors de question que je prenne ne serait-ce qu'une heure de repos alors que la potion est quasiment terminée. Si je la réussis, ce sera une aubaine pour ma carrière. J'obtiendrais un partenariat permanent avec le Ministère et…
- Et quoi ? Tu deviendras riche ? se moqua-t-elle gentiment.
- Et j'accomplirai enfin mon rêve. Un de mes rêves, du moins.
Au sourire qu'il lui offrit, Hermione ne put douter une seule seconde de la teneur de l'autre rêve auquel Drago faisait référence.
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Drago ignore depuis combien de temps il est enfermé ici, mais cela lui semble être des heures et des heures. Il n'y a aucune horloge, aucune indication qui pourrait lui permettre d'avoir une idée de l'heure qu'il est. Il s'est également vite rendu compte que ce qu'il y a derrière la fenêtre n'était que le fruit d'un sortilège : au bout de plusieurs heures, la lumière n'avait pas bougé d'un pouce, signe que le soleil ne tournait pas comme il le devrait.
Il essaye désespérément de se rappeler ce qu'il a fait avant de se réveiller dans cette chambre, mais rien n'y fait. Il se souvient de tout, mais la journée de la veille baigne dans un flou qu'il n'arrive pas déchiffrer.
Un petit crac le sort de ses pensées et il tourne vivement la tête. Sur la table de nuit à côté du lit vient d'apparaître un petit plateau contenant un repas complet pour une personne. Il s'assoit sur le lit pour en observer le contenu et reste bouche-bée en découvrant son plat préféré, son dessert préféré et -après avoir humé le contenu du verre qui se trouvait là- même son vin préféré. Si la situation n'était pas déjà préoccupante, elle commençait à devenir carrément flippante.
- Qu'est-ce que tu me veux ? murmure-t-il inutilement dans sa barbe.
Drago le sait déjà. Il l'a compris à la seconde où il a entendu cette voix dans sa tête. Mais pour lui, ça ne fait toujours aucun sens.
Il regarde le plateau repas avec envie, son ventre se manifestant depuis plusieurs longues minutes déjà, mais se refuse à y toucher. Merlin seul sait ce qui a pu être mis dans ce plat ou même dans le verre de vin. Il est totalement exclu que Drago ingurgite quoi que ce soit qui provienne de ce repas. Résigné, il se rallonge et le bruit dans ses oreilles reprend, le faisant immédiatement se rasseoir.
"Tu ferais bien de manger, Malefoy. Je n'ai aucune envie que tu meures de faim."
Toujours cette même voix. Toujours cette même voix et ça n'avait toujours aucun putain de sens.
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Trois semaines et demi plus tôt
Drago franchit la porte du square Grimmauld, partagé entre le plaisir d'être là et la lourde angoisse qui pesait sur lui depuis quelques jours. Il ignora la petite voix accusatrice dans sa tête qui lui disait que plutôt de venir faire la fête, il ferait mieux de plancher sur sa potion et traversa la foule pour ne s'arrêter que lorsqu'il eut atteint celle qu'il cherchait depuis qu'il était entré. Hermione était éblouissante dans une petite robe d'été qui sublimait ses courbes sans trop les montrer. Elle sourit de toutes ses dents en le voyant et immédiatement, Drago se sentit plus léger. Il sourit à son tour et déposa un baiser sur le dos de sa main, comme le parfait gentleman qu'il était.
- Où est la vedette du jour ? demanda-t-il en se penchant vers elle.
- Il discute avec le Ministre. Je ne sais pas si on va beaucoup le voir, ce soir.
Harry Potter avait décidé de fêter ses vingt-cinq ans en grandes pompes et sa maison avait été transformée pour l'occasion en salle de réception, accueillant tout le beau monde de la communauté sorcière anglaise.
Drago discuta quelque peu avec diverses personnes, alla souhaiter un joyeux anniversaire à Potter avant de retourner avec Hermione qui plaça un bras possessif dans le creux de son dos, ce qui le fit sourire.
- Tu es préoccupé, dit-elle en voyant que son sourire s'effaçait trop rapidement.
- Je suis désolé. C'est juste que cette histoire me prend beaucoup trop la tête. Et les personnes du Ministère qui m'ont passé commande sont toutes ici.
Hermione soupira, l'air contrarié, avant de lui prendre la main et de le guider il ne savait où. Sur le chemin, il croisa Pansy qui tenta de lui parler mais il l'ignora royalement, préférant se concentrer sur la sensation de la main d'Hermione qui entourait la sienne. Elle lui fit monter deux étages, rentrer dans une chambre et s'arrêta finalement lorsqu'ils arrivèrent sur le balcon de cette dernière.
- C'est ma chambre attitrée quand je viens ici, lui apprit-elle.
Il ne répondit rien, trop heureux de constater qu'elle n'avait toujours pas lâché sa main.
- Tu vas y arriver, Drago, le rassura-t-elle en faisant de petites caresses sur la paume de sa main. Tu es le meilleur potionniste que je connaisse.
- Même meilleur que toi ? plaisanta-t-il.
- Sans l'ombre d'un doute ! rit-elle.
Et Merlin qu'il aimait ce rire.
- Est-ce que tu sais pourquoi la dernière tentative a échoué ? Je pourrais peut-être t'aider, chercher de nouveaux livres chez Fleury & Bott.
Drago commença alors à expliquer avec précision ses travaux. Depuis plusieurs mois, il travaillait à réinventer la potion d'Aiguise-Méninges afin qu'elle soit beaucoup plus puissante et efficace que celle qu'ils avaient appris à faire en quatrième année. Le Ministère lui avait commandé cette nouvelle potion afin d'aider les Aurors pendant leurs missions et s'il réussissait, Drago deviendrait le potionniste officiel du Ministère.
Il passa cinq bonnes minutes à expliquer à Hermione les ingrédients qu'il avait utilisés et pourquoi il pensait que le résultat n'avait pas été concluant. Il cessa son babillage quand il se rendit compte que la jeune femme le fixait, un petit sourire aux lèvres et les yeux on ne peut plus… attendris.
- Je me suis laissé emporter, c'est ça ?
- Peut-être un peu. Mais j'adore t'écouter quand tu parles de potions. Tu as l'air si… passionné.
- Sans doute parce que je le suis, admit Drago en baissant la tête, légèrement gêné.
Mais Hermione posa une main sur sa joue pour le forcer à le regarder et ce qu'il vit dans ses yeux fit louper à son cœur quelques battements. Il se sentait comme un adolescent avant son premier baiser, fébrile et les mains tremblantes.
- Ça me donne terriblement envie de t'embrasser, avoua Hermione dans un chuchotement.
Elle ne paraissait plus savoir quoi regarder entre ses yeux et sa bouche et Drago décida de l'aider en déposant ses lèvres sur les siennes pour la toute première fois, témoignant leur amour naissant au coucher de soleil londonien.
Ils s'embrassèrent durant ce qui sembla des heures, mais au moment de se séparer, cela leur parut trop court, alors ils fondirent de nouveau l'un sur l'autre, ne voulant pas mettre fin au bonheur qui était celui de goûter enfin à l'autre après autant de temps à flirter.
Perdus dans l'intensité du moment, ils ne se rendirent pas tout de suite compte que le coucher de soleil n'était pas le seul témoin de leur passion. Il fallut attendre le bruit du verre brisé au sol pour que Drago et Hermione se détachent l'un de l'autre, se tournant d'un même mouvement vers la porte de la chambre qui était ouverte sur nul autre que Ronald Weasley.
Ce dernier était figé, la main encore à demi fermée sur ce verre qu'il ne tenait plus, les yeux ébahis devant le spectacle qui s'offrait à lui.
- Ron… tenta Hermione.
Mais Ron l'arrêta d'un geste de la main, sa bouche se tordant en une grimace dégoûtée avant de tourner les talons et de les laisser seuls.
Drago se passa une main sur le visage, sentant bien que le moment magique était terminé. Une des choses qu'il avait du mal à comprendre dans la vie, c'était la haine que Ronald Weasley lui vouait toujours. La paix avait été faite avec Potter et Granger des années auparavant, mais Weasley s'obstinait à le percevoir comme une menace et à le traiter comme le petit con qu'il avait été à Poudlard. Mais Drago n'était pas né de la dernière pluie : il se doutait bien de la raison de la haine de Weasley, raison qui, en ce moment même, se triturait les mains nerveusement.
- J'aurais dû lui dire avant… murmura-t-elle en s'asseyant sur le lit. J'en ai parlé à Harry, j'aurais dû lui dire aussi…
Drago soupira et s'assit sur le lit à côté d'Hermione.
- C'était évident qu'il allait réagir comme ça.
Il laissa planer un long silence avant de dire :
- Il t'aime toujours.
Hermione tourna la tête vers lui, surprise.
- Quoi ?
- Il t'aime toujours, répéta Drago. Pourquoi diable réagirait-il comme ça si ce n'était pas par jalousie ?
Elle cligna des yeux, réfléchissant apparemment à ce que Drago venait de lui dire. Toute la communauté sorcière avait vu Ron et Hermione se mettre ensemble à la fin de la guerre. Ils avaient suivi ce couple avec intérêt, presque autant que celui que formaient Harry et Ginny. Sauf que ces derniers étaient toujours ensemble, mariés et futurs parents, tandis que les premiers s'étaient séparés au bout de quelques mois de relation. Drago n'avait jamais demandé trop de détails à ce sujet, mais Hermione lui avait dit que Ron et elle étaient juste faits pour être amis et qu'en tant que couple, leur duo ne fonctionnait plus aussi bien. Mais à en juger par la jalousie qui rongeait littéralement les traits de Weasley à chaque fois qu'il voyait Drago en compagnie d'Hermione, il fallait bien admettre qu'elle était sûrement la seule à penser cela.
- Non… non, tu te trompes, il ne m'aime pas. Pas comme ça.
- Enfin, Granger, tu te voiles la face ! Je suis sûr qu'il a pleuré comme un bébé quand tu l'as quitté.
La jeune femme fronça les sourcils, confuse.
- Mais de quoi tu parles ? C'est lui qui m'a dit que ça ne fonctionnerait pas nous deux. C'est lui qui m'a quittée.
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Trois semaines plus tôt
- Drago ? Drago tu m'entends ?
La voix paniquée le sortit brutalement de son malaise. Drago ouvrit péniblement les yeux et il mit quelques secondes à dissiper le flou total qui embrumait sa vision. Il avait difficilement reconnu la voix de Pansy car un bourdonnement épais résonnait dans ses oreilles. Il regarda rapidement autour de lui pour constater qu'il était allongé dans son labo, à l'arrière de sa boutique. Il avait du mal à se rappeler comment il avait atterri par terre. Pansy était à genoux, penchée vers lui, le visage tendu par l'inquiétude.
- Que s'est-il passé ? demanda Drago d'une voix pâteuse.
- Je l'ignore, je suis passée parce que je voulais te parler mais tu ne répondais pas, alors j'ai pris la liberté de venir voir dans l'arrière boutique. Je t'ai trouvé allongé par terre, inconscient !
Sa voix commençait à trembler et Drago craignit qu'elle ne commence à pleurer.
- Ça va, la rassura-t-il en se redressant.
Mais elle n'était visiblement pas rassurée car Drago n'arrivait pas à ôter cette grimace de son visage. Le bruit dans ses oreilles était insupportable, comme des chuchotements murmurés tout près de lui, mais qu'il entendait directement dans son esprit.
- Il y avait ça à côté de toi, ajouta-t-elle en lui tendant une petite fiole vide. Tu as encore testé une potion toi-même, c'est ça ?
En prenant le petit récipient en verre, la mémoire de Drago lui revint soudainement. Il avait fini sa potion ! Il avait fini sa potion et, sûr de lui, il n'avait pu s'empêcher de la tester pour pouvoir attester de sa fiabilité lorsqu'il la présenterait au Ministère. Il se souvenait avoir porté la fiole à ses lèvres, il se souvenait avoir bu la potion qui avait exactement le même goût que ce qu'elle devait avoir… en se concentrant, il se rappela également qu'une immense douleur lui avait traversé le crâne avant qu'il ne perde connaissance. Cet effet-là était pour le moins inattendu.
- Je vais t'accompagner à Sainte Mangouste, décida Pansy en se levant.
- N'importe quoi, je te dis que tout va bien.
Drago se releva à son tour, quelque peu chancelant avant de retrouver son équilibre. Mis à part ce bourdonnement infernal dans ses oreilles, il lui semblait que tout allait bien.
- Ça, tu n'en sais rien ! Si cette potion t'a fait tomber dans les pommes, elle a peut-être pu faire autre chose !
- Pansy, je te dis que tout va bien. Je sais parfaitement ce que je mets dans mes potions et quels en sont les effets, alors ça suffit, asséna-t-il d'une voix sèche.
La brune se tut et un petit rougissement s'installa sur ses joues.
"J'ai toujours aimé quand il prenait ce ton si sûr de lui… qu'est-ce qu'il me manque !"
- Quoi ? s'étonna Drago.
Il savait que Pansy était toujours attachée à lui mais jamais elle n'avait été si… frontale !
- Quoi "quoi" ? Je n'ai rien dit.
- Tu te fiches de moi ? Je viens de t'entendre dire que…
Il se retint de justesse, estimant que la phrase était trop embarrassante pour être répétée.
- Tu viens de m'entendre dire quoi ? Drago je n'ai pas prononcé un mot, alors si maintenant tu entends des voix, je t'emmène vraiment à l'hôpital !
Elle lui prit le bras mais Drago se dégagea aussitôt.
- Je t'ai dit que j'allais bien ! s'entêta-t-il. Je suis juste crevé, je bosse comme un malade depuis des semaines.
Pansy fit la moue mais ne dit rien. Pourtant il entendit très clairement :
"Je veux juste l'aider. Pourquoi il ne voit pas à quel point je ferais n'importe quoi pour lui ?"
Drago resta bouche-bée. Il regardait Pansy avec un air qu'il devinait ahuri, mais il n'y pouvait rien. Il avait parfaitement vu que ses lèvres n'avaient pas bougé, pourtant il était certain d'avoir entendu sa voix dans sa tête. C'était à devenir fou.
- Drago, tu m'inquiètes sincèrement, là. Qu'est-ce qu'il y avait dans ta potion ?
- Rien du tout, tout va bien. Et puis d'abord, pourquoi tu es venue me voir ?
La jeune femme rougit encore une fois et tenta de se cacher derrière sa chevelure ébène.
- Je te l'ai dit, je voulais te parler.
- Me parler de quoi ?
Il plissait les yeux, dérangé par le grondement qui ronronnait en continu dans ses oreilles.
- Tu sais bien, Drago… de… de nous.
"Qu'est-ce qu'il faut que je fasse pour que tu me reprennes ? Qu'est-ce qu'il faut que je change ? Tu me manques tellement, je t'en supplie, accorde-moi une seconde chance !"
Il se frotta les yeux, conscient de l'inutilité de son action, mais il voulait tenter de se réveiller une bonne fois pour toute. Pansy continuait de le regarder avec ses grands yeux noirs qui le suppliaient littéralement de l'écouter.
- Écoute, je suis vraiment épuisé, là.
- Drago…
- Non, je suis mort. On parlera une autre fois si tu penses que c'est nécessaire, mais là, je ne m'en sens pas capable.
La déception était si lisible sur ses traits que c'en était presque pathétique ; mais surtout, la voix de Pansy retentit à nouveau dans son esprit.
"Tu ne pourras pas t'échapper éternellement. Un jour ou l'autre tu finiras par te rendre compte qu'on est faits l'un pour l'autre."
- D'accord, capitula-t-elle. Tu es sûr que tu ne veux pas aller à l'hôpital ?
Drago secoua négativement la tête, encore trop sonné de ce qu'il venait d'entendre.
- Bon, alors à plus tard.
Elle mit du temps à sortir, attendant visiblement qu'il la retienne, impression confirmée par les "dis-moi de rester, je t'en prie, dis-moi de rester !" qui résonnaient sans cesse dans son esprit jusqu'à ce que Pansy se décide enfin à quitter les lieux. Une fois seul, il se laissa tomber lourdement sur sa chaise de bureau, prenant sa tête entre ses mains. Bordel, mais qu'est-ce que j'ai mis dans cette potion ?
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Ça doit faire au moins une journée entière qu'il est coincé ici. Il n'aurait pas été capable de le deviner tout seul, mais on lui a envoyé un dîner, un petit-déjeuner, un déjeuner, et encore un autre dîner. Il n'a touché à rien, même pas à une seule goutte d'eau, et la situation devient peu à peu critique. Il meurt de soif et de faim et il s'est forcé à dormir beaucoup trop de fois pour se permettre de se perdre à nouveau dans le monde des songes.
Il lorgne le plateau des yeux et son ventre crie famine en sentant les effluves qui se dégagent du plat encore fumant. Il s'assoit sur le lit pour regarder le contenu du plateau de plus près et remarque un petit bout de parchemin coincé sous l'assiette. Il s'en empare, le déplie et lit : "tu penses sincèrement que je ferais tout ça pour t'empoisonner ?". C'est vrai que ça n'a pas beaucoup de sens. Non ! C'est ton estomac qui parle, se sermonne-t-il. Tu ne vas pas t'abaisser à manger ce que cette espèce de psychopathe te donne !
Il jette le morceau de papier à travers la pièce et, mû d'un instant rageur, s'empare du plateau qu'il lance également de toutes ses forces contre le mur. L'action est puérile mais elle a le mérite de le soulager quelques brèves secondes. Presque aussitôt après l'impact, le plateau, la nourriture et les débris de vaisselle cassée s'évaporent dans le néant. Drago regarde partout autour de lui pour essayer de comprendre par où il est observé. Le bourdonnement reprend de plus belle et Drago sent l'énervement émaner de son esprit plus qu'il ne parvient à entendre ses pensées. Ces dernières sont tumultueuses, embrouillées entre la colère et la peur.
- Laisse-moi sortir de là ! crie Drago dans le vide.
Mais rien ne lui répond. Même pas le bourdonnement familier. Drago est de nouveau seul.
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Cela faisait un peu plus d'une semaine depuis l'incident avec la potion et Drago avait dû se rendre à l'évidence : il avait bel et bien merdé quelque part. Ses méninges ne semblaient pas plus aiguisées qu'avant, en revanche, il était maintenant certain d'être capable de lire dans les pensées des gens. Ce qui s'était passé avec Pansy le soir de son accident s'était répété le lendemain dès qu'il était sorti de chez lui et qu'il avait croisé du monde.
Dès qu'il était entouré, un bourdonnement insupportable lui couvrait les oreilles. Quand il y avait trop de monde, il n'arrivait pas à percevoir une pensée d'une autre, mais dès qu'il se retrouvait seul avec quelqu'un ou qu'il était assez proche d'une personne, ses pensées -visiblement celles qui flottaient le plus en surface- s'imposaient dans son esprit d'une façon aussi claire que si son interlocuteur avait prononcé les mots à voix haute.
Il avait longuement hésité à en parler autour de lui, notamment à Hermione, mais il savait qu'une telle révélation lui vaudrait un aller simple à Sainte Mangouste le temps que les médicomages règlent le problème, et il n'avait absolument pas le temps de s'accorder ce luxe. Il avait fait ses propres recherches tout seul et en analysant la potion qu'il avait ingurgitée, avait fini par comprendre son erreur et pourquoi il était devenu télépathe. Selon sa petite enquête, les effets devaient durer quelques jours, voire quelques semaines. Il s'en accommoderait.
De plus, ce n'était sans doute pas très moral, mais ce petit don imprévu pouvait se révéler plutôt pratique. Comme par exemple, ce soir-là où il avait dîné chez Hermione. Lui qui avait toujours eu peur d'aller trop vite avec elle, qui craignait de mal interpréter les signaux qu'il croyait voir… il s'était retrouvé bien rassuré lorsqu'elle avait ouvert la porte et qu'elle avait immédiatement pensé "mon dieu qu'il est beau ! Ce soir, il finira dans mon lit, c'est une certitude ! Je n'en peux plus d'attendre".
Cela se révélait encore plus pratique pendant qu'il était en train de l'embrasser et que les pensées d'Hermione devenaient de plus en plus osées. De plus en plus pratique quand ses pensées lui expliquèrent précisément ce qu'elle avait envie que Drago lui fasse. Et toujours plus pratique quand, une fois repus, retombant sur le lit après avoir fait l'amour avec une passion qui dépassait l'entendement, Hermione pensa "Seigneur, mais d'où il sort ? C'est le meilleur coup de toute ma vie !".
Cependant, il y avait tout de même beaucoup d'inconvénients. Pour commencer, le bourdonnement incessant dans sa tête qu'il n'arrivait à calmer qu'en se concentrant de toutes ses forces, ce qui l'épuisait mentalement ; et surtout, il y avait certaines pensées qu'il n'avait pas du tout envie d'entendre. C'était fou à quel point les gens pouvaient penser au sexe à longueur de journée ! Et c'était affligeant de constater le vide intersidéral qui pouvait composer l'esprit de quelqu'un, comme celui du nouveau serveur du restaurant où il mangeait le midi qui, jour après jour, répétait inlassablement d'une voix morne "Bonjour, je m'appelle Lionel et je vais m'occuper de vous aujourd'hui" et qui ne pensait à rien d'autre qu'au menu qu'il avait visiblement appris par cœur.
Drago était en train de travailler dans son labo quand un petit tintement se fit entendre, signe que quelqu'un venait de rentrer dans sa boutique. Il quitta son antre et fut surpris de découvrir le Survivant sur le pas de la porte.
- Potter ! Que me vaut le plaisir ?
C'était agréable de se retrouver à côté de Potter, ces derniers temps. Depuis qu'il était Auror, il avait enfin appris à fermer son esprit, et il le faisait pratiquement en permanence. Les brefs échos qu'il laissait échapper n'étaient que des sensations, trop floues pour que Drago puisse les entendre et les interpréter.
- Hermione m'a dit, pour vous deux.
- Oh… est-ce que tu vas me faire la morale ou quelque chose du genre ?
Potter sourit, d'un sourire vrai et sincère.
- Je pourrais, mais je pense qu'on a dépassé ce stade, n'est-ce pas ? Non, je me disais juste qu'il fallait fêter ça. Pour tout te dire, ça fait des semaines et des semaines qu'on attend qu'Hermione nous annonce que vous deux, c'est enfin officiel. On a même fait des paris avec Ginny.
- Tu te fous de moi ? rit Drago.
- Non, je te jure ! Il était temps de passer la seconde, tu crois pas ?
- Que veux-tu, je suis un gentleman.
- Il paraît, oui. Bon du coup, je me disais que je pourrais organiser un petit dîner tranquille, avec tout le monde, histoire de célébrer le nouveau couple de l'année.
Drago se tendit imperceptiblement.
- Quand tu dis tout le monde… ça inclut qui ?
- Et ben tout le monde quoi. Ginny, Hermione, Ron, Blaise, Théo et moi. Et toi, enfin, ça coule de source. Ça ne va pas ?
- Si si, ça va, mais je me disais juste que… je ne pense pas que Weasley ait particulièrement envie de… célébrer mon couple avec Granger.
- Et pourquoi pas ?
- Enfin, Potter ! Ne fais pas celui qui ne sait pas ! Il me déteste ! Il n'a jamais réussi à passer outre nos histoires d'école ! Et puis il est tellement jaloux, ça crève les yeux qu'il est toujours amoureux de Granger !
Contre toute attente, Potter se mit à éclater de rire sous le regard éberlué de Drago. Ce dernier se dit que son petit talent aurait été bien utile, à ce moment-là, au lieu de passer pour un idiot sans savoir ce qui déclenchait cette hilarité.
- Tu peux me dire ce qui se passe ? demanda-t-il en commençant à se vexer.
- Désolé, s'excusa Potter en s'essuyant les yeux en dessous de ses lunettes. C'est juste que celle-ci, je ne m'y attendais pas !
- Je ne vois pas ce qu'il y a de si fou ! Il ne me supporte pas et dès qu'on se montre ensemble avec Hermione, il tire une gueule de six pieds de long !
- Tu n'y es pas du tout, Malefoy. Qu'il ait gardé des rancunes contre toi, pourquoi pas, mais Hermione n'a rien à voir là-dedans. Elle ne t'a jamais dit pourquoi ils s'étaient séparés ?
- Si, vaguement. Apparemment, ils s'entendaient mieux en tant qu'amis, c'est pas ça ?
- Et pour cause. Ron a fini par s'apercevoir que cette relation ne pouvait pas fonctionner tout simplement parce qu'il préférait les garçons.
Une nouvelle fois, Drago dut avoir l'air très stupide parce que Potter reprit son fou rire en voyant la tête qu'il fit.
- J'y crois pas qu'elle te l'ait pas dit ! Ça aurait dissipé pas mal de doutes !
- Weasley est… gay ?
Celle-là, c'était quand même la plus fraîche de l'année !
- Et oui ! Et pour te faire une confidence, je crois qu'il en pince un peu pour Blaise. J'ai l'impression qu'il craque beaucoup pour le genre bad boy.
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Drago finissait de se préparer pour le dîner chez les Potter quand quelques petits coups sur la porte se firent entendre. Il alla ouvrir et soupira d'exaspération en découvrant Pansy.
- Salut, Drago.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je suis venue pour te parler, je…
- Non, écoute, Pansy, je n'ai pas le temps, j'ai des choses de prévues pour ma soirée, je…
- Oui, je sais, Théo m'a dit, le coupa-t-elle.
Drago la sonda du regard et très vite, ses pensées lui parvinrent.
"Je ne retrouverai jamais mieux, c'est certain."
- J'ai appris pour toi et Granger. Je voulais te dire que…
Elle sembla hésiter, cherchant ses mots. Sa voix basse contrastait avec celle de son esprit qui hurlait "mais pourquoi Granger ? Comment je pourrais rivaliser une seule seconde avec elle ?"
- Enfin… je voulais m'excuser. Pour mon comportement de ces derniers mois. Je n'ai pas été très mature en ce qui concerne notre rupture. Mais maintenant que tu as officiellement quelqu'un, je veux que tu saches que je ne t'embêterai plus.
Son intonation semblait sincère et Drago décida de tricher un peu en utilisant son don provisoire pour voir si cette sincérité était réelle. Il resta coit en découvrant qu'effectivement, Pansy avait bel et bien l'intention de tourner définitivement la page de leur histoire.
- C'est gentil de ta part de me dire ça, Pansy. J'espère que tu trouveras quelqu'un qui te correspond.
"Tu me correspondais, toi. Personne ne t'arrivera jamais à la cheville."
- Tu sais, ce n'est pas parce que ça n'a pas marché entre nous que ça ne marchera jamais avec personne. Tu mérites d'être heureuse et tu trouveras ton bonheur, j'en suis certain.
Elle avait les larmes aux yeux tandis que son esprit suppliait qu'il arrête de dire des choses aussi gentilles et prévenantes.
- Merci, Drago.
Elle sourit, d'un sourire infiniment triste qui fit de la peine au jeune homme, mais il était néanmoins soulagé de voir que Pansy avait enfin pris la bonne décision.
Serein, il passa chercher Hermione et ils arrivèrent ensemble chez Potter pour le dîner. Toute la petite troupe était déjà là : il ne manquait plus que Weasley. Drago repensa à ce que Potter lui avait dit au sujet de sa sexualité. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'il était gay. Il n'était pourtant pas fou : il savait reconnaître de la jalousie quand il en voyait, et ce qu'il y avait eu dans le regard de Weasley quand il avait surpris Drago et Hermione s'embrasser, c'était clairement de la jalousie. Ça n'avait aucun sens. Sans doute ressentait-il envers Hermione une sorte de possessivité malsaine due à leur amitié de longue date ? Le fait qu'il ne supporte pas Drago et que, malgré les années, ne lui fasse toujours pas confiance, ne devait pas aider.
Dans tous les cas, la situation allait enfin s'éclaircir ce soir. Drago comptait bien utiliser sa télépathie passagère pour comprendre ce qui se passait dans l'esprit de Ronald Weasley.
Il n'eut pas longtemps à attendre puisque ce dernier arriva alors que tout le monde se mettait à table. Il salua chaleureusement tout le monde, sauf Drago à qui il n'accorda qu'un bref signe de tête, mais le blond ne s'en formalisa pas. Ron s'installa à côté de Blaise et les deux entamèrent une discussion que Drago n'écoutait pas. Potter lui fit un clin d'œil peu discret en désignant les garçons et il ne put s'empêcher de rire. Cependant, au moment où Hermione lui vola un rapide baiser, il sentit le regard lourd de Weasley sur eux. N'y tenant plus, il se força à écarter les pensées des autres convives pour se concentrer sur celle de son rival.
Au début, il ne discerna que la jalousie. Implacable et destructrice jalousie qui émanait de lui tel un véritable tsunami. Drago eut envie de crier victoire en réalisant qu'il avait raison depuis le début, il avait envie de dire à Potter que Weasley était aussi gay que lui était brun, mais il s'arrêta net en réalisant quelque chose tandis qu'il buvait une gorgée de vin.
Weasley n'était pas jaloux de Drago. Il était jaloux d'Hermione.
Drago faillit s'étouffer en avalant de travers. Tous les regards se posèrent sur lui et Hermione lui tapota doucement dans le dos. Elle lui dit quelque chose mais il ne comprit pas quoi : il n'entendait que les pensées de Weasley qui devenaient de plus en plus claires à mesure que Drago se concentrait sur lui.
"S'il pouvait s'étouffer pour de bon, ça m'arrangerait. Je le hais. Je le hais.
Mais ses pensées contrastaient tellement avec les émotions qui jaillissaient de lui que c'en était presque ridicule.
- Tout va bien, Malefoy ? se moqua gentiment Potter. Tu ne sais plus picoler, ou quoi ?
Drago lui répondit par un doigt d'honneur et tout le monde reprit ses petites conversations là où ils les avaient laissées.
"Pourquoi je ne peux pas être comme ça avec lui ? Simplement déconner, rigoler avec lui, comme si tout était normal. Pourquoi je veux plus ? Putain, je me déteste. Je me déteste et je le déteste encore plus."
- Ça va ? chuchota Hermione.
Elle s'était penchée vers lui, murmurant dans son oreille.
- Tu ne penses pas encore au travail, hein ? Pour une fois qu'on est tous ensemble.
- Ne t'inquiète pas, parvint à répondre Drago.
- Je compte bien profiter de toi un maximum, ajouta-t-elle en lui offrant un sourire qui laissait peu de place à l'imagination.
"Mais c'est pas vrai, prenez une chambre, putain. Pourquoi elle doit toujours autant le coller ? Pourquoi elle, putain, pourquoi ? De toutes les personnes du monde qui auraient pu sortir avec lui, il faut que ce soit ma putain de meilleure amie qui tire le gros lot !"
Le bruit que fit la chaise sur le carrelage quand Drago sortit brusquement de table surprit tout le monde. Il entendit les "bah alors, qu'est-ce qu'il lui arrive ?" aussi bien ceux prononcés que ceux pensés. Il les ignora cependant et fonça sur la terrasse pour prendre l'air. Il savait qu'Hermione le suivait, déjà parce qu'il l'entendait l'appeler et surtout parce que Weasley pensait beaucoup trop fort.
"Et allez, il faut qu'elle le suive partout. Elle ne peut pas le lâcher cinq minutes ? Est-ce qu'elle lui tient aussi la bite pour pisser ?"
- Qu'est-ce qu'il se passe ? questionna une Hermione paniquée en rejoignant son amoureux dehors.
- Rien, j'ai eu… j'ai eu un coup de chaud, c'est tout, répondit-il en se mettant une main sur le front pour faire bonne mesure.
Imitant son geste, Hermione fit la moue.
- Je n'ai pas l'impression que tu aies de la fièvre. On dirait que tu fais une crise de panique. Drago, est-ce que tu penses encore au boulot ? Il faut que tu te détendes, tu vas finir par te tuer à la tâche !
Drago soupira en s'asseyant sur un des fauteuils qui habillaient le balcon. Hermione s'installa à côté de lui et l'encercla d'un bras en posant sa tête sur son épaule. Son étreinte et son odeur étaient rassurantes, mais rien ne parvenait à distraire Drago de ce qu'il venait d'apprendre.
- Parle-moi d'autre chose, demanda-t-il en se prenant la tête dans les mains.
Seulement voilà, Hermione pensait qu'il voulait parler d'autre chose que le travail et il assista, impuissant, au cheminement des pensées de sa petite-amie pour finalement arriver sur un sujet qui, elle en était sûre, pourrait le divertir.
- Je pense que Ron va bientôt nous annoncer une bonne nouvelle, annonça-t-elle d'une voix qui cachait mal son excitation.
- Ah oui ?
- Oui ! J'ai l'impression qu'ils ne se quittent plus, avec Blaise.
Drago tourna la tête vers elle et elle se redressa.
- Tu ne m'as jamais dit qu'il aimait les hommes. Et moi qui pensais qu'il t'aimait toujours.
- Je croyais que tu le savais. Sorcière Hebdo a consacré tout un article sur lui, il y a plusieurs années.
- J'ai une tête à lire ce torchon ?
- C'est vrai, je n'avais pas réfléchi. Et sinon ?
- Sinon quoi ?
- Tu crois qu'il pourrait être intéressé ? Blaise, je veux dire.
Blaise… Blaise, oui, il pouvait être intéressé. Il n'y avait même pas besoin d'être legilimens pour s'en rendre compte ; il suffisait de voir la façon qu'il avait de regarder Weasley.
La réciproque, en revanche…
Même de loin, il parvenait à entendre les pensées de Weasley qui se bousculaient dans son esprit. La colère qu'il ressentait contre lui-même d'être tombé amoureux de son pire ennemi. Le dégoût qu'il éprouvait à chaque fois qu'un élan de tendresse le submergeait en pensant à Drago...
La réciproque était loin d'être vraie.
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Drago commence à s'inquiéter lorsque les bourdonnements s'arrêtent pour de bon. Il ignore si cela est dû à son état de fatigue ou si les effets de son accident amorcent enfin leur déclin. Sans son pouvoir, il se retrouve totalement seul, sans aucun espoir de comprendre quel sort lui est réservé.
Les heures passant, il a tout de même réussi à rassembler ses idées et à se rappeler de ce qui s'est passé la veille. Ou l'avant-veille, ou peut-être même avant cela, il ne sait plus très bien.
A la suite du dîner chez Potter et à la surprenante révélation qui en a découlé, Drago a fait tout son possible pour éviter Weasley, en réussissant plutôt bien son dessein. Il n'a pu en parler à personne, parce que cela aurait impliqué d'avouer que depuis trois semaines, il était capable de lire dans les pensées d'autrui et il n'avait aucune envie de révéler son petit secret qui aurait été source de bien trop de disputes. De plus, Drago n'est même pas sûr qu'on l'aurait cru. Peu importe dans quel sens il retourne cette histoire : la situation est totalement insensée.
Il a essayé, en vain, d'occulter le fait que Ronald Weasley soit amoureux de lui (et même à penser, cette phrase n'a toujours absolument aucun sens) ; il s'est senti comme un con quand Blaise lui a demandé s'il pensait que c'était une bonne idée qu'il invite Ron au restaurant ; il n'a pas su quoi dire quand Hermione et Harry lui ont dit qu'ils trouvaient que Ron avait fait beaucoup d'efforts au sujet de son comportement envers lui.
Il a bien tenté d'oublier toute cette histoire de fou jusqu'à ce fameux soir.
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Drago était seul chez lui quand quelqu'un frappa à la porte. Cela le surprit, car il n'attendait personne, et fut encore plus surpris en découvrant Weasley sur le perron. Les deux hommes se regardaient en chien de faïence et Drago en profita pour sonder l'esprit de son vis à vis. Le résultat était encore plus surprenant que la visite en elle-même. L'esprit de Ron était incroyablement calme. Si calme, d'ailleurs, que le blond soupçonna immédiatement que Weasley avait eu recours à l'aide d'une potion. "Tiens t'en au plan. Tiens t'en au plan" était la seule chose qu'il parvenait à détecter au milieu de toute cette sérénité factice.
- Je peux entrer ? finit par demander Ron.
Sa voix aussi était calme et cela apaisa quelque peu Drago. Après tout, pourquoi pas ? Il voulait que ça fonctionne avec Hermione et pour cela, il n'avait pas d'autre choix que de s'entendre avec ses deux meilleurs amis. Sans doute une conversation avec Ron réussirait-elle à le faire revenir à la raison ? Ce béguin ne pouvait pas être sérieux, si ?
Drago s'écarta pour le laisser passer et Ron pénétra dans sa maison, les mains dans les poches, une apparence si tranquille que ça en devenait presque déconcertant. Le maître des lieux lui proposa de s'asseoir mais Ron refusa d'un signe de tête, alors Drago resta debout, en face de lui et il se sentit très idiot. Que dire à un homme que vous aviez passé une décennie à détester pour rien et qui, pour une raison totalement inconnue, semblait avoir un faible pour vous ?
- Tu te souviens de ce jour où tu es venu t'excuser ?
Il n'avait pas besoin de préciser davantage car Drago comprenait parfaitement à quel moment il faisait référence. Trois ans après la guerre, alors que les Malefoy, et leur héritier plus particulièrement, s'évertuaient à redorer leur nom en cherchant à se racheter par tous les moyens, Drago s'était décidé à présenter des excuses formelles au trio qu'il avait tant brimé pendant son adolescence. Leurs relations s'étaient déjà apaisées, mais il n'avait encore jamais pris la peine de demander réellement pardon. Ce jour-là, il avait laissé parler son cœur plutôt que ses principes et les trois amis n'avaient pu qu'accepter ces excuses qu'ils devinaient sincères. Du moins, Harry et Hermione les avaient acceptées. Ron s'était montré, comme à son habitude, d'une méfiance sans égale.
- Bien sûr que je m'en souviens.
Ron ne répondit pas immédiatement et Drago se demandait de plus en plus où il voulait en venir.
- C'est ce jour-là que j'ai compris que j'étais dans une belle merde.
Ron détourna la tête et s'avança vers la fenêtre du salon pour regarder à travers, les yeux dans le vague, mais toujours dans une attitude très posée. Il avait dû prendre une sacré dose de potion calmante.
- C'était facile d'ignorer l'attirance que j'avais pour toi quand tu étais le dernier des salauds.
Drago écarquilla les yeux, ce que Ron ne put voir puisqu'il regardait toujours l'extérieur sans lui accorder d'attention. Il parlait d'une voix paisible, comme s'il racontait une histoire à un enfant.
- Mais évidemment, il a fallu que tu ne sois pas du tout un salaud, pas vrai ? Il a fallu que tu deviennes quelqu'un de bien et que tu t'excuses, par-dessus le marché. Il a fallu que tu t'insinues dans notre cercle, que Harry finisse par te considérer comme un véritable ami et qu'Hermione tombe amoureuse de toi.
Il consentit enfin à se retourner, s'adossant contre la fenêtre, les mains toujours dans les poches, image parfaite de la nonchalance. On aurait pu croire qu'il s'ennuyait presque, si on oubliait ce qu'il était en train de dire.
- Et moi, dans tout ça ?
- Weasley, je...
Drago commença une phrase qu'il ne sut comment continuer. Qu'était-il censé dire ? Mais apparemment, Ron n'attendait pas du tout à ce qu'il prenne la parole parce qu'il poursuivit.
- Et moi ? répéta-t-il. Depuis toujours, je suis celui qu'on laisse un peu de côté. Le bon pote marrant, mais au final, pas si important. Celui qu'on ne remarque pas vraiment, celui qui n'a pas droit aux éloges.
Malefoy restait silencieux, conscient qu'il avait plutôt intérêt à laisser Weasley finir, même si ce qu'il entendait dépassait complètement l'entendement. Il commençait à se sentir extrêmement mal à l'aise et n'avait qu'une envie : que Weasley parte de chez lui.
- Alors c'est bon. J'en ai assez. Il y a pas mal de temps déjà que j'ai compris que la vie ne me ferait pas de cadeau. Alors je vais me servir moi-même.
Et toujours cette même phrase dans sa tête qui tournait en boucle : "Tiens t'en au plan". Ron s'avança vers lui d'une démarche lente, mais assurée. Sans s'en rendre compte, Drago recula jusqu'à ce que ses jambes butent contre le canapé. Weasley se retrouva face à lui, proche, beaucoup trop proche et murmura :
- Oui, il est temps que je me serve moi-même.
Soudain, Drago reçut un coup violent à la tête et la douleur lui fit perdre connaissance.
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La porte de la chambre s'ouvre enfin et Drago se lève à la hâte du lit. Weasley referme derrière lui avant de le regarder, un sourire tendre aux lèvres.
- Tu n'as toujours pas mangé, sermonne-t-il en claquant sa langue contre son palais.
- Qu'est-ce que tu me veux ? Qu'est-ce que tu crois faire en m'enfermant ici ?
- Shh, calme-toi. Tout va bien se passer.
Au ton beaucoup trop calme de sa voix, Drago comprend que rien ne va bien se passer. Ron sort sa baguette de sa poche et la pointe sur le blond qui ne peut qu'écarquiller les yeux de peur.
- Petrificus totalus.
Drago retombe durement sur le lit, incapable de bouger. Il sent son cœur battre la chamade tandis que Ron s'approche de lui pour l'allonger dans une position plus "confortable".
- J'ai tout prévu tu sais, explique-t-il en s'asseyant sur le rebord du lit. J'ai annoncé à Harry, Hermione et tous les autres que j'avais eu une proposition d'emploi dans un autre pays. Oh, ils étaient surpris, évidemment, mais en voyant à quel point ça me rendait heureux, ils n'ont pu qu'être contents pour moi.
Il s'empare du verre de vin sur le plateau que Drago n'a bien sûr toujours pas touché.
- Ne t'inquiète pas, ajoute-t-il en observant le liquide d'un œil absent. Je me suis occupé de tout, pour toi. Quand tu étais évanoui, je t'ai pris assez de cheveux pour que quelqu'un te remplace assez longtemps pour écarter tout soupçon. On ne pouvait pas disparaître tous les deux en même temps, pas vrai ? Ça aurait été trop louche.
Dans son esprit, Drago hurle. Il essaye de réfléchir à toute vitesse, mais malheureusement, aucune idée brillante ne lui parvient. Il est tout simplement coincé avec un Ron qui semble être devenu complètement fou.
- Ça fait des années que je regarde tout le monde accomplir ses rêves et réussir sa vie, comme un simple spectateur, bien conscient que ce dont je rêve est impossible.
Il regarde Drago et sourit en levant le verre de vin devant lui.
- Impossible sans un petit coup de pouce.
Il rapproche le récipient de la bouche de Drago et celui-ci essaye de passer outre le sortilège pour tourner la tête, mais il sait que ses tentatives sont vaines. Et quand l'odeur du breuvage lui parvient, la panique explose totalement en lui. Le vin sent bon, il sent l'odeur rassurante d'un terrain de Quidditch et du parfum d'Hermione.
- J'aurais préféré ne pas avoir à faire ça, mais parfois, il faut être capable de prendre les décisions qui s'imposent.
Impuissant, Drago regarde Weasley rapprocher le verre plus près de ses lèvres pour finalement verser le contenu dans sa bouche.
Impuissant, Drago est obligé de boire.
A la seconde où le liquide coule dans sa gorge, un épais brouillard envahit son esprit. Un brouillard réconfortant dans lequel il veut rester plongé pour toujours. Il entend à peine Ron murmurer le contre-sort qui lui rend sa liberté.
Ron !
Le roux le regarde, son doux visage trahissant une inquiétude que Drago brûle d'envie d'effacer. Pourquoi donc serait-il inquiet ? Il se lève et Drago s'assoit sur le lit, le fixant de ses yeux nouvellement transis d'amour. Ron ose un sourire et il se sent pousser des ailes.
- Aime-moi, Drago, chuchote-t-il.
Ce dernier se met à rire, d'un rire qu'il est persuadé d'être franc.
- Évidemment que je t'aime !
Il prend les mains de Ron dans les siennes et le fait se pencher pour l'embrasser. Il n'a jamais vécu de moment aussi heureux et il sait qu'il ne connaîtra jamais rien de plus beau.
Ron aussi le sait.
Tant qu'il donnera à Drago son verre de vin chaque soir, leur histoire d'amour sera la plus belle jamais contée.
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Tadaaaaa ! Celle-là vous ne l'avez pas vue venir, pas vrai ?
Pour le plot-twist dont je faisais référence plus haut, Drago devait se rendre compte, grâce à ses nouveaux pouvoirs, que Ron était amoureux de lui. Si au début, le potentiel humoristique de cette idée était plus qu'évident, mon amour du drama m'a obligé à écrire un truc beaucoup plus sombre.
Bien que ce soit très différent de ce que je fais d'habitude (mais après tout, c'est le but de ces défis), n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! J'espère que tout était clair et compréhensible tout de même, des fois je me perds dans mes idées ahah
DouceVelane, petit message à ton attention, j'espère que ces deux mois d'attente valaient le coup mdrrrr
Prenez soin de vous et à bientôt !
