Une semaine…ca faisait une semaine que je m'étais réveillée dans ce lit d'hôpital, à mon époque.
Les premières heures, j'étais complètement déboussolée, impossible de comprendre ce qu'il m'arrivait. Ma mère avait essayé de me calmer, de même que ma petite sœur Célia et aussi Stéphane. Mais je les avait repoussé avant d'accepter finalement la présence de ma sœur dans la chambre.
Elle m'avait expliqué que ça faisait six mois que j'étais dans le coma après que mon père m'ait passé à tabac pour lui avoir menti sur mon emploi du temps de mes études.
A peine six mois ? Alors que j'ai vécu presque une décennie en Egypte dans les années 30. Mais est-ce que c'était réel ? L'avais-je vraiment vécu ? Etais-je vraiment allée dans le passé grâce à un Dieu Egyptien ?
Durant cette semaine, je m'étais mise à douter de tout.
J'avais aussi appris que mon père avait été arrêté dans la rue, complètement ivre, criant des menaces à mon encontre et que les flics ont comprit ce qu'il m'avait fait quand un passant me trouva inconsciente dans ce parc. Ma mère et ma sœur ont porté plainte et les flics n'attendaient plus que mon réveil pour avoir ma version des faits. Bien sûr, quand mon père se réveilla en cellule de dégrisement, il clama qu'il n'avait fait que son travail de père, à savoir corriger son enfant.
Mais il m'avait limite tué…
Durant cette semaine de réveil, les médecins m'avaient fait tout un tas de test pour vérifier mes fonctions motrices et cérébrales, un vrai calvaire. Les flics étaient venus il y a deux jours pour prendre ma déposition.
Etant donné que je sors de six mois de coma, j'ai dû faire tout un tas d'excercice pour me remuscler les jambes et les bras et j'ai dû aussi réapprendre à marcher avec l'aide d'un kiné. J'arrivais à me déplacer, lentement certe et avec un déambulateur, mais je marchais. Je devrais continuer les excercices à l'appartement et j'aurais aussi des béquilles.
J'étais désormais seule dans la chambre, je m'étais réveillée assez tôt, les infirmières m'avaient fait ma prise de sang quotidienne et m'avaient aussi donné un plateau repas pour le petit déjeuné. Une fois que je l'eus mangé, sans grand appétit, je me mis sur mon PC portable que ma mère m'avait apporté il y a deux jours et je regardais cette page internet, vierge de toute recherche.
J'avais peur…peur de ce que je pouvais trouver…je voulais me renseigner sur mes amis, ma famille mais je n'osais pas taper la recherche. Je commençais à douter de ce que j'avais vécu là-bas, que c'était de mon imagination, durant mon coma. Mais j'avais aussi l'impression d'être une femme de 31 ans dans le corps d'une jeune femme de 22 ans.
Je fus coupé dans mes réflexions par Stéphane qui arriva dans la chambre avec des ballons et un bouquet de fleurs. De suite, il m'embrassa mais je ne répondis pas à son baiser, Ardeth était toujours dans ma tête et le fait que je doutais sur la vie que j'ai vécu en 1930 n'aidait pas à arranger les choses avec Stéphane.
-C'est aujourd'hui que tu sors d'ici, heureuse ?
-Oui...j'en ai un peu marre de ces quatre murs et de l'odeur d'hôpital. Avouais-je. Il ne reste plus qu'à attendre mes derniers résultats d'analyses.
-Ils seront bons, j'en suis convaincu.
Il essayait toujours de se faire pardonner le fait qu'il ne m'avait pas aider contre mon père, il se sent responsable de mon hospitalisation. Personnellement, tous ceux qui étaient au courant sont responsable de mon état, de celui de ma famille.
Je restais seule avec lui, attendant le médecin. Ce dernier arriva assez rapidement, toujours dans sa blouse blanche, le stéthoscope autour du cou et regardant mon dossier.
-Mademoiselle Mercier, bonjour à vous.
-Bonjour Docteur.
-Nous avons…nous avons reçu vos résultats d'analyses.
Ok, quelque chose clochait. Il avait hésité à me dire cette phrase. Il remonta ses lunettes sur son nez et nous regarda.
-Est-ce possible de vous parler, en privé ? Me demanda-t-il.
-Vous pouvez parler devant moi vous savez, Mila et moi sommes ensemble. Répondit Stéphane à ma place.
C'était ce que je déteste depuis mon réveil, il est tellement aux petits soins, tellement désireux de se faire pardonner qu'il répondait constamment à ma place, prennait les décisions que je pouvais prendre. Bref, il est étouffant.
-Stéphane, est-ce que tu peux sortir s'il te plait ?
-Mais Mila…
-Stéphane, sors !
Je venais de lui ordonner ça certe, mais au moins je gardais mon calme. Stéphane me regarda d'un air ahuri et, voyant que je ne cédais pas, finit par sortir en fermant la porte derrière lui. J'étais désormais seule dans ma chambre d'hôpital avec le médecin qui apparemment, me suivait depuis mon arrivée aux urgences il y a six mois.
Il s'assit doucement sur un côté du lit et regarda mon dossier de nouveau. Il semblait chercher ses mots.
-Vos…vos dernières analyses sanguines nous ont montré que plusieurs facteurs n'étaient pas dans les normes. Elles étaient plus hautes que la normale.
-Et qu'est-ce que ça signifie docteur ?
-Nous avons fait quelques analyses complémentaires et…
Bordel mais craches le morceau !
-Et ces analyses complémentaires indiquent que vous êtes enceinte de sept semaines.
Je restais figée à cette annonce, sans savoir quoi dire, comment réagir.
-Mademoiselle Mercier ? Je sais que cette annonce est soudaine et surtout complètement imprévue mais dites moi au moins quelque chose.
-Comment s'est possible ? Au moment où mon père m'a mise dans le coma…j'étais encore vierge. Comment je peux être enceinte ?
-Nous craignons qu'un…qu'un personnel de l'hôpital ait profité de votre coma pour vous violer. Nous avons ouvert une procédure d'enquête en interne. Nous allons regarder les caméras de surveillance de l'hôpital qui concerne vos six mois chez nous. Mais je dois savoir, voulez-vous porter plainte et surtout, souhaitez vous garder l'enfant ?
-Mila ? Est-ce que tu vas bien ?
Célia…elle avait peur que quelque chose n'aille pas. Depuis mon retour à la maison, nous avions essayer de reprendre un rythme familiale normale, sans notre père. Elle faisait en sorte que je ne manque de rien.
Durant toute ma période de coma, elle avait contacté mes camarades de classes pour qu'ils lui fassent des photocopies des cours que j'ai loupé. J'ai passé ses deux dernières semaines à les lire pour rattraper mon retard, je retournais en cours ce matin. J'avais besoin de retrouver un semblant de normalité. J'avais aussi continuer à fond mes exercices de rééducation durant ces deux semaines. Je pouvais désormais marcher avec une béquille, je me pouvais pas encore marcher à ma vitesse habituelle mais au moins, j'avais retrouvé une autonomie.
Personne hormis le personnel hospitalier n'étant au courant pour ma grossesse, même pas ma mère et ma sœur, et surtout moins Stéphane. J'avais décidé de ne pas porter plainte contre X, cela ne servirait à rien, les caméras de surveillance étaient toujours en cours de visionnage et je ne me voyais pas engager des procédures judiciaires en plus, après celle contre mon père, je n'en n'avais pas la force. Par contre, je n'avais toujours pas prit de décision sur une interruption de grossesse ou si je le gardais. J'étais enceinte de neuf semaines et j'avais jusqu'à la fin de la douzième semaine pour avorter si je le désirais. Le médecin m'avait dit qu'il gardait toujours un créneau horaire pour moi si je me décidais du jour au lendemain.
-Ca va Célia, ne t'inquiètes pas. J'ai hâte de reprendre les cours, c'est tout.
Elle me sourit et me prit dans ses bras, partageant mon enthousiasme.
-On mange toujours ensemble ce midi ?
-Oui ! Je te rejoins après ton cours à 12H devant la fac.
-Parfait. Fis-je à ma petite sœur.
Avantage quand son lycée se trouve à 300 mètres de ma faculté. Je pris mon sac sur ma chaise de bureau et sortit de ma chambre que je mis sur mon épaule, j'attrapais en prime une de mes béquilles. Embrassant ma mère, j'attrapais une pêche que je mis dans ma poche de veste et partis vers la fac. Au vue de ma vitesse, j'étais obligé de partir une heure par rapport à mon heure habituelle pour arriver à l'heure.
Arrivée là-bas, je fus le centre de l'attention, déjà qu'avant, j'étais la « meuf frappée par son père », j'étais désormais la « meuf du coma ». Plusieurs de mes anciens camarades venaient pour prendre de mes nouvelles mais je leur répondis une simple « je vais bien », je ne voulais pas m'épiloguer dessus sachant que tout le monde voyait la détresse de ma famille mais personne ne faisait rien et qu'est-ce que j'ai gagné ? Un coma de six mois.
Une fois dans la classe, je me mis tout au fond, moi qui avait été habituée qu'au milieu des salles de classes, voilà que je partis au fond. Bien sûr, le prof ne loupa pas cette décision.
Je commençais la journée par une heure de latin puis une heure d'étude des monuments anciens. Pour ma troisième heure de la matinée, j'ai eu un cours en commun avec Stéphane, mais à l'étonnement de tout le monde, il ne se mit pas à côté de moi, mais au premier rang. Il eut des murmures dans la salle durant l'intercours et c'est là où j'étais bien contente d'être au dernier rang, je ne sentais pas les regards sur moi mais je pouvais au moins leurs envoyer un regards noirs si ils avaient le malheur de se retourner vers moi.
Trois jours après avoir quitté ma chambre d'hôpital, Stéphane voulait littéralement vivre chez nous afin d'être prêt de moi, de s'occuper de moi, sauf que j'avais besoin de me retrouver, de retrouver ma famille. J'ai finis par exploser en le voyant débarquer à l'appartement avec son sac d'affaire. Il n'en n'avait bien sûr, pas du tout fait part à ma mère. Elle n'avait pas aimé ça non plus. J'ai décidé de le quitter suite à ça.
Je vous laisse deviner….il n'avait pas aimé notre rupture et il m'ignorait carrément et ça me convenait. J'étais encore perdue dans ma tête, je ne faisais aucun rêve sur ce que j'avais vécu, ou ce que j'ai cru vivre durant mon coma, j'ai prié silencieusement les dieux anciens mais rien. Je pense que tout était finalement le fruit de mon inconscience.
Je n'écoutais que d'une oreille le cours d'histoire de l'art gréco-romaine. Je griffonnais un dessin sur une feuille vierge de toute écriture. J'essayais de refaire le tatouage que j'ai vu dans mon rêve. Voilà comment j'appellerai ça désormais, un rêve. J'avais du mal à bien refaire cette marque que j'avais sur mon avant-bras étant donné mon niveau de dessin.
Il y avait aussi mon PC qui était allumé sur la table qui m'appelait pour des recherches. Je n'avais toujours pas trouvé le courage pour taper dans la barre de recherche : Evelyn Carnahan ou Evelyn O'Connell. Elle avait une grande renommée à son époque, si elle a vraiment existé, je trouverai facilement des informations mais la peur m'empêchait de taper un simple mot. A quoi ça sert de faire des recherches sur des personnes vues en rêve ?
Comment est-ce possible qu'un simple rêve ait eu l'air aussi réel, les sensations de joie, de douleur, de peine, les sensations sur notre peau mais surtout, la sensation d'avoir trouvé sa place dans ce monde ?
La sonnerie de fin de cours retentissait dans les murs de la fac, il fallait que j'aille à l'extérieur pour rejoindre Célia. Rangeant toutes mes affaires dans mon sac bandoulière, je le mis sur une épaule, faisant en sorte qu'il ne me gène pas puis, armée de ma béquille, j'attaquais la descente de l'amphithéâtre.
Je râlais sur ma lenteur et surtout, de mon choix d'être au dernier rang, plusieurs personnes voulurent m'aider mais je les rembarrais gentiment. Je ne serais plus gentille si ils insistent.
Je mis une dizaine de minutes pour atteindre l'entrée du bâtiment alors que d'ordinaire, on l'atteint en trente seconde. Célia m'attendait un peu plus loin, elle n'essayait pas de venir me filer un coup de main, elle me laissait me débrouiller. Elle avait tout comprit, elle savait que je voulais retrouver un semblant d'indépendance après avoir été assistée pour manger, boire, me laver et aller aux toilettes pendant une semaine et demi juste parce que je n'avais pas assez de force dans les bras et les jambes.
Une fois ensemble, on alla vers un petit resto rapide qui était à côté de la fac et qui nous proposait un large choix de salades, soupes, etc… des choses faciles à manger que mon estomac tolérait pour le moment. Je commençais depuis quelques jours à remanger des aliments solides mais je ne pouvais pas encore me péter le bide avec un bon McDo si vous voyez ce que je veux dire.
Une fois à table, on se mit à parler de tout et n'importe quoi, elle me mit au courant des derniers potins peoples même si elle sait que je n'étais pas fan de ça, mais au moins, on discutait d'autre chose que de mon coma ou de notre père.
Mais elle fut bien obligé de me parler de ça à un moment. Elle sortit une enveloppe de son sac, une enveloppe au nom de ma mère et elle me l'a donna.
-Nous avons reçu ça avant-hier à la maison. Ca nous concerne toutes.
Intriguée, je pris l'enveloppe dans les main et sortit la lettre qu'elle contenait. Dessus, il y avait le cachet d'un cabinet juridique. C'était le cabinet d'avocat qui nous représentait, indiquant la date d'audience du procès de notre père. C'était dans une semaine. Au vue de la gravité de la situation, nos avocats avaient fait en sorte que le procès se fasse rapidement afin que l'on tourne la page sur ça.
-Je sais que tu as du mal à parler de ça mais…
-Ne t'inquiètes pas Célia, il fallait bien qu'on parle de ça pour le procès. Simplement, je ne pensais pas que ça allait être aussi…
-Rapide ?
-Exactement.
-Au moins, ça avance, pas comme certains dossiers qui mettent des années avant de voir le tribunal.
Elle avait raison. Je triturais ma salade avec l'extrémité de la fourchette, repensant à ce jour, quand mon père m'a poursuivit dans un coin de la ville pour me « corriger ». J'avais encore des douleurs parfois, au niveau de mon dos, d'une cheville et d'un poignet. J'avais de temps en temps une énorme migraine à cause des coups à la tête.
Une main se posa pour la mienne, me sortant ainsi de mes pensées.
-Mila ? Me demanda Célia, inquiète. Ca va ?
-Oui Cé'. Ca ira même mieux une fois que tout sera terminé. Une fois le procès passé, on pourra tourner la page.
-Et en commencer une nouvelle ?
-Exactement.
En regardant de nouveau la lettre, je me rendis compte d'une chose au niveau de la date. Durant mon coma, l'anniversaire de ma sœur était passé, ses 18 ans. C'était deux mois après le début de mon coma.
-Putain Célia, je viens de réaliser…
-Quoi ? Fit Célia, alarmée.
-J'ai loupé tes 18 ans !
Elle me fixa avec de gros yeux, puis on explosa toutes les deux de rire sur la situation.
-Sérieux Mila ? Tout ça pour ça ?
-Cé', tes 18 ans ! C'est une date importante pour chaque personne ! Le passage à l'âge adulte ! Dis moi au moins que tu as fêté ça avec tes amis.
-Ils m'ont organisé quelque chose mais durant la fête, je suis partie, je n'avais pas la tête à ça. Je suis allée à l'hôpital en dehors des heures de visites et je suis restée auprès de toi, à te parler.
-Célia…
Ca me désolait de savoir que notre père lui avait aussi gâché ça.
-Tu sais quoi, on va fêter ça aussi, on va rattraper tes 18 ans. Après le procès, on se fera une journée entre sœurs, juste toi et moi.
-Mais Mila…
-Y a pas de « mais » Cé', on a du temps à rattraper et on va marquer le coup.
Elle me fit un sourire, un sourire franc, le premier que je voyais depuis celui qu'elle m'avait fait en me voyant réveillée dans cette chambre d'hôpital. On finit de manger ensemble dans la joie et la bonne humeur avant que l'on doive retourner en cours et on devait aussi prendre en compte ma…lenteur.
Aux portes de ma fac, Célia me fit un gros câlin et me laissa retourner en cours. Dans le couloir pour aller dans mon amphithéâtre, je croisais Stéphane, qui semblait m'attendre.
-Mila.
-Bonjour Stéphane.
-On peut parler ?
-Bien sûr.
Je n'ai jamais refusé la discussion avec lui, simplement je ne supportais pas la tournure que ça pouvait prendre. Je continuais d'avancer pendant la conversation.
-Tu ne veux pas qu'on s'assoit pour discuter ?
-Si on s'assoit, je ne serais jamais à l'heure pour mon prochain cours.
Il me suivit à la trace et je sentais qu'il était à l'affut de la moindre faiblesse de ma part.
-De quoi veux-tu qu'on parle Stéphane ?
-Je…je veux qu'on se remettre ensemble !
Alors ça je m'y attendais pas. Je me stoppais dans mon avancé pour le regarder et vis qu'il attendait une réponse.
-Hors de question. Fis-je assurée en reprenant ma route.
-Mi', il y a des choses qu'on ne s'est pas dit quand on a décidé de se séparer.
-On a décidé de se séparer ? Tu plaisantes j'espère Stéphane ? JE t'ai quitté ! Moi et seulement MOI ! C'est moi qui aie mis fin à notre relation, pas nous ! Et c'était pour une bonne raison. Donc je te le redis, hors de question ! Mais aussi, c'est quoi ces choses non-dites ?
-Je…heu…
-J'en étais sûr.
Je repris de nouveau mon avancé vers l'amphithéâtre, il y avait des gens dans le couloir qui nous regardait, on allait pas louper le public dans la dispute à venir.
-Mila, je veux qu'on se remettre ensemble. On était bien ensemble non ?
-Oui on était bien Stéphane, mais avant ! Maintenant, c'est fini ! Il faut que tu t'en rendes compte.
-Mais pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas se remettre ensemble ?
Bon dieu qu'il est lourd. Je pris mes béquilles dans mes deux mains afin de remettre la lanière de mon sac bien sur mon épaule avant d'avancer de nouveau avec mes béquilles.
-Je pourrais t'aider dans ta rééducation et, est-ce que tu vas bien ? S'inquiéta mon ex.
-Oui Stéphane, je vais bien, je remettais juste mon sac sur mon épaule !
-Laisses-moi le porter pour toi !
-Arrêtes Stéphane ! Je n'ai pas besoin que tu me maternes comme ça !
-Comment ça ?
-Mais tu es aveugle ou quoi ? M'aider dans ma rééducation ? Porter mon sac ? Je n'ai pas besoin d'aide pour tout ça !
-Mais Mila, tu as déjà du mal à marcher alors je me suis dis que…
-Qu'en faisant les choses à ma place, j'irais mieux ? Stéphane, j'ai été dans le coma pendant six mois ! C'est normal que je n'ai pas encore retrouvé toutes mes facultés à 100% de leurs capacités. Et si je veux continuer à faire des progrès, je dois me débrouiller toute seule ! Est-ce que tu comprends ça ?
-Mais Mila…
-Arrêtes avec tes « mais Mila », tu veux vraiment savoir pourquoi je t'ai quitté ?
Il me fit un oui de la tête et je pouvais aussi remarquer que tout le monde nous regardait.
-Tu m'étouffais ! Voilà pourquoi ! Depuis mon réveil, tu as voulu limite prendre ma place ! Tu parlais pour moi, tu prenais les décisions pour moi alors que j'étais parfaitement capable de le faire. Tu veux m'aider dans ma rééducation, tu voulais emménager chez moi pour m'aider sans même demander mon avis ou celui de ma mère. On n'a pas besoin d'aide, juste besoin de se retrouver en famille. Sans mon père ! Je te rappelles que tout ça aurait pu être évité, si toi et même tous ceux qui étaient au courant aviez bougé vos culs ! On voulait juste que vous alliez chez les flics en parler ! Ma mère, ma sœur et moi, nous avions déposé plainte contre lui, mais les flics ne nous ont pas prit au sérieux car on restait dans le cercle familial, on avait juste besoin de plainte venant de l'extérieur ! Si vous l'aviez fait, je n'aurais pas été passée à tabac et dans le coma pour six mois. Vous êtes responsable de mon état, responsable du fait que j'ai dû réapprendre à marcher et que je me déplace avec ses béquilles. Donc maintenant, rentres-toi ça dans la tête, je ne me remettrais jamais avec toi !
Sur cette phrase, je fis demi-tour, plus du tout motivée à aller en cours. Je pris les transport en commun pour retourner chez moi. Dans le métro, j'envoyais un message à ma sœur et à ma mère sur le whatsapp familial.
« J'ai eu une explication avec Stéphane, j'ai quitté la fac, je retourne à la maison. »
« Il n'y a pas de soucis ma chérie, par contre je te préviens Cé', tu restes en cours. »
Célia envoya un simple « OK », devinant qu'elle n'avait pas intérêt à argumenter avec notre mère. Durant le trajet, je passais ma main de le cou et ne sentis rien. J'étais la première fois depuis mon réveil que je me rendais compte d'une chose, ma croix de Ankh n'était pas là. Où était-elle ?
A ma station de métro, je sortis doucement, en évitant de créer des bouchons dans les escaliers. Il n'y avait pas d'ascenseur et c'était tant mieux, ça me permettait de travailler mes jambes. A l'extérieur, à la sortie de la station, je vis ma mère qui m'attendait. On fit le trajet jusqu'à la maison sans un bruit, sans une parole. Elle avait juste passer son bras autour du mien pour qu'elle soit sûr de marcher à mon rythme, ma vitesse.
Une fois dans l'appartement, je me mis sur le canapé du salon et enleva mes chaussures. Ma mère nous fit un chocolat chaud et elle s'installa à côté de moi une fois que j'eus la tasse dans les mains. Elle ne me posa pas de question et mit la télévision sur la chaine des reportages qui passent en continue durant la journée. De suite, je me collai à elle et posai ma tête sur son épaule où elle me prit immédiatement dans une étreinte maternelle.
Au bout de presque deux heures de reportages sans dire un mot, ma mère débarrassa les tasses pour les mettre dans l'évier de la cuisine puis elle se remit à côté de moi.
-Maman, Célia m'a montré la lettre des avocats, pour le procès de papa.
-Et qu'est-ce que tu en penses ?
-Il va être jugé pour tout ce qu'il nous a fait subir, c'est bien non ?
-Oui, c'est bien mais…est-ce que tu te sentiras capable d'assister au procès ?
-Je n'ai pas le choix. On n' a pas le choix, on va se soutenir ensemble et papa sera peut-être derrière les barreaux définitivement dans une semaine ou sinon pendant un long moment non ?
Ma mère me sourit et me prit dans ses bras avant de m'embrasser sur la tempe. On resta dans les bras l'une de l'autre jusqu'à ce qu'on entende la porte d'entrée s'ouvrir, laissant entrer ma petite sœur. Attendez…elle devait revenir du lycée d'ici une heure.
-Célia ? Tu as fini tôt ! Remarqua ma mère.
-Oui, le prof de la dernière heure était absent.
-Cé'. Soufflais-je, comprenant qu'elle était en train de mentir.
-D'accord, j'ai mentis, je suis en train de sécher ma dernière heure.
Elle n'avait jamais su tenir un mensonge, à chaque fois, elle crachait le morceau assez rapidement. Ma mère secoua la tête et se leva pour aller vers elle. Elle lui embrassa le haut du crane et lui annonça qu'à cause de ça, elle serait de corvée de repas ce soir.
-Heu maman, tu connais le talent de Célia pour la cuisine ! On devra ensuite aller aux urgences pour une grave intox alimentaire !
-Et bien, elle aura intérêt à faire des efforts sinon, c'est pas de télé, portable, ordi et sorties pendant au moins deux semaines.
-Bon bah, je vais lire un livre de cuisine et trouver une recette pas trop compliqué.
J'adore ma famille telle qu'elle est actuellement. Mais j'avais cette drôle de sensation que quelque chose me manquait mais je ne saurais dire quoi. Peut-être que tout ira mieux après le procès.
