Bonsoir !
La suite arrive enfin. D'autres personnages, d'autres lieux. J'espère que ça vous plaira. Merci à vous toutes et tous pour les reviews et les retours !
Bonne lecture !
Merci family-business
Chapter Text
Je n'ai pas faim
Drago venait juste de transplaner dans le jardin de la maison qu'il partageait jusque-là avec Astoria dans le Hampshire. Il sentait son cœur pulser dans ses tempes alors que les images de l'enterrement ne disparaissaient pas de son esprit. Il parcourut les quelques mètres de gravillons clairs qui séparaient le large portail de la porte d'entrée comme des milliers de fois avant ce jour-là. Mais rentrer chez lui laissait désormais un goût amer dans sa bouche. Dans cette maison qu'ils avaient faite construire ensemble avec Astoria, il voyait déjà sa solitude le ronger. Il avait été un loup solitaire depuis son enfance. Un loup entouré d'une meute, c'était certain, mais il s'était toujours senti bien, seul au milieu des autres.
C'était une chose de plus que sa relation avec Astoria avait changé en lui. Elle lui avait appris à s'ouvrir peu à peu et lui avait fait comprendre que la vie pouvait être plus simple s'il abaissait ses barrières pour des personnes de confiance. Mais il n'avait qu'une seule envie désormais : retourner au temps où il ne se préoccupait que de passer des bons moments avec ses amis en profitant des fines caresses qu'Astoria laissait contre sa peau.
Drago s'arrêta sur le palier de la porte, faisant face à son reflet plus noir que la nuit dans la vitre. Il inspira profondément et constata que la main autour de sa baguette tremblait. Il ferma les yeux et les frotta intensément de son pouce et son index. D'un geste de poignet, il déverrouilla finalement la porte et s'apprêta à entrer quand le son caractéristique du transplanage se fit entendre derrière lui. Le sorcier se retourna et distingua, dépité, la silhouette qui se découpait dans la lumière de la fin d'après-midi.
« Qu'est-ce que tu fais ici, Granger ? cracha-t-il avec hostilité.
Il ne s'embarrassait pas avec les cordialités et contenait à peine la colère sous-jacente qui avait fusée en lui. Hermione bégaya quelques mots avant de se reprendre.
– Je ne savais pas si je te trouverais ici. Je pensais simplement laisser ce mot.
Drago la transperça d'un regard glacial alors qu'elle agitait légèrement une enveloppe entre ses mains.
– Je voulais m'excuser pour la dernière fois, reprit la brune alors qu'il ne lâchait pas un mot. Et je voulais aussi te présenter mes condoléances. Je suis désolée.
Elle demandait pardon deux fois dans la même phrase à Drago Malefoy ce qui était un événement en soit, mais aucun des deux n'y prêta grande attention. La tension orageuse qui alourdissait considérablement l'atmosphère ne tombait pas.
– Va-t-en, Granger, siffla Drago d'une voix rocailleuse et acide. Pars de chez moi. »
Il se retourna et disparut dans sa maison. Dans l'allée, Hermione soupira en se convainquant encore une fois qu'elle n'aurait pas dû venir jusqu'ici et envoyer la lettre tout simplement. Elle fit demi-tour et transplana sans se retourner.
Drago décida d'oublier le plus rapidement possible leur brève et désagréable entrevue et monta à l'étage sans tarder. Le coup de poing dans son ventre fut identique que les fois précédentes où il était entré dans la chambre conjugale. Les affaires d'Astoria étaient partout, à leurs places de toujours comme si rien n'avait changé. Il n'arrivait pas à réaliser qu'elle n'allait pas rentrer, qu'il venait bel et bien de la voir s'évanouir derrière une pierre grise. Tout était différent dorénavant et il savait qu'il allait devoir s'y atteler à un moment. Ce soir n'était pas le temps pourtant et il se contenta de quitter son costume noir qu'il portait depuis l'enterrement pour en enfiler un autre à peine plus clair avant de quitter la chambre et de se rendre chez les Greengrass.
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Après un soupir fatigué, Ginny se dégagea le visage des mèches qui l'encombrait et sortit de la zone d'atterrissage du Portoloin. Décidément, les voyages étaient de plus en plus assommants. La jeune femme traîna sa valise derrière elle dans les rues de Londres en essayant de chasser de son esprit le visage fermé de son compagnon qu'elle avait laissé en Bulgarie. Ils s'étaient quittés sur une dispute, encore une, et Ginny ne comprenait pas vraiment comment ils en étaient arrivés là cette fois-ci.
La lettre que ses parents lui avaient envoyée la veille pour lui annoncer les nouvelles de Fred avait été une véritable explosion de joie et elle avait instantanément répondu qu'elle les rejoindrait au plus tôt. Mais Nikola ne l'avait pas vu de cet œil et s'était énervé. Il lui avait reproché d'avoir pris cette décision sans le concerter avant, l'accusant alors de l'abandonner alors qu'il était en plein tournois interne et avait besoin d'elle avec lui. Et non, vraiment, Ginny ne comprenait pas qu'il ait réagi de la sorte. Il savait parfaitement que la santé de Fred était un sujet douloureux, tout comme son absence auprès de leur famille et elle avait répliqué qu'il ne pouvait pas se mettre à sa place et ne saurait jamais ce qu'elle vivait. Il aurait dû être heureux pour elle et l'encourager à prendre quelques jours pour voir ses proches, pas la sermonner pour avoir réservé son Portoloin sans lui demander son avis.
De colère et d'amertume, Ginny s'était enfermée dans leur chambre, le reléguant au canapé sans un remord. S'il l'avait accompagnée pour son départ, il ne lui avait pas adressé un mot. Le grondement sourd de son estomac vide depuis la veille extirpa la rouquine de son énième ressassement. Encore quelques minutes de marche et elle atteindrait la boutique de George. Elle finit par pousser la porte, se retrouvant au milieu d'un groupe de client agités. Du fond du rez-de-chaussé, Ron lui fit de grands signes et elle se fraya un chemin jusqu'à lui, sentant le bonheur ambiant lui réchauffer doucement le cœur.
Son grand-frère la serra contre lui et la débarrassa de sa valise qu'il rangea dans l'arrière boutique.
« George ! appela Ron dans les escaliers.
L'aîné descendit des étages en trottinant joyeusement et son visage s'illumina davantage en voyant sa sœur.
– Ginny ! Je suis tellement content de te voir.
Il l'embrassa longuement et rit doucement en la lâchant. La sorcière ne put que sourire en voyant son frère ainsi. Il pétillait littéralement, débordant de toute l'énergie qu'il n'avait pas eue depuis la fin de la guerre. C'était un autre homme qui s'affairait devant elle à satisfaire les clients qui se pressaient à la caisse en plaisantant.
– Je crois que la bonne humeur de George est communicative, souffla Ron à l'oreille de Ginny. J'ai l'impression que la boutique ne se vide jamais depuis deux jours. C'est dingue, vraiment.
– Tant mieux. Ça fait plaisir.
Oui, cela lui faisait vraiment plaisir et Ginny se félicita d'être revenue en Angleterre pour voir ça. Peu importait ce que Nikola lui dirait quand elle rentrerait, elle vivait loin de sa famille toute l'année et c'était dans les moments comme ceux-ci qu'elle voulait être là.
– Je vais à l'hôpital, dit-elle à Ron.
– On se voit au Terrier. Je m'occupe de tes affaires. »
Ron sourit et Ginny quitta la boutique effervescente. L'ambiance à Sainte-Mangouste était toute autre. Elle ne comptait plus les fois où elle était venue, le ventre noué par la peur et la tristesse. Ce matin-là, elle poussa la porte de la chambre avec le cœur battant. L'atmosphère y était complètement différente de ce dont elle se souvenait. La table de chevet était recouverte de dragées et de chocogrenouilles, des ballons volaient sous le plafond, colorant l'espace.
Dans le lit, Fred dormait, mais son teint n'était plus aussi pâle et maladif qu'avant. Ses cheveux étaient plus vifs, sa bouche plus détendue. Il dormait, mais il était bien là, enfin. Ginny le regarda quelques minutes, voulant profiter de l'instant. En réalité, elle n'y arrivait pas vraiment. Elle n'arrivait pas à être extatique car sa dispute avec Nikola ne cessait de tourner en boucle dans sa tête. Pourquoi avait-il fallu qu'il s'énerve ainsi ? Elle aurait dû être plus qu'heureuse pour Fred, pour tout le monde et pour elle aussi, mais au lieu de ça, elle n'arrivait pas à se sortir de la tête qu'elle allait devoir affronter les reproches de son compagnon dès son retour.
Son ventre gargouilla sourdement et se tordit sur lui-même. Ginny décida de sortir de la chambre pour aller marcher en attendant que Fred se réveille. Elle erra dans les couloirs sans vraiment savoir où elle allait, laissant le temps passer sur elle sans vraiment y faire attention. Ses jambes s'arrêtèrent finalement elle ne savait où et elle s'adossa contre un mur. Elle repassa la crise de la veille une fois encore, se disait qu'elle n'aurait pas dû répliquer. Qu'elle aurait dû temporiser et ne pas quitter Nikola sur une dispute. Elle aurait peut-être dû attendre un peu, partir quelques jours plus tard ou même après le tournois. Faire passer Nikola avant sa famille.
En arrivant à cette pensée, elle secoua la tête et se passa une main sur le visage. Ce n'était pas elle. Une porte s'ouvrit à quelques mètres d'elle, attirant son attention. Du coin de l'œil, elle observa l'homme qui se dirigeait vers elle sans vraiment la regarder. Il était grand, brun. Il lui disait quelque chose et oui, elle le reconnut alors car elle ne connaissait pas beaucoup de sorciers métis en fin de compte. Il s'arrêta devant un distributeur de friandises que la jeune femme n'avait même pas remarqué et qui se trouvait à quelques mètres d'elle.
Sentant probablement son regard sur lui, Blaise Zabini, puisqu'il s'agissait de lui, leva les yeux vers elle et la salua d'un petit signe de tête. Ginny répondit machinalement et le regarda insérer quelques mornilles avant de récupérer deux paquets de barres chocolatées. Il en ouvrit une et fourra la douceur entre ses dents, savourant le goût caramélisé du praliné. Ginny se dit qu'il ne lui fallait pas grand-chose pour être heureux, si une simple friandise lui procurait tant de plaisir. Elle ne savait pas, très honnêtement, ce qui allait pouvoir la rendre vraiment heureuse.
« Tu en veux une ? proposa le métis en s'approchant de quelques pas.
Ses pensées tortueuses étaient probablement visibles sur son visage, pensa Ginny, et cette proposition désintéressée la toucha un peu.
– C'est gentil, répondit-elle, mais je n'ai pas faim.
À peine les mots étaient sortis de sa bouche que son ventre gronda vivement pour signaler son besoin urgent d'être rempli. Blaise eut un petit sourire et sortit une autre barre du paquet pour la lui tendre. Ginny finit par accepter, se résignant complètement à aller contre elle-même.
– Qu'est-ce que tu viens faire à l'étage de la nurserie ?
Ginny fronça les sourcils et regarda autour d'elle, remarquant les dessins de bébés et les panneaux accrochés sur les murs du couloir.
– Rien, à vrai dire, dit-elle. J'ai un frère au quatrième étage. Et toi ?
– Je viens voir mon filleul. Et je rapporte du réconfort au papa, ajouta Blaise en agitant les paquets de barre chocolatées.
– Je ne suis pas certaine qu'après une naissance, ce soit le père qui ait le plus besoin de réconfort, plaisanta Ginny.
Le visage de Blaise s'assombrit instantanément et la jeune femme se sentit soudainement mal-à-l'aise.
– J'ai dit quelque chose de travers ?
– Je ne sais pas d'où tu sors pour ne pas le savoir puisque tous les journaux en ont parlé, mais la mère de Scorpius est décédée.
Ginny se sentit profondément idiote d'avoir mis les pieds en plein dans le plat et la gêne s'imprima sur son visage. Elle n'était pas particulièrement abattue par la nouvelle, elle ne connaissait pas cette femme, mais elle ne souhaitait cela à personne.
– Je suis désolée. J'habite en Bulgarie depuis quelque temps et je ne suis arrivée que ce matin.
– Bulgarie ? Pas trop de problèmes avec les géants ?
– Pas plus qu'avec les joueurs de Quidditch, ironisa Ginny en détournant un peu le regard.
Blaise rit doucement, mais il n'était pas dupe.
– Qu'est-ce qui est le plus terrible alors pour que tu te retrouves à errer chez les poupons ? demanda-t-il franchement. Le frère ou les joueurs ?
Il avait touché juste, c'était bien l'un ou l'autre, mais il n'eut pas l'occasion d'en savoir plus puisque la porte d'où il était sorti quelques minutes plus tôt s'ouvrit à nouveau. La tête de Drago apparût et il posa sur Ginny son regard gris et plat avant de se tourner vers Blaise.
– Merci, fit Ginny en agitant la barre entre ses doigts avant de tourner les talons et couper court à la conversation.
– Tu savais qu'un des frères Weasley était hospitalisé ici ? s'enquit Blaise, curieux.
– Non, et je m'en fiche complètement, répliqua Drago. Active, Scorpius s'est réveillé.
– Tu es complètement gaga de cet enfant, se moqua gentiment le métis.
– Tais-toi et donne-moi ça. »
Drago arracha un des paquets des mains de Blaise et se jeta sur une barre chocolatée avec grand appétit alors que son meilleur ami riait doucement.
Ginny avait rejoint le quatrième étage et entra dans la chambre en souriant.
« Mais qui êtes-vous, Mademoiselle ? s'exclama Fred. Je crois que vous avez mangé ma petite sœur.
La jeune femme s'approcha du lit et serra son frère dans ses bras. Nikola pouvait lui reprocher tout ce qu'il voulait, elle s'en fichait à présent. Il n'y avait rien de tel que de pouvoir entendre Fred plaisanter et de le voir sourire. Elle avait toujours été là pour s'occuper de sa famille et la défendre, et cela passerait avant tout.
– Comment te sens-tu ? Merlin, que c'est bon de t'entendre parler ! lâcha la rouquine, les larmes de joie lui montant aux yeux.
– J'ai l'impression d'être en gueule de bois depuis plusieurs jours, mais je préfère largement ça au coma. J'ai aussi un peu l'impression d'être à côté de la plaque sur tout.
– C'est un peu normal. Il s'est passé pas mal de choses depuis Poudlard. Mais je t'assure que tu nous as manqué, vraiment beaucoup.
Fred sourit, bâilla, et sourit à nouveau. Ginny coupa la barre chocolatée en deux et lui en tendit une moitié.
– Que disent les médicomages ? Tu sais quand tu pourras sortir ?
– Pas vraiment. J'ai besoin de repos pour récupérer et de rééducation. Je n'arrive pas vraiment à sentir mon corps. Mais je crois aussi que j'en ai assez de dormir. J'ai six ans de ma vie à rattraper. Mais raconte-moi, toi, ce que tu as fait pendant tout ce temps ! »
Ginny lui parla alors de ce qu'il s'était passé après la dernière bataille, sans s'y attarder vraiment puisque George avait déjà fait un exposé assez complet de la situation dans le monde magique ces six dernières années. Elle lui raconta ensuite comment elle avait terminé ses études à Poudlard et entamé sa carrière dans le Quidditch. Ses premiers matchs en ligue, sa sélection au sein des Harpies de Holyhead et sa rencontre avec Nikola par l'intermédiaire de Victor Krum lors d'un tournoi qu'elle avait disputé contre l'équipe bulgare toujours menée par l'ancien élève de Durmstrang. Et son séjour toujours d'actualité en Bulgarie avec trois autres joueuses des Harpies au sein des équipes de l'Europe de l'Est pour des entraînements intensifs.
La jeune femme resta encore de longues heures dans la chambre de son frère jusqu'à ce que celui-ci commença à piquer du nez. Avec un baiser et une promesse de revenir bientôt, elle quitta Sainte-Mangouste pour rejoindre le Terrier et profiter du reste de sa famille. Le soir-même, la table de la salle à manger s'élargissait de deux places supplémentaires. Harry et Hermione avaient quitté le Ministère ensemble et rejoint la maison familiale pour le repas du vendredi soir.
« Viens par-là, sourit Hermione en serrant Ginny dans ses bras. J'ai l'impression que ça fait des mois qu'on ne s'est pas vues.
– Et pourtant, rit la rouquine alors qu'elles allaient s'installer sur le canapé du salon.
– Tu penses rester longtemps ?
– Je ne sais pas trop, soupira Ginny. Mes entraîneuses m'ont dit que je pouvais prendre le temps que je voulais, mais…
Elle haussa les épaules en forçant un sourire assuré et nonchalant.
– Mais ? insista Hermione.
Ginny songea un instant à ne rien répondre ou à continuer de nier, mais abandonna finalement.
– C'est un peu compliqué avec Nikola. On s'est fâché hier soir.
– Que s'est-il…
– Hermione ! s'exclama Ron en entrant dans le salon, coupant court à la discussion des deux sorcières. On a une petite surprise pour toi avec Harry.
Il lui attrapa la main et la tira vers lui pour la mettre debout. Hermione adressa un regard entendu à Ginny, refusant de laisser leurs échanges en suspens encore une fois, et suivit le rouquin.
– Ce n'est pas grand-chose, dit Harry quand ils furent tous les trois. Mais on pense que tu en as bien besoin.
Il tendit à Hermione une petite enveloppe qu'elle décacheta. À l'intérieur, elle trouva une carte et ouvrit de grands yeux avant de secouer la tête.
– Non, je ne peux pas accepter, fit-elle.
– Bien sûr que si ! C'est un cadeau, insista Ron. Tu ne veux jamais t'autoriser de pause pour te détendre, donc nous, on te force à le faire pendant une après-midi. »
Hermione tenta de parlementer encore, mais les deux autres ne voulurent rien entendre. Elle finit par reposer ses yeux sur la carte. C'était une entrée libre dans une station de thalassothérapie de luxe incluant spa, sauna et massages gratuits pour une après-midi entière. À utiliser quand bon lui semblait. D'un côté, Hermione se sentait touchée par l'attention de ses meilleurs amis qui prenaient soin d'elle chaque jour, mais d'un autre, elle se disait que ce n'était vraiment pas son genre d'aller se tremper pendant des heures dans un bain à remous sans rien faire.
Molly appela tout le monde pour manger et chacun prit place autour de la table. Les repas au Terrier étaient tout autre depuis que Fred s'était réveillé, mais rien n'égalerait le jour où il passerait à nouveau la porte de la maison familiale.
Une autre maison familiale prenait un nouveau souffle. Derrière ses parents, Drago passait la grande porte du manoir Malefoy. Dans ses bras, son petit corps enroulé dans les langes, Scorpius dormait à poings fermés. Il avait accepté avec soulagement la proposition de Lucius et Narcissa d'aménager la chambre du bébé au manoir et de venir s'y réinstaller quelque temps. Drago ne l'avait encore énoncé à voix haute à personne, mais il se l'était avoué à lui-même depuis très longtemps : il n'avait absolument aucune idée de comment s'en sortir pour élever cet enfant tout seul. Mais c'était là sa grande méprise, il n'avait jamais été seul.
Le vide qu'avait laissé Astoria ne semblait jamais vouloir se combler. À chaque fois que Drago posait un regard sur leur fils, l'image de sa femme disparue s'imposait à lui comme une enclume. Tout le monde avait beau lui répéter que le temps rendrait les choses moins vives, il se demandait vraiment si les jours qui passaient y changeraient quelque chose car tout autour de lui était un écho de sa vie d'avant.
Le jeune homme monta les grands escaliers du manoir avec cette pensée dans la tête. Non, il n'était pas seul pour s'occuper de Scorpius. Il avait ses parents, les parents d'Astoria, ses amis et ses proches, mais il ne pouvait pas s'empêcher de se dire que c'était d'elle qu'il avait besoin à ses côtés. Il déposa le bébé dans le landau installé spécialement pour lui et le regarda dormir encore plusieurs minutes. Il finit par descendre rejoindre ses parents dans le grand salon, d'où le hibou de Blaise s'envolait prestement.
« C'est arrivé à l'instant, lui dit son père en lui tendant une lettre fraîchement cachetée.
Drago l'ouvrit et la lut rapidement avant de la refermer et de la poser sur le rebord de la cheminée.
– Rien de grave ?
– Non, répondit le jeune homme. Il organise une soirée demain soir et me propose de venir. Mais je vais décliner, bien sûr.
– Allons, Drago, intervint Narcissa. Je crois que tu devrais y aller. Ça ne peut que te faire du bien de voir du monde.
– Je ne suis vraiment pas sûr que ce soit raisonnable.
– Scorpius sera en sécurité ici et on s'occupera de lui, ne t'en fais pas. Tu as besoin de prendre du temps pour toi et tu as le droit de le faire. Cela ne signifie pas que tu délaisses ton enfant, ajouta la blonde avec un sourire rassurant. »
Elle touchait juste, évidemment, dans les tracas de son fils. Il ne lui était pas difficile de lire en lui et sous son regard doux, Drago lui promit d'y réfléchir.
C'était la première nuit que Scorpius allait passer en dehors de la nurserie et par conséquent, la première nuit que Drago allait passer avec lui. Ses parents lui avaient assuré que les elfes s'occuperaient des biberons nocturnes et des crises de larmes, mais il avait refusé. Il s'installerait dans la même chambre que son fils, probablement plus pour se rassurer lui-même que pour réconforter le bébé. Peut-être qu'il n'allait pas pouvoir le supporter tout seul, peut-être qu'il craquerait dès le lendemain et abandonnerait les soins aux elfes jusqu'à ce que Scorpius fasse ses nuits, mais il voulait au moins essayer.
La nuit fut rude, autant que le réveil, mais Drago se leva avec un sentiment de satisfaction mêlé de fierté. Il passa la journée le visage au-dessus de son fils sans pouvoir se lasser de ses grands yeux bleus toujours écarquillés et intrigués par tout ce qui se passait autour de lui. La première semaine d'avril avait été terriblement pluvieuse, mais désormais, le soleil réchauffait l'air printanier jusque dans la fin de l'après-midi.
À dix-neuf heures devant la grande armoire de sa chambre, Drago hésitait encore. Les pleurs de Scorpius résonnaient depuis le couloir et il était prêt à renoncer quand la voix apaisante de sa mère couvrit les cris pour finalement les calmer complètement. Oui, Scorpius était définitivement entre de bonnes mains et Drago reporta son attention sur les costumes pendus devant lui. Son pouce vint caresser le creux de sa main et rencontra la rondeur de son alliance dorée. Il n'était pas certain de pouvoir reprendre sa vie sociale immédiatement, si tôt après le décès d'Astoria, mais sa mère avait raison. Il avait besoin de voir ses amis et savait que Blaise n'était pas du genre à inviter toute la Grande-Bretagne dans ses soirées sans une bonne raison.
Le jeune homme attrapa finalement un costume anthracite, une chemise blanche et une cravate assortie avant de passer sous la douche. Fraîchement préparé, il descendit dans la salle à manger où ses parents s'étaient installés avec Scorpius et encore une fois, l'envie de rester là lui traversa l'esprit. Mais sa mère le mit presque dehors, soutenue avec distance par son père et Drago finit par emprunter le réseau de cheminée pour se rendre chez Blaise, se forçant à se vider l'esprit autant que possible.
