Bonjour !

Et oui, même sous la pluie, le soleil est là. Il suffit juste de regarder au-delà des nuages. Je vous avais dit que les choses allaient s'arranger petit à petit.

Merci beaucoup pour vos reviews et vos retours. Je suis très contente que cette histoire vous plaise. J'avais un peu peur que le début soit trop dur et qu'il ne donne pas envie de continuer. Mais vous savez que je ne fais pas de cadeau à mes personnages même si je leur donne une fin heureuse.

Merci family-business

Je vous souhaite une très bonne lecture !


Il fait un temps magnifique dehors

DES MALEFOY EN DEUIL

C'est une terrible nouvelle qui s'est abattue sur la famille Malefoy hier. Astoria, la cadette Greengrass qui avait épousé Drago Malefoy en juin dernier et qui portait leur enfant, est décédée à l'âge de vingt-trois ans des suites de son accouchement. Elle avait été admise à Sainte-Mangouste il y a une dizaine de jours alors que son état de santé s'était nettement dégradé. Il semblerait, en effet, que ce décès ne soit pas uniquement dû à un malheureux hasard, mais qu'Astoria était bel et bien malade depuis un certain temps, atteinte par une infection sanguine génétique extrêmement rare gardée secrète par sa famille et celle de son époux. C'est une lourde responsabilité qui incombe désormais au fils de Lucius et Narcissa puisqu'il est devenu père d'un petit garçon qui n'aura que lui. Nous souhaitons présenter toutes nos condoléances à la famille d'Astoria. Pour plus de détails sur cette perte tragique, rendez-vous à la page 8.

Hermione reposa la Gazette sans même prendre la peine de lire le nom de l'auteur de l'article. La photo animée sur la une montrait Drago et Astoria main dans la main, le ventre rond de la brune nettement visible sous sa robe. Hermione détourna le regard et commença à fixer son thé devenu tiède en repensant à la veille. Elle avait vu Malefoy dans le couloir. Elle lui avait hurlé dessus parce que le trouver là alors qu'elle était au bord de l'explosion l'avait rendu tellement en colère.

Il était et serait probablement toujours le premier symbole de ses problèmes. Bien sûr, ils ne se voyaient quasiment plus depuis qu'ils avaient quitté Poudlard, mais leurs échanges étaient restés gangrenés par les vieilles haines. Il représentait tout ce contre quoi elle luttait au quotidien : les remarques racistes sur le sang qui persistaient même entre les murs du Ministère, les moqueries qui résonnaient encore dans ses oreilles. Et depuis toujours, l'injustice de la vie qui lui avait donné tout ce qu'il voulait alors que d'autres se battaient pour moitié moins.

Et même s'il ne lui avait plus prêté d'attention depuis des années, Hermione ne pouvait s'empêcher de ressentir une rancœur profonde en le voyant. Elle n'avait même pas réfléchi, la veille, à savoir pourquoi il était à l'hôpital. Il avait simplement été là, alors qu'elle se débattait avec son esprit en miettes et sa tristesse. Alors elle lui avait hurlé dessus.

Une partie d'elle se fit la réflexion que la douleur n'avait pas de frontière. Tout le monde mangeait sa cuillère de problèmes en se levant le matin. La vie n'était juste pour personne. Peut-être que Malefoy était une personne détestable, mais Hermione regretta un peu de lui avoir parlé de la sorte. Elle n'avait jamais parlé avec Astoria, mais elle avait entendu beaucoup de choses sur elle lorsqu'elle avait épousé l'héritier Malefoy. C'était une femme très élégante, d'une très bonne famille qui n'avait jamais soutenu Voldemort pour la simple et unique raison qu'ils défendaient le respect entre sorciers et Moldus. Une valeur qu'ils avaient transmise à leurs filles et qui avait suscité de nombreux murmures considérant la famille que la cadette allait rejoindre.

Ce ne pouvait pas être une mauvaise chose, avait alors pensé Hermione, que Drago se retrouve marié à une personne si tolérante. Quitte à se retrouver coincé dans un mariage d'argent, autant que ça lui serve de leçon.

Hermione finit par vider sa tasse de thé froid dans l'évier et alla se préparer pour se rendre au Ministère. Elle fit en sorte d'éviter les trombes d'eau qui tombaient du ciel depuis deux jours et transplana dans l'Atrium. Elle avait de l'avance et décida de sortir les documents qu'Harry lui avait donnés pour y consacrer un peu de temps. Elle étala les parchemins devant elle et les relut encore une fois, cherchant un indice ou une quelconque indication supposant qu'il s'agissait d'un trafic illicite. Mais elle ne pouvait que constater que rien ne semblait étranger. Rien, à part peut-être cette série de chiffres, là, en bas de la colonne.

L'équipe d'Aurors avait fait une descente dans un entrepôt suite à des transactions suspectes au sein d'une entreprise, mais le lieu était désert et vide de toute marchandise. Ils avaient perquisitionné tout ce qu'ils avaient trouvé et Harry avait transmis à Hermione des feuilles de comptes qui pouvaient effectivement sembler troubles. Mais de là à suspecter un trafic illégal d'elfes de maison, la jeune femme en doutait. Il y avait une ligne dans les recettes qui n'était pas claire, cependant. Dix mille gallions avaient été versés sur le compte et les seules informations concernent le débiteur étaient deux initiales « C.C. » alors que toutes les autres lignes en précisaient au minimum le nom et la raison sociale.

Hermione sortit un petit bout de parchemin et nota les deux lettres dans un coin, ajoutant quelques notes supplémentaires. Elle classa les feuilles de comptes chronologiquement et s'aperçut que la même somme était versée plusieurs fois de manière complètement aléatoire, du moins sur les documents qu'elle avait en sa possession. À chaque fois, « C.C » revenait. L'horloge au mur tinta et Hermione rangea son dossier dans un tiroir avant de s'attaquer à un travail plus officiel : éplucher les rapports que les naturalistes du Ministère avaient fournis concernant les espèces magiques toujours présentes en Grande-Bretagne. Rapports qui tenaient en trois piles conséquentes et encombraient son bureau depuis la fin de semaine passée.

Hermione retint un soupir devant cette mission qui était à des lieues de ce qu'elle espérait faire depuis qu'elle avait intégré le Département de régulation des créatures magiques. Elle voulait faire du concret, du vraiment concret, afin d'aider les elfes de maison et les autres créatures qui en avaient besoin. Elle voulait rédiger des projets de lois et faire bouger les choses, pas lire des mètres de parchemin décrivant les Grinchebourdons dans leur environnement naturel. Non pas qu'elle se fichât des Grinchebourdons, mais ce n'était pas fondamentalement sa priorité.

À la fin de la matinée, elle n'en était même pas à la moitié et se sentait complètement découragée. Elle devait terminer dans la journée, ordre directement venu d'au-dessus, c'est pourquoi elle décida de faire sauter la pause déjeuner pour gagner du temps. Elle envoya un bref message à Ron et se pencha à nouveau sur les rapports avec toute la motivation qu'elle pouvait mobiliser.

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George se laissa tomber sur le fauteuil à côté du lit et fixa son regard sur la fenêtre lavée par la pluie battante. Il avait encore dans les oreilles la discussion qu'il venait d'avoir avec ses parents et les mots les plus difficiles bourdonnaient comme un orage dans sa tête. Il reporta son attention sur son frère. Son frère, son sang, sa chair, si semblable et si inaccessible à cet instant. Il aurait donné autant de bouts de son corps pour que Fred soit là, près de lui. Aujourd'hui, il venait dire au revoir s'il en était capable. Il ne l'était pas, bien sûr. Qui le serait ?

Le vide qu'avait laissé Fred en s'endormant ne pouvait pas se combler. Tous les souvenirs que George gardait précieusement ne suffisaient pas à le maintenir près de lui. Il y avait leurs premières années à Poudlard ; leurs premières bêtises. La première fois qu'ils avaient fait le mur en empruntant les passages secrets découverts grâce à la carte des Maraudeurs. Leur première invention et toutes celles qui avaient suivi et qu'ils avaient testées sur eux-mêmes, entraînant frayeurs et fous rires interminables. Les matchs de quidditch côte à côte sous un soleil de plomb ou sous des trombes d'eau, batte à la main et cognards en ligne de mire. Leur dernière année à Poudlard et le monde entier qui s'ouvraient à leurs pieds.

Fred avait toujours été celui qui marchait quelques centimètres devant. Il était celui qui tenait tête et qui parlait en premier. George temporisait, il expliquait et par-dessus tout, il protégeait son frère coûte que coûte. Ce jour-là à Poudlard, il n'avait pas été capable de le protéger et c'était ce qui le rongeait.

Ils avaient toujours tout fait ensemble, tout vécu à deux. Les six dernières années avaient été la plus cruelle des tortures pour George qui avait été amputé de sa moitié. Il était venu tous les jours pour lui parler ou simplement pour être là, près de lui. Et sur un mot de lui, tout pouvait se terminer ce soir. Mais comment renoncer ? Car même si Fred n'était pas vraiment là, il n'était pas absent non plus et l'idée qu'il disparaisse définitivement de son quotidien donnait à George des terreurs nocturnes.

Et le savoir en souffrance, en lutte si violente et si silencieuse à la fois le rongeait. N'était-ce pas la chose la plus égoïste que de vouloir le maintenir dans cet état incertain simplement pour ne pas se retrouver seul ? Surtout que George n'était pas seul. Il avait sa famille, sa femme, sa fille. Il était entouré de dizaines de bras là pour le réconforter et lui sourire chaque jour.

Le sorcier se redressa sur son fauteuil et s'approcha tout près du lit, enfonçant légèrement ses genoux dans le matelas comme pour se fondre dedans. Du bout des doigts, il attrapa la main de Fred et, finalement, la serra de ses deux mains. Peut-être que s'il serrait assez fort, s'il se concentrait suffisamment, il pourrait lui donner un peu de force ou lui enlever un peu de douleur. Mais les miracles n'étaient rien de plus que des artifices servant à faire perdurer l'espoir. Ils n'arrivaient jamais et n'arriveraient pas à Fred ce jour-là.

George ferma les yeux et posa son front contre leurs trois mains réunies en un entremêlement tiède. Il était peut-être temps pour lui d'arrêter d'espérer et de continuer sa vie malgré tout.

« Oh, Freddy, murmura-t-il. »

Il se concentra sur la sensation de sa peau contre la sienne et de la chaleur qui se diffusait de ses doigts aux siens. Sa joue, contre le drap, ses genoux dans le matelas, et le bruit de la pluie contre la vitre. Il aurait aimé savoir ce qu'il se passait dans la tête de son frère, l'entendre rire encore une fois. Il aurait aimé que Fred lui dise que ce n'était pas grave. Qu'il aurait pu mourir le jour de la bataille de Poudlard comme tous les autres qui y avaient laissé leur vie. Il aurait aimé qu'il lui dise quoi faire.

Et si soudainement que son cou craqua jusque dans son dos, George se redressa dans un sursaut tremblant. Sûrement avait-il rêvé cette pression contre sa main. Un spasme dans les doigts de Fred, plutôt comme une pulsation. L'horreur de son imagination ou de son désespoir, c'était encore plus dur de croire que d'abandonner. Mais il ne pouvait plus lâcher cette main qui voulait lui parler, car à nouveau, elle vibra si légèrement que c'était impossiblement vrai.

« Allez, Freddy, enjoignit George en serrant plus fort encore ses doigts dans les siens. Reviens.

Il avait les yeux troublés par les larmes qui voulaient jaillir tant il savait que c'était cet espoir soudain qui allait avoir sa peau.

– Il fait un temps magnifique dehors, ajouta-t-il dans un souffle qui se noya dans l'eau salée qui dévalait désormais ses joues en cascade. Il faut que tu voies ça, on pourrait même aller tâter la batte quelques heures. Je t'assure, Freddy, il faut que tu voies ça.

Il pleurait contre sa main qu'il voulait sentir encore dans la sienne. La porte de la chambre s'ouvrit brusquement sur une médicomage au front barré par la préoccupation.

– Il a bougé ! s'écria George en se levant d'un bon. Je vous assure…

– Il paraîtrait effectivement que les perturbations dans son flux magique s'intensifient, affirma la femme en s'approchant.

Elle sortit sa baguette et lança quelques sorts avant de froncer des sourcils concernés. Elle quitta la chambre et revint quelques instants plus tard accompagnée par le médicomage qui s'occupait de Fred depuis le début.

– Éloignez-vous, s'il vous plaît, dit-il à George qui s'essuya le visage avant de se mettre dans un coin de la chambre. »

L'homme fit à son tour plusieurs examens et marmonna quelques remarques à sa collègue. Ils y étaient, au moment où Fred prenait le dessus sur tout. Il y avait de l'activité, dans son corps, dans son cerveau. C'était au-delà de tout ce que George aurait cru vivre un jour. C'était au-delà de tout ce qu'il avait ressenti au moment où il avait vu Fred extirpé des décombres, inconscient et c'était au-delà de ce qu'il avait éprouvé en le voyant sombrer dans un coma sans fin. C'était une explosion, à l'intérieur de son cœur, de toute l'espérance qui s'était tarie avec le temps. C'était comme respirer à nouveau après des années de suffocation.

Il regardait les médicomages s'agiter, de plus en plus nombreux autour du lit de Fred, avec la sensation qu'une vague de chaleur envahissait peu à peu son corps. Dix minutes ou dix heures passèrent, il ne savait pas, mais il ne quittera pas cette chambre avant d'avoir le cœur net. Il tourna les yeux vers l'extérieur et vit le ciel lourd de pluie déverser tout son saoul contre la vitre alors que derrière lui un bruissement de draps fusa dans l'air, puis un murmure grave.

George se dit alors qu'il n'avait jamais autant aimé la pluie.

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Hermione massa ses paupières closes du bout des doigts, reposa quelques secondes ses yeux piquants. Elle reporta son attention sur les derniers rapports qui se trouvaient sur son bureau, ignorant les aiguilles de l'horloge qui avaient dépassé de plus d'une heure la fin de sa journée. La plupart des employés avaient déserté le Ministère, mais Hermione s'accrochait. Elle avait presque fini et refusait de partir avant d'y être parvenu. Avec un marmonnement rustre, elle se replongea dans les parchemins.

Une grosse trentaine de minutes plus tard, Hermione referma la porte de son bureau avant d'aller déposer son étude dans celui de son supérieur et quitta finalement le Ministère. Elle entra dans son appartement avec l'envie profonde de s'écrouler sur son canapé et de dormir. Mais il y avait déjà quelqu'un sur son canapé et la brune porta une main sur son front en secouant la tête, dépitée.

« Harry… Je suis vraiment désolée, j'avais complètement oublié, soupira Hermione.

Le brun se redressa et sourit.

– Ce n'est pas grave, je savais que tu allais finir par rentrer à un moment.

– Bien sûr que si c'est grave, répliqua Hermione en s'asseyant à côté de lui.

– Mione, combien d'heures supplémentaires as-tu fait depuis le début de la semaine ? Je ne vais pas t'assassiner en te reprochant d'avoir oublié notre soirée alors que je vois très bien que tu es au bout du rouleau.

– Je ne suis pas…

– Hermione, coupa Harry. Il faut que tu arrêtes de vivre comme ça. Tu n'as pas besoin de faire tes preuves constamment. Tout le monde connaît ta valeur et même tes supérieurs.

– J'ai trouvé quelque chose concernant ton affaire, enchaîna la brune sans rebondir sur le reste. « C.C », ça te dit quelque chose ?

Harry réfléchit quelques instants.

– À part Christophe Colomb, plaisanta-t-il, je ne vois pas.

– Merci pour ton avis éclairé, rit Hermione. Est-ce que tu as d'autres feuilles de compte de cette entreprise ?

– Je peux aller voir dans les pièces qui ont été saisies et je t'apporterai ce que je trouve.

La brune acquiesça et bâilla presque discrètement. À côté d'elle, Harry se pencha sur la table basse et attrapa l'exemplaire de la Gazette qui était resté là depuis le matin, montrant sans fin Drago et Astoria Malefoy en train de se sourire.

– C'est tragique.

– Je l'ai vu hier, déclara Hermione. Malefoy. Je l'ai vu à l'hôpital et je lui ai crié dessus sans vraiment de raison, simplement parce qu'il était là et ça m'a rendu folle. Et dire qu'il venait de perdre sa femme.

Les deux meilleurs amis restèrent silencieux un moment et sursautèrent simultanément quand des coups soudains surgissent de derrière la porte. Hermione se précipita et ouvrit à Ron qui se jeta sur elle, visiblement confus entre les larmes et les rires.

– Ron ! Je suis contente de te voir aussi, ironisa la jeune femme en répondant à son étreinte.

– Harry, Hermione ! C'est…

Le rouquin se précipita dans le salon et après avoir serré son meilleur ami dans les bras, il leur offrit un sourire éclatant.

– Fred va se réveiller, lâcha-t-il comme une bombe de couleur illuminant la pièce. »

Hermione et Harry éclatèrent de joie et il souffla dans l'atmosphère une bourrasque de bonheur comme il n'en y avait plus eu chez Hermione depuis de longs mois. Elle oublia sa fatigue, sa journée éreintante et toutes ses pensées noires qui la tourmentaient depuis si longtemps. Fred allait se réveiller, ce qui signifiait que George allait revivre et que l'entièreté de la famille Weasley retrouverait son enthousiasme.

Ron semblait plus heureux qu'il ne l'avait jamais été. Son sourire ne diminuait pas, il parlait vite et bougeait à travers toute la pièce. Il leur annonça également que Ginny arriverait le lendemain pour passer quelques jours en Angleterre ce qui acheva d'enchanter Hermione. En levant les yeux vers l'horloge, elle constata qu'il était plus de vingt-et-une heure et proposa à Ron de rester souper avec Harry et elle. Ils s'attablèrent en discutant vivement et s'attelèrent à la préparation du repas. C'était une soirée comme il n'y en avait plus eu depuis longtemps dans le quotidien d'Hermione.

Une soirée à trois qui la rendit heureuse et qui lui fit se dire que tout était peut-être sur le point de s'arranger.

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Drago lissa les pans de son costume couleur de jais une dernière fois et resserra le nœud de sa cravate tout aussi sombre. La pâleur de sa peau que le soleil faisait ressortir tranchait avec ses vêtements et une fois assuré qu'il était parfaitement mis, il quitta la chambre. Dans le hall, il retrouva sa mère, son père et la famille Greengrass. Daphné gardait le regard résolument planté dans le marbre du sol, cachant comme elle le pouvait le maquillage ravagé de larmes qu'elle ne cessait de refaire. Près d'elle, ses parents semblaient apathiques. Leurs visages hagards étaient perdus et ils paraissaient sur le point de s'écrouler.

Drago n'oublierait jamais l'instant terrible où ils étaient entrés tous les trois dans la chambre d'Astoria. Daphné s'était effondrée sur lui, noyées dans les sanglots et les gémissements. Ses parents s'étaient effondrés l'un sur l'autre, tremblants de douleur. Drago avait tenu, incapable de parler, mais une chose était sûre : il ne pleurerait plus.

Et maintenant, ils quittaient tous le manoir des Greengrass pour se rendre au cimetière où une marée noire attendait déjà devant la grande grille. Blaise et Théodore s'approchèrent solennellement, Pansy étreignit Drago et Daphné avant de retourner vers son époux ; plus loin, les proches gardaient la mine grave. La procession macabre suivit le cercueil recouvert de fleurs flottant doucement à travers les allées blanches. Le vent printanier portait parfois dans l'air un hoquet de souffrance ou une lamentation. Daphné ne se retenait plus et laissait les larmes laver son visage enfoui contre le torse de son père. Elle avait perdu plus qu'une sœur. Astoria avait été sa confidente, sa meilleure amie au-delà de tous les liens qu'elle avait pu tisser au cours de sa vie. Elle avait été la personne la plus importante de son univers et elle était morte.

Ils s'arrêtèrent tous devant le caveau familial et une poignée de personnes s'avancèrent pour dire quelques mots. Parmi eux, Narcissa parla car aucun autre membre de leurs familles réunies ne s'en sentait capable. Elle était certainement celle qui connaissait Astoria le mieux parmi ceux qui avaient pris la parole. Cette fille vive et élégante qui avait partagé la vie de son fils. Cette sorcière douée et entreprenante qui avait réussi ses études et faisait la fierté de ses proches. Cette femme qui avait un avenir merveilleux sur sa route et laissait derrière elle un magnifique petit garçon.

Drago écoutait parler sa mère et son cœur se serra. Il pensait à Scorpius à chaque minute de ses journées. Scorpius. C'était Astoria qui avait voulu l'appeler ainsi. Voilà qu'un peu plus d'elle se fixait à cet enfant qui devenait le seul vestige de leur relation avortée. Scorpius perdait une mère qu'il n'avait jamais connue et à côté de lui, Drago entendait les pleurs des parents Greengrass. Aucun parent ne devrait survivre à son enfant. Aucun enfant ne devrait mourir aussi jeune que l'était Astoria. Toute cette histoire n'était qu'un tragique désastre, une horrible farce d'un destin cruel.

Le cercueil emporta Astoria dans les tréfonds du caveau, l'ensevelissant sous les fleurs et les ombres. Les sorciers s'approchèrent pour présenter leurs condoléances et peu à peu, le cimetière se vida. Drago resta avec les Greengrass jusqu'au dernier moment et lorsqu'ils quittèrent à leur tour les allées blanches, il serra brièvement dans ses bras ses beaux-parents et embrassa la joue de Daphné avant de transplaner. Il se fraya un chemin à travers les couloirs de Sainte-Mangouste et finit par atteindre la nursery. Il balaya du regard les berceaux et trouva celui de son fils.

Le jeune homme s'assit là, dans son costume de deuil, pour couver du regard le petit être qui dormait paisiblement. Son visage rond et rose, ses premières mèches blondes ; c'était son trésor, sa raison d'être. Le dernier cadeau qu'Astoria lui avait fait en plus de tous les autres ; en plus du seul fait qu'elle avait existé dans sa vie. Il allait tenir sa promesse, pour se prouver à lui-même qu'il était devenu meilleur. Parce qu'Astoria l'avait rendu meilleur. Et Drago resta là, près du berceau, à remplir son cœur de l'image de son fils, jusqu'au moment où il dut rentrer chez lui avant le dîner avec sa famille endeuillée. Et ce fut sur le pas de sa porte qu'il fit une rencontre aussi déroutante que désagréable.


Ecrire sur Fred et George m'a fait faire des recherches sur leur histoire et je suis tombée sur une comptine anglaise qui parle des pies (leur animale Patronus) qui dit :

One for sorrow,
Two for joy,
Three for a girl,
Four for a boy,
Five for silver,
Six for gold,
Seven for a secret,
Never to be told.