Bonjour à vous !

Voilà la suite. Un chapitre plus long, plus dense et avec de nouvelles informations. On change souvent de point de vue, mais j'avais besoin de faire avancer les histoires de chacun.
J'espère que ça va vous plaire !

Je vous remercie encore pour les reviews. Vos retours comptent et sont toujours très agréables à lire. Vous êtes un lectorat d'exception.

Merci family-business.

Bonne lecture !


Je n'ai pas besoin de ton aide

Le plafond était blanc, comme chaque matin où Fred ouvrait les yeux dans son lit d'hôpital. Il passait un moment sans bouger, se concentrant sur ses sensations, ses clignements d'yeux mécaniques, les battements de son cœur descendant jusque dans son ventre. Un coup d'œil à l'horloge sur le mur et quelques minutes après, la jeune médicomage toquait à sa porte, apportant sur son chariot le petit-déjeuner.

Fred se redressa en poussant sur ses bras. Il grimaça en sentant ses muscles endoloris se crisper. Des jours et des jours de rééducation, des litres de potions avalés à chaque repas ; ce n'était pas si simple de revenir à la vie. Sur le plateau, les mêmes aliments que chaque matin depuis son réveil. Rien de solide, à peu près rien de savoureux. Mais il ne fallait rien brusquer, laisser son corps se réadapter et le jeune homme prenait sur lui-même s'il n'en pouvait plus d'attendre et de rester immobile dans ce lit.

De nouveaux coups à la porte résonnèrent, Fred fronça les sourcils car il n'attendait pas George avait une bonne demi-heure et la médicomage lui avait déjà donné ses traitements pour la matinée. Il y eut un flottement durant lequel rien ne se passa si bien que le rouquin se demanda s'il n'avait pas rêvé. Et finalement, la porte s'ouvrit tout doucement pour laisser passer une autre tête rousse.

Fred sentit son cœur se serrer et tambouriner dans sa poitrine. Il ouvrit la bouche pour parler, mais rien ne sortit et finalement, il écarta les bras pour accueillir l'étreinte de Percy qui s'était précipité à son chevet. Il avait été la dernière personne que Fred avait vue avant l'explosion et il y avait tant de choses qui étaient restées en suspens.

« Je suis désolé, articula Percy, la voix étranglée par l'émotion. J'aurais dû…

– Arrête, le coupa Fred. Ne t'excuse pas alors que tu n'y pouvais rien.

– Je suis venu le plus vite, dès que j'ai su. Tu ne peux pas savoir comme ça me fait plaisir d'entendre ta voix !

Fred sourit, détendu.

– Je ne regrette pas d'avoir combattu pour la dernière fois à tes côtés, dit-il. Mon dernier souvenir de la bataille est celui de t'entendre plaisanter et c'est assez exceptionnel !

Cela eut le mérite de faire rire Percy qui s'assit sur un fauteuil près du lit.

– J'ai l'impression que c'était il y a une éternité.

– Parle pour toi ! s'exclama Fred avec ironie. D'ailleurs, qu'est-ce que tu as bien pu faire de ta vie durant ces dernières années ? »

Percy lui raconta ce qu'il s'était passé pour lui après la guerre. Les deux frères parlèrent un long moment et quand George arriva à son tour, il fut aussi surpris qu'heureux de les voir tous les deux. Même si Percy s'était réconcilié avec sa famille, il ne venait pas souvent à Londres et encore moins au Terrier. La culpabilité le rongeait depuis le jour où il avait vu Fred disparaître sous les décombres, persuadé qu'il n'avait pas été capable de le protéger comme George l'avait toujours fait.

Désormais, il se sentait à nouveau légitime de réintégrer sa famille et cela lui donnait beaucoup d'espoir.

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Drago fit un pas hors de la cheminée et leva les yeux sur le hall où il venait d'apparaître avant d'épousseter son costume des possibles résidus parasites. Les voix qui provenaient du salon se turent une seconde en l'entendant arriver et Blaise émergea à la porte. Son visage se fendit d'un large sourire alors qu'il s'approchait pour étreindre son meilleur ami.

« Je suis content que tu sois venu, déclara le métis.

Il rejoignit le salon, Drago sur ses talons et ils furent accueillis par des exclamations enthousiastes.

– On ne t'a même pas attendu pour commencer, déplora Théodore en levant son verre en direction du blond.

– Je ne crois pas que tu m'aies jamais attendu, plaisanta Drago en retour. Pansy, ça fait plaisir de te voir.

Il serra sa meilleure amie dans ses bras. Cela faisait plus d'un mois qu'ils ne s'étaient pas vraiment retrouvés, les jours précédant l'enterrement d'Astoria excepté, pour la simple raison que Pansy faisait de moins en moins d'apparitions depuis quelque temps.

– Tu m'as manqué, souffla la jeune femme.

Blaise avait également invité quelques amis de travail que Drago connaissait moins, mais son attention s'attarda un peu plus loin. Il se fraya un chemin jusqu'à l'autre côté du salon et passa un bras autour des épaules de Daphné en embrassant le haut de sa tête.

– Je ne voulais pas venir, avoua-t-elle doucement. J'ai l'impression que c'est mal de s'amuser. En plus, il y a Pansy. Si j'avais su… Mais maintenant que tu es là, ça ne paraît pas si terrible.

Drago comprenait parfaitement ce qu'elle pouvait ressentir car il en était au même stade intérieurement. Mais pour chacun d'entre eux, la présence de l'autre signifiait beaucoup.

– Ce n'est pas parce que tu t'autorises un peu de temps pour toi que tu lui fais du tort. Astoria t'aurait dit de ne pas te blâmer pour ça.

Daphné eut un rire triste.

– Ne sois pas trop enclin à conseiller aux autres ce que tu ne peux pas faire toi-même.

– C'est justement parce que je n'y arrive pas que je sais précisément ce qui se passe dans ta tête, répondit Drago. Je sais ce qu'elle représentait pour toi et bien au-delà d'être simplement ta sœur.

Il marqua une pause alors que Daphné essuyait les larmes qui naissaient dans ses yeux.

– Je suis là, ajouta-t-il dans un murmure avant de resserrer son bras autour d'elle. »

Daphné entoura ses bras autour de son torse et renifla.

On frappa à la porte et Blaise s'éclipsa à nouveau. Quelques éclats de voix fusèrent puis il réapparut, suivit d'une tête rousse et d'une autre brune, visiblement en colère. Drago leva un sourcil dans une expression d'ahurissement et de mépris.

« Que nous vaut le plaisir ? siffla-t-il entre ses dents en direction de son meilleur ami.

– Rien, rien, tout le monde se calme, soupira Blaise.

– Tu n'es pas le seul que ça déplaît, Malefoy, répliqua Hermione dont le mécontentement ne faisait qu'augmenter depuis que Ginny lui avait demandé de l'accompagner sans lui dire où elles allaient. »

Elle darda un regard à travers la pièce et eut envie de pousser un grognement rageur. C'était comme retourner à l'époque de Poudlard et de s'approcher malencontreusement de la table des Serpentard. Pansy Parkinson la dévisageait des pieds à la tête, trouvant probablement que son jogging et son pull trop large n'étaient pas assez chics pour l'endroit, Théodore Nott fixait ses cheveux, cherchant certainement à déterminer comment ils pouvaient occuper à eux seuls le volume d'un chaudron taille expert. Tout cela sans compter le regard glacial que Drago Malefoy posait sur elle, l'assassinant à chaque clignement de paupières.

Elle voulait le secouer et lui dire qu'elle avait fait la démarche de venir le voir pour lui parler et que ce n'était plus son problème s'il ne voulait pas entendre ses excuses. D'autant plus que la façon dont il ne détachait jamais ses yeux d'elle la mettait extrêmement mal-à-l'aise. Ils étaient tous là, apprêtés pour faire la fête et cela lui semblait surréaliste. Malefoy ne venait-il pas de perdre sa femme dans la semaine ? Et dans ses bras, c'était précisément sa sœur, si elle ne faisait pas d'erreur. Peut-être que finalement, ils avaient tous les deux trouvé du réconfort sans avoir à chercher au-delà de leur belle-famille.

Hermione fronça les sourcils, étonnée par l'aigreur de son propre raisonnement et décida de détourner le regard à la recherche de Ginny. Elle sortait à peine d'une autre pièce avec Blaise et lui fit signe de la suivre. Sans traîner, la brune la rejoignit et elles sortirent. On entendit dans le couloir une voix résonner juste avant que la porte ne se referme.

« Tu m'expliques ce qu'on fiche ici, Ginny ? »

Se posant exactement la même question, Drago se sépara de Daphné et se dirigea vers Blaise en quête d'explication.

« Tu aurais pu préciser que tu allais inviter des indésirables, je n'aurais pas fait le déplacement.

Blaise leva les yeux au ciel.

– Elles sont parties, non ? Je ne te demande pas de les déclasser de la catégorie persona non grata, mais je peux encore faire venir qui j'ai envie chez moi. Bien que je me serais largement passé de voir la Miss-je-sais-tout.

– Et pour quoi faire ?

– J'ai demandé un petit service à la Weasley. On s'est revus avant que tu ne viennes chercher Scorpius avec tes parents. Elle a un frère à Sainte-Mangouste, tu te souviens ? Bon, arrête de faire le grognon tout simplement parce que tu t'es retrouvé à moins de deux kilomètres de Granger. Prends un verre de n'importe quoi et oubli ça.

– Elle me sort par les yeux, grogna le blond avant de se servir. »

Blaise secoua la tête et balaya son salon du regard. Ce n'était peut-être pas la meilleure soirée qu'il ait jamais organisée. Ce ne l'était d'ailleurs absolument pas. Ses collègues de travail restaient entre eux, Daphné entretenait ses cernes lourds de larmes, Pansy se tenait d'une drôle de façon, comme si elle ne parvenait pas à trouver de position confortable. Théodore était certainement plongé dans des calculs que lui seul comprenait et Drago ne disait plus rien, son humeur achevée par l'arrivée intempestive des anciennes Gryffondor.

Non, ce n'était pas la meilleure soirée qu'il avait faite chez lui, mais Blaise y tenait tout de même. Parce que tout le monde avait besoin de se voir pour échapper à la solitude. Les mariages malheureux, le deuil, les peines de cœur. Chez les riches aussi, c'était le lot du quotidien. Et si Blaise ne pouvait pas ramener les morts à la vie, avouer les sentiments des uns pour les autres ou résoudre les problèmes du plus grand nombre, il pouvait faire en sorte que quelques heures par semaine, ses amis puissent profiter de se retrouver simplement ensemble.

Parfois, l'époque des premières années de Poudlard, où tout semblait facile et léger, lui manquait. Les heures qu'ils passaient à se moquer des Poufsouffle empotés et à se battre contre les Gryffondor. Où étaient passées ces nuits de méfaits et de manigances dans les coins de dortoir ? Ils avaient grandi et avaient vécu, mais ils n'étaient pas condamnés à vivre tristes toute leur vie. Oui, ça, Blaise en était convaincu. Il pouvait écraser n'importe qui oserait se mettre en travers de son chemin et réduire à néant ceux qui ne correspondaient pas à ses valeurs, mais il n'abandonnerait jamais ses amis.

Alors il s'élança dans son salon murmurant et parla avec chaque invité jusqu'à ce que peu à peu, l'atmosphère s'allège doucement. On ne pouvait pas effacer les peines, mais on pouvait avancer à grand coup de musique et de Bière-au-beurre.

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« Tu peux m'expliquer ? s'exclama Hermione lorsque Ginny et elle furent revenues dans son appartement. Tu aurais pu me prévenir.

– Si je t'avais dit que j'allais chez Blaise Zabini, tu aurais refusé de m'accompagner.

– En effet ! Je m'en serais bien passée.

– Sauf que je ne voulais vraiment pas y aller seule. Je ne savais même pas qu'il faisait une fête chez lui, je t'assure.

Hermione haussa les épaules, l'air grognon, et se laissa tomber sur son canapé. Sa seule envie était de s'enrouler dans un plaid devant un film. Mais elle était curieuse, au moins un petit peu.

– Qu'est-ce que Zabini te voulait ? Et comment se fait-il que vous vous parliez, d'ailleurs ?

– Je l'ai croisé deux fois à Sainte-Mangouste. J'étais allée voir Fred et lui était avec Malefoy et son fils. Tu te rends compte, sa femme…, ajouta-t-elle, consternée. Enfin, on a parlé un peu, il m'a demandé de voir avec les entraîneuses pour changer de distributeurs de balais.

– Il a une entreprise de fabrication de balais ? s'étonna Hermione.

– Bien sûr ! Depuis quelques années, on est fournies par un de ses concurrents, mais j'ai déjà volé plusieurs fois avec ceux de son entreprise et franchement, c'est de la qualité.

Ginny tendit à Hermione les parchemins de présentation de l'entreprise que Blaise lui avait donnés en prenant soin d'y joindre un contrat pré-rempli. Hermione les parcourt rapidement avant de lever les yeux au ciel.

– Financé par Malefoy, évidemment, grinça-t-elle. »

Ginny ne releva pas et se dirigea vers la cuisine. Elle avait décidé qu'elle resterait dormir chez Hermione quelques fois durant le temps qui allait suivre. L'euphorie mélancolique qui pesait au Terrier ne semblait jamais diminuer et tant que Fred n'était pas rentré pour de bon, il perdurait une sorte de malaise qui l'assommait un peu. Au grand soulagement d'Hermione, leur soirée se termina comme elle l'avait souhaitée : devant un film qui dénoua un peu les nœuds dans sa tête.

Hermione mit une semaine pour se convaincre qu'utiliser la carte de thalassothérapie offerte par Ron et Harry ne pouvait pas être une mauvaise chose. Mais en poussant la grande porte vitrée, le samedi suivant, elle se dit qu'elle s'apprêtait à perdre un temps fou sur son travail. Elle avait recommencé à emporter des dossiers chez elle pour ne pas prendre trop de retard et se déplacer ici n'était absolument pas productif. Quelle idée, franchement, de lui avoir offert cela ? L'hôtesse d'accueil en uniforme turquoise lui offrit un grand sourire alors que la jeune femme se présentait à elle.

« Bonjour et bienvenue. Que puis-je pour vous ?

– Bonjour, répondit Hermione en se redressant un peu. J'aimerais utiliser cette carte dans votre établissement.

L'hôtesse attrapa la carte tendue et la scanna sans cesser de sourire. La brune se demanda si elle était bloquée dans cette expression et cela la fit pouffer intérieurement.

– Vous avez accès à l'intégralité de l'espace détente pendant quatre heures, informa l'hôtesse. Je vous invite à passer le portillon pour atteindre les vestiaires et les casiers mis à votre disposition. Toute l'équipe vous souhaite un agréable moment.

– Merci, sourit Hermione en suivant ses indications. »

Elle entra dans une cabine et sortit de son sac son maillot de bain et sa serviette. Une fois changée et déchargée de ses affaires, elle traversa un petit couloir qui la mena dans le fameux espace détente. Il s'étalait devant elle un large bassin ovale au centre d'une immense salle entièrement vitrée. Un peu plus loin, un bassin à l'eau violacée semblait rempli de vin, un autre bouillonnait et débordait de bulles mousseuses. Ici un jacuzzi, là un hammam. Chemin d'eau extérieur et jets massant. Spa et bains de vapeur.

Hermione ne savait plus où donner de la tête et ni par où commencer. La seule chose qui lui venait à l'esprit était qu'elle allait perdre quatre heures de sa journée alors qu'elle était censée travailler. Elle se félicita tout de même d'être venue à l'heure du repas car l'endroit était quasiment désert. À l'adresse la plus réputée de la ville, elle avait craint de se retrouver au milieu de plein d'autres personnes barbotant et transpirant autour d'elle.

Finalement, la brune entra dans ce bassin violet qui l'intriguait fortement et elle sentit tous ses muscles se ramollir au contact de l'eau chaude. Ce n'était pas si terrible, en fin de compte. L'eau avait une texture étrange, soyeuse comme du lait, et Hermione se permit quelques brasses dans les trois mètres de diamètres du bassin. Le bain moussant était assez agréable également, mais les grosses bulles qui remontaient à la surface avaient la mauvaise manie de chatouiller les côtes de la jeune femme qui fut obligée de quitter le bassin assez rapidement.

Le large panneau qui indiquait le hammam attira son regard et après une heure de trempette, elle s'y dirigea. Dans le petit espace qui se trouvait juste avant, il y avait un trou dans le sol rempli d'eau dans laquelle elle trempa ses orteils avant de retirer son pied brusquement. C'était tellement froid qu'elle n'aurait pas été étonnée que des glaçons flottent à l'intérieur. Hermione poussa finalement la petite porte vitrée et pénétra dans la pièce à pas de loup. Elle fut tout de suite assaillie par la chaleur lourde qui oppressa son corps. La lumière tamisée aux tons chauds et les senteurs d'épices étaient parfaitement dépaysantes. La brune s'installa dans un coin et après quelques minutes, elle distingua difficilement à travers la vapeur une autre paire de jambes à quelques mètres d'elle.

Hermione hésita entre repartir et rester, mais ces jambes l'intriguaient. Elle essaya de se rapprocher discrètement pour pouvoir mieux observer ces deux très fines jambes croisées. Oui, elle discernait bien des hématomes. C'était sans grande surprise que son esprit ne pensait plus du tout à la chaleur relaxante du hammam, mais plutôt à trouver la cause de ces bleus assez impressionnants. Elle ne savait pas si son observation intense ou sa tentative d'approche avaient été mal interprétée, toujours était-il que la personne présente se leva assez brusquement et sortit de la petite pièce.

Hermione se leva à son tour et lui emboîta le pas, bien décidée à s'excuser d'abord pour la gêne et ensuite à quérir d'autres informations sur l'état épidermique de cette âme fuyarde. Elle la vit sauter sans une once d'hésitation dans le bassin glacé et en ressortir aussitôt, la laissant complètement abasourdi par une telle insensibilité au froid. Alors que l'autre s'éloignait, Hermione se dépêcha de parcourir la distance qui les séparait.

« Excuse-moi, commença la brune avant de se stopper net.

La jeune femme à qui appartenait la paire de jambe s'était retournée, toute ruisselante d'eau. Elle n'avait pas que des hématomes sur les jambes, il y en avait aussi sur ses bras, sur son cou. Certains étaient si vieux qu'ils étaient presque estompés, d'autres semblaient dater d'une poignée de jour. Mais plus que cela, maintenant qu'elle était à la lumière du jour et sortie de la vapeur, Hermione la reconnaissait parfaitement. Elle avait beaucoup minci depuis Poudlard, mais il n'y avait aucun doute. Et elle regretta instantanément de s'être lancée à sa suite.

– Qu'est-ce que tu veux, Granger ? cracha Pansy de sa bouche pleine de venin.

Désarçonnée et consciente de son outrageuse fixation, Hermione ne trouva rien à répondre sur le moment.

– Putain de journée, jura Pansy en s'éloignant avec un œil méprisant et colérique.

– Parkinson, attends !

Mais elle avait déjà fait plusieurs mètres, obligeant Hermione à trottiner derrière elle.

– Qu'est-ce qui t'est arrivé ? demanda la brune une fois arrivé à sa hauteur.

Pansy se retourna vivement et lui lança un regard noir qui aurait cloué quiconque sur place.

– Mêles-toi de tes affaires, tonna l'autre femme.

– Si tu as besoin d'aide…

– Je n'ai pas besoin de ton aide, claqua Pansy avant de définitivement quitter les lieux. »

Hermione l'entendit hurler après un employé visiblement effrayé, vociférant qu'elle payait pour avoir la paix et qu'elle avait demandé à avoir l'espace du hammam privatisé, ce qui n'avait, en l'occurrence, pas été respecté. Après de multiples menaces visant à s'assurer la tranquillité lors de sa prochaine venue, elle disparût.

Durant tout le temps où Hermione se balada entre le spa, le circuit de nage extérieur et les jets d'eau relaxants, elle ne cessa de revoir le visage glacial de sa maudite ancienne camarade de classe et l'étendu des hématomes sur son corps variants entre le bleu violacé et le vert jauni. Définitivement incapable de se détendre à nouveau, même sous les mains expertes de la masseuse qui l'ensevelissait sous la bouse de dragon, son esprit vogua jusqu'au travail. Depuis la semaine passée, elle ne cessait de se triturer l'esprit à se demander ce que signifiait « C.C » et à quel point ce qu'Harry soupçonnait était fondé. Maintenant, il s'ajoutait à cela le dossier Parkinson.

La brune flâna quelque temps en ville une fois sortie et quand elle rentra chez elle, une douce odeur de thé l'accueillit. Ginny était encore en tenue de Quidditch, les cheveux dans tous les sens et les joues rouges.

« Tu reviens de l'entraînement ?

– À l'instant, répondit Ginny. Ça fait plaisir de revoir les filles et de voler avec elle. C'est dommage que toute l'équipe n'ait pas pu partir ensemble.

– Mais vous n'allez pas rester indéfiniment en Bulgarie, si ? Il va bien falloir que vous vous retrouviez toutes ensemble en Angleterre pour préparer la coupe du monde.

– Oui, c'est sûr. Alors, tu es allée utiliser ton cadeau, aujourd'hui ?

– Oui, c'était vraiment bien. Je retire tout ce que j'ai pu penser, admit la brune. Par contre, j'ai fait une rencontre un peu déroutante.

– Un bel homme en maillot de bain moulant ? proposa Ginny avec un petit rire.

– J'aurais préféré, crois-moi, rit à son tour Hermione. Non, j'ai vu Pansy Parkinson.

– Carrow. Cette sale garce…, marmonna la cadette Weasley qui avait perdu son sourire.

– Comment ça, Carrow ?

– Pansy Carrow, répéta Ginny. Elle s'est mariée avec Valente Carrow il y a deux ans, il me semble.

Hermione resta bouche bée un instant avant de reprendre, le cerveau plongeant dans des intrications encore plus complexes.

– Tu te souviens de la dernière fois que tu l'as vue ?

– Il y a au moins un an, je pense, répondit Ginny. Si ce n'est pas plus. Pourquoi ?

– Rien de particulier. »

Ginny haussa les épaules, de toute façon peu intéressée par la vie de leur ancienne camarade. Les deux jeunes femmes prirent le thé, changeant de sujet, jusqu'à ce qu'Hermione se retire dans sa chambre pour se pencher sur son travail. Il fallait qu'elle pense à relancer Harry concernant les feuilles de compte. Il fallait qu'elle trouve quelque chose. Elle inscrivit sur le haut de son parchemin « consulter les registres des entreprises » avant d'ajouter deux points d'interrogations significatifs à côté de « C.C ». Harry avait plaisanté en parlant de Christophe Colomb, mais il pouvait aussi bien s'agir d'une personne physique que d'une personne morale. Ou même d'un lieu, d'un code. Plus elle y réfléchissait, moins elle trouvait de signification à ces deux lettres.

Abandonnant cette affaire, elle se tourna vers son travail officiel pour le Ministère jusqu'à ce que la faim la rappelle hors de la chambre. Mais après avoir mangé et s'être mise au lit, une seule image dansait derrière ses paupières : le corps efflanqué et abîmé d'une ancienne Serpentard.

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« Fred ! Tu es rentré !

Ginny se jeta sur son frère et le serra fort dans ses bras.

– Je ne savais pas que tu sortais aujourd'hui.

– Eh bien moi non plus, sourit le rouquin. J'ai passé tant de temps en rééducation que je commençais à me dire que je n'arriverais plus jamais à marcher droit !

Il tourna sur les béquilles qui l'aidaient à se tenir debout, enchaînant des pas vaguement dansants ce qui fit rire sa sœur.

– Ce matin, je me sentais bien et George m'a dit que vous passiez la plupart de vos dimanches tous ensemble au Terrier alors je n'ai pas pu résister. Les médicomages sont d'accord, ajouta-t-il en voyant le regard inquiet de sa sœur, et je suis loin d'en avoir terminé avec Sainte-Mangouste.

– Je comptais de toute façon le kidnapper pour le faire sortir s'ils refusaient, fit remarquer George en donnant une tape franche et chaleureuse dans le dos de son jumeau.

– Hermione, sourit Fred en l'enlaçant à son tour. Ça fait vraiment plaisir de te voir.

– Je suis désolée de n'être passée qu'en coup de vent cette semaine. J'avais beaucoup de travail et je comptais venir…

– Ne t'en fais pas ! la coupa Fred avec un regard bienveillant. Je sais que tu as passé beaucoup de temps à l'hôpital. Je me souviens de quelques bribes, parfois.

– Ah oui ? Je savais que certaines personnes dans le coma avaient une sorte de conscience floue de ce qui les entourait, mais je me sentais un peu idiote à parler dans le silence.

– George n'arrêtait presque jamais de parler, rétorqua Fred avec amusement. Des fois, je voulais juste lui lancer mon oreiller en pleine figure pour le faire taire, mais je crois que sans ça, j'aurais laissé tomber. »

Les deux frères échangèrent un regard lourd et intense, rempli de toute la confiance et l'abnégation qu'ils se vouaient l'un à l'autre. Ils rejoignirent le reste de la famille dans le jardin de l'autre côté de la maison et Hermione prit pleinement conscience que la famille Weasley n'avait été que l'ombre d'elle-même depuis six ans. Molly et Arthur rayonnaient, s'activant autour de la table en agitant les bras pour que tout le monde s'installe ici ou là.

Tous les frères Weasley étaient là, même Charlie était venu de Roumanie pour quelques jours. Ron jouait des tours à Roxanne assise sur ses genoux, réussissant quelques fois à la faire rire aux éclats. Angelina semblait plus sereine que jamais, un œil sur sa fille et un autre sur son mari. Alors que George s'approchait d'elle pour l'enlacer et l'embrasser passionnément, elle se dit que c'était pour voir cela qu'elle s'était accrochée à lui sans flancher, même dans les moments les plus durs. Pour le voir heureux et vivant.

Hermione s'approcha de Harry et embrassa sa joue alors que tout le monde se mettait à table en papotant joyeusement.

« J'ai à te parler, mais c'est pour le travail, lui souffla-t-elle une fois le repas avancé.

– Je t'écoute, répondit-il, amusé. Ça doit te préoccuper depuis un bon moment si repousser à demain s'apparente à de la torture.

– Si ça te dérange…

Harry leva un sourcil, lui signifiant qu'il plaisantait et qu'elle pouvait lui exposer ses questionnements.

– Est-ce que tu as d'autres documents concernant l'affaire que tu m'as confiée ? commença Hermione.

– Je crois qu'il reste des livres de compte et de la paperasse plus générale. Rappelle-moi d'aller voir dans ce qui a été perquisitionné demain. Tu as trouvé ce que « C.C » voulait dire ?

– Non, toujours pas. Mais je vais continuer mes recherches. Et je voulais savoir..., reprit la brune avant de marquer une pause. Si une femme était victime de violences, c'est bien auprès des Aurors qu'elle devrait témoigner ?

Harry se redressa sur sa chaise en fronçant les sourcils, ses deux yeux inquiets plantés dans ceux de sa meilleure amie.

– Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu as des ennuis ? Ou Ginny ?

Il avait haussé le ton si bien que cette dernière se retourna vers lui, le questionnant silencieusement. Il lui fit signe que ce n'était rien avant de se recentrer sur Hermione.

– Alors ?

– Je ne suis pas vraiment sûre, mais je crois que j'ai rencontré une femme qui s'est faite malmenée plusieurs fois. Peut-être que c'est son mari ou peut-être que je me trompe, mais je sais que ce que j'ai vu n'était pas normal.

– Raconte-moi.

– J'ai suis allée au centre de thalassothérapie hier et, bon, c'était vraiment bien. Merci beaucoup. Mais je suis tombée sur Pansy Parkinson, enfin Carrow d'après Ginny puisqu'elle s'est mariée. Et elle était couverte d'hématomes en plus de s'être amincie excessivement depuis la dernière fois que je l'ai vue.

– Et tu penses qu'elle se fait battre par son mari ? Tu sais qu'il existe des maladies génétiques qui ont ce genre de symptômes.

– Jusque-là, j'aurais pu envisager toute possibilité. Mais je veux bien croire qu'un Carrow soit à l'origine de ça. Quand on connaît les antécédents familiaux…

Harry prit quelque temps pour réfléchir et manger une bouchée de purée de citrouille.

– Admettons que ce soit le cas, dit-il finalement. Tant qu'elle ne portera pas plainte contre lui, le Bureau des Aurors ne peut pas le poursuivre. »

Hermione hocha la tête. Elle s'en était doutée, évidemment. Elle avait été confrontée plusieurs fois durant ses études à des cas de violences conjugales ou intrafamiliales et elle savait que c'étaient des affaires compliquées. Mais il fallait déjà qu'elle s'assure du fondement de ses pensées et qu'elle convainque Pansy, si elle avait raison, d'aller témoigner. Elle ne connaissait pas ce Valente Carrow, mais elle sentait déjà qu'elle allait le détester au moins autant que son oncle et sa tante qui avaient terrorisé Poudlard.