Chapitre 1. Mardanorna (strong house)
"Plus de compresses! Apportez plus de compresses! Elle convulse! Vite!"
Dans tout le palais souterrain de Mirkwood on pouvait voir des servantes et des serviteurs courir à droite, à gauche, en avant, en arrière, portant des bassines remplies d'eau, du linge, des plantes médicinales, des onguents ou toute sorte de choses qui auraient dû apaiser la patiente du jour! Et d'ailleurs plus on se rapprochait des appartements royaux plus les cris d'une jeune femme semblant à l'agonie se faisaient puissants. Elle hurlait à la mort, elle hurlait tellement fort que les oreilles très sensibles des elfes peinaient à supporter cette surcharge sonique. Cependant, l'instant était trop important pour que l'une de ces fidèles servantes ne fasse faux bond à la fille d'Erù qui, en proie à une fièvre inexpliquée et inexplicable qui la faisait hurler comme un veau que l'on égorge. Puis, soudainement, alors que l'on rentrait dans la chambre avec de nouvelles compresses, plus aucun son, plus aucun cri.
"Sortez! Ordonna le roi d'une voix autoritaire
-Votre majesté… elle
-Sortez, immédiatement! Rajouta Thranduil d'une voix sombre"
Le roi des elfes de la forêt noire prit alors la main de la jeune femme pour tenter de sentir son poûl, heureusement celui ci était facilement perceptible. En fait son coeur battait plus fort que la normale, comme si elle produisait un effort intense alors qu'elle était alitée depuis une semaine et qu'elle avait commencé à crier à peine une heure auparavant, aux environs de deux heures du matin, réveillant tout le palais et les animaux de la forêt. Soudain, Avelen, puisque c'était elle ce fameux réveil déréglé, serra avec force la main de l'elfe qui fut plus ou moins surpris par sa vivacité. Elle se redressa légèrement et, la tête penchée en arrière, elle se mit à flotter à quelques centimètres au-dessus du matelas, le drap léger qui lui servait de couverture, toujours sur elle. Ses yeux devinrent brutalement violets et, reconnaissant cet état qu'il avait déjà vu auparavant, le roi des elfes se leva pour pouvoir garder le visage de la jeune femme en visuel, juste à temps avant qu'une voix gutturale ne s'échappe de sa gorge.
"Milles maux pour les peuples d'Arda et des autres mondes… milles souffrances et milles tourments pour ceux qui se dresseront en travers du chemin de la dame en noir et du sombre ennemi, milles douleurs à celui dont le coeur restera fidèle! Et milles lauriers à celui qui transpercera celle qu'il aime, apportant son sang sur l'autel des vainqueurs! Car si le soleil se couche, la lune ne lui laisseras plus jamais la place et une pluie de sang couvrira le monde, colorant les champs de blés et les voiles des jeunes mariées d'un pourpre funeste"
Elle prit une grande inspiration et l'expression de l'elfe se fit plus inquiète.
"De la mort naît la vie, une renaissance fertile et éclairée d'une lumière bénie par les astres… soit courageuse fille de la lumière, que ton flambeau jamais ne s'éteigne même lorsque l'ultime musique sera révélée"
Puis elle retomba sur le matelas et l'elfe se pencha immédiatement pour vérifier qu'elle allait bien.
"Avelen? Avelen? Est-ce que tu m'entends?
-Thranduil…? S'étonna la jeune femme en le dévisageant Ah…!"
Elle se redressa brutalement, cognant son front contre celui du roi qui lui lança un regard noir auquel la jeune femme répondit en se grattant l'arrière de la tête d'un air gêné. Mais malgré l'apparent agacement du seigneur des forêts, celui-ci était véritablement heureux de la voir fraîche et disposée. Dix ans avaient passés depuis la bataille des cinq armées et Avelen n'avait pas bougé d'un pouce, ce qui l'amenait régulièrement à se demander si ses pouvoirs ne ralentissaient pas son vieillissement, cependant, ce soir là c'était un autre aspect de ses pouvoirs qui les intéressait tout les deux. Les visions, les visions prophétiques pour être plus exact. Ces mêmes visions qu'elle avait eu peu avant la bataille qui avait opposé les forces de Thorin, Dain, Barde et Thranduil à celles de Bolg et d'Azog. Allongée sur le lit, la tête appuyée sur plusieurs coussins, le drap qui la couvrait négligemment poussé à ses pieds, Avelen pouvait sentir l'inquiétude de l'elfe sans même lui parler.
"Dix ans se sont écoulés depuis ta dernière vision…
-Peut être que c'est un cycle... périodique...? Tout...tout... les dix ans jusqu'à ce que l'échéance n'arrive à son terme... j'aurais... une vision? Elle haussa doucement les épaules, cette théorie lui semblait un peu farfelue
-Hm… Lâcha l'elfe, ce qui dans son langage équivalait à un "Mouais" je suis incapable de te donner une théorie valable, je contacterais Elrond pour savoir si il peu nous aider à ce sujet Il s'assied sur le rebord du lit et posa sa main sur le front de la jeune femme bien, tu n'as plus de fièvre, comment te sens tu?"
Pour toute réponse la jeune femme fit une légère grimace, elle était vidée de son énergie, épuisée par la vision qu'elle venait d'avoir et qui était difficilement supportable pour son corps humain. Et même si le fait que la vision soit "passée" soulageait son corps et son esprit, elle était quand même épuisée. Thranduil le comprit assez facilement, le teint blafard de la jeune femme et sa voix hachée par la fatigue soulignant le tout. Il prit sa main murmurant quelque chose en quenya "antoryamë" ce qui signifie "renforcement" et qui lui permettait de communiquer à l'humaine une partie de son énergie magique. Une douce lueur dorée entoura sa main alors qu'il la posait sur le plexus solaire de Avelen. Une certaine chaleur se propagea dans tout le corps de la jeune femme qui sentit son souffle devenir plus régulier et son coeur se calmer. Lorsqu'il lui eut suffisamment donné, l'elfe enleva sa main et celle-ci cessa d'irradier de cette étrange lumière dorée.
"L'ultime musique? C'est ce dont j'ai parlé?
-Oui, entre autres choses
-Franchement… je ne comprends pas ce que ça veut dire… Est-ce que tu veux bien me l'écrire sur un papier ? Histoire que je m'en souvienne… Demanda Avelen en se relevant légèrement
- Doucement Avelen, ne te relève pas trop brusquement Il posa sa main dans son dos pour l'aider à se relever oui, je te laisserais la note sur la table, maintenant il faut que tu te reposes, d'accord?
- Mh… oui, oui"
Le roi des elfes secoua la tête de droite à gauche avec un air désespéré car il savait déjà que la quasi humaine n'en ferait qu'a sa tête, elle était tellement têtue qu'il avait abandonné toute idée de la rendre raisonnable un jour. A quasiment trente-huit ans, Avelen semblait en avoir toujours une vingtaine, ce qui selon l'elfe était dû à ses pouvoirs grandissants et la jeune femme était plutôt d'accord avec lui. Intellectuellement elle avait mûri, elle était devenue beaucoup plus sage bien que leur échange précédent n'en était pas une démonstration brillante. Mais elle avait mis les dix dernières années à disposition pour emmagasiner une certaine quantité de connaissance sur la Terre du milieu mais également afin de visiter différents royaumes et d'en apprendre plus sur les rapports entre les peuples d'Arda. Thranduil n'aimait pas trop qu'elle voyage car la savoir loin du royaume des forêts faisait naître en lui un sentiment inexplicable situé entre l'angoisse et l'agacement mais Avelen ne l'écoutait pas vraiment ce qui occasionnait de violentes disputes entre les deux. Malgré cela leur attachement était toujours aussi fort et il y en avait toujours un pour venir s'excuser, c'était plus souvent Avelen qui faisait le premier pas mais l'elfe s'y était aussi mit.
Bien qu'elle soit pressée de reprendre ses fonctions, Avelen dû déclarer forfait face à la fatigue de son corps et elle s'endormit une petite demie-heure après que l'elfe ne soit partit. Le sommeil fut sans rêves et plutôt reposant, lui permettant de se réveiller à l'aube, juste à temps pour assister à l'entraînement de la garde royale. Depuis son arrivée, il lui semblait que le nombre de soldats avait doublé malgré les pertes subies dix ans auparavant, ce qui était une excellente chose. Force était de constater que la dextérité naturelle des elfes en faisaient des guerriers naturellement plus performants que les Hommes dont la principale faiblesse était le manque d'endurance.
« Mae Govanendame Avelen, je suis ravi de voir que vous allez mieux, nous étions tous très inquiets pour vous »
La jeune femme leva doucement la tête vers l'origine de la voix.
« Glorfindel, merci pour votre sollicitude Sourit la jeune femme en esquissant un léger sourire
- Je vous en prie, c'est normal, vous étiez très pâle la semaine dernière, que vous arrive t-il?
- J'ai eu…une vision…
- Comme… comme avant la bataille d'Erebor ? Demanda l'elfe, soudainement plus inquiet
- Oui, exactement, selon le roi Thranduil qui était à mes côtés lorsque cela s'est produit, mes yeux sont devenus violets et j'ai encore lévité au-dessus du matelas… Elle poussa un long soupir on dirais que mes pouvoirs se réveillent à nouveau…
- Veuillez m'excuser de ma franchise mais… comment sommes nous sûrs que ce sont des visions que vous avez et pas des hallucinations…? L'elfe avait l'air très concerné Si ce sont des visions, le conseil doit être mis au courant immédiatement
- Le conseil ? »
Glorfindel ouvrit la bouche pour répondre mais s'arrêta en fixant quelque chose dans le dos de la jeune femme. Celle-ci se retourna légèrement pour voir Thranduil apparaître dans son champ de vision, au vu de la tête qu'il avait il était de mauvaise humeur.
« Il parle du conseil présidé par Saroumane le Blanc… »
Avelen devint blanche comme un linge, évidemment ! Elle avait complètement oublié l'existence d'un tel conseil présidé de surcroît par un homme qui serait dans le futur l'un des plus grands obstacles sur la route des membres de la communauté de l'anneau. Un homme, un maïa, intelligent mais lentement corrompu par le pouvoir du Palantir et le pouvoir de Sauron. Mais elle ne pouvait pas le leur révéler, elle ne le devait pas et puis de toute manière, comment étayer ses accusations envers un homme sur lequel Arda tout entière comptait. Elle n'était sur cette terre que depuis une petite décennie, lui s'était incarné sur Arda depuis des siècles, personne ne la croirait si elle leur disait qu'il était lentement attiré par le mal. Elle devait la jouer fine pour à la fois bénéficier des conseils de ceux sur qui elle savait qu'elle pouvait compter, Elrond, Gandalf, Galadriel tout en évitant d'attirer l'attention du mage blanc. Cependant, elle considérait qu'elle ne comptait pas dans la mesure où cela faisait dix ans qu'elle vivait comme un elfe et qu'elle possédait d'incroyables pouvoirs qu'aucun Homme ne pourrait jamais imaginer détenir. Si les elfes l'avaient vraiment voulu, ils auraient aisément put reprendre le contrôle du Gondor et du Rohan puis ils auraient soumis les autres royaumes des Hommes.
« Nul besoin de réunir le conseil pour mes interrogations personnelles mais… Si le seigneur Elrond était disposé à me recevoir, j'aimerais m'entretenir avec lui… je suis sûre qu'il pourrait m'aider
- Il sera sûrement ravi de vous accueillir à Fontcombe le temps que vous désirez Approuva l'elfe en souriant légèrement
- Quand… Quand comptez-vous regagner Fonctombe ?
- Eh bien, je dois partir après demain mais vous n'aurez qu'à me rejoindre plus tard si cela fait trop tôt Il jeta un œil inquiet à Thranduil qui les fixait sombrement
- Non, ce n'est pas trop_
- Nous y réfléchirons La coupa Thranduil Avelen, pouvez-vous venir ? J'ai à vous parler, en privé »
Il était habituel que le roi revienne au vouvoiement lorsqu'ils étaient en public ou qu'il était énervé et au vu de son expression, c'était le cas. Il marcha pendant quelques minutes jusqu'à atteindre la salle du conseil ou une grande table en chêne sombre tenait lieu de meuble principal. Il s'assied à la place qui lui était réservée puis désigna d'un mouvement de la tête un siège à l'autre extrémité de la table. Avelen n'aimait pas trop la tournure que cette "entrevue" prenait, elle avait l'impression qu'elle allait se faire engueuler par son père. Ce n'était pas la première fois que l'elfe lui faisait ressentir ce genre de chose car, que ce soit dû à son statut de roi ou simplement à son caractère, Thranduil était très autoritaire avec elle, l'obligeant sans cesse à lui rappeler qu'il n'était pas… son père, ce à quoi l'elfe répondait qu'il était le roi. Une fois, la jeune femme lui avait même sauté dessus, un poignard à la main mais bon… ce n'étais arrivé qu'une seule fois et elle avait bu et puis elle n'avait pas vraiment voulu le tuer.
" Thranduil? Est-ce qu'il y a un problème?
- Comment peut tu accepter l'invitation du seigneur Glorfindel sans même me consulter?
- Pardon? La jeune femme ricana légèrement on a déjà eu cette discussion Thranduil, je ne suis pas enchaînée à ce palais!
- Tu te dois de t'en référer à moi!"
L'elfe avait tapé du poing sur la table avec une telle force que Avelen sursauta. Ce côté dominant et presque étouffant horripilait la jeune femme, la principale raison étant que cela contrastait tout à fait avec le côté doux et attentionné de l'elfe qui prenait soin d'elle à chaque fois qu'elle en avait besoin. Avelen fixa Thranduil dans les yeux, elle était très énervée parce que à chaque fois qu'elle tentait de lui montrer qu'elle souffrait de son autorité, l'elfe se levait et sortait de la pièce, la laissant seule. Elle ne répondit donc pas et se leva le plus calmement possible et se dirigea vers la porte qui menait à la sortie. Elle n'eut cependant pas le temps d'ouvrir cette fameuse porte que la main du roi se refermait sur son poignet. Elle sursauta, Thranduil se montrait rarement violent mais au vu de l'énergie qu'il dégageait, elle se mit à craindre qu'il le soit cette fois-ci. Cependant, le roi avait une mine désolée, il avait l'air triste. D'ailleurs en voyant la réaction quasi épidermique de la jeune femme, l'elfe lâcha son poignet.
"Je suis désolé Avelen… chacun de tes départs m'es plus douloureux…
- Je sais… mais je vais revenir, c'est ici ma maison, hm? Elle lui fit un doux sourire pour bien montrer qu'elle n'était pas en colère
- Tu pourrais tomber amoureuse des jardins de Fondcombe… tu pourrais ne plus vouloir revenir aux côtés d'un roi elfe arrogant et autoritaire en découvrant la liberté dont jouissent les sujets d'Elrond Il était réellement inquiet mais son visage cachait ses sentiments
- Ou je pourrais me rappeler qui m'a accueillie, nourrie, logée et aidée… pendant dix ans Elle dégagea sa nuque pour que l'elfe puisse la voir tu vois? Le dessin est réapparu aujourd'hui, comment oublier à quel royaume… j'appartiens?"
En effet, en plus de ses pouvoirs qui semblaient émerger à nouveau, le tatouage que Thranduil avait dessiné sur son épaule plusieurs années auparavant était de nouveau visible bien qu'il ait disparu. Surprit, le souverain tendit la main et effleura doucement la marque, un air fasciné collé sur son visage. Recouvrant son épaule, Avelen lui adressa un second sourire.
"Est-ce que tu es d'accord pour que je me rendre chez le seigneur Elrond?
- Oui, bien sûr… mais reviens moi vite Il effleura doucement sa joue"
Après avoir vigoureusement hoché la tête, la jeune femme retourna aux côtés de Glorfindel qui observait toujours les soldats en train de s'entraîner. Depuis la fin de la bataille des cinq armées, Avelen n'avait cessé de tenter de convaincre les principaux royaumes elfiques, à savoir la Lorien, Fontcombe et Mirkwood de former une alliance militaire commune. Elle savait d'expérience, et parce qu'elle en avait parlé avec Thranduil et dame Galadriel que d'autres groupements d'elfes s'étaient réunis au nord mais ils s'étaient coupés d'Arda six cents ans auparavant et depuis, à part quelques rares émissaires de Fondcombe, personne ne les avait vu. Elrond finit par appuyer sa demande lorsqu'elle lui avait parlé des organisations similaires qui existaient dans son monde et qui permettaient, théoriquement, d'engager une réponse coordonnée et puissante face à tout ennemi potentiel. Le mieux c'était qu'elle était débarrassée des luttes d'égo et de pouvoir qui rendaient trop souvent ces organisations inefficaces et de la mortalité de leurs présidents puisque les elfes étaient immortels. Et Glorfindel était l'émissaire choisi par Elrond pour venir partager les savoirs des elfes de Fondcombe, d'où sa présence.
"Alors? Vous ne vous êtes pas entretués cette fois?
- Qui vous dit que je tenterais quoi que ce soit contre mon roi? S'offusqua faussement la jeune femme
- Mh… les rumeurs vont bon train à la cour
- Cela ne m'étonne pas, le roi est d'accord pour que je vous accompagne, je vous accompagnerais donc à Fondcombe"
"Avelen Emerwën Elerina Amon Camailluvatàr, c'est un honneur et un plaisir de vous recevoir parmis nous, que la bénédiction des Eldars soit sur vous
- Lindir, le plaisir est partagé"
La jeune femme descendit souplement de son cheval. Avec sa tenue de voyage c'était plutôt facile de monter à cheval et de se déplacer rapidement, elle n'eut donc besoin d'aucune aide extérieure malgré l'inquiétude palpable de Glorfindel qui descendait également de son cheval et de Lindir qui s'était précipité vers elle lorsqu'il avait cru qu'elle était en train de tomber. La jeune femme prit cela pour de la politesse. Aplatissant sa jupe, elle suivit donc Lindir jusqu'à une terrasse ou le seigneur Elrond l'attendait. Cette image avait quelque chose de majestueux, le seigneur de Fondcombe lui même avait un quelque chose de majestueux et d'infiniment mélancolique à la fois, comme un gardien qui a vu tant de vie passer que voir les vivants ne lui évoque que la mort prochaine qu'ils devront affronter. Il accueillit cependant la fille d'Eru avec un grand sourire qui en disait long sur la pétillante vitalité du seigneur elfique.
"Avelen, mae govannen, c'est un vrai bonheur de vous avoir parmi nous, comment vous portez-vous? La salua l'elfe avec engouement
- Seigneur Elrond, merci de m'accueillir dans votre demeure, je vais très bien, je vous remercie Elle esquissa un léger sourire j'espère que je ne vous dérange pas
- Au contraire, j'ai cru comprendre que vous aviez besoin de conseils avisés, j'espère seulement que les miens vous suffiront… Il inclina légèrement la tête venez, j'allais dîner
- J'en suis sûre, il n'y a pas plus avisé et sage que vous sur Arda"
L'un des gens d'Elrond tira une chaise à proximité de celle de son seigneur pour inviter la jeune femme à s'y asseoir. On leur servit plusieurs mets, tous très délicats, ainsi que plusieurs eaux de fruit et de fleur que Avelen prit plaisir à déguster tant il était rare pour elle de voir autre chose que du vin à sa table. Le repas terminé, Lindir conduisit la jeune femme à ses appartements, ceux ci se trouvaient dans le bâtiment principal, proche de ceux d'Elrond afin qu'elle puisse aller toquer à sa porte à n'importe quel moment. Avec beaucoup de délicatesse, on avait disposé sur son lit un plateau de fruits et de l'eau sur la commode au cas où elle aurait besoin de se nourrir ou de se désaltérer pendant la nuit. Un petit sourire éclaira le visage de la jeune femme qui remercia chaudement Lindir avant d'aller se coucher. Le voyage avait été épuisant depuis la forêt noire, il leur avait fallu quasiment une semaine pour parvenir à Fondcombe ce qui était plutôt rapide en soit mais qui avait parut une éternité à Avelen qui désormais, était pleine de courbatures.
"Votre majesté? Votre majesté?"
Thranduil tourna négligemment la tête vers le conseiller qui lui parlait. Ils étaient en plein conseil et pourtant l'elfe ne pouvait pas s'empêcher de regarder à l'extérieur, la valse des feuilles tombant au sol lui semblant soudainement beaucoup plus appréciable que les élucubrations de ses conseillers. Et la raison de cette distraction inhabituelle avait les oreilles rondes et les cheveux blancs. Il n'arrêtait pas de se demander si elle était bien arrivée, si elle n'avait pas été blessée sur la route et si elle était installée confortablement. Décidément, Avelen était une source de préoccupation de plus en plus importante et bien que cela fut inhabituel pour le souverain ça ne lui était pas désagréable d'être occupé par autre chose que les affaires de l'État. Il était habitué à ce qu'elle parte en voyage, après tout c'est ce qu'elle avait souhaité faire depuis un certain bout de temps. Les premières fois il avait été plutôt réticent et le fait qu'elle revienne régulièrement blessée et épuisée n'avait pas aidé à le convaincre que ce genre d'activités lui étaient bénéfiques.
"Oui seigneur Thavron? Il hocha légèrement la tête pour signifier à l'autre qu'il l'écoutait
- Vous ne nous avez pas donné votre avis concernant le montant alloué à l'entretien de l'armée pour la décennie à venir L'elfe tenait un parchemin dans la main, parchemin qu'il tendit au roi voici le bilan des dépenses de cette année
- Bien Il prit le parchemin Comment se fait il qu'elles aient doublé sans que vous ne m'en avertissiez?
- Hum...vous aviez validé ces dépenses mon seigneur, ne vous en rappelez vous pas? Hésita le conseiller, un peu gêné et puis avec le commerce florissant que nous entretenons avec la nouvelle Dale ce n'est pas un problème
- Je vois, nous n'avons qu'à dire que tout cela est validé, qu'en est il des expéditions pour assainir la forêt?
- Les différentes escouades ont toutes réussi à atteindre les nids et à éliminer les oeufs et les araignées présentes, nous pouvons dire à coup sûr que d'ici six mois, l'entièreté de la forêt sera purgée
- Je veux que l'on lance des recherches pour éradiquer magiquement le mal qui sévit en dehors de nos frontières, je crains que nous ne retrouvions jamais nos terres si nous n'en passons pas par là Il croisa les jambes en tapotant sur la table
- Mais… qui accomplira le rituel mon seigneur?
- J'ai mon idée sur le sujet, bien, vous pouvez disposer"
Après que ses conseillers ne soient sortis de la pièce dans laquelle ils s'étaient réunis, Thranduil se leva pour aller au balcon. Il faisait déjà nuit mais il voyait très clairement les arbres se mouvoir lentement depuis là où il était, le vent effleurer ses oreilles et la chaleur de la terre qui avait été exposée au soleil toute la journée. Il appréciait tout particulièrement ces moments de paix intense ou il pouvait être tranquille sans avoir à subir le bouillonnement ,certes très vivant mais épuisant, du palais. Depuis un certain temps il avait pris l'habitude de partager ces instants de calme avec Avelen qui venait toujours le voir à la fin de sa journée elle même bien chargée. En effet, elle s'occupait à la fois de la gestion de la garde impériale, aidée par Gelui et Tauriel, mais également des relations diplomatiques entre Mirkwood et les autres royaumes d'Arda avec lesquels des traités d'alliance avaient été signés. C'était donc elle qui organisait la venue des émissaires et la modalité dans lesquelles ceux-ci étaient accueillis. La plupart du temps elle était épuisée et acceptait avec plaisir un petit verre de vin pour décompresser après une longue journée.
"Ah… Avelen… Soupira l'elfe en regardant les étoiles"
Ce petit bout de femme restait un mystère pour Thranduil bien que cela faisait plus de dix ans qu'ils vivaient plus ou moins ensemble. Après tout, à chaque fois qu'elle pensait avoir percé un mystère à propos de son identité, quelque chose venait encore le compliquer. Rien que le fait de déterminer si elle était humaine, vala ou autre chose était difficile, après tout elle possédait des pouvoirs divins que aucun Eldar n'avait vu depuis un bout de temps mais elle ne ressemblait pas vraiment à l'idée que l'on se faisait généralement d'une vala, elle était plus frêle, plus fragile et plus… caractérielle, loin de l'image d'une déesse. Mais il ne fallait pas non plus négliger le fait qu'elle ne semblait plus vieillir, que malgré les années qui passaient, aucune ride ne se creusait sur son visage comme c'était habituellement le cas pour les humaines de son âge. Le fait étant que le numénoréen, enfin, leurs descendants avaient hérité de ce pouvoir de longévité offert à leurs ancêtres en Aman et qu'une absence de vieillissement si tôt dans sa vie n'était pas forcément signe qu'elle était une Vala.
Rendu curieux par les questions que lui-même se posait, Thranduil se dirigea vers la bibliothèque royale. C'était un enchaînement de pièces assez gigantesques où il avait fait entreposer tout les ouvrages qui avaient put être récupérés de Doriath et du premier royaume des forêts ainsi que des volumes offerts par d'autres souverains. Mais il y avait également des livres acquis par des elfes de la forêt noire sur les marchés de dizaines de royaumes différents et qui venaient ajouter à la richesse du savoir entreposé ici. Grâce à ses yeux, qui comme ceux de tout les elfes, voyaient très bien dans le noir il n'eut pas besoin de se saisir d'une lumière pour sélectionner les ouvrages qu'il allait consulter. Il y en avait peut qui parlaient des métis vala car le sujet était à la fois tabou et très rarement traité à cause de la rareté des cas. De mémoire d'elfe on avait recensé trente métis vala et seulement une dizaine avaient atteint l'âge adulte. Cependant, il n'en restait aujourd'hui aucun en vie car tous avaient pris part à la guerre de la grande colère plusieurs âges auparavant et ils avaient été décimés par les dragons.
"Caractéristiques… immortalité… mortalité?"
Feuilletant l'ouvrage avec attention, l'elfe finit par s'arrêter sur une page qui lui semblait correspondre à ce qu'il cherchait. Sur le papier on avait inscrit le compte rendu d'une ancienne bataille au cours de laquelle sa violence . On y décrivait avec précision les deux protagonistes, Amdir, ce qui signifiait "Espoir" en sindarin et Erainlevon dont le nom venait de la contraction entre "Erain" signifiant "Roi" et "Celevon", "d'Argent" soit "le Roi d'Argent". La raison de la discorde aurait été un problème de territoire entre les deux peuples que Amdir et Erainlevon avaient choisis comme pairs. Des Hommes pour la jeune femme, Amdir qui était semi humaine et des elfes pour Erainlevon qui était pour moitié elfe. Les détails de l'affrontement étaient sordides et effrayants de violence même pour l'elfe qui s'était pourtant battu sur de nombreux champs de bataille. Les pouvoirs dont Amdir et Erainlevon avaient fait preuves étaient d'une puissance qui défiait l'imagination.
"Sur la plaine, tout n'était que sang et poussière, les rares d'entre nous qui avaient tenté de s'interposer pour faire cesser ce combat furent réduits en cendre. Dame Amdir était au bord de l'épuisement ainsi que son adversaire, le seigneur Erainlevon. Tout autour d'eux, les montagnes étaient déchirées et là où se tenait la forêt verte il n'y avait plus rien. De la ou nous étions réfugiés nous vîmes l'épée du seigneur Erainlevon se lever et briller à la lumière du soleil alors qu'il la levait pour achever Dame Amdir mais la jeune demi soeur de celle ci qui avait tenu à rester non loin s'interposa et l'épée traversa sa chair, la tuant d'un coup net. Un cri animal sortit de la gorge de Dame Amdir et ses yeux devinrent soudainement d'un violet lumineux, nous ne l'avions jamais vu autant perdre le contrôle de ses pouvoirs. Une impulsion d'énergie parcourut tout le champs de bataille envoyant le seigneur Erainlevon au sol et un rayon de lumière noire se matérialisa dans la main de dame Amdir, celle ci força son adversaire à rester au sol en comprimant sa gorge alors que les yeux du seigneur Erainlevon devenaient également violets. Au même moment leurs cheveux devinrent blancs comme la neige et une seconde décharge parcourut le champs de bataille accompagné d'une lumière intense"
"Cheveux blancs… yeux violets… Avelen a les cheveux blancs en permanence mais ses yeux… cela doit être lié à l'utilisation de ses pouvoirs… L'elfe posa le livre sur ses genoux pour être un peu plus confortable"
"Lorsque la lumière se dissipa, nous vîmes deux silhouettes s'élever dans les airs, vêtues d'un voile blanc, c'était Dame Amdir et le seigneur Erainlevon, enfin… ce n'était plus vraiment ceux que nous avions connus, leurs pouvoirs et leur colère semblaient les avoir tellement dépassés qu'ils avaient tués leur partie elfe et humaines faisant d'eux des Maïa à part entière. Celle qui avait été Dame Amdir leva la main, se saisissant de ce rayon de lumière noire qu'elle tenait précédemment dans sa main et le lança sur le seigneur Ereainlevon qui fut transpercé en pleine poitrine et tomba au sol, mort"
"Donc… mortels lorsque blessés par une arme…"
Il tourna la page, l'écriture avait changé, le premier conteur était sûrement mort et avait passé la main, avant de s'éteindre à quelqu'un d'autre. "Dame Amdir vécu pendant deux âges, vénérée par les descendants des Hommes qu'elle avait protégé jusqu'à ce que leur royaume ne tombe ou que la lignée de leurs rois ne s'éteigne puis, sur le mont le plus haut elle se donna la mort en s'enfonçant dans la poitrine une lame blanche, depuis ce jour, aucun demi-Vala n'a été aperçu, je suis le dernier de ma lignée et mon heure approche à grand pas, la maladie s'est emparée de moi et sans la protection de Dame Amdir il est à parier que mon enveloppe charnelle ne supportera pas longtemps le poid de ma mémoire. Nous croyons… je crois profondément que c'est Eru lui même qui a fait naître ces deux entités et qui les a laissées vivre afin, sûrement, de savoir lequel de Dame Amdir ou du seigneur Erainlevon était le plus à même de protéger Arda contre la menace qui revient mais celle ci s'étant donné la mort de tristesse il est à parier que des jours sombres attendent les peuples d'Arda."
