Chapitre 3 : Caring is not an advantage
La chambre était sombre. Les rideaux avaient été fermés, mais pas assez pour laisser entrer les derniers rayons du soleil. La pièce était neutre, mais gardait une élégance moderne, digne pour celui qui y dormait, inconscient de l'environnement où il se trouvait.
Sherlock s'avança vers le lit et s'arrêta un instant, contemplant son frère endormi par les sédatifs. Il était désormais hors danger, il avait survécu. Les médecins avaient tout fait pour le maintenir en vie, on lui avait dit qu'il ne risquait plus rien, que le pire était passé. Pourtant, il était rongé par l'inquiétude. Le réveil de son frère allait être difficile, mais il allait le soutenir, il restera à ses côtés.
Dans le lit, au milieu de moniteur qui surveillait ses paramètres vitaux, son ainé avait l'air beaucoup plus jeune qu'il ne voulait le montrer. C'était connu, Mycroft avait toujours eu envie d'être plus âgé et ce, depuis qu'il était enfant. Il souhaitait grandir plus vite, devenir l'adulte plus rapidement. Il ne l'avait jamais caché. Paraître plus âgé, lui permettait d'être accepté par ces ainés.
Silencieusement, craignant que son souffle ne brusque le sommeil du patient, Sherlock s'installa sur le fauteuil, à son chevet.
C'était toujours lui, qui était allongé dans ce genre de lit, jamais Mycroft. Oh non. Mycroft avait toujours été celui qui lui ramenait les fleurs, prétextant que c'était de la part de ses parents. Sherlock avait toujours su que c'était faux. Mycroft adorait lui offrir des fleurs, de part le fait qu'il transmettait des messages codés. Chaque fleur exprimait un sentiment et son frère lui avait souvent ramené des asphodèles avec des potentilles, mêlés à d'autres bouquets faits par des fleuristes ennuyeux. Sherlock devinait toujours que Mycroft les ajoutait à cela, espérant qu'il ne le remarque pas. Mais il n'était pas stupide. Il connaissait leur signification, les asphodèles exprimaient les regrets du passé et les potentilles, l'amour familiale.
C'était tout Mycroft.
Et maintenant, Sherlock avait compris le véritable sens caché. Les regrets du passé sous-entendaient les secrets et les mensonges qu'il avait gardés pour sécuriser Eurus et l'amour familiale, ce pourquoi il faisait tout cela.
S'avançant vers son frère inconscient, il glissa sa main dans la sienne. Elle était si froide, loin des souvenirs de Sherlock, qui se rappelait de ces grandes mains qui l'avaient bercé, porté et apaisé pendant son enfance. Il avait tellement envie d'entendre sa voix, si rassurante et si ferme à la fois, il voulait l'entendre le gronder, entendre ses reproches ou ses sarcasmes qu'ils avaient l'habitude de s'échanger. A l'avenir, il ferait attention aux mots blessants qu'il pourrait dire à son frère.
Il veillerait à ce que cela ne se reproduise plus.
Il veillerait sur son frère.
« Oh, Mike…je te jure, quand tu te réveilleras, je vais te frapper…souffla Sherlock.
Et il resta là, à ses côtés, car c'était la seule chose qu'il pouvait faire actuellement. Mycroft ne devait pas se réveiller seul, son petit frère devait être là.
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Greg Lestrade traversa l'allée d'entrée de l'hôpital avec impatience. C'est là qu'il rencontra John Watson qui était venu l'accueillir. Ce dernier parut fatigué mais il ne laissa rien paraître adressant un sourire chaleureux à l'inspecteur.
« John, mon dieu, comment va-t-il ? »
Le médecin hésita à répondre, ne sachant s'il parlait de Sherlock ou de Mycroft. Il choisit la deuxième supposition, plus logique.
« Il s'en est sorti, fit-il en lui indiquant le chemin, Sherlock est auprès de lui.
- Dieu soit loué. »
Greg ne connaissait pas très bien Mycroft mais avait du respect pour l'ainé des Holmes, il avait été d'une grande aide dans certaines affaires, que Sherlock avait mené. Mais très peu connaissait son implication. Si Sherlock était dans la lumière, Mycroft était dans l'ombre.
Lorsqu'ils se retrouvèrent devant la chambre privée de Mycroft, que Lady Smallwood avait ordonné qu'on attribut, ils s'arrêtèrent. Greg inspira profondément, pris d'une soudaine anxiété, qu'il n'avait plus ressenti depuis la pseudo mort de Sherlock. C'était toujours dur de faire face à un suicide de quelqu'un qu'on admirait.
« Il faut que je te dise, John, je ne suis pas venu pour une simple visite de courtoisie, avoua-t-il.
- Pour quoi ?
- Il y a une enquête.
- Quoi ? Quelle enquête ? Mycroft a fait une tentative de suicide.
- Ce n'est pas ce que pense les haut placés. »
Le visage de John blêmit alors, voyant très bien où voulait en venir Greg. Il porta une main à sa bouche comme pour éviter que des mots durs ne s'échappent.
« Mon dieu, Greg…est ce qu'ils s'insinuent que…
- Ils sont persuadés que Mycroft n'aurait jamais abandonné le pays pour de simples… « émotions ».
- Oh bon sang, j'arrive pas à y croire, murmura John sous le choc, comment…comment peuvent-ils penser une chose pareille ?
- J'ai donc demandé une expertise d'un légiste.
- Ils vont voir qu'il a eu une overdose de somnifère, Greg ! Tout ceci est ridicule, avec tout le respect que je te dois.
- Je le sais bien, John. Je…le sais. »
Lui-même ne pouvait croire ce qu'il devait faire.
« Mais ils veulent un bouc-émissaire, en attendant que Mycroft ne se réveille. »
Cette fois, John ouvrit de grands yeux, serrant les poings, faisant les cent pas. L'inspecteur recula instinctivement, un ancien militaire était dangereux quand il s'énervait.
« Il suffit d'attendre qu'il ne se réveille avant de…
- John, sans Mycroft, le…gouvernement britannique est perdu…ils sont paniqués, ils…Mon Dieu, John, même Anthéa est coincé sans Mycroft, c'est pour ça qu'elle n'a pas pu venir, ils cherchent une raison, ils sont complètement démunis. Et la seule chose qu'il semble vouloir faire, c'est trouvé un coupable.
- Il se fiche totalement de ce que peut ressentir Mycroft ? Sa famille ? »
A l'heure actuelle, les parents devaient d'ailleurs être en route pour les joindre. John les avait eu au téléphone très rapidement, ils avaient été prévenus par les médecins personnels de Mycroft.
« Je suis désolé, John, je… »
Avant qu'il ne puisse finir, il eut de l'agitation qui venait vers eux, des pas nombreux s'approchèrent et ils découvrirent que c'était un groupe d'hommes, bien habillé et armé qui s'avancèrent vers eux. En tête d'eux, une femme, assez âgée, dans la soixantaine d'année, armée d'une canne élégante semblait les diriger. Elle avait des traits sévères et portait un costume trois pièces avec une robe qui lui dévoilait des formes voluptueuses. Ses cheveux gris étaient attachés en un chignon, à l'arrière de sa tête. Ses lunettes toisaient les deux hommes d'un air arrogant et supérieur.
« Sherlock, est-il ici ? » demanda-t-elle fermement.
Le médecin et l'inspecteur se regardèrent et hochèrent la tête. John, sans crainte, fit un pas vers elle.
« Puis-je savoir qui vous êtes ? Nous sommes dans un hôpital et je crains que ceci ne soit pas très approprié, déclara-t-il en pointant les hommes derrière elle.
- Je suis consciente que l'on soit dans un Hôpital, Dr Watson, grinça-t-elle, mais nous avons une affaire plus urgente.
- Pardon, plus urgente ?
- Sherlock Holmes doit être arrêté. »
Cela horrifia John qui dut se contrôler pour ne pas exploser de colères face à cela.
« Il est soupçonné de tentative de meurtres à l'encontre de Mycroft Holmes, continua-t-elle calmement.
- Quoi ? Mycroft s'est suicidé, c'était évident pour tout le monde, même les médecins vous le diront, s'écria John.
- Pensez-vous que le gouvernement acceptera que leur meilleur agent ait tenté de se suicider ? Un agent ne se suicide, ce n'est pas bon pour l'image du pays, pour le maintien de l'ordre.
- Quoi ? Je ne comprends pas, qu'est-ce que…cela veut dire ? »
La femme réajusta ses lunettes, pianotant sur sa canne, légèrement agacée par les questions du médecin.
« Lorsque Mycroft se réveillera, il devra reprendre le poste qu'on lui a confié et qu'il a accepté, suicide ou pas, il va devoir prendre cette responsabilité, ce pays doit être dirigé par lui et lui seul.
- Mycroft n'est pas le premier ministre, répliqua John.
La femme cligna des yeux et éclata de rire, tapotant l'épaule du médecin avec amusement.
« Mon Dieu, car vous pensez vraiment que c'est le premier ministre qui dirige ce pays ?
- On peut se passer de Mycroft.
- Non, fit-elle en reprenant son sérieux en une fraction de seconde, Mycroft est le gouvernement britannique, s'il tombe, nous tombons tous. S'il se suicide, notre pays tombe en crise. Nous devons éviter cela à tout prix, c'est pourquoi…nous devons faire passer cela pour une tentative de meurtre. »
Elle avait lâché ses mots comme si tout cela était normal, comme si ce n'était pas la première fois qu'elle était confrontée à ce genre de situation.
« Fort heureusement pour nous, il est en vie et malheureusement pour lui…il devra en payer le prix. »
John et Greg réalisèrent alors ce pourquoi elle était venue. Sherlock Holmes n'était pas soupçonné de meurtres, oh non. On l'avait désigné comme coupable afin d'éviter d'autres répercussions plus grave au plan politique et économique du pays.
La femme les contourna prête à entrer dans la chambre, mais John lui fit barrage, déterminé à l'empêcher d'aller plus loin.
« J'ignore qui vous êtes, mais vous n'avez aucun droit pour y entrer, vous n'êtes pas de la famille, dit-il froidement.
- Je ne suis pas de la famille ? répéta-t-elle avec un horrible sourire, je m'appelle Rodolphe Augustus Vernet, mes neveux m'appellent plus communément Oncle Rudy. »
Greg lâcha une exclamation de surprise, devant cette révélation. John devint bouche bée, devant ce fameux parent qui avait bouleversé la famille Holmes. Lui qui avait entendu parler de l'Oncle Rudy comme d'un personnage dans un conte, était désormais réelle et menaçante. Comment les frères Holmes auraient pu faire face à ce personnage si singulier qui avait une conception de la famille à des années lumières et qui semblaient ignorer les sentiments des humains.
« J'avais prévenu Mycroft que les affections n'étaient pas un avantage et il ne m'a pas écouté, regardez où ça l'a mené, j'aurai du être un peu plus ferme avec lui, si j'avais su que son junkie de frère et de sa psychopathe sœur allaient l'amener à se suicider…j'aurai tout fait pour le…
- La ferme ! s'écria John en tapant sur le mur, se retenant de la frapper, la ferme, vous ne connaissez pas Mycroft, vous êtes…un sans cœur, vous êtes répugnante, comment pouvez-vous vous permettre de parler de votre propre famille de la sorte ?
Derrière eux, les hommes s'apprêtèrent à aider leur patronne, mais cette dernière leur fit un signe de main pour les arrêter. Greg se plaça au côté de John dans le cas ou ça dégénérait.
- Et qui êtes-vous pour oser vous interférer.
- Je suis Greg Lestrade, un ami de vos neveux et lui, c'est John Watson, un ami aussi. Nous sommes tous des amis.
- Des…amis ? s'amusa Rudy, ça m'étonnerait venant de Mycroft…J'ai toujours fait en sorte qu'il ne puisse avoir aucun lien social avec les autres, même avec Anthéa, ça a été difficile de mettre des barrières correctes entre eux. Cela devait être strictement professionnel. »
C'était horrible à entendre pour les deux hommes qui comprirent peu à peu les raisons pour laquelle Mycroft était ainsi. Parce qu'il suivait les directives de cet Oncle Rudy, qui contrôlait entièrement sa vie pour le bien commun. Pour leur patrie.
« Il faut un sacrifice pour que notre pays puisse être en paix, et Mycroft était le sacrifice, poursuivit elle en devinant leur pensée, qui protège vos petites têtes ? Qui fait en sorte que chaque citoyen vive en sécurité et en paix ? Qui évite de déclencher une guerre ou bien les attentats les plus destructeurs pour le pays ? C'est Mycroft, il est derrière chaque crise que traverse votre adorable patrie. »
John le savait, il est vrai, mais il ne se doutait pas une seule seconde que cela pesait si lourdement sur ses épaules et il s'avère que cela en avait presque payé le prix de la vie de Mycroft.
« Maintenant, si vous me permettez, je dois …réparer quelque chose. » lâcha-t-elle d'un air dédaigneux.
Les deux hommes furent écarter violemment par les hommes de main de Rudy et elle pénétra dans la chambre d'hôpital.
Alors qu'elle disparut dans la pièce, Greg regarda avec nervosité John, s'attendant à passer l'un des plus horribles moments de sa vie. Mais curieusement, le médecin ne parut pas du tout alerter, il était beaucoup trop calme, il incita même Greg à le suivre pour descendre en bas.
« Mais nous devons rester, ils vont…
- Ne t'inquiètes pas, dit-il simplement.
C'est alors que Greg entendit un hurlement en colère qui raisonna dans tout l'hôpital. Cela fit augmenter la cadence de John qui accéléra le pas pour sortir de l'établissement le plus vite possible. Ils se dirigèrent vers la voiture de l'inspecteur, s'y engouffrèrent et John lui ordonna de conduire en direction du Diogene Club.
« Bon sang, John, qu'est ce que ça veut dire ? marmonna Greg en jetant un coup d'œil à son rétroviseur tout en démarrant.
Les hommes de Rudy étaient sortis de l'hôpital les cherchant sans aucun doute.
- Mycroft n'est pas hospitalisé ici, l'informa John en surveillant les alentours, c'était le plan.
- Le plan ?
- Oui, de Sherlock, il avait prévu que son Oncle passerait le voir et qu'il tenterait de s'en prendre à lui.
- Tu aurais pu me prévenir.
- Je le voulais, je t'assure, mais il est arrivé plus rapidement que je le pensais. »
Greg accéléra inconsciemment, souhaitant s'éloignant de cette personne horrible le plus vite possible.
« Cette famille, décidément…marmonna Greg.
- A qui le dis-tu…
- Mais il va faire tous les hôpitaux de Londres, il va rapidement les retrouver ! s'inquiéta Greg en lui jetant un air horrifié.
- Ne t'en fais pas, Mycroft n'est dans aucun hôpital de Londres.
- Quoi ? »
Le pauvre inspecteur devenait de plus en plus confus de la situation. Cela en était trop pour lui, si bien qu'il lâcha un cri exaspéré. Cela ne perturba pas du tout le médecin, qui lâcha juste un rire nerveux.
« Les Holmes, que veux-tu.
- Me dis pas qu'ils sont Diogène Club ?
- Oh, non.
- Alors pourquoi on y va ?
- Pour brouiller les pistes.
- Quoi ? Attends, tu veux dire qu'on est des…appâts ?
- Bienvenue dans mon monde, Greg. »
Il marmonna des mots incompréhensibles, lâchant quelques insultes sur le détective et son compagnon. Puis enfin, il lui demanda :
« Alors, si Mycroft n'est hospitalisé dans aucun hôpital de Londres…n'est pas au Diogene Club, ni à son manoir à cause de la présence de la police, où sont-ils ?
- Eh bien, l'endroit où il sera le plus en sécurité. »
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Une douce odeur, rappelant son enfance, lui chatouilla étrangement les narines. L'odeur du vieux bois et des livres anciens. L'odeur des tartes de sa mère. L'odeur de la chaleur d'un foyer. L'odeur de son enfance. L'odeur de sa famille.
Il ouvrit les yeux. Il faisait sombre, mais pas assez pour qu'il reconnaisse rapidement le lieu où il était. C'était son ancienne chambre, chez ses parents. La maison qu'ils avaient acheté après Musgrave. Il était retourné qu'une seule fois pour leur dernier Noel.
Que faisait-il ici ? Est-ce qu'il était mort et qu'il allait hanter des lieux où il avait vécu. Un moniteur rappelant ses battements de cœur le fit tourner la tête. Il y avait des machines autour de lui et deux perfusions, un pour les nutriments et l'autre pour l'hydrater. Sa chambre avait été transformé en chambre d'hôpital pour l'accueillir.
Il voulut bouger mais il ne ressentait rien. Il était encore sous sédation. Il balaya rapidement du regard la pièce et tomba sur une forme endormie, à ces côtés, la tête dans les bras. La vue des bouclettes sombres qui recouvraient sa tête, lui fit battre son cœur plus rapidement et le moniteur s'emballa.
Que faisait-il ici ? Pourquoi n'était-il pas…mort ? C'était ce qu'il avait prévu, non ? Alors pourquoi ?
Sa tachycardie déclencha une alerte et réveilla le gardien de son chevet.
« Mike ? »
Entendre la voix de son adorable frère était une bénédiction. Il aurait pu pleurer pour cela. Sherlock se redressa alors, les yeux tourmentés.
« Mike, tu es réveillé, souffla Sherlock en s'approchant de lui, vérifiant qu'il avait bien les yeux ouverts.
Mycroft n'en croyait pas ses yeux, est ce que son frère était vraiment ici ? Où c'était une hallucination crée par son esprit torturé ? Il ouvrit la bouche pour parler, mais un bruit rauque provenant de sa gorge sèche ne fit que traverser ses lèvres.
Sherlock devina rapidement ce dont il avait besoin, alla chercher un verre d'eau et l'aida à l'avaler. Non, c'était beaucoup trop réalise, pour que ce soit qu'une illusion.
- Sherlock, chuchota-t-il de sa voix enrouée.
Malgré le fait qu'il n'arrivait pas à remuer le moindre de ses membres, il chercha sa force dans son bras droit et parvint à lever sa main. Son jeune frère semblait surpris de ce mouvement mais ne bougea pas, questionnant du regard ses intentions. D'une main tremblante, Mycroft effleura tendrement la joue de son cadet.
- Mon Dieu, tu es…bien réel. Je ne rêve pas.
- Bienvenue, mon frère, sourit Sherlock en lui prenant la main affectueusement, bienvenue à la maison. »
Désolé pour le titre du chapitre soudainement anglais, mais en français, ça sonnait mal, pour ce chapitre.
