Durant la nuit, je ne rêvais pas, mais j'avais cette impression qu'un malheur allait arriver et qui ne me quittait pas. Ce qui faisait que mon sommeil n'était pas des plus paisibles et pas des plus reposants. J'avais l'impression d'entendre un hurlement en continue dans mes oreilles et j'avais aussi cette sensation d'avoir froid. Dans mon absence de rêve, dans le noir, je vis apparaître un faucon devant moi, il vola sur place, en face de mes yeux.
-Déesse Nephtys ?
Le faucon acquiesça de la tête, répondant ainsi à ma question.
-Pourquoi m'avoir fait venir ici ? Dans cette cité ? A cette époque ? Pourquoi ?
Le faucon poussa un cri et dans son écho, j'entendis une phrase.
-Ce qui est mort, doit rester mort ! L'équilibre doit être rétablit.
En entendant cette phrase, j'avais l'impression d'étouffer, de ne plus pouvoir reprendre mon souffle. Je posais une main sur ma poitrine, essayant de respirer mais rien. Instinctivement, je serrais ma croix de Ankh dans ma main, comme pour m'accrocher à la réalité.
-NON ! IL NE FAUT PAS LE LIRE A HAUTE VOIX !
Le cri du docteur Chamberlain me réveilla tandis que la phrase de la Déesse Nephtys résonnait dans ma tête. Une fois réveillée, une douleur me fit hurler. Mon tatouage me brûlait affreusement, encore plus que d'habitude, comme si on avait posé une flamme directement dessus.
Le cri du docteur Chamberlain suivit du mien réveillèrent aussi Jonathan ainsi que les trois Américains. Evy alla me voir directement tandis que le vent se levait.
-Mila ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Est-ce que ça va ?
Je vis devant nous qu'à l'emplacement où était auparavant Evy, se trouvait le livre noir du Docteur Chamberlain, ouvert. La voix de mon rêve, de la Déesse Nephtys me murmurait une nouvelle chose :
« Le livre des Morts redonne la vie »
Ne me dites pas qu'elle a lu ce maudit livre ?
-Putain Evy, qu'est-ce que tu as foutu ? Tu as lu ce livre ?
-Juste une ligne. Mila ce n'est qu'un livre.
-Evy, c'est le livre des morts. Il ramène les gens à la vie !
La brûlure ne se calmait pas. Je me mis difficilement debout. Le vent ne se calmait pas et une sorte de bourdonnement se fit entendre et il s'intensifiait de seconde en seconde.
Un nuage de milliers de sauterelles apparut dans la cité et provoqua un mouvement de panique. C'était une des dix plaies de l'Ancienne Egypte.
Evy avait réveillée le prêtre qui a subit le Hom-Daï !
On essaya tous de nous débarrasser des sauterelles mais elles étaient beaucoup trop nombreuses. La seule solution qu'on avait était de se réfugier dans les murs de la cité enfouie, chaque groupe de son côté. Rick eut le temps de prendre une torche enflammée afin de nous guider dans l'obscurité des couloirs. On avançait à tâtons, ne sachant pas ce qui pouvait surgir d'un tournant de couloirs.
Une secousse assez puissante et rapide nous fit tanguer. Qu'est-ce que c'était que ça encore ?
-Rick !
Je lui indiquais le sol. On voyait le sable se soulever, comme un gros trou de taupe. Soudain, des centaines de scarabées sortirent de terre. C'étaient les mangeurs de chairs.
-Les scarabées. Hurla Evy.
Immédiatement, on fit demi tour dans les couloirs et on courrait comme si notre vie en dépendait. Ce qui était le cas. Comment ces scarabées ont-ils pû survivre pendant toutes ces années ? Rick nous criait en continu de courir. Crois moi mon gars, on ne compte pas s'arrêter. Il leur jeta la torche et tira des cartouches de fusils à pompe dans l'espoir de les ralentir mais rien ne marchait. On arriva dans une salle avec une espèce de côte en pierre. Le fait d'être sur une montée nous fit ralentir. Ces foutus scarabées nous rattrapaient. On n'eu pas le choix de sauter sur la droite pour Evy et moi, dans un renfoncement à l'abri, et les garçons étaient sur des colonnes sur la gauche. On était hors de danger des bestioles. Il y en avait des milliers vu le nombre que l'on voyait passer devant nous.
Evy recula au maximum, elle faisait limite corps avec le mur derrière nous. Soudain, je la sentis partir en arrière, je n'eus pas le temps de comprendre ce qu'il se passait qu'elle m'entraîna dans sa chute.
C'était une porte dérobée.
On tomba dans une pièce, à peine éclairée par la lumière de la nuit. La brûlure de mon tatouage ne se calmait toujours pas. On s'aida mutuellement à se relever.
-Ca va Evy ?
-J'ai connu mieux. Et toi ?
-Pareil.
Je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivait mais une vague de colère arriva. Evy avait récité à voix haute une phrase du livre des morts, avait probablement ramené à la vie le prêtre qui a subit de Hom-Daï vu qu'on a vécu une des dix plaies d'Egypte et on ignorait où était ce monstre. Je me tournais vers elle.
-Bordel Evy, qu'est-ce qu'il t'a prit de…
Je me stoppais dans mon début d'engueulade. Derrière elle, je vis la silhouette de dos de Monsieur Burns. Il avait l'air perdu. Il faisait du sur-place.
-Monsieur Burns ? Murmurais-je.
-Oh Monsieur Burns, quel soulagement. Fit Evy en se dirigeant vers lui. On a été séparée du groupe et…
Soudain, Bernard se retourna et on cria d'effroi. Il lui manquait ses yeux. Sa peau était rouge et on voyait que ses orbites étaient vides. Qu'est-ce qu'il lui était arrivé ?
-Mes yeux ! Il a prit mes yeux !
On recula de peur. A sa façon de parler, il y avait quelque chose qui lui manquait, mais j'espérais me tromper. Quelque chose bougea derrière nous. On nous retournant, nous vîmes une créature sortir de l'ombre. Une momie, bien vivante ! On voyait le squelette, un peu de chair, des bandages restants et peu de muscle. Le prêtre de Séthi 1er, la « victime » du Hon-Daï, était bel et bien ressuscité et il se trouvait en face de nous.
Il nous regarda avec les yeux volés de Monsieur Burns et s'avança vers nous. Evy recula et alla vers la gauche tandis que je reculais mais en allant vers la droite, vers Bernard qui s'était écroulé sur le sol. La créature semblait se focaliser sur Evy et m'ignora. Je n'arrivais pas à dire quoi que ce soit, à appeler à l'aide. J'étais terrifiée et la brûlure de mon tatouage avait atteint des sommets.
Evy avait tellement reculée qu'elle avait atteint le bout de la pièce, elle était dos au mur.
-Pitié…aidez moi. Nous demanda-t-elle.
Je n'arrivais à sortir un seul son, j'étais pétrifiée. Bernard recula en rampant.
-Peux pas…il a prit ma langue !
L'enfoiré…voilà pourquoi il parlait bizarrement. Je reculais moi aussi et alla vers lui. Il paniqua en sentant ma main sur la sienne, il devait penser que j'étais son attaquant.
-Non…non…pitié.
-Monsieur Burns ! Bernard, c'est Mila !
Il attrapa ma main avec les siennes en tremblant. De suite, je le pris dans mes bras, comme un semblant de protection mutuelle. La créature nous regarda vaguement et reporta son regard sur Evy. Il semblait…intrigué…fasciné par elle.
-Anck-Su-Namun ?
What ? Il pense qu'Evy est son ex-copine ?
-AH, vous voilà enfin. Arrêtez de jouer à cache-cache.
C'était Rick qui arrivait, fusil à pompe dans les mains. Il vit qu'Evy était focalisé par ce qui était en face d'elle et suivit son regard. Il remarqua enfin la créature en face de lui. Jonathan, Isaac et David arrivèrent à leur tour et s'arrêtèrent en voyant la créature en face de nous.
Le prêtre hurla sa colère mais Rick répliqua lui aussi par un cri et un coup de fusil, ce qui mit la créature à terre. Mais je savais que c'était temporaire. Rick embarqua Evy et partirent et les autres suivirent mais j'entendis Evy crier.
-Attendez, Mila et Burns, ils sont là-bas !
Ils ne devaient absolument pas revenir, ils risquaient de tous y passer.
-SORTEZ ! NE VOUS OCCUPEZ PAS DE NOUS ! ON SE DEBROUILLERA !
Je vis la créature se tourner vers nous. Ce n'était pas la bonne idée de crier. Bravo Mila !
-Non…non… gémit Burns.
Il était plus vulnérable que moi sans ses yeux. Je fis en sorte de me mettre devant lui, entre lui et la créature. C'était difficile étant donné que Burns refusait de me lâcher, ce que je comprenais tout à fait.
Il se rapprochait de nous. Il voulait en finir.
-Ne le touchez pas prêtre !
Il semblait troublé par le fait que je parlais l'Ancien Egyptien. Je réussis à me dégager de la poigne de Burns et me relevais pour lui faire face. Je pris mon courage à deux mains et le repoussais d'un coup de mes mains. Il ne bougea pas des masses. Cette saleté pèse lourd.
Il m'attrapa les bras de ses mains squelettiques. Je ne pus empêcher un cri de douleur quand ses doigts serrèrent ma peau au niveau de mon tatouage. Il semblait le remarquer. Il changea sa façon de me tenir les bras, me griffant au passage. Bien sûr, le don de la Déesse Isis se manifesta très vite, guérissant instantanément les blessures qu'il venait de m'infliger. Ca aussi, il le remarqua. Il observa mon tatouage.
-La marque des Dieux.
Il me regarda dans les yeux, une lueur assez indistinct dans le regard. Je le vis ouvrir la bouche, d'une manière difforme et dans un cri. Je sentis une douleur sur mes joues, comme si ma peau était en train de s'arracher.
Je n'eus pas le temps de crier de douleur que la créature fut une nouvelle fois la cible d'une arme à feu. Une mitraillette vu la fréquence des balles. Le prêtre me lâcha et je tombais sur le sol tandis qu'il reculait à cause des balles.
-Medjaï. Râla la créature.
Il s'enfuit de la salle, nous laissant Burns et moi seul avec les hommes en noirs qui arrivèrent dans mon champ de vision. Je sentais la peau de mon visage se soigner.
-Vous a-t-elle blessé ?
Je vis le Medjaï qui m'avait blessé à la cuisse la nuit dernière, le même que j'avais blessé à l'épaule, s'accroupir à ma hauteur. Je ne voyais que ses yeux tandis que le reste de son visage était caché par un foulard.
-Non, je vais bien mais…mon ami…
-Nous allons vous sortir de cet endroit.
J'allais vers Burns qui était en train de se débattre en sentant d'autres mains le redresser. Il n'arrêtait pas de dire « non ».
-Bernard, ne vous inquiétez pas. Ils vont nous sortir de là. Le rassurais-je.
Je regardais les hommes en noirs à côté de nous.
-Il lui a prit ses yeux et sa langue.
-Il a ouvert le coffre ? me demanda l'un d'eux.
-Le coffre ?
-Aux pieds de la statue d'Anubis. Il était avec le livre des morts et les vases.
-Les vases canopes ? Il en avait un dans les mains dans la soirée.
Il me fit juste un signe de la tête que je compris, tous ceux qui avaient ouvert ce coffre étaient condamnés. J'aidais l'un des Medjaï à mettre Monsieur Burns debout et je passa son bras autour de mon cou pour l'aider à marcher. Je suivis les hommes en noirs qui nous amenèrent très rapidement dehors.
Une fois à l'air libre, la quasi-totalité se mirent en ligne devant une autre sortie, armes levées. Ils ne tardèrent pas à mettre en joue ce qui sortait de la cité. C'était nos amis qui se stoppèrent en voyant les Medjaï devant eux.
Le chef stoppa ses hommes d'un simple geste et baissa le foulard qui recouvrait son visage, le dévoilant.
-Je vous avais dit de partir. Vous avez refusé. Nous allons tous être tué. Vous avez relâché une créature que nous avons craint pendant trois milles ans. Annonça-t-il.
-Du calme, je viens de le buter. Assura Rick.
-Les armes ne peuvent rien contre cette créature. Elle vient de l'autre monde.
J'arrivais derrière lui avec Burns et un autre Medjaï qui m'aidait à le soutenir. Ils nous laissèrent passer et directement, j'allais vers Isaac et David. De suite, les deux récupérèrent leur ami dans les bras. Je restais près d'eux.
-Mila, est-ce-que ça va ? Me demanda Evy.
-J'ai connu mieux. Bernard, on est dehors, vous êtes avec Isaac et David.
Les deux Américains prirent conscience de l'état de leur amis, des yeux et de la langue qui lui manquait. Le troisième tremblait toujours et gémissait de douleur et de peur.
-T'es une pourriture. Fit Daniels.
-Pourquoi t'as fait ça ? Demanda Henderson.
-On l'a sauvé. Au moment où la créature allait finir son travail. Partez, vite, avant qu'elle ne vous ait tous tuée.
Il se tourna vers ses compagnons d'armes et leur ordonna d'aller dans la tombe.
-Nous devons le traquer. Et découvrir comment le tuer.
-Je viens de vous le dire, je l'ai eu.
-Rick…cette créature a à peine sentit ton coups de fusil.
-Ecoutez, cette créature est porteuse de mort éternelle. Elle n'a pas faim, elle ne dort jamais et rien ne l'arrêtera jamais.
Sur cette phrase, il rejoignit ses hommes dans la tombe. Evy se mit directement à mes côtés et me prit dans ses bras, s'assurant que j'allais bien.
-Evy, il n'a pas eu le temps de me toucher, ils sont arrivés très rapidement. Mentais-je.
-Tu étais folle de nous dire de partir.
-Et prendre le risque qu'il vous tue tous ? Hors de question.
-Nous devons partir de cette cité. Fit le docteur Chamberlain.
-Nous allons ramasser nos affaires. Nous dit Rick.
Henderson et Daniels essayèrent de mettre Burns contre un mur le temps d'empaqueter leurs tentes mais ce dernier paniquait à l'idée qu'on le laisse seul dans cette cité. Avec l'accord d'Evy qui allait s'occuper de mes affaires, je restais auprès de Burns. Je vis tout le monde s'afférer autour de nous.
-Ne vous inquiétez pas Monsieur Burns, nous allons rentrer au Caire. On quitte cette cité.
-Merci.
Malgré sa langue en moins, j'arrivais à comprendre ce qu'il nous disait.
-De quoi ?
-De rester, d'être restée…là-bas..
-Je n'allais pas vous laissez seul avec ce monstre.
Je lui pris la main et le rassurais seulement par ce geste. Je repensais à ce qu'il s'était passé dans cette pièce, avant l'arrivée des Medjaï. La créature voulait me tuer. J'ai sentis ma peau s'arracher. Si je n'avais pas eu la bénédiction de la Déesse Isis, j'aurais gardé une marque sur mon visage.
La récupération des affaires c'était faite très rapidement. Daniels arriva en face de nous, tenant les rênes de chevaux dans chaque main. De même qu'Henderson. Ils étaient prêts au départ. J'indiquais à Burns qu'on allait partir. On se mit tous les deux debout et je l'amena à son cheval. Daniels nous aida à le mettre sur la selle. Le plus dur était de mettre le pied dans l'étrier. Une fois sur la selle, Henderson me tendit la bride de mon chameau. Je vis une corde relié son cheval à celui de Burns.
-On le guidera jusqu'au Caire.
-Merci Henderson.
On fut rejoint par le groupe de Rick et une fois que tout le monde fut à cheval et à chameau, on partit de la cité à grande vitesse en pleine nuit. Nous avions au moins deux jours de route avant d'arriver au Caire. J'espère que la créature ne nous suivra pas jusqu'à là-bas.
